‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 150 sur 303 · SANCTISS - DNS - LEO - PAPA · texte numérisé non relu

SANCTISS - DNS - LEO - PAPA

A sinistris (B. Pétri) c.xslat genu/lexus Carolus Magnas, Imperator Augastus, suseipiens de manu sinistra B. Pétri magnum vexillam, in quo sunt rosœ in campo cœruleo. Habet coroncun imperialem in capite, eam qnadrato diademate (quod. al diclum est, viventem indicat); habet mantum sive paludamenlum impériale; habet ensem lateri accinctum , facicm senilem oslendit; mcntum rasum, in labio superiori habet pilos barbœ lungos et elevatos more turcico et francieo (var. : mentam non est lotaliter rasam,sed hubct brevem quamdam barbam acatam more Galloram); habet patentes ocalos. Juxta Carolum est nomen ejus literis musiveis :

D • N ■ CARVLO ■ REGI

.irf pedes Beati Pétri literis pariter musiveis legitar fragmcntum salulationis Leonis papse lertii ad Carolum Magnum, inaugarando illi a B. Petro coronas, vitam atque victoriam, sicut in coronalione illi a populo in Vaticana Basilica acclamatum /aerat, et a scrinariis in laudibus, aeclamantibus Carolo invictissimo liomanoram Imperatori, semper Augusto salutcm et victoriam (littera? rubrœ in dicta salutatione a me secundum sensam et loci spatium addiiic sant, nigrœ masivi operis hodie cernantur XXX novembris MDCXVII). In dicto fragmenta masiveo nigrœ tantum lilterœ remanserunt, rabrx in hoc libro additœ sunt a me ex sensu dictœ salulationis et ex spatio locorum, in quibus crant lilterœ :

B. Petre. coRONAS^

Bitam. algue BICTO

riam. Carulo. t/oNA

' Dans le ms. A. I7S inf., les syllabes TATIS sont encore marquées comme existantes (rédigé en 1G17 ). — =Nous marquons par des italiques les lettres rouges ajoutées par l'auleur de la description. — 'Erreur pour DONAS. — ' Milan, Hibliotlièquc ambrosiennc, .1. 16S in/. Complété au moyen du .4. J7S inf. Voyez sur ces mss. E. Miintz, Riccrclw întorno ai lavori archeologici di Oiacomo Grimaldi, in-S", Fircnze, 1881, p. 22, 23, et E. MUnU et Frotingham, Il fesoro deUa basilica di san Pielro in Vaticano dal mi al .w seriiln, Roma, 1883, p. 13 1-137 ; voir enfin le ms. A'A"A'/r, 50, fol. 308, 309, de la Karbcrinc. Le ms. A. 17S inf. contient, daii>- la marge du loi. 20, la note suivante, qui fournit quelques détails supplémentaires importants : Honim (icccnt apostoïoTum a latere dextro proximior gerens crucem sencv est; in Dcstibas, ad genua, sanl literœ LE. Sequitur alius fuvenis cum literis in veslihus ET; inde aîius senex cum lilrni H, deinde alius cum barba nigra; postrcmus habet in vvslibusEL. A latere sinistro Xpo proxitnior habet in uestibus HE ; sequilur senex, in vestibas babet LE. Inde alius postea.

In triangulo dcxlro apsidœ erat imago scmeti Paiili aposloli, sed corruit et murus lotus est rusticus '.

Cette description, rédigée en 1617, et complétée en 1621, par Jacques Grimaldi, a été publiée pour la première fois et mise à profit par Eug. Miiiitz, dont nous suivons ici la remarquable étude. Toutefois, nous ne savons pourquoi Muntz estime qu'il serait « dangereux (!) -de trop insister sur le passage oii Grimaldi rapporte que Charlemagne portait une barbiclie, barba acuta more Gallorum, quoique cette assertion soit corroborée par un dessin de la Barbeiiiie représentant la mosaïque de Sainte-Suzanne, exécutée également sous les auspices de Léon III, et où la barbiclie est fort apparente '. > La mosaïque du'^Latran, exécutée du vivant de Cliarlemagne, doit l'emporter sur nos habitudes et nos préférences. Il faudra donc reléguer la ■■• barbe fleurie » parmi le matériel romantique; résignons-nous. Va pour la barbiche! Autre détail. Grimaldi se trompe vraisemblablement en fixant à dix le nombre des apôtres; il y en avait, selon toute apparence, cinq à gauche, six à droite; seulement, ces derniers étant placés les uns derrière les autres, il se peut que la tête de celui de l'extrême droite fût malaisée à distinguer.

Nous touchons à un moment décisif dans l'histoire de la mosa'ique du triclinium ; sa restauration par les soins du cardinal François Barberini, en 1625. Essayons, dit Eug. Muntz, avant de caractériser ce travail, de récapituler les mutilations que le temps ou la main de l'homme avaient fait subir à l'œuvre de Léon III '. Le côté gauche de l'arc de la tribune était depuis de longues années, privé de tout ornement; sur le côté droit manquaient le bas du corps du pape et la majeure partie de l'inscription Beale Petre. Dans la conque enfin, nous constatons la disparition des fragments suivants : la tête du Christ, celle de ses deux voisins de gauche, les pieds des apôtres de gauche et plusieurs parties de l'inscription. Les parties conservées avaient elles-mêmes éprouvé de graves altérations, dues surtout aux incendies qui désolèrent si souvent le palais apostolique de Latran. La mosaïque avait, en quelque sorte, poussé au noir, comme le ferait un tableau à l'huile : talit... varias inccndiorum Laleranensium injurias, quemadmodum scmiustœ illse indicant aureœ lessellulœ, quas in tabula hic illic prœ aliis ob id nigrieare videmus... Albus... color... quasi per hafus tabulœ densam veiustatis ealiginem, magis magisque perstringit oculos '.

Le cardinal François Barberini entreprit non seulement de restaurer, mais de compléter la mosaïque du viii« siècle, et d'abord il restitua tout le côté gauche de la mosaïque, lequel manquait depuis un temps immémorial et fit représenter le Christ remettant les clefs à saint Sylvestre et l'étendard à Constantin '.

.■Memanni insiste sur le dessin coloribus exceptum

alius et in vestibus habet L3. l'ostrcmas juvenis est, et in vestibas sunt literie H3. Hajusmodi autem caractères, licet literie videanlur, sunt meo qaidem judicio ornamenta quilnis veslium ftmbriee nectebantur, vel ornatus, et (?) causa, cum ad pectus etiam habeant Iteec signa 3E. Omnes recti stant et manibus élevant parumper vestes in actu aliquid Xpo ofjerendi. — » Biblioth. Barberine, n. -VA'A, 13S,lo\. 62. — • Cesindications résultent des documents ci-dessus rapportés, ainsi \ que du rapprochement entre une gravure publiée dans le De Laleranensibiis parietinis et, d'autre part, un dessin de la Barberine, n. AL /A. .32, fol. 13, et une planche de l'édition des Vitœ Pontificum de Ciacconio publiée en 1677; cette planche manque dans les éditions de 1606 et de 1630. — ' .\lemanni, De Latenmensibas parietinis, p. 24, 52; l'édition originale de cet ouvrage remarquable date, nous le rappelons, de l'année même de la restauration de la mosaïque, 1625. — ' Voyez la description détaillée de cette scène dans Barbet de Jouy, les mosaïques cliréliennes des basiliques et églises de Home, p. 50, 51.

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qui servit de luise à la restauration : Qui eum (Massaretlum) aniecesseriint ecclesiasticœ anliqaitalis curatores, ... hanc hu/us musivi parlcm sno lempore labcntem exceperunt, optimaque fide delineandam curarunt. — Hoc ejus imaginis exemplum, quod unicum nobis, ac toli posteriiati relinquebatur, ill. card. Barberinus, non sine divino iiutu, posl diulurnam indagationem nactus est '. IVIais tout cela est fort vague et le savant Assemani n'a pas eu tort ' d'élever des doutes contre

La mosaïque, restaurée en 1625, fut détruite au siècle suivant, lorsque le pape Clément XII ordonna de la détacher du mur auquel elle était fixée et de la transporter près de l'oratoire de Saint-Laurent. Soit maladresse, soit vétusté, la mosaïque se brisa, les cubes s'éparpillèrent, bref, la composition destinée à rappeler la « translation du siège de l'Empire » fut perdue désormais sans retour. Benoît XFV, s'aidant d'une reproduction en couleurs exécutée avant le mal-

2615. — Léon III et Charlemagne. ^losaïque de l'arc de l'abside du tricUnium. D'après M. Alemanni, De Latera7ïeiisibus parietinis, 16'25, p. 70.

^authenticité de ce mystérieux dessin, déposé, au dire d'Alemanni, à la bibliothèque du Vatican K Ce qui donne singulièrement de poids à ses soupçons, c'est qu'Assemani, en sa qualité de préfet de la 'Vaticane, était mieux que personne à même de retrouver le dessm s'il avait réellement fait partie de la blbUothèque confiée à ses soins. Je dois ajouter, continue E. Miintz, que M. de Rossi m'a déclaré n'avoir pas été plus heureux dans ses recherches.

'De Lateranensibiis parielinis, p. 36, 37. Cf. Severano, Memorie sacre délie selte chiese di Roma, 1. 1, p. 551 . — ' Dans une dissertation placée à la suite de la réimpression du travail d'Alemaimi. — 'Alemanni, op. cil., p. 154. — * On trouvera de plus amples détails dans Furietti,i3e musiuis, p. 83; dans Marangoni, Isloria deW antichissimo orcdorio...

heureux essai de la translation, fit composer une mosaïque de tout point semblable à l'ancienne '. Différents indices nous prouvent que l'œuvre du ix= siècle a été fidèlement copiée, aussi fidèlement qu'elle pouvait l'être pas des sectateurs de rococo : au point de vue de l'exactitude matérielle du moins, la reproduction ne laisse rien à désirer. C'est ainsi que l'on a conservé aux cercles bordant les nimbes leur couleur primitive, aux lettres tissées dans les étoffes et aux

di San Lorenio, ainsi que dans Y Addilamenium ad Ciojnpini opéra, Roniîe, 1748, p. 20. L'auteur de ce dernier ou\Tage dit seulement que la mosaïque tut aliquaitliiluiit diffracta. Jlais cette aflîrmation repose sur une erreur évidente. Cf. Rohault de Fleury, Le Lalranlau moijen'âge, p. 289, 539 sq.

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bandes gemmces leur forme bizarre. 11 est (également certain que les gestes, les attributs, le costume, n'ont pas été sciemment altérés.

dus ou détruits, jadis en possession de Peiresc et de N. Welser, celui du recueil de Ciacconio doit seul nous faire connaître les couleurs de la mosaïque; nous l'avons décrit plus haut. Quant à la composition, nous croyons devoir nous en rapporter aux figures qui ac-

2616. —Abside princip.nle du !)'ic(iniiim du Lalran.

D'après M. .Memanni, De Lutcrancnsibus parietinia, pi. ti.

Parmi tant de descriptions et de reproductions qui ont été faites de la célèbre mosaïque, une seule nous parait mériter confiance'. A défaut des dessins per-

' N. Alenianni, De Lateranensibus parietinis, disserlatio historica, in-4", Roniie, 1625, pi. ii, m et p. 70,; N. .\leni,'mni. De I.aleranensibus parielinis, addilis quœ\ ad idem wgiimen- Itim speclanlia scripsenmt C. Basponi et J. S. Assemcmi, in-4'*, RomcE, 1756; enfin N. Alemanni, De Lateranensibus parietinis ab lit. et Beu. Dam.' De Francisco card. Barherino restituas. Dissertatio tiislorica, fîguris œneis illuslrata. Ubi de tediftcio, efusque Joco, de musiiti emblemate alque ejus hisforia disseritur et inscripti imaginibus tilnli expcnduntur. Editio novissima priori accuratior ac auctior, dans J. G. Grpevius, Tliesaurus antiquitatum et Iiistorinrum Italiœ, in-fol., Lugduni Batavorum, 1723, t. viii, part. 4; O. Panvinio, De sacronancta basilica, baplisterio et patriarchin Laterancnsi, libri quatuor, dans A. liai, Spicilegium Bomanum, in-4». Roma, 184;î, t. ix, p. 181-191 ; Martinelli, Primo troleo dcHa sunlissima Croce, in-fol., Roma, 1655, p. 138; Scvcrano, J^Icmorie sacre dette setle cliicse di Borna, in-fol., Roma, 1630, 1. 1. p. 545; Rasponi, De Imsilica et patriarchio I.aleranensi, in-4». Roma, 1656, p. 334; B. de Monlfaucon, I .es momimenls de la monarchie française, 17',il, 1. 1, pi. xxii, p. 275; Mabillon, Annales Benediclini, 1. VI, n. lxxxvii, p. 342; Ilenschcn, dans Acia sancl., 3- édit., jun. t. m, p. 59-84; de Giiilhermy, <l;ms Annales archéologiques, t. vm, p. 253; t. XXV, p. 30; G. Roliault de Fleury, Le Latran au moijcn âge, in-S», Paris, 1877, p. 277, 289, 324; Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'art clirtHien, t. n, p. 30, 32, 75, 82,433, 446; t. V, p. 162; Cli. Hayet, L'élection de Léon III et la révolte des Bumains en 799, dans Annuaire de la Faculté des Lettres de Ltjon, 18S-1, t. n; Hennin, Les monuments de rhistoire de L^ance, in-f^"^, Paris, 1S56-1863, t. ii, p. 110, 115, 116; E. Mûntz, Bicerche inlorno ai tavori archeologici

2617. — Tète d'apùtre en mosaïque, provenant du triclinium

du Latran.

D'après la Bévue arcliéologique. janv.. pi. i.

compagnent la dissertation d 'Alemanni, De Lateranensibus parietinis, dont la première édition date de l'année même de la restauration de la mosaïque. Si l'on

di Giacomo GriniaZdi,in-8°,Firenze, 1881, p. 22,23; E. Mûntz, // tesoro délia basilica di S. Pieiro in Vaticano dal .\in al .ïi'.secoto, in-S", Roma, 1883, p. 134-137; E. Miintz, Les sources de l'archéologie chrétienne dans les bibliothèques de Bome, ite Florence et de Milcm, in-S», Rome, 1888, p. 6, 37, n. 12; E. Miintz, \otes sur les mosaïques chrétiennes d'Italie, vin. Le Triclinium du Latran. Chmlemagne et Léon III, dans la Bévue archéologique, 1884, janvier, p. 1-15; Barbet de Jouy. Les mosaïques chrétiennes des basiliques et églises de Bome, in-8'*, Paris, 1857, p. 50, 51; G. Rohault de Fleury, La messe. Éludes arcliéologiques, in-4'', Paris, 1883, t. i. p. 213; t. vin, p. 125; Th. Hodgin. Italy and her Invader. in-8°, Oxford, 1896, t. vni, frontispice; Liber pontificalis, édit. Duchesne, 1886, t. H, p. 35. n. 14: Rumohr, Ifalienische Forschungen, in-S», Berlin. 1827, t. i, p. 198 sq., 202-240; Sclmaase, Gcschichte der bildenden Kiinste, in-S», Dùsscldorf, 1843, t. in, p. .573; A.VètauIt,C/!nr!cnia9ne,in-8°, Tours, 1877. frontispice (mie vraiccaricalnre)etp.543;Van Drivai. //ïstoïre deCharlcmagne, in-8°, .-Vmicns, 1885, p. 188; Barbier de Montault, La mosaïque du dôme à Ai.x-la-Chapelle, in-S», Paris, 1869, p. 40; C/ior/emajyneswr la mosaïque du Triclinium de Lalran à Borne, dans Bulletin archéologique du comité des travauxhistoriques et scientifiques, 18S4, p. 318-322, fait les hormeurs d'une planche gravée sur cuivTe pour l'illustration du Propre du Bréviaire de Sainte-Marie-ÂInjeure.au xvii" siècle. Quelques transcriptions de l'èpigraphic offrent d'insignifiantes variîmtes, la gra\'ure doit avoir été exécutée entre 1625 et 1656; cette note a été diluée dans Barbier de Montault, Œuvres complètes, in-S", Poiticr.s, 1895, t. x, p. 347- 361. Ciampini, Vêlera monimenta, in-fol., Roma-, 1690- 1699, t. ir, p. 127, pi. xi; du Sommerard, Les arts au moyen

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rapproche l'ctat de la mosaïque avant la restauration (fig.2615)ctlc détail du groupe de l'arc (fig. 2616), on constate que le corps du pape et le cartel inférieur avaient seuls souffert; nous nous trouvons donc en présence d'un dessin probablement très exact, eu égard au soin visiblement apporté à son travail par le dessinateur d'Alemanni.

Quelques débris de la mosaïque du iriclinium se sont conservés, seulement ce n'est pas sur la place du Latran qu'il faut les chercher : c'est dans une petite salle, peu connue, inaccessible au public, du musée chrétien du Vatican. On y voit, à deux pas des Xoces aldobrandines, deux têtes en mosaïque, encastrées dans le mur et accompagnées de l'inscription : Fragmenta musii'i vctcris iriclinii Latcranensis a Leone III, lemporibus Caroli Magni eonstnicii. Elles proviennent l'une d'un apôtre tourne de gauche à droite, l'autre d'un apôtre placé dans le sens opposé (fig. 2617). Quoique la salle dans laquelle se trouvent ces précieux fragments soit excessivement étroite et ne permette pas un recul suffisant pour juger pleinement de leur effet, nous allons essayer de les décrire en détail. L'un d'eux, assez irrégulier, mesure 0"30 de large sur 0"40 de haut, le diamètre de la tête étant d'environ 0°'20. Les traits sont loin de manquer de caractère; l'œil est assez vivant, des touches rouges et brunes, servant à marquer les contours du visage ainsi que les ondulations de la barbe, donnent à l'ensemble une certaine animation. Un trait noir dessine les sourcils; un trait brun irrégulier, le nez; le fond même du visage est gris, avec quelques cubes jaunes sur les pommettes. Le manteau, si nous en jugeons par des vestiges presque imperceptibles, a été vert. Derrière la tête on aperçoit une surface jaune safran, correspondant au nimbe.

La seconde tête, vue de trois quarts, comme la première, est tournée de gauche à droite; elle parait provenir de l'avant-dernier apôtre de gauche ; comme elle est placée très haut et que la tonaUté en est fort sombre, on ne saurait la soumettre à un examen approfondi; ede est d'ailleurs incomplète, la partie supérieure du front ayant disparu. Le trait distinctif de la figure est une barbe noire assez courte. Dans ces deux fragments, les cubes sont de petite dmiension et le marbre s'y trouve mélangé à l'émail.

in. L.4. MOSAÏQUE DE Sainte Suz.\NXE. — Le Liber

poniifieaUs nous donne dans la notice du pape Léon III le renseignement que voici : Ipse vero prsecipuus ponlifex lilulum béate Susanne, ubi et presbiler ordinalas fueral, dum breviU'r conslructus faisset, ellam per plitana iempora ipsi parieles marcuissenl, ob nimium amorem eum in ampluni largivil sedificium et noviler in allum fodiens firmissimiim posait fundamentum ; et eruta planitie mirifice excelsa super ipsa jundamenta sedificavit ecclesiam eum absida de musivo aniplissimo et caticuminia mirifica atque eamera decorata.seu presbiterium et pavimenium marmoribus pulchris ornavit •. Cette mosaïque fut détruite en 1595, lors des « restaurations» (!) entreprises par le cardinal titulaire Rusticucci et qui mirent la basilique dans son état actuel. Sous la mosaïque de l'abside on lisait cette inscription ' :

+ DVDVM HAEC BEATE SVSANNAE MARTYRIS AVtA CO[aJNGVSTO ET TETRO EXISTENS LOCO MARCVERAT (JVAE OOKINUS LEO TERTIVS PAPAE FVNDAMENTIS ERIGENS, CONDENS CORPVS BEATAE FELICITATIS MARTYRIS COMPTE EDIFICANS ORNABIT ATQVE DEDICABIT

De la mosaïque elle-même, il subsiste, dans un manuscrit du Vatican, un dessin partiel, comprenant les deux figures de Léon III et de Charlemagne coloriées = (fig. 2618). En voici la description :

Léon III porte le nimbe rectangulaire, Charlemagne également, ce qui prouve que la mosaïque a été exécutée de leur vivant. Le nimbe du pape est à champ vert avec tranche bleue, celui de l'empereur à champ bleu avec tranche latérale blanche. Léon III est barbu et tonsuré, avec une couronne de cheveux peu fournie sur le sommet de la tête; il est vêtu d'une aube blanche doublée de rouge et par-dessus une ample chasuble bleue qu'il relève en avant pour soutenir la maquette de l'église qu'il a fait construire. C'est une basilique avec façade blanche et porte carrée ; les murs latéraux de teinte rosée veulent figurer la brique, la toiture en tuiles est également de ton rougeâtre. Par-dessus la chasuble, le pape porte le pallium blanc, long et étroit, marqué à son extrémité d'une croix rouge pattée. Les sandales de cuir rouge sont découpées en trèfle à l'empeigne et retenues par un double cordon qui se croise au cou-de-pied.

