‹ Dictionnaire d'argot moderneChapitre 10 sur 12 · C.alédonic, — dans le jargon un peu de villégiature. C'est · texte numérisé non relu

C.alédonic, — dans le jargon un peu de villégiature. C'est

des voleurs. dans les foires de village que le

Tirer sa longe. Traîner la Ji^etaine fait de bonnes récol-

janibc. — Expression priniiti- ^^^'

veulent a[)pli(iuée à la démarche Tiroir. Suppression d'une ou

des forçats libérés. de plusieurs cartes dans le but

Tirer an renard Pour un d'aiderlachance. — «Leliroirse

cnevdi, cesi lever le nez en ^ ^ piquet, par l'enlève-

'ur, quand on le tient par la „,pnf d««fnni«.«' .Va rLoiii^

au vent, c'est quand le cheval provenant de la gratte, — dans

portant son cavalier lève la î^ jargon des ouvriers et ou-

têto. 11 n'y a pas moyen d'arnV vrières à façon,

ter un cheval emballé qui tire Tiron. Petit chemin, chemin

î*'* ^'^*'*^- de traverse, — dans le jargon

Tirer au flanc. Manquer à sa des voleurs,

parolo, ne pas tenir ce qu'on a Tirer des balladoires (Se). Se

promis, — dans le jargon du sauver ; c'est-à-dire : se tirer des

régiment. jambes. Les balladoires, ce sont

Tirer ses guêtres, Se la tirer, {f^,, J*l"^^^'''> ^"^ servent à la

Se sauver, partir. Variantes : ballade.

Tirer sa coiipcy se tirer des pattes. Titi. Nom intime du gamin

Tirer son plan. Subir un em- ^® ^^^''^•

}>i'isonnoment. Titi. Typographe.

Tirer la ficelle. Sacrifier {\ Titi. Volaille, — dans le jar-

Onan. 8!^^ d^s chiffonniers.

Tirer la langue d'une aune. T^c (Du). Du cuivre, bijou

Etre très altéré. — Etre misé- ®" imitation,

rabic. Toc, Toque, Tocasson. Laid,

Tirer les pattes (Se). Bailler f±^^''^^lf^^^^^^ T

en allongeant les bras au-dcs- ^T\.Z^ f^^n fj'''' '^'^ff

...c .1^ I.. tAf^ uonzessel cette femme est très

sus de I;i tête.

laide.

Tirer d'épaisseur iSe). Sortir m m m

d'un mauvais pas. Toc, Togne, Toque. Amusant,

^ amusante. — Rusé, rusée.

Tirer une d'épaisseur (En). «- u ^ ^ , .

Mot i\ mot : tirer une énorme Tocasse. Méchant, méchante.

carotte. — En tirer une de ion- Tocasserie. Méchanceté.

gueur, même signification. Tocasson. Femme laide et

Tireur. Voleur k la tire. vieille, ridiculement accoutrée.

Tiretaine. Tireur de campa- ^ Quel tocasson!

gne. — Voleur îï la tire qui fait Toile (Faire de la). Ne pas

manger faute d'argent, — dans le jargon des tailleurs.

Toilette (Faire la). Couper les cheveux à un condamné à mort pour faciliter la décollation.

Toilette (Faire sa). Vaquer aux soins de propreté tout intimes, — dans le jargon des bourgeoises qui ne craignent pas l'eau.

Toiture. Chapeau d'homme.

Tôle, taule. Maison.

Tolède. Excellent, de qualité supérieure. Mot dont on a usé et abusé lors des beaux jours de l'école romantique; aussi démodé que l'école elle-même.

Tout était de Tolède, par allusion aux fameuses lames si exploitées dans les drames du tenif>s. — Parapluie de Tolède, femme de Tolède, montre de Tolède. Le plus souvent on joignait l'adjectif bon, bonne,pour mieux observer la couleur locale.

Tombage. Emprunt fait au jeu et qu'on ne rendra jamais.

Tombe dur (Ça). Il pleut à verse.

Tomber. Séduire ; obtenir les faveurs d'une femme. — <i Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc.. On tombe sans grand'peine une brune. »

(Mémoires de Rigolboche,)

Tomber. Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur; terme que les journalistes ont emprunté à l'argot des lutteurs.

Tomber. Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

Tomber. Apparaître sur le

tapis vert, — dans l'argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu'il fait un louis au jeu et qu'il va le mettre sur le tableau. — « Vingt-cinq louis qui tombent! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table. » (Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Tomber en litbarge. Etre au secret, par corruption pour :

tomber en léthargie.

Tomber en figure. Faire une fâcheuse rencontre, se rencontrer nez à nez avec un importun, avec un créancier, avec une ancienne maîtresse.

