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CHARTES (ÉCOLE DES) — CHARTOPHYLAX

liitcin monastorio S. Dionysii iiiii)ciiil:ini coiilirnuil, ann. 710, martio.

41. Placituiu Cliilperici II. quo nu-dictatcm tuiiili in Superiort' iiacivo monastcrio S. Dionysii adjudicat, ann. TH>, dio 7 niarlii.

42. PrEeceptuni (Cliilperici 11, de ccntiim vaccis annuatim monastorio S. Dionysii in lisco (Cenomancnsi conccssis, ann. 71(ï, die 1(5 mari.

43. Diploma Cliilperici II, quo silvam l'.overitiim monasterio S. Dionysii donal, ann. 717, die 28 febr.

44. Charta prccaria AVadcnicri et Ercambcrta', ann. 7.30, die 20 aug.

45. Placitum Pippini majoris domiis, île vico Oarborio, ann. 750, die 20 jun.

46. Prœceptutn Pippini majoris donuis, fiuo mulla praîdia monastcrio S. Dionysii in placito restitiila confirmât, circa ann. 751.

47. Fol. 1, 2. Fragnicntum epistohc cujusdam imperatoris (Constantinopolitani.

48. Bulla Nicolai Ipapa\pro monasterio S.Dion\sii, ann. 3(>8, die 28 apr.

Cet ouvrage, commencé par Letronne, continue par M. de Cliabrier à partir de l'année 1852, a été complété par une livraison publiée en 1866, format atlas, comprenant les fac-similés de quatorze pièces ainsi réparties : sept pièces mérovinoienncs sur vélin et surpajiyrus et sept pièces carolingiennes sur papyrus. En tout, la publication comptait donc 62 planches lithograpbiées et otTrait tous les documents mérovingiens, sur pap.\ rus ou sur parchemin.conservés aux Archives nationales et quelques pièces carolingiennes.

Voici le sommaire de la livraison complémentaire publiée avec l'inventaire des Carions des rois de J. Tardif.

49(1). Diploma Childebcrti I, quo Ecclesia; Parisiens! villas, cellas, aliasquc possessiones concedit, ann. 528, mens. jan.

60(2). Diploma Chlotarii 11. ipio conlirmalur donatio in monasterium S. Dionysii areœ infra muros Parisiensis civitatis sitoe, ann. 625, mens. jun. vel jul.

51 (3). Charta Landcrici episcopi Parisiensis, qua monastcrio S. Dionysii multa privilégia concedit, ann. 652, primo die jul.

52(4). Placitum Clotarii III, de quibusdam villis monasterio S. Dionysii conccssis, circa ann. 658.

53(5). Pra?ceptuni (Chikleberti III, quo immunitateni monasterio I-'ossatensi concedit (695-711).

54(6). Pra?ceptum ïheodorici IV. de Monasteriolo aliisqne villis Fossatcnsi monasterio datis, an. 721 [722-?] 2 mart.

55 (7). Epistola Zachariœ pap?e, qua confirmantur privilégia monasterio S. Dionysii a Landerico episcopo concessa, ann. 749, die 4 nov.

.56 (8). Privilegium Stephani papœ II, de numéro et vcsiitu diaconorum quos abbati S. Dionysii sacra celebranti assumere licet, ann. 757, die 26 febr.

57 (9). Privilegium .Adriani paps I, de episcopo monasterii S. Dionysii, ann. 772, die 1 jul.

58 (10). Epistola Maginarii abbatis ad Carolum .Magnum de reluis a se in Italia gestis, ann. 787, se|)(. dec.

59(11). IZpistola .\driani |)ap;e I, de rébus Beneventanis (circa ann. 788).

60(12). Epistola Leonis papœ III, qua monasterii S. Dionysii privilégia confirmantur, ami. 798, die 27 mail.

61(13). Suessionensis synodi decretuni, quo confirmantur privilégia monasterio S. Dionysii concessa, ann. 862.

62 (14). l-^pistola Xicolai ])apa' I Carolo régi niissa, de confirmatione privilegiorum nionast. S. Dionysii, ann. 865, die 28 apr.

ïeulel [lublia sous l'anonyme une transcription des

pièces reproduites dans les fac-similés de Letronne, Diploinala el charta- meroi'ingicœ œlatis, etc., in-8", Paris, 1851.

VI. Recieil de fac-similés (i l'usayc de l'École, des Charles, Paris, 1880-1887, grand in-folio, iv- 44 pages, 97 planches en héliogravure, comprenant 185 fac-similés. L'introduction est signée .■\. Giry.

« Dès les premiers tenqis de son existence, l'iîcolc des chartes avait compris la nécessité de former une collection de fac-similés indispensables à l'enseignement de la paléographie et de la diplomatique. Les premières reproductions furent publiées en fascicules dont les titres figurent ci-dessus. Voir col. 1006. L'indifférence du public ne permit pas de poursuivre cette publication, mais on ne continua pas moins à exécuter chaque année des fac-similés pour les besoins de renseignement. ■ Cette série est généralement désignée sous le nom i'anciens fonds et comprend également les fac-similés de la vaste publication de Letronne, un certain nombre de fac-similés lithographiques, spécialement exécutés pour l'École des chartes, et qui ne se trouvent pas dans le commerce, et enfin des fac-similés obtenus par des procédés divers, empruntés à diverses publications et dont un certain nombre ont été tirés pour l'École, au total, en 190.5, 759 numéros.

En 1872, Jules Quicherat eut l'idée d'appliquer à la reproduction des fac-similés les procédés alors nouveaux de l'héliogravure; on forma ainsi une seconde série, exclusivement composée d'héliogravures, qui comprenait, en 1905, 420 numéros.

La collection complète des fac-similés de l'École des chartes est déposée au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Cf. H. Oinont, Bibliolhèque nulionalc. dcparlemcnl des manuscrils. Lisle de fac-similés el de reproductions de manuscrits conservés à la Bibliolhc(jue nationale, dm\!i la Rcruc des biHiuthèques, mai-juin 1903.

Parmi les pièces de cette seconde série, aucune charte n'est antérieure à l'année 814, une seule est du ix"" siècle.

N» 172 : 5 avril 844, confirmation par Charles le Chauve de l'immunité accordée par Louis le Pieux à l'Église de Toulouse (Archiv. Haute-Garonne, fonds .Saint-Sernin, coiiie du xii'' siècle).

Parmi les manuscrits ;

N" 126 : début du ix'^ siècle : Bibl. de Théodulfc (Trésor de la cathédrale du Puy). fol. 68 x".

\" 139 : prem. moitié du ix'" siècle : Évangéliaire d'Épernay (Bibl. niun. d'Épernay), sans indicat. de numéro ni de folio.

N» 150 : vi« siècle : Œuvres de saint Augustin (Bibl. de Lyon, n» 408, fol. 114 r", 121 v»).

N" 151 : vi« ou vit' siècle : Commentaire de saint Augustin sur les Psaumes (Bibl. de Lyon, n» 352, fol. 143).

X" 152 ; vi« ou vii« siècle : Dialogue de siint .lérôme contre les Pèlagiens{Bibl. dcl.yon,n.519.fol. 15).

CHARTOPHYLAX ( .XafTo^OiE ), dignitaire de riïglise byzantine. A l'origine, le chartophylax n'était que le gardien des archives du patriarcat, comme son nom l'indique. C'est lui qui conserve et veille sur les copies d'actes de conciles, professions de foi des évêques, lettres reçues d'autres patriarches, etc. On rencontre ce personnage pour la première fois au VF' concile général (IV'' de Constantinople, en 680). Les Pères ayant demande à voir les actes des conciles précédents, l'empereur envoie Georges, « archidiacre et chartophylax », chercher les copies conservées au patriarcat '. Dans les sessions suivantes, le même

' Mansi, Concil. <tmjiliss. coll.. 1. \i, col. 214-2IG.

CHARTOPIIYLAX

Georges reparaît constamment. A la vi', les légats romains demandent qu'on lise les œuvres de certains Pères cités par les monothclites'. Cela se tait à la IX* session; à la x', on compare les textes cités par les légats avec les volumes du patriarcat ". Dans toutes ces recherches, c'est toujours le chartophylax qui présente les documents, atteste sous serment leur authenticité, témoigne que la bibliothèque patriarcale n'en possède pas d'autres que ceux qu'il a apportés. A la xm" session, il est chargé de trouver et de présenter tous les écrits de personnes suspectes d'hérésie. Entre autres, il présente les lettres synodales des patriarches Jean V (668-674), Constantin I"(674-676). Ces lettres sont jugées orthodoxes; puisque Georges jure qu'il n'en a pas trouve d'autres, les Pères se décident à retenir les noms de ces patriarches sur les diptyques ^ A la xivi" session, les Pérès désirent examiner les actes du V' concile (en 553); encore une lois le chartophylax doit jurer sur les évangiles qu'il n'y a rien ajouté ni faussé '. On voit que déjà le chartophylax joue un rôle important; c'est son serment qui fait toi pour les documents. Le Liber pontificalis. à l'occasion du W concile œcuménique, fait mention du chartophylax : Et' vocato diacono et clwrtofytace ecclesin' Constanlinopolitana:, pneceplum est ci ut iiixta eoriim notitia codiccs ex bibliolheca eciiesiar nd médium deduceret '.

Les documents postérieurs de droit byzantin nous représentent le chartophylax devenu un des premiers dignitaires de l'Église. Il n'est plus seulement le gardien des archives; il est devenu, en quelque sorte, le remplaçant, le vicaire général du patriarche. Ces documents sont le traité ; M.-.'i.i'r, y.ipiv tùjv ô-jo ùso:y.iiJi' 7oO Te /apToçiijXaxo; xal to'3 — pwrïy.S:'-/.o-j {Meditotum de duubus o/Jiciis churtophylaeis cl primi defcnsoris') de Théodore Balsamon, écrit vers 1193, le chapitre ccxLiii du livre De sacris ordinationibus ' de Syméon, archevêque de Thessalonique (1410-1429). Georges Codinus, De offieialibus palatii Conslantinupolilani *, plusieurs décrets, lettres, décisions que l'on trouve dans les collections de droit byzantin, comme Leunclavius, lus canonicum grœco-romanum^ ; Miklosich et Millier, Acta et diplomata grœca medii sevi^'. etc. Anastase le Bibliothécaire, dans ses notes sur le VI IL' concile œcuménique (869), donne une description de l'ofTice du chartophylax". D'après ces auteurs, on voit que le chartophj-lax est devenu bien plus important que son nom ne permettrait de le supposer, .\nastase dit : Chartophylax interpretatur chartarum eustos. Fungitur autem ofjicio chartophylax apud ecclesiam Constantinopolitanam quo bibliothecarius apud Romanos, indutus videlicet infulis ecclesiastieorum ministrorum et agens ecclesiastica cuncta prorsus obscquia, exceptis mis solis quœ ad sacerdotale specialiter ac proprie pertinere probanlur ofjicium. Suit la liste de ses devoirs '^ Selon Balsamon, c'est « la bouche et la main du patriarche ". > Balsamon, qui avait été luimême chartophylax, a l'air de vouloir élever cet office au-dessus de toutes les autres dignités de la cour patriarcale. Certainement, comme dit Gretscr dans ses notes à Codinus : plus signifîcat quam ipsa vocabula fronte prima prœ se fcrunl ".

