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10603. — Hypogée de Restutus.
D'après O. Marucchi-E. .Josi, Le calacombe romant.
Opéra posluma, 1933, p. 164, fig. 40.
nouvelle et ne s'est jamais rencontrée dans l'épigraphie païenne où nul ne s'est avisé d'admettre ou d'exclure à raison de leur croyance ceux qui pouvaient revendiquer une place. Un païen, d'ailleurs, n'eût pas employé l'expression religio mea, expression qui énonce une sodalité ou confrérie d'initiés à un mystère. On connaît des inscriptions mentionnant des religiosi de la Grande-Mère ", mais jusqu'à nos jours on n'a pas rencontré de collège se réclamant de sa religio.
Nous rapprocherons de ce texte celui qu'on va lire et qui en donne, sous une formule à peine différente, le meilleur commentaire; elle fut trouvée dans la grande galerie de la catacombe de Domitille et appartient, elle aussi, au ne siècle, l'n personnage qui porte les trois noms, Marc Antoine Restutus avait fait construire un hypogée pour lui-même et pour les siens partageant sa foi dans le Seigneur (fig. 10603) :
M. Antonius Restutus jeeit [h]ypogeu[m] sibi et suis fidenlibus in Domino.
En Afrique, à Madaure (voir Dictionn., t. x, col. 899- 914) où les luttes confessionnelles prennent au ivc et
n. 10 411. De Rossi, Borna sotterranra, t. I, p. 109, 188; Huit, di (irc/i. crisl., 1865, p. 54; cf. p. BS sq. - 'Corpus inscriptionum lat., t. vi, n. 10 412. — • Oielli-Ilenzen, Inscr., n. 2338, 2339, 6034, 6035.
RKLIGION — HKLIQUKS HT RF.LIQUAIRKS
au Ve siècle une ardeur particulière on en vient à préciser que cette religion est la religio katolica ' :
PEREGRINVS PRESVITER RELIGIONIS KATOLICE VIXITANIS
Dans la suite, le mot religio s'entendit dans le sens de la vie religieuse pratiquée dans un monastère, comme nous disons encore couramment : entrer en religion, vivre en religion. Nous en avons un exemple sur une inscription de Lyon (voir Dictionn., t. x, col. 277,ii. 13, lig. 7294) 2: *
FAMVLVS DEI PRIMVLVS VIXIT ANN S LXXA IN BONO
HIC DEDITVS IN RELIGIONE REQVIEVI V DX<W KA SEPÎEMB PC OPILIONIS VCC
Cette inscription est datée du 16 août 454. A Vienne nous trouvons celle-ci datée de l'an 491 s :
IN HOC TVMVLO CONDITVR BONAE MEMORIAE SEVERIANVS QVI RELIGIONEM DEVOTA MENTE SVSCEPIT SIC QVEM ANIMA AD AVTHOREM DM ■"' REMEANTE TERRENA MEMBRA TERRIS RELIQVIT EXACTIS VITAE ANNIS XXXII OBIIT PRIDIE IDVS AVGVSTAS RESVRGIT IN XPÔ DÏÏÔ NOSTRO POST CONSVLATO LONGINO 1» BIS ET FAVSTI
Et voici encore une interprétation un peu différente du mot religio; il s'agit de deux jeunes époux qui ne furent mariés que peu de temps mais qui le passèrent, nous dit le survivant, cum omne religione el caslitale, à peu près comme nous dirions : en toute piété et
chasteté. Cette épitaphe a été trouvée en bordure de la voie Appienne, dans un petit cimetière souterrain, proche de Saint-Sébastien, sous la vigna Chiaraviglio, où furent trouvées quelques inscriptions parmi lesquelles nous signalerons seulement celle-ci. Sur une table mesurant 1 ni. 98 de long sur 0 m. 55 de large, hauteur des lettres 0 m. 045 (fig. 10604) « :
Voua, à qui son époux survivant ne ménage pas les éloges, était patricienne (femina patricia); elle s'était mariée à dix-huit ans à Cléopatre, qui lui-même était vierge, et mourut à 21 ans et demi, après trois ans de mariage. Cléopatre se considérait dès lors comme orphelin et faisait préparer une tombe à deux places.
H. Leclerco.
RELIQUES ET RELIQUAIRES. — 1. Limites de ce travail. II. Le sens et l'emploi du mot reliquise. III. L'honneur rendu aux reliques. IV. Enlèvement des reliques. V. Culte des reliques. VI. Les deux consuetudines. VII. Translations de reliques. VIII. Exhumation des corps saints. IX. Distribution des reliques. X. Invention de reliques. XL De quelques reliques. XII. Vol des reliques. XIII. Corpus, reliquiœ, brundea. XIV. Le commerce des reliques. XV. Coffret reliquaire. XVI. Les cassettes à reliques. XVII. Les niches à reliques. XVIII. Les reliques d'un hérétique. XIX. Reliques pour les défunts. XX. Authentiques de reliques. XXI. Attestations épigraphiques. XXII. De quelques reliquaires. XXIII. Quelques reliques à Constantinople. XXIV. Les reliques du Précurseur. XXV. L'attrait des reliques. XXVI. La vogue et l'oubli des reliques.
I. Limites de ce travail. — Le sujet du présent travail se confine volontairement dans la période chronologique qui fait l'objet des études du Dictionnaire; c'est très délibérément que nous nous interdisons toute allusion à une croyance pieuse qui n'a rien perdu de sa vivacité jusqu'à nos jours. Nous lisons dans le Journal de la dernière maladie du comte de Chambord,
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* OVIXITAHHi)C<I-M'V!^XVu!-Q:FrCIKVM- CLE 0 PATROVIKQSVt) • -'
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10604. — Inscription du cimetière souterrain de la vigna Chiaraviglio. D'après Hivista di arch. crist., t. vu, 1930, p. 178, fig. 3.
VONA FIDELIS CASTA DVLCISSIMA PRVDENS FEMINA PATRICIA INNOX Q-VIXIT ANN-XXI M-VI- D -XVIII Q • FECIT ■ CVM -CLEOPATRO • VIRG • SVO- ORFANO NVNC RELINCTO CVM OMNE RELIGIONE ET CASTITATE ANN III
[M - 1 - D - XII II DEPOST-ESTDXI KAL MART- BENEMERENTE IN PACE • L • BISOMV
1 P. Monceaux, dans Comptes-rendus de l'Acud. des inscr., 1915, p. 32, n. 2; S. Gsell, dans Bull. arch. du Comité, 1915, p. 230; Inscript, lat. de l'Algérie, t. i, p. 256, n. 2762. — - Corpus insrriptionum latinarum, xm, 2358. — a Corpus
nicT d'arcii. chrét.
inscriplionum latinarum, xn, 2058. — ' Fr. Fornarl, Regione cimiteriale nella ex vigna Chiaraviglio sulla via Appia, dans Rivista di archeologia cristiana, t. vu, Rome, 1930, p. 177-178.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
à la date du dimanche 8 juillet 1883 : « On reçoit des reliques de tous côtés pour être mises sur l'auguste malade *. » Ceci n'est qu'un exemple parmi un très grand nombre d'autres. Nous nous limitons à l'antiquité chrétienne, à ses manifestations et à ses monuments 2. Ces derniers ont été figurés en grand nombre dans le Dictionnaire (voir Diclionn., t. i, col. 867; t. ni, col. 3207, fig. 3467, etc.), il n'est pas possible de les mentionner tous en ce moment alors que la liste s'augmente presque chaque année de nouveaux exemplaires 3. On voudra donc bien se contenter d'une dissertation là où la matière, fournirait un gros volume.
II. Le sens et l'emploi du mot reliquiœ. — Ce terme, appliqué aux reliques n'apparaît que tardivement. Au milieu du ive siècle, les reliques étaient désignées en Afrique sous les noms de nomen ou nomina martyrum, nous en avons pour preuve l'inscription de Tixter, datée de l'an 359 (voir Dictionn., t. i, col. 828, fig. 178 et t. xi, col. 301 sq.).
Avant d'être adopté par les chrétiens, le mot reliquise. a été employé par les païens, pour qui il signifiait le corps ou les cendres du défunt. Outre les textes classiques, littéraires ou juridiques, on relève le terme dans plusieurs épitaphes païennes. A Lambèse : M.Servilius Fortunatus a militiis qui per maria et terras retulil reliquias confugis ex provincia Dada*; — sElerna(m) domum L. Domitius Secundus, ubi reliqua corporis sui sinl, se vivo instituit*; — Retiqua L. Umbri Felicis hic posita sunt *. — A Seriana : Post multum temporis intervallum reliquias recollectas tumulum tibi constilui lelernw domus '. — Post obitum luum, piissima mater, quœque fuerunl tibi funeri lata, sunt sepellila et post reliquias recollectas, ut molliter essent, tumulo condites efjeci 8; — A Tébessa : Reliquiœ funeris Car[t]haginiensis hoc requiescunt solo'; — Nunc requiescunt reliquiœ lrig[a]ri solo, per quo(d) fui notus 10.
— Dans la vallée de l'Oued Melian : Ossa reliquias urceo tecta meas servat turricula fada sepulchri vice u.
— A Khamissa : Permissu prœsidis a Karthagine de studio relalis reliquiis n. Chez saint Cyprien, on rencontre même l'expression singulière idolorum reliquias respuerunt ls.
L'emploi du mot « reliques » par les païens rappelle de plus d'une manière toute une série de pratiques religieuses dont la littérature classique a gardé le souvenir et certaines manifestations de la piété populaire chrétienne qui offrent des analogies incontestables avec le culte païen des héros. On s'est donc attaché à retrouver dans l'antiquité grecque et romaine ce qui répond à notre culte des reliques, et on a pu constater que les récits imaginés à la gloire des héros évoquent à maintes reprises les inventions des hagiographes, les uns et les autres paraissant s'être adressés à une source commune et mystérieuse qui alimente souvent ces deux courants, si divergents, de la légende populaire. On ne peut soutenir que, parce que les anciens ont dédoublé certains de leurs dieux ou de leurs héros, les chrétiens ont traité de même quelques saints célèbres. Si l'on signale par-ci par-là des multiplications de reliques chez les anciens, des compétitions entre plusieurs
villes au sujet de la possession d'un tombeau ou d'un objet consacré par la mémoire d'un héros, ira-t-on jusqu'à prétendre que de pareilles erreurs ne se seraient point produites dans l'Église s'il n'y avait pas eu de précédents parmi les païens? La religion du souvenir produit partout les mêmes effets, en raison de son intensité et du nombre de ceux qui en sont les gardiens. Partout et toujours on cherchera à se rendre présents ceux qui ne sont plus dans quelque objet matériel où l'on croit retrouver leur empreinte; si ce n'est pas une partie d'eux-mêmes, ce sera une arme, un outil, un meuble qui a été à leur usage, une maison qu'ils ont habitée, une place où ils se sont signalés par quelque exploit. Et nous savons que l'imagination populaire est ingénieuse à créer des relations de cet ordre et qu'il se trouve partout des gens peu scrupuleux habiles à exploiter la crédulité. La curieuse liste où l'on trouve la lance d'Achille, l'épée de Memnon, le bouclier d'Énée, le vaisseau d'Agamennon ", témoigne du même état d'esprit qui nous a valu les invraisemblables collections d'objets vénérés dans certains sanctuaires du Moyen Age ".
Parmi les nombreuses reliques que recueillit et collectionna la piété des hommes de ce temps il s'en trouve qui, bien que n'ayant jamais existé ou n'ayant pu être conservées, n'en portent et n'en gardent pas moins, quoique très indûment, ce nom de reliques et ont été trop longtemps présentées à la vénération des fidèles. Dans ce nombre il s'en trouve qui apparaissent tout à coup en Occident sans qu'il en ait jamais été question soit en Terre sainte, soit même à Constantinople : telles le saint prépuce, le saint nombril, les deniers de Judas. Ajoutons qu'un bon nombre d'entre elles sont rentrées dans l'oubli grâce à la probité de leurs possesseurs. Antoine Galland écrit dans son Journal™, à la date du 7 juin 1711, que Bernard de Montfaucon (voir Dictionn., t. xi, à ce nom) lui fit voir « une agate-onyce à deux têtes, à relief et en regard, couleur blanche fond brun, qui représentoient les têtes de Germanicus et d'Agrippine, avec cette inscription sur le fond entre les deux têtes : AA<t>HOI ZYN APE0OYIH. Montfaucon me dit que ce bijou était enchâssé, en forme d'un gros anneau en or, dans un couvent de leur ordre, où depuis un temps immémorial, on le donnoit à baiser au peuple comme un anneau que saint Joseph avoit donné à la sainte Vierge en l'épousant. Les religieux n'eurent pas plutôt connu par l'inscription et par la ressemblance de Germanicus et d'Agrippine dont ils furent avertis par des antiquaires et conhoisseurs, qu'ils cessèrent de le proposer à la vénération du peuple et qu'ils publièrent la raison pourquoi ils en usaient ainsi. Ils envoyèrent l'anneau à Paris pour être vendu et il se trouva que l'anneau d'or pesoit huit pistoles dont l'argent fut employé aux besoins du couvent. Les deux têtes avaient perdu leur éclat à force d'avoir été baisées. »
C'est seulement vers la lin du IV siècle que les chrétiens d'Afrique commencent à employer la formule reliquiœ. avec le sens de reliques. On la trouve assez souvent chez saint Augustin, et déjà dans un canon du
' R. Monti de Hezé, Souvenirs sur le comte de Chambord, in-12, Paris, 1930, p. 145. — ' F. Grossi Gondi, Per il culto délie vere reliquie dei martiri, dans Gregoriano, t. i, 1900, p. 298-309. — ' Nat. Baldoria, La cassa di Terracina, dans Arcllivio storico dell' arte, lioma, t. ir, 1890, p. 242-247; .1. Cozza-Luzi, Di una capsella reliquiaria nella lipsanoteca pontificia, dans Bessarione, 1899, p. 295-300; M. Boirot, Un reliquaire carolingien de saint Léger, dans Mémoires de la Sociélé éduenne, t. XXXVII, 1909, p. 1-17; H. Delehaye, Les reliquaires d'Apamée, dans Analecla bollandiana, t. Lin, 1935, ]>. 237-244. — • Corp. inscr. lai., t. VIII, n. 2772. — 6 lbid., t. vin, n. 3582. — • Ibid., t. vin, n. 4167. — 7 Ibid., t. vin, n. 4372. — ■ Ibid., t. vin, n. 4373. — • Ibid.,
t. vin, n. 1998. — " Ibid., t. vm, n. 16566. — u Bull. arch. du Comité, 1903, p. 560. — '* Ibid., 1903, p. 573. — "De lapsis, c. il. On trouvera d'utiles notions générales, dans l'art. Reliques, par P. Séjourné, du Dictionn. de théologie catholique, l. \in, col. 2312-2314. — " Fr. Piloter, Der licliquienkult im Allertum, I. Dos Objekt des Heliquicnkultes, in-8°, Giessen, 1909, p. 331 sq. — ■' Voir par exemple D. de Biuyne, Le plus ancien catalogue de reliques d'Oricdo, dan^ Anal, bollandiana, t. xi.v, 1927, p. 93-96; H. de Gaillier, Les reliques de l'abbage de San Millau de la Cogolla au XI II* siècle, dans Anal, bollandiana, t. lui, 1935, p. 90-100. — " Salomon Reinach, dans Revue archéologique, 1920, l. u, p. 104-107.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
concile de Carthage de l'année 397 : Reliquise martyrum conditse probantur '. L'apparition de la formule est plus tardive sur les monuments épigraphiques datés. Iieliquia>, avec le sens de reliques, se lit pour la première fois dans une inscription de Sétif en 452 2 :
IN HOC LOCO SANCTO DEPOSI TAE SVNT RELIQVIAE SANCTI LAVRENTI MARTIRIS DIE III MN AVG CONS HERCVLANI V C DIE DOMN DEDICANTE LAVRENTIO VVS P MOR DOM AN P CCCCXIII • AMEN
Elle se retrouve dans les documents d'Vppenna, d'Henchir Fellous, de Guelma. Puis les chrétiens d'Afrique adoptèrent également la formule mémorise, qui auparavant désignait les chapelles de martyrs, et qui désigne les reliques : en 474 à Kherbet-el-Ma-el- Abiod3; en 543 et 581 à Henchir-Akhrib 4. Le terme mémorise (voir ce mot) prévalut de plus en plus; on le rencontre dès lors en beaucoup d'endroits, à Ammaedera, Guelma, Henchir-Taghfaght, Aïoun-Berrk'h, Bir-Haddada et Sétif 6.