Tomber dans le bœuf. Etre réduit à la misère.

Tomber sur le dos et se faire une bosse au ventre. Faire une chute amoureuse qui entraîne une grossesse.

Tombeur. Séducteur. — « Le grand Lolo, dit le tombeur des belles, fouilla, du haut de son siège, les deux voyageuses d'un petit coup de fouet d'amitié. »

(E. de Concourt.)

Tombeur. Celui qui vit d'emprunts au jeu.

Tombeur. Critique impitoyable. Polémiste qui l'emporte sur son contradicteur. — « Cette fois le tombeur de M. Bûcheron a pleinement raison. » (E. de Girardin, la France du 23 août 1877.)

Tombeur. Mauvais acteur avec lequel la meilleure pièce court le risque de ne pas réussir.

Tondeur d'œufs. Avare, tracassier.

Tondre. Prendre une carte à son adversaire, couper, — dans le jargon des joueurs.

Tonneau. Acabit. — Etre dun bon tonneau, être grotesque, ridicule. — Etre d'un fort tonneau, être fort bête.

Tonneau diviseur. Fiacre, — dans le jargon des voyous. — Médéme, faui-y faire a\)ancer •oot' tonneau diviseur ?

Tonnerre de poche. Crepitus ventris, (Scarron.)

Toper. S'accoster en se donnant la main ; — terme de compagnon du devoir.

Toper. Mettre la main sur quelqu'un ou sur quelque chose,

— dans le jargon du régiment.

— La patrouille a topé unpochard.

— Un pochard a topé mon mouchoir. C'est un mot emprunté à l'argot des compagnons du devoir et auquel on a donné un sens plus général.

Topiser. Reconnaître, regarder avec attention, — dans le jargon des grecs»

Topo. Remontrance de professeur à élève, — dans le jargon des collégiens; du grec topos, lieu commun, discours banal.

Topo. Topographie, par apocope.

Topo. Etat-major. — Officier d'état-major.

Toquade. Manie, caprice amoureux, amour passager. — Avoir des toquades, s'éprendre facilement de quelqu'un, avoir fortement envie de quelque chose. — Elle a des toquades pour le premier venu.

Toquante, Tocante. Montre.

Allusion au toc-toc du mouvement.

Toqué. Maniaque, excentrique. — « Et cependant Carnavalho n'était pas fou; il n'était

Sue toqué, mais de quoi ? » (R. de eauvoir.) — Celui qui est toqué a, comme on dit, la tête près du bonnet, jadis toque, toquet; c'est-à-dire qu'il est extravagant, un peu fou.

Toquer. Sonner.

Toquer (Se). Se passionner pour. — « On a trouvé un mot très juste pour leurs amours, elles se toquent^ elles ont des toquades. » (Jean Rousseau, Paris dansant.) — « Je suis toqué de vous. » (Balzac.)

Torche- cul. Imprimé sans valeur, journal méprisable, — dans l'argot du peuple. — Comptabilité, écritures d'un chef de train, — dans le jargon des employés du service actif des chemins de fer.

Torcher. Tourner avec grâce et facilité un petit travail littéraire; faire dans les mêmes conditions une œuvre d'art sans importance. — «Monseletîquia si galamment torché le si joli sonnet à l'asperge. » (L. Veuillot.)

Torcher. Donner des coups, battre; d'où l'expression se donner un coup de torchon.

Torcher le cul de (Se). Mépriser profondément quelqu'un ; ne faire nul cas d'une chose.

Torchon. Sale fille publique.

Le torchon est une fille publique placée dans l'échelle de la prostitution bien au-dessous du

linge, — Cuisinière malpropre, souillon de cuisine.

Torchon, Torchon littéraire.

Journal méprisable, journal dont on ne partage pas l'opinion, — dans l'argot de la petite presse.

Torchon (Coup de). Fusillade; coups de fusil, coups de sabre.

— Se donner un coup de torchon^ se battre en duel à l'arme blanche, se battre contre l'ennemi,

— dans le jargon des troupiers.

Torchon brûle (Le). Ça va mal dans le ménage.

Tord-boyaux. Eau-de-vie commune.

<( La riboteuse qui consomme) » Plus de spiritueux qu'un homme » Et lampe sans peur le rogomme, » Le sacré-chien^ le tord-boyaux. »

(A. Pommier, Paris.)

Tordre le cou à un lapin, à une gibelotte. Manger du lapin.

— Tordre le cou à une négresse^ boire une bouteille de vin rouge.

Tordu. Dupe des mieux exploitées, — dans l'argot des grecs. C'est-à-dire pigeon auquel on a tordu le cou.

Torgnolle. Soufflet. Chiquenaude. — Mlonger une torgnolle.