' Ibid.. col. 325. — = Ibid.. col. .388-456. — ' Ibid., col. 577. — 'Ibid., col. 580. — = Éd. Duchesne, t. i. p. 252.

— 'P. G., t. cxix, col. llSl-:200. — ■ P. G., t. r.LV, col. 464. — 'P. G., t. CLVii, col. 25. L'attribution de cet' ouvrage à Codinus est très douteuse. C'est plutôt une description anonjTne écrite au xiv siècle. K. Krumbacher: Byzanl. Litlcraliir. in-S", Mûnchen, 1897, p. 424-425. — " P. G; t. cxix, col. 7'25-129S. — '» i-ii : Acta palriarch. Consl., 1315-1402. Vienne, 1860. — "Ad act. ii. Mansi.op. cil., t. XVI, col. 38; P./,., t. cxxix, col. 47-48. — ''Loc.cil.

— "P. G., t.Oiix.coI. 1182. — "P.G.,t. CLVii, col. 140. —

Il ne faut pas confondre le chartophylax avec le chartularius (/ipToj'/ip'.o;)"- Celui-ci est un personnage bien inférieur, ministre du sakellarios". Le chartophylax prend le quatrième rang dans la première ~ïvTâ; ('(-> ueya; oly.ovô'Jio;. 'O (J-^ya; Ta'/.sÀ/.ipio:, ô [xéva; r;y.f^o^-j'/.xl, ô [J-Éya; /apTosC).a5, ô (T2'/.e)./.îo".>) qui forme le premier groupe du chœur, à droite, pendant la liturgie patriarcale". Ces premiers dignitaires sont les i^aj/.ïTiy.ot'/o; ïpynvTô;, titre difficile à expliquer, que Grctser prend pour une corruption de IÇwxiTiy.o!To; (qui foris cubant), puisque, à l'origine, chacun avait sa propre résidence ". Ces Èâoy.iTi/.ot/o: avaient un rang très élevé; au concile de Florence, ils sont comparés aux cardinaux latins". Le patriarche Georges II (Xiphilinos, 1192-1199) ajouta le primas defensor (-pmTÉ/.ôi/.o;), qui avait été le premier du troisième groupe, au nombre des i^wy.aTiy.oùo: '°. Ainsi, la première -îvTti; consiste en s/.r personnes. La liste de dignitaires donnée par Allatius " diffère en quelques particularités de celle qui se trouve dans l'eucologe moderne=-;cependant,le chartophylax retient toujours sa place comme quatrième du premier groupe. C'était toujours un diacre. Souvent il est appelé ipy.îii/.o- ■/o:. ceci n'indique pas de rang spécial. Dans l'Église byzantine, n'importe quel diacre revêtu d'une charge importante se dit archidiacre. L'empereur Andronique Paléologue (1282-1328) voulut que celui qui avait été nonuné chartophylax restât satisfait de sa position sans chercher à la quitter pour accepter une charge supérieure. Pour hausser la dignité du chartophylax il lui donna l'épithète de (tsva; ". Dorénavant c'est : 'O T'.at'^raTo; -rr,; u-Evà"/.-/-,; toO 6=o-j l/.y.).r,'7ta; /apTOoj/aî, ou. plus court : '0 ji^v»; -/ïpTOi-Jy.aÇ ".

Comme presque tous les dignitaires de l'Église byzantine, le chartophylax reçoit sa charge moyennant une bénédiction avec imposition de mains, que les Grecs appellent ordination (/acooToviot). Le patriarche ordonne, impose les mains sur la tête du nouveau chartophylax, lui donne un anneau d'or et le sceau (fioj)).oTT,p;o/) avec lequel il doit cacheter les documents -'. Ainsi, il devient le vicaire du patriarche. Balsamon le compare à Aaron, vicaire de Moïse. Comme Aaron, il porte l'anneau; son boullotérion représente le rational d'Aaron ^'. Comme vicaire du patriarche, il a le pas sur les èvêques. Aux élections épiscopales, qu'il doit présider au nom du patriarche, il occupe une place plus élevée que celles des èvêques électeurs. Ceux-ci protestèrent quelquefois, en appelant au canon 18" du concile de Nicée qui défend aux diacres de précéder un èvêque ^". Cependant, l'empereur Alexis Comnène (1081-1118) prononça en faveur du chartophylax. Balsamon explique et défend ce jugement en s'appuyant sur le canon T du Vp concile œcuménique, qui donne au vicaire du patriarche ou d'un èvêque le rang de celui qu'il représente. Au contraire, au.x synodes où le patriarche lui-même est présent, le chartophylax ne prend que le rang qui convient à sa place dans la hiérarchie ". D'autres honneurs lui reviennent, par exemple le droit de porter la crosse (payTr.pia); pendant un certain temps, avant Balsamon, il avait même l'usage de la mitre. Dans les processions, le chartophylax

'* C'est une confusion que fait Leuncla\4iis, P. G., t. cxi.v, col. 725 sq. — " Goar, Eiiclioloiiiuu, in-fol.. Venctiis, 1730, col. 226. — '• Goar. op. cit.. col. 222. — '" P. G., t. CLVir, col. 131-134 — '» Ibid.. col. 133. — =»P.G., t. cxix. col. 968; Goar, op. cit., col. 226. — =' Goar, op. cit., col. 227. —

nise, 1898, p. 686. — '^ .Joh. Cantacuzenus, Hisloriœ biizan- I tinœ, II, I, P. G., t. cliii, col. 412. — =« Cependant, l'eucologe I l'appelle encore simplement ^ 7«&t'.= j/.a;, loc. cit. — ^ Balsamon, Meditalum. P. G. t. cxi'x. col. 1189. — "Ibid., 1 col. 1188. — =' Ibid., col. 1192. — =' Ibid.. col. 1196.

CHARTOPHYLAX

chevaucliait sur uninulet blanc. entouré de ses domestiques (les excubildics) '.

Des devoirs de liante importance justifient ces honneurs. Malgré les autres ofTices qu'il accumula, le chartophylax reste toujours, en premier lieu, ce que son nom inditpie : gardien des archives, -/.potuov ta l/.x>.vima'7Ttxà xaftinoi, comme dit Kodinos -. De même tous les auteurs citent d'abord ceci '. Le rôle que joue le chartophylax Georges au VI'' concile donne une idée exacte de ses devoirs à ce point de vue. Le chartophylax atteste l'authenticité des documents en y apposant sa signature et sa bulle. 11 existe beaucoup de décrets de patriarches et de synodes ainsi attestés. Voici, comme exemple, la lin d'un décret du patriarche Germanos II (12'22-r240), à propos de certains monastères et d'une jeune fille (|ui s'était mariée avant la puberté : l'a-jxa Trap^xo/r/Jév-ra ir^o twv T,[x=p-/;a:à)V t-jvoôe/.div 7raf>a7r|U£t(tia£ïi)v, v.xi if^ ■jiroypaçprj y,x\ <jçpaY-^' TO'j T[[;.[o)TâTou -/apTOÇ'JXaxoç -zr^^ aYiwTaTTi; roO 8eoO {;.£yâ/r,; èxKXyiaca; «ryvifiOtôç j'ieSatwÔsvTa, STTtôôOr, tJ.T,vi y.a": £7;tvîtj.r,(T£i* To?; 7:po*'£"pa!J.u.Evot;, ï'ovi;, C-l/pty'. 'H vT^fjpa9r|. *0 yapToç'j/.a^ t^ç âvtf-jrâTTi; Toû 6£oO [iôyi'/.r,; èxx>,r,Tia; Ktovaiaviivoç ô A'j/.rjvôç. 'II a^j^-ffim [ioMëSivr;

iou>,:(i) £7tiv£[j.r,(î£i T|'... '.Seul, le chartophylax se servait de cette bulle, formée avec le bouUotérion qu'il avait reçu à son ordination. Cependant, en cas de maladie ou d'absence, l'hyponmématographe le supplée, empruntant son cachet. En dehors de Constantinople, le patriarche pouvait donner le droit de signer et de cacheter les documents à un autre clerc qu'il avait nommé son légat pour une cause extraordinaire*. Quand un document, consumé par le temps, risquait de devenir illisible, le chartophylax devait le copier. En ce cas, on trouve à la fin l'attestation originale qui fait part du document, puis celle du copiste '.Ainsi tous les documents de l'Église byzantine passent par les mains du chartophylax, procès-verbaux de synodes, décrets, serments et professions de foi d'évêques, etc. Les archives du chaiiophylakeion forment une histoire complète du patriarcat. Entre autres, le droit d'exemption de certains monastères à l'égard de la juridiction du métropolite, immédiatement soumis au patriarche', est attesté par un document préparé et signé par le chartophylax.

Enfin, le serment du chartophylax fait foi de l'authenticité des documents qu'il présente aux synodes».

Outre les obligations de sa charge à l'égard des documents, le chartophylax avait d'autres devoirs d'importance. C'était à lui de présenter les évêques et les clercs au patriarche, de les introduire aux synodes, .^insi, Anastase le Bibliothécaire : Sine illo prxterea nnllus prscsuluni mil (Irriconim a foris venieiis in conspcclii p<ilriurcliiv iiUniiiiillilur, nullus ccclcsiastico convenlui priesi'ntalnr ^''. \u II' concile de Nicée (787), le chartophylax Xicèphorc présente le métropolite de Césarée aux Pères "; au VIII'' concile œcuménique (869), le chartophylax Paul annonce l'an-ivée de Photius'^. De même, les lettres adressées au patriarche œcuménique, à l'exception de celles d'autres patriarches, passent par les mains du chartophylax".

' Ibid.. col. une. — -Uc ii/liciiiUhiis, P. G., t. CLVii, col. 25. — ' .\iiastase le lîihl.. /'. /,.. t.cxxix, col. 17; Balsamon, Mcdikiliim, P. G., t. r.xix, col. 1 lSS;Syniéon Thcss., De Sdcr. ord., P. 6'., t. CLV, col. 16t, etc. — ' I.'indictîon. — > Dans Leunclavius, lus ccmoniciim grœcoromanum, P. G., t. r.xix, col. 801. -autres exemples, ihiil., col. 77-1; Mansi, op. cit., t. xix, col. .SI)."), etc. — "Balsamon, P. G., l. cxix, col. 1189. — ' Ihid., col. SG4. — «C'est le droit de la /TTajjo-r,;». — » .-Mnsi an synode de OSO. Mansi. op. cil., t. xi. col. 577, 580. — "Slansi, op. cil., t. XVI, col. 38; P. /.., t. cxxix, col. 17. — " Mansi, op. cil., t. XII, col. 1051. — '= Mansi, op. cil., t. xvi.col. ^t>0.