Sur un coffret, en pierre calcaire, trouvé à Dala'a, aux environs d'Ain Beida, aujourd'hui au musée du Louvre, coffret de forme rectangulaire, les deux grands côtés ont 0 m. 26 de longueur et les petits côtés 0 m. 14, la hauteur 0 m. 13, excepté sur un des petits côtés qui a été entaillé de 0 m. 02 pour recevoir le couvercle perdu. L'inscription, soigneusement réglée, est placée dans un encadrement rectangulaire, muni d'une queue d'aronde à gauche •.
MEMO R I A F E L I CIANI
PA III KIVLI AS VLS E
Memoria Feliciani p(assi) a(nte diem) III kfalendas) Julias..."! A l'intérieur du coffret on trouva les débris d'une fiole en verre.
III. L'honneur rendu aux reliques. — On voudrait pouvoir citer un texte du Martyrium Ignatii, comme, une attestation du culte des reliques aux environs de l'an 110 : « Seules, les parties les plus dures de ses restes saints avaient échappé [à la dent des bêtes] ; elles furent enlevées et emportées à Antioche et déposées dans un coffre comme un inestimable trésor; ainsi laissées à la sainte assemblée des fidèles à cause de la grâce résidant dans le martyr... '. » Malheureusement, ce texte n'est pas à l'abri de soupçons, du moins quant à sa date. En 156, nous possédons le Martyrium Polycurpi, qui, lui, apporte une attestation incontestable pour le milieu du ne siècle : « A la vue de l'agitation des juifs, le centurion fit placer le corps au milieu de la place, et, selon leur coutume, le fit brûler. Ainsi nous ensuite, prenant les ossements plus précieux que les gemmes de grand prix et plus épurés que l'or, nous les avons déposés dans un lieu convenable. Là même, autant que possible, réunis dans l'allégresse et la joie, le Seigneur nous donnera de célébrer l'anniversaire de son martyre en mémoire de ceux qui sont déjà sortis du combat, et pour exercer et préparer ceux qu'attend le martyre 8. »
1 Codex Canonum Ecclesiee africanœ, c. lxxxiii. — 2 Corp. l'user, lat., t. vm, n. 8630. — » R. Cagnat, dans Bull, du Comité, 1895, p. 319. — «S. Gsell, dans Met. d'arch. et d'hist., t. xxni, 1903, p. 12,20. — s P. Monceaux, Origine de la formule reliquire appliquée aux reliques, dans Bull, de la Soc. des aritiq. de France, 1907, p. 285-286. — 6 A. Héron de Villefosse, Coffret chrétien provenant de Dala'a, dans Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1896, p. 334- 336; P. Monceaux, dans Mémoires présentés par divers
Ainsi dès les temps apostoliques on rendait honneur aux reliques des martyrs, à Smyrne, et on voyait en eux « les disciples et les imitateurs du Christ 9 ». A ce moment la doctrine existe et la pratique s'ensuit, c'est ce qui explique le regret manifesté dans la lettre de l'Église de Lyon, en 177, de « n'avoir pu enterrer les cadavres » dont les cendres ont été dispersées au gré des remous du fleuve qui les a reçues. Cependant les actes sincères des martyrs ne mentionnent pas d'honneurs officiels liturgiques rendus aux corps des martyrs. Quant aux attestations qu'on peut rencontrer dans les écrits des Pères nous avons pris soin de les recueillir et de les transcrire textuellement dans les Monumenta Ecclesiee liturgica qui demeurent exclusivement notre ouvrage, même lorsqu'on prend la précaution d'omettre notre nom 10.
IV. Enlèvement des reliques. — Le mystère de la mort conférait à la dépouille humaine qui y avait été soumise une sorte de dignité dont les païens n'osaient s'affranchir à l'égard des cadavres. Même le condamné au dernier et au plus infamant supplice, le crucifiement, pouvait entretenir l'espoir que sa dépouille serait respectée. Il n'est pas de chrétien qui ignore comment Joseph d'Arimathie se présenta devant le procurateur de Judée, Ponce Pilate, réclama de lui le corps du condamné Jésus et obtint l'autorisation de le détacher du gibet afin de lui procurer une honorable sépulture u. Quatre lois insérées au Digeste et au code Justinien témoignent de cette jurisprudence12. Dans un seul cas, le magistrat pouvait refuser l'autorisation, c'est lorsque le condamné avait péri au nom de la loi de lèse-majesté, or c'était là l'accusation principale portée contre les chrétiens (voir Dictionn., t. iv, au mot Droit persécuteur), dès lors le refus pouvait être opposé à la demande 13. En tout cas, la décision paraît lui avoir été abandonnée, car dans le récit qu'Eusèbe nous a laissé du martyre de saint l'olycarpe, nous entendons les juifs insister auprès du gouverneur pour qu'il interdise aux chrétiens l'enlèvement du corps du martyr14. Il y eut des juges dont la vénalité ne sut pas résister aux offres qui leur furent faites et pour qui les dépouilles devinrent l'occasion de honteux trafics. On avait vu Verres tolérer qu'on vendît à des pères le droit d'ensevelir leurs enfants exécutés par ordre du préteur15; pareil abus se renouvela dans la suite et en l'an 177, on vit les chrétiens de Lyon offrir de l'argent pour emporter les corps des martyrs qu'ils redoutaient de voir jeter dans le Bhône 10; plus tard saint Gaudence de Brescia nous apprend comment quelques fidèles rachetèrent les cendres des quarante martyrs de Sébaste et les emportèrent ".
Cette perspective d'échapper à la promiscuité des puticuli pouvait n'être pas indifférente, même à des confesseurs de la foi nés et grandis au sein d'une société pour laquelle la sépulture entraînait de graves conséquences. Aussi entendons-nous parfois un juge s'adresser au futur martyr, espérant l'émouvoir dans sa résolution en le menaçant de faire anéantir ses restes. « N'espère pas, lui disent-ils, que tes ossements soient recueillis et embaumés par quelques femme 18. »
D'autres passages, non moins instructifs, nous font voir à quelles tractations on se livre pour acquérir la possession des reliques.
savants t. xn,p.239, n. 275. — ' Funk, Patres apostolici,t.ll, p. 284. — » Id., ibid., t. i, p. 336. — 9 Id., ibid., t. i, p. 336.
— l0 Dictionn. de théol. cathol., t. xm, col. 2322, 2323. — 11 Joa., xix, 38. — a Digeste, XLVIII, xxiv, 1. 2; Code Justinien, III, xliv. — » Digeste, XLVIII, xxiv.l. 1. -"Eusèbe, Ilist. eccles., 1. IV, c. xv. — 16 Cicéron, Verr., II, v, 45; cf. 49, 51. — 16 Eusèbe, Histoire ecclésiastique, 1. V, c. i.
— " S. Gaudence, Sermones, xvn. — 1S Acta Sancti Torachi, n. vu.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
Nous lisons ce bref dialogue dans la passion de saint Grégoire de Spolète : « Le corps gisait au milieu de l'amphithéâtre lorsque la chrétienne Abundantia vint trouver Tircanus et lui demanda l'autorisation d'enlever le cadavre. Tircanus dit : « Donne-moi trentecinq aurei et prends-le ». Abundantia dit : « Je te les donnerai volontiers; fais seulement que la remise s'accomplisse sans délai. » Tircanus dit : « Apportemoi la somme et fais enlever le corps. » Elle lui compta trente-cinq aurei et reçut le cadavre l. » Dans la passion du martyr Hiéron il est dit que satête fut vendue aux chrétiens contre son poids en or 2.
Il arrivait parfois, soit que les exigences fussent trop élevées, soit que les fidèles fussent trop démunis, que le marché ne pouvait se conclure, soit encore que le magistrat fût incorruptible; les chrétiens ne pouvant s'y résoudre avaient alors recours à la ruse et à l'audace. Nous en trouvons des exemples dans plusieurs des Actes sincères publiés par Dom Ruinart, notamment dans ceux des martyrs Justin, Epipode, Théodote et Taraque 3. Pareille résolution entraînait des périls qu'on bravait avec joie dans la pensée d'épargner aux saintes reliques l'outrage de l'exposition publique, de l'abandon à la pire souillure consistant à être déchiquetées ou dévorées par des chiens affamés. Pour y réussir il fallait tromper la vigilance des gardiens, s'exposer à leurs coups et parfois à l'arrestation qui pouvait entraîner le supplice.
Parmi ceux qui s'exposaient à ces périls, les femmes furent parmi les plus audacieuses et les plus nombreuses. Sozomène rapporte que, sous Julien l'Apostat, une chrétienne enleva les restes de trois frères massacrés et brûlés par les idolâtres de Gaza4; la passion du conscrit Maximilien, décapité en Afrique, s'achève ainsi : Et Pompeiena matrona corpus ejus de judice eruil, et imposilo in dormitorio suo, perduxit ad Carthaginem et sub monticulo, juxta Cyprianum martijrem, secus palalium condidit 5. Il en fut de même à l'égard du pape Corneille : Corpus ejus noclu collegit beala Lucina cum clericis et sepelivit in crypta juxta cœmeteriurn Callisti, via Appia, in prwdio suo 6.
A côté de ces textes, fait remarquer Edm. Le Blant, il faut encore inscrire des documents compris dans les Acia sincera de dom Ruinart : l'histoire de trois chrétiennes dérobant le cadavre de sainte Afra; celle de deux autres qui, nous dit-on, « plus hardies que les hommes », osèrent charger sur une civière et emporter le corps sanglant de saint Saturnin de Toulouse; celle de deux femmes esclaves s'emparant des restes de saint Julitta '.
Dans la masse des pièces hagiographiques tenues pour suspectes, la donnée est la même. A prendre sans autre examen ces nombreuses relations, on y relève six noms d'hommes, la plupart évêques ou diacres : Irénée, Paulin, Quirin, Etienne, Sylvestre, Hippolyte8, et quinze noms de femmes : Sophie, Octavilla, Celerina, Justa, Florence, Liceria, Alexandrie, Pe-
1 Marturium S. Gregorii presbyteri, n. vi, dans Surius, Vitœ sanclorum, 24 décembre. — * liibl. nat., ms. grec 1020, fol. 108 r. Id., ibid., 6 novembre. — J Ruinart, Acta rnartyrum sincera, in-fol., Amstelodami, 1713, p. 60-78, 3.">1, 147.
— 4 Eusébe, Hist. eccles., 1. V, c. ix. — ' Acta S. Maximiliani, n. 3, dans Ruinart, op. cit., p. 301. — " Passio de Cornelii, dans Schelstrate, Antiq, eccl. dissert, illuslr., 1. 1, p. 188.
— ' Theodori episcopi epistola de nuirlyrio SS. Cyriaci et Julitlœ, dans J.-B. Cotelier, Marlyrum lecli triumphi,p. 210.
— " Passio S. Irenœi, n. ni; Acta S. Paulini, n. xvn; Acta SS. Abdon et Sennes, n. vu; Acta S. Stephani papte, n. xm; Acta S. Timothei, n. n, dans Acta sanct., 3, 13, 30 julii, 2, 22 aug.; Acta SS. Eusebii, Marcelli, dans De Kossi, Borna sott., t. m, p. 207. — • Acta S. Clcmentis, n. xlix; Acta S. Pancratii, n. iv; Acta S. Torpetis, n. ix; Acta S. Reslituti, n. v; Acta S. Vincentii episc, n. XI ; Passio S. Viti, n. xvm; Acta S. llermagorœ, n. xxii; Acta S. Cassiani, n. xiv;
tronia, Sabinilla, Grata, Theodora, Cleopatra, Abundantia, Apollonia, Theoctista et une matrona nobilis \
Voici encore deux détails qui méritent d'être relevés. Dans les différents textes que nous venons d'utiliser, nous lisons que les restes des martyrs furent enveloppés in sindone nova, mundo linteo, mundis sindonibus, civôoaiv xawaïr, in sindone biblea, cum linteaminibus mundis et valde pretiosis, valde pretiosis linteaminibus, dignissimis pannis, ècfQrJTi, ttoXuteXîj, serico panno. Ces indications trouvent leur confirmation dans les trouvailles faites aux catacombes où, dans le loculus des saints Prote et Hyacintfle, on trouva des fils d'or ayant appartenu à la trame de leur suaire et où le corps de sainte Cécile avait été revêtu de tissus brochés d'or.
Enfin cinq des récits utilisés ci-dessus nous montrent ces chrétiennes enlevant les corps qu'elles font déposer in prœdio suo, in prœdiolo suo, in agello suo, in horto domus suie.
V. Culte des reliques. — On lit dans la notice du pape Félix I" (269-275) au Liber pontificalis : Hic constitua supra memorias marlyrum missas cetebrare. Cette disposition peut être difficilement attribuée à la deuxième moitié du ine siècle, elle appartient plutôt au vic siècle, époque où furent rédigées ces notices; on pourrait en apporter cette preuve qu'au ine siècle les églises titulaires à Rome n'étaient pas en mesure de posséder des corps saints dans l'intérieur de la ville. Dans les catacombes, la situation était différente puisqu'on avait les reliques des martyrs et qu'on pouvait édifier sur elles un autel au jour anniversaire de leur supplice, ou bien célébrer le saint sacrifice sur la tablette de Varcosolium qui les contenait 10. On a parfois cherché à appliquer à ce rite un verset de l'Apocalypse (vi, 9) : vidi sublus altare animas inlerjeclorum proplcr verbum Dei et propler testimonium quod habebant; mais on doit remarquer que le texte porte -ràç 4>o/àç tùv èacpaY[iivcov et c'est le mot corpora qui serait seul un témoin du rite. Quoi qu'il en soit, au cours des six premiers siècles, on ne peut citer aucune inscription qui atteste formellement, à Rome, l'emploi des reliques des martyrs dans la consécration des autels. Mais il n'en alla pas de même partout. Dans certains diocèses en Italie, en Gaule, en Afrique et en Orient, dès la fin du ive siècle, l'usage prévalut d'ouvrir les tombes des martyrs et de distribuer les reliques. Ce qu'on trouve désigné sous les noms de reliquiw, pignora, bene/icia, memoria, nomina, sanctuaria, benedicliones, eulogitv; ce sont surtout des brandea (voir ce mot), c'est-à-dire non une parcelle du corps mais un objet, généralement un tissu mis en contact avec la tombe. On sait du reste que les corps des saints apôtres Pierre et Paul furent toujours à l'abri de ces entreprises tentées sur les corps des martyrs; cependant nombreuses sont les mentions épigraphiques de leurs reliques en Afrique " : à l'ppenna, à Guelma, à Henchir
Marlyrium S. Diomedis, n. vm; Acta S. Ptolemei, n. vin; Passio S. Alexandri, n. ix; Passio S. Abundii, n. iv; Passio S. Yari, n. x. {Acta sanef.,23 jan., 12, 10,20 raaii;6, 15 jun.; 12 jul.; 13, 16,24, 26 aug.; 16 sept.; 10 oct.); Acta S. Gregorii Spolet., n. vi; Mort. S. Anastasia; n. xl tSuiius, op. rit., 2 I, 25 doc); Mort. S. Stndonices, dans Asseinani, Acl. sanct. or. et occ, t. n, p. 121. — 10 Vers la lin du [V* siècle, dans la crypte de saint Ilippolyte, la mensa, c'est-à-dire l'autel, était apposita prope ubi erat corpus. Prudence, Pcristeplianon, xi, 170. Au cimetière de Pamphilc (voir ce nom) sur la vole Salaire ancienne, on a trouvé un autel adossé à Varcosolium d'une crypte avec de nombreux graffltes de prêtres qui y avaient célébré la messe. — " V. Monceaux, Enquête sur l'ipigraphie chrétienne d'Afrique, dans Mémoires présentés par divers savants. Académie des Inscriptions, t. xii, n. 238, 262, 266, 272, 273, 27 4. 312, 326. 329, 330, 332.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
Magroun, Henchir Taghfaght, Djebel DjafTa, Aïn Zirara, et à Milan, en 380, saint Ambroise recourait lui aussi à des reliques des apôtres pour la dédicace de sa cathédrale.
