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TOUS DROITS RÉSERVÉS

ET

(suite)

PORTIER. — I. Nom et fonctions. II. Épigraphie. III. Monuments.

I. Nom et fonctions. — Le portier occupe le rang le plus humble clans la hiérarchie ecclésiastique; il est désigné sous les noms de xdituus, janitor et ostiarius chez les latins, sous celui de TruXcopoç chez les grecs. Le terme le plus communément employé dans l'Église latine est celui d'ostiarius; nous n'avons pas à nous arrêter à la signification de ce mot qui désignait chez les païens un fonctionnaire militaire 1 avant d'être employé parmi les fidèles avec le sens qu'on va dire. Le mot ostiarius a pris très souvent la forme ustiarius que nous rencontrons non seulement sur quelques épitaphes citées plus loin, mais encore sur un acte de vente de l'année 551 2 et dans le Missale Francorum qui contient une Benedictio ustearii3.

La fonction de portier n'était pas obligatoire à ceux qui voulaient remplir une carrière ecclésiastique, de même rien n'obligeait les portiers à sortir de leur humble condition, qui offrait certaines affinités avec celle des fossores (voir ce mot). Les uns et les autres recevaient cependant le titre de clerici *.

Le premier texte qui mentionne les portiers est la lettre du pape Corneille à l'évêque Fabius d'Antioche écrite en 251, dans laquelle il énumère le clergé romain : 46 prêtres, 7 diacres, 7 sous-diacres, 42 acolytes et 52 clercs inférieurs : èÇopxioTàç 8s xal àvayvcdCJTaç a[xa mjXcopotç 8ùo xal TcsvTYjxovra5. Le pape ne donne pas le nombre des portiers : ils devaient être au moins 7, un par région. Le Liber pontificalis mentionne parmi les compagnons de martyre du diacre saint Laurent un portier nommé Romanus : Post passionem beali Xysli post lertia die passus beaius Laurenlius eius archidiaconus nu id. aug. et subdiaconus Claudius et Severus presbuter et Crescentius tector et Romanus ostiarius 6.

L'Église de Rome comptait donc des ostiarii dès le milieu du ine siècle et cette institution se retrouverait probablement ailleurs si nous avions plus de documents pour cette période. On peut le présumer, on

1 A. von Harnack, dans Silzungsberichte d. Berl. Akad., 1910, p. 551 sq. — 2 G. Mariai, / papiri diplomatici, p. 183. — 3 Tomasi, Codices sacramentorum, p. 398. — 4S. Jérôme le leur donne dans son Epist. I ad Innocentium. — 5 Eusèbe, llist. eccl., 1. VI, c. xliii, n. 11. — e Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 155 ; une autre tradition en fait un soldat ;

n'ose pas l'affirmer pour l'Afrique, vu que dans le procès-verbal d'inventaire (voir ce mot) de l'Église de Cirta, en 303, nous voyons mentionnés l'évêque, des prêtres, des diacres, des sous-diacres, des lecteurs, des }ossores et pas d'osliarii, pas plus que dans la correspondance de saint Cyprien.

[1 est probable que l'institution se développa surtout après la paix de l'Église, quoique à l'époque des persécutions, leur rôle demandât autant de vigilance, car il s'agissait alors pour eux d'empêcher les païens et les mal intentionnés de s'introduire dans les lieux où s'assemblaient les fidèles. Les conditions de leur surveillance changèrent lorsqu'on leur confia la garde d'édifices importants, des basiliques au lieu des oratoires. Il y eut alors pour les portiers une ordination, en sorte que vers la fin du IVe siècle, ils faisaient vraiment partie du clergé.

On est exposé encore parfois à lire que le IVe concile de Carthage, tenu en 398, publia 104 (ou 105) canons parmi lesquels il s'en trouve un qui fixe la condition des portiers. Le prétendu concile de Carthage est l'œuvre de saint Césaire d'Arles, et doit porter le nom de Statuta Ecclesise antiqua ainsi que nous l'avons montré ailleurs'. On y lit au canon 9e : Ostiarius cum ordinatur, poslquam ab archidiacono instructus fueril, qualiter in domo Dei debeat conversari, ad suggestionem archidiaconi, tradal ei episcopus claves ecclesise de altario, dicens : Sic âge, quasi reddilurus Deo ralionem pro his rébus, quœ his clavibus recluduntur 8.