Au concile de 869 (dans la II' session), c'est lui qui présente la supplique des évêques photiens ".

Le chartophylax joue un rôle très important dans les élections épiscopales et dans les nominations à d'autres dignités et bénéfices. Il doit examiner les candidats, faire une inquisition sur leur vie et leurs mœurs, les approuver, les présenter au patriarche : .\ullus ad prœsulatum vcl allc/ius ordinis cicricalum, sivc ad pra'positurani monasteriorum, provclutur nisi iste nunc iipprobel et commendet, ulque de illo ipsi pcUriarchic suijyeral el ipse prœsentet '^.

Dans les élections épiscopales, il préside comme représentant du patriarche. C'est alors qu'il occupe la place supérieure dont se plaignaient certains métropolites. Il n'a pas de voix, mais il dirige l'élection, écrit le nom de l'élu, ou bien les trois noms du scrutin, et les soumet au patriarche". Au sacre du nouvel évêque, le chartophylax le présente au patriarche, donne acte de son élection, commande le silence pendant qu'on le lit, aide le consacré pendant qu'il baisse la tête sur àîto; et que le consécrateur prie ".

C'est le chartophylax qui donne les facultés aux confesseurs et le cclcbret aux prêtres en voyage qui désirent dire la messe dans le diocèse de Constantinople ". Si un évêque malade ne peut pas assister au synode, le chartophylax \a prendre son vote chez lui. C'est lui, également, qui dirige les enquêtes avant le mariage. Il doit examiner si les contractants n'ont pas d'empêchement canonique. Si tout est en ordre, il leur donne une attestation qui permet au clergé de bénir leur union. Le prêtre qui assiste à un mariage sans avoir lu l'attestation du chartophylax est suspendu ou excommunié ". Le chartophylax juge les causes civiles, questions de testaments, droits de pro- ])riété, hérédité, droits de mineurs, etc., dans lesquelles sont mêlés le clergé ou les moines. Il juge les prêtres et les moines accusés de quelque délit canonifjue, impose les pénitences, même l'excommunication, arrange leurs différends. Pour toutes ces causes, il a un tribunal où il est assisté de ses secrétaires (?7£y.p£t;/.o:) et des JTtiT/oTiEOxvo;, prêtres qui doivent veiller sur les mœurs du clergé ^". C'est au tribunal du chartophylax (to /ipT05'j>,ïX£Î',v) que l'on examine, codifie, concilie les canons. Balsamon dit que le charluplujla- /.'t'/on est un vrai tribunal épiscopal: xa'/oi; £x'.'7zo-£;ov •/'i:r/)r,cit-.3.i -n yxçi-oyj'i xY.-.X'y'". Cependant l'on peut appeler des décisions du chartophylax au patriarche ou à la G-Jvo5o; ÈvS/,[j.o-j<7a.

.\ la liturgie, le chartophylax se tient « près des saints mystères » (icraTai 7t).r|(j[ov ™v àyîtov n'jirT/ipi'iov); comme archidiacre, il dit : ripoiÉXOETE rw pafji),£; y.i'. 0£ ■), à la communion des prêtres --.

Les multiples droits du chartophylax justifient la définition d'un certain Pachymeres Augustanus, cité parCrusius XapToy-j/a! 6 Tri^av OtioOetiv ô'.i-ttn".

Vers la fin du xii' siècle le prinnis defcnsor (-pw- TÉxStxo;), qui venait d'être avancé au rang des £$M/.oTizot).oi, à la première Ti£vTi;. voulait s'attirer une partie des droits du chartojdiylax sur les clercs et les moines, s'appuyant sur le canon 23 de Chalcédoine ", (|ui, selon lui, donnait toute autorité dans

— " Sine illo... miUiiis epistola palriarchœ missa rccipitur nisi iorlc a céleris patriarchis miltatur. Anast. Bibl., toc. cit. — "Mansi. t. xvi.col. 320. — ".\nast. Bibl., toc. cit. — '• Symeon Thcss., P. G., t. ci.v, col. 3'J7; Balsamon. P.G., t. cxix.col. 1192; Goar, £uc/io/offion, col. 223. — ''Symeon Thcss., ibid., col. 409. — "Balsamon, ibid., col. 921. — " Symeon Thess.. Inc. cil., col. 1G3; Goar, op. ci(., col. 223, 2'28, 233. — :» Balsamon, toc. ci/., col. 1190. 1197. — =' Goar, idiii., col. 233. — = = Goar, col. 223,228.— ='Grctscr, P. G., l. ci.vii, ciil. 133. Cl. Crusius. Tiircojjra'ciii.Bâle. 15.81, p. 203.

— " Hctclc-Lecleicq. Ilisl.des conciles, in-S", Paris, 1908, t. II, part. 2, p. 809.

GHARTOPHYLAX

CHARTRES

ces matières à rî7.ôi/.o;, c'est-à-dire à lui-niênic. Pour défendre le chartopliylax contre cette prétention, Théodore Balsamon écrit son Medilalum sur les deux offices. Il prouve sans dilliculté que le canon n'envisage qu'un cas spécial, celui des clercs étrangers se rendant à Constantinople. Sur ceux-ci le dejensor a toute autorité, sur les clercs indigènes, aucune '. En même temps il détaille les droits du chartophylax dans une longue étude d'où nous avons pris la plupart de ces renseignements.

Bibliographie. — Anastase le Bibliothécaire, notes au VIII'* concile œcuménique, dans Mansi, Concil. umpliss. coll., t. XVI, col. 38; P.L., t. cxxix, col. 47- 48. — Théodore Balsamon, Medilalum, P. G., t. cxix, col. 1181-1200. — Syméon de Thessalonique, De sucris ordinalionibus. c. ccxliii.P. G., t. clv,co1.464. — Georges Codinus. De o/licialibus palatii Conslanlinopolilani, avec les notes de J. Gretser, S. J., et de J. Goar, O. P., P. G., t. clvii, col. 25, 140, 143. — J. Goar, Eucholiigion. 2« éd.. in-fol., Venctiis, 1730, col. 223, 228, 233.— E. Beurlier, Le charlophijliix de la yninde Église de Cunslanlinoplc , dans le Comple rendu du 3' congrès scienlifique inleinalional des cutholigues ■ (Bruxelles. 1895), v^ section, p. 25'2-266.

Adrien Fortescie.

CHARTRES. — I. La ville. II. La liste épiscopale. m. Les écoles. IV. Légendes. V. Le puits des Saintsl-'orls. VI. Épigraphie. VII. Manuscrits liturgiques.

I. La ville. — Aulricum aurait, d'après l'opinion commune, tiré son nom de la rivière à'Auluia ou Audura% aujourd'hui Eure, sur les rives de laquelle la localité était située. Le nom d'Aulricum se lit pour la première fois chez le géographe Ptolémée iKafvoJ- -at -/.ai TioXïi; A'jtptv.o-/, Kr.vaôov^; ensuite on le rencontre sur une inscription de Tebessa en Afrique : Q. IVLII Q. F. QVIR (m(/)DIRATI AVTRO (ico) MIL. LEG. III AVG. ', dans les notes tironiennes, sur la Table de Peutinger^ dans \aVila sancti Germani Au- (issiodorensis par Constance '. Depuis, la civilas Carnotum porta les noms de oppidum Carnolum, Carnolena cii'ilas, Carnoles, qui se lisent chez les hagiographes et sur les inonnaies mérovingiennes. Paulin de Périgueux mentionne les Carnolina palulis mœnia cumpis '.

Chartres est une des plus anciennes parmi les villes de France. Elle résista à Jules César et tira quelque célébrité d'un centre druidique sur lequel nous sommes fort imparfaitement renseignés.

II. La liste épiscop.\le. — L'histoire ancienne de l'Église de Chartres, en tant qu'elle dérive des vraies traditions de cette Église,est représentée par un catalogue épiscopal dont il nous reste une rédaction du XI' siècle, dans un manuscrit de la Trinité de Vendôme, Parisinus 737 5S*. Ce catalogue parait exact; on peut le confronter avec les renseignements épars des textes authentiques et remonter ainsi jusqu'au commencement du vi^^ siècle. Le premier personnage qui soit en pleine histoire est déjà le quatorzième sur la liste épiscopale : Adventinus, qui siégea au concile d'Orléans en 511. Parmi les prédécesseurs que

'P. G., t. cxix, col. llSl-1185. — : Cette forme est la seule qu'on rencontre dans les textes de l'époque mèdié- ' vale. — 'Ptolémée, II, viii, 10. — 'Corpus inscripliomim lallrua-um, t. viii, n. 1876. — • A. Desjardins, La table de Peutiiifjer, d'après foriginal conservé à Vienne, précédé <rune iniTod. hist. el crit.. in-fol., Paris, 1869, p. 150. — ' Acta sancl., 31 juillet. Vila S. Germani, I, i, S : ad locum qui appetlatur Aulricus. — • Vilu S. Martini, I. IV, vs. 255. — * L. Duchesne, Fastes épiscopaux de la Gaule, in-8 ■. Paris, 1900, t. ii, p. 418. — ' Sulpice Sévère. Dialogi. 1. III, c. II, P. L., t. XX, col. 213. — " L'Église d'Orléans, voisine de Chartres, ne remonte pas plus haut : son premier évêque. Declopetus, adhéra aux décisions du concile de

lui donne la liste, quelques-uns peuvent être identiliés. Parcourons rapidement les noms :

Adventus et Optatus, inconnus.

Valentinus; il pourrait bien être cet évêque gaulois qui, vers 344, adhéra à la réhabilitation de saint Athanase. Ce serait lui encore qui assista à Chartres, vers l'année 395, en compagnie de l'cvêque Victricc (de Rouen'? à un miracle de saint Martin'. Mais cet épiscopatde cinquante et un ans est bien difficile à accepter et mieux vaut supposer que le Valentinus de 344 n'a rien à voir avec le catalogue épiscopal de Chartres. Notre évêque Valentinus se placerait donc à la fin du IV siècle et cela conduirait ses deux prédécesseurs, en leur supposant à chacun un long épiscopal, vers le temps de Constantin, deuxième quart du iv« siècle".