Torse (Se velouter le). Ingurgiter un petit verre de liqueur.

Tortillante. Vigne, — dans le jargon des voleurs.

Tortillard. Fil de fer, — dans le jargon des voleurs. — Boiteux, contrefait.

Tortillé. Gauche, maladroit.

— Espèce de tortillé.

Tortiller. Déterminer une mort prompte. — Le poison tortille. — Etre tortillé^ mourir

en peu de temps. — Etre tortillé par le choléra.

Tortiller. Faire des révélations, — dans le jargon des voleurs.

Tortiller. Manger, manger vite, — dans le jargon du peuple. — Comme tu tortilles!

Tortiller des fesses. Scander sa démarche, se déhancher en marchant. — Il n'y a pas à tortiller des fesses f il ne faut pas faire tant de façons, il faut prendre un parti; on ajoute, pour donner plus de force à l'expression : il faut chier dur,

Tortore. Repas. — Passer à la tortore, manger.

Tortorer. Manger. — Tortorer le pain à cacheter, communier.

Tortu. Vin, — dans Tancien argot. Allusion au bois tordu de la vigne.

Tortue. Femme, amante.

Touche. Tournure ; physionomie. — Avoir une bonne touche, avoir une bonne tournure. Foutue touche, mauvaise tournure.

Touche (Sainte). La paye, le jour de la paye, — dans le jargon des ouvriers. Une sainte en grande vénération, parmi le peuple.

Touches de piano. Dents longues et larges.

Touché (C'est). C'est bien fait, en parlant d'une œuvre d'art. — C'est bien dit, bien répliqué; c'est très bien.

Toucher (Se). Pratiquer l'onanisme. Se dit principalement en parlant des enfants qui ont cette funeste habitude.

Toucher à la marchandise.

Palper la marchande... de plaisir, — dans le jargon des soupeuscs.

Touiller, Trouiller. Remuer avec une cuiller, le fond d*un poôlon. — Môler les dominos, nattre les cartes.

Toulahre, Toulmuche. Toulon.

Toupet (Se foutre dans le).

Se mettre dans la tôte, s'imaginer.

Toupet Aplomb, impudence.

— Toupet bœuf, aplomb énorme. Toupet de commissaire, impudence.

Toupie. Femme de mauvaise vie. — Elle tourne comme une toupie dans les bras de tous les hommes.

Tour pointue. Préfecture de police; et la pointue, par abréviation. — Aller faire un tour à la pointue y aller visiter la pointue, être eufermé au dépôt.

Tour de cravate (Donner un) .

Etrangler.

Tour (Faire voir le). Tromper, mentir avec succès.

Tour de bête (Au) . Par rang d'ancienneté, — dans le jargon des troupiers. — a II passa capitaine à l'ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant. » (Ed. About, Trente et quarante.)

Tourbe. Misère. — Etre rien dans la tourbe, être dans une misère profonde.

Tourier. — Terme de pâtissier. — « Le premier tourier prépare la pâte des gâteaux fins et Jeur donne la forme primitive. »

(P. Vinçard, Les Ouvriers dt Paris.)

Tourlonre, Tonrlonrou. Conscrit.

Tourmente. Colique, — dans

Tournant. Jeu de baccarat où chaque joueur fait, à son tour, office de banquier. C'est la variante de chemin de fer. Variante particulièrement usitée dans les cercles. — Faire un tournant, m petit tournant.

Tournante. Clé.

Toume-autonr. Tormelier.

Tournée. Politesse à coups de canon sur le comptoir du marchand de vin. Chaque camarade offre, à son tour, à la société, la consommation; c'est ce qui constitue le tour ou tournée; puis la tournée recommence.

D'autres fois elle se joue au tourniquet. Certaines tournées du lundi, inaugurées à neuf heures du matin, ne sont pas terminées à une heure. — Tournée du mastroquet, le moment où le mastroqiiet s'exécute à son tour.

Tournée de vitriol. Tournée d'cau-de-vie.

Tourner (Faire). Mystifier, se moquer.

Tourner l'œil. Avoir envie de dormir.

Tourner de l'œil. Mourir.

Tourner le feuillet. Retourner aux fastes de Sodome.

Tournevis. Chapeau à cornes.

(L. Larchey.)

Tourniquet. Chirurgien militaire. Il tourne autour des lits.

Tourniquet. Moulin.

Tourte. Tête. — Ecrevisse dans la tourte, grain de folie, grande excentricité. Variantes :

Obus dans la casemate, chauvesouris dans la mansarde.

Tourte. Vieille femme ridicule. — Cliapeau mal fait, grotesque, — dans le jargon des modistes.