A Fondi, dans la basilique dite « des saints » l'inscription mentionnant les reliques déposées dans un reliquaire était peinte sur l'abside ' :
Ecce sub accensis altaribus ossa piorum
Kegia purpurco marinorc crusta tegit, Hic et apostolicas prœsentat gratin vires
Magnis in parvo pulvere pignoribus.
Hic pater Andréas et tnagno nomine Lucas
Martyr et inlustris sanguine Nazarius; Quosque suo Veus Ambrosio post longa révélât
Swcula, Protasium cum pare Ocrvasio Hic simul una pium complectitur arcula cœtum
Et capit exiguo noinina tailla sinu.
Revenons en Afrique du Nord où nous trouvons à Henchir-Akrib, près de Ras-el-Aïoun, à 14 kilomètres au nord de N'gaous, un précieux document officiel, le procès-verbal d'une déposition de reliques auxquelles on rendait un culte public :
une croix de fer et un anneau de fer contenant une relique de la vraie croix.
VI. Les deux consuetvdines. — Le Moyen Age latin a éprouvé, au même titre que l'antiquité chrétienne en Orient, le culte enthousiaste des reliques — culte qui, parfois, les menait au sacrilège — comme, de nos jours, la passion des antiquités a trop souvent entraîné ceux qui s'y livrent au vandalisme. L'Occident allait solliciter de l'Orient des corps saints, comme nous dépouillons la Grèce, l'Asie Mineure et l'Egypte de ses marbres ou de ses papyrus. Lieux d'asiles alors inviolables, les sacristies des cathédrales tenaient la place de nos musées, moins accessibles sans doute mais, du moins, gratuites aux visiteurs. Ceux-ci rapportaient de leurs pèlerinages des impressions mélangées où la dévotion satisfaite et l'éblouissement surexcité leur faisait apparaître Constantinople sous l'aspect d'une collection inépuisable, prédestinée au futur approvisionnement des trésors encore presque vides des basiliques occidentales.
Cependant ces immenses richesses où les métaux, les pierreries, l'art étaient prodigués sans mesure
+ In nomine Patri(s) et Fili(i) et Sp(irilus) s(an)c(t)i, posit(a)e sunl memori(a)e stanjcti Iuliani et Laurenti(i) cum sociis suis, per manus beali Columbi ep(i)s(eop)i s(an)cftee) Ec(c)l(e)s(ia)e Aicivensi(s) istius plebi(s), per i(n)stunlia(m) Donati pr(esjb(yteri), imp(e)rfante) Tiberio, anno V, ind I iclione ) XIUl, s(u)b d(ie) pr(i)d(ie) n(o)n(as) octobres.
Dalle rectangulaire, longueur : 0 m. 76; largeur : 0 m. 47; épaisseur :0 m. 11 ; découverte dans une chapelle chrétienne au-dessous de l'emplacement de l'autel et au-dessus d'un loculus à reliques (voir Dictionn., t. vi, col. 2215-2218, fig. 5650-5652).
Bibl. — S. Gsell, Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1902, p. 418; Bull, archéol. du Comité, 1902, p. 527, n. 35; Mélang. d'archéol. et d'hist., t. xxm, 1903, p. 12; P. Monceaux, Épigr. chrét. d'Afrique, dans Mém. présentés par divers savants, t. xn, lre part., p. 245, n. 279.
Les textes qu'on vient de lire témoignent du culte officiel rendu aux reliques, mais elles étaient aussi l'objet d'un culte individuel et privé. Un texte du De schismate donatistarum, 1. I, c. xvi, nous apprend qu'un jour la veuve Lucille de Carthage, affiliée à la secte des donatistes, fut blâmée par l'archidiacre Csecilianus parce que, avant de baiser les espèces eucharistiques à l'instant de la communion, elle avait baisé une relique d'un martyr qui n'était pas encore reconnu pour tel par l'Église. Il s'agit ici très probablement d'une relique portée en guise de talisman ou d'amulette par Lucile. Il semble que dès le ive siècle le baisement de reliques de martyrs était devenu une pratique populaire et que le désir de posséder de telles reliques pourrait remonter à une époque sensiblement antérieure à celle des attestations les plus anciennes. Ces reliques de martyrs, enfermées dans un étui, étaient portées en pendeloque. Un buste d'enfant du musée provincial de Trêves fournit un exemple d'un procédé de ce genre. L'enfant porte au cou une bulla offrant le monogramme du Christ. Nous en rapprocherons une bulle (voir ce nom) qui fit partie de l'ancienne collection Castellani et dont nous donnons un croquis. L'intérieur légèrement bombé permettait de contenir une relique que l'enfant portait suspendue à son cou. Un païen pouvait fort bien ne rien comprendre à ces deux sigles assez effacés, et peut-être intentionnellement (fig. 10605) '. Saint Grégoire de Nysse nous apprend que sa sœur Macrine portait suspendue au cou
'S. Paulin de Noie, Epist., xxxn, n. 17, édit. Hartel, t. i, p. 292. — * H. Grisar, dans Nuovo bull. di arch. criât., 1897, p. 11-12, fig. 3, 3aa. — 3 E. A. Stuckelberg, dans Mit-
n'étaient pas l'unique objet de l'avidité des pèlerins; leur piété s'adressait aux reliques plus que leur cupidité aux reliquaires. Pour les possesseurs byzantins, les reliques étaient comme l'âme des édifices qui les abritaient; ils voyaient en elles tout autre chose que des ossements arides. Elles avaient été autrefois des corps, des personnalités dont la vie éteinte persistait
10605. — Bulle chrétienne en bronze.
D'après De Rossi, Nuovo bull. di arch. crist., 1897, p. 11.
en une trace lumineuse, dont la foi et les actions avaient semé des germes de vie spirituelle, dont l'exemple pouvait instruire et secourir les individus empressés à solliciter leur secours dans la détresse afin d'obtenir l'atténuation de leurs maux.
La relique n'avait pas seulement une vertu éducative, elle avait été souvent la cause directe de l'érection d'une église. Celle-ci ne se concevait pas sans des reliques dans ou sous son autel et cet usage était fort ancien, tellement qu'on n'eût pas osé s'en affranchir. En Orient les corps des martyrs furent de bonne heure divisés en parcelles et leur désignation peu précise ne permettait pas toujours d'apprécier leur importance 3. En Occident, la protection dont la loi romaine entourait les tombeaux défendait les corps des martyrs dont on n'eût pas osé troubler le repos par le déplacement du sarcophage, bien plus encore par le dépèce-
tlieilungen der antiquarischen Gesellschaft in Zurich, t. xxiv, 1895, p. 69; E. Lucius, Les origines du culte des saints, in-8°, Paris, 1908, p. 67.
RELIQUKS ET RELIQUAIRES
ment de leur corps, dans lequel on eût vu une profanation '.
Une conséquence de cette opposition dans les usages fut que l'Orient célébra la translation des reliques et leur conféra une grande solennité. A Constantinople, l'arrivée d'un corps saint ou, plus simplement, d'une relique, provoquait la célébration d'une fête et, souvent, la construction et la consécration d'une église avec tout le déploiement de pompe qu'entraîne ce rite 2. Avant de procéder à la dédicace, èyxaîvta, on célébrait la consécration, xaGiépcocriç, par l'introduction des reliques qu'un prêtre déposait sur l'autel, enduit préalablement de saint myre 3.
C'était à qui rivaliserait de dévotion envers les saintes reliques, parfois sans succès. L'empereur Léon Ier (457-474) sollicita le corps de saint Siméon Stylite des habitants d'Antioche qui le refusèrent en disant que « le très saint corps était pour leur ville un rempart, une forteresse * ». Justinien Ier ne fut pas plus heureux à Rome lorsqu'il sollicita, quoique averti par les légats d'Hormisdas qu'il n'obtiendrait qu'un refus 6. Cela ne suffit pas à l'impératrice Constantine, femme de l'empereur Maurice, qui sollicita du pape Grégoire Ier caput sancli Pauli aut aliud quid de corpore ipsius et n'obtint que des brandea 6. Telle était ce qu'on nommait la consuetudo romana, alors en pleine vigueur. Ainsi, à Paul, évêque de Rieti, qui avait sollicité des reliques des bienheureux martyrs Hermès, Hyacinthe et Maxime, le pape Grégoire se bornait à envoyer des sanctuaria prœdictorum martyrum 7, et à Constance, évêque de Milan qui demandait des reliques de saint Paul et des martyrs Jean et Pancrace, il envoyait des sanctuaria 8. En cela, le pape qui se faisait le défenseur de la consuetudo romana se montrait plus rigide que ne l'avait été Trajan qui faisait des concessions à la consuetudo grœcorum. Pline le jeune l'ayant consulté sur la conduite à tenir touchant l'autorisation sollicitée en Bithynie de déplacer des cadavres menacés par l'inondation ou la vétusté des tombes, et la nécessité de recourir pour cet objet au collège des pontifes de Rome, l'empereur répondait qu' " il est dur d'imposer aux provinciaux l'obligation d'en référer aux pontifes, dans le cas où de justes raisons exigent le transfert. Suivez donc l'exemple de vos prédécesseurs, et accordez ou refusez l'autorisation selon les circonstances 9. »
VII. Translations de reliques. — L'Orient, fort de sa consuetudo, procède, dès le ive siècle, à une translation de reliques : il s'agit du corps de saint Babylas transporté à Daphné dans une église, avec la permission du césar Gallus (351-354) 10, mais on ignore si la cérémonie fut entourée de pompe; on ne peut même pas affirmer qu'elle n'ait eu un précédent si, comme l'affirme saint Paulin de Noie u, les reliques des saints André, Luc et Timothée furent transférées à Constantinople dans l'église des Saints-Apôtres sous Cons-
1 C. Ferrini, De jure sepulcrorum apud Romanos, dans Arcltivio giuridico, Pisa, t. xxx, p. 447-480; Wamser, De jure sepulcrali liomanorum, Darmstadt, 1887; [F. Cumont, Rev. Iiist., t. ci.xiii, 1930, p. 244 sq. ; Comptes-rendus Acad. des Inscr., 1945, p. 391, n. 1]. — * J. Goar, Eucliologion, Parisiis, 1617, p. 832 sq.; Siméon de Thessalonique, De sacro tcmplo, P. G., t. clv, col. 320 sq. — * Dmitrievskij, Opisanie, t. u, p. 62, 885. — * Evagrlus, Hist. eccles., 1. I, c. vin, P. G., t. lxxxvi, col. 2457. — ' Hormisdas, Epist., lxxvii, dans Thiel, Epist. pont, rom., p. 873-875. — • Grégoire Ier, Registr., 1. IV, epist. xxx, édit. Ewald-Hartniann, t. i, p. 264-265. — ' Grégoire Ier, Registr., 1. IX, epist. xlix, ibid,, t. ii, p. 76. — 9 Grégoire l", Registr. ,1. IX, ep.CLXXxi u, ibid., I. u, p. 176. — » Pline, Epist., 1. X, n. 68, 69. — " Sozomène, Hist. eccl., 1. V, c. xix; cf. Grégoire de Nazianze, Contra Julianum, 1. I, c. xxv, P. G., t. xxxv, col. 552. — " S. Paulin, Carm., XIX, vs. 317-324, édit. Haitel, p. 129; cf. P. L., t. lxi, col. 929, n. 325. — '• P. G., t. L,
tantin; nous croyons toutefois que ce fut sous son fils Constance, en 356. Une translation de reliques était, à Constantinople, un véritable événement. Il en fut ainsi pour la réception des reliques de saint Phocas (?), martyr du Pont, que décrit saint Jean Chrysostome ", et pour celles de saint Paul, évêque mort en exil à Cucuse 13, ramené véritablement en triomphe. Ce sont ensuite l'entrée des martyrs Terentius et Africanus déposés dans l'église Sainte-Euphémie14, enfin l'arrivée du chef de saint Jean-Baptiste 15, dont nous reparlerons.
Sous le règne d'Arcadius se place la translation de Judée à Constantinople des reliques du prophète Samuel à qui fut bâti un sanctuaire et dont les évêques portaient les restes enveloppés dans l'or et la soie, entre une multitude de fidèles qui faisaient la haie depuis la Palestine jusqu'à Chalcédoine, affirme saint Jérôme 1$.
Les reliques des saints Etienne, Laurent et Agnès " et le corps de saint Jean Chrysostome I8, ramené de Comane, appartiennent au règne de Théodose le Jeune, tandis que la translation de sainte Anastasie 19 est de celui de Léon Ier, mais on peut dire que tout empereur veut signaler son gouvernement par une fête de reliques. Il semble que cela fasse partie des réjouissances auxquelles le peuple a droit; peut-être se procure-t-on des corps saints sans excès de délicatesse, il s'en trouve dans le nombre dont on ignore la provenance 20.
Constantinople n'eut pas le monopole des translations de reliques, Antioche était assez riche pour célébrer ses martyrs et récupérer leurs cendres. Toutefois on ignore à quelle époque fixer le retour des restes de l 'évêque saint Ignace qui consomma son martyre à Rome, dans l'amphithéâtre ", mais saint Jérôme, qui visita Antioche en 396, écrit ces mots : Reliquiœ corporis ejus in Antiochia jacent extra porlam Daphniticam in cimiterio ". Vers le même temps, saint Jean Chrysostome prononçait à Antioche le panégyrique d'Ignace et insistait sur le retour triomphal du saint dans sa ville épiscopale et sur les honneurs qui lui furent rendus dans les villes du parcours *»; il y a lieu, d'après ce trait, de placer ce retour depuis la paix de l'Église.
Une translation toutefois n'était pas définitive. C'est ainsi que ces mêmes ossements de saint Ignace, déposés in cimiterio furent, sous le règne de Théodose II, amenés dans la ville et déposés dans l'ancien temple de la Fortune transformé en basilique u. Saint Babylas non plus n'avait pas connu le repos. On a dit déjà que le césar Gallus l'avait fait transporter à Daphné; en 362, Julien l'Apostat l'en fit éloigner «t ramener dans sa sépulture primitive, ce qui fut l'occasion d'un cortège solennel et, après la mort de Julien, on construisit à Babylas une basilique au delà de l'Oronte et on l'y transporta. Là fut inhumé aussi le corps de l'évêque Mélèce. ramené de Constantinople où il était mort ".
col. 799; voir, t. l, col. 693-698, pour des martyrs égyptiens. — ■" Socrate, Hist. eccles., 1. V, c. ix; Sozomène, Hist. eccles., 1. VII, c. x. — • " Théodore le Lecteur, 1. II, c. lxii, P. G., t. lxxxvi, col. 213. — ■ "Sozomène, Hist. eccles,, 1. VII, c. xxi. — ■ "S. Jérôme, Contra \igilantiiim, c. v; P. L., t. xxiii, col. 343; Théodore le Lecteur, 1. I, c. i.xm, P. G., t. lxxxvi, col. 213; Chron. Pasclu, ad ann. 406, 411, edit. Dindorl, p. 569, 570-571. — " Théodore le Lecteur, 1. II, c. lxiv, P. G., t. lxxxvi, col. 213. — " Socrate, Hist. eccles., 1. VII, c. xlv; Théodoret, Hist. eccles., 1. V, c. xxxvi. — "Théodore le Lecteur, 1. II, c. lxv, P. G., t. lxx.wi, col. 216. — ,0 Sozomène, Histoire ecclésiastique. 1. IX, c. u, vi, vu. — *' J.-B. Lightfoot, The apostolic 1 ailiers, t. n, 2« part., p. 429-430. — " S. Jérôme, De viris illuslribus, c. xvi. — ■* Dibl. hagiogr. lai., n. 816. — " Evagrlus, Histoire ecclésiastique, 1. I, c. xvi. — M Sociale, Histoire ecclcsiastique, 1. V, c. ix ; Sozomène, Histoire ecclésiastique, 1. VII, c. x.