1 Chartres a conservé, sans doute, quelques traditions martyrologiques, comme celles de saint Chéron, des saints Forts, de sainte Modeste, mais tellement obscures qu'il est impossible de dire s'il s'agit de -sictimes des invasions barbares, d" personnes assassinées par des brigands — c'est le cas, semble-t-il, pour saint Chéron — ou de martyrs proprement dits, exécutés en vertu des lois ou édits impériau.x contre les chrétiens. .\ucun de ces faits, du reste, quel qu'en soit le véritable caractère, n'entraîne l'existence dune Église indépendante, à Chartres, antérieurement au iv'siècle. Si l'on veut reporterplus haut l'établissement de ce siège épiscopal, il faudra dire que le catalogue est incomplet pour les temps les plus voisins de l'origine. Cela est possible; mais nul ne saura jamais dans quelle mesure il est incomplet; nulle conjecture précise ne pourra être présentée sur la date du premier évêque". »

Après Valentinus, sur lequel nous savons si peu de chose, se succèdent six ou sept évêques sur lesquels nous ne savons rien du tout. C'est d'abord Martinus, un nom : puis Anianus, est-ce même un nom? Ce cinquième évêque de Chartres n'est-il pas le célèbre évêque d'Orléans, son homonyme'? Le 2 septembre de l'année 1134,un ijicendie consumait une église dédiée à saint Agnan et ne respectait que les reliques, ce qui donna lieu en 1136 à une cérémonie solennelle de translation dont le récit fut inséré en neuf leçons à l'office du 7 décembre. Le 10 juin 12G2, nouvel incendie, l'église une fois de plus est consumée ainsi que le reliquaire, les reliques demeurent intactes. Nouvelle reconstruction, nouvelle translation en 1264, nouveau récit liturgique inséré à l'office le 10 juin'^ Ces translations nous sont maintenant bien connues, grâce à trois manuscrits de Chartres; elles sont aussi peu intéressantes que la plupart des relations de ce type. Ce qu'on souhaiterait y trouver ne s'y rencontre pas. car on ne peut rien tirer au point de vue historique de quelques banalités consacrées à l'éloge des vertus de l'évêque Agnan. Le récit de la plus ancienne translation n'est pas contemporain de l'événement et il nous apprend qu'au XII' siècle on ne possédait aucune vie de l'évêque et que le corps déposé dans la crypte ayant la réputation de faire des miracles, on l'apporta dans l'autel majeur de l'église, et celle-ci prit son vocable du saint

Sardique, en 344. On a quelquefois identifié le saint Mellon, premier évêque de Rouen, avec Malo, second évêque de Paris: les dates concordent bien, car ces deux préfets ont dû vivre au.x abords de Tan 300. Peut-être r.\d\entus de Chartres n'est-il pas dilTérent de l'.-Vdventus qui figure au cinquième rang dans le catalogue des évêques de Paris. — " L. Duchesne, dans le Bulletin critique, 1885, t. vi. p. 106- 107. — *- Cf. \'etus chronicon, rédigé en 1389, dans E. de l'Épinois et, L. Merlet, Cartulaire de Xotre-Dame de Chartres. 1862, t. I, p. IS, 24; .\. Clerval, Translationes S. Aniani. Carnutensis episcopi. iuinis 113^ et 1264 lactée, dans Analecta hollandiana.\S&&.\. vu. p. 321-335 ; R. Merlet, La cathédrale de Chartres, in-8°, Paris, 1908.

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pcrsuiiiuigo qui lui valaK l'illuslnitiou. Mais quel vocal)lc i)lus ancien reniplavail-il? Nous l'ignorons '. Le narratenr de la translation l'ignore, lui aussi, et bien qu'il fasse remonter le début du catalogue cpisco[)al de Chartres à l'âge apostolique et saint Agnan luimême à cette liaute antiquité, il se voit, cependant, contraint de reconnaître la durée de l'épiscopat de chacun de ces premiers évêques. Il ne tombe même pas dans ce travers de faire naitre Agnan au village de Vauvenlriers^et d'avoir bâti l'église qui porta son nom sur l'emplacement de sa maison paternelle à Chartres.

N'oici un personnage assez mal connu et, même, le jour de son anniversaire n'était pas fixé et il n'était l)as question de lui dans le martyrologe cliartrain du XI" siècle. Ses successeurs immédiats ne se trouvent pas en meilleure posture : Severus, Castor, Africanus, Possessor, Polychronius ne sont pas autrement connus.

f^e onzième nom de la liste cpiscopale est celui d'.\rbogastus, qui pourrait être identifié avec nos homonymes, le comte de Trêves, l'un des correspondants lie Sidoine Apollinaire'. Vient ensuite Flavius, mentionné dans la vie interpolée de saint Sollemnis connue ayant été son prédécesseur''; il est probable que ceci dérive du catalogue.

Sollemnis, personnage mal connu et ([ui bénélicia de ce qu'on savait sur un autre Sollenmis'. Rétiuil à sa propre histoire, l'évêque chartrain aurait concouru à la conversion de Glovis et assisté au baptême de ce prince*. Son épiscopat aurait duré douze ans (lies olijinpiadcis) en comptant cette durée à partir d'une ■guerre entre P'rancs et Goths, distincte probablement de celle de 507.

Adventinus, un des Pères qui siégèrent au concile d'Orléans en 511. « Sa signature varie suivant les manuscrits; les uns le marquent de Carnoliis, les autres de Diino ou Dunensis. Cette circonstance est en rapport avec l'un des épisodes de la légende de saint Sollemnis. Celui-ci, désigné parle roi (Glovis pour être évoque de Chartres, se cache et ne reparait que lorsque, en désespoir de le trouver, on a ordonné .\ventin à sa place. On Unit, cependant, par le découvrir; on le consacre et Aventin se retire à Châteaudun, où il attend patiemment que Sollemnis achève son épiscopat '. Fête, le 4 février '.

.(Ether lus qui a souscrit aux conciles d'Orléans, en 533, .538, 511, aurait dc'veloppé le culte de saint Prest »; mentionné plusieurs fois dans la vie de son successeur, qui fut :

I.eobinus, qu'on désigne couramment sous le nom de Lubin. iWl évêque est un des mieux connus de la liste, grâce à une biographie dont l'auteur pourrait bien être Calétric, dont il sera question dans un instant'", i.éobin siégea aux conciles d'Orléans, en 549, et de Paris, en 552. 11 fut du nombre des juges qui pro-

' Uouillard. Partiiénic tni hisbtirc de la Ires amjusle ei 1res dévoie ïiijUse de Charlres, l(>n'.i.2'' par lie, fol. 8 recto; Souche t, Hisl. du didc. et de la iiille de Cliarlres. ISIi.S. l. i, p. ,356; Doyen, tlisl. île la ville de Cliarlres. 1786. t. i. p. ^09; Bulteau, Ucccr. de la ealliéd. de Cliarlres. IS.ïC), p. 301; E. de l'Épinois, IUsl.de Chartres. \H^^'i. t. i.p. 231, opinaient pour le \-ocable (le saint Denis ou des saints Pierre cl I*aul. — " Doyen, Histoire de la ville de Chartres, 17S(>. l, i, p. 2(t9. lient pour la naissance à Vauventricrs cl il en donne la raison : c'est qu'il existait jadis mic roule allant de Cliarlres A Vauventricrs et qu'on appelait la via saneti Aniimi. — ' Sidoine, Epistol., 1. IV, n. xvii, dans Monum. Gerni. hislor.. Epist.,1. III. p. 137- Cf. Clerval. les éeoles de Chartres au moyen âffc, 18!lô, p. 3. — ' Aeta saiiel.. sept. I. vu. p. 67. — ^ Ce deuxième Sollemnis n'est point é\c<|ue; t\ii moins, Grégoire de Tours, qui nous le fait connaître, n'en <lil rien. Il avait été inhumé à Maillé (Luynes), à l'ouest de Tours. Grégoire de Tours. De ffloria eonfessoruni. c. xxi. — " Aeta sanet., sept. t. \ m, p. 62; [.e\'ison. dans .faheb. des Vereins

noncèrent l;i déposition de l'évêque de Paris, Safïanicus. Fête, le 11 mars (dejmsilio) et le 15 septembre (IraiisUiliu).

Chaletricu.s, peut-être, comme nous l'avons dit, le biographe de son prédécesseur. Il siégea au concile de Tours, en 567, et à celui de Paris, dont la date est incertaine entre 556 et 573. Xous parlerons plus loin de son tombeau. Fête primitive (deposilio), le 4 septembre; translation le 7 octobre.

Pappolus. Peu de temps après son élection, cet évêque vit le roi Sigebert morceler son diocèse et, sous prétexte d'en détacher la partie austrasienne de l'ancienne civitas Camoliim, fonder à Châteaudun un nouvel évêché dont le diocèse de Chartres fournissait le territoire. Pappolus jeta les hauts cris, mais en vain, il lui fallut voir introniser un collègue dont le nom valait un programme, c'était un clerc nommé Promotus. Pappolus ne se tint pas pour battu et déféra l'entrejirise faite à ses dépens au concile de Paris en 573; le concile, où ne figurait aucun évêque austrasien, lui donna gain de cause. Ce fut au tour de Promotus de faire bonne contenance; il garda son siège cl s'y maintint, tant que vécut Sigebert, en dépit du concile. Après la mort de Sigebert, il faut céder, mais Promotus tenta, en 584, de reprendre ses fonctions. Pappolus veillait et le roi Contran y mit bon ordre ". Ce même prince chargea Pappolus, en 585, de donner I la sépulture à Mérovèe, Mis de Chilpéric '2. Il siégea I cette année-là au grand concile de Mâcon. ! Bœtbarius, dont il existe une biographie qui parait i avoir été rédigée au i.x'' siècle ". On y apprend que Béthaire, d'abord chapelain de Clotaire II. aurait été élevé par lui au siège éjuscopal de Chartres; ceci oblige de retarder cette promotion jusqu'à l'année 595, où, Childebert 11 étant mort, Clotaire II et Frédégonde se saisirent de Paris et « d'autres cités < qui devaient revenir aux fils du roi défunt '*. Chartres aurait donc été du nombre de ces cités. Moins de six ans plus tard, Clotaire II fut vaincu à Dormelles par les fils de Childebert ''; Thierry reprit la ville de Chartres, dont l'évêque, créature du régime précédent, fut assez malmené. Emmené captif à la cour de Bourgogne, il parvint à apaiser le roi, qui lui rendît la liberté. On le trouve ensuite siégeant parmi les membres d'un concile tenu à Sens. Fête, le 3 août, actuellement le 2.