L'empereur est coiffé d'une calotte ronde et blanche, surmontée d'une triple aigrette blanche. Le visage rond et gras est coupé par la grosse moustache trous-

dge, Album.VIII^série.pl.x; Didron, Iconographiechréticnne, Histoire de Dieu, in-8», Paris, 1843, p. 59; G. Desjardins, Recherches sur les drapeaux français, oriflammes, bannières de France, etc., in-8», Paris, 1874, p. 2, 3; M. Scpet. Le drapeau de la France, dans \a Revue des questions historiques, 1875, t. XVII, p. 507-508; Garrucci, Storiadell* arle cristiana, t. IV, p. 282, n. 4, pi. 283: P. Clemen. Die Portratdarslellungen Karls des Grossen, dans Zeitsclirift des Aachener Geschichlsvereins, 1889. t. xi, p. 224-228; Platner et Bunsen, Bescbreibung der Stadt Rom, t. m, part. 1, p. 552; Le Blanc, Dissertation historique sur quelques monnoyes de Charlemagne, p. 36 ; Eckhart, Commentcu-ii de rébus Franciee orientons et episcopatus Wirceburgensis, t. i, p. 786, fig. 1, 2; Daniel, Histoire de France, t. n, p.ll5; Beaunier et Rathier. Recueil des costumes français, in-fol., Paris, 1810, pi. xxxiii; Knapp et Gutensohn, Denkmaler der chrisllichen Religions, pi. XLiii; Luigi Bossi, Istoria dltatia, in-S°, Milano, 1819, t. XIII, pi. ni, p. 63; G. Ferrario, Storia ed analisi degli antichi romanzi di cavatleria, in-S° Alilano, 1828, p. m; Didron, Iconographie chrétienne, p. 59; H. de Vielcastel, Collection des costumes, armes et meubles pour servir à ! Thistoirede France, in-8", Paris, 1848, t. i, pi. x.x.xii, n. 36; i Ph. Lebas, L'Univers, Allemagne, pi. xLvi; K. F. Becker, | Deutsche Geschichte. t. m, p. 474; Stacke, De(i/5c/ie Geschichte ; O. Jàger, Deutsche Geschicttie, t. il, p. 74, pi. La présente dissertation était terrainée lorsque j'ai eu connaissance d'une communication faite à la Société nationale des antiquaires de France, par M. Ph. Lauer, dans laquelle l'auteur < s'efforce de prouver que les mosaïques du célèbre triclinium de Léon III et celles de Sainte-Suzanne remontent

au ix« et non au xii" siècle. La représentation sjinbolique de Charlemagne à genoux devant saint Pierre et recevant l'étendard romain de la main de i'apôtre, répondrait à la réalité des laits tels que ceux-ci sont décrits dans les Annales Laurissenses, la Vila Caroli et le Liber pontificalis. L'inscription est modelée sur le protocole du ix^ siècle qui est noté dans les laudes du psautier carolingien, conseivé à la Bibliothèque nationale (795-800). Le costume de l'empereur, surtout sa coiffure munie d'une triple aigrette, est semblable à celui qu'il porte dans la Bible de Charles le Chauve. M. Prou observe que les détails de la physionomie de l'empereur, telle qu'elle est représentée sur la mosaïque du Latran, correspondent au tj-pe reporté par la bulle de plomb, issue de la chancellerie de Charlemagne. ■ Revue d'histoire ecclésiastique, 1911, p. 192. Je regrette de n'avoir pu prendre connaissance de ce travail que le nom de son auteur recommande assez. M. Lauer m'écrit ■ qu'il n'a fait que maintenir ce qu'on avait toujours dit en apportant peut-être un ou deux arguments de plus à l'appui. » Lettre du 27 février 1911.

^ Liber pontipcalis, édit. Duchesne, t. n, p. 3, lign. î2 sq. — - Klle a été publiée en lettres cursives par Bosio, Roma sotlerr., p. 482; Ciarapini, Vetera monim., t. ii, p. 140, et Duchesne, op. cit., t. n, p. 34; en caractères épigraphiques par quelques autres. En 1884, De Rossi a donné la transcription plus exacte contenue dans le cod. Menestrier de Philippe de Winghe, fol. 234. L'inscription rappelait le transfert par Léon III du corps de sainte Félicité de son cimetière suliurbain au titre de Sainte-Suzanne. — ' >Ianuscrit de Ciacconio.

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sée et la barbiche '. Le costume comporte : des souliers bruns, unis; des bas roses, ou plutôt des houseaux à revers bleus, formant un bourrelet à la jarretière; un haut-de-chausses jaunâtre; une tunique bleue, ceinte à la taille et qui n'atteint pas le genou; un manteau rappelant l'ancienne chlamyde, ouvert sur l'épaule droite et relevé sur le bras gauche, bordé, ainsi que le chaperon, d'un passement semé de pois bleus. L'empereur est posé face au spectateur, le bras droit se tend eu avant ; le fourreau de l'épée bat la

Pour le reste de' la mosaïque, nous savons, grâce à Alemanui, la disposition des personnages figurés dans la conque. Au centre, le Christ ayant à droite sa mère, saint Pierre, sainte Suzanne et Léon III, ayant à sa gauche saint Paul, saint Caïus, saint Gabinus et l'empereur. La présence de Caïus et de Gabinus s'explique par la proximité de la maison du premier qui eut pour père saint Gabinus -.

IV. L.\ STATUETTE DE Metz. — Le « Muséc municipal de la Ville de Paris », établi dans l'ancien hôtel

■TaTtrem-Sâi

— Léon m et Charlemagne. Mosaïque de Sainte-Suzanne. D'après M. .\lemanni, De Lateranensibiis parietinis, p. 10.

cuisse et relève le manteau, il est orné de raies bleues. Le sol est gazonné.

'Barbier de Montault réclame A grands cris cette barbiche qu'Eug. Mûntz rasait de sa propre autorité. La cause est entendue: les copies manuscrites de la mosaïque de Sainte-Suzanne, du Iricliniiim de Latran, et l'affirmation de Grimaldi : mentitm non est totalilcr rastim, scii habct brcvcm quanidam barbam acutam more Gallorum^ sont péremptoires. — • B. de Montfaucon, Monuments de la monarcliic française, in-tol., Paris, 1731, t. i, pi. xxii; Ciampini, Vetera monimenta, in-tol., Romœ, 1699, t. 11, p. 138-140; Hérold, Insignium imperialium tiitelarem dissert, inaiig. ^in-i", Hala? Vcnetorum, 1713, p. 130; Hennin, les monuments de l'Iiistoire de France, t. 11, p. 116; R. Garrucci, Slorin delV arlc crisli/ina, in-Iol., Prato, 1873, t. VI, p. 596; Revue de l'art cIinHien, t. xxx, p. 391-394;

DICT. D'ARCII. CllRÉT.

Carnavalet, conserve une statuette en bronze de 27 centimètres de hauteur \ Cette statuette appar-

E. Mûntz, Les sources de l'archéologie chrétienne dans la bibliothèque de Home, de Florence et de Milan, 1888, p. 4, 6, 23, 25, 59; De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1884, p. 180-181; Barbier de Montault, Œuvres complètes, t. X, p. 361-364; Beaunier et Rathicr, op. cit., pi. xxxiv; de Viel-Castel, op. cit., dans P. Lacroix, Le moijen ùge, 1. 1, p. 32, n. .37 ; Bulletin pol;imalique du musée d'instruction publique de Bordeaux, t. xvii, p. 271; G. Ferrario, .Storïa cd analisi degli antichi romanzi di cavalteria, in-S», Milano, 1828, pi. m; Ph. Lebas, op. cï(., pi. xi.vii ; P. Clemen.op. cit., p. 228-229. Nous donnons ici la figure, d'après Alemanni, De Lateranensibus parietinis, in-4°, Roma, 1825, p. 10. — ' C. Sellier et Pr. Dorbec, Guide explicatil du musée Carnavalet, rn-18, Paris, 1903, p. GO.

CHARLEMAGNE

teiuiit au trésor de la cathédrale de Metz avant la Révolution '. En 1807, elle était aux mains d'un libraire descelle ville lorsque Alexandre Lenoir, le fondateur du musée des Monuments français, la lui acheta '. Depuis lors, elle était restée sa propriété privée; puis, son fils la vendit à M "'■ Ewans-Lombe. A la mort de cette dernière, en 1867, la Ville de Paris en fitjracquisition. Bien que ce précieux bronze ait été fort maltraité dans l'incendie de l'Hôtel de Ville, en 1871, il est d'une importance archéologique qui ne saurait être contestée' (fig. 2619).

L'identification est absolument certaine. Un inven-

2620. — Le culte de la statuette dans la cathédrale de Metz

avant la Révolution.

Daprès D. G. Wolfram, £)i> lieiterstatiietle

Karls des Oi'osseu ans demKathedrale zu J/efz, ISOO.

taire du trésor de Metz, rédigé en 1682, mentionne même deux statues, l'une en argent doré, l'autre en

'Bordier et Charlon, His/. rfc Fro/ice, 1859-1 860; O. Havard, L'art à traders les mœurs, in-S'\ Paris, 1882; A]b. Lenoir, Aïonuments du moyen âge, dans Athis géogr. et histor. de la Franee, 1828, pi. ix, p. 1.3; Pli. Le Bas, Dicl. enciidop. ; A. DarccI, Alnsée rélrospecti/. Le moiien âge, dans la Gazette des beaux-arts, 1863, t. xix, p. 427, 130-431: Bulletin, et Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, I\' série, t. IV, p. 268. A. Vétault, Cliarlemagne, in-S», Tours, 1877, p. 27, pi. 2; p. 544, cite une lettre d'.\dr. de Longpérier : 0 Cette fibrine de bronze représente très bien un emperctu' carolingien tel qu'on peut se l'imaginer en ronde bosse... Si nous possédions un seul indice en laveur de cette attribution (à Charleniagne), je céderais, à l'instant; t\ cette opinion, tant elle nie parait admissible.» E. Aus'm Weerth, Die Beiter- Statuette Karls des Grossen ans dem Dom zu Metz, dans Jahrhvcher des Vereins von Alterthumslreunden im liheinlande, 1884, t. Lxxvni, p. 130-166. Les historiens anciens de la cathédrale de ^letz mentionnent la présence de cette statue et les honneurs qu'on lui rendait : Meurisse, Histoire des évêques de l'Église de .l/c/:, 1634; Histoire de Aletz par les bénédictins. 1760, t. il, p. .526. La plus récente notice est celle de G. ^VoHram, Die Reiter-statuette Karls des Grossen aus dem Kathedrale zu Metz, in-S", Strassburg. 1890, qui soutient la thèse inacceptable que la statuette date de l'année 1504. Revue de l'art chrétien, nouv. série, t. III, p. 3; Gazette archéologique, 1887; Ph. Le B.1S, L'univers pitttoresque,p\.lG6; Bulletin de la Société d'archéologie

bronze doré, objets d'un culte (fig. 2620)*. En 1865, Darcel décrivait ainsi la statuette : Lorsqu'on examine la statuette, on se demande si la tête appartient au corps, auquel elle est fixée par une soudure, et si le cheval faisait, dès l'origine, partie de l'ensemble. Le cheval est, en effet, indépendant du reste. D'un autre côté, la tête est ciselée avec beaucoup plus de richesse que le reste du corps et offre de bien plus nombreuses traces de dorure. La différence d'exécution pourrait s'expliquer par le souci où l'artiste aurait été deserrer de plus près la ressemblance du modèle : celle de la dorure, par un usage de dix siècles qui aurait respecté la tête au préjudice du corps, qui offre à la main une prise plus facile. Quant au cheval, il s'ajuste si bien sous le cavaUer, il présente dans les jambes des traces si importantes de restaurations, et l'arrangement sur son front offre une disposition si insolite, que nous le croyons volontiers contemporain de la figure. La tête ne semble point, comme on l'a dit parfois, une substitution faite pendant l'époque carolingienne, à celle de quelque personnage consulaire, de telle sorte que le corps et le cheval seraient antiques. Le costume, en effet, est celui que nous voyons porté par les souverains de la seconde race : la tunique et le manteau, les souliers lacés à recouvrement, avec les courroies entourant le bas des chausses et formant jarretières. Enfin, l'extrémité du fourreau de l'épée qui dépasse le bord du manteau n'a rien d'antique ". « Le cheval, bien dessiné, quoique un peu lourd, semblait à Alex. Lenoir être une imitation de celui qui supporte la .statue de Marc-Aurèle au Capitole ', » et il tenait la statue pour exécutée du vivant de Charlemagne ". C'est se montrer bien assuré de ce qui n'est que possible ou tout au plus probable. La mosaïque du tricliniuni du Latran et celle de Sainte-Suzaime à Rome nous offrent, sans doute, les mêmes particularités physionomiques : plénitude du visage, menton rasé et moustache, mais ces deux mosaïques n'offrent pas, dans le détail que nous considérons ici, une certitude iconique absolue.

La statuette représcnte-t-elle Charlemagne ou Charles le Cliauve? Nous répondrons, pour notre part, que nous sommes tout disposé à y voir le grand empereur, sans en être cependant absolument convaincu; mais on peut, sans trop risquer de se tromper, dire avec .\. Darcel, Ch. de Lin s. Al. Lenoir et E. Aus'm Weerth : « Ce monument, du plus haut intérêt, est évidemment authentique, il présente tous

et d'histoire de la Moselle, t. via. p. 85; t. ix,p. 145; Didron, Annales archéologiques, t. viii, p. 256; O. .T.ïger. Detï/5c/ic Geschiclile, t. ii, p. 64, 65 ; Hcnne am Rhy n, Kulturgeschichle des deulschen Volkes, 1. 1, p. 25; Ivnackfuss, Deutsche Kunslgeschichte, p. 40, 41 ; J. X. Kraiis, Kunst und Alierthum in Ehass-I.othringen, t. m, p. 564 sq. ; L,ûbke, Geschichte der deutschen Kunst, p. 45, note 2; P. Clemen, Die Porlrâtdarstcllungen Karls des Grossen, dans Zeitschrilt des Aachener Geschichtsvereins, t. xi, p. 229 sq. ; Schneider, Das Eherne Reilerbild Karls den Grossen, lS05,A.SpTin3,er,Handbuchder Kunstgeschiclile, Leipzig, 1001, t. il, p. 87, fig. 99; E.Molinîer. L'évolution des arts mineursdu viii^au xit'^ siéc/e,dans A. Michel, Histoire de l'art, 1905, t. i. part. 2, p. 835-836, pi. x. — 'Achetée en 1839 :'i la mort de Lenoir la somme de 800 francs, rachetée par la Ville de Paris 3 000 francs. Pendant qu'il en était possesseur, Lenoir confia la statuette" à un nommé Rondcl fils pour faire une petite réparation à la queue du cheval. » — = C'est en triant les cendres du monument brillé qu'on retrouva le cavalier d'un côté et le cheval de l'autre. — ' Bégin, Histoire de la cathédrale de Aletz, Metz, 1842; Prost, La caWiédra/e de Metz, dans les .1/ém. de la Soc. d'arch. et d'hist. de la Moselle, 18S5, t. xvi. — 'Gazelle des beaux-arts, 1805, t. xix, p. 430. — 'M. Lenoir, .^foniimenls des arts libéraux de la Franee, in-fol., Paris, 1840, pi. IX, p. 13. — ' Mémoires de l'Académie celtique, t. iv, p. 295; quant à la dorure, elle aura sans doute achevé de disparaître dans l'incendie de 1871. |

Dic]. d'Archkoi^ogik

Letouzey et Ank, éditeurs.

CHARLEMAGNE Statuette en bronze du Musée Carnavalet.

J^A "ffS^^y..-

CHARLEMAGNE

les caractères de l'art carlovingien : la couronne, la tête, le costume sont identiquement semblables à ceux que reproduisent les peintures des manuscrits de l'époque. Charlemagne avait établi des ateliers de tondeurs à Aix-la-Chapelle et ailleurs ; peut-être cette statuette a pu en sortir. »

V. Iconographie. — Sept monuments contemporains de Charlemagne nous ont conservé ses traits et ils offrent entre eux le plus parfait accord. Nous avons parlé de la mosaïque du triclinium du Latran et de la mosaïque de l'abside de Saui'e-Suzanne, dont une minutieuse description par Grimaldi et un dessin en couleurs dans le recueil de Ciacconio nous ont conservé l'essentiel. La statuette de Metz concorde avec les précédentes représentations, sauf sur un point (fig. 2G21). Les deux mosaïques montraient l'empereur avec la moustache et la barbiche;

2621. — Charlemagne. .Statuette de Metz. D'ai)rès une photographie.

la statuette ne garde que la moustache et la barbiche disparaît également sur un sceau en plomb du Cibinet d;- France et sur trois spLCimens monétaires de deniers frappés après le couronnement impérial. Tandis que le sceau en plomb est franchement barbare, l'imitation des coins antiques est évidente sur les deniers. Charles s'y montre tel que les empereurs romains du haut Empire sur leurs monnaies : la tête laurée et le buste couvert du paludamenturn; malgré cette inspiration classique manifeste, on a eu la préoccupation manifeste de donner à la tête un caractère iconique, car l'empereur porte la moustache. Les textes ne sont pas moins formels que les monu-

' Einhard, Vila Knroli, c. xxii, dans Monum. Germ. Iiist., Script.^ t. II, p. 455; sur les cjâminiscences de Einhard, ff P. Clenien, Die Pnrlrdtdarstctliinrien Karîs des Grossen, dans Zeilschrifl des Aachener Geschicldsvereins, 1889, t. xi, p. 195, note 1 ; Fr. Schinidt, De Einhardo Siielonii imilalore. Prognimm der Kônigl. Sludicnanstall, in-S, Bayreut. 1879, p. l. IG; M. Manitius, Einhards Werlce imd ilir Stil. dans Nciies arehiv, t vu, p. 517: t. xi, p. 43; Hislorisches Jahrbiich der GàrreSfiescUsctwIl. t. vu, p. 130. Cf. J. G. von Eckhardt, -Di.s.scr/rï/io de itnaginibus Caroli M(i<jni el Caro- Inmanni regiim Franenrum, in- 1". Laneb., 1719. — -Poêla Saxo, dans Mniium. Germ. /lis/., Scri/)!., 1. 1. p. 273, vs. 333. — ' Poelœ lalini seul Carolini, édit. Dûmmler. t. i, p. 488, vs. 208.— • Ihid.. 1. 1, p. 366, vs.24, (iG. — »//)/</., 1. 1. p. 367, vs 170. — " On trouvera tous les textes désirables dans P. Clemen, op. eil.. p. 196-205. — ' L'étude des ossements conduisit des mcdceins ù donner une taille de 1"92 i\ Charlemagne. Un tambour-major! A titre de curiosité nous mentionnons : M. Freherus. De slalurii Camli Maqni, çù.tr.i;r/j.it, S. I. H. d., cl avcc uotes de H. G. Thulemarii, in-l", Hcidelbergœ, 1662;in-12. Francofurti, lOSl : et dans

ments sur la personne physique de l'empereur. Einhard nous la décrit ainsi : Corpore fuil amplo algue robuslo, statura eminenli, quai tamen juslaiti non excederel — nam seplem suorum pedum procerilatem efus constat habuisse mensaram — apice capitis rotundo, ocalis prxgrandibus ac vegelis, naso paululum mediocritatem excedenii, canitie piilchra, facie lœta et hilari. Unde formée auctoritax ac dignilas lam slanli quant sedenli plurima adquirebatur, quamquam, cervix obesa el brevior, vcnterque projeclior viderelur : tamen hxc ceterorum membrorum celabid œqualitas. Incessu firmo totaque corporis habituai u- virili, voce clara quidem, se.l quœ minus corporis /omise convenirel; valeludine prospeea, prieter quod, anlequam decederet, per qualluor annos crebro /ebribus corripiebatur, ad exlrenuini etiam uno pede claudicarct '. Saxo le poète ajoute quelques traits ^ :

Corpore robusto fuit ipse decentcr el amplo, Incessu fîmms, vividus atque agilis, Egregie procerus, et hic moderaminc juslo, Seplem namque suis longus erat pedibus, Ipse rotundus apex capitis, cervix cl obesa, Karis plus paulo quam mediocris erat:

Livie fulgcnles oculi, faciès quoque lœlu. Et vox clara salis, pulchraquc canities, Usus vestilu palrio, semper peregrinum, Respueral, qucmivis pulcher el ipse foret.