En 459, on apporte à Antioche les reliques de saint Syméon Stylite, et en 482, celles de saint Eusthate ramené de Trajanopolis en Thrace, lieu de son exil. Bien d'autres translations sont signalées en Orient : 22 août 394, saint Thomas est conduit, on ne sait d'où, dans la grande basilique d'Édesse l (voir ce nom); en 396, translation à Alexandrie des reliques de, saint Jean-Baptiste2; à Nisibe, les habitants qui fuient devant l'invasion des Perses emportent le corps de saint Jacques; à Alexandrie, saint Cyrille transporte à Menouthi (voir Diction., t. xi, col. 430) les restes des saints Cyr et Jean.
VIII. Exhumation de corps saints. — Le mot « translation » éveille une idée de solennité, de magnificence qui est comme la survivance des cérémonies que nous venons d'évoquer et qui, toutes, appartiennent aux pays d'Orient. Si nous pouvons en rapprocher quelques faits de même nature localisés en Occident, et même à Rome, à une date ancienne, il paraît sage de recourir à un terme plus prosaïque, celui d' « exhumation ». C'est bien, en effet, celui qui s'applique aux quelques transports de reliques dont nous allons parler.
A Rome, au me siècle, les fidèles tirent parti d'un moment de relâche dans les persécutions pour obtenir des autorités administratives la permission de ramener le corps du pape Pontien et celui de l'évêque Hippolyte, morts dans leur exil de Sardaigne 3; même autorisation leur est accordée pour le cadavre du pape Corneille mort à Centumcellse ( = Civita Vecchia) et qui reçoit la sépulture à Rome 4. Vers le milieu du ive siècle, on vénère à Rome les corps des cinq sculpteurs connus sous le nom de « Quatre Couronnés » qui ont péri en Pannonie. En quelle circonstance ont-ils été retirés du fleuve, déposés dans des cercueils de plomb et amenés à Rome 6? Nous l'ignorons, mais le fait d'un transport est indubitable. Un fait analogue et un peu postérieur peut en être rapproché puisque nous savons qu'au commencement du vc siècle, le martyr Quirin, évêque de Siscia, se trouvait à Rome 6, où il n'avait pu qu'être apporté de son pays d'origine, la Pannonie, par ses compatriotes fugitifs devant une invasion barbare. Mais on observera que dans toutes ces diverses circonstances, aucune allusion n'est faite à des solennités.
11 est vrai que tous ces faits se passent à Rome et peut-être se montre-t-on moins rigide dans d'autres Églises d'Occident, notamment à Milan et à Brescia. A Milan nous voyons rapporter le corps de l'évêque Denis, mort en Cappadoce '; à Brescia, saint Gaudence rapporte d'Orient une véritable rafle de reliques; à Noie, à Fondi, saint Paulin enrichit ces basiliques de tout ce qu'il a pu atteindre par lui-même ou par ses amis 8. Nous verrons saint Victrice de Rouen les imiter, mais cette dévotion n'est pas encore généralement adoptée. Cependant saint Jérôme lui-même, si attaché aux traditions, a subi l'influence de l'Orient et, en 410, il écrit à un Dalmate, nommé Julien, pour le féliciter de s'être associé à une fête religieuse, probablement une translation de reliques, suivie de la dédicace d'une basilique 9.
IX. Distribution des reliques. — On ne s'en tient pas à des translations, on porte la main sur les
1 L, Hallier, dans Untersuchungen tiber die Edessenische Chronik, in-8", Leipzig, 1893, p. 103. — a Théophane, Chronograpl^e, édit. de Bour, t. i, p. 75. — 3 De Rossi, Roma sotterranea, t. n, p. 73-80. — ' Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 150-152. — 6 Acta sancl., nov. t. ni, p. 778. — • De Rossi, Homa sotterranea, t. n, p. 120-121.
— ' S. Basile, Epist., cxcvn, P. G., t. xxxn, col. 712. — ' S. Paulin, Carm., xxvn, vs. 403-439; Epist., xxxn, 10, 17.
— ' S. Jérôme, Epist., cxvm, 4, P. L., t. xxn, col. 963. — 10 Passio S. Perpetuœ, n. xxi. — " Vita S. Cypriani, n. xvi.
restes sacrés des martyrs, on divise, on distribue, on dissipe le gage précieux pour satisfaire de pieuses convoitises et, parfois, des sentiments plus répréhensibles. Dès le me siècle, nous voyons des fidèles heureux de posséder un objet extérieur sanctifié par le contact d'un martyr : ainsi le soldat Pudens qui assiste au supplice de sainte Perpétue (voir ce nom) et de ses compagnons se réjouira de conserver l'anneau trempé dans le sang du martyr Saturus 10; ainsi un des gardiens de saint Cyprien conservera ses vêtements imprégnés de sueur11; ainsi les fidèles présents au supplice de l'évêque de Carthage jettent des linges pour les imbiber de son sang ".
Mais l'indiscrétion ne s'arrête pas là et tourne à l'abus. Un document authentique connu sous le nom de Testament des quarante martijrs de Sébasle, nous montre ces saints condamnés demandant à être ensevelis ensemble et prient les fidèles de ne s'approprier aucune parcelle de leurs restes 13. Cette demande équivaut à une protestation contre une pratique en train de se répandre et cette protestation ne fut pas entendue. Saint Basile nous apprend que les saints martyrs respirant encore furent jetés dans les flammes et leurs cendres jetées dans le fleuve; cependant tout ne fut pas détruit car le même docteur ajoute : « Les voilà qui occupent notre contrée, et semblables à des tours puissantes nous défendent contre les attaques de l'ennemi'; ils ne se renferment pas en une seule place, mais beaucoup d'endroits leur offrent l'hospitalité et ils sont un honneur pour beaucoup de localités14. » S. Grégoire de Nysse écrit de son côté : « Leurs cendres et tout ce que le feu a respecté a été partagé, et le monde entier, pour ainsi dire, participe aux bénédictions de ce trésor sacré. Moi-même j'en possède une part et j'ai placé les corps de mes parents près des reliques de ces soldats 15. » Et il raconte la première cérémonie célébrée avec sa famille en l'honneur des martyrs à l'occasion de la déposition des reliques.
A Césarée vivaient deux nièces de saint Basile qui avaient reçu de lui des reliques des quarante martyrs; elles s'en dépouillèrent pour Gaudence de Brescia16; on en signale d'autres à Constantinople et ailleurs 17.
« Mais ce n'était pas toujours dans des cas exceptionnels, lorsque la profanation des reliques par les persécuteurs invitait pour ainsi dire les fidèles à les recueillir pour leur compte, que s'opérait la dispersion. Le traitement infligé aux quarante martyrs, aux reliques de saint Jean-Baptiste sur l'ordre de Julien l8 et aux martyrs de Gaza ls ne fut point la règle, et pourtant tel saint, dont le corps repose à Sinope, se voit partager entre une foule d'Églises. Constantinople en reçoit une partie; à Rome, s'il faut en croire Astère d'Amasée, on envoie la tête et d'autres parties vont un peu partout : noXXaj(oû [xept,a6évTa rà Xîei{;ava ôXôxXï;pov TOcvTaxoG tcô Tpî.o-fi.axapîcp acoÇei tï)v £Ùcp"/)|jtîav 20. Théodoret nous apprend que fréquemment dans les basiliques qui sont censées posséder un martyr, on ne trouve qu'une partie de son corps et parfois même une partie minime. « Nous demandons, dit-il, comment « s'appelle le martyr renfermé dans le tombeau, et l'on « nous répond, suivant l'occurrence, que c'est Julien, « Romain ou Timothée, bien que souvent on n'en ait « pas le corps entier, mais des reliques de peu d'impor-
— " Acta proconsularia, n. v. — '* N. Bonwestch, Vas Testament der vierzig Martyrer, p. 76. — " S. Basile, Ilomil. in sanclos XL martyres, vin, P. G., t. xxxi, col. 521. — lsHomil. in sanclos XL martyres, P. G., t. xlvi, col. 784. — " S. Gaudence, Serm., xvn, P. L.,t. xx, col. 965. — " Sozomène, Hist. eccles., 1. IX, c. xxi; Procope, De œdif., 1. I, c. vu. — 18 Bufin, Histoire ecclésiastique, 1. II, c. xxvin.
— *• Sozomène, Histoire ecclésiastique, 1. V, c. ix. — ,0 Astère d'Amasée, Homilia in Sanctum Phocam, P. G., t. xl, col. 309.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
tance : Gynx.po~a.TOiv Xet'^âvcov '. » Il exprime la même pensée, a peu près dans les mêmes termes, en deux autres endroits de ses écrits, en substituant d'autres noms au groupe qu'il avait cité, tantôt Denis, Julien, Cosmas 8, tantôt l'apôtre Thomas, Jean-Baptiste, Etienne le premier martyr. Et il fait remarquer ailleurs que, quoique les corps des martyrs soient divisés et dispersés en plusieurs tombeaux, la grâce qui y est attachée reste entière ".
« Saint Grégoire de Nazianze déjà parlait ainsi; pour lui quelques gouttes de sang xal puxpà aùpiSoXa 7rà0ouç ont la même efficacité que le corps dans son intégrité 4. Logiquement, on devait à ces reliques partielles les mêmes honneurs qu'aux corps eux-mêmes, et l'on n'hésitait pas à les leur rendre. L'arrivée, dans une localité de Syrie qui doit être Cyr, la ville épiscopale de Théodoret, d'un envoi de reliques de saint Jean- Baptiste et de plusieurs apôtres et prophètes est célébrée avec la solennité des grandes translations s. L'évêque, le peuple de la ville et de la campagne vont audevant d'elles pour les recevoir; ce sont des explosions d'allégresse et la SauïTixv) /opda n'y manque pas ". »
Tout ceci n'allait pas sans certaines contradictions. On vient de voir la répugnance éprouvée par les martyrs de Sébaste à la pensée du sort que l'indiscrétion de certains fidèles ménage à leurs dépouilles, or nous en trouvons l'écho dans les Actes de saint Fructueux, martyr à Tarragone, avec ses compagnons. Ces Actes sont un peu postérieurs à l'événement, mais on y lit que, dans la nuit qui suivit le supplice, les chrétiens se rendirent à l'amphithéâtre, arrosèrent de vin les ossements en partie calcinés et les emportèrent; mais saint Fructueux leur apparut et les avertit d'avoir à restituer ces reliques afin qu'on pût les enterrer en un même lieu 7.
« L'auteur des actes de saint Saturnin de Toulouse trace un récit intéressant de la construction de la basilique du martyr 8. L'évêque Hilaire 9, le premier, bâtit une chapelle en l'honneur de son prédécesseur, sur son tombeau même, scindas veritus commovere reliquias. Bientôt on s'y trouve à l'étroit, et l'évêque Silvius entreprend la construction d'une basilique spacieuse, à quelque distance de la précédente, dans la pensée, c'est bien clair, d'y déposer le corps du martyr. .Mais il n'eut pas la joie de voir la fin de son œuvre. C'est l'évêque Exupère, l'ami de saint Jérôme, qui y mit la dernière main (vers 110). Cependant il hésitait à opérer le transfert. l'n songe le rassura. 11 comprit alors que, quand l'honneur du martyr est en jeu, nullam fteri vel deminutione cinerum vel commutionc membrorum spiritibus injuriant. Et aussitôt il présenta une requête aux empereurs et obtint l'autorisation d'introduire les reliques dans le nouveau sanctuaire 10. Tout en gardant les formes et timidement, on s'engage dans la voie du relâchement.
« Pourtant on s'abstient pendant longtemps encore de distribuer des ossements ou des parcelles du corps des martyrs. De même qu'à Home on donne des étoffes, des clefs qui ont touché au tombeau de l'apôtre ou dans lesquelles on a renfermé de la limaille des chaînes de saint Pierre n, des fragments du gril de saint Laurent 12, ailleurs, comme en Afrique, nous voyons [•rendre en guise de reliques des vêtements déposés sur le tombeau 13, des fleurs sanctifiées au contact du reliquaire", l'huile du sanctuaire15. ^
X. Invention de reliques. — Le refus opposé parfois par les magistrats païens de rendre aux fidèles les restes d'un martyr, ce que nous voyons à Smyrne ou à Lyon, n'empêche pas une Eglise de commémorer l'anniversaire. A Carthage nous voyons saint Cyprien prescrire de tenir un registre des noms des victimes de la persécution et du jour de leur triomphe; ainsi s'élabore le calendrier localinarqué par des solennités dont le souvenir s'imprime dans la mémoire des membres de la communauté et ainsi se fonde la tradition. Mais vers la fin du ivc siècle on voit apparaître des cultes nouveaux qui ne peuvent s'autoriser d'une tradition constante, martyrs lointains et inconnus dont le souvenir s'est perdu pendant un temps et qui se met, soudain, à revivre, dont la tombe saccagée n'a pas été oubliée par tous. La dernière persécution (303-313) avait accumulé les ruines, mais dix années ne suffisent pas à abolir les souvenirs d'une génération et la paix de l'Église suggéra aux évêques, aux prêtres, la restauration de ce qui avait existé : le culte des martyrs se manifestant par les anniversaires et par les tombeaux. A Borne, on s'y applique de bonne heure et un premier essai aboutit à ce double catalogue intitulé : Deposilio marlyrum et Depositio episcoporum, rédigé probablement sous le pontificat de Libère (voir Dictionn., t. ix, à ce nom). Sous le pontificat de Damase (voir Dictionn., t. iv, à ce nom) on fit un progrès, ce pape dévot aux martyrs mulla corpora sanctorum requisivit et invenit. Ce fut lui, en effet, ou bien par son impulsion qu'on découvrit plusieurs tombes; ainsi le corps de saint Eutychius la :
Ostendit latebra insontis quœ membra tcneret, Quœritur, inventus colitur, fovet, onmia preestal.
Puis encore, la tombe des saints Prote et Hyacinthe " :
Hxlremo tumulus latuit sub aggere montis.
Hune Daniasus monstrat, serval quod membra pioruin.
Pour ces derniers, leur culte était établi, car nous lisons dans la Deposilio marlyrum, au 11 septembre : /// id. sept. Proti et Jacincti in Bassillœ, mais le souvenir de leur tombe était aboli.
Dans certains cas, une découverte de corps saints après un long intervalle de temps écoulé depuis leur mort suggérait l'inscription de leurs noms dans les fastes martyrologiques et il n'est pas possible d'assurer que cette décision ait été garantie par toutes les précautions d'une enquête vraiment éclairée.
Il arrive souvent qu'une tombe ignorée de tous est désignée par un phénomène surnaturel, vision, apparition, révélation et on ne saurait dire avec assurance, parfois, la qualité de la manifestation. Ainsi dans l'inscription damasienne d'Eutychius on lit ce qui suit " :
Xoctc soporifera turbant insomnia menton, Ostendit latebra insontis quœ membra leneret.