Les Constitutions apostoliques contiennent plusieurs mentions des portiers, inclus dans la hiérarchie : levitœ autem vestri, qui nunc sunl diaconi, qui lectores vestri et cantores et janitores, item et diaconissœ et vestrx viduaz et virgines et orphani';... parique modo cantor et ostiarius w; le passage principal qui les concerne est celui-ci : Ety]xstcocfocv Se oî p.èv 7ruXa>pol ziç iàc eîaôSooç tôjv àvSpôiv, çuXâaaovTeç aÙTOcç, ai 8s Siàxovoi. sîç tocç twv YuvaLX"v> 8ba)v vauaToXôywv u. Les portiers se tiennent à l'entrée des hommes, dont ils ont la garde;

cf. Dufourcq, Élude sur les « Gesla martyrum » romains, Paris, 1900, t. i, p. 201. — ' Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. n, 1" part., p. 102-108. — » Id., ibid., p. 113. — ' Constitut. apostol., 1. II, c. xxv, 26. — 10 Conslitut. apostol., 1. II, c. xxvm, 28. — " Constitut. apostol., 1. II, c. lvii, 10.

D1CT. D AltCH, CHrtET,

PORTIER

les diaconesses à celle des femmes, à la façon de ceux qui réclament le droit de passage de ceux qui s'embarquent. Au livre VI il est prescrit que ces clercs de rang inférieur n'aient qu'une seule épouse : Ministros vero, cantores, lectores et ostiarios, ipsos quoque monogamos esse jubemus 1.

On voit d'après cela que c'est à tort qu'on s'est demandé si l'Église grecque connaissait les portiers, puisque, outre les textes que nous venons de citer, nous lisons dans saint Épiphane que leurs fonctions consistaient à maintenir l'ordre dans l'église 2. Il paraît vraisemblable qu'ils cumulaient la fonction de gardien et celle d'huissier, pour parler le langage de nos jours. Certains s'en acquittaient avec bonne grâce et d'autres avec rudesse, dans ce dernier cas nous pouvons placer ce portier de l'Église de Milan à qui saint Ambroise avait donné pour consigne d'interdire aux fidèles les repas funèbres sur les tombes des martyrs; il se trouva que sainte Monique, habituée en Afrique à cette agape funéraire, se présenta avec son panier de provisions et fut mal reçue : Cum ad memorias sanctorum, sicut in Africa solebat, pullis et panem et merum atlulisset, atque ab ostiario prohiberetur s.

Malgré leur rang inférieur dans la hiérarchie, les portiers étaient tenus à conformer leur vie privée à celle qu'on exigeait des autres clercs*, et comme eux tous, on les obligeait non seulement à la monogamie, mais encore à une existence retirée, à s'abstenir de la fréquentation des théâtres et des auberges, comme nous l'apprenons d'un canon, le 24e du concile de Laodicée 6.

Au vie siècle le nombre des portiers s'était accru en même temps que le reste du clergé dans des proportions telles que Justinien se trouva obligé de limiter par une loi les gens d'Église à Constantin ople; en ce qui concernait les portiers, ils n'y devaient pas dépasser le nombre de cent 8. Dans la suite des temps quand les clercs jouirent de traitements excessifs, la fonction de portier devint un prétexte pour les laïques à solliciter ce titre qui constituait un véritable bénéfice sous les noms de œditui et de mansioharii, qu'on rencontre déjà dans l'épigraphie chrétienne7 et dans un texte de saint Grégoire Ier 8.