Par contre, il n'y a rien à retirer du pathos de Théodulphe ', rien non plus des banalités creuses d'Angilbert » :

Vultu hilari ore nitel, srmj>cr quoque fronte serena

Pacificus, largus, sotters hilarisque venustus.

et il n'est pas au pouvoir de ce poète de cour de hausser la taille de Charles, bien qu'il nous assure que cunelos hunieris supercminel altis '.

Ce que parmi tant d'exagérations on peut retenir, c'est l'impression de force et de bienveillance *. Quant h la taille gigantesque' et à la barbe fleurie, il faut y renoncer. Charlemagne était un homme de taille moj'cnne, le visage gras, le col court, les épaules enfoncées, le ventre proéminent et, malgré cette enveloppe déplaisante, vif, alerte, mobile, le regard clair, le visage martial grâce à la moustache, le geste simple; il oITrait un ensemble harmonieux et robuste, énergique et digne, que venait déparer un peu la voix aigrelette.

Charlemagne n'a malheureusement pas possédé un sceau à son eftigie; celui dont il faisait usage était une gravure antique, intaille avec le buste de l'empereur Commode ' (lig. 2Cy22) qu'on a pris longtemps pour un portrait de Charlemagae '. L'empereur fit

Bouquet, Recueil de.i hisl. de la France, 174 I, t. iv, p. 779- 780. — ' X. deWailly, Elémertls de palé:)yrapliie, in-4». Paris, 1838. pi. A, n. S; on lit en léaende : y xpe protège c.\no- LUM REGE FRANCR. Cf. C Piot, dans la Revue de la nuniismaliquc behje. t. iv, p. 390, pi. iv, n. 1, 2. L'idenlirication du buste sur l'intaille reste douteuse : Commode, Marc-Aurèle, Antonin le Pieux? La légende était gravée sur une bardvire de métal. Douët d'.Vrcq, Collection de sceaux, n. 15; HefTncr, Der deulachcn Kaiser und Konif/e Siegcl, in-fol.. WCirzburg. 1875 pi. i. n. 1. Au dire de Th. de Sickcl, .4c(« regum cl impcralorwn Karolinorum, Wien, 1867-1868, t. i, p. 351, le sceau aurait continué d'être en usage après la restauration de l'Empire: on le trouverait sur une empreinte très endommagée d'un diplôme de .Si:> aux archives de l'iîtat à Berlin: cependant, dès 807, il existait un sceau impérial sur lequel rege francr avait fait place à ijiperatorem. Il a été publié par Kopp. Palœograptiia crilica, in-4''. Manheimii, 1817. 1. 1, pi. 24. n. D ; ce diplô:ne est du 7 août S07. il est conservé ;"! Munich. — » Pertz en est encore h\ dans son édition de la Vila Karoli d'Kinliard. Cette é:Iitbn est d'ailleurs mé.liocre.

usage d'un autre sceau avec le buste du dieu Jupiter Sérapis, barbu et coifïé du niodius ' (fig. 2C23). Un troisième sceau, également attribué à Charlemagne, est douteux. Il n'y a donc rien i\ attendre de ce côté. Nous avons mentionné, il n'y a qu'un instant, une bulle de plomb issue de la chancellerie de Charlemagne et conservée au cabinet des médailles. Charlemagne est représenté en buste; le visage est de t\-pe allongé, les cheveux ras, à moins que la chevelure ne disparaisse sous une coiffure serrée, sorte de bonnet orné de la triple aigrette; une épaisse moustache ombrage la lèvre supérieure. Le bouclier protègel'épaule gauche et laisse dépasser le fer de lance.

2622. — Sceau de Charlemagne.

D'après N. de Wailly, Éléments de paléographie, pi. A, n. 8-

Au revers, une porte de ville flanquée de deux tours et surmontée de la croix, avec la mention ROM A. En légende, au droit : DN KAR PFPPAVG; au revers RENOVATerîMAN IMP = {Renovaiio Romaiii imperii). Un autre sceau de plomb, conservé à la Bibliothèque

'Maricke, Recueil ilii cubinel du roy, t. il, p. 1: .\rneth, Alonumente des kais.-kônifjl. Miinizen iind Antikenkabinets zii IV l'en. pi. XIII. n 2. CI. G. Demay, Les sceaux de Charlemagne et le costume à l'époque carolingienne, dans .\.Vétault, Charlemagncp.sO l.L'intaille sans légende portant le Sérapis barbu coifïé du modius, nous est parvenu dans deux exemplaires plaqués sur des jugements, l'un de 775, l'autre de S12. Th. de Sickel en a inféré avec vraisemblance qu'il fallait y voir un sceau de justice. Doùet d'.\rcq. Coll. de sceaux, n. 16; Gir>', Manuel de diplomatique, 189 1. p. 720. — = A. Vélault, Charlemagne, p. 4ÔS, fig. 66; C. G. Duemgé, Regesta Badensia, Vrkunden des grnssherznglich-Badischen General- Landes-archives von den nlleslen bis zum Schlusse des zwôllten Jahrhunderls,\n-i'',CaT\'irahe, 1836, p. 95: P. Clemen. Die Portriitdarslellung Karls des Grossen, Aachen. 1889. p. 208. — ^ Publié pour la première fois par E. Aus'm Weerth.dans Ja7ir/'Hc/ier des T>rcjn.s von Alterthumsfreundcn im Bheinlande, t. lxxviii, p. 149. — ' A. de Barthélémy. Les monnaies de Chcwlemagne , Éclaircissement, dans .\. Vétault, Charlemagne, in-8°, Paris, 1877, p. 488-501 ; Bretagne, Variété inédite d'un denier de Charlemagne, dans la Revue numismatique, 1857, II*" série, t. ii, p. 441- 445; E. Cartier, Des monnaies de Charlemagne et particulièrement de celles qui portent, avec son monogramme, la légende C.arlus rex Fr., dans la Revue numismatique, 1853, t. xviii, p. 348-410; M. Cerexhe, Les monnaies de Charlemagne, in-S°, Gand, 1886-18SS. Cf. Giul. Carotti, dans Archivio stnrico lombardo, 1887, II' série, t. iv (t. XTv), p. 377-385, avec de nouvelles observations relatives aux monnaies italiennes sans tenir compte cependant de C. llorbio. Délie monete baltule da Carlo Magno in Italia, dans Rivista délia numismatica aniica e moderna, t. il, p. 1-5 (et in-S°, .A.sti, 1867). L. de Cosler, Restitution de quelques monnaies à Charlemagne, dans Revue de la numismatique belge, 1852, II' série, t. ii, p. 360; Souvelles considérations sur des monnaies restituées à Charlemagne, dans recueil cité, 1S55, II' série, t. v, p. 1-21; Explications faisant suite aux précédentes notices, sur l'attribution à Charlemagne de quelques tijpes monétaires, dans recueil cité, 1S57, III' série, 1. 1, p. 30-54; Considérations à propos de quelques deniers inédits de Pépin le Bref et de Charlemagne, dans recueil cité, 1859, 111= série, t. ni, p. 210-23S; Monnaie inédile

nationale à Paris, nous offre le profil banal, imberbe, non iconique, qu'on retrouve sur certaines monnaies carolingiennes '.

Nous avons de Charlemagne quelques deniers portant son effigie et d'une conservation suffisante pour nous assurer que le type est d'accord, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec celui que nous offrent d'autres monuments (flg. 2624) '.

Un monument iconographique de Charlemagne nous serait infiniment précieux, c'est le portrait qui se trouvait sur son tombeau qu'Einhard décrit en ces termes : Corpus more soUemni loiiim et curatum, et maximo tolius populi luciu ecclcsiœ inlatum atque

2623. — Sceau de Charlemagne.

D'après Bordier et Charton, iïis(oi)-e de France, t. i, p. 190.

humalum est... In hac (basilica S. Virginis) sepidtus est, cadem die qua defiinctiis est, arcusque supra tumulum deauratus cum imagine et titulus cxstnictus '. On peut supposer que ce buste ornait l'arc de la niche dans laquelle gisait le corps ; probablement au sommet

de Charlemagne, dans recueil cité, 1861) III* série, t. v, p. 125-128; E. Gariel, .Monnaies de Charlemagne, dans les Comptes rendus de la .Société franc, numi.'im.-archéol., 1875- 1S76, t. VI, p. 266 ; Les monnaies carolingiennes, dans la Repue numismatique, 1883; Les monnaies royales de France sous la race carolingienne, in-4°, Paris,lSS3. p. 22, 53-60. 92-161 ; E. Lambert, Notice sur une monnaie d'argent, au type de Charlemagne, trouvée à BayeiiJ*, dans la Revue numismatique française, 1S37, t. n, p. 295-296; Fr. Le Blanc. Dissertalion historique sur quelques monnaies de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, de Lothaire et de ses successeurs, frappées dans Rome, par lesquelles on réfute l'opinion de ceux qui prétendent que ces princes n'ont jamais eu aucune autorité dans cette ville que du consentement des papes, in-4'*, Paris, 1689, et Traité historique des monnaies de France, in-S*^, .-Amsterdam, 1692, p. 93-103; .A., de Longpérier, Deniers de Charlemagne trouvés près de .Sttrzana, dans \a Revue numismatique, 1868, II' série, t. xiii, p. 315-356; Ch. Piot, Le denier de Charlemagne frappé à Liège et le berceau de ce prince, dans Revue de la numism. belge, 1856, II' série, t. vi, p. 295- 300: de Ponton d'Amécourt, Monnaies de Charlemagne, dans Comptes rendus .Soc. franc, numism.-archéol., 1869, p. SI: P. Tonini, Denier -de Charlemagne portant la légende Florent, dans Revue numism., 1863, II' série, t viii, p. 124-130. II n'y a pas grand' chose h tirer de cette numismatique pour l'iconographie de Charlemagne; on peut toutefois, par acquit de conscience, consulter Cerexhe, op. cit., p. 127, n. 242, un profil à droite: n. 213. un profd A gauche, et 244. profil à droite: 245. variante; 216, denier d'argent des mines du Harz; 247, 248, provenant d'Arles; 249, 250, provenant de Duurstede; 251, provenant de Lyon; 252, provenant de Milan; 253, provenant de Rouen; '2m, provenant de Venise: 254, provenant de Trêves et comparer ces types : Lenormant, Monnaies et médailles, p. 212, flg. 100; Colson, dans Annuaire de la Société française de numismatique et d'archéologie, 1867; A. de Longpérier, Catalogue Rousseau. — ' Einhard, Vita Karoli, c. xxxi, dans Monum. Germ. hisior.. Script., t. il, p. 459, lign. 23, 28. Presque toutes les chroniques et les historiographes relatent la mort et la sépulture ;\ .\ix-l.a-ChapclIe, mais le détail de l'imago est particulier à Einhard. Cf. F. Clemen, op. cit., t. XI, p. 211, note 1, cite les textes contemporains

CHARLEMAGNE

de l'arc, un médaillon et l'opilaphc. Tout cela a disparu par suite des violations successives de l'église et du tombeau ». Un croquis qu'on peut voir au feuillet 236 du manuscrit coté 283 du Vatican (fonds de la Reine) est pure fantaisie et ne saurait rien nous apprendre -.

Les peintures du palais impérial d'.\ix-la-Chapelle qui comportaient des fresques d'un caractère historique devaient offrir également la figure de Charlemagne : Bcalœ Maria; virginis basilicam, quarn ibi sedificaverat, aura et argcnto,cunctisqus ornalibus ecclesiaslicis decenter adornmnl, veterisque et novœ legis hisloriis eam depingi fiissit, et palatium similiter, quod ipse juxla eam œdifiowerat. Bella namque, quœ ipse in Hispania devicil, et septeni libérales ailes inler cœtera miro modo in ea depicta sunl '. Le palais d'Ingelheim renfermait également un cycle de peintures et il est à peine croyable que l'empereur n'y fût

262'i. — Deiiier de Charlemagnc. Cabinet des médailles.

pas représenté. Ermoldus Nigellus nous en dit quelques mots' :

El Ciiroliis sapiens vullits pnrlendil aperlos Fertque cnronaittm slemntate rite eaput:

Hinc Saxoijd cohors contra stal, prœlia temptal, Ille jcrity domilat, ad sua jura Iraïut.

Si l'on en croit les Annales Laureshamienses, une fitatue de Charlemagne se voyait dans la cour du cloitre du'monastère de Lorsch avec' cette inscriiHiou ; KA- R(5lVS IMPERATOR IVSSIT CVBITVM ISTVWl FIERI IVXTA MENSVRAM SVAM, eu lettres argentées.

Tels sont, à notre connaissance, les monuments contemporains pouvant revendiquer une intention ico-

' Dès l'année SSl, les Annales Fuldenses, ad ann. SSl. dans Script., t. i. p. 3<I4. ligne 31, nous disent que U-s Normands wflsï«[jcn/ji/ et Aquense palaliitni. iibi in capclla refjis eqiiis suis stahuhtm jecernni ; voir d'autres textes dans P. Clemcn, op. cil., p. 212, note 1. — ' Abbitdung von Karis Grab und dem Aaclwncr Munster sœe. .\i\ , dans Arcliiu der Geseltscliaft fUr altère deutschc Geschiclilskunde, t. xii, p. 272. — ' Pseiido-Turpin, Historia Karoli Magni,c. xxxi, rédigée entre 1109 et 1119. De Tiirpin, ce récit a passé dans la Clironiquc dn moine Hélinand, cf. Tissier, Bibliotheca Cisterciensis, t. vil, p. 73; de h'i, dans celle d'Albéric des Trois-Fontaincs, Albéric, Clironica, dans Seriplores, t. xxiii, p. 718, etc., voir P. Clemcn, op. cit., p. 215, note 2; Janitschek, Studien zur Geschiclile der KaroUnijiscIten Malerei, in-S", Strassburg, 188j, t. il, p. 22- 21. — 'Ermoldus Nigellus, Cornien in ixonnrem Hhidoivici, 1. IV, vs. 279, dans Poète latini œvi caralini, t. il. Nous reviendrons sur le palais d'Ingelheim. — ^ Blàtter des rhristliclien Kunstiwreins der Diocèse ,Seld<au, t. xi, part. 3, p. 11; Hehvich. .Xntiquilates Laurisliaimenses seu chronoloi/ia mon. S. \uzarii Laurislmimensis; .loliannes, Res ^iof|untin., t. m, p. 30. Cf. .\. F. Falk, Gescliichtc des eliemaliqen Ktoslers t.orsclt, iii-0, Mainz, 1866, p. 161, note 13. — ' P. Clemcn, Die Portrdtdarstelhingen Karts des Grossen, dans Zeitseltrifl des Aaeliencr Gescliiclitsvereins, 1889, t. XI, p. 252. On trouvera dans Clcmen, op. cit., p. 251-271. un travjul assez minutieux sur les miniatures des manuscrits ayant la prétention de figurer Charlemagne. Cf. D. Macs, Les pnrirails de Cliarlemagnc, dans Con/ércnces de la Société d'art cl d'iiisloire du diocèse de Liège, 1890, t. m, p. 37-15; J. G. von Eekardt, [)issertalio de iinaqinibiis Caroli Magni et Carlonianni reguni rnmconmi, in--l'*,Luncb., 1719; G. Tambroni, Osservazioni sulla immagine dell'

nographique. Par contre, les miniatures des manus" crits ne paraissent rien oflrir qui mérite d'entrer en ligne de compte. Le ms. 2 de l'abbaye de Saint-Paul de Carinthie offre un Charlemagne de fantaisie qui n'est pas autre chose qu'un achemin ement vers le Charlemagne de convention, formidable et poilu, au chef branlant, au corps pesant, une sorte de burgrave magnifiquement ennuyeux. Autres portraits dans le ms. lat. 9654 de la Bibliothèque nationale à Paris et le ms. addit. d'Ayscough 5JJ 1 au British Muséum. Nous osons à peine mentionner deux caricatures contenues dans le ms. Ord. 1. 2 de la bibliothèque capitulaire do Modène « et le ms. Si de la bibliothèque grand-ducale de Gotha. ^

Nous ne pouvons nous engager dans cette étude de la déformation du type historique en vue de créer le type légendaire de Charlemagne. Devenu la proie des imagiers, le grand empereur souffre tout. Sous une couronne pesante et disgracieuse, armé de pied en cape, empêtré dans ses vêtements, embarrassé d'un sceptre, d'un globe, d'un écu, et, pour comble, recouvert dans cet attirail d'une chape liturgique, Charlemagne s'ankylose et se déforme au point de ne pouvoir pUis marcher ni remuer. Albert Diirer, si original cependant, ne trouvera rien de mieux que de parer comme une chasse cet homme simple et ennemi de la parure; Raphaël qui veut à tout prix rompre avec le Charlemagne barbon du moyeu âge, inventera le Charlemagne galant et donnera à l'empereur les traits de François I"^; Cochin nous donnera le Charlemagne sensible »; mais, ce n'est pas tout, et le grand homme aboutira à figurer le roi de cœur sur les cartes à jouer. Toute cette légende qu'on a bien voulu qualifier de poétique dépend du pseudo-Turpin, dont voici le texte " : El eral ' rex Karolus capillis ' brunis '°, facie rubeus", corpore deconis^' el venuslus ^' sed visu efjerus. Slatura vero ejas erat in longiludine " octo pedum '^ suontni '*, sciliccl qui erant tongissimi, amplissimi renibus ", ventre congruus ", bracliiis et " cruribus grossus, omnibus artibus forlissimus ", certamine doclissimus -' miles -■, acerrimus '-'. Habebat in longitudine faciès ejus unum palnuim et dimidium, et barba unum, et nasiis circilcr dimidium, et frons ejus

imperalorc Carlo Magno che trorasi nel museo crisliano delta bibliotheca Vaticana, dans Atli deW .iccademia romana d'archeotogia, 1823, t. i, part. 2, p. 217-250. —

- Ferd. Castets, Turpini Hisloria Caroti Magni et Rolliolandi, dans Publications spéciales de la Société pour Vétude des tangues romanes, ISSO; S. Cianipi. De vita Caroli magni et Rolandi historia; P. Clemcn, Die Portriildarstellungen Karls des Grossen, dans Zeitsclirijl des Anchener Geschichlsvercins. 1,89U, t. xii.p. 7, note 1. Dans les notes qui vont suivre, on donnera les variantes de divers manuscrits dont voici rénumération accompagnée du sigle abréviatif : Bibliothèque du Domgymnasium i Halbcrstadt = H, cod. 126; Bibliothèque capitulaire de Slagdebourg = Ma, cod. lat., 41; Bibliothèque de Munich, cod. lat., 11319; Polling IS = M 1, cod. lat. 22 246; Windberg 46 = M 2; cod. lat., 14617, Emmeran G. 1 = M 3;Biblioth. de l'Université de Cambridge, cod. lat. Dd I. 17 = C; Bibliothèque de l'université de Bâle, cod. lat. D. V. i5 (E. ni, 3) = B. — ' M 2; hic. — ' C : capillosus capillis brunis; Cianipi. manque. — "Montpellier, Bibl. ms. H. 2S1; birris. Ma, II : Beatus Carotus rex a proavis regibus oriundus erat capillis brunis. — "M 1 : rHfcen, Ma : rotundus.