Nous n'en sommes pas réduits à ces éléments, grâce à ce que nous savons de l'événement survenu à Milan en 386 lors de l'invention des corps des martyrs Gervais et l'rotais (voir Dictionn., t. \i, à ce nom). Que s'est-il passé? Le diacre Paulin écrit qu' » à cette époque les saints martyrs se firent connaître à saint Ambroise. Ils étaient placés dans la basilique où se trouvent aujourd'hui les corps des saints Nabor et Félix. Ces saints martyrs-ci attiraient un grand nombre de fidèles; des martyrs Gervais et Protais on ignorait les noms comme aussi la sépulture, et l'on marchait sur
1 Théodoiet,Kpis/.,c.xxx. — * Id., iftirf., cxi.iv. — ' Grèce, affect. curatio, vm. — ' Contra Julianum, 1. I, c. i.xix, P, G., t. xxxv, col. 589. — 6 Théodoret, Ilist. relig., XXI. — • II. Delehaye, Les origines du culte des martyrs, 1912, p. 74-76. — 7 Bibl. hagiogr. lat., a. 3196, n. 6. — • De Rossi, littll. di urch. crist., 1878, p. 118-129. — • L. Ducliesne, Fastes episcopaux de la Gaule, t. i, p. 307. — ■ l0 Hibl. hagiogr. lat.,
n. 7496, n. 6. — » S. Grégoire, Itegistr.,\. I, epist. xxv. — 11 Id., ibid.,\. lll.eplst. xxx m. — "S. Augustin, De Cloitate Dei, I. XXII, c. vm, 18, 6dit. Hoffmann, t. n, p. 606-607. — " Id., ibid., p. 601. — ■' Ul., ibid. ,\i. 607; cf. II. Delehaye, Les origines du culte des martyrs, p, 80-82. — '• Ihm, Damasi epigrnmnuita, n. 27. — i: Id., ibid., n. 49. — " Iluii, op. cit., n. 27, vs. 10-11.
leurs tombeaux pour s'approcher des barrières qui protégeaient ceux des saints martyrs Nabor et Félix l. » Voici qui est clair et c'est saint Ambroise qui, dans sa lettre à sa sœur Marcelline, lui expose les circonstances de la découverte qu'il met au compte d'une sorte de pressentiment : Statimque subiit velut cu.ju.sdam ardor prxsagii. On fouille le sol, on trouve les corps de grande taille : Omnia ossa intégra, sanguinis plurinnim 2: on dépose les reliques provisoirement dans la basilique de P'austc et, le lendemain, on les transfère dans la basilique ambrosienne. Tout l'épisode est d'une interprétation laborieuse; le biographe contemporain, diacre Paulin 3, saint Augustin 4, saint Gaudence 6, saint Paulin de Noie 8 parlent de révélation, de vision, saint Ambroise s'en tient à un pressentiment. On peut en discuter longuement et âprement, mais on voit que la tombe des deux martyrs était si parfaitement oubliée ainsi que leur culte que l'évêque n'a pas eu recours à une enquête et que les inévitables vieillards ne se sont souvenus du culte ancien qu'après la découverte. Qu'on se montre favorable au pressentiment ou à la révélation, il reste ceci : que l'existence et l'emplacement d'une tombe et d'un culte étaient oubliés, que saint Ambroise a pris sur lui d'après des indices incontrôlables de procéder aux travaux nécessaires à une inventio qui fut suivie sur son initiative unique d'un transport de reliques.
Saint Ambroise ne fit pas que cette inventio; en 403, il trouva à Bologne ', dans le cimetière des juifs, les corps des martyrs Vital et Agricola oubliés de tous et transportés dans la basilique de Florence 8. Ces deux découvertes soulevèrent un grand intérêt et, dès lors, on vit circuler en Occident-de nombreuses reliques des saints Gervais et Protais \ Vital et Agricola 10. Après la découverte des corps de saint Nazaire et C.else ll on en vint à croire que lorsque le saint évèque allait faire sa prière à un endroit où il ne s'était jamais arrêté auparavant, c'est qu'un corps de martyr lui avait été révélé en ce lieu lI.
Nous ne revenons pas sur Vinventio de saint Etienne en 415 (voir Dictionn., t. v, col. 632-648); celle des reliques de saint Jean-Baptiste est passablement obscure. Mis à mort à Maehéronte 13 le Précurseur se retrouve au ive siècle à Sébaste où son tombeau est violé, ses ossements brûlés et jetés au vent. Cependant on continue à prier au tombeau vide et on se persuade
1 Paulin, Vita Ambrosii, c. XIV, P. L., t. xiv, col. 31. — ' S. Ambroise, Epist,, xxn, 2. — ' V'ila Ambrosii, c. xiv.
— 'De civitate Dei, 1. XXII, c. vin. — 6 Serm., xvii, P. L., t. xx, col. 663. — 8 Epist., xxxn, 17. — ' Paulin, Vita Ambrosii, c. xxxix, P. L., t. xiv, col. 37. — 8 G.-li. Ristori, Délia venuta e del soggiorno di S. Ambrogio in Firenze, dans Arcliivio storico ituliano, série V, t. xxxvi, p. 241-275. — "A. t'undi.cf. Paulin de Noie, Epist., xxxn, 17; à Villa Victoriana, près d'Ilippone, cf. S. Augustin, De ciritate Dei, 1. XXII, vin; à Hippone (?), S. Augustin, Serm., ccixxxvi, P. L., t. xxxvin, col. 1299; à Rome, Liber ponti/icalis, édit. L. Duchesne, t. i, p. 220; à Roueii, S. Victrice, De laude sanclorum, c. vi, P. L., t. xx, col. 4 18; à Vienne, cf. E. Le filant, Inscriptions clirétiennes de la Gaule, n. 412; à Tours, Grégoire de Tours, Hist. Franc., 1. X, c. xxxi ; In gloria martqrum, c. xlvi; à Paris, Vita S. Germani, dans Acla sanct., junii t. ni, p. 830-812. — 10 A CUrmont, Grégoire de Tours, In gloria mort., c. xi-iv.
— " Paulin, Vita Ambrosii, c. xxxn, P. L.,t. xiv,col.38. — ■• M., ibid., c. xxxm, P. L., t. xiv, col. 38. — 13 FI Josèphe, Antiq. jud., 1. XVII, c. vn. — '* S. Jérôme, Epist. ad Eustochium, 13, P. L., t. xxn, col. 889; Comment, in Micheam, I, I, P. L., t. xxv, col. 1150; Comment, in Osée, I, i, P. L., t. xxv, col. 825 : YJîoa'jTvî i;i qua ossa Joannis liaptislœ condita sunt. -— "II. Deleliaye, Les origines du culte des marlurs, 1912, p. 102-113. — " Corp. inscr. grœc, t. iv, n. 8695, 8809; Codinus, De signis, édit. Ronn, p. 30; Nicéphore de Constantinople, édit. Ronn, p. 24-25. — " Léon Diacre, édit. Ronn, p. 166. ■ — '• Corp. inscr.
que les reliques s'y trouvent encore, rapportées par un inconnu. Saint Jérôme n'y contredit pas14; nous reparlerons des vicissitudes du chef du Précurseur.
On pourrait énumérer un grand nombre d'autres inventiones moins fameuses, et dans un grand nombre de pays 1S, mais ce qui précède suffira à notre propos.
XI. De quelques reliques. — Parmi les nombreuses reliques que recueillit la piété du Moyen Age byzantin, les plus précieuses assurément et les plus recherchées furent celles qui se rapportaient à la personne du Sauveur. Non seulement les instruments de la passion du Christ, le bois de la croix, la couronne d'épines, l'éponge qui servit à apaiser la soif de Jésus, le linceul dans lequel fut enveloppé son corps divin, l'ampoule renfermant l'huile dont fut oint son cadavre le, étaient conservés avec un soin pieux dans les églises de Constantinople; non seulement les vêtements qu'il avait portés, son manteau de pourpre, ses sandales ", les langes dont il avait été enveloppé à sa naissance u devinrent l'objet de la vénération des fidèles : mais les témoins muets des miracles ou des souffrances du Sauveur, les rochers, les pierres sur lesquelles s'était accomplie quelque circonstance mémorable de sa glorieuse existence, furent mis par la piété publique au rang des reliques les plus respectées.
Il existe une catégorie de reliques indiscrètes qu'il suffira de mentionner en quelques lignes. Ce sont le saint nombril ", le saint prépuce (voir Dictionn., t. m, au mot Circoncision). On sait qu'on a beaucoup écrit sur la relique de la circoncision qui était conservée en plusieurs localités : à Charroux (diocèse de Poitiers), à Coulombs (diocèse de Chartres), au Puy, à Chàlonssur-Marne (église Notre-Dame en Vaux), à Metz, à Anvers, à Hildesheim 20. X. Barbier a avancé sans preuves que « Charlemagne enleva le saint prépuce de l'abbaye de Charroux et le porta au pape saint Léon III, a l'occasion de son couronnement, en 800 21 ». Cette opinion, outre qu'elle ne s'appuie sur rien, est inadmissible puisque Charlemagne, à son départ de France, ignorait le dessein du pape de le couronner empereur et que ce dessein n'était peut-être pas encore formé par Léon III lui-même.
Si Charlemagne donna la relique, il fit l'économie du reliquaire qu'on retrouva à Charroux, en 1856". Quoiqu'il en soit, on lit dans VOrdo romanus du cha-
gnvc, t. iv, n. 8695, 8809. — " Procès-verbal de la translation île la fameuse relique du saint nombril laite en 1404, in-S", s. 1., [C.hàlons-s. -Marne] (1707). Et à cette occasion rappelons cette phrase du De pignoribus sanctorum de Guibert de Nogent (entre 1115 et 1124), II, n : Nec désuni alii qui umbiiici superlluum quod nuper natis abscinditur, sunt qui eircumeisi pra'putium ipsius Domini hnberc se nsserunt. Cf. A. Lefianc, Le traité des reliques de Guibert de h'ogent, dans Éludes d'histoire du Moqen Age dédiées à G. Monod, 1896, p. 285-306. — "Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, t. II, Paris, 1821, p. 46-47; Marangoni, Isloria dell' antichissimo oratorio... di Sancta Sanclorum, in-4°, Romn, 1747, p. 212- 254; Narrazione erilico-storica <lella reliquia preziosissima dtl santissimo prepuz io. . . ristum pata ed accretciula per ordine di Cesare Sinibaldi Gambalunga, in-8°, lîoma, 1802; H. Giisar. Die angeblichc Chrislusreliquie im miltelaltei lichen Laleran, dans tiom. Quartalschr., 1906; Pli. Lauer, Le trésor du Sancta Sanctorum, 1906, p. 52-58; G. Chapeau, Les grandes reliques de Charroux, dans liull. de la Soc. des antiq. de l'Ouest, 1928, p. 101-128. — " X. Rarbicr, Le trésor de Sainte-Croix de Poitiers avant la liévolution, dans Além. de la Soc. des antiq. Ouest, 1881, p. 101, n. 1. — " Am. Rrouillet, Description des reliquaires trouvés dans l'ancienne abbage de Charroux, in-fol., Poitiers, 1856. Cf. Ed. Pie, Allocution prononcée dans la conférence ecclésiastique supérieure de sa ville épiscopale à l'occasion de la controverse soulevée au sujet des reliquaires de Charroux, in-8°, Poitiers, 1863.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
noine Benoît qu'au temps du pape Innocent II (11 30- 1143) on portait en procession à Rome la relique de la croix, les sandales du Christ et la relique de la circoncision '. Jean Diacre, sous Alexandre III (1159-1181), y ajoute la relique du nombril, rapprochement qu'on trouve dans V Évangile de l'Enfance 2.
Dès la fin du ive siècle, on conservait en Palestine un certain nombre de reliques attribuées au Sauveur pendant les années de sa vie terrestre. A Jérusalem on montrait, dans la chapelle du Sépulcre, la dalle que Joseph d'Arimathie avait roulée devant le tombeau du Christ et que l'ange avait enlevée au moment de la résurrection3; ailleurs on voyait la colonne de la flagellation, encore teinte du sang du Sauveur * et la roche fendue sur laquelle la croix avait été dressée. A Sichem, une église construite tout exprès abritait le puits auprès duquel Jésus rencontra la Samaritaine; à Bethléem, dans l'église Notre-Dame, on trouvait la crèche où fut couché le Sauveur « et ses oreillers d'une dure pierre 5 ». Plus loin c'était la dalle sur laquelle fut répandue l'eau qui servit à laver Jésus nouveau-né ' : et depuis ce jour la vasque creusée dans la pierre était remplie d'une eau pure intarissable '. A Gethsémani on montrait une pierre à laquelle les Juifs avaient lié le Sauveur prisonnier 8; sur la montagne de Sion, dans l'église Notre-Dame, la table sur laquelle Jésus-Christ célébra la cène avec ses disciples et la vasque de pierre où il puisa l'eau pour leur laver les pieds 9 : ailleurs, dans un monastère, on voyait le berceau du Christ 10; et dans l'église du Saint-Sépulcre la pierre, centre de la terre, appelée le Compas « que Dieu mesura de sa main au milieu du monde " » et sur laquelle Joseph d'Arimathie et Nicodème lavèrent le corps du Christ descendu de la croix 12. Enfin, dans le temple, une autre pierre rappelait les plus illustres souvenirs de l'Ancien et du Nouveau Testament : c'était le quartier de rocher sur lequel avaient été placés jadis l'arche d'alliance, la verge d'Aaron et les livres de Moïse; Jacob s'y était endormi lors de sa vision miraculeuse, l'ange y avait annoncé à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste; mais un miracle du Christ surtout la rendait illustre. Quand Jésus eut pardonné à la femme adultère, il y trouva un refuge contre la fureur des Juifs : « La roche se leva contremont entour sa teste, si li flst lieu, et une estoile descendi devant lui, si le servi de sa clarté 13 ».
De bonne heure la dévotion des empereurs byzantins avait enlevé à la Palestine, pour en parer les églises de Constantinople, plusieurs de ces merveilleuses reliques : la conquête de la Terre sainte par les Perses, puis par les Arabes, multiplia bientôt et justifia ces spoliations. Ce fut œuvre de piété que d'arracher aux infidèles ces vénérables monuments, et les empereurs furent plus fiers d'une relique regagnée que d'une province reconquise. Héraclius, Nicéphore Phocas, Jean Zimiscès rapportèrent en triomphe « comme un présent du ciel, comme un trésor incomparable », wç xi Sûpov oùpâvtov, wç xtva 7toXijoX6ov 6r,aaijpôv ", le bois de la vraie croix ou les souvenirs de la vie du Sauveur 15 ; Romain Lacapène mit en œuvre toute sa diplomatie pour conquérir à l'empire la fameuse image d'Édesse19
1 Mabillon, Muséum Italicum, t. n, p. 152. — ■ * Evaiigelia apocrypha, édit. Tischendoif, p. 183. — * S. Jérôme, Epist., lxxxvi; Antonio le Martyr, De locis sanctis, dans Itinera hierosolymilana, édit. T. Tobler et A. Moliniar, t. i, p. 101.
— * S. Jérôme, op. cit. — 5 Id., ibid. — • Guillaume de Tyr, édit, 1'. Paris, t. n, p. -189. — ■ ' Arculf, dans Itinera latina, I. i, p. 170. — 8 Guillaume de Tyr, p. 492. — ' Ibid., n. 491.
— '» Ibid., p. 481. — " Ibid., p. 489. — u Sanuto, dans Histoire des croisades, t. Il, p. 495. — u Guillaume de Tyr, op. cit., p. 489. — " Léon Diacre, op. cit., p. 166.
"Léon Diacro, op. cit., p. 61, 70-71, 166. — '* Rambaud, L'empire grec au Xe siècle, p. 107 sq. — " Nicé-
(voir ce nom). Au milieu des chants religieux, des processions et des fêtes 17, on rapportait les saintes reliques dans la ville « gardée de Dieu » : on les transportait en grande pompe dans les sanctuaires les plus vénérés, à Sainte-Sophie, aux Blakhernes, ou dans la chapelle du palais impérial : parfois on élevait pour les abriter des oratoires particuliers; et les évêques proclamaient solennellement leur vertu miraculeuse : Si per ossa mirifica Deus facit, clarum esl quod et per imagines, lapides, pluraque alla idem possit, disait Léon de Néapolis, en Chypre 18. Pour en multiplier les effets salutaires, on cassait quelques fragments de ces pierres vénérées, et les plus grands personnages de l'empire en recevaient des morceaux 19; plusieurs nous sont parvenus avec les reliquaires qui les contenaient.
XII. Vol des reliques. — On lit dans le Code Théodosien une constitution promulguée à Constantinople, en 386, par laquelle les empereurs défendent le déplacement et le trafic des ossements des martyrs : Nemo martyrem distrahat, nemo mercetur 2g. Cette règle se maintint mais avec des accrocs. Saint Augustin dénonce les moines qui colportent et vendent des reliques réelles ou fausses comme membra martyrum " et saint Grégoire Ier veut qu'il n'en soit pas ainsi en Occident". Mais l'abus était ancien. On lit dans la Depositio martyrum, à la date du 10 juillet, ces mots : et in Maximi Silani avec ce qui suit : hune Silanum martirem novali furati sunt. Voici, probablement la plus ancienne mention d'un vol de reliques consigné par l'histoire qui inculpe la secte des novatiens de s'être emparé du corps de saint Silanus. On ne peut qu'être surpris de voir les affiliés à une secte qui se targuait d'une rigueur extrême et dUine fidélité rigoureuse aux traditions encourir une si grave accusation.