Les portiers sont assez rarement nommés dans les documents romains. « 1,'ostiarius était déjà à Rome, à la fin du iv° siècle, une sorte d'employé subalterne, clerc sans doute, mais placé en dehors de la hiérarchie véritable. Les décrétales de Sirice 9, d'Innocent Ier10, de Zosime11, de Gélase12 l'omettent dans rénumération des ordres qui composent la carrière ecclésiastique, (lélase, il est vrai, le mentionne dans une phrase précédente : vix forlassis osliarii (quis) possit implere ministerium, mais en marquant bien que les qualités requises pour cet emploi n'étaient pas suffisantes pour entrer dans l'état ecclésiastique. Il faut, dit-il, pour prétendre aux ordres, posséder une suffisante instruction, faute de laquelle on pourrait tout au plus faire un portier. Et, tout de suite, il déclare expressément que les candidats réalisant les conditions exigées débutent par le lectorat.

« Les apocryphes symmachiens, composés à Rome entre 501 et 508, présentent des listes qui ne concordent pas entre elles 1S. Le Constitulum Siluestri, bien

1 Ibid., 1. VI, c. xvn. — • S. Épiphane, Adv. heeres., 1. III, c. il, n. 21. — ' S. Augustin, Confessiones, 1. VI, c. II. — ■ 4 Code Théodosien, 1. XVI, t. xn, 1. 24, en 337. — 5 Hefele- Leclercq, op. cit., 1. 1, p. 1012. — "Justinien, Novelle III, I. — ' M. Armellini, Lezioni di archeoliHjia cristiana, Ronm, 1898, p. 531. — -S. Grégoire, Dialogl, 1. I, c. v. ' Epist., i, .4</ Himerium Tarraconensem, c. ix-x, P. L., t. xiii, col. 1142-1143. — '» Epi.st., xxxvil, Ad Felicem Nucer. episc, c. VI, P. L., t. xx, col. 604-605. — " Epist., ix. Ad Ilesychium Salonilanum, c. v, P. L., t. xx, col. 672-673.

qu'il connaisse les ostiarii met le lectorat au seuil de la carrière ecclésiastique ". Le pseudo-concile des 275 évoques exige qu'avant d'être lecteur on exerce pendant un an les fonctions d'ostiarius™. Le premier rédacteur du Liber pontiflealis, qui s'inspire en plusieurs endroits de ce dernier document, nomme également l'ostiarius dans le Constitution qu'il attribue au pape Gaius16. Il l'omet, au contraire, dans le décret analogue qu'il insère dans la notice du pape Silvestre ",

« Il faut voir, dans ces diverses énumérations, des desiderata de canoniste, plutôt que l'exacte image de la pratique alors en vigueur. On peut y relever, en effet, plusieurs autres divergences qui ne s'expliqueraient pas, dans des documents à peu près contemporains, si les auteurs s'étaient contentés d'ériger en règle les usages de leur temps.

« L'ordre de portier existait, mais les candidats à l'état ecclésiastique commençaient leur carrière à l'un des degrés suivants. Peu après le milieu du même siècle, en 556, le pape Pelage parle encore de l'ostiariat. Dans la purgatio par serment, à laquelle il se soumit dans la basilique de Saint-Pierre au début de son pontificat, il condamna les promotions simoniaques : ut si quis ille est, ab hostiario usque ad gradus episcopatus, ut neque per aurum neque per aliquas permisiones proficiat™... » Ostiariat et épiscopat sont, à ses yeux, les degrés extrêmes de l'échelle ecclésiastique. L'ostiarius était donc un clerc et c'est certainement par une ordination qu'il devenait tel. Quel était le rituel de cette cérémonie?

— Nous l'ignorons, mais tout donne à penser qu'il devait être fort peu solennel. L. Duchesne pense que les ostiarii ne tardèrent pas à être remplacés par les inansionarii, sortes de sacristains19. Il est donc probable que, lorsque fut composé l'Ordo VIII de Mabillon, tout souvenir du rituel jadis employé pour la collation de cet ordre s'était depuis longtemps évanoui so.