— '= Ma : decens. — »' Ma : manque. — " B : longitudinem, Jla : manque. — " M 2 : pedibus. — " M 2 : manque. — " Ciampi : humeris erat amptissimis, renibus aptis. M 2. Ma : aptiis. ~ " Cianipi : conanio. — '• B : manque. — " Ciampi : forniosissimus. — " Ciampi : lortissinuis, M 2 : citocissimus. Ma : velox. — "Ml: nii/i(e. — " Ma... miles acerrimus, oculis inspieiebut, donis targissimus, judiciis reclus. Loculionibus loculentus multas terras ae diversas acquisivit et Clirisli nomini suhpigavit. Quant plurimas ecclesias cailiedrales et abbacias per mundum inslituit et solemniter ditavit.

erai unhis pcdis et ociili Iconini ' scintillantes ut carbunculus '. Svpcrcilia oculorum ejus dimidium palmum habcbant : onmis homo ' perterrilus eral ', quem ipse ' ira commolus apertis oculis respiciebal '. Cingulum ' namque ', quo ipse cingebalur, octo palmis exiensum ' habebatur '", prœter illud, quod dependebal"... Taniœ foitiludinis eral'^ quod mililem armatum ", scilicel inimicum suum, sedenlem super equum a verlice capitis usqiie ud bases simul cum equo uno '* ictu spata propria sceabat " qualiuor ferraturas equorum •' simul manibus facile " exlendebal; inclitem armatum recte " stanlem super palmam suam. a terra usque ad caput sola manu velociter elevabal.

Tel fut le Charlemagne du moyen âge, tel celui de l'Allemagne contemporaine : un Hercule.

VI. VÊTEMENT DE Charlemagne ". — Charlemagne porta toute sa vie le costume national des Francs qu'il préférait à tous autres. Vestitu patrio, id est Francisco, ulebatur. Ad corpus camisam lineam et feminalibus lineis induebatur; deinde tunicam, quae limbo serico ambiebatur, et tibialia; tum fasciolis crura et pedes calecamenlis conslringebul, et ex pellibus lulrinis et murinis Ihorace confeclo '" humeras ac peetus hyeme muniebat; sogo veneto amictus, et gladio semper accinctus,cuius capulus ac balteus aul aureus autargenteus erat. Aliquoties et gemmato ense ulebatur, quod tamen nisi in prsecipuis /estivitatibus, vel si quando exterarum gentium legati venissent ". Tel est le témoignage d'un familier de l'empereur. On voit d'ici le rude soldat vêtu comme un homme du peuple : une chemise et un caleçon de toile de lin ainsi que les bas. Les bas et le caleçon étaient retenus par des bandes entrecroisées, com.me sur la statuette de Metz. Une tunique bordée de franges de soie par-dessus la chemise, et, en hiver, un justaucorps en peau de loutre. Suivant la saison, des sandales ou des brodequins. Un ceinturon de métal et l'épée au côté. En tous temps, le manteau franc, blanc ou bleu de saphir, sorte de dalmatique, composée de deux pans tombant par devant et par derrière jusqu'aux pieds et échancrés à partir du genou =-. Ce grand manteau, aussi embarrassant que majestueux, avait été généralement délaissé par les Francs, depuis leur établissement en Gaule, et remplacé par la saie écourtée et multicolore, vêtement plus commode à la guerre, mais que l'empereur, tout en le trouvant plus pratique, ne porta jamais ; « A quoi bon ces petits manteaux ■? disait-il. Je ne puis m'en cou^Tir au lit et, à cheval, ils ne me gardent ni de la pluie, ni du vent. »

Aux jours solennels, Charles consentait à quitter son petit habit ; In feslivilatibus veste auro texta et

* Cianipi : oculi eius similes oculis leonis, — -H ; scintillanlibus ut carbimculiis; M 1 : carbunculi. — 'Bistatim.

— • B : slalim. — 'H : bealus Karolus. — « M 1 : asptciebal. — ' M 2 : cinguliis. — 'M 2 : itaqiw. — ' Ciairpi : exlensus.

— " B : extendebalnr. — " M 2 : prœter corrigias, quee pendebant. — " Ciampi : Hic jorliludine lanta eral. — "Ml: unum et armattim, M 2 : armatum et inimicum. — >' M 2 : solo. — " M 2 : Irucidnbal. — " Ciampi : quatUior equorum terros similitcr [sic]. — '• M 2 : leviter. — "Ml: rectum.

— "E. Bernheini.Das Verhcillnis der Vila Caroli Magni zu den soçjenannien Annales Einhardi, dans Historische Vierteljnhrschr., 1S98, t. ni, p. 161-180; Gabr. G. Bredow, Karl der Grosse, wie Eyinhard ihn beschrieben hal, die Légende ihn dargeslelU und Netierc ihn beurtheili haben, in-S", Altona, 1814; Ch. de Dalberg, Considérai ions sur le caractère de l'empereur Charlemagne, in-8°, Francfort, 1SÛ6; Eé flexions sur le caruclère de Charlemagne, dans Histoire de V.icadémie des inscr. et belles-lettres, 1818, t. m, p. 49-56; H. K. Dippold et C. F. G. Apelt.Dc /on/i6us historiée Caroli Magni et scriploribus cam iUuslrcmtibus commentalio hislorica, in-4'', Lipsiœ, 1808; A. Dûrrwâchter, Di'e Gesia Karoli \lagni der Regensburger Scottenlegende zum ersien Mal edierl und kristisch untersucht, in-S", BonD,1897; F. Lorentz,A'orb desGrossen Privât und

calecamenlis gemmatis, et fibula aurea sagum adstriiigcnle, diademate quoque ex aura et gemmis ornalus incedebal; aliis autem diebus Jiabilus ejus parum' a communi et plebeio abhorrebat ". Quant aux modes étrangères, il y répugnait profondément et il ne fallut pas moins que l'instance des papes Hadrien et Léon pour le décider à porter en deux circonstances le costume romain : Peregrina vero indunienta, quoml'is pulcherrima, respuebat, nec umquam eis indui patiebatur, excepta quod Romee semcl, Hadriano pontifice petente, et iterum Leone successore ejus supplicante, longa lunica et clamide amictus, calceis quoque Romano more [ormatis induebcUur ".

Sans songer ici à faire de l'anecdote toute la matière d'histoire ", il faut rappeler un récit du moine de Saint-Gall. Après la prise de Pavie, Charles, étant à Aquilée, vit un dimanche à la messe tous les courtisans vêtus d'étoffes brillantes achetées à des marchands vénitiens; la soie, les fourrures, les étoffes piquées et frisées, garnies de plumes de paon et d'oiseaux des îles, étincelaient sur eux. Le roi ne fit aucune remarque et, la messe achevée, sauta en selle et commanda une chasse. Il bruinait; toute la suite fut bientôt boueuse, trempée, les beaux vêtements balafres de raies rousses et vertes que cinglaient les branches d'arbres humides. Tout le monde rentra fourbu, grelottant, et le roi fit allumer un grand feu où il fallut se sécher tout habillé. La soie, les broderies, les plumes étaient devenues ce qu'on peut penser. Charles permit enfin de se retirer et pria la cour de revenir le lendemain avec les costumes qu'on allait quitter. Ce fut une mascarade. Le roi riait sous cape et, devant tous, fit apporter le justaucorps de peau de brebis qui l'avait couvert la veille, il dit à un valet : « Va le brosser et rapporte-le vite. » Le vêtement reparut solide et propre : « Eh ! eh ! dit Charles, quel est maintenant le plus précieux et le plus utile de nos habits? Est-ce le mien que j'ai payé un soi, ou les vôtres qui ont coûté des livres pesant d'argent? »

VII. Numismatique. — Pendant la durée de l'empire romain et du royaume mérovingien, on avait pu se convaincre des graves et prescjue inévitables inconvénients qu'entraînait la monnaie d'or. La corporation des monnayers,peu scrupuleuse, avait transformé un service public en un commerce privé et des plus lucratifs. Des essais tentés en vue de substituer l'argent à l'or avaient échoue sous les empereurs Aurélien et Constantin, et il semble que, dès lors, on ait renoncé à cette réforme, les ateliers monétaires, leurs directeurs surtout, ayant tout intérêt au maintien de l'état de chose et les empereurs, de plus en plus faméUques,

Hof-Leben, dans Historisch€sTaschenbuch,ÏS32,t. in. — =*Le moine de Saint-Gall, II, xvii, dit : pellicium berbicinum. — ^* Einhard, Vila Karoli, c. xxiii, dans Monum. Germ. histor., .Script., t. Il, p. 455. — " Moine de Saint-Gall, I, -xxxiv, dans Script., t. Ii, p. 747 : Ultimum habitas eorum eriit pallium canum net saphirium quadrangulum duplex, sic formalum est ul, cum imponeretur hunieris, anle et rétro pedes tangerct, de lateribus vero vix genna contegerel. Cf. P. Clemen, dans Zeitschrift des .\achener Geschichtsuereins, 1889, t. xi, p. 235, note 2. Le moine de Saint-Gall, loc. cit., p. 746, donne lui aussi sa description : Calceamenta forinsecus aurata, corrigiis tricubitalibus insignila, fascioiœ crurales vermiculatœ, et sublus eas tibialia vel coxalia linea quamvis ex codem colore, tanten opère cu-tificiosissimo variala. Super quœ et fasciolas in crucis modiun intrinsecus et exlrinsecus, ante et rétro, longissimœ illœ corrigiœ tendebantur. Deinde camisia clizana, post h^c balteus spate colligatus. Quœ spula primum vagina, secundo corio qualicumque tertio linteamine candidissimo cera lucidissima roborato ita cingebatur, ut per médium cruciculis eminenlibus ad pcremptionem gentilium duraretur. — ^ Einhard, Vita Karoli, c. xxiii, dans Script., t. ri, p. 455. — " Ibid., c. xxiii, p. 455. — "Pr. Mérimée, Chronique du temps de Charles IX, intrcd. Je donne d'ailleurs l'anecdcte pour ce qu'elle vaut.

CHARLEMAGNE

étant disposés à tolérer des abus dont ils tiraient une compensation en argent comptant. Les rois mérovingiens — comme d'ailleurs presque tous les rois d'origine barbare — avaient maintenu l'organisation impériale, principalement en matière d'impôts et de finances. Cependant, vers la fin de la période mérovingienne, on commence à remarquer l'apparition de deniers d'argent (saigas) en nombre croissant; mais c'est surtout à partir de Charles-Martel et de Pépin, après que ce dernier fut proclamé roi, qu'on vit prendre des mesures efficaces. Pépin abolit d'abord la monnaie d'or et supprima ensuite le monopole de la corporation des monnayers. Bien que le texte même de la décision prise par Pépin ne nous soit pas parvenu, le sens n'en est pas douteux et il se trouve confirmé par le fait que les monnaies de ce prince sont

2623, 2620, 2627. — Monnaies de Charlemagne. Première période, 768-781. Cabinet des médailles.

exclusivement frappées en argent ' et par une disposition du concile tenu à Reims, en 81.3, dont il sera question plus loin.

Les monnaies sont des deniers et des demi-deniers ou oboles. Entre toutes les monnaies frappées par les carolingiens, quelques difficultés se présentent lorsqu'il s'agit de déterminer les pièces appartenant à Charlemagne. On connaît un nombre considérable de'dcniers offrant, au droit, le nom de CARO LVS, disposé en deux lignes horizontales ; au revers, les lettres R F ' ou im nom d'homme ', ou bien un nom de lieu ', ou bien encore un monogramme ^ Il

' M. Prou, La livre dite de Charlemagne, dans les Mémoires de la Soc. nul. des anliq. de France, 1893, t. liv (VI' série, t. IV), p. 259 sq. : « En fait, les deniers carolingiens ne sont pas d'argent pur; des analyses faites au xvin» siècle ont établi qu'ils étaient à 0,058 de loi, c'est-;Vdire fabriqués avec de l'argent de la qualité de celui qu'on appellera plus tard argent le roi; mais, légalement, les deniers étaient d'argent pur; les capitulaires reviennent sans cesse sur la nécessité de fabriquer des deniers sans alliage. Capitul. Reg. Francor., édit. Boretius, t. i, p. 74, 152. 285; t. il, p. 301, 312; Charles le Chauve interdit même le commerce de tout argent allié. Édit de Pitres, c. xxiii, dans Capital,. édit. Boretius, t. ii, p. 320. Sidonc les deniers carolingiens ne sont pas purs, la cause en est dans l' insuffisance des moyens dont on disposait alors pour épurer le métal, ou bien c'est le résultat d'une fraude; mais les monnayeurs honnêtes croyaient livrer au public des deniers d'argent pur; les deniers qu'ils fabriquaient étaient au même titre que le lingot d'argent dans lequel ils avaient été taillés. ■ — * Gariel, Les monnaies royales de France sons la race carolingienne. 2" partie, pi. v, n. 1, 2. — * M. Prou, Les monnaies carolingiennes, in-8', Paris, 1896, n. 7. — ' Ibid., n. 56 sq., n. 84, 85, 95, 96, 100, 112, 143, 144, 214, etc. — 'Ibid., n. 931, 934, 940.— ' Ibid., introd., p. v. — ' Ibid.,

n'est pas douteux que ces deniers appartiennent à Charlemagne et ne soient les premiers qu'il ait émis; leur ressemblance avec les deniers de Pépin suffit à le prouver. Sont-ce là les seules monnaies qu'on doive attribuer à Charlemagne roi « "?

Il existe une importante série de deniers marqués du monogramme de Karolus ou Carolus et divisée en deux groupes dont l'un porte la légende circulaire CARLVS REX FR ', l'autre la légende GRATIA DEI REX, autour du monogramme susdit. Le premier groupe est le plus ancien, mais doit-il être attribué à Charlemagne ou à Charles le Chauve »? L'attribution à Charlemagne est historiquement probable. En effet, ce prince a fait frapper des monnaies au monogramme avec la légende CARLVS REX FR(nncorum) et au revers ET LhNC{obardonim) AC PAT(r;c(us) ROIVI(a;!o/-um) ', complémentaire de la légende du droit; lui seul a pu prendre de tels qualificatifs. Le denier que nous venons de citer est exceptionnel; le type ordinaire présente, d'un côté, CARLVS REX F R, et de l'autre, le nom de l'atelier. Or, parmi les pièces de ce type, il en est qu'on ne peut attribuer qu'à Charlemagne ">, non pas toutes cependant, car il est possible que Charles le Chauve l'ait repris dans ses ateliers; ce point est même probable". Il est difficile de dégager les caractères propres aux deniers qui, en toute certitude, appartiennent à Charlemagne; tantôt, le monogramme commence par un C tantôt par un K; VO central est parfois muni d'un chevron, de façon à former un A, et parfois il en est dépourvu; enfin, la légende CARLVS REX FR n'entoure pas constamment la croix; il arrive qu'elle est gravée à côté du monogramme. C'est seulement dans leur aspect général que les deniers de Charlemagne ont entre eux une certaine ressemblance.

L'adoption du monogramme est postérieure à la conquête du royaume lombard, en 774; c'est en Italie que ce type a été inauguré; un denier de Trévise, se rattachant au premier système monétaire de Charles, porte déjà le monogramme Karolus^-, composé à l'imitation de celui qui sert de souscription aux diplômes" (flg. 2G25-2627).

Depuis son avènement jusque vers 774, Charlemagrffe continua le système monétaire de Pépin, peutêtre en modifiant légèrement les types. ■• Si l'on veut déterminer l'époque à laquelle Charlemagne a adopté son second type monétaire, il convient de ne pas oublier qu'en règle générale à un changement^deJtjTîe correspond un changement dans le poids et le titre des monnaies. C'est bien le cas pour Charlemagne, car les

n. 30, 33, 40, 41, 62, 688, 791, 800, etc. — ' L. de Coster, Restitution de quelques monnaies à Charlemagne, dans Revue de la numismatique belge, 1852, IP série, t. il, p. 369, attribue à Charlemagne les quarante-cinq deniers ou oboles trouvés à Duurstede; de même Engel et Serrure, Traité de numismatique du moyen âge, t. i, p. 222. — ' M. Prou, Les monnaies carolingiennes, n. 896. Ce sont les titres qu'il porte dans' la souscription de ses, diplômes. Giry, Man. de diplomatique, p. 718.Î — '" il. Prou, op. ci/., introd., p. vu, viii. — ^* Pour la discussion minutieuse, nous ne pouvons que' renvoyer ù M. Prou, op. cit. — ''^^' M. Prou, Les monnaies carolingiennes, p. i.\, n. 911 ; Engel et Serrure, Traité, t. I, p. 213. — ^"En cela les monétaires italiens se rattachaient à leurs anciennes pratiques, puisque le monogramme cruciforme du nom impérial figure dans le champ de certaines monnaies : deux bronzes de Justinien I" (527-565), un bronze de Maurice Tibère. Sabatier, Monnaies byuintines, pi. xvii, n 18, 19; pi. xxvi, n. 20. Sur les /oUis de Tibère .\bsimare f698-705), monogramme cruciforme de son nom n'est pas le typ-' principal, mais il est placé audessus de l'indice M, Sabatier, .Monnaies byzantines, pi. xx.xviii, n. 5, 3, 7; de même sur une monnaie de Lé.m l'Isaurien (716-741). Sabatier, .Vfomiaies byzantines, pi. XXXIX, n. 13.

CHARLEMACxNE

monnaies du second type sont notablement plus pesantes que celles du premier '. » La démonétisation des espèces en cours eut lieu en 781, ainsi que l'atteste le chapitre ix« du capitulaire rendu cette année-là à Mantoue : De monela. VI nullus post kalendas augusti istos denarios quos mndo habcre visi sumus dare audeal aui recipere; si qiiis hoc fecerit bannuin noslrum componal^. Ainsi, à partir du 1" août 781', le ban royal, c'est-à-dire une amende de soixante sous, frappera ceux qui continueront à faire usage des anciens types. Comme on ne connaît, pour Charlemagne roi, que deux types monétaires, on est fondé à croire que le capitulaire de Mantoue a aboli les

2628, 2629. 2630. — .Monnaies de Charlemagne. Deuxième période. 781-800. Cabinet des médailles.

deniers portant CAROLVS en deux lignes. En 794, un capitulaire de Francfort qualifie de « nouveaux » les deniers au monogramme : De denariis aulem certissime sciatis nosirum ediclum quod in omni loco, in omni civilate et in omni emplario simililer vadani isti novi denarii et accipianlur ab omnibus, si autem no~ minis nostri nomisma habent et mero sunl argenlo, pleniter pensantes '. Les récalcitrants qui refuseront ces nouveaux deniers paieront quinze sous s'ils sont hommes libres, seront fouettés nus au pilori s'ils sont esclaves. Le mot nomisma isolé ne signifie pas monogramme, mais on ne saurait assigner à l'expression nominis nostri nomisma d'autre sens. On a fait difTiculté de cette qualification, appliquée de nouveau. en 794, à un type datant de 781. Il ne sert pas à grand' chose de retarder jusqu'en 787 le capitulaire de Mantoue, et ce n'est de même qu'une piètre explication que celle qui suppose ses décisions applicables à la seule Italie. Il est peu vraisemblable que Charlemagne ait maintenu une dizaine d'années en France un type aboU par lui en Italie. Ce qu'en 794

• M. Prou, Les monnaies carolingiennes, in-S", Paris, 1S96, p. vin. — ' Capitul. Mant., c. ix, dans Ccipitaîaria regum Francorum, édit. Boretius. t. i, p. 101. Cl. A. de Barthélémy, Les monnaies de Charlemagne, dans .\. Vétault, Charlemagne, in-S», Paris, 1S77, p. 487-501, a groupé utilement les textes législatifs de Charlemagne relatifs aux monnaies. — ^ La date du capitulaire peut être fixée en 776, 7S1 et 787, mais 781 est plus probable. CI. Pertz, Leges, t. i, p. 40; Boretius, t. i, p. 190. .\ cette date de 7S1, la réforme n'était pas encore accomplie en Gaule, puisqu'on possède im denier de Clermont, au nom de Louis, fils de Charlemagne. qui ne fut roi d'.\quitaine qu'en cette année 781. C'était, en tous cas, les dernières ïrappes d'un type sur le point d'être aboli. — ' Capit.

on qualifie de < nouveau » ne vise pas une frappe récente mais une distinction durable entre un tj^je ancien et aboli et un type nouveau.' Ilfaut songer qu'au viii= siècle, il était difficile qu'une ordonnance, si formelle qu'on la rédigeât, fût immédiatement exécutée; dans la pratique journalière, les anciens deniers demeurèrent en usage longtemps après leur'dèmonétisation et concurremment avec les deniers au monogramme.