En plus de la vénération tournée vers les restes des saints on voyait en eux les protecteurs des villes et des individus. De même que la lettre apocryphe de Notre- Seigneur au roi Abgar assurait la prospérité et la protection de la ville d'Édesse (voir ce nom), de même les reliques de saint Félix étaient réputées le palladium de la ville de Noie ", et il y avait un grand nombre de cités dans le même cas. A Trêves on contait que l'évêque saint Nizier défendait sa cité contre les atteintes de l'épidémie ". Dès lors c'était à qui s'assurerait la possession de reliques protectrices et on ne manquait ni de vendeurs ni d'acquéreurs. Grégoire de Tours avait appris que des voleurs vendirent à un abbé du pays de Bourges des restes de saint Vincent enlevés à Orbigny; on apprit par révélation leur provenance et obligation fut faite de les restituer •*.
La littérature concernant le vol des reliques est abondante, elle mériterait un travail d'ensemble qui a été entrepris mais non terminé ". Il y eut parfois des vols à main armée pour s'assurer la possession d'un corps saint et des interventions surnaturelles dont l'authenticité paraît suspecte. L'Orient et l'Occident n'ont, dans cet ordre de choses, rien à s'envier. Tel récit en langue copte raconte que des tisserands du Fayoum vinrent à Scété pour y vénérer les corps des martyrs et s'emparèrent de celui de Tiridios qu'ils enfermèrent dans un sac; mais arrives sur les bords
phore do Constantinople, édit. Bonn, p. 24-25. — " Conc. Nicœnum II, actio iv. — " Corp. inscr. greec, t. iv, n. 8809; Riant, Exuviœ saciee Constantinopolitanae, t. n, p. 212. — *" Code Théodosien, 1. IX, tit. XVII, De sepulchris vioLUis, 1. 7. — " S. Augustin, De opère numackoruni, c. xxvm. — " S. Grégoire, Registr., I. IV, epist. xxx. Ad Constantinam Augustam. — u S. Augustin, De cura pro inortuis yerenda, c. xvi. — " Grégoire de Tours, Vite Patrtim, c. xvn, 4. — 15 Id., De gloria martyrum, 1. I,c. xc. — •* Par A. liudiusky mort en 1901 avant d'avoir achevé une Histoire du trafic et du vol des reliques au Moyen Age; cf. E. Le Blant, Le vol des reliques, dans liev. arcliéol., 1887, p. 317-328.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
du lac du Fayoum, le sac s'ouvrit, Tiridios en sortit et court encore \
Un manuscrit syriaque addit. 12 174 du British Muséum, daté de 1197, renferme à la suite de la Vie de Jacques Baradée un écrit de Cyriaque, évêque de Mardin, qui raconte comment les ossements de Jacques furent dérobés au couvent de Casion et transportés à celui de Phesiltha. Cet écrit se retrouve, mais attribué à Cyriaque, évêque d'Amid, dans le manuscrit Sachau de Berlin, écrit en 741. — Jacques Baradée mourut en 578; quant au récit qu'on va lire il n'est peut-être ni de Cyriaque de Mardin ni de Cyriaque d'Amid, mais il est antérieur à la conquête de la Perse et de la Syrie par les Arabes et a du être composé quinze ans tout au plus après le vol qu'il raconte et que voici en bref :
Mar Zachaï, évêque de Telia munit quatre moines de Phesiltha et deux clercs de la ville de montures et d'argent pour les envoyer au couvent de Casion où Jacques s'était endormi. Ils partirent l'an 622 de Jésus-Christ et parvinrent à Casion où ils entrèrent et prièrent, puis furent bénis par saint Jacques et par les frères. Interrogés sur leur destination, ils répondirent : « Nous sommes des ambassadeurs envoyés par l'Église de Syrie au patriarche d'Alexandrie ». On leur rendit grand honneur. Après être restés là deux jours, l'un des moines, selon ce qui avait été machiné entre eux, poussa des hurlements, fut en proie à des convulsions, écuma et délira. Ses compagnons pleurèrent et l'attachèrent au sarcophage de Mar Jacques, afin qu'il étudiât comment s'y prendre pour voler le corps, eux dormirent à ses côtés. Or, pendant la nuit ils creusaient et recouvraient leur travail au petit jour. Quand leur tâche fut presque achevée ils s'emparèrent des clefs du couvent et dirent aux moines : « Nous avons des lettres à remettre, nous ne pouvons rester ici, l'un de nous restera auprès du malade avec un cheval; s'il guérit, il nous rejoindra à Alexandrie. » Le prétendu malade et son compagnon se levèrent la nuit, prirent le corps de Jacques, l'enveloppèrent dans la soie et sur leurs montures s'enfuirent en Palestine. A leur réveil, les moines de Casion virent, comprirent, gémirent, coururent à la recherche des voleurs dans toutes les directions, ne trouvèrent personne et revinrent désolés pendant que les ravisseurs gagnaient Pella où le clergé et le peuple vinrent à leur rencontre avec des flambeaux, des hymnes et de l'encens. On fit le tour de la ville et le corps fut enseveli dans le couvent de Phesiltha.
Bibl. — A. Kugener, Comment le corps de Jacques Baradée fut enlevé du couvent de Casion par les moines de Phesiltha, dans Léon Clugnet, dans Bibliothèque hagiographique orientale, fasc. 3, Paris, 1902.
XIII. corpus, reliquijE, brandie. — La paix et le triomphe de l'Église au ive siècle permit de rendre un culte solennel et public aux ossements des martyrs, culte confiné jusqu'alors dans les catacombes. Cette nouvelle dévotion se répandit avec une sorte de soudaineté qui entraîna entre les Églises un incessant échange de reliques. Borne devint l'inépuisable pourvoyeuse tandis que Constantinople fut réduite à emprunter à de plus favorisés. Elle fit tout ce qui dépendait d'elle pour se procurer les corps de
1 E. Amélineau, Géographie de l'Egypte à l'époque copte, 1893, p. 185. — 2 S. Jérôme, Adv. Vigilantium; cf. Tillemont, Mém. pour serv. à l'hist. eccl., t. x, p. 582. — 3 S. Ambroise, Epist., t-iv; cf. Tillemont, op. cit., t. x, p. 189. — 4 Grégoire de Tours, De gloria martyrum, 1. I, c. XLVII, P. F., t. lxxi, col. 749. — b Cf. l'inscription de Fcedula, baptisée à Vienne par saint Martin et inhumée dans l'église dédiée aux saints Gervais et Protais, Allmer et de Terrebasse, Inscriptions de Vienne en Daupliiné, Moyen Age, t. i, 16, et pi. 327; Lecoy de la Marche, Saint Martin, in-12, Tours, 1881, p. 328. — " Eustochius (deuxième successeur de saint
saint André, de saint Luc, de saint Timothée 2. Tandis que l'Orient comptait par centaines ses martyrs, l'Italie et la Gaule étaient bien loin d'en posséder pareil nombre. La découverte faite à Milan, en 3cS6, des restes des saints Gervais et Protais8 (voir Dictionn., t. m, au mot Gervais) attira aussitôt à saint Ambroise d'indiscrètes sollicitations de beaucoup de ses collègues dans l'épiscopat. Pour y satisfaire, il procéda, dit-il, à des partages entre un grand nombre de villes; Forum reliquix... per universam Italiam vel Gallican sunt dilatée '. En Gaule, nous savons que Vienne 5, Tours 6 et Bouen eurent part à ces libéralités. On vit des clercs entreprendre de longs voyages à la recherche de reliques. Gaudence, futur évêque de Brescia, parcourut Antioche, Jérusalem et Césarée de Cappadoce, d'où il rapporta des reliques des quarante martyrs de Sébaste, qui ne paraissent pas avoir été bien sévèrement gardées; mais il ne se tint pas pour satisfait et ce fut lui probablement qui dota l'église de Brescia des reliques de saint Luc, de saint Jean-Baptiste et de saint Thomas, église qui fut consacrée sous le vocable de Concilium sanctorum '. Ainsi qu'on l'a ingénieusement fait observer 8, il semble que le chef de l'Église de Bouen s'adressa à ses collègues Ambroise et Gaudence pour en obtenir des reliques.
Il est bien entendu que c'étaient des reliques représentatives, brandea, etc., car on estimait alors que la vertu des reliques résidait dans l'attouchement de leur tombeau ou de leurs ossements aussi bien que dans le corps entier : Cruor et limus, écrit saint Victrice " ; Quorum sanginem tenemus gypso collectum, nihil amplius requirentes, écrit pour sa part saint Gaudence 10. Becevoir des reliques était un événement d'une importance presque sans égale. Lorsqu'au retour d'une mission en Grande-Bretagne, vers 396, l'évêque de Bouen apprend qu'un envoyé de saint Ambroise l'attend avec un trésor, il précipite sa marche et il se livre à un débordement de joie. « Voici, dit-il, qu'une grande partie de la milice céleste daigne visiter notre cité, de sorte que désormais il nous faudra habiter parmi des foules de saints ll. «Ceux qu'il accueille sont Proculus de Bologne, Antonin de Plaisance, Saturnin et Trajan de Macédoine, Nazaire de Milan, Alexandre et Chindée de Perge en Pamphilie, Mucius et Datysus d'origine inconnue et quatre vierges, Bogatia, Léonide, Anastasie et Anatolie. Ces noms demeurent peu précis pour nous, mais saint Victrice et son auditoire ne partagent pas nos exigences critiques : « Ce martyr, leur suffit-il de dire, a subi la torture sans pâlir; cet autre est allé au devant des lenteurs du bourreau; celui-là a bu avidement les flammes; celuilà, bien que mutilé, est resté debout tout entier; celui-ci se proclamait heureux d'être crucifié; celui-là, entre les mains des bourreaux, a fait remonter les fleuves vers leur source; cette (femme) a compati comme fille aux larmes de son père, mais comme martyre elle les a méprisées "; cette autre, avide de mort, a excité contre elle, en l'irritant, la colère d'un lion; celle-ci pendant que son enfant jeûnait, a offert aux bêtes fauves ses mamelles toutes pleines 13; cette vierge a présenté son cou au bourreau n'ayant pour toute parure que les joyaux de l'éternité 14. » Cet enthou-
Martin) edificavit ecclesiam in qua reliquias sanctorum Gervasii et Protasii martyris condidit, quœ sancto Martino de Italia sunt delatœ, sicut sanclus Paulinus in epislola sua meminit. Grégoire de Tours, Hist. Francor., 1. X, c. xxxi, n. 5. — ' Gaudence, Serm., xvn, P. L., t. xx, col. 962. — 8E.Vacandard,Sai';i( Victrice, in-12, Paris, 1903, p. 65, note 2. — ' S. Victrice, De laude sanctorum, c. x, n. 20. — 10 S. Gaudence, Serm., XVII, P. L., t. xx, col. 963. — " S. Victrice, De laude sanctorum, c. xi, n. 22. — ia Sainte Perpétue de Cartilage. — ■ 1S Sainte Félicité de Carthage. — '* S. Victrice, op. cit., c. xn, n. 29.
siasme suggère une réception triomphale dans laquelle le clergé et les fidèles, les vierges, les veuves, les fidèles, les enfants défilent dans un enthousiasme qu'il suffit de rappeler et dont le De laudc sanclorum nous a conservé le récit qui nous montre une ville chrétienne en fête à la fin du ivc siècle. C'est un traité qui mérite d'être relu et étudié par ceux qui veulent prendre une idée du culte des reliques à cette époque1.
A cette époque, en Occident, nous l'avons dit, nul ne se fût permis de toucher aux ossements des martyrs et il-en était encore ainsi au vie siècle lorsque le pape Grégoire Ier faisait bonne garde contre les sollicitations indiscrètes et écrivait : Cognoscat tranquillissima domina quiu Romanis consuetudo non est, quando sanclorum reliquies danl ut quidquam tangere prœsumant de corpore; sed tantummodo, in pyxide brandeum mittitur alque ad sacratissima corpora ponitur. Quod levatum in ecclesia quœ est dedicanda débita cum veneratione reconditur et tantœ per hoc ibidem virtules fiant acsi illuc specialiter eorum corpora deferanlur... in Romanis namque vel totius Occidentis omnino intolerabile est alque sacrilegum si sanctorum corpora tangere quisquam fartasse prœsumat quod, si prœsumpserit, certum est quiu hœc temeritas impunita nullomodo remanebit2. Cette résistance n'était pas superflue pour contenir les entreprises trop hardies de translations ordonnées par des princes barbares à peine soumis à la discipline chrétienne et des particuliers qui se croyaient tout permis comme cette femme de Maurienne qui voulut se procurer une partie du corps de saint Jean. Grégoire de Tours nous apprend qu'on le lui refusa. Après une semaine de prières obstinées, elle vit un doigt du saint sur l'autel et l'emporta en Maurienne dans une boîte d'or. Trois évêques voisins voulant se le partager ne purent y réussir, mais chacun d'eux en tira une goutte de sang. Alors l'archidiacre de Turin entreprit d'enlever ce doigt merveilleux à la Maurienne pour l'emporter à Turin; à peine eut-il touché le reliquaire que la fièvre le saisit et il expira s. On en était réduit à conter de pareils récits pour mettre les reliques à l'abri des indiscrétions de la piété ou, plus simplement, du vol.
« Au vie siècle, puisqu'on n'osait pas toucher aux corps saints, à plus forte raison aurait-on répugné à les dépecer. Quand on voulait dédier un autel, le propriétaire de l'église nouvellement construite s'adressait au pape pour qu'il enjoignît à l'Ordinaire du diocèse de lui procurer des reliques du saint en l'honneur de qui l'autel devait être dédié. Voici des exemples tirés du Liber diurnus romanorum ponlificum ' (voir Dictionn., t. ix, à ce mot).
Pelitio dcdicationis oratorii 5 : Domino sanclo et beatissimo pairi patrum Ht. famulus vester... Ad augmenlum... in predio... juris mei basilicam sumplo proprio usu suggero construxisse quarn in honore sanclorum ill. et ill. martijruni desidero consecrari... Quapropter queso apostulatum veslrum ut, datis preceplionibus veslris ad ill. virum vencrabilem civilalis ill. antistitem qualenus supramcnwralam basilicam debcal... consecrare... Pari prece dcposco, ut datis affatibus veslris ad ill. virum venerabilem ill. civilatis episcopum qualenus possit mihi reliquias supramemoralorum sanctorum solemniler contradcre...
Responsum oratorii dedicandi ' : Le pape donne ses instructions à l'évêque du diocèse pour la dédicace de la basilique en question; il termine par ces mots : sanctuaria vero suscepla sui cum reverenlia collocabis.
Responsum de speranda sanctuaria ' : Le pape
1 E. Vaoundaid, Saint Yiclrice, Paris, 1003, in-12, p. 81- 106. — * S. Grégoire, licgistr., 1. IV, epist. XXX, on 504. -- 3 Grégoire de Tours, De yloria inurttir., 1. I, c. xiv. — ' Liber diurnus, édit. Th. de Sickel, Vindobona:, 1880.
s'adresse à l'évêque dans le diocèse duquel se trouvent les tombeaux dont le constructeur a demandé des reliques : ///. sanctuaria beati ill. oblata pelitione sibi postulat debere concedi qualenus in ejus nomine basilicam propriis construclam sumptibus possit sollemniter consecrari et ideo /rater karissime... te... convenit obcedire.
De dandis sanctuariis s : Cette formule a pour objet de faire déposer sous l'autel de la basilique les reliques reçues : in oratorio ab ill. constructo quod... in honore beatorum ill. et ill. dicitur consecratum, beati marlyris ill. accepta sanctuaria dilectio tua... constituât.
De danda bénéficia sancti angeli 9 : Cette formule prévoit le cas d'un autel dédié à l'archange : ill. ut bénéficia beati archangeli oblata petitione sibi postulat debere concedi, quatenus in ejus nomine oratorium... possit... consecrari. Et ideo frater karissime... te... convenu obœdire.
Item responsum 10 : Cette formule précise ce que sont les sanctuaria des apôtres : basilicam quam dilectio tua in honore beatorum apostolorum ill. et ill. nuper fabricasse commémorât jacultatem tribuimus dedicandi... in qua etiam benedictionem de sanctuariis apostolicis, id esl palliola de eorum confessionibus providimus collocanda...