Les noms qui suivent ceux-ci sur la liste é])iscopale sont fort insignifiants ; Magnebodus, Sigoaldus, Mainulfus. Theobaldus. qui siégea, en 614, au concile de Paris; Berhtigisilus, qu'on trouve en 627, au concile de Clichy; Malardus, qui assiste, en 650, au concile de Chalon-sur-Saône. Ce même Malardus est mentionné en tête du privilège de Rebais (636 ou 638) parmi les » comprovinciaux de l'évêque de .Meaux; dans les signatures, au lieu de son nom, on en trouve un autre; Albridiis Carnoleiia' iirbis episcopiis siibseripsi.

von Allerlhurnsfr. ini Hheinhaxde. t. cm. j). 78. — " L. Ducliesne. Fastes episeo[)aii.r de la (iaitle. t. II. p. 422. — ^ Omise dans le mart\Toloî;c du xr' siècle. Cf. Merlet et Clerval, l 'n aianuseril ehartrain du xr^ sièele. in-S", Chartres, 1893, p. 44. — ' Merlet et Clerval, op. eU.. p. 32 sq. — 'i>.4c(a sanel.. mart. t. il, p. 349-350; 3' édil., p. 344-345; Bibl. haiiiiifir- lidina. 1900, n. 721 ; Mahillon, Aeta sanel. O. .S. B., 1668. 1. 1. p. 123; 2' édil. .p. 113: S. A. Bcnoetl.dans IJieliotiarii al elirisliaii biographii.l. m. p. 683-(i84 ; Cochard, Les saints de l' f-^ijlise d'Orléans, 187VI. ]i. 178-1,84; Pouyade, .Saint Lnbin de \'enilànie.(li\t\s Balletin de la Soe. arehéol.. Veiidnmc, 1880,1. xxviii, p. ll.'î-12S. — " Sur cette allaire, cf. conc. de Paris. 573. dans Cône, œvi meroivingiei. édil. Maassen, p. 146-151 ; Grégoire de Toui-s, llisl. Frane., 1. VII, c. XVII, /'. L., t. Lxxi. col. 426. — '• Grégoire de Tours. Jlisl. Frane., 1. VIII, c. x. /'. /.., l. i.xxi. col. 454. — " Aeta sanet., aug. t. i, p. 169, dans Monum. Germ. hisl.. Seripl. merov.. t. m, p. 613, édil. Kruscli. — '* Frédégaire. liber hislor. Franc. I. IV. n. xvii. — ■' Ibid.. I. IV. n. xx.

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Puis vionnenl encore : Gauciobertus, qui signe les privilèges d'Emmon de Sens, délivres en 660, et celui de Drausciusde Soissons, délivre en 667; Grodobertus; Deodatus, mentionné dans la charte d'Agerad: Doino: Promo; Bertharius; Bertegrannus, Haiminus: celui-ci assista, en 668 ou 669, au concile de Rouen où fut délivré le privilège pour Fontenelle. Nous avons encore, en original, un privilège délivré par Ageradus, évêque de Chartres,;! un monastère de son diocèse, en date du 6 mars, an ii de Childebert III (696 ou 697)i.

Agatheus, inconnu; Leobertus ou Leu<iisbertus, contemporain du roi Thierry IV; Hado: Flavinus; Godiilsaldus; Bernoinus. Celui-ci assista au concile de Paris en 829 et siégeait encore à Chartres en 836. Nous n'avons pas à dépasser cette limite.

III. Les écoles. — L'illustration que la ^^lle de Chartres a due à ses écoles remonte haut dans le passé. César mentionne l'existence d'écoles dans le pays des Carnutes, dirigées par des prêtres gaulois appelés « druides . Un grand nombre de jeunes gens, dit-il, accouraient prés de ces prêtres pour s'instruire et les avaient en grand honneur K » Ceux qui se mettaient sous cette discipline étaient exempts de la guerre et de l'impôt, ce qui déjà alors favorisait l'éclosion des vocations; aussi « beaucoup se réunissaient spontanément sous la discipline des druides, ou leur étaient envoyés par leurs parents et leurs proches. Ces élèves apprenaient près d'eux un grand nombre de vers ou de sentences : quelques-uns même passaient vingt ans à leur école. » Outre le rudiment sur les astres, les mondes, les dieux et la vie future, les druides professaient l'éloquence et la médecine '.

» Ces écoles druidiques chartraines furent très atteintes par la conquête romaine, d'autant plus qu'elles avaient été le dernier centre de la résistance gauloise à la domination étrangère. Tibère et Claude les détruisirent définitivement en forçant le druidisme à se réfugier dans la Grande-Bretagne. Furent-elles remplacées par des écoles gallo-romaines? L'importance de la ville de Chartres, classée la première, après Sens, des cités de la IV"^ Lyonnaise, et choisie pour la résidence du préfet des Lètes-Teutons, le grand nombre des opulentes villas qui l'avoisinaient, permettent de le conjecturer. Mais la meilleure preuve de leur existence, c'est la réputation littéraire dont Chartres jouissait au le n, au v* siècle*. »

Quelques évêques, parmi ceux que nous avons mentionnés dans le catalogue épiscopal, paraissent avoir tourné leur attention sur les écoles. Ce Martinus, dont on n'a rien à dire, aurait vécu dans un milieu assez littéraire pour qu'à sa mort il se soit trouvé un familier capable de rédiger ces vers léonins qui furent gravés sur sa tombe K

TE COLVIT CHRISTE MARTINVS CANDIDVS ISTE QVEM MODO TV RECREAS ET RECREANDO BEAS

Arbogaste aurait donné une impulsion réelle aux écoles chartraines. L'ne lettre de Sidoine Apollinaire,

' J.-M. Pardessus. Diplomala, chariœ, n. 435. J. Havet, dans Bibliothèque de r Ëcole des chartes, 1894, t. lv, p. 41, 325, le reconnaît dans r.\claldus, signataire d'une charte mancelle datée du mois de juin 6S3. — " De hello gallico, 1. VI, c. XIII, xn-. — » Lucain, Pluirsale, I, vs. 440; Pline, Histoire naturelle. ]. XVI. n. 44. ^ ' .\. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âqe, du v au xvs' siècle, dans Xlènioires de la Société arclièologique d'Eure-et-Loir, 1S95, t. XI, p. 2. — ' .\ Saint-Martin-au-Val. — 'Sidoine Apollinaire, Episl.. IV, xvii, P. /,., t. lviii, col. 522. .\vec Sidoine, il faut de la patience, au moins autant qu'avec Voiture; ces gens ne savent rien dire simplement, avec eux on est toujours au diapason lyrique. Ce qu'on peut tirer de ce billet à .\rbogaste, c'est que celui-ci parlai t correctement et écrivait de même. C'est tout, mais c'est quelque chose et, au v« siècle, c'était même beaucoup. Un prélat

évêque de Clcrmonl, contient à ce sujet d'utiles renseignements ; « Votre urbanité, lui écrit-il, vous fait badiner avec infiniment d'esprit : vous buvez les eaux de la Moselle et l'éloquence romaine coule de vos lèvres comme de source; on vous dirait sur les bords du Tibre. Vous ^ivez parmi les barbares et vous ignorez les barbarismes. Semblable aux généraux de l'antiquité par le langage et par les mains, vous ne maniez pas moins bien la plume que l'épée. C'est pourquoi, si la noblesse de la langue romaine, exilée jadis des provinces belges et rhénanes, réside quelque part, elle s'est réfugiée en vous. Grâce à vous, lalanguelatinc a pénétré là où les lois de Rome n'ont pu passer. .Aussi, en vous rendant votre salut, je me réjouis grandement de voir se conserver en votre noble cœur les derniers vestiges des lettres qui s'en vont. Si vous les maintenez par une lecture assidue, vous éprouverez de jour en jour que les hommes instruits l'emportent sur les ignorants, comme les hommes l'emportent sur les animaux '. ' Si .\rbogaste fut évêque de Chartres ", on peut supposer que le^ écoles locales s'en trouvèrent bien. Quoi qu'il en soit, ses successeurs, Flavius et Sollemnis. sont désignés comme instituteurs de leurs clercs et maîtres d'une école épiscopale. On raconte que les saints Aventinus et Sollemnis furent élevés par leur grand-oncle maternel, l'évêque Flavius, qui les instruisit dans les arts libéraux et les admit dans son clergé malgré leur jeunesse, parce qu'ils l'emportaient sur leurs émules. .\ son tour, Sollemnis forma la jeunesse et il eut parmi ses élèves un moine nommé Baudemir^ C'est avec Sollenmis que prend fin la période conjecturale et de formation de l'école chartraîne '.

0 -Au vi= siècle, l'histoire de l'école de Chartres devient plus sûre, plus riche et plus précise. On découvTe alors, non seulement les moines et les évêques qui exercèrent quelque influence sur son développement, mais encore les premiers maîtres et les premiers élèves qu'elle a comptés dans son sein *°. >• Chartres commençait à jouir au dehors de quelque réputation; dans la nuit commençante du moyen âge, ce lumignon semblait un soleil. On y venait s'éclairer.

Les légendes de saint Chèron et de saint Éman, composées au x^ siècle, nous montrent deux personnages savants jusqu'au bout des ongles, savants comme on l'était alors, c'est-à-dire connaissant en perfection « non seulement le Trivium, mais encore le Quadrivium. • Voilà nos gens lestés ! Après avoir passé quelques années à Rome, l'un et l'autre allèrent à Chartres, dont ils avaient entendu dire merveille. Éman vint dans celle ville, nous apprend son biographe, ■ parce qu'alors elle était célèbre, non seulement par toute sorte d'ouvrages, mais encore par des hommes illustres ". Chéron se plut tellement à Chartres qu'il ne la quitta plus et, après sa mort, ses disciples firent élever sur son tombeau une basilique par Serannus, un monastère par Pappol '*.

Saint Léobinou Lubin", évêque de Chartres (544-

qui savait parler et écrire avec justesse était chose rare; Sidoine, pour son propre compte, n'y par^'int jamais. — ' Une lettre d'.Vuspicius de Toul, en vers rythmés, se termine en faisant entrevoir le prochain épiscopat d'.\rbogaste, P. /.., t. Lxi, col. 1006, op. cit., p. 4. Ce sont, il est vrai, des légendes tardives; elles ne remontent guère plus haut que le ix- siècle. — « Ce Baudemir avait rejoint dans le monastère de Chabris-sur-Cher, en Berry, saint Die, qu l'interrogea sur le lieu de sa naissance et de son éducation. Baudemir répondit qu'il était originaire du pays de Chartres, qu'il avait été imbu des sciences sacrées et employé au service divin sous l'évêque de cette cité, sub ejusdem ciuitatis episcopo ecclesiasticis inibutuni disciplinis. Or, cet évêque était Sollemnis. — ' .\. Clerval, op. cit.. p. 4. — "• Ibid.. p. ô. — " .4c/o sanct., maiit. vi, p. 748. — " Actu sanct., maiit. III, p. 595. — " Acta sanc(., niart. t. ii,p. 349