Tourtouse. Corde, corde servant à garrotter un prisonnier.

Tourtouser. Attacher avec des cordes.

Tourtonserie. Corderie. — Tourtousier, cordier.

Touser. Aller à la selle par ordre. Autrefois, pendant le voyage de la chaîne, les argousins intimaient à leurs pensionnaires Tordre de touser,

Toussaint-Louverture. Double six d'un jeu de dominos.

Allusion à la couleur noire.

Tousse (C'est que je). Formule affirmative, formule ironique. C*est-à-dire : j'ai raison, c'est ainsi, je m'entends bien.

Tout Paris. Les douze ou quinze cents personnes en vue qu'on rencontre à toutes les solennités artistiques, dramatiques, littéraires, politiques, funèbres et judiciaires. C'est le Paris qui a la primeur de tous les amusements , la virginité de tous les spectacles, la fleur de toutes les émotions.

Trac. Peur. — Flanquer le trac, faire peur.

Tractis. Doux, — dans le jargon des voleurs.

Coup de

Train. Derrière. — pied dans le train.

Train (En). Sur la pente de l'ivresse. Mis en train par la gaieté bachique.

Train (Du). Vite ; c'est-à-dire bon train.

Train-train, Tran-tran. Train de vie. — Aller son train-train, faire petit à petit son chemin dans le monde, faire un petit commerce à peu de frais et donnant peu de bénéfices, vivoter.

Train direct (Un). Un verre d'absinthe ; c'est-à-dire un train direct pour Charenton, On dit encore grande vitesse pour Charenton. (La petite vitesse sert à désigner fabsinthe panachée.) Le peuple n'ignore pas que l'absinthe mène à la folie, mais il en boit tout de même, riant et de fabsinthe et de la folie.

Train direct coupé. — Un

litre de vin en deux verres, — dans le jargon des bouchers. — Train direct sec, un litre en un verre. Chez les marchands de vin de la Ville tte, il existe des verres de la capacité d'un demilitre et même d'un litre. Quand les bouchers viennent de faire un bœuf, il leur arrive souvent d'absorber, d'un trait, un train direct coupé et même un train direct sec. A la fin de la journée certains bouchers ont ainsi donné f hospitalité à six ou sept litres de vin.

Train de charcuterie. Train omnibus, — dans le jargon des employés des chemins de fer. — « Parce que les voyageurs de secondes et de troisièmes en ont toujours dans leurs paniers, soit

[>our leur consommation en route, soit pour cadeaux apportés à leurs familles. » (Aymar de Flagv, PariS'Joumalf du 24 mai 1878.)

Train d'onze heures (Prendre

le). Aller se promener, aller llâner« — dans Targot des employés du service actif des chemins de fer. Réminiscence du jeu de loto où onze signifie les jambes. Le train d^onze heures c'est donc le train des jambes.

Train (Prendre le.) Se sauver. — A quelqu'un qui vous obsède, on dit : Prends le train.

Train (Manquer le). Manquer une bonne occasion. — Arriver trop tard.

Traînante. Serpette de plombier.

Traîne-paillasse. Fourrier.

Traîneau ^Faire). Se dit en parlant des cliiens qui, après avoir satisfait aux lois de la nature, frottent contre terre leur train de derrière, parce qu'ils nont pas l'habitude de se servir de papier comme les faibles humains.

Traînée. Coureuse, fille des rues. Celle qui traîne ses savates dans tous les mauvais lieux.

— « Je t'ai vu entrer au Grand Balcon avec cette traînée d'Adèle. » (E. Zola.)

Traîner ses guêtres. Marcher à l'aventure, tlâner bêtement en usant ses souliers et quelquefois les souliers des autres.

Traîneuse. Fille qui stationne dans les gares, attendant les trains de voyageurs. La gare du Havre est encombrée de traineuses.

Traits (Faire des). Faû'e des infidélités conjugales.

Tralala (Grand). Grande toilette, grand étalage de luxe. - Grande réception.

Tram. Tramway, par apocope.

Tranche-ardants. Mouchettes.

Tranche-fromage. Sabrebaïonnette, — dans le jargon des troupiers.

Tranquille comme Baptiste.

Très tranquille.

Traquer. Trembler, avoir peur.

Traquenr. Poltron. — Tragueuse, poltronne.

Travail. Vol ; assassinat; commerce de la prostitution, — dans le jargon des voleurs et des filles.

Travail. Exercices de saltimbanque. — Atelier de modiste.

Travail. Littérature à la vapeur, confection politico-littéraire à l'usage des revues, — dans l'argot des journalistes.