De recondendo corpore sanctorum u : Cette formule règle le cas exceptionnel où il s'agit d'une basilique qui contiendra un corps saint récemment trouvé dans les environs. Le Liber diurnus ne prévoit pas que ce cas puisse se produire pour un simple particulier; sa formule s'adresse à un prince : ///. filius noster... indicavit in parlibus ill. corpus beati ill. noviter fuisse reperlum et ill. gloriosus genilor ejus in basilicam quam noviter edificavit eundem corpus staluit collocandum petiitque ut eadem ecclesia sollemniler debcut consecrari. Ideoque, frater karissime, si... nullum... corpus ibidem constat humatum... eundem ecclesiam, convocatis aliis... coepiscopis nostris tibi vicinantibus stude sollemniter dedicare...
« Certainement, les reliquiœ ou sanctuaria d'un saint ne doivent pas être confondus avec son corps. Les formules officielles du Liber diurnus ne laissent aucun doute à cet égard. C'étaient, nous le savons, le plus souvent des brandea ou des étoiles de prix et objets analogues auxquels un contact plus ou moins prolongé suffisait à communiquer toutes les vertus que le corps lui-même était capable de posséder. Quand l'autel devait être dédié à un saint ange, l'absence forcée de corps ne paraît pas avoir modifié essentiellement la procédure : ne pouvant avoir de reliques proprement dites, on se procurait par analogie des bénéficia qui rappelaient l'esprit céleste. Dès que ces reliquiœ ou ces bénéficia étaient en la possession du propriétaire de l'église nouvelle, l'évêque du diocèse, en qualité de mandataire du pape, se trouvait tenu de les déposer sous l'autel et de consacrer l'église. Maintenant, dans les cas exceptionnels où un corps saint se révélait en quelque pays, on bâtissait une église et on y élevait un autel pour le recevoir. Mais alors il va de soi que les reliquiœ ne sont plus en question et la formule parle nettement du corpus. De plus, dans ce cas, la disposition matérielle de l'autel se complique de la construction du tombeau. Le corps est placé dans une crypte souterraine et close qui le protège réellement contre toute approche indiscrète. L'autel est disposé dans l'église ouverte, exactement au-dessus du sarcophage inaccessible où repose le corps. La crypte, ainsi mise a l'abri, communique verticalement avec une chambre,
— '/ iber diurnus, p. 0-10, n. x. — ' 7t>i</., p. 10, n. xi. — '■lbid., p. 10-ll.n. xi. — ' lbid., pli, n. xn. — ' lbid-, p. 11, n. xin. — '» lbid., p. 12, n. xi.v — " lbid., p. 18- 19, n. xxvi.
reliques et reliquaires
ménagée sur le sol de l'église et sous l'autel, par un petit puits à ouverture circulaire, dénommé umbilicus, qui y débouche au niveau du sol. Une fois par an, on ouvrait l'orifice de ce puits et l'officiant y plaçait un encensoir dont les charbons ardents faisaient fumer l'encens; cet encensoir y demeurait jusqu'à l'année suivante. Non loin de l'orifice de cet ombilic et à son niveau, dès le ive siècle, on avait pris l'habitude de creuser dans la dalle horizontale du sol une niche rectangulaire. Cette niche communiquait indirectement, par dessous avec le puits; mais elle en était séparée par une grille ou cataracla et elle servait à recevoir les étoffes ou objets destinés à être distribués plus tard comme reliques du saint. Ce dispositif de l'ombilic dans la dalle subsiste encore maintenant à Rome dans les basiliques patriarcales de Saint-Pierre et de Saint- Paul où il remonte au début du ive siècle (voir Diclionn., aux mots Pierre et Paul), et c'était une grande faveur que de recevoir des reliques provenant de la grille la plus rapprochée de l'ombilic. Ce dispositif a été retrouvé en 1873 dans la basilique romaine des Saints- Apôtres, à l'autel des apôtres Philippe et Jacques (561-574); il existait également à Rome dans l'église des Saints-Côme-et-Damien (526-530.). A Ravenne, des autels, qui remontent au même siècle, offrent la même disposition; notamment celui de Saint- Apo)linaire-in-Classe. Entre 1087 et 1089, se construit encore ainsi le tombeau de saint Nicolas, à Bari. Le puits et la grille placés sous l'autel étaient eux-mêmes protégés contre un accès trop facile. A cet effet, l'autel formait la table supérieure d'une arca, ou chambre vide, dont les quatre parois se composaient de dalles verticales et dont la base coïncidait avec la dalle du sol percée par l'orifice du puits. L'ensemble de la chambre pouvait également se trouver taillé dans un monolithe. A la paroi antérieure et verticale, on se bornait à ménager une ouverture assez étroite et à fermeture mobile, par où les fidèles pouvaient prier en apercevant l'orifice du puits dans l'intérieur de la chambre l. Si l'autel ne recouvrait qu'un cénotaphe, c'est-à-dire un simulacre de tombeau, la crypte et le puits devenaient inutiles. On se bornait à déposer dans Varca, sous l'autel, les linges qui étaient les reliques du saint, ou bien encore les bénéficia de l'ange. Les textes font connaître deux exemples certains de cette coutume.
« Le corps de saint Etienne était enseveli à Jérusalem, on en tirait naturellement des reliquiœen grand nombre pour suffire à son culte très répandu. On fait observer à. ce sujet que, si ce grand saint faisait d'in nombrables miracles dans les pays d'Occident où se trouvaient ses reliques, jamais il n'en avait fait en Palestine où cependant il était enterré. Il existait des reliques du premier martyr un peu partout; il y en avait dans les Gaules et en Italie, il y en avait dans l'île de Minorque, il y en avait en Afrique. La relique d'Ancône était particulièrement vénérable : c'était, au dire de saint Augustin, l'une des pierres qui avaient servi à lapider Etienne. A propos des reliques d'Afrique, Augustin note que les prières et les offrandes s'adressaient au saint per jenestellam mémorise ad inleriora loca sanctarum reliquiarum 2. Ce texte est aussi clair que possible, sachant le sens précis que le terme de reliquiec possède, sens qu'il gardera encore à l'époque de la rédaction du Liber diurnus. En même temps que saint Augustin 3, Évodius, autre évèque d'Afrique,
' M. Grisar, II primitivo altare délia chiesa romanti dei sanli Aposloli, dans Analecta romaiia, in-8°, Koma, 1899, p. 595-626. — 2 Id., ibid., p. 273; cf. S. Augustin, De miruculis S. Stcphimi, 1. II, c. XII, P. L., t. xli, col. 810. — ' Conjessiones, 1. IX, c. vu; De civitate Dei, 1. XXII, c. vin ; Serm., xxix, xxx, xxxi. — * Evodius, De miracutis
parle de la vogue des reliques de saint Etienne4. Or, saint Augustin, devenu évèque d'Hippone en 395, est mort le 28 août 430; quant à saint Évodius, devenu évèque d'Uzala en 397, il est mort le 16 octobre 424. On sait que la découverte du corps de saint Etienne se fit le 3 août 415; ainsi, c'est entre 415 et 424 qu'il existe des attestations sur les autels à feneslella.
« Un siècle plus tard, en 519, on voit le futur empereur Justinien demander au pape Hormisdas quelque parcelle du corps des saints apôtres Pierre et Paul destinés à l'autel d'une basilique nouvelle qu'il érigeait à Constantinople en leur honneur. Rome repousse, bien entendu, sa demande; mais elle lui concède des reliques, c'est-à-dire des étolîes précieuses qui auront été déposées par grâce spéciale, à cette intention, sur la grille la plus rapprochée du puits communiquant, sous l'autel, avec la confession des deux saints 6. Les reliques envoyées et la basilique dédiée, on voit trente ans plus tard, c'est-à-dire le 5 février 552, à propos d'une nouvelle alïaire, le pape Vigile parler de faire déposer sur l'autel de cette basilique byzantine et sur sa grille, comme à l'endroit le plus vénérable de Constantinople, un écrit qui l'intéressait8. Il existait donc à Byzance, sur le simulacre du tombeau des apôtres, exactement comme à Rome sur leur tombeau véritable, un autel surmontant une chambre et, au fond de cette chambre, c'est-à-dire au niveau, une niche grillée où on disposait les objets à sanctifier au contact des reliques. Pour accéder à cette grille, il fallait bien une feneslella à Byzance aussi bien qu'à Rome 7. » C'est seulement à l'époque de l'expansion carolingienne en Italie que Rome se résigna aux désirs pressants de ses nouveaux maîtres et se prêta aux translations, aux échanges, au découpage des reliques.
XIV. Le commerce des reliques. — »- Les Itineraria ou guides des pèlerins à Rome mirent aux mains de ceux-ci, entre le vnc et le ixc siècle, les indications indispensables à la visite des sanctuaires suburbains. Ceux qui, munis d'un guide et d'un lumignon, s'aventuraient dans les catacombes à la recherche des tombes vénérées, n'y arrivaient qu'après avoir parcouru des galeries uniformément remplies de sépultures que l'imagination présentait comme d'innombrables martyrs. Nous avons dit (voir Dictionn., t. m, au mot Chiffre) que les amas de corps saints anonymes sont plutôt rares, néanmoins les anciens visiteurs se montraient disposés à accueillir tous les racontars, à grossir toutes les légendes et à compter les martyrs romains par centaines et par milliers. Les catacombes leur semblèrent une inépuisable réserve de reliques. Cependant le respect dont on entourait les corps saints avait interdit pendant des siècles de troubler leur repos et de toucher à leurs ossements, on s'était borné à approcher de leur tombe des étoiles ou des objets inanimés; mais cette réserve, encore observée du temps de saint Grégoire le Grand, tendait à faire place à une discipline moins stricte et à des concessions de corps saints. en entier ou parcelles, faites à des personnages qui les emportaient dans leur pays. Évêques et abbés se montraient fort désireux de doter leur Église ou leur monastère d'une relique insigne qui lui attirait la piété et les libéralités des fidèles.
Un fondateur ou un restaurateur doué d'esprit pratique savait à merveille que l'avenir et la célébrité du monastère qu'il édifiait dépendait, pour une pari importante, de son trésor de reliques. C'est ce qu'avoue
S. Slephani, 1. I, c. il. — * II. Grisar, op. cit., p. 271, d'après Lpistola legaloium ad Hormisdam papam, P. L., I. lxiii, col. 474. — • Id., ibid., p. 284, P. L., t. lxix, col. 55. — ' G. de Manteyer, Lu Provence du Ier au XI I' siècle, Études d'Iiistoire et de géographie politique, in-8°, Paris, 19U8, p. 51-
RELIQUES ET RELIQUAIRES
Angilbert, gendre de Charlemagne et abbé de Saint- Riquier (voir ce nom), dans son Libellus de ecclesia Centulensi : Dum enim prsescriptas ecclesias prudenti consilio in honore Domini noslri Jhesu Christi suieque gtoriosœ genitricis et omnium sanctorum ejus, sicut supra scriplum est, Jundatas perspiceremus, magno desiderio nimioque amoris ardore sumus accensi, ut secundum possibilitalem nostram, eodem Domino miserante, partem reliquiarum illorum sanctorum ad ornandas easdem sanctas Dei secelesias adipisci mereremur l. A cet effet, muni de la recommandation impériale, il s'est adressé aux papes Hadrien Ier et Léon III, tandis que les envoyés de l'empereur à Constantinople et à Jérusalem, les patriarches, archevêques et évêques d'Italie, d'Allemagne, d'Aquitaine, de Bourgogne, de Gaule et la chapelle du palais impérial elle-même étaient mis à contribution et aboutissaient à un catalogue cjui rend rêveur par son étendue et sa richesse *. On y voit parmi beaucoup d'autres reliques des vêtements de Notre-Seigneur, des instruments de la Passion, des objets ayant appartenu à la Vierge, la barbe de saint Pierre, la chevelure de la Vierge, son lait (voir Dictionn., t. vi, au mot Galactite), la manne de saint Jean (voir Dictionn., t. x, col. 1418, flg. 7584), pour ne rien dire de plus. Les apôtres, les martyrs les plus illustres, les vierges, la plupart des noms inscrits au canon romain sont énumérés. Il en va de même au Mans où l'évêque Aldric consacre sa cathédrale, en 835, et y accumule dans chaque autel une infinité de saints ossements dont on trouve le catalogue dans les Gesta Aldrici (voir Dictionn., t. x, col. 1441, 1538- 1540). Vers le même temps, Hilduin, abbé de Saint- Médard de Soissons, se rendit à Rome et ses moines furent consternés d'apprendre, à son retour, qu'il n'en rapportait pas la plus modeste relique. Le moine Rodoinus se chargea bien de le lui dire 3.
Si, en France, on se montrait impatient de posséder des reliques, on ne l'était pas moins — plus peut-être — dans d'autres contrées à peine conquises à l'Évangile : la Germanie, le Danemark, la Suède. Ces Églises encore mal affermies dans leur croyance pouvaient être tentées de revenir à leurs idoles à peine oubliées si on ne leur donnait d'illustres exemples à suivre, et cette préoccupation semble avoir incité les missionnaires à répandre le culte des reliques. Au vme siècle, les moines de Reichenau attirent dans leur monastère des reliques des martyrs Genès et Eugène apportées de Jérusalem par des marchands 4. Lorsqu'en 815, Einhard (voir ce nom) fonde le monastère de Mulinheim sur les bords du Mein, une de ses premières préoccupations est de se procurer, à Rome, des reliques : Quomodo ad id pervenire possem ut aliquid de veris sanctorum rcliquiis, qui Romw requiescunt, adipisci conlingeret 6 et peu après il possède les corps des saints Marcellin et Pierre, des saints Prote et Hyacinthe9. C'est là un stimulant et, au cours des années suivantes, nous voyons, en 834, l'évêque de Freisingen, Hitto, obtenir pour sa ville épiscopale les corps des saints Alexandre et Justin, martyrs romains '; en 838, Rhaban Maur fit entrer à l'abbaye de Fulda les restes de saint Corneille, pape, des saints Nérée et Achillée, de saint Calliste et de sainte Cécile. Lu 844, l'abbaye de Prum possédera les saints Chrysanthe et Darie et leurs compagnons ".
C'était donc Rome qui était la grande pourvoyeuse
1 Mouum. Germ. Iiist., Scriptores, t. xv, 1" part., p. 175. — 2 Ibid., p. 176. — ■ Monum. Germ. histor., Scriptores, t . xv, 1" part., p. 381. — ' Monum. Germ. histor., Scriptores, t. XV, 1™ part,, p. 170. — * Monum. Germ. Iiistor., Scriptores. I. xv, 1" part., p. 238-239. — ' M. Uondois, La translation îles saints Marccllin et Pierre. Élude sur Einhard et sa oie politique île Z27 à 834, in-8\ Paris, 1007. — T Monum. Germ. Iiist., Script., l. xv, 1" part., p. 286. — " Monum.
de reliques, mais l'Église romaine y mettait peu de complaisance. En présence de certaines sollicitations qui ressemblaient trop à des exigences, il pouvait lui être difficile de se dérober, quoiqu'on puisse se demander si parfois, dans l'obscurité des galeries et le dédale des cubicules, on n'a pas eu recours à d'adroites substitutions qui conservaient les martyrs illustres et les remplaçaient par des fidèles inconnus. La plèbe romaine voyait de très mauvais œil des translations qui dépouillaient la ville de ses protecteurs. Entre tous, après saint Pierre et saint Paul, venait saint Sébastien : apostolorum Pétri et Pauli tertius, et c'était sur lui, précisément, que l'abbé de Saint-Médard, Hilduin, jetait son dévolu pour demander son corps. Or, le personnage était de ceux qu'il est prudent de ménager et difficile d'éconduire. Sa faveur auprès de Louis le Débonnaire et de Lothaire ne permettait pas un refus ', d'autre part la populace était très échauffée et le pape dans un grand embarras dont il ne se tira qu'en accordant, à l'insu du peuple, les précieuses reliques '".