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ôSO), entra de bonne heure dans le monastère de Saint- Hilaire, à Poitiers, où se conservaient des traditions studieuses et des préoccupations littéraires. Peut-être avait-on remarqué son goût et sa capacité pour l'étude ; afin d'y couper court, on l'établit ccUérier et il fut chargé de régler les heures du jour et de la nuit. Ainsi qu'on aurait pu le prévoir, ce contre-temps, loin de détourner, stimula l'ardeur de Léobin pour le travail, il prit sur ses nuits le temps qu'on lui disputait pendant le jour; du coup, on trouva que c'en était Iroj) : les paresseux veillaient, ils réclamèrent, cette application au travail était une provocation. Lisons la \'ie du saint par Calélric : « Cette occupation (de cellérier) l'empêchait de se livrer de jour à la lecture; aussi veillait-il quand les moines étaient au dortoir alin d'apprendre la règle de la justice. Mais cette ap|)lication à l'étude paraissait excessive à quelques uns de ses frères; il craignit que leurs murmures ne dégénérassent en troubles, il mit donc un voile à sa fenêtre pour dissimuler sa lumière et pour travailler à son aise '. » 11 tint bon sept ans, puis quitta Poitiers. .\lors il commença ce qu'on pourrait appeler son tour de France. S'étant présenté au bienheureux Avit. celui-ci ne voulut le recevoir qu'après qu'il aurait complété ses connaissances en visitant les divers centres monastiques alors en réputation. .\ccompagné d'un diacre, Lubin parcourut les bords de la Loire, traversa Orléans, Angers, Xantes, descendit à Mende, vint à Lyon, où il visita le bienheureux Loup à l'Isle- Barbe, et poussa jusqu'à Lérins. Au retour de ce voyage, saint Avit le mit à la tête du monastère de Brou. Il était là, quand .Etherius de Chartres l'adressa à saint Césaire d'Arles. Ces pérégrinations, pour un homme de sa capacité, valaient une formation, aussi (^alétric nous le représente comme « un homme apostolique... nel dans son langayr, tirs ayrcahlc dans son enseignement, excellent dans sa pré<lication... »

On a imaginé, sans grand fondement, de faire remonter à Lubin la fondation d'une école cpiscopale lixée au nombre de soi.xante-douze clercs constitués en communauté, avec des règlements concernant la ])rière et l'étude '. La meilleure i)reuve de la prospérité de l'école épiscopale sous saint Lubin, ce sont les maîtres et les élèves qu'elle compta vers ce temps et dont nous connaissons les noms avec certitude. Citons les évêques Calétric, Pappol, Béthaire, Lancégésil, et au-dessous des évêques, le prêtre Chermir et le moine saint Laumer.

Calétric {5.57-vers 567), dont nous donnerons jjlus loin les deux épitaphcs, aurait été particulièrement doué pour le chant et pour la prédication. La vie de l.éobin.si elle est son ouvrage, est, pour répo(|ue,une IH'oduelion honorable. « Courte, sinq)le, elle est rcmar- (|uable par sa bonne loi et son style. »

Pa])]iol, son successeur, nous a laissé une lellre de protestation adressée au concile de Paris eu 57:i, contre révê(|ue de (^hâteaudun. Cela n'est pas nuiuvais du tout, cela vibre, et on serait curieux de lire, les» mandements » épiscopaux d'un tel prélat s'il les écrivait sur ce ton franc et net.

Bèlhaire nous est assez bien connu par sa Vie; on

> Cel iin-ideiït si humain montre la jalousie <U' certains moines, toujours en éveil pour interpréter en mal même la p.'iiie (pi'ou prend pour se rendre utile. \ ceux qui voudr.iient lire la contre-partie, la charité reeonnai.ssante des sjins qu'on prend i^our autrui, je signale un épisode que raemle le maréchal de Castellane, pendant la campagne de Russie; il s'agit non plus de moines, mais de grognards, émus à la vue d'une baugie ù la fenêtre du bi\'ouae impérial el à 11 i>ensée que l'empereur \'eille pour eux. Journal ilu liiHféfhiil tic Cdslelttuit', iTl-S'^ Paris. IS'.t.'». t. i, p. Itil. — = Soueliet, l. I, ]). llO.et liuuillard, nùnces autorités ((ue ,\. Cler\ al, up, cil., p. 7, semble dispose ù sui\ re, Arlii .sd/ie/., loMil l. II, p. 349, n'accueillent pas cette tradition. —

JlICT. d'arch. cunÈi.

le voit incor])oré tout jeune parmi les écoliers et « son savoir dans les lettres, son exquise urbanité lui méritèrent l'estime générale : on le proclama docteur es divines lettres et mailre de toute la cité ', > titre qui désignait une fonction scolaire bien caractérisée, celle de professeur. Béthaire s'y fit un nom, Clotaire II l'attira auprès de lui, mais, vers 594, il revint occuper le siège de Chartres que la mort de Pappol laissait vacant. Il semble qu'il ait assumé, en même temps que la charge épiscopale, le gouvernement de l'école : cœpit namque florere in sanctissimis studiis.

Après lui, Lancégésil ou Bcrhtigisil (f 633)fut également évêque de Chartres, qu'il devait connaître depuis longtemps, ayant été dans sa jeunesse élève de l'école épiscopale. On lisait sur sa tombe, dans l'église Saint-Martin-au-Val, cette précieuse attestation: HIC lACET LANCEGESILVS PRESBITER- DISCIPVLVS CHERIMIRI. QVI OBIIT ANIMO SEXCENTESIMO TRIGESOM TERTIO NONAS FEBRVARII'. Outre Lancégésil, nous recueillons ainsi le nom de son maître chartrain, Chermir, qui fut avec Béthairelepremier des professeurs non évêques dont le souvenir se soit conservé.

Chermir est cité connue iirofesseur dans un autre texte, la Vie de saint Laumer. qui lui fut confié tout jeune : Sub pncritia lilteralihas studiis a parentibus Iraditur cl cuidam sacerdoti vilie venerabilis, nomine Clierimiro. eommittilur, qui inira oppidum Carnoiense Domino militans, reliyionis fania eelebris hubebalur "•. Chermir a dû enseigner à Chartres aux environs de l'année 550. Béthaire le remplaça ou, du moins, lui succéda; « et c'est ainsi que commença la longue série de ces chanceliers ou maîtres qui, sous l'autorité des évêques, dirigèrent si longtemps et si glorieusement les écoles chartraines. Si Flavius et SoUemnis sont les premiers pontifes savants de ces écoles, Chermir et Béthaire en sont les premiers maîtres, Lancégésil et Laumer en sont les premiers élèves connus '. »

.\ ces derniers il faut joindre, pour le \i' siècle, les auteurs des légendes de saint Lubin ' et de saint Béthaire ';« ces deux vies font honneur au goût littéraire des Chartrains du vi" siècle '. o

Au VII': siècle, les écoles de Chartres eurent une recrue de mérite ; saint Leufroy y fut successivement élève et maître '». .\près avoir épuisé ce que les maîtres d'Évreux avaient à lui apprendre, il vint à Chartres: ad urbem Carnotensem convokwil ubi diversonim studioium doctrinam abundare eoynoverat. Il y faisait de grands progrès, mais, voyant l'envie dont il était l'objet, il quitta la ville.

Il semble que cette culture de l'école n'influençait pas beaucoup autour du petit groupe qui s'y complaisait. On possède une charte donnée par l'évcquc .\girard (687-696) à un monastère de son diocèse, en date du G mars an ii de Childebert 111(696 ou 697)"; c'est une pièce en latin barbare cl qui montre que le beau langage ne sortait pas de l'école pour se gal- \auder dans la chancellerie épiscopale. Quant à l'authenti(|ue des reliques, ce n'est guère autre chose qu'un spécimen "; //œc siinl pignora de coberlorio domno Monulfi), Trejectcnssi cpiscopo, fig. 2678.

' Vila S. licllmrii, dans Acia sanct., aoug. t. i, p. 169. Cf. .1/onnn-.. Germ. hisl,, .S'en'/)/, rer. mcroi)., t. m, p. 613. — * Souchet, Histoire de la ville et du diocèse de Cliartrcs, t. I, p. 446. — '.4(-r« siincl., jan. I. il, p. 230. — • A. Clerval, op. cit., p. 11. — "P. L., t. Lxxxviii, col. 550. — •* .■\cl(i sanrt., aoug. t. i, p. 168. Cf. L. Duchesnc, Fastes {"piseopmLv, t. il, p. 423, note 3. — ' A. Clerval, op. cit., p. 11 . — "AcIa sancl., jun. t. iv, p. 104. — " J.-M. Pardessus, Diplonitilti^ charla\ n. 435; J. Tardif, Cartons de rois; I'. L., t. Lxx.xvui, col. 122S; Mabillon, De re diplomalicn, p. 382, 478. — '^E. Le Blant, Recueil des inscript, chrel. de la Gaule, t. i, p. 312, n. 215, conservé^ aux archives d"Eurc-et-I.,oir.

CHARTRES

La docadoiice coiniiKMi(,-ait. Au viii'^ siècle, on ne signale point de pontife instruit, on ne trouve pas un seul nom de maître ou d'élève: on ne possède qu'une inscription de trois lignes, gardée jadis dans un reliquaire et portant la date de 723: elle est aussi rédigée en latin usuel ' : Hic sinil reliquiœ Machabcrorum nuirtcrurnct sancli Euscpiœct sunclo Leubino episcopo, cl (le illa terra suncta fucriinl hic missus ilceimo quarto kalcndas deccmbris eum pace, in anno qiiinto ordonationis domno Leudisbcrto episcopo per Tclwtidcbcrto diacono. Dco gralias. Amen. In anno III. liotrud rcgina' Tcheuderico rcgc. Mais on conserve trois manuscrits de ce temps, écrits en onciales, et représentant assez bien los principales études d'alors. Le premier est le fameux Évangile de saint Jean qui fut enfermé avant l'an mil dans la sainte châsse et se trouve actuellement à la Bibliothèque nationale '. Le copiste a signé ainsi : (;j Dei nomine Marinas hue si indignas presbiter, ora pro me. Ce Marinus était, sans doute, un élève de l'école, le seul du viii'' siècle que nous connaissions. Le second manuscrit est un saint Hilaire, gardé de même à Paris ' : enfin, le troisième est un traité du

tions. La liste èpiscopale de Sens s'ouvre par les noms de Savinien et de Potenticn, envoyés en Gaule par saint Pierre. Cette imagination ne remonte guère plus haut que le ixi" siècle: le légendaire chargé de composer la vie des deux saints devait être un homme plein d'aménité, il voulut faire quelques politesses aux Églises voisines avec lesquelles on vivait en bons termes et, puisqu'on faisait tant que d'inventer dis apôtres, on pouvait bien les faire voyager. Donc, on raconta tout au long leur activité dans les limites de la province Sénonaise. Celle-ci, il est vrai, n'existait pas au temps de saint Pierre: mais un hagiographc du moyen âge dédaignait ces infinies détails. Saint Savinien demeurait à Sens, d'où il envoyait deux disciples prêcher l'évangile à Troyes; deux autres, Altin et Édoald, étaient dirigés vers la partie occidentale de la province, ils se rendaient à Orléans, puisa Chartres, puis à Crètcil, sur le territoire de Paris. Partout ils font des conversions, fondent des églises, et s'échappent adroitement, en laissant leurs néophytes se faire martyriser. Orléans, Chartres et Troyes se trouvaient ainsi dotées d'apôtres, de martyrs et

2678. — .-\ulhenlique de reliques mérovingien. D'après E. Le Blant, /HSo-jpI. clirét. de la Gaule, t. I, pi. 24.

médecin Oribase '. Il a été, comme les précédents, apporté à Paris pendant la Révolution. L'Évangile, les Pères, la médecine, c'est à quoi se réduisaient les études du viii« siècle, dirions-nous, si le trop petit nombre de ces documents ne nous défendait de porter un jugement compétent sur le programme adopté'. Les temps étaient malheureux, et l'on peut croire que jusqu'au début du ix» siècle, les écoles subirent une grave éclipse ^

Sous Charlemagne et ses successeurs, les écoles de Chartres connurent, elles aussi, la renaissance qui semblait avoir «oufTlé dans tout le royaume franc. Les conciles décrétèrent l'établissement, dans les cathédrales, d'écoles où l'on enseignerait le chant, le comput et la grammaire. A partir de cette époque, les écoles de Chartres vont prendre un développement rapide et conquérir une illustration séculaire. L'impulsion de quelques grands évèques, tels que Fulbert et Yves, ne doit faire ni oublier ni amoindrir l'œuvre plus obscure et peut-être aussi solide de plusieurs de leurs collègues; mais cette période ne nous appartient plus.