Ainsi, la réforme monétaire date'de 781 et fut inaugurée dans les ateliers d'Italie, d'où elle dut s'étendre à la France.

L'émission des deniers, avec la légende CARLVS REX FR, peut être continuée après l'an 800. Les deniers avec le nom de Charles comme empereur sont rares, mais assurés lorsqu'on lit la légende DN KARLVS IMP AVG REX F ET L, autour.du buste, et au revers un temple tétrastyle à fronton triangulaire surmonte d'une croix, entouré de la légende XPIC- TIANA RELIGIO-, figuration sommaire de la basilique de Samt-Pierre de Rome et du couronnement impérial du 25 décembre 800 (fig. '2628-2030).

Il faut enfin donner à Charlemagne les deniers de type et de style conforme à celui qui vient d'être décrit, mais portant la légende simpUflée : KAROLVS IIVIP AVG = ou bien KARLVS IMP AVG '.

VIII. Ch.\elemagne a .\ix-la-Chapelle. — Aux époques gauloise et gallo-romame, Aix était déjà réputée pour ses eaux, mais une ruine à peu près complète parait avoir succédé à cette période florissante, et ce n'était plus guère, au viii= siècle, qu'un vaste domaine rural appartenant à la famille d'où sortiraient les Carolingiens.

En 765 et 766, Pépin fait quelques apparitions dans son domaine d'Aqua: Granni qui va devenir le lieu de résidence préféré de son fils Charles. Celui-ci, pendant les trente-cinq dernières années de sa vie, séjourne à Aix chaque fois qu'il n'en est pas empêché par les nécessités du gouvernement; c'est principalement l'hiver, depuis la Saint-Martin ou depuis la Xoël jusqu'à Pâques, que Charlemagne s'établit à -Aix. Peut-être sa santé trouvait-elle quelque avantage dans l'emploi des eaux thermales^'.

Il ne semble pas que Charlemagne ait songé à créer une ville, mais simplement un palais, palatium, avec sa basilique dédiée à la Vierge, basilica quam capellam vacant. Peu de monde, point d'agglomération urbaine autour de ces bâtiments, tout au plus un village, viens, tel est le nom qu'emploie encore Einhard pour désigner cette bourgade après la mort de Charlemagne '; ce n'est que bien plus tard, aux xii<' et xiii« siècles, qu'on emploie le mot civitas. Mais si le bourg avoisinant n'avait guère d'importance, le palais n'en était que mieux fourni, puisqu'il devait suffire à loger la cour impériale, le service, et, à certains jours, les prélats et leur suite, convoqués pour tenir des synodes, ou encore les officiers mandés pour siéger dans des assemblées politiques. Des cérémonies du genre de la proclamation de Louis le Pieux, en 813, ou les funérailles de Charlemagne, en 814, requièrent une installation vaste et un personnel nombreux.

Franco/iirt., c. v, édit. Boretius, 1. 1, p. 74, n. 28. — ' JI. Prou, op. cil., p. XI, n. '.182. — « llnj.. n. 9S1. — ' Ib:d., n. 983. — • C'est ce qu'affirme un diplôme apocrj-phe qui va jusqu'à prétendre que les débris des établissements romains furent découverts par Charles au cours d'une partie de chasse. Ce diplôme, dépourvu de date et de signature, nous est parvenu sous la forme d'un double vidimus confirmatil émanant l'un de l'empereur Frédéric I" en 1166, l'autre de l'empereur Frédéric II en 1244, dans Goldasl, CoUectio constitntionum imperialiitm, t, ii, 1713, p. 6. Ce même document rapporte que la fondation du prc, mier établissement tliermal remontait au frère de Néron- Grannus, d'où rétjTnologie de Aquie Granni. — 'Einhard, Translalio sanetor. Marceltini et Pelri,c. xxvii, xxvrn.

CIIARLEMAGNE

Est-ce une capitale que Charlemagne entendait fonder à Aix : sedes régis, sedes regia? On pourrait le croire. En effet, cette expression est employée dans les Annales majores de Saint-Gall ' et dans un diplôme qui a pu être rédigé vers 1166 ^. On y parle de la sedes regia de Charlemagne, placée dans la basilique fondée par lui. Aix reçoit à cette occasion le nom de capitale de la Gaule au nord des Alpes, capiil Galliœ trans -4/pes, spécialement affectée à l'intronisation des successeurs, héritiers du royaume, ul in ipsa sede reges successores et bercdes regni iniliurmliir, pour être sans opposition investis à Rome de la dignité impériale, et dehinc imperaloriam majcslaiem, Romœ, sine ulla interdictions exequerentur. Cette préoccupation, bien qu'elle se manifeste ici dans un document du xii" siècle ne semble pas étrangère à la pensée qui détermina les premiers rois de la maison carolingienne à se faire

titulaire, un prétendu droit à l'empire, en vertu d'une théorie dont les données sont formulées dans le diplôme attribué à Charlemagne, vidimé et confirmé en 1166 et en 12-14 '. On trouve dans ces textes la théorie germanique de l'identité du regnum Germanicum, seu Theutonicum, et du regnum de Charlemagne, dont les princes de race germanique se prétendaient les héritiers et successeurs : théorie greffée sur les prétendues institutions du fondateur comportant expressément l'initiation du nouveau souverain, c'est-à-dire son élection et son couronnement royal à ALx, sedes regia, caput regni, avec l'obligation incombant au pontife de lui donner en conséquence, et sans qu'aucun empêchement y pût faire obstacle, la consécration impériale à Rome. Telle est la théorie à la date de 1166 K

La basilique élevée par Charlemagne (fig. 2631) à

2631. — l'açade et côté de l'église du Dtjme d'Ai.v-Ia-Cliapelle. D'après Zeitscln-ift d. Aachener Gescfiichtsi^ereins, 188G, t \iii, pi. 1 et "2.

couronner à Aix, par exemple : Louis le Débonnaire, en 813, Lothaire, en 817. Vn contemporain de Charlemagne, Angilbert, confirme cette vue lorsque, au sujet des travaux entrepris à Aix, il qualifie cette petite bourgade : Roma secunda '. Cette condition de sedes regia ira s'accentuant de plus en plus pour le palaliitm, principalement sous Louis le Pieux.

l'eu à peu, Aix-la-Chapelle se vit déposséder. Après Lothaire I", intronisé en 817, aucun prince carolingien n'est plus élu ni intronisé à Aix. Othon I"' renoue la tradition et désormais élection et couronnement ont lieu ù Aix, dans une cérémonie qui crée, en faveur du

'Pour une partie datant de 1073. — = C'est le diplôme dont nous avons parlé déjà. — » .\ngiibert, Carmen de Ciirolo magno, dans Moniim. Gcrm. Itislor.. Scriplores, t. it, p. 39L

— ' Goklasf, Cnlleclio consliliiliomim imperialium, 1713, f. il, p. n. — > A. Prcist, Aix-la-Cluipelle. Elude, sur le nom de cette idlle, dans les Mémoires de la Soc. nat. des antiq. de France, 1800, série VI'. t. ii. p. 263. Dès le KW siècle, les élections deviennent rares .'i Aix, la dernière qui s'y fit semble être celle de 1217; l'usage du couronnement y persiste. En 1356, la bulle d'Or transtùre le droit élor.tit :\ Francfort, le couronnement continue néanmoins à .\ix jusqu'en 1531. A partir de 15(>2, Aix se résigne :'i expédier pour chaque couronnement sous bonne garantie et contre reconnaissance de son droit les ornements du sacre.

— " Fr. llaagen, Gescliichle Ancliens Don scinen AnffUKjen tas zur neueslen Zeil, '2 vol. in-8", .\achcn, 1S73; Jubilum solemnissimum eccïcsiœ rcg. h. Virg. Tilarliv Aquisrjrani a b. Carolo magno ercclœ cl futidalw, a t.eone III pont, moj:..

Aix-la-Chapelle, et dédiée à la Mère de Dieu, offre un intérêt tout à la fois historique et artistique °. Les travaux commencés en 796 ' furent menés rapidement, puisque la dédicace eut lieu en 80-1. On a dit et répété, avec raison d'ailleurs, que cet édifice avait été copié et mal copié sur la rotonde de Saint-Vital à Ravenne, laquelle fut même dépouillée d'une partie de ses plaques de marbre destinées à aller orner la chapelle impériale; ce qu'il faut noter, c'est l'introduction en pays rhénans de ce type de construction hellénistico- orientale de la famille des marlyria à plan central, si fréquents en Syrie et en Asie-Mmeure '.

consecralœ ac dedicatœ, in-fol., Leodii, 1701; Clir. Quix, Historische Beschreihung der Miinslerkircfte and der Hciligthums Fahrl in Aachcn, in-S", Aachen, 1825; GeschiclUe der Sladt Aachcn, nach Quellcn henrhcitct mil einem Codex diplomalicas Aqucnsis, 2 vol. in-4'\ .\achen, 18-10, 1841; C. Rhœn, Die Kapelle der Karolint/isclien Pjalz zu Aachen, dans Zeil.schrift des Aachen. Gcschichtsvercins, 1886, t. vin; C. Rhœn, Die Karolingisclic Pjalz zu Aachen, eine lopographisch-archa'olog. Vntcrsachang ihrer l.iige und Bauwerke, in-S», Aaciien, ISflO; C. Rhœn. Di'c allcrc Topographie der Sladt Aachen. in-S". Aachen, 18'.tl ; Reber, Der karolingische Palaslbau, in-t", Miùichen. 18'.>2. - - ' Sur la date 796, cf. C. Rhœn, Die Kapetlc der Karolingiscticn Pjalz zu .Aachen, dans Zeitschrijl des Aachcncr Geschichlsnereins, 1SS6, t. VIII, p. 15, note 2. On ne peut renvoyer à une étude plus complète, phis niètliodiquc et plus minutieuse que celle-ci, p. 15-96 et pi. i, ii. — " Ch. Diehl, Manuel d'art hyzanlin, in-8", Paris, 1910, p. 363.

CIIARLEMAGNE

Les dépouilles amenées de Ravenne à Aix-la-Chapelle ont porté malheur à l'église du Dôme. Non seulement le temps a beaucoup détruit, mais les restaurations ignorantes, et surtout les restaurations trop savantes, ont complété l'œuvre du temps et^dénaturé en partie la construction primitive, lui enlevant son cachet ancien et, par le fait, une bonne part de sa valeur documentaire. Il a fallu une ardente et un peu paradoxale protestation ' pour ramener sur la seule œuvre monumentale encore intacte de Charlemagne l'mtérêt scientificiue et esthétique qui s'en étaient détournés.

Passant en revue les différents spécimens d'art ancien qu'on conserve dans le Dôme, on s'aperçoit que leur provenance, comme le plan lui-même de l'édifice, est orientale. Le prétendu loup de bronze n'est pas une œuvre romaine, c'est une œuvre orientale et ce loup est une ourse; la fameuse pomme de pinTest d'origine syrienne et chrétienne =; les bas-reliefs de la chau-e sont des ivoires coptes et gnostiques '. Cette célèbre chaire est bien connue. Recouvert entièrement de plaques en or massif, ce monument du moyen âge porte dans ses aileâ latérales six bas-reliefs d'ivoire assez mal ajustés et d'un caractère étrange, à l'occasion desquels les archéologues ont pris et gardé depuis longtemps l'occasion de déraisonner d'une façon plus étrange encore que tout ce qu'on pourrait attendre '. Nous aurons bientôt l'occasion d'étudier ces plaques d'ivoire (voir Copte, art), dans lesquelles, au lieu de découvrir un credo gnostique, nous ne voyons que des sujets dépareillés, que le hasard des dimensions semblables a fait choisu- et rapprocher.

Avant de quitter Aix-la-Chapelle, mentionnons-y

'J. Strzygowski.Dc; Dom zuAochen undseine Enlslelliing. Ein Prolèst, in-S», Leipzig, 1904 : « Personne n'a le droit, écrit l'auteur, de porter la main sur une œu^Te que son âge, son origine illustre ou sa valeur artistique rendent vénérable. Faudra-t-il alors, objectera-t-on, laisser s'écrouler les églises sur la tête des fidèles? Non [Mais il y a une différence essentielle entre l'acte de pourvoir à une nécessité urgente et la restauration entendue dans le sens où l'ont comprise les architectes rhénans. Ils ne se contentent pas de rétablir scrupuleusement et scientifiquement le caractère primitif de l'édifice; ils veulent faire œuvre de composition et montrer leur propre talent. Il est vrai que dans bien des cas on manque de documents certains : par exemple, pour la façade du Dôme, pour l'atrium, pour la mosaïque et pour les incrustations, mais alors, qu'on s'abstienne d'y toucher de peur de falsifier fliistoire. Un monument est un document historique comme une ch.arte ou une inscription, et il n'est que cela. Restaurer dans le sens de rétablir des parties disparues est, du reste, une chose impossible ! Comment un artiste pourra-t-il créer une œuvre dans un style absolument concret, dans le style de tel pays, de telle ville, de tel maître, sans forcer son talent et fourvoyer sa personnalité? Que la • restauration », cette infâme création du XIX' siècle, soit maudite !» — ■ Nous avons déjà parlé de pommes de pin en bronze, voir Canthare, t. il. col. 1961. — ' J. Strzygowski, HcUcnistische imd koptische Kimsl in Alexnndria, dans Biillelin de la Sociélc nrchéologiquc d' Alexandrie, Vienne, 1902, n. 5, p. 17-71, pi. m. — ' E. Forster, Denkmdler deiilscher Baul.unst. t. i, Bilancrei, 1855; Garrucci, dans Cahier et Martin, Mélanges d' archct^lngie, 185e, t. IV p. 282 sq ; E. Aus'm Weerth, Kimsklenkmâler des christlichen Millelalters in den Bheinlanden^ 1866, t. i, pi XXXIII, 3-9; t. II, p. S3-89; C. Friedrich, Die El/enbeinrelicfs an der Kanzel des Dnmes zn Aachen, 1883, p. 23 sq. ; E. Dobbert, dans Reperloriiini /jir Kiinstwissenschaft, 1885, t. VIII, p. 183; puis encore Liibke, Westwood, F. von Quast, Portheim, P. Clemen, dans Zeitselirift des Aachener Geschichlsiiereins, 1SS9, t. xi, p. 250; A. Venturi, Sloria deW nrle ilalinna, in-8", Milano, ll'Ol, t. t, p. 531. — = J. H. Kessel et K. Rt.œn, Beschreiiting iind Gcschii'hte der Karolingischen Pjal: zu Anehen, dans Zeitschri/I des Aachener Gesehiclilsvereins, 1881, t. m p. 1-96, pi. i-ii. — « P, Clemen, Die Portràldarstellitngen Knrls des Grossen, dans Zeilschri/l des Aachener Geschichtsvereins, 1889, t. xi, p. 214-217. — ' Fritz Berndt, Der Sarg Karls des Grossen, dans Zeitschrift

le palais impérial ^, dont quelques substructions ont été retrouvées, notamment un triclinium à trois absides. Dans ce palais, pseudo-Turpin nous apprend qu'on voyait bella quœ ipse (Carolus) in Hispania devicil, cl seplem libérales artes inter cxiera miro modo in ea depicia °. Le palais d'Aix, bâti vers 798, eut probablement celui de Ravenne pour modèle : il est possible de s'en faire une idée, à condition de ne pas trop préciser, à l'aide des rares vestiges que les archéologues locaux ont découvert^, commentés avec science et réédifics avec trop d'ingéniosité parfois. Le plan était vaste, car les logements d'une cour nombreuse réclamaient beaucoup d'espace. Au centre se trouvaient les appartements hnpériaux, la salle de réception, les thermes. L'ne grande aile renfermait l'école, la bibliothèque, les archives et réunissait la salle à la chapelle. Mais l'empereur allait directement à l'église par une galerie couverte qui s'écroula subitement le jour de r.\scension 813. D'après le Moine de Saint- Gall, les logements des personnes de la cour étaient disposés alentour, de telle sorte que Charles pîtt voir de sa terrasse tous ceux qui y entraient ou qui en sortaient.

Rappelons seulement le sarcophage antique figurant l'enlèvement de Proserpine, dans lequel fut déposé, après sa mort, le corps de Charlemagne; ce sarcophage existe encore '.

Un autre palais impérial à Ingelheim ' offrait également une décoration et des bâtiments dignes de provoquer de nouvelles études sur ce sujet, si délaissé en France, de Charlemagne bâtisseur, lequel, au dire d'Einhard, plurima diversisinlocis inctioavil qusedam eliam consummavit. Le palais de Nimègue mériterait lui aussi une étude '.

des Aachener Geschichtstvereins, 1881, t. m, p. 07-118, et planche. — • P. Clemen. Der Karnlingische Kniserpalast zn Ingelheim. dans \yestdeulsche Zeitschrill fiir Geschichte und A'iinsf, 1890; Le même, Der Pahisl Karls des Grossen in Ingelheim. dans Allgemcine Zci/uni?, 1889, Beilage,2G9; Von Co hausen. Zirei Bestain-ationen vcrsuche der Feslhalle in dem Kaiserpal. zn IngeUieim, dans .Inrhbiieher des Vereins von Allerlhnms/reunden. t. xx, p. 1 10; P. Clemen, Der Bilderkreis der Pfalt zii Ingelheim, dans Zeitschrift des Aachener Geschichlsrereins. 1889, t. xi, p. 218-222. — ' Cf. G. Cumont, le palais de Charlemagne à Ximégne, dans .'innales de la Snciété archêolngiqnc, Bruxelles, 1895, t. ix, p.296-297; H. Platt, Ximwegen; ein kaiserl-Palast Karls des Grossen in den \'iedertanden, dans Deutsche Rundschau, 1895, t. xxii, p. 117-132. Cf. Jahrbiich. Verein. Alterth. im Rheinlande, 1896, t. xcix, p. 262-263; G. Rint, dans la Biblioth. de V École des chartes, 1896, t. i.vii p. 718-721. Sur le palais impérial de Niraégue, tout ce qu'on peut dire de certain et de probable a été dit par K. Plath, Ninurcgen. Ein Kaiserpalast KarVs des Grossen in den \iederlanden, dans Deulsehn Rundschau, 1894 et s. I. n. d., in-4°. M. G. Riat, dansBiblioth.de l'École des chartes, 1896, t. Lvii p. 719- 721, a résumé au mieux ce qu'on peut en retenir, Nimègue, belle position stratégique remarquée et occupée tour à tour par les Germains et les Romains qui y furent battus par Clovis. Charlemagne y construisit un palais, qui résista â une invasion normande, fut remanié et occupé jusqu'en 1794, date à laquelle il fut détruit en partie et aliéné. ■ Il en reste une chapelle, octogonale ;■! l'intérieur et ;^ seize pans au dehors. Malgré les remaniements et les réparations, elle se présente comme une œu\Ted'une simplicité extrême et comparable pour la beauté ;\ l'église d'.^.ix-la-Chapelle. On a longtemps discuté sur fâge de la chapelle; elle était du III' ou du IV siècle pour de Betouw, du viii* siècle d'après Oltmann, et Georges Huniann la classait parmi les édifices romains. Des fouilles récentes conduites avec zèle ont mis à découvert les fondations : œu\Te carolingienne, amorcée en partie sur des décombres romains, après une destruction certaine, mais dont la date reste indéterminée. Celte attribution a été corroborée par l'étude attentive des piliers, socles et chapiteaux, dont les débris multiples couvraient le .sol et des témoigmages écrits de l'histoire. D'où il appert que ce monument a été construit avant la chapelle palatine d'Aix, dans les premières années du règne de Charlemagne, aux environs de 777. ■

CHARLEMAGNE

Les reliques des saints avaient au ix= siècle, aux yeux des fidèles, une vertu si grande et un prestige si intact, que Charlemagne ne pouvait manquer de glorifier la chapelle impériale par la présence de reliques nombreuses et fameuses. Nous ne pouvons songer à entreprendre ici l'histoire du trésor des reliques royales dont nous avons déjà entrevu quelques aspects à l'occasion de la Chape de Saint-Martin. Voir ce mot. Il }■ aurait à suivre les destinées de l'ancien trésor des reliques de la chapelle des rois mérovingiens, à rechercher les pertes et les accroissements qu'il eut à subir par voie d'acquisition, de donation ou d'échange; encore un sujet curieux, connexe à celui de la chapelle royale et que nous indiquons avec l'espoir de provoquer sur lui l'attention '.