Nous avons mentionné déjà l'ordination du lecteur suivant le rite gallican tel que nous le font connaître les Statuta Ecclesiœ antiqua. Le portier est d'abord instruit par l'archidiacre de la conduite qu'il doit tenir dans la maison de Dieu, présenté à l'évêque qui lui dit : Sic âge..., formule qui devait être en usage à Arles dès la fin du ve siècle et qui se retrouve au pontifical actuel lequel, comme tous les livres romains postérieurs au IXe siècle contient, pour les ordinations, un mélange des deux antiques rituels romain et gallican. A la suite de la porrection des clefs a lieu la bénédiction précédée d'une préface : Deum Patrem omnipolentem suppliciter deprecemur ut hune lamulum suum nomine Illum benedicere dignetur quern in ofjicium ostiarii eligere dignatus est, ut sit fulelissima cura in diebus ac noctibus ad dislinctionem horarum certarum ad in vocandum nomen Domini.

Domine sancte. Pater omnipotens, œlerne Deus, benedicerc digneris hune lamulum tuum ostiarium nomine Illum, ut inter janilores ecclesiie paret obsequia et inter electos tuos partent mereatur habere mercedis.

Le Liber ordinum mozarabe ne donne pas le rituel d'ordination des ordres mineurs, mais il est question des portiers dans YOrdo in ordinatione sacriste 21 que voici : Quum ordinatur sacrista, adstantibus cunctis, episcopus residens in preparalorio tradit ei anulum de sacrario, non tamen ante altarium, sed in preparalorio,

— "Epist. ad episc. Lueaniee, c. u. dans Thiel, Epist. mm. pontif., p. 363. — " Sur la composition de ces documents, cf. Duchesne, Liber pontif., t. i, p. cxxxn-i wwn. "C.an. 11, P. L.,t. vin, col. 838. — l«Can. ."»./'. /...t. vm. col. 826. — " Liber pontif., édit. Duchesne, t. i. i». 73, 161.

— " Ibid., p. 77,171. — u Liber pont ificulis, édit. Duchesne,

t. I, p. 303. — '* L. Duchesne, Origines iln culte chrétien. p. 365, note 3. — -° M. Aiulriou, Les ordres mineurs dans l'ancien rite romain, dans Ret>. tics sciences relia., t. V, 1925, Y>. 2.">3-254. — " LeLi7>eror</i(!imi,i-dit.l"éi'otin.l'.lol,tol. 12.

PORTIER

dicen sei : Esta cuslos sacrorum, janitor adiluum et preposilus osliariorum.

II. Épiguaphie. — 1. Tablette placée sur un sarcophage dans l'église Saint- Paulin à Trêves; entrée depuis au musée de Mannheim, moulage au musée provincial de Trêves; 0 m. 29x0 m. 29. Hontheim la vit encore en place : sarcophagus ad parietem una parte perlingens, altéra hoc epitaphium exhibens (flg. 10459) :

îVêWïScWPI

t^kiw<wivt

U.H5>:TxaLv^P0§v'

10459. — Tablette du musée de Mannheim.

D'après T.-X. Kraus, Die altchristliche Insc/iri/tcn

der Rheinlaiide, 1890, t. i, pi. xvi, n. 3.

Bibl. — Ortelius et Viyianus, Itinerarium per nonnullas Galliœ Belgicse partes, in-12, 1584, p. 59; Gruter, Inscr., p. mlxi, n. 6; Hrower, Annal. Trevir., 1. 1, p. 01 ; Muratori, Novus thés, veter. inscript., p. mcxxxxlx, n. 10; Lami, De erudil. apostol., p. 353; Hontheim, Prodromus hist. Trevir., p. 203, 207; Wiltheim, Luciliburgensia, p. 144 et pi., n. lxxiii; le même, Cod. Bruxell., 6745, édit. Kraus, dans Bonncr Jahrbùcher, t. l,

2. Sarcophage trouvé à Salone, entré au musée (n. 2195), vie siècle.

+ ARCA PASCASI I CAKEGA RIOQVEMVINDEDIT EABBI + ARCACIVS VSTEARI ÏÏÏ

Ligne 2 : quem vindedit pour vendidit ei... Arcacius usteari pour ostiarius (Kubitschek); arca c[l]ust[r]ari (Mommsen); ligne 2 : peut-être Flabbius pour Flavius; à la fin de la 3e ligne, le prix du sarcophage.

Bibl. — Corp. inscr. lat., t. m, n. 14305.

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