IV. Légendes. — L'Église de Chartres' n'a pas échappe à la superstition de l'origine apostolique. Jusqu'à l'année 385,1a cité de Chartres avait fait partie de la P"' Lyonnaise: elle fut ensuite comprise dans la nouvelle province de Scnonia ou Lugduncnsis /V»; depuis le v siècle, son évêchc releva de la métropole de Sens, dont il adopta dans la suite les prooccupa-

' Gallia christiana, t. viii, p. 1102; A. Clerval, op. cit., p. 12,notel ;L. Duchesne, Fas/esépiscopaa.c, t. il, p. 425. — 1 »Fi)nds latin, 10439. — 'Fonds latin, S907. — «Fonds lutin, 10233. — 'L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, |

d'une belle perspective historique. Il eût fallu être vraiment trop diflicile pour ne pas accepter un étatcivil qui, dans les idées du temps, était mieux que cela et une véritable lettre de noblesse. Chartres accueillit ces ancêtres qu'on lui découvrait et donna asile à la flatteuse légende dans un de ses lectionnaires manuscrits du xii»' siècle. « Ici, dit M. L. Duchesne, il est à remarquer que, dans cette histoire, l'épisode relatif à l'évangélisation des Chartrains ne contient pas la plus légère allusion au fameux sanctuaire de la Vierge druidique.

« Si l'on s'en rapporte à ce qu'on dit, très impruj demment, être la tradition de l'Église de Chartres, les missionnaires envoyés par saint Pierre auraient dû trouver les Carnutes à moitié convertis; au milieu d'eux, le culte de la sainte Vierge aura déjà été florissant, organisé par les druides au pied d'une statue élevée à la Vierge mère, avec l'inscription : VIRGINI PARITVRAE DRVIDES. Le silence de la légende sénonaise est ici fort significatif : il s'explique, du reste, quand on songe que ni les anciens livres liturgiques de Chartres, jusqu'au xV siècle au moins, ni les auteurs si nombreux qui ont écrit dans ce pays au xi% au xi!« et au xini= siècle, ni les documents spéciaux sur l'incendie de la cathédrale en 1194 et sur sa réédification ne mentionnent jamais les célèbres druides. Le texte le plus ancien où il en soit question est une chronique de l'année 1389, remplie de fables

t. II, p. 11. — * .\. Clerval, op. ci/., p. 1.3. — 'Pour la période médiévale, cf. E Lefcbvre-Pontalis, Les arclritecles et la construction des cathédrales de Chor/res, dans les \tém. de la Soc. des antiquaires de France, 1903, t. LXiv, p. G'J-136.

CttARtRES

absurdes. On sait que cette histoire a prospéré depuis. » Il se trouve même des érudits fossiles pour y croire. A dire vrai, c'est peine perdue de les contredire quand on les voit entreprendre sans rire la démonstration des sources de la chronique de 13.S!l, où ils découvrent la trace d'un document du xii'- siècle. Ici, ce n'est plus d'histoire mais de sentiment qu'il est question, et le ca-ur a ses raisons que la raison ne conqirend pas. Quant aux druides, c'est une facétie qui n'a même pas le mérite d'être gaie '.

V. Le pi'iTS DES Saints-Fouts. — Les légendes que nous venons de rappeler brièvement ont dû apparaître de bonne heure de telles billevesées qu'on a senti le besoin de les ctayer d'arguments archéologiques. Les druides dévots à la Virgini paritura', se trouvant de loisir, avaient imagine de creuser, à proximité de la grotte, un i)uils destiné à servir aux cérémonies du culte. Quand l'apôtre .\ltin s'en vint prêcher à Chartres, la grotte druidique, son autel, sa statue désignèrent providentiellement le lieu où devait s'élever la première église chrétienne consacrée à la vierge Marie. A peine achevée, celle-ci servit de refuge aux chrétiens persécutés, qui s'y installèrent, vécurent en commun, burent l'eau du puits et chantèrent des hynmes ou des prières jusqu'au jour où les soldats du gouvernement mirent le holà, envoyant les uns en prison (prison de Saint-Savinien et deSaint- Potentien), et les autres dans le puits (puits des Sainls-I'orts). Tout ce petit sceiuirio était adapté tant bien que mal à l'état des lieux, à grand renfort de légendes et de miracles. En clïet, jusqu'au milieu du xvn" siècle, le pèlerinage de « Notre-Dame-sous- Terre », à Chartres, fut un des plus suivis et des plus révérés. Son centre se trouvait dans la crypte de la célèbre cathédrale de (Chartres. Là, se voyait un puits, vulgairement appelé Puits des Saints-Forts; tout à côté, une excavation pratiquée dans la muraille était qualifiée la grotte druidique et là. sur un autel d'apparence rustique, était exposée la statue de Kotre-Dame-sous-Terre. Enfin, derrière l'autel, au fond de la grotte, un passage donnait accès à un caveau désigné sous le nom de Prison de Saint-'S((vinien et de Saint-Potenlien. C'(:l:\\l complet et tout cet ensemble était courannnent désigné sous le nom de Sainls-Lieux-Forts.

Nous avons ici une combinaison dont les deux éléments constitutifs sont faciles à isoler : l'historiette druidique et la légende apostolique. De celle-ci nous ne dirons rien, puisque nous venons de voir que c'est une gracieuseté sénonaise^ù l'adresse des Chartrains, et qui ne remonte pas avant la lin du xi'" siècle '. A une date plus ancienne, il n'en était nullement question.

* A.-C.. llénault. Origines eltréliennes de ta Gaute celtique^ rceîiereties tiistoriques sur l(i fondation de Végiise de Cltartres et des églises de Sens, de Troyes et d'Ortéans, in-S", Paris, 1884. Cf. P. .-\llard, dans La eontrooerse et le contemporain, 1883, 2- série, t. v, p. 14B-1,50; L. Duchcsne, dans le Buttelin critique, 1885, t. vi, p. 106-111 ; F. (D. L.), dans Butt. Iiist. scient. Ainvrgne. 18.S.'>. t. v, p. '.Hi-lOO; I". Vcrnct, dans la Benue des questions liisloriques. 1887, t. xi.i, p. (133- 636. " Je croyais, écrit M. L. Duchcsne, que celte légende avait de meilleures références. Du moment où elle ne peut taire valoir aucun texte antérieur au chroniqueur de 1389, ce qu'on a de mieux à faire pour elle, c'est d'en parler le moins possible en prose; en vers, je ne dis pas. » Les livres les plus divertissants à lire sur ce sujet sont encore aujourd'hui ceux de .Séb. Rouillard, l'arlliénie ou liistoire de ta /ré.v auguste et très dévote égtise de ('Martres, dédiée par tes vieux druides en t'iuinneur de ta Vierge qui enfantcroit, avec ce qui s'est fnissé de plus nténtorable au jaict de ta seigneurie tant spirituelle que temporelle de tialiclc égtise. ville et pais cimrirain. 2 vol. in-8", Paris, Kiu'.l; V. Sahloii, ltisl(dre de Vauguste et vénérable église de Chartres, dédiée par les anciens druides à une vierge qui devait enfanter, tirée des

Pour être maintenant isolée, l'historiette ne s'en trouve pas en meilleure posture. Le clerc qui écrivit, en 13cS9. la compilation désignée sous le nom de Vieille chronique, avait, nous dit-il, fait causer les vieilles gens de qui il avait appris que l'église de Chartres avait été fondée avant la naissance du Christ, Wn l'honneur de la Vierge mère'. Voilà de vieilles gens qui devaient être terriblement vieux 1 — On raconte, ajoute-t-il, qu'un prince du pays chartrain avait contribué à cette fondation en faisant faire la statue d'une vierge portant un enfant dans son giron. Cette statue, placée dans un lieu secret, à côté des idoles, reçut l'hommage de toute la ville et prit le nom de " Notre-Dame de Chartres ». De druides et de grotte il n'était pas question.

Il faut attendre jusqu'au xvi'' siècle, l'n feuillet intercalé à cette époque dans le manuscrit original de la Vieille chronique contient une longue note dont voici le résumé ' : du temps de Jules César, cinquante ans avant l'incarnation du Christ et trente-six avant la naissance de la Vierge, les druides, qui étaient, au dire de César lui-même, de savants i)hilosophes, habitaient la cité des tlarnutes. Instruits des prédictions d'Isa'ie, ils tirent sculpter une élégante statue de la Vierge mère, (|u'ils placèrent dans leur temple, à Chartres, et qu'ils adorèrent. Ils envoyèrent même des députés à Jérusalem pour savoir si la vierge prophétisée par Isaïe, Virgo paritura, était déjà née. Ceci fut, conclut cette note, comme le présage et le fondement de l'église de Chartres.

Ainsi donc, c'est au xvi» siècle qu'un humaniste (pielconque, ayant lu dans les Comnwntaires de César que le druidisiue avait son principal foyer sur le territoire carnute, imagina de mêler les druides à la fondation de l'église de Chartres, et c'est là ce qu'on nomme une « antique tradition » et « un voile mystérieux entourant le berceau » de cette église.

Une gravure de l'année 1697 porte l'inscription : Virgini paritune, mais druides ne s'y lit pas encore. Peut-être le grave bon sens dont était imprégné le xv!!» siècle répugnait-il à cette mascarade. Et, en effet, les druides n'avaient été introduits que longtemps après que l'inscription Virgini piniturœ avait été libellée, puisque la Vieille chronique de 1389 en témoigne déjà. Laissons donc l'historiette druidique parmi les « antiques traditions », elle y fait fort bonne figure.