Le travail consiste à enlever à la force du poignet quatre ou cinq feuilles de copie dans le môme numéro. — Grand travail sur Vextinction du paupérisme; grand travail sur les caisses d'épargne; grand travail sur les enfants assistés ; grand travailsur IHnfluence du théâtre y etc., etc.

Travailler. Voler ; assassiner; se prostituer, — dans le jargon des voleurs et des filles.

Travailler les côtes. Médire.

— Battre.

Travailler (Se faire). Etre sifflé, — dans le jargon des comédiens.

Travailler des mâchoires.

Manger.

Travailler pour le roi de Prusse. Travailler gratis. Variantes : Travailler à Vœil, travailler pour la gloire^ travailler gratis pro heo.

Travailler pour Jules. Manger dans l'espoir d'une bonne et fructueuse digestion.

Travailler dans le rouge. Assassiner. — « Un meurtre!...

Travail 1er dans le rouge!... C'est grave !...»(?. Mahalio, L^s Monstres de Paris.)

Travailler l'argent. Faire des tours d'escamotage à l'aide de pièces de cent sous, — dans le jargon des escamoteurs. Un escamoteur travaille bien V argent lorsqu'il cueille habilement des pièces de cinq francs sur les paletots, sur les chapeaux, sur le nez des spectateurs.

Travailler dans le bât. Voler dans les maisons. Abréviation de travailler dans le bâtiment.

Travailleur. Tricheur, — dans le jargon des grecs.

Traverse. Bagne,-— dans l'ancien argot.

Traversin, Tirebraise. Soldat d'infanterie; par allusion à la petite taille des fantassins.

Traviole. Traverse.

Travioles. Tracas, peines, tourments, — dans le jargon des voleurs.

Trèfle, Tréfouin. Tabac à fumer.

Trèfle. Derrière.

Tremblant. Lit de sangle, mauvais lit.

Tremblante. Fièvre, — dans le jargon des voleurs. — Il a la treniblante : v'ià huit jours qu'il ne décolle pas du pieu.

Tremblement. Mélange de vermout, de cassis et d'eau-de-vie.

— «C'est là (au café des Variétés),

— entre un bock et un tremblement, — que s'ébauchent les engagements de toute sorte. »

(Monselet, Acteurs et actrices,)

Tremblement (Le. — Tout le).

Le reste. Tout le reste.

« Je voudrais, un jour de goguette, » Etre Bon Dieu rien qu'un moment, » Pour brouiller comme une omelette, » L'eau, la terre et le tremblement. »

(L. Festeau, Le Tapageur.)

Trembler la volaille morte

(Faire). Dire une bêtise énorme, affecter des prétentions exorbitantes et déplacées.

Trempage. Ivresse, — dans le jargon des ouvriers imprimeurs.

— Fort trempage, forte ivresse.

— Empoigner un fort trempage.

Allusion à la tremperie.

Trempée, Trempe. Volée de coups. — « Madame, si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée! » (Gavarni.)

Tremplin. La scène, — dans le jai'gon des comédiens.

Trente-sixième dessous (Etre dans le). Etre tombé dans là niisère aussi bas que possible. — Avoir échoué complètement, en parlant d'une œuvre dramatique.

Trente-et-un (Etre sur son).

Avoir mis ses plus beaux habits.

Terme emprunté au jeu de cartes appelé « trente-et-un ». Le point de trente-et-un prime tous

les autres, c'est le plus beau du jeu.

Trèpa. Foule, — dans le jar- ^'011 des voleurs. — Servir de trépp, faire ranger la foule. (L.

Lai'chey.)

Trépeligoor. Vagabond , — dans l'ancien ai'got.

Trépignard. Voleur qui profile d'un rassemblement, qui, au besoin, de complicité avec un ou deux compères, fait naître un rassemblement à la faveur duquel il exercera sa petite industrie. En argot, irépc veut dire foule, rassemblement.

Trépignée. Volée de coups. — Flanquer une trépignée dans le gîte, administrer une volée soignée.

Trie. Réunion, — dans Tancien argot. — Faire le trie, déserter, a un signal donné, l'atelier, |>our aller prendre des forces chez le marchand de vin, — dans le jargon des typographes.

L'expression date de n64.

Tricher. Suivre l'école niatrinioniale de Malthus.

Tricoter des jambes. Danser; so sauver.

Triffonniére. Tabatière.

Trifouiller. Fouiller partout, embrouiller, mettre tout sens dessus dessous en cherchant un objet.

Trifouilleur. Brouillon; sans ordic.

Trimancher. Marcher, courir par la ville. Variante de trimer.

(L. Larchey.)

Trimar, Grand trimar. Route, voie publique, — dans le jargon

des voleurs, qui disent également : Trime et grande tire.

Trimar. Eventaire; balle de marchand ambulant, boutique de marchand forain.