Aujourd'hui, le trésor du Dôme d'Aix-la-Chapelle, bien qu'un peu déchu, sans doute, de ses richesses du ix' siècle, conserve quelques monuments très anciens et de véritables joyaux d'orfèvrerie. \ l'occasion du «Talisman », nous allons rappeler quelques donations qui ont appauvri d'autant ce qui restait du trésor primitif '. Il serait peut-être possible, encore aujourd'hui, de reconstituer en partie l'inventaire et la description des reliques et reliquaires de l'empereur ^ Un « authentique » sur parchemin a été heureusement conservé. Voir Reliques.

Parmi les pièces conservées au trésor du Dôme, nous n'avons à signaler, comme contemporains de Charlemagne, que trois reliquaires du ix'' sitcle, avec un doute pour le troisième. Ce sont :

1" Reliquaire de Sainl-Élicnne. — Coffret en or, de forme rectangulaire, surmonté d'un toit aigu. La feuille métallique est très mince. La forme lourde rappelle les châsses de reliques d'Agaune ou de l'époque mérovingienne. Le fond est presque entièrement recouvert par des cabochons, jetés à poignée, gros et petits, ronds, carrés, ovales, rectangulaires, montés en hâte, sans goût, sans art. C'est riche et c'est laid; cela ressemble assez à une carapace. Au sommet, on a ajouté beaucoup plus tard une crite de même styk*.

2° Corne d'ivoire eu oliphant. — Une ilent d'éléphant en son entier, arrondie aux extrémités et taillée à pans dans le sens de la longueur. Le contour du pavillon est décoré d'animaux sculptés en faible relief. Au moyen âge, on lui adonné une monture en or avec les inévitables cabochons.

' F. Agricola, Traclalus oilho<lûxus de sunctorum sacris retiquiisy in honorem qiiidem omnium sacrartini reliquianim, noniinutint vero illariim fjuas Aquenscs pia induslria d. Caroli Mngni, in-8», Coloniœ Agrippin;e, 1881 ; Barbier de Montault, Le Ircsor du Dôme d' Aix-la-Chapelle, dans le Bulletin monumental. 1877, série V», t. v, p. 209-239, 401- 438; N.-J. Cornet. Les saintes reliques d'Aix-la-Cluipelle, dans Le monde, Liège, 1860; Didron, dans les Annales areht'ologiques, 18G0, t. xx, p. 5-6; Epistola de sanctorum reliquiisquœ hoc anno 1608, a die 10 fulii ad 2J efusdem, in urbe ac sede regia Aquisgrano, populo chrisliano ostendnntur, in-I6, Aquisgrani, 1608; Fr. Haagen, Die Metallwerkc der ungariselien Kapelle im Aaehener Miinsterschatze, dans Zeilschriji des Aaehener Gesehichtsvereins, 18P2, t. xiv, p. 54-71 ; H. Kelleter, Eine neue Quelle des .\ni Jahrhunderts zur Ceschichte der Aaehener Reliquienschreine und der darin hewahrten Heliquien, dans même revue, 1892, t XIV, p. 234-242; A. Martin et C. Cahier, Mélanges d'r.rthéologie, d'hisloirc et de littérature, in-4", Paris, 1847, t. i; nierinage aux reliques d'Ai.t:-la-Chapelle, dans la Revue catholique, Louvain, 1848, série II', t. i, p. 373-38."}, 425-432; Relies at Ai.x-la-ChapeUe, dans Clirist. Observ., 1838, t. xxxvni, p. 23 sq.; De Rossi, Pergamena epigraftca entra un reliquiario dei tempi di Carlo Magno in Aqnisgrana, dans Bull, di arch. cris., 1878, p. 153-1.58; .M. .Scheins, Kunstschàtze der Miinsterkirche zu Aachen, nehst Kunstwcrken aus Trierer Kirchen, in-Iol., Berlin, 1876; J. Strzygowski, Der Dom zu Aachen und seine Einstellung. Ein Protest, in-8°, Leipzig, 1904. — '- Schcrvier, Die Hliinsterkirche zu Aachen und ihre Reliquien, 1853; K. F. Meycr,

3" Cimeterre persan. — Belle lame ornée d'un courant de rinceaux. La poignée montre deux cercles de cabochons et des fleurs de lis gravées au pommeau. La gaine est couverte d'arabesques à ses extrémités. Cette pièce ne paraît pas antérieure à l'époque des croisades.

Une étoffe de soie, remontant au x'' siècle et représentant des éléphants, provenant de la tombe de Charlemagne, est une des pièces les plus magnifiques du trésor'.

Le trésor des reliques n'a pas été seul à souffrir. L'église du Dôme a vu heureusement replacer, vers 1845, les colonnes antiques que Charlemagne avait fait venir de Rome et de Ravenne '. Elles consistent en dix-huit colonnes de granit, deux colonnes de porphyre vert veinées; douze colonnes de marbre cristallin granuleux (trois en bièiheblanche, cinq en bleu turquin, une en vert antique, trois en mai-bre de Carrare, dont une, peut-être, de Paros), dix chapiteaux de marbre blanc de Carrare, jadis peints et peut-être dorés; huit soubassements de colonnes de calcaire des environs de Verdun '. Soubassements exceptés et chapiteaux compris, toutes ces colonnes, naguère superposées en double rang dans l'octogone de la cathédrale, furent enlevées en 1794 et transportées à Paris. Destinées par Napoléon au Louvre, on leur inflige un nouveau polissage et on les emploie, dans le musée; en 1815, elles repartent pour Aix-la-Chapelle, gisent trente ans dans les chapelles latérales et le cloître, jusqu'au moment de leur remise en place.

La mosaïque du Dôme d'Aix-la-Chapelle mérite une mention spéciale. Il n'en subsiste que le souvenir, d'après de médiocres dessins et des descriptions trop vagues '. A l'aide de ces indications, nous pouvons savoir que la mosaïque décorait la calotte intérieure de la coupole et le dessin de Ciampiiii ne nous montre que cette partie, tandis que le prévôt Beck, en 1622, avance, bien qu'il ne les ait pas vues, que les parois, elles aussi, étaient jadis revêtues de mosaïques figurant des scènes de r.\ncien et du Nouveau Testament. Dans la coupole, divisée en quatre zones, la zone inférieure très étroite présente le monogramme du Christ; au-dessus, les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, debout auprès de leurs chaires, et, dans uneattitude pleine d'animation, offrant leurs couronnes à Dieu, trônant en majesté au-dessus d'eux et entouré d'anges. Sur le fond qui représente le ciel se détachent des étoiles; l'un les a vues rouges, l'autre d'or.

llistorisehe Abhandlung iibcr die grossen Reliquien in der ehemaligen Kron-Stilts-nun Imhen Domkirehe zu Aachen, 1804 ; E. Aus'm Weertli, Caris des Grossen ehemals und l'etzt in Aachen beflndliche Reliquien und Reliquinre, dans Jahrbiicher des Vereins mm .ilterlhumslreunden im Rheinlande, Bonn, 1866, t. xxxix-xi„p. 265-272. — -Voir à ce sujet, G. Rauschen, Neue L'ntersuehungen iibcr die Deseriplio der Reliquien zu .laclien and zu Saint-Denis, dans Historisches Jalirbuch, 1894, p. 257-278; G. P.iris, dans Romania, 1880, t. IX, p. 31-36; H Morf, dans Romania, 1884, t. xiii, p. 214-218. — 'Bulletin monumental, 1877, p. 215. — '' Cahier, Mélanges d' arcliéologie, t. ii, pi. ix, x, xi; Ch. Diehl, Manuel d'art byzantin, in-8°, Paris, 1910, p. 603, fig. 299, — " F. de Roisin, Les colonnes antiques du Dôme à Aix-la- Chapelle, dans les .innales archéologiques, 1845, t. il, p. 183- 185. — ' Charlemagne avait fait venir :'» Aix des pierres tirées des carrières de Verdun. Cf. Chron. Virdi/n., ad arm. 788, dans Bouquet, Recueil des hisl. de la Erance, t. v, p. 373. — ^ » P. a Beck, Aquisgranum scu historica norratio de civitatis Aquisgranensis origine et progrcssu, de rébus divi Caroli Magni prœclare gestis, de ritu coronandi reges Romanorum, in-4*', .\quisgrani. 1622; Colonia^, 1612; contient une description sommaire. Le dessin envoyé d'.Ux-Ia-Cliapelle ;\ Cinmpini est probablement perdu. .I.-B. De Rossi l'a cherché en vain au Vatican; Ciampini a-l-il eu un dessinateur très consciencieux, on ne sait, en tous cas il a transcrit les renseignements à lui envoyés par le doyen du chapitre Van der Lingen; renseignements où il est moins question de la mosaïque que de l'église, ce qui donne lieu de craindre que le croquis ait été peu fidèle.

CHA.RLEMAGNE

Il est vraisemblable que ce fond était bleu, mais, en définitive, on n'en sait rien. On a tant et tant raisonné et déraisonné sur la couleur de ce ciel qu'on n'a guère que le choix entre les opinions les plus disparates '. A l'entour de la coupole, Einhard nous parle d'une inscription monumentale : erat in eadem basilica in marrjine corome, quœ inter superiores arciios inieriorem ledis partem ambicbat, synoplice scriplum, continens quis auctor cssi^l ejusdem lempli, ciijus in extremo' versus legcbatur : Prix ceps Carolus. Une autre inscription relatait la dédicace du dôme en 804 par Léon III : in Jastiyio mûri subtus Saluatoris faciem et protensum bracliium indice nianas comnionslrante auratis vocabulis inscripli :

ECCE LEO PAPA CVIVS BENEDICTIO SANCTA TEMPLVWl SACRAVIT QVOD KAROLVS AEDIFICA-

iVIT

Einhard, décrivant les richesses du Dôme, s'exprime ainsi : Auroque et argento et luniinaribus alque ex œrc solido cancellis cl januis ornavit; il n'est pas question de mosaïques, mais une lettre du pape Hadrien I^' à Charlemagne, nous apprend que ce furent les édifices de Ravennc qui furent dépouillés pour fournir la décoration d'Aix-la-Chapelle : Pnefulgidos atque ncclareos regalis potentiœ vestrœ per Annnum ducem susccpimus apices, in quibus refercbalur qaod pcdalii Raucnnalis civitutis musiva atque marmora cœteraqne cxeniplii iam in siralo quamque in parietibus sita, Vobis tribuereimis. Nos quippe libenii animo et puro corde cum nimio amore Venliœ Excellentia- tribuimus effectuni et Iam marmora quamque nnisiiium cateraquf exempta de eodcm palatio Vobis concedimus auferenda -. Le palais en question était celui de Théodoric, dont la façade et aussi la voûte du triclinium étaient tapissées de cubes d'émail. De Ravenne avaient également été apportés des colonnes, des pavements historiés et des placages dont quelques vestiges ont été relevés en deux endroits, dans des coins des galeries supérieures. Ce sont : trois fragments de mosaïque de pavés^et un large morceau d'opus Alcxundrinum.

^Ciampini, Vcteva moniinenta, in-fol., RomfP, 1699, t. i, c. XXII, pi. xi.i; X. Barbier de i\IontauIt, La mosaïque du Dôme à Aix- ta- Chapelle, dans les Annales archéologiques, 1869, t. XXVI, p. 285-338; trad. ail. de A. H. Korner, Die Mosailxen im Munster zu Aachen mit einem luuzen Vorwnrt lion F. Doc/.', in-S", Koln. 1872; .A. Reuiiiont. 7/ miisaicn delta chiesa di Curlomagno in Aquisgrana, dans Archivio storico ilaliano, 1881, IV- série, t. vm, p. 428-435; L. Canina, niccrche suW arcliilctliirn più propria dei lempi eristianl, in-to!., Ronia, 1816, p. 139, pi. cxTii; S. Beisscl, Die P/.dzkapelle Karls des Grossen zu Aachen und ihre Mocaiken, dans Slimmen aus Maria-Laach, 1900, t. i.viii, p. 10 sq. — 'Bnuquel, Recueil des histor. de la Frrmce, t. V, p. 582-583, Episl., xxxvi; sur le palais de Théodoric, (-■[. P. D. Pasolini, dans AUi e yieniorie delta Tt. deputazione di storia palria per te provincie di Bomagna, Imola, 1875, il" série, t. i. — -* Annales archéologiques, t. xxvi, p. 327. — 'H. Graucrl, Le /aux diplôme de Charlemagne pour Airla-Chapelle, dans Congres scienli/ique inlcrnationat des ralliolîiiues, 1801, t. V, p. 110-124; G. Rauschen, Die Légende Karls des Grossen im .\i und .\u Jahrhunderie, Leipzig, 1900. — ' A. Schùrmans. Itinéraire général de Napoléon I", in-S°, Paris, 1906. —'Mémoires de M"' de Rémusat, 1SU2- JiOS. in-S". Paris, t. ii, p. 37. — ' Und.. t. ii, p. 41, 42. ^[ me tic Rémusat était demeurée ù Paris d'où elle correspondait avec M. de Rémusat, premier cliambellan de l'empereur. Cf. Lettres de M"" deRénwsat, ISOi-lSli, in-S°, Paris, 1881, t. 1, p. 1-28; cette correspondance ne contient malheureusement aucune allusion :'! la visito du trésor des reliques. L empereur arriv.i à .-Vix le 2 septembre Moniteur, n septembre 1804. — ' Voir sur le Dôme, col. 688. Sur ce séjour ^ .\ix, les têtes, la visite du trésor, les diseoiu-s des chanoines' cf. Meyer, llistorische Ahliandtung ubcr die grossen Reliquien der hoîien Domhirchc zu Acichen, 1804, p. 44; Moniteur, 11 août, 14 août, 25 a( ûl 1804. — ' Chr.

Nous pouvons croire que ce n'était pas la seule admiration du passé qui amenait Charlemagne à ces regrettables spoliations, c'était surtout incapacité et impuissance à rien faire d'approchant. On peut s'en convaincre, en voyant l'embarras dans lequel s'est trouvé l'architecte carolingien lorsqu'on lui eut amené ses matériaux de remploi à pied d'œuvre. Base, fût, chapiteau, ne pouvaient traîner indéfiniment dans le chantier, force était de les dresser; mais, l'appareillage dépassait la science de l'ingénieur du Dôme qui, pour maintenir les trois parties droites et adhérentes, les transperça d'un goujon de fer, qu'il scella avec du plomb fondu. On voit encore, àla partie supérieure des tailloirs, le travail curieux de rigoles qui devaient apporter jusqu'au centre du chapiteau le plomb liquide nécessaire à son équilibre '.

Le revêtement des murs avec les plaques de marbre exigeait l'emploi de crampons de fer qui demeuraient apparents. Tel quel, le Dôme comblait Charlemagne de satisfaction, il ne tarit pas à son sujet dans son testament. Il n'y a pas lieu d'accorder ici plus qu'une simple mention au faux diplôme de Charlemagne pour Aix-la-Chapelle, qui fut inséré textuellement par Frédéric Barberousse dans son privilège de confirmation du 8 janvier 116G '.

IX. Le « Talisma.v ». — Au mois de juillet 1804, Napoléon 1=' partit pour le camp de Boulogne '; tandis que l'empereur parcourait les ports, l'impératrice José])hine partit pour prendre les eaux d'.\ixla-Chapelle. Elle y fut accompagnée d'une partie de sa nouvelle maison:... l'empereur devait la retrouver dans cette ville •■. Vers le 3 septembre, il rejoignit sa femme, demeura quelques jours... L'empereur et l'impératrice visitèrent Cologne et remontèrent le Rhin jusqu'à Mayence '. Pendant son séjour, l'impératrice visita le tombeau de Charlemagne et le trésor des reliques de l'église du Dôme ' {!'=' août). L'empereur, que le personnage de Charlemagne occupait, autorisa le chapitre à se dessaisir de plusieurs reliques en faveur de Joséphine '. Parmi celles-ci se trouvait une pièce célèbre, le « Talisman » '°, retirée

Qiiix, Llistorische Beschreibiuig der Mitnsterl<irche und der Heiligthumslattrt in Aachen, 1875, p. 75: Schervicr, Die Miinsterkirclie zii Aachen und ihre Retiquien, 1853; .Meyer, op. cit.; E. Aus'm Weerth, Caris des Grossen etiemals und jelzt in Aachen befîndliclie Reliquieri und RctiquiarC: dans Jahrlnîcher des Vereins von Atterthurnsfreundcn im Rheintande, Bonn, 1866, t. xxxi.x-XL, p. 205-272. — " L'évèque Berdolet signa une attestation d'authenticité du Talisman, en date du 23 thermidor an XII (11 août 1801). CI. .lacftener Aniejfyer, 12 janvier 1819; K.Fr. Meyer,Kz5/orzsr/ie.4 Wtn/idlung i'iber die grossen Retiquien in der ehemaligen J^ron- Stilts-nun hohcn Donùùrclic zu Aachen, 1.S04, p. 0, n. 5; p. 10, n. 15, 17. A la mort de l'impératrice Joséphine, les reliques d'Aix-la-Chapelle lurent partagées entre le prince Eugène de Beauharnais et la reine Ilortense. Le Tali.sman fit partie du lot de cette princc-sse, après laquelle il devint la propriété de Napoléon III qui autorisa E. .'Vus'm Weerth à en prendre trois photographies. RI. Emile OlliN'ier rapporte que Xapoléon III tro'uva le Talisman dans la succession de sa mère. Emile Ollivier, 7/empi're libéral. Etudes, récits et souvenirs, in-12, Paris, 1S97, t. il, p. 55 : o L'impératrice Eugénie l'eut près d'elle lors de la naissance de son fils, et le faisait porter, quelques années après, dans la chambre de M. Baccioehi, malade A Biarritz. », Cf. G. Paris, La chanson du pèlerinage de Charlemagne, dans Romania. 1880, t. ix, p. 36, note 2; Rohault de Fleury. Mémoire sur les instruments de la Passion, p. 118; De Gourgues, Le saint-suaire. Péri gueux, 1S68, p. i:^. Depuis lors, cette relique fait partie d'une collection privée; nous avons pu constater l'exactitude absolue de notre dessin, fig. 2632, avec la pièce originale. E. Molinier, Histoire générale des arts appliqués à l'industrie, in-fol., Paris, s. d., t. iv, p. 80-81 : « Je ne sais quel est actuellement son possesseur, " écri\"ait cet archéologue qui a sans doute fait peu de recherches pour le savoir.

CHARLEMAGNE

du tombeau de Cliarleiiiague qui l'avait portée de son vivant (fig. 2G32).

En voici la description • :

Deux gros caboclions sapliir';, l'un ovale, l'autre carré, enserrent une croix f faite avec du bois de la vraie croix; on ne la voit que du côte du saphir ovale. Elle est invisible du côté du cabochon rugueux.

Côté du cabochon ovale. Gros saphir parfait d'eau et de taille, bleu pâle, entouré d'une galerie or en triflle, bon travail régulier. En haut du médaillon, ime pièce carrée, au milieu un grenat en losange. Au-dessous : 1, une émeraude (à la suite, par la droite); 2, une perle; 3, un grenat; 4, une perle; 5, une émeraude; 6, une perle; 7, un grenat; S, une perle; 9, une émeraude; 10, une perle, 11, un grenat; 12, une perle; 13, une émeraude; 14, une perle; 15, un grenat; 10, une perle

Sur le dessus : Ornementation en or, feuilles et fruits, bordée d'un rang de cordelé.