Restent la statue et l'inscription. L'auteur de la Vieille chronique se réfère à la Légende dorée, où il est raconté qu'au temps du prophète Jérémic, les prêtres égyptiaques adoraient une image de la Vierge portant un enfant sur ses genoux. Toutefois, ces calembredaines ne sont pas la spécialité de la seule Légende

manuscrits et originau.t de ladite église, in-12, Chartres, 1G71 ; 2» édit.au(îin.,Chartres,1683: 3«édit., in-8», Chartres, 1697; 4' édit.. in-8", Chartres, 1707; 5' édit., in-S», Chartres, 1714 et 1715: réimpression, in-18, Chartres, 1808. On retrouve avec stupéfaction cette historiette dans un auteur qui a tait cependant ses preuves. A. Clerval, Guide chartrain, Ctiartres, S(t catliédrale, ses monuments, in-lS, Chartres, 1896, p. 2. Le voyage de Savinien et Potentien à Sens prend place vers l'an 67 : " La grotte druidique servit sans doute de temple aux premiers chrétiens; mais leur nombre ayant singulièrement augmenté, ils construisirent, au-dessus de la grotte, une modeste église épiscopale. qui fut dédiée à la sainte Vierge, de son vivant même. Saint Aventin en fut établi le premier évcquc. » — = L. Duchcsne. Fa.'ilcs épiscopauxde ta Gaute, 1900, t. li, p. 396-410. — » R. Merlct, le puits des .Saints-Forts, dans la crgplc de la calliédrale de CImrtres, in-S», Caen, 1902, p. 9. — ' L. Merlet cl K. de Lépinois, Carlulairc de \otre-Damc de CliarIres. in-S», Paris, 1862, t. I, p. 38. — «Bibl.municip.de Chartres, ms. 1027, fol. 71 v». Cf. It. .Merlet, /,u cathédrale de Ctiartres et ses origines « propos de la découverte du fyuils des Saints-Forts, dans la Bcvuc arcliéologiqne, 1902, IIP série, t. xli, p. 2.35.

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dorée. Un manuscrit, daté de l'année 1201, rapporte que, sous le règne d'Auguste, un oracle annonça aux Romains que le temple de la Paix demeurerait debout jusqu'à ce qu'une vierge eût enfanté. Dés le début du XII' siècle, Guibcrt de Nogent enregistre une « antique tradition > locale, d'après laquelle il existait à N'ogent-sous-Coucy un temple consacré, dès avant sa naissance, à la future Mère de Dieu.

« Il ne parait pas aisé de savoir quelle est l'origine même de tous ces récits. L'idée d'un culte prophétique, rendu dans l'antiquité à la Vierge mère, a pu, d'ailleurs, naître spontanément en diflércnts pays. Certaines survivances du paganisme, de vieilles croyances aux déesses mèr^-s, à l'Isis égyptienne ou autres divinités kourotrophes auront été, sans grand eflort d'imagination,intcrprétéesauprofit de la religion chrétienne. Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de nos connaissances, il faut avouer que l'on ignore à quelle époque est apparue en France la légende (le la Virgo paritura. Elle existait certainement à Chartres au xiv» siècle, probablement dès le siècle précédent, et il n'est pas impossible qu'elle y eût cours en des temps plus anciens '. »

Quant à la statue détruite en 1793, on n'en peut juger que par des gravures et dessins du xvii' et du xviiie siècle et l'opinion la plus modérée ne permet pas d'y voir autre chose qu'une sculpture du xii* siècle. On peut supposer qu'elle auraornè la crypteconstruite par l'évèque Fulbert entre les années 1020 et 1024; il est possible de mieux préciser. Le site exact de la statue dut être longtemps le caveau désigné en dernier lieu sous le nom de Prison de Saint-Savinien ei de Sainl-Polenlien. Plusieurs documents viennent à l'appui de cette assertion. <i Ainsi, le roi Louis XI, au mois de janvier 1471, faisait remettre à son chapelain, Galois Gourdin,la somme de 231 1. 12 s. 6 d., « pour « faire parachever ung tabernacle lequel est jà com- ' inencé à faire pour mectre à l'entour et enfermer c l'image de Nostre-Dame estant en la chapelle « de desoulz le chœur prè5 les fondemens de l'église ■• Nostre-Dame de Chartres '. » Il est hors de doute que l'Image de Notre-Dame, dont il est ici question, n'est autre que la statue de Nostrc-Dame-sous-Terre. C'est, en efTet, à cette statue que le roi Louis XI avait une dévotion toute particulière. Quant à la chapelle, située sous le chœur, près des fondements de la cathédrale, elle répond exactement à la description du caveau ou Prison de Sainl-Savinien et de Saint- Potentien. Ce caveau se trouvait derrière le puits des Saints-Forts : c'était, suivant les chroniqueurs chartrains, un lieu secret, creusé dans les entrailles mêmes de la terre et considéré comme le berceau primitif de la crypte de la cathédrale'. Voici ce qu'en disait un historien du xvi« siècle : « Les « premiers chrétiens faisoient secrètement leurs prières « es lieux soubzterrains du temple et au lieu sur « lequel fut depuis et est encore basti et construit, le " grand autel de l'église Nostre-Dame, soubz lequel « s'est trouvé des vestiges des anciens autels des « idoles '. ' Si l'on rapproche ce dernier membre de phrase du passage de la Vieille chronique,' oii il est dit que la statue de la Vierge fut placée par les ancêtres en un lieu secret, tout à côté des idoles, in secreto ioco j'axta ijdola recondila, on ne peut s'empêcher d'être frappé de l'analogie des expressions. Ceci nous persuade que, jusqu'au xvi« siècle, avant qu'on eût aménagé dans la crj^ite un simulacre de grotte

* R. Merlet, La cathédrale de Chartres ei ses origines, dans la Revue archéologique, 1902, série III. t..vi.L,p. 236. — - Cf. Procès-verbaux de la Société archéologique d'îCure-etloir, t. Mil, p. 332. — ' Cf. Raoul Boutrais, L'rbis gentisquc '-•u'iiudim hisloria, Parisiis, 1624, p. 63; R. Jlerlct, Le

druidique et qu'on y eût transporté la statue, celle-ci était vénérée dans une antique construction souterraine, située sous le milieu du chœur de la cathédrale. D'après la place qu'occupait cette construction et d'après les précédentes allusions au voisinage des ■idoles, il parait extrêmement probable que ce lieu secret, ce caveau, cette prison de Saint-Savinien, comme on l'appelait au xv!!? siècle, était le martyrium d'une des basiliques primitives, renfermant les vestiges de quelque monument gallo-romain <■. »

Le caveau dont nous venons de parler se trouvait derrière le puits des Saints-Forts. Sur ce puits nous possédons une attestation locale, ancienne et indépendante de la Passion sénonaise de Saint-Savinien, Cette attestation se trouve dans le cartulaire de Saint-Père de Chartres, rédigé au xi" siècle par le moine Paul =. Celui-ci mentionne la présence, à l'intérieur de la cathédrale, d'un puits que les Chartrains appelaient le Lieu-Fort, Locus Fortis, illustré par de fréquents miracles. Lorsque, le 12 juin 858, les Normands s'emparèrent de Chartres, ■ jls forcèrent, raconte le moine Paul, les portes de l'église et y égorgèrent comme des agneaux l'évèque Frotbolde, les chanoines, les religieux et la multitude des fidèles qui s'y étaient réfugiés » et dont les corps furent précipités dans ce puits. Deux siècles plus tard, le puits était devenu l'objet d'un culte; il ne portait pas encore le nom de puits des Saints-Forts, mais un nom peu différent, le Lieu-Fort. ■ Tout cela semble témoigner de traditions populaires et sans doute de certaines pratiques plus ou moins superstitieuses. Mais quelles étaient au juste ces traditions et ces pratiques populaires'? Dès cette époque reculée, la légende de la Virgo paritura était-elle associée à la légende du puits'? Ce culte rendu à un puits est-il une sur\-ivance du paganisme? Son origine se rattache-t-elle à ces idoles ou plutôt à ces vestiges de l'époque païenne dont la présence est signalée au xiV et au xvi<^ siècle dans le caveau voisin de Lieu-Fort, sous le chœur de la cathédrale? Ce sont là autant de problèmes qu'on ne pouvait, jusqu'à présent, avoir l'espoir de résoudre, puisque rien n'a\ait subsisté dans la cr\-pte de ce qui attirait autrefois les foules en ce lieu. En effet, par esprit de réaction contre des croyances considérées comme fabuleuses et jugées inconvenantes, le clergé chartrain, vers le milieu du xvii^' siècle, détruisit le puits des Saints-Forts et la grotte druidique; il fit disparaître derrière une épaisse maçonnerie le caveau ou prison de Saint-Savinien et de Saint-Potentien'. ■> Plusieurs tentatives faites au xix'^ siècle pour exhumer ces monuments demeurèrent vaines et on y renonça. Ce n'est qu'en 1900, au congrès archéologique tenu à Chartres, que M. R. Merlet exposa les raisons des insuccès d'autrefois et la méthode à suivre pour obtenir d'autres résultats. A l'aide de documents peu connus ou mal interprétés, il déterminait enfin la situation que devaient occuper le puits, la grotte et la prison. Les fouilles donnèrent les résultats suivants. En 1645, le chapitre de Chartres lit combler le puits et enfoncer des pilotis sur son emplacement pour recouvrir l'orifice d'un mur très épais, lequel eut pour premier résultat d'en faire perdre la trace. En 1901, les terrassiers creusèrent une vaste excavation derrière la cloison moderne de la chapelle de Notre- Dame-sous -Terre, qui repose sur le gros mur du xvii" siècle, destiné à boucher l'entrée du martyrium primitif.

puits des Saints-Forts, p. 17, note 4. — • Ms. J04S de la bibliotli. municipale de Chartres, p. 89. — ' R. Merlet, dans Pevuc arcliéologique. 1902, t. xli, p. 238-239. — ' Guérard, Cartulaire de Saint-Pére de Chartres, p. 46, u. 1. ^ ' R. .Merlet, dans Bcp. cu-chcoL, 1902, t. xli, p. 24U.

CHARTRES

Un arc do drcharso, docouvcrl A six mètres de profotulciir, semblable à ceux que les maçons jettent enciire aujourd'luii pour établir des fondations au dessus (l'une fosse ou d'un puisard, vint fournir un indice précieux pour déterminer l'emplacement du puits. Kn descendant la fouille à S mètres sous le dal lage de la crypte, on put constater l'existence d'un trou circulaire, le pulls historique, mesurant 1 "VîO de dianièlre, el dont les parois soni creusées dans l'ar- Mile à silex. Kn déblayaul jus(pi';'i une i)rofondeur de l.") à Ifi nu''tres, on parviiil aux premières couches de la marne, aiijielée marne foiulirr, mais le vérilable banc (le marne n'esl apparu (|ue trois uuMres pins bas. .\ partir de cet endroil, le puils passe du plan circulaire an plan carré : chaque C("ilé du carré ayant environ 1"'20. Les parois, taillées de main d'honune el portant encore les traces de plusieurs coups de pic, se distiuKueut facilement des terres de remblai, jetées dans le puits. On est ainsi ])arveuu à déblayer le puits (les Saints-Forls jus{]n'à une profondeur de .'1(1 mètres.

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