Trimar (Patiner le). Raccrocher, — dans Targot des filles.

Trimar (Aller au). Sortir pour voler sur la voie publique, — dans le jargon des voleurs.

Trimarder. Marcher.

Trimballage. Transport.

Trimbaler. Marcher en portant un fardeau, transporter.

Trimbaler son cadavre. Se promener. — Trimbaler son crampon, promener sa femme ou sa maîtresse légitime. — Trimbaler un pante, promener un provincial.

Trimbaleur. Cocher; charretier, camionneur.

Trimbaleur d'indigents. Cocher d'omnibus. — « 11 y a d'abord la grande joie des u trimbaleui-s d'indigents », autrement dit les cochers d'omnibus. » (Evénement.

du 3 octobre 1878.) ^

Trimbaleur de machabées.

Cocher de corbillard. Désigné encore sous les noms de : Tînmbaleur de conis, trimbaleur de refroidis, trimbaleur de carne pour la sèche.

Trimbaleur de piliers de boutanche. Filou qui exploite les commis de magasin porteurs de paquets. Après avoir fait une acquisition qu'il doit payer à domicile contre livraison , le trimbaleur de piliers de boutanche se fait accompagner par un commis. Chemin faisant il saura,

en usant de ruse, s'approprier la marchandise.

Trime, Trimin. Rue.

Trimer. Marcher pour placer de la marchandise.

Trimer les mathurins (Faire).

Manger; c'est-à-dire faire travailler les dents.

Trimoires. Jambes, — dans le jargon des porte-balles et des marchands ambulants.

Tringle. Soldat du train des équipages militaires.

« G muse ! raconte-nous la grandeur hé-

[roïque <( De cet humble soldat, qui brandissant

[sa trique,

« Monté sur un mulet, cheminant pas à

/- [pas,

« Arrose les lauriers... mais ne les cueille

[pas. »

(A. Camus.)

Trinquer (Faire). Battre, maltraiter, — dans le jargon des voleurs. — Tai rien fait trinquer le gonse, — Je f vas trinquer le (jodard à cowps de sorlot.

Triomphe. — « Le triomphe est une vieille coutume de Saint- Cyr, qui consiste à promener sur une prolonge d'artillerie les vainqueurs du jour (lors de l'inspection) tandis, que les élèves forment dans la cour une immense farandole et chantent le chœur légendaire de la Galette, >> {Figaro, àwl^iml] et iSll .)

Tripasse. Femme laide etd'un embonpoint excessif.

Triper. Donner le sein. (L.

Larchey.)

Tripes. Seins mous et volumineux.

Tripière. Femme très avantagée sous le rapport de la poi-

trine. — Forte tripière, énormément bien avantagée.

Tripoli. Eau-de-vie de très mauvaise qualité.

Tripot. Garde municipal. Dérivé de tripotée.

Tripotée. Arrangement à coups de poing; scène de pugilat domestique.

Tripotier. Individu qui tient un tripot. — Au féminin, tripotiêre, celle qui tient table d'hôte et édarté.

Triquage. Triage de chiffons.

Trique (Etre en). Etre sous la surveillance de la haute police.

— Casser sa trique, rompre son ban.

Trique à larder, trique à picoter. Canne à épée. — Faii-e flamber la trique à larder, jouer de la canne à épée, porter un coup de canne à épée.

Triquer. Trier le contenu d'une hotte de chiffonnier.

Triqueuse. Trieuse de chiffons chez un chiffonnier en gros.

Trognon (Mon petit). Terme d'amitié, pour mon petit trognon de chou.

Trognade. Gâteaux, fruits, sucreries, — dans le jargon des collégiens. — Trogner, manger des friandises. — Trognerie, action de trogner. — Trogneur, qui mange beaucoup de friandises.

Trôler. Rôder.

Trôleur. Vagabond, rôdeur de barrière. — Marchand de peaux de lapins.

Trôleuse. Raccroche use.

:cr>

le

Trombilla. B<>tc, — dans jar>roii des voleurs.

Trombina. Figure. — Trom- ^IN(' en dècke, mauvaise mine.

TromboUer. Aimer, — dans le jarjr^m do^ voyous. — TromboUer U's gonzesses, aimer les femmes.

Trombone (Faire). Mettre la main au gousset et la i*etirer à plusieurs reprises sans en sortir lie Tardent. Faire semblant d*avoir envie de payer. Les doigts qui vontet viennent dans la poche du gilet sinmlent le mouvement du trombone, — dans le jargon des troupiei*s.

Trompette (Net en). Nez à la Roxelano.

Trompette, Tirelire. Figure ; t^le.