Sur l'anse : Un grenat; (à la suite) 1, une perle; 2, un saphir; 3, une perle; 4, un améthjste; 5, une perle; 6, un saphir; 7, une perle; 8, un améthyste; 9, une perle; 10, un saphir presque blanc; 11, une perle; 12, un améthyste; 13, une perle; 14, un saphir blanc.

Grenat sur l'anse, feuillages en relief, fond cordelé. Deux f antiques tenant la chaîne douteuse, en or plus blanc. .

Toutes les pièces sont entourées à leur base d'astragales d'un très joli travail.

X. Bibliothèque de CHAriLEM.\GNE^. — Restaurateur des belles-lettres, Charlcmagne, secondé et stimulé par .\lcuin, comprit la nécessité d'organiser des

2632. — Le « Talisman «.

D'après Jahrbïtcher des Vercins von Allertliumsfreimden im Bheiidande, 186G, t. xxxix-xi.. pi. 4-6.

or d'une belle couleur claire, ornements en cordelé apphqué avec palmettes et fleurs.

Côté du cabochon carré. Gros cabochon grossier, pierre faible, de couleur imjarfaite. Dans la pirrre carrée, un gn-nat. .Au-dessous: 1, manque; 2, une perle; 3, un grenat; 4, une perle; 5, une émeraude; 6, une perle; 7, un grenat; S, une perle; 9, une émeraude; 10, une perle; 11, un grenat; 12, une perle; 13, une émeraude; 14, une perle; 15, un grenat; 16, une perle.

Épaisseur : Double anse attachée à la i)ièce carrée du milieu.

' Th. Clément, Calaloijuc des bifoiix du mii.s^e Campana. Cr. .\us'm Weerth, np. cit., p. 272. E. .\us'm Weerth Tut autorisé par l'empereur Napolt'on TII .à étudier de nouveau le Talisman en décembre 1869. Cf. ,J aJirbiicher des Vcreins von Alterlhnmsfremdçn im Rlïcinlande, 1884, t. i.xxviii, p. 1G6. Sur l'origine du Talisman, je transcris :*! titre de curiosité la note suivante de Doublet (le Boisthibault, dans la Tievite rtrc/iéo/offiqi;e, 18.57, p. 164, note .'» : a Vn journal (l.e paiis) nous apprenait, il y a peu de temps, que le même calife (Aroun al-Rasciiid) aurait lait remettre au roi (Charlema^ne) les clefs du Saint- Sépulcre et l'étendard de Jérusalem, l^n moine du mont Olivet rapporte diverses reliques parmi lesquelles un puissant talisman. Ces reliques furent transportées à .Aixla-Chapelle. Tous les sept ans elles sont exposées. Le talisman resta dans le tombeau jnsqu':i son ouverture, en 1166. Charlcmagne le porta jusqu'à sa mort. Napoléon I", ayant fait rendre en 1804,;'! la ville d'Aix, les

bibliothèques. .-Vu début, on n'avait rien sous la main : Ex parte desunt mihi, écrit Alcuiu à l'empereur, e.Tquisitiores cruditionis scholasticœ libelli, quos habui in palria per bonam et devotissimam magistri met industriam, vel ctiani met ipsius qualemcumque sudorem. Ideo hsec vestrœ excellentia: dico, anne forte vestro placeat totiiis sapicntiœ desideratissinio consilio, ut aliquos ex pueris noslris remittam, qui excipiant inde nobis necessaria quœque, et rcvehant in Franciam flores Britannise, ut non sit tantiimnwdo in Eborica(= York) hortus conclusus, sed et in Turonica{= Tours) emissiones paradisi cum pomorum fructibus '. .\lcuin profitait ainsi de ses

reliques enlevées pendant la Révolution, le clergé lui fit don de ce talisman qui serait aujourd'hui entre les mains de Napoléon ÎII. Il est en or, rond, incrusté à la surface de pierres précieuses. Le milieu est composé de deux larges saphirs superposés, renfermant un morceau de la vraie croix. L'intérieur du cercle en or renferme un fragment de diverses reliqxies. » — - Koeler, Commentatio de hibliothecu Carnli Mngni..., in-4», .\ltorfli, 1727; Fr. P. Stoy, Commentatio de hiblinlhcca Caroli Magni imperatoris augnsti gtoriosi.ad Eginliart, devitaefitsdem,c. .vtav//, in-l", .-Vltorfli, 1727: .\..l. L. von Wackerbarth, Kaiser Cart's des Grossen Biicbersammlung, in-l», Dresden. 1837; enfin plus récemment L. Traube, Textgescliirhlc drr Régula S. Benedicii, dans Abbandiungen der konigl. bayer, .\kademie der Wi55enschaften, t. xxv, part. 2; 2" édit., .Mûnchen, 1910, p. 71 sq., a présenté quelques faits connus depius si longtemps qu'on les avait oubliés, cela les a fait paraître nouveaux. -- ».A!cuin, Epis(., XLiii, ad Carol. imper., P. /.., t. c,col.20S.

CIIARLEMAGNE

relations avec son lieu d'origine pour y faire acheter des livres; l'Angleterre étant alors un des pays les mieux fournis de manuscrits '. On avait d'autant plus de motifs de s'y approvisionner qu'il circulait en France beaucoup de copies très fautives "; mais sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, Charles fut compris et obéi. Dans cette sorte d'inventaire des richesses du palais transcrit par Alcuin en 811, nous voyons mentionnée l'existence d'une bibliothèque : Librorum magnam in Bibliutheca sua copiam congregavit '. Nous trouvons une mention moins sommaire de cette bibliothèque dans un ms. de Helmstadt' consulté par Leibnitz : Iiwenimus in insula, quœ Slaphinsere nunciipalur. — HE i/cn/s ; Liber eptalicum ^ Moijsi ci lihcr Josiiœ et liber Judicum et Rulli, et libri Regam IIII et libri paralipomenon II in uno volumine : liber psalnioruni David et liber parabolœ Sulomonix et liber ccclcsiastes, et liber canticum cantiiorum et liber sapientiœ, et liber Jesu, filii Siraeh, et liber Job, et liber Tobi, et liber Judith, et liber Ester, et libri duo Macchabœoruni in uno volumine : Libri XII Prophetarum, et libri Hesdree duo in uno volumine : liber Acluuni apostolurum et lib:r Epistolarum Panli et libri VII Epistolarum canonicarum, et liber Apocalypsis, in uno volumine. Liber lectionarius tabulas laminis cuprinis deauratis liabens paratas I, liber Omeliarum diversorum auctorum I, liber B. Gregorii quadraginla Omeliarum I, libri Sacramcntorum II, libri lectionarii II, liber Canonuni cxcerptus I, liber expositio psalmorumsine auclore I, liber quatuor Evangeliorum vetuslus I, libri antifonarii II, liber Commeniarii Hieronymi in Matthœum I, liber regulœS. Benedicti 1. Si nous cherchons la trace des livres de la bibliothèque de Charlemagne, il ne manque pas d'attributions injustifues. Nous aurons occasion d'étudier ce point de paléographie *. L'école palatine d'Aix-la- Chapelle, tout imprégnée de classicisme ', se rapproche des modèles anciens '. L'évangéliaire de Vienne serait certes bien digne d'avoir été à l'usage personnel de l'empereur (flg. 2G33). L'école de Tours produit des ouvrages tels que la «Bible d'Alcuin » ', celle de la bibliothèque cantonale de Zurich n. 1, celle de la Vallicellane B,R, ornée seulement à la plume "". Cette bible de la Vallicellane, offerte par A. Statius, porte une double inscription qui la rattache doublement à Alcuin et à Charlemagne par ordre duquel le manuscrit fut copié et qui sans aucun doute en disposa ".

Cotticis islius quoi fiunt in corporc sanclo

Dcpictœ lormis littenilœ variis :

Mercedes habeat Christo donante par œviim

Toi Cwolns rex, qui scribere jnssil eum.

' VoirDic;..au mot Bibliothèque, t. u, col. SS4, et au mot Cf^oZ/n'rf, t. n,col.3260. — *Dans un capitiilairo, l'empereur appelait sur ce point l'attention des moines et celle des chanoines : Pueras vestros non sinalis eos vel leqendn vel scribendo cornimpere.el si opus est evangelium, et Psalteriiim et Missnle scribere, per/ccla; œtalis bomines seribaiit ciim omni diligenlia. — * Einhard, Vita Caroli, t. x.\xiil. — ' Friigmenliim breuiarii rerum fiscaliiim Ccu-oli Magni, dans Leibnitz, Colîccianca etymoîogica illristrationi lingjiaj-iim veleris Cellier;, Germanicw aliarumqiie inservientia, in-t", Hannoverœ, 1717, part II, n. v, p. 317. — ' Heptateuque, dans lequel on faisait entrer : Geuèsc, Kxode, Lévilique, Nombres, Deutéronorae, Josué, les Juges. Cf. Du Cange, Glossariam. — 'Voir Trnp.s(Éco;cdc).Les manuscrits carolingiens enluminés ont été classés d'une manière claire par .lanitschek, Zur Gescliichle der KaroUngischen Malerei, dans Slrassburger Fcstgruss an Anton Springer, in-S", Berlin, 18S5. — ' Nous possédons de cette école l'évangéliaire de la Sdialzlianuner, A Vienne, lequel passe paur avoir été trouvé dans le tombeau et sur les genoux de l'empereur; celui de la bibliothèque de Bruxelles, n. IS7S3, un peu postérieur au précédent, celui qu'on conserve .in trésor du 1 Dôme d'Ais-la-Chapelle. le fragment du musée germa- !

Pro me, quisque legas versus, orare mémento : Alchuine dicor ego, lu sine fine vale.

On trouve d'autres mentions de manuscrits composés sur l'ordre de Charlemagne, notamment sur un psautier latin, écrit en lettres d'or par le scribe Dagulf, et offert par l'empereur au pape Hadrien : il est entré depuis dans la bibliothèque impérial .■ de Vienne". Ces présents et échanges de manuscrite amenèrent quelques exemplaires dms la bibliothèque de Charles. Celui-ci avait demandé une copie du sacramentaire dit grégorien, on la lui envoya"; le pape Hadrien lui écrivait ' De Sacrcunenlario a saicto prœd'cessore nostro Dii/luo Gregorio papa, disposito, jam quilem Paulus Grammaticus a nobis eum pro vobis petiit, et secundum sanclœ nostrœ Ecclesise iraditionem... Vestrœ Regali emisimus Excelleixtiœ. Parmi les livres liturgiques se trouvait nécessairement un exemplaire de VHomiliaire de Paul Diacre, dont le prologue était composé au nom de l'empereur même qui le revendiquait comme son œuvTe et qui, au dire de Sigebert de Gembloux, avait, en effet, été composé sous sa direction ''.

Il parait superflu de chercher dans les divers écrits d'Alcuin la mention de leur dépôt dans la bibUothèque mipériale, on ne trouvera pas plus cette mention qu'on ne pourra douter que les ou\Tages sortis de cette plume n'eussent leur place marquée dans la bibliothèque. De même pour les ouvrages de Paulin d'Aquilée contre Félix d'Urgel et Élipand de Tolède; les mémoires adressés par les évêques, en réponse au questionnaire qui leur avait été posé sur la pratique du baptême dans leurs diocèses, du moins les remar- Cfuables et les plus développées parmi ces réponses, celles d'Odilbcrt de Milan, de Leidrade de Lyon, d'Amalaire, de Maguus de Sens, de Théodulphe d'Orléans, de Jessé d'Amiens, etc.

Les livTcs Carolins étaient, en quelque manière, de l'empereur ",puisqu'il y parlait à la première personne, on n'aurait pas eu idée de les chercher nulle part, sinon tout d'.îbo d à la bibhothèque du palais.

Parmi les écrits des Pères latins et grecs, nous n'avons pas de mention positive touchant la présence de tel ou tel écrit en particulier; cependant, Alcuin parle quelque part de l'admiration très vive de l'empereur pour les écrits de saint Augustin, notamment la Cité de Dieu^'. Si, comme on n'en peut douter, Charlemagne eut une large part personnelle dans la rédaction des lois et capitulaires, les réminiscences dont ils abondent témoignent d'une vaste lecture, dont le minutieux détail devrait tenter un jeune éru-

nique à Nuremberg. — ' Dans l'évangéliaire de la Sehalzl'antmcr, à Vienne. Janitschek fait observer que les évangélistps sont représentés sans leurs symboles, ce qui monîre déjà combien ancien était le modèle que le miniatiu'ist;' a copié. La belle et forte figurede saint MUttiieu ne laisse rien ù désirer tant pour les proportions que pour l'anatomie générale; le visage est expressif, bien coloré. — • C'est un ouvrage tout inspiré par l'influence anglo-saxonne. — " La Bible de Bamberg marque un progrés notable. Bamberg, .1. 1. 5; cf. Venturi, Slnria delV arle italiana. in-.S°, Milano, 1903, t. m, p. 239 sq., ng.201, 202. — "Fr. P. Stoy. op. cit., p. 9; Baronius, Annales, ad ann. 778, n. 23; Mabillnn, lier ilidiciim, p. 68; Dûmmicr. Poetee laiini medii mvi, t. I, p. 283. — '= Lambecius. Co.'nnien(. litr. bibl. Cmsar. Vindob..\. II, c. v, n. 13, p. 261-298. C'est le n. 3SS1 de l.a Bibliothèque impériale de Vienne. — *^ Ibid., I.Il.c. v, n. 11. p. 2PS. Cf. Coder Carolimis, n. Lxxxii. dans A. Du Chesne, Script, rer. Franc, t. m. p. 798. Lambeeius identi fiait ce manuscri t avec le cod. Vindobon. Theol. f. a/. crc£.x, auquel était joint un béaédictionnaire. — " Fr. P. Stoy, op. cit., p.ll-lG. — "Hefele-Leclercq./iisf. des conciïes, t. m, p. 1061- 1091. — "Einhard, VitaKaroti.c. xxiv: delectabatur et libris S. Augustini,prsecipne iis qui de Civilatc Dsi prselilnlali snnt.

CHARLEMAGNE

dit. A ces sources, il faudrait joindre et comparer les indications génùrales, mais utiles, placées par Alcuin dans la préface de son ouvrage contre Félix, sur les auteurs consultés par lui, sans aucun doute, dans la bibliothèque du palais impérial : In hoc namque opus- CLilo catholicx fidei vcrilalem el sanclorum palrum certissimis probare leslimoniis nims sum, id esl B. Hieronymi alque S. Augustini, Gregorii papœ rom., Hilarii Piclai'ieiisis cp., Leunis quoqac Papœ el Fulgentii cpiscopi, scd el forlissimi contra Neslorium mililis B. Cyrilli. Pelri cliani Ravennalensis cp. ci B. Bedie presbijleri, Grcgoruque Nazianzcni, nccnon et Isidori Uispaniensis el Juvenci, ejusdcm provinciœ scolaslic i Origenis quoqae queedam, vel Cassiani exempta, posui '. Dans une lettre à Loup, Einhard fait mention des œuvres de saint Cyprien qu'il avait sous la main. Enfin, le breviarium reruni fiscalium, cité plus haut, fait mention'de la règle de saint Benoît.

La littérature canonique était représentée par un exemplaire de la collection de Denys le Petit ", par les actes des"conciles ', les ca])itulaires des rois francs, dont on tiraitquatre copies, l'une d'elles destinée à la chancellerie du palais *, les lois barbares, sallque, lombarde, ripuaire, etc.

On ne voit pas que la médecine fût représentée dans la bibliothèque. i

Nous ne sommes pas mieux renseignés sur ce qu'on nommait .« philosophie »; c'est-à-dire un ramassis de notions hétéroclites qui commençaient avec la grammaire et passaient à travers la rhétorique, l'arithmétique, la géométrie et la musique, pour aboutir k l'as-» trologie;~mais on ne"saurait douter, à en juger par les fondations scolaires de Charlemagne, que ce genre de grimoires devait tenir une bonne place dans la bibliothèque. Là, devaient voisiner cette grammaire palrio scrmone, qu'Alcuin attribue à Charlemagne, et la grammaire attribuée à .\lcuin lui-même; la Dialectique du même, présentée en forme de dialogue, puis encore son Liber de calegoriis, la Dispulalio de rhelorica el de virtutibus, le Liber de musica, le Liber de aslronomia, tous attribués à Alcuin et à peu près à sa mesure.

Nous avons déjà rappelé (voir Can'tii.kxe, t. ii, col. 1973) les barbara el anliqiiissima carmina, quibiis vc'.erum rcgiim actun et bclla ca:ieha Uu- que Charlemagne aurait colligès, retranscrits, scripsii, memoriieque mandanit. Outre ces vieux chants, Charlemagne s'intéressait à l'histoire du passé : Inter ccenaiduiu ait aliquod acroama, aul lecloreni auliebat. Leg:bantiir ci hisloriœ el antiquorum res gcstœ; c'était peutêtre la même pensée qui lui avait inspiré le désir de former un recueil de la correspondance des papes avec son aïeul, son père Pépin et lui-même, jusqu'en 791, mais plus probablement un tel recueil avait un but plutôt canonique qu'historique '.

Charlemagne ordonna de vendre après sa mort les livres de sa bibliothèque et d'en donner le produit aux pauvres. Quelle place minime devaient tenir dans cette bibliothèque les écrits composés en langue barbare? Ce sont eux cependant qui, plus que les copies même correctes des auteurs classiques et des Pères, mériteraient de faire vivre le souvenir de la bibliothèque

du palais. A cette date du ix= siècle débutant, tout le fatras administratif était encore rédigé en latin; Alcuin et ses élèves palatins ou tourangeau.^ s'exténuaient à imiter l'antique, Einhard calquait la phrase et l'ordonnance des biographies de Suétone, Paul Diacre faisait la chasse aux solécismes et, tandis que ces bons pédants se rengorgeaient, l'empereur était seul à gardera la vieille langue natale, la «francique », un fidèle souvenir. II fit entreprendre une grammaire franque, et donner des noms francs aux mois et aux vents. De quels prix seraient aujourd'hui les chants barbares que l'empereur fit recueillir au moment où la langue des ancêtres allait périr I Car le « latin rus tique » qui est devenu le « roman » envahit tout. Dès l'année 813, au concile de Tours, il faut compter avec lui, et les évêques déclarent que les homélies doivent être traduites en « roman », pour être comprises par les fidèles*. On peut supposer que des . copies rédigées en cet idiome seront entrées dans la bibhothèque du palais.

Du vivant même de Charles, ses vétérans colportaient le récit de leurs communes prouesses, et donnaient naissance à une veine toute neuve qui deviendra en peu de temps l'épopée nationale. Tandis que la poésie carolingienne meuble les armoires à li\Tes de ses compositions pseudo-classiques, les vieux soldats racontent d'illustres aventures, des combats de géants, la guerre d'Espagne, les campagnes en Saxe, on les écoute, on ajoute, on embellit, la légende s'impose et s'acclimate. Nous pouvons saisir le procédé en voie de réalisation dans les récits du Moine de Saint- Gall. Nous les retrouverons bientôt.

Enfin, nous pouvons affirmer que pa-mi les manuscrits de la bibliothèque privée de l'empereur devaient être les livres saints dans le texte corrigé et quelques-uns de ces beaux volumes enluminés que nous aurons occasion de décrire dans un instant.