Semblable difficulté pouvait renaître, ce fut pour y pourvoir qu'on vit se former à Rome une association consacrée à la vente des reliques, vers le début du ixe siècle. Le commerce était lucratif, car si, d'une part, Francs et Germains ne regardaient pas à la dépense, les Italiens savaient mettre leur sacrilège marchandise à haut prix, afin de ne pas la déprécier. Le plus notable de ces trafiquants fut un diacre nommé Deusdona11, qui habitait juxla basilicam b. Pétri ad vincula™. Cette qualité de diacre lui donnait l'administration d'une zone ou région urbaine à laquelle correspondait une zone cimétériale. Dès lors que Deusdona habitait dans le voisinage de Saint- Pierre-ès-liens (voir Dictionn., t. ni, col. 10 sq.), il se trouvait dans la IIIe région ecclésiastique et administrait la 3e zone cimétériale s'étendant sur les voies Labicane, Prénestine et Tiburtine, ce qui englobait la superficie de la catacombe des saints Pierre et Marcellin (voir Dictionn., t. xiv, à ce nom) et nous voyons par le récit d'Einhard que c'est dans cette catacombe que Deusdona opérait de préférence. Lors d'un voyage à Aix-la-Chapelle, le diacre avait fait ses offres de service à Hilduin et lui avait proposé de lui procurer des reliques de saint Tiburce '3, enterré au cimetière ad duas lauros où on voit encore une fresque représentant le Sauveur entre Pierre, Marcellin, Gorgon et Tiburce.
Deusdona s'y trouvait dans son domaine; c'était là que, de préférence, il conduisait les envoyés d'Einhard, sans avertir personne au préalable, et leur en faisait les honneurs, les menait sans hésitation à la sépulture de Tiburce, puis à celle de Lierre et Marcellin comme s'il se promenait dans sa propre maison : ille eorumdem locorum plenariam atque omnimodam habebal notitiam ". On a tout lieu de croire que le diacre logé près de Saint-Pierre-ès-Liens, dans la [IIe région, était l'administrateur de la catacombe qu'il dévalisait impudemment. Les circonstances s'y prêtaient. Vers l'an 825, la dévotion populaire des Romains se tournait encore vers quelques catacombes, celles de Calliste, de saint Sébastien, de saint Hermès, la plupart des autres étaient dévastées et négligées. Lors du premier entretien entre Einhard et Deusdona il fut question (/<■ xkulkctis martyrum scpulcliris. quorum Romse ingens copia est 15. Négligées n'est pas assez dire, le
Germ. Iiist., Script., t. xv, 1" paît., p. 371. - ■ Monum. Germ. Iiist., Scriptores, t. xv, lr« part., p. 381. — " Monum. Germ. Iiist., Scriptores, t. xv, 1" part., p. 383. — " Monum. Germ. Iiist., Scriptores, t. xv, 1" part., p. 240, 330. — " Monum. Germ. Iiist.. Scriptores, t. xv, 1" paît., p. 211. " Monum, Germ. Iiist., ScripCorcs, t. XV, 1" part., p. 210.
— " Monum. Germ. Iiist., Scriptores, t. \v. 1" part., p. 211.
— '• Monum. Germ. Iiist., Scriptores, t. xv, 1" part., p. MO.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
Liber ponlificalis écrit le mot ruinées, dirutis 1, situation qui décida le pape Paschal aux translations en masse accomplies par son ordre et sous son pontificat. Dans de semblables conditions, alors que les esprits se familiarisaient avec l'idée d'honorer les martyrs ailleurs que dans leur tombe séculaire, on ne s'étonne plus qu'un syndicat — comme on dirait de nos jours — se soit formé pour l'exploitation des corps saints sans alarmer les autorités ecclésiastiques ni la population romaine. Deusdona était l'homme désigné pour diriger cette « bande noire » et il devait rire sous cape de la naïveté de ses clients. Il se serait bien gardé de conduire ceux-ci sur les lieux* mêmes où il opérait, c'était dans sa propre maison qu'il tenait un dépôt de reliques, selon la confidence faite à Einhard : esse sibi domi plurimas sanctorum reliquias2. Les acheteurs y allaient de confiance, sur le vu des étiquettes et le diacre se rendait au besoin à l'étranger pour leur offrir sa marchandise. Rome et l'Italie ne lui offrant qu'un faible débouché il se décida à tenter l'exportation, vers
La translation du corps de saint Sébastien de Rome à Soissons consentie par le pape Eugène II à l'abbé Hilduin avait fort ému Einhard qui souhaitait introduire dans sa fondation de Mulinheim des reliques non moins illustres; l'occasion s'offrait à lui lorsqu'il rencontra Deusdona à la cour impériale d'Aix-la-Chapelle. Le diacre était venu, disait-il, implorer l'empereur, pro suis necessitatibus régis opem imploraturus 3. Du moins le disait-il.
Si Einhard avait ses raisons pour le croire sur parole, d'autres ne se laissaient pas berner à ce point, et, parmi ces derniers, Rudolfus qui écrit sans détours que le recours à la protection royale n'était qu'un prétexte au voyage motivé par la vente des reliques : Re autem vera, sanctorum, quas secum habebat, reliquias daturus alicui religiosorum in Francia virorum, cujus adjutorio posset inopiœ suse capere supplementum 4. La malice était, comme dit le proverbe, « cousue de fil blanc ». L'étranger parlait de son voyage, laissait entendre qu'il venait de Rome; là-dessus, cognitoque quod esset Romanus, les questions fusaient, car en ce temps Rome avait le privilège d'intéresser généralement. C'est ainsi que « au milieu du repas, raconte Einhard, nous sommes venus à parler de la translation de saint Sébastien — c'était une hantise pour lui — et des tombeaux abandonnés des martyrs, qui sont en si grand nombre à Rome ». Là-dessus Deusdona, s'il ne faisait pas ses offres de service, laissait entendre que... « Alors, Einhard parlant, nous dit-il, de la dédicace de sa nouvelle basilique, lui demanda comment s'y prendre pour en venir à posséder quelqu'une de ces reliques authentiques qui reposent à Rome ». Son interlocuteur se dérobe, excite le désir et se refuse à toute promesse jusqu'à ce qu'il sente Einhard disposé à tout : cum me de hac re sollicitum simul et curiosum esse animadvertit, alors il le renvoie au lendemain. Cette fois il sent qu'il peut tout exiger et, en conséquence, il présente un mémoire où il a énuméré à l'avance ses conditions : il ne s'agit que d'un petit secours et du don d'un mulet. Einhard enverra donc à Rome son propre notaire Ratleicus, qui en rapportera l'es corps des martyrs Marcellin et Pierre pour Mulinheim. Deusdona ne s'éloigne d'Aix-la-Chapelle que pour rendre visite à Hilduin de Soissons, celui-ci lui passa une
1 Liber pontiftcatis, édit. Duchesne, t. n, p. 54. — • Monurn. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 240. — * Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre paît., p. 240. — 4 Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 240. — 6 Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, 1" part., p. 330.
— e Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 240.
— ' Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, !'• part., p. 331.
commande. Après le corps de saint Sébastien il demandait celui de saint Tiburce \ et Deusdona le lui promit : Diaconus ei pollicitus est se efficere passe ut corpus beati Tuburtii martyris in ejus veniret poteslalem 6; car, Tiburce était encore de son domaine.
Désormais Deusdona n'avait plus à s'entourer de mystère, il commerçait au grand jour. Son voyage de 827 l'avait fait connaître; on le rencontre de nouveau au delà des Alpes vers 830, et il se targue de l'amitié d'Einhard ferai enim ei familiaris) 7, lui rend visite et lui confie pour un temps un assortiment de reliques qu'il destine au prêtre du pagus de Turichgau. Ce mince personnage est éclipsé par l'abbé de Fulda, Rhaban Maur, lui aussi désireux d'accroître les reliques d'un trésor qui, cependant, possède déjà celles de saint Boniface. Deusdona mis au courant s'aboucha avec le moine Théotmar de Fulda et lui fit ses offres, car il était pourvu d'échantillons. Théotmar posa la question essentielle, assurant que son abbé paierait le bon prix : se procul dubio ob id ab eo fore remunerandum 8. Ce disant il ne hasardait rien car on savait parmi la communauté que précédemment l'abbé Rhaban avait envoyé un de ses moines en quête de reliques en Italie ", aussi dès son retour à Fulda Théotmar mit l'abbé au courant des exigences du diacre romain. Tout de suite, Rhaban Maur expédia son moine, escorté de deux prêtres chargés de présents destinés à Deusdona. Celui-ci, heureux de s'ouvrir un nouveau débouché, se montra généreux et envoya à Fulda des ossements de saint Alexandre, de saint Sébastien, des papes Fabien, Urbain, du diacre Félicissimus, compagnon de martyre de Sixte II, des saintes Félicité et Émérentienne. Ce ne fut pas tout, du moins promit-il d'y ajouter encore à l'avenir.
Mais revint-il? En 834, on retrouve Deusdona à Mulinheim où Einhard le récompense largement pour les reliques du martyr saint Hermès : Cum intérim, circa mensem Augustum, Deusdona diaconus... Roma veniens, unum articulum digiti beati LIermelis martyris pro magno nobis munere attulit u'; après cela le diacre romain disparaît, mais son affaire passe aux mains de ses frères et le commerce des îeliques continue. Parmi ces frères l'un avait nom Leniso, un autre Théodore, dépositaires des corps saints qu'ils tenaient sous bonne garde11 et continuant le commerce lucratif car Théo dore conserve des relations avec Rhaban Maur à qui, en 836, il expédie des corps saints par l'entremise d'un associé, Sabbatinus 12. Celui-ci fait son commerce sans vergogne : Quidem laicus ab urbe Roma, Sabbatinus nomine, cum sociis suis in Franciam ferais secum reliquias. Sabbatinus part de Rome avec Théodore, frère de Deusdona; ils emmènent avec eux plusieurs compagnons : c'est une vraie caravane qui passe les Alpes. Soit que le chef de la société soit allé explorer d'autres terrains, soit qu'il ait mieux aimé se faire annoncer par son associé, Sabbatinus précéda Théodore à Fulda; il y arriva le 24 avril avec des reliques vénérables. Il offrit à Rhaban des ossements de ce saint évêque de Siscia en Pannonie, Quirinus, dont le corps avait été transporté à Rome et honoré par les pèlerins de plusieurs siècles dans le cimetière de Calliste; il lui donna en outre des reliques de saint Corneille, de saint Calliste, et des saints Nérée et Achillée 13. Théodore suivit de près Sabbatinus; le 1er juin, veille de la Pentecôte, il se trouvait à Fulda. Aux ossements
— ' Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 330. — ' Monum. Germ. l'ist., Scriptores, t. xv, lrs part., p. 263. — 10 Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 211. — " Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 263. — ia Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 333. — 13 Monum. Germ. hist., Scriptores, t. xv, lre part., p. 333.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
déjà donnés par son associé, il en ajouta de sainte Cécile et de ses compagnons de martyre, Valérien et Tiburce; il apportait en outre de précieux restes de saint Hippolyte, de saint Zenon, des trois diacres martyrisés avec le pape saint Sixte, enfin des saints amis du grand apôtre Paul, Aquila et Priscilla1. Rhaban Maur reçut ces reliques avec la plus grande solennité 2 et une crédulité qui appelle les plus graves réserves. Il ne les garda pas toutes à Fulda; autour de son monastère, il érigea plusieurs oratoires pour les recevoir : à douze stades à l'orient de l'abbaye, sur une montagne élevée, il fit consacrer par le chorévêque de IVIayence un petit sanctuaire où il plaça les reliques des saintes Félicité, Concordia, Basilla, Émérentienne, Candide et Eutropie; il y ajouta les vêtements et les dépouilles d'Aquila et de Priscilla; il les y transporta le 28 septembre. Le 25 octobre, il transféra solennellement au monastère de Holzkiricha, du diocèse de Wiirzbourg, les ossements de saint Janvier et de ses compagnons. Les reliques de sainte Cécile, de saint
10606. — Coffret-reliquaire
de la basilique de Saint-Étienne.
D'après H. Vincent et .I.-M. Abcl, Jérusalem, t. il, p. 797,
fig. 341.
sépulcre défoncé ou une simple excavation de carrière antique. Ce qu'on peut dire c'est que peu d'années après la construction de la basilique, on désignait la crypte sous le nom de megharta, « caverne » qui peut s'entendre d'un ancien hypogée. Quelques trouvailles réalisées lors du déblaiement de l'abside offrent un très grand intérêt. C'est d'abord un volumineux coffret de pierre taillé très finement sur trois faces et à compartiments intérieurs inégaux (fig. 10600). Mutilé, privé de son couvercle, on ne peut cependant qu'y voir le reliquaire de consécration de l'autel. L'ampleur du reliquaire est bien en harmonie avec le reste de la basilique qui n'était elle-même qu'un monumental écrin destiné à abriter les reliques du premier martyr Les compartiments intérieurs s'expliquent par la diversité des reliques.
En plus de ce coffret on a pu retrouver de menus fragments de la table de l'autel. Une ligne de grec gravée non sans recherche orne la tranche qu'un large chanfrein raccorde au revers presque fruste de la table; tranche et face antérieure furent au contraire polies avec soin. L'interprétation proposée des caractères gravés sur les trois fragments n'ayant cou-
10607. — Catalogue des reliques.
D'après H. Vincent et J.-M. Abel, op. cit., t. il, p. 800.
fie. 343.
Valérien et de saint Tiburce furent envoyées au monastère de Rathesdorf, qui se trouvait à dix lieues de Fulda, dans le diocèse de Wurzbourg. Dans chacune de ces églises, Rhaban .Maur fit graver une inscription métrique, rappelant aux fidèles les noms et l'histoire des saints dont les reliques étaient déposées en ces lieux 3.
Fulda s'était montrée une des clientes les plus généreuses et ne devait pas être négligée. Deux ans après le voyage de Sabbatinus et de Théodose, l'abbaye reçut la visite d'un autre clerc italien nommé Félix qui, lui aussi, vendait des reliques. On pourrait se demander si certains corps de martyrs étaient inépuisables, car on retrouvait dans sa pacotille des ossements de Corneille, de Calliste, de Cécile, etc. Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question pas plus qu'à celle que s'est posée tout lecteur : D'où venaient ces reliques? De qui étaient-elles?
XV. Coffret reliquaire. — Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été dit de la basilique de la lapidation de saint Etienne, à Jérusalem (voir Dictionn., t. v, col. 021-071; t. vu, col. 2328).*Cettc basilique comportait une crypte (conjessio) en avant du chœur. Pillée, dévastée par les carriers musulmans, cette disposition reste attestée par quelques vestiges et par des documents historiques. Cette cavité fut-elle l'enivre de l'architecte de l'impératrice Eudocie? On n'oserait pas l'affirmer, peut-être faut-il n'y voir qu'un
1 Monum. Germ. hist., Scripiores, t. xv, 1" part., p. 331. — a Monum. Germ. hist., Scripiores, t. xv, l'e paît., p. 337- 339. — 3 .1. Guiraud, Le commerce des reliques au commence-
duit à rien d'utile, on se rejeta vers une inscription grecque lacuneuse, certainement authentique et dont la provenance paraît étroitement liée à la basilique de Saint-Etienne. Il s'agit d'une plaque très fine de marbre blanc couverte des caractères menus d'un texte fort dense, lisible seulement de près. On y lit le nom de l'impératrice Eudocie et la mention d'ossements de martyrs dont l'énumération groupe trois noms et en comporte au moins trois autres; une louange, prière peut-être ou consécration à cette pieuse troupe, se détache en vedette dans la ligne finale. On se reporte dès lors à l'usage rituel en vigueur, et la liste copieuse de l'inscription remet en mémoire que, justement aux jours d'Eudocie, la consécration d'un autel dans la laurc sabaïte avait impliqué la déposition • d'abondantes reliques de glorieux martyrs. Comme nous savons (pie. non loin du lieu où fut trouvée l'inscription. Eudocie lit construire une basilique dont l'autel fut consacré par la déposition de reliques assez importantes pour avoir exige une châsse de proportions insolites et à multiples compartiments, dès lors on est fonde à croire que le texte mutilé contient le catalogue de reliques rassemblées pour cette consécration (fig. 10607). Ainsi (pion le voit par la restitution de la formule tcov êvSo | EoTaTtùv) p,apT'Jptov, la partie conservée équivaut presque à la partie perdue; le mot EûSoxtot ne peut être suivi que du mot aeoaoTTj. Ceci fixe les dimensions. De plus, le
ment du IX* siècle, dans Mélanges tiosst, ln-8°, Rome, is;>2, p. 73-95, et dans Questions d'histoire et d'archéologie chrétienne, in- 12. l'aiis, 1906, p. 235-261.