Trompette (Jouer de la). Sarrilier à ci*e^ntus.

Tronche. TtM envisage. — Tronche à la manque^ sergent de ville, agent de police» — dans le jargon d(vs voleurs; o'est-à-dire vilaine tt^te.

Trône. Pot de chambre haute forme ; chaise percée. — Aller sur le trôney aller aux lieux d'aisances. — Etre sur le trôney C'ivc aux lieux d'aisances.

Troquet. Pour mastroquety marcliand de vin.

Trot (Aller au). C'est-à-dire aller au trottoir, raccrocher, — dans le jargon des filles.

Trottant, Trotteur. Rat.

Trotter (Se). Déguerpir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

Trotteuse. Locomotive, —

M jargon des mécaniciens pins de fer.

Trottignole. Pied, soulier, — dans le jargon du peuple.

Dérivé de trottin.

Trottin. Garçon de magasin qui fait les courses; apprentie modiste qui fait les courses.

Trottin. Pied.

Trottine. Soulier. — Trottines feuilletées f souliers qui plaident en séparation de semelles.

Trottinet. Bottine de femme, soulier élégant, — dans le Jargon des ouvriers.

Trottoir (Femme de). Fille publique.

Trottoir (Le grand). Le grand répertoire, — dans le jargon des comédLiens.

Trou. Prison. Mot à mot :

trou de la réflexion, — dans le jargon des troupiers.

Trou de bise. Derrière. — « Parce qu'il est continuellement éventé des vents du trou de bise. »

(Rabelais, L. 1.) — Et les variantes : Trou de balle y trou du souffleur.

Trou à la lune. Faillite, départ précipité pour cause de faillite. — Faire un trou à la lune, suspendre ses payements et prendre le chemin de fer, via Bruxelles.

Trou (Faire son). Faire son chemin dans le monde.

Trou (Faire un). Boire, au milieu d'un repas, un verre de cognac. Dans les dîners d'apparat, on fait le trou en se gargarisant avec des sorbets au rhum ou au kirsch.

Trou (Etre dans le). Etre enterré.

*Troa sous le nez qui coûte cher (Avoir un). Avoir l'habitude de bien manger et de bien boire; faire un dieu de son ventre.

Trou-du-cnl. Sot, niais, gros imbécile.

Trou-du-cnl (Se démancher le). Faire force salutations, se confondre en salutations.

Trouhade, Truffard, Truffardin. Soldat.

.Trouée. Dentelle, — dans le jargon des voleurs.

Troufignon, Troufignard. Le

fondement.

Trouillarde. Dévergondée.

Trouille. Souillon de cuisine, femme malpropre.

Trouilloter. Puer, répandre une odeur infecte.

Troupe d'argent. Troupe de théâtre qui joue à tour de rôle sur deux scènes; par exemple à Montmartre et aux Batignolles.

— La troupe de fer-blanc joue tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, sans théâtre fixe.

Troussequin. Derrière; pour pétrousquin.

Trouvé. Nouveau, original, — dans le jargon des artistes.

Trouver honne, mauvaise

(La). Mot à mot : trouver la plaisanterie mauvaise.

Trouver mal sur (Se). Chiper, s'approprier un objet. — Qiû estce qui s'est trouvé mal sur mon trèfle ?

Troyen. Trois d'un jeu de dominos. Les dilettanti manquent rarement l'occasion de dire : Troyen de Berlioz.

Truc. Métier, — dans l'argot des voleurs. — A la Cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.

Truc. Ruse, mensonge ingénieux. — « Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs?

J'ai le truc de chaque commerce. » (Balzac, L'Illustre Gaudissart.) — « Son chef-d'œuvre est l'invention du truc à l'amour. »

{Mémoires de Thérésa,)— « Ce farceur de Mes-Bottes avait eu le truc d'épouser une dame très décatie. » (E. Zola.)

Truc. Commerce infime en plein air, petit trafic de toute sorte d'objets sans valeur. — « Le gamin de Paris fait tous les petits commerces qu'on désigne sous l'appellation de trucs. C'est sa qualité native. » (Ménetier, Les Binettes des cafés-concerts,)

Truc. Machine servant à produire un changement à vue au théâtre. — Le changement à vue lui-même. Les féeries sont des pièces à truc.

Truc (Grand). Assassinat. C'està-dire : grand moyen.

« Puis au grand truc vous marchez en

itaffant. »

Truc (Repiquer au). Recommencer. Récidiver.

Truc (Donner le). Donner le mot d'ordre, dans le jargon des voleurs. — Boulotter le truc, oublier le mot d'ordre ; c'est-à-dire manger la consigne.