En 789, Charles promulguait, dans un texte célèbre, les décisions du concile d'Aix-la-Chapelle : El ut seholœ legenlium puerorum fiant. Psalmos, notas, cantus, compotum, grammaticam per singula monasteria vel episcopia, el libros calholicos bene emendatos ; quia ssepe, dum bene aliquid Dcum rogare cupiunt, scd per inemendatos libros malo roganl. El pueras vestros non sinile eos net Icg 'ndo vel scribendo corrumpere. Et si opus esl Evangclium, Psallerium et Missate scriberc, perleclœ œlatis himines scribant cum omni diligenlia '. On peut dire que de cette prescription est sorti tout le mouvement qui demeure une des gloires durables de Charlemagne et dont ne cessera de s'inspirer désormais la législation carolingienne '. Un capitulaire montre qu'on a vite passé du projet à l'exécution. La date du texte est discutée; Pertz la met en 782, Jaffé ne donne pas de date, il hésite de 782 à 800; Boretius, entre 786 et 800 ' ; Corssen, entre 786 et 789 ". « Il est antérieur à l'an 800, au dire de S. Berger, et il n'est pas plus ancien que 786; il semble même postérieur au 23 mars 789, date du capitulaire d'Aix-la- Chapelle, car il s'agit de la mise en exécution des mesures décrétées à Aix-la-Chapelle, et la réforme annoncée en 789 semble déjà fort avancée ". » Le capitulaire recommandait l'édition corrigée de l'homi-

' Alcuin, I.ibri VU adv. Felicem, pn-cf., P. T.., I. a, col. 128. — ' Codex canoniim velus Eccksiœ Romana;, avec une dédicace en vers, mcntionn.int l'envoi du pape Hadrien au roi Cliarles, mention qui se retro'.ive sur racrostictïc de la pièce. Le don fut fait en 771 pendant le siè^e de Pavie : .4(//7iïni fictunl urbis Papitv le ingredi uicloreni. Ncfa perfidi rcuis caleaUs DcsiJerii colla. Cl. G. 'Vœl et H. Justel, Bililiolli. Juris canonici veleris, t. i, p. 97. — "Les Annales J aurisscnses maiorcf, ad ann. 813, rendent compte des cinq conciles tenus cette année ;■! Jlayencc, Reims, Tours, Chftlons, Arles, cl de la lecture de leurs actes en présence

de l'empereur à .\ix-la-C.!iapcIte où on conservait ces actes dans Jes arcliives du palais. — *BaIuzc, Capital, reg. Francor., 1G77, t. I, p. 492. — ' Limbecius, op. cil., 1. Il, c.'^v, p. 320; Stoy. op. cil., p. -12-41. — ' Ilefele-Loclercq, Histoire des conciles, l. m, part. 2. p. 113.'). — ' M mnm. Gerni. hist., Lcijcs, c. LXXI, t. i, p. G5; Baluze. Capiliilaria, t. I, cal. 237, cl. col. 7t4. — » Capital. Aqnensc, 817, cap. xxvm, Baluze, Capitularia, t. I, col. 569. — • • Boretius, Bcilràqe znr Kapilularienkritik. in-8», Haflc, 1874. — 'op. Corssea, Die Trierer .Ada-Hmtdschrift, in-fol., Leipzig, 1889, p. 35. — '■ S. Berger, op. cit., p. 187.

CHARLEMAGNE

liairc de Paul Diacre. L" roi franc déilare qu'il veut réformer toute l.i litlérature cc'Iésia tique. Depuis longtemps déjà universûs Veieris ac \ovi ie<^iamenii libros, librariorum imperilia depravalos, Deo nos in omnibus adjuvante, examussini correximus. Imitant l'exemple légué par son père Pépin qui a introduit en Gaule le chant romain, nos nihilominus solerti easdem curamus iniuiia prœcipuariim insignire série lectiomim. En outre, il ne veut plus entendre de soléeismes dans leslectures de l'office : quia ad nociurnale officium compilaias quorumdam casso labore... repperimas Iccliones..., non sumus passi noslris in dicbus in divinis leclionibus' inierjsacra offîcia inconsonanies perstrepere solœcismos, aique earundem leclionum in melius [ reformare tramitem mente intendimus, idque opus Paulo diacono familiari clientulo noslro, climandum infunximus. i Si, par la correction de la Bible qu'il déclare avoir^déjà achevée depuis un certain temps, Charlemagne entend l'œuvre confiée à Alcuin, le capîtiïlaire est probablement postérieur, et de plusieurs années, à cette époque; mais nous n'avons pas le droit de tirer cette conclusion. En effet, rien ne nous assure que d'autres personnages, attachés à l'école palatine ou à la cour du roi des Francs, n'aieut pas travaillé avec les encouragements du prince à l'établissement d'un bon texte de la Bible. Nous avons conservé quatre volumes d'une Bible écrite avant 781, avec soin et même non sans luxe, par ordre de :\Iordramme, abbé de Corbie, et dont le texte semble assez pur '. Il n'y a, sans doute, aucune raison de penser que Mordramme ait accompli son ceu^Te sous l'impulsion de Charlemagne, mais il suffit qu'un travail sérieux ait été entrepris, dans la première moitié du règne, par un homme qui occupait une haute position dans le royaume, pour que nous n'ayons plus le droit de prononcer le nom d' Alcuin chaque fois que nous entendons parler d'une édition de la Bible entreprise par ordre de Charlemagne -. »

Ce à quoi tendait par-dessus tout Charlemagne, c'était à obtenir un texte grammaticalement pur. Depuis qu'il se trottait à son cénacle, l'empereur avait pris goût non pas tant à la littérature qu'au purisme. Il était servi à souhait par Alcuin qui corrigeait, corrigeait, corrigeait. Le Comes ab Albino emendatus, de la bibUothéque de Chartres ', portait au xvii' siècle une note que Mabillon a pu lire. Il y était dit qu'Alcuin s'était particulièrement étudié à appliquer les règles de la grammaire et de la ponctuation et à fixer la prononciation, en vue de la lecture à haute voix *, mais on visait plus haut, la note le dit : imitando et sequendo libellum Papes Gregorii sacramenlorum. XI. Manuscrits en rapport avec Charlemagne.

— Nous consacrons une notice à l'évangéliaire de Gotescalc, une notice également à l'évangéliaire de Vienne.

D'après une conjecture des bénédictins *, le manuscrit latin 653, qui contient le commentaire de Pelage sur les épitres de saint Paul, aurait été offert à Charlemagne, et les vers suivants, qu'on lit au

^ » Bibliûthécnïe rannicipaîe d'-\mi'?ns, n. 6, 7, 11, 12, Cï. S. Berger, op. ci(., p. 102-103. — »S. Berger, op. ci/., p. 1S7- 188. — 'Bibl. Chartres, n. 32 (olim 2J, Saint-Père de Cli-irtres). — ' Mabillon. Annales ont. S. Bened., saec. ii, p. 32S.

— ^ Nouveau traité de diplomatique, inA^', Paris, 1750, t. m, p. 78. — ' L. Delislc,/.e cabinet des manuscrits, in-l°,*Paris, ISSl, t. m, p. 319. — " Renan, dans Arctiiues des missions scientifiques, ï" série, t. i, p. 406. — ' L. Delisle, op. cit,^ t. m p. 320. — » Reiflerscheid, Bibliollicca Patrum latinorum ilalica. t. II, p. 149. — " L. Delisle, np. cit., t. i, p. 2; t. m, p. 319. On a proposé de faire de ce psautier un envoi de Charles le Chauve à Hadrien II, mais la paléographie le fait maintenir à Charlemagne. Cf. C. A. Swainson, Tlic \icene and Apostles' Creeds, 1S75, p. 199, 373; Silvestre, Paléograpliie universelle, pi. cxxii. — " P. Lambecius Com-

commencement du volume, s'adresseraient à ce prince.

Ipse pins, princepsmilis, gralissime, démens. Te saliyit, senntque, regat, sine fine guvernit. Ad cifti mittat splendentis lucida régna. Tantas namque fera summissa mente saintes, Quantas alla poli stillabnnt sidéra fîammas, Quantas tcllus habet sub caeli cnrdine glebns, Flucliuagasque vomit quantas nam pontus arenas.

L'écriture du ms. 6J3, ajoute L. Delisle, peut bien remonter au temps de Charlemagne °.

Suivant E. Renan, la bibliothèque de Verceil posséderait un manuscrit de la Musique de Boèce, dédié à Charlemagne '. L. DeUsle fait observer ' que le seul manuscrit de la Musique de Boèce qui soit indiqué à Verceil par Reiflerscheid ne paraît remonter qu'au x^ siècle '.

La bibliothèque Impériale de Vienne conserve aujourd'hui sous le numéro 1861 un psautier commandé au copiste Dagulf. par Charlemagne, qui en fit présent au pape Hadrienl»''». Ce manuscrit a été longuement décrit par Lambecius ", et vient d'être l'objet d'une luxueuse publication. Des reproductions en couleurs ont été données dans les Monumenta PaleographicaVi! dobonensia,de J. v. Karabacek et R.Beer, 1" fascicule. Vienne, 1910. A la suite de la dédicace, on trouve des prolégomènes consistant en plusieurs règles de foi, celles mises sous le nom des 318 Pères de Nicée, sous ceux de saint Ambroise, de saint Grégoire le Grand, de saint Grégoire le Thaumaturge, ' de saint Jérôme, ensuite un choix de passages tirés de saint Damase, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Isidore, et enfin une dissertation sur le psautier.

Charlemagne aimait à faire présent de ces beaux manuscrits. L'annaliste d'Aniane'^ rapporte que Charlemagne donna... Anmnensi cœnoftio quatuor evangeliorum libriun... quem libnim ejusdem régis magistcr cl didascalus propria manu dcscripsil Alicuinus qui et Albinus... Fecit et hune evnngeliorum librum non cordis dictante proprio sensu, sed corporis propria scribenle manu.

La Bible de la Vallicellane, dont nous avons parlé plus haut ", semblait .à L. Delisle devoir être identifiée avec la bible non terminée signalée par M. de Bastard, à Saint-Paul-hors-les-Murs ",

■i Ces ou\Tages de luxe, écrit L. Delisle, ne doivent pas faire oublier les li\Tes plus simples, à peu près uniquement destinés aux savants de l'école Palatine. Au xvin' siècle, dom Martène eut la bonne fortune d'en rencontrer deux dans les abbayes de Stavelot et de Saint-Maximin de Trêves. Le premier était un recueil de Questions sur Daniel, en tête duquel on lisait ; Incipit liber de diversis quœstiunculis, cum responsionibus suis, quem jussit domnus rex Carolus iranscribere ex autentico Pelri archidiaconi '^. Le second, renfermant les commentaires de Wicboldus sur les premiers livTes de la Bible, portait en titre cette inscription : Carolus, rex Francorum et Langobardorum

menlariorum de Aug, Biblioth. Ciesarca Vindoboncnsi liber secundus, in-fol., Vindobonœ, 1669, t. ii. p. 261-298. La dédicace en vers a été donnée par dom Bouquet, Bccucîii des histor. de la France, t. v, p. 402. — '- Baluze, Capitularia regum Francorum, t. ii, col. 1161. Cf. Martcne et Durand, Voyage littéraire de deux bénédictins, l. i, 2, p. 55, sur un ms. de la Grasse, un évangéliaire qu'on prétendait avoir été donné par Charlemagne. Delisle, op. cit., t. i, p. 305, n 5. — "Voir Bibliothèque de Charlemagne. col. 698-703. — '< L. Delisle, op. cit., t. i, p. 2, note 2. Cf. de Bastard, Rapport fait à la section d'archéologie sur une crosse du v;/" siccte, trouvée dans l'église de Tiron, arrondissement de Sogent-le-Rotrou, dans \e Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, 1857, t. iv, p. 723. — 1' Jlartène, CoHec/io, t. ix, col. 277.

CHARLEMAGNE

«c palricius RonianoiuDi, Ininc codiccm ad opas suiini scriberc jnssit '. Ici doit encore C'ire mentionné un exemplaire de la Grammaire de Uiomèdc, qui fut coi)ié à Worms, eu 780, et offert à Charlcmagne par un Alsacien nommé Adam, fils d'Hajnhard, comme l'atteste une pièce de vers insérée au folio 123 de notre manuscrit latin 7i9i ^. C'est aussi probablement à Charlemague que se rapportaient les vers inscrits dans un homéliaire de Saint-Germain d'Auxerre, pour rappeler que le travail avait été exécuté par un moine nommé Ébrard, sur l'ordre de l'empereur Gliarles '.

Nous avons déjà rappelé le texte du biographe de I.ouls le Pieux, Thégan, lequel représente Charlemague s'occupant la veille de sa mort à > corriger des livres avec des Grecs et des Syriens ', » notamment à corriger le texte des quatre fivangiles. C'est pure légende, cela va sans dire, mais l'évocation si inattendue d'un Charlemagne helléniste et syriacisant témoigne de l'impression profonde qu'avait laissée, dans la mémoire des contemporains l'intérêt cjue portait l'empereur à la pureté des livres liturgiques et des écritures canoniques '. Le texte de Thégan ouvrait une voie dans laquelle on ne manqua pas de s'engager. Non seulement Charlcmagne corrigeait des livres, mais on montrait tel volume corrigé de sa main. C'était, en particulier, le ms. TJ-l de la bibliothèque de Vienne, contenant un commentaire sur l'épitre aux Romains ". Au fol. 78 v", on lit :

Incipiunl vcrsicalos Coilicis hujus oi>ans volai conliiiigcre penna Spinas ()nas animo siriptor congcssit incrli. Quiiiue leyis, prccilnis pro mr pulsare Tonantem Di(jncris, vidcus si Chrisli ini'crc rcrjno.

Item alii.

Qui xlcniil per bella Iruces forlissimiis hcros, Kcx Carolns, nidli cordis fultjore sccundus, Ni/n passas smles mendaram serperc libris, El banc concvil studio sablimis in oinni. Vuinidarius pcccator scripsil istiuu lihrum.

Anirii, arwn '•

I.C5 prétendues corrections de la main de l'empereur ne sont pas plus anciennes que le milieu du ix' siècle. Au reste, il eût fallu au copiste Winitharius, dont les ouvrages connus se placent entre 700 et 770, une singulière divination pour annoncer que son manuscrit serait corrigé par Charlemagne. En effet, le ms. T43 ne peut dater que des premières années du règne du prince, à une époque où il ne possédait pas encore les connaissances qui, à la rigueur, en 811, lui eussent permis de dire son mot utilement dans une revision textuelle.

* Martènc, op. cil., t. ix, col. 293. — =« .Je considère la première partie fUi ms. latin 74'Jt comme une copie à peu près contemporaine de l'exemplaire transcrit en 7S0. » L. Delislc. — ' ifartène et Durand, Vouage lillérnire de deux bénédictins^ t. i, p. 56, donnent ces vers. Delisle, op. cit., t. I, p. 2-,'î. — ' Thcgan, Vita lihutowici, dans Monum. Gcrm. bistor.. Script., t. ii, p. 5'.I2. — 'S. lîerger. Ilisloire de lu Vuîgale pendant les premiers siècles du nioijcn âije, in-S'*, Paris, IS'J.T, p. 18.'>. — • P. Lambccius, Commentiirius de Atigustiss. bibliolheca Cœsarea Vindnbonensi, 2' é<Ut., infol., Viadobona;, 1(;79, p. 645. — • ' Le copiste Winitharius, moine de Saint-Gall, milieu du vui" siècle. Le ms. contient, sous le nom d'Oriyène, un commentaire célèbre connu sous le nom d' .-Xnibrosiasler. — » .J.-.L Schenchz.er. .Mplutbclnm ctdipl. et codd. Ttmricensibus, in-fol., Turici, 1730, pi. xvi; Wettstein, Prolcrjoincna nd \i)v. Tesl., 1730, p. 88; et èdit. Scmler, 1761, p. 229: Miutin Gcrbort, lier alemannieum, 2" èdit., in-t», San Klnsii, 1773, p. 53, pi. ii; Rahn, Psalterium nureum, p. 58; Delisle. t'ècote ctûligraplûque de Tonrs,i n- 1", Paris, 1S85, p. S ; Lcitschuh, Dec îlilderl;reis der

LICT. d'arcii. Cllr.ÉT.

Continuons à énumérer quelques manuscrits, mis à un titre quelcont[ue sous le patronage de Charlemagne.

Biblia Caroliiia, ms. C. /, de la bibliothèciue cantonale de Zurich. Beau manuscrit de l'école de Tours, 480 X 370 mill. et 410 feuillets. L'attribution à Charlemagne ne repose sur rien '.

Code.v Carolinus, ms. add. 10,516 du Hrilish Muséum, connu sous le nom de • Bible de Grandval » et dont un ancien possesseur et exploiteur, J.-H. de Speyr-Passavant, faisait" la bible écrite 'par Alchuin, de l'an 778 à 800, et offerte par lui à Charlemagne, le jour de son couronnement à Rome, l'an 801 '. » En réalité, le manuscrit offre une ressemblance frappante avec la première bible de Charles le Chauve (voir ce mot) et peut-être lui est-il antérieur de quelques années.

Bible de Rorigon, ms. lat. 3, de la Bibliothèque nationale, ayant appartenu à Rorigcn, comte de Maine et gendre de Charlcmagne, mort vers 841. Ce personnage aurait donné à l'abbaye de Saint- Maur-de- Glanfeuil le présent manuscrit sorti de l'école de Tours, mais qui n'a, on le voit, qu'un rapport assez éloigné avec Charlcmagne '".

Bible da conde Vivien, ms. lat. 1 de la Bibliothèque nationale. Ce manuscrit a])partient sans contestation possible à Charles le (Miauve (voir ce mot); il a été exécuté entre 81.5 et 851, à Saint-Martin de Tours. Il n'est plus nécessaire de dénmntrer que ce n'est pas à Charlemagne, ainsi c[u'on l'a cru longtemps, qu'il a été oflert. Conservé à Metz jusqu'en 1G75, il y passait pour avoir appartenu à Charlemagne; au xviii"" siècle, les auteurs du Xourcau traité de diplomatique revendiquaient celte origine sur d'ingénieuses observations. M. L. Delisle s'y montrait favorable, mais il faut, décidément, y renoncer '-'■.

Ms. llamilton 251. On lit en tête une dédicace en vers que Sam. Berger rapporte à Cluu'lemagne, croyant y voir une tardive copie de l'inscription dèdicatoire primitive. Le feuillet qui porte la dédicace a, en effet, été amputé de sou pendant '-.

Évangiles de Siiinl-Médard, ms. lat. SS50, de la Bibl. nat., proviendrait de l'héritage de l'empereur, d'après Ed. Fleury et Sam. Berger ".

Code.v Adic, à Trè\es. Cette Ada, ancilla Chrisli, soror Karoli magni, était bonnement une vieille femme (mater)' ({wi n'a aucun titre à la p.areuté de Charlemagne ; nous n'avons donc pas à nous occuper du précieux manuscrit auc|uel son nom reste attaché '*.

Corfcr Angilberli, cflert par Charlemagne à Angilbert. abbé de Corbic. en 793, conservé à la bibl. munie. d'Abbeville. Voir Chrysogr.^piiie).

Évangéliairc de Saint- Ma.vimin de Trêves, à Trêves.

Codex Witikindi, à la bibliothèque de Berlin.

Karolingischen Mtderei. in-S", Bamhcrg, 1889, p. 78; Die Trierer Ada-llandscbri/t. in-tol.. Loipzig, 1880, p. 74; S. Berger, op. cil., p. 207-208, 241, 255, 332, 341, 313 sq., 422. — ' Speyr-Passavant, Description de la bible écrite par Alclmtn de fan 77S à SOO el ofjerle à Charlcmagne le jour de son eouronnement à Rome l'an SOI, Pî\ris, 1829. .Sur ce manuscrit, dont nous reparlerons dans le Dictionnaire, et. S. Berger, op. cU., p. 209-212, 190, et Peignot. Lettre à M. C. .V. Amanlon sur deux mamiscrils précieux du lemps de Cliarlemaine, in-8°, Dijon, 1821. — '" S.Berger. op. cil., p. 213-215, 400. — " Nous avons exposé toute cette question en décrivant ce manuscrit: voir Dictionn., au mot Cu.\RLES LE Cn.\uvE (Mss DE>. — • '= Op. cit., p. 260 : ■ Peutêtre ce feuillet contenait-il la lièdicacc adressée à Charlcmagne par quelqu'un de ses familiers. • — " E. Fleury, Les manuscrits à miniatures de Soissons, in-P, 1865, p. 1 ; S. Berger, op. ci/., p. 268, 405. — '• K.Mcnzel, P. Corssen, IL.Tanitsehck. Die Trierer Ada riruulschrill. in-fol.. Leipzig, 1889; S. Berger, op. éd., p. 262-2()", 420. N'ous reparlertins de ce manuscrit à l'occasion des textes c'arysographiqurs.

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