Truc (Débiner le). Révéler le secret d'un métier, les ruses d'un métier, la manière d'opérer. — « Je vois que vous êtes du

métier : ne débinez pas le truc, »

(G. Escudier, Les Saltimbanques.)

— Maquiller le truc, organiser une affaire.

Trucage. Art de la fabrication du vieux-neuf.

Trucageur. Fabricant d antiquités, fabricant de vieux-neuf.

— « Et, surtout, défiez-vous du trucageur, 6 millionnaires!...

Le trucageur est un artiste modeste, bien différent des autres artistes ses confrères. 11 fait du vieux avec du neuf, l'innocent, »

(Ed. Texier.)

Tmcher, Tuner. Mendier, — dans l'ancien argot.

Trucheur , Tunaur . M en diant. — Trucheuse , tuneuse^ mendiante. Truche, mendicité.

— La faire à la truche, implorer la charité. Les mots « trucher, trucheur », sont des dérivés de l'ancien mot truc. (V. truquer.)

Truelle. Composteur, — dans le jargon des typographes.

Truelle, Pelle. Cuillère,— dans le jargon des francs-maçons, qui appellent encore les l'ourcheltes, despîoc/ies; les couteaux, des glaives; les verres, des canons; les bouteilles, des barriques; le vin blanc, poudre blanche; le vin rouge, poudre rouge; l'eau, poudre faible; les liqueurs fortes, poudre fulminante; les bougies allumées, des étoiles; les mouchettes, des pinces; le sel, du sable; le poivre, sable jaune ; les chaises, stalles; l'action de manger, mastiquer.

Truffard, Truffarde. Heureux, heureuse; celui, celle qui a de la chance.

Truffa. Pomme de terre. — Gros nez, nez d'ivrogne.

Truffe de savetier. — Marron.

Une dinde aux truffes de savetier.

Truffé. Rempli, bourré. N'est guère employé qu'avec le mot chic : Truffé de chic, — Dans son roman des Quatre sœvrs, publié dans les Débats, (mV, Frédéric Soulié cependant a dit, en parlant d'un boudoir, qu'il était truffé de meubles.

Truffière. Femme qui a beaucoup d'embonpoint, principalement dans la région des oanches.

Trumeau. Femme de mauvaise vie. — Vieux trumeau, prostituée hors d'âge.

Truqueur. Industriel en plein vent qui exerce toute sorte de petits métiers; vendeur de montres à dix sous, de chaînes de silrelé, de cartes transparentes, de porte-monnaie, etc., etc. — Individu qui court de foire en foire avec un jeu de hasard.

Truquer de la pogne. Mendier. Mot à mot : ruser de la main.

Truqueur. Habile, malin.

Tube. Gosier. — Nez. Se piquer le tube, se griser.

Tube à haute pression. Chapeau haute forme, — dans le jargon des voyous.

Tuber. Fumer la pipe. Le mot est d'importation méridionale. — Si nous en tubions une?

Tué (Etre). Etre comme pétrifié par la stupéfaction, être saisi, étonné au point de ne plus pouvoir faire un mouve

ment. — Argot du collège. (L.

Larchey.)

Tuer le ver. Boire la première goutte, le premier verre de vin blanc, le matin à |eun. M. Ch. Rozan fait remonter l'origine de cette expression au temps de François ler, et cela d'après l'autorité du journal d'un bourgeois de Paris de cette époque, qui prétend qu'un ver extrait des intestins d'une noble dame passa de vie à trépas dès qu'on lui eut administré du pain trempé dans du vin. — « Parquoi il ensuyt qu'il est expédient de prandre du pain et du vin au matin, au moings en temps dangereux, de peur de prandre de ver », conclut ce Prudhomme du XVI® siècle. — « J'aime beaucoup moi-même à tuer le ver sur le zinc, et je me fais un plaisir de vous offrir une tournée. » (Bernadille, Esquisses et croquis parisiens, d87C.) — La variante donne : Tuer le colimaçon, mais l'expression est beaucoup moins répandue ; et encore : Asphyxier le ver.

Tuer le ver. S'étourdir, mettre des liqueurs fortes sur ses remords pour essayer de les éteindre, — dans le jargon des voleurs. C'est-à-dire tuer le ver qui ronge la conscience.

Tuer (Bon à). Ouvrier qui ne fait rien qui vaille; celui qui gâche l'ouvrage.

Tuile. Contre-temps, événement fâcheux.

Tuile. Chapeau. — Assiette, — dans l'argot des francs-maçons. — TuileaUy casquette.

Tuiler (Se). Se soûler à fond;

arborer les tons rouges de la brique.

Tulipe orageuse (Le pas de la). Pas chorégraphique très ris(jué au point de vue de la décence. Cavalier seul exécuté par une danseuse de bal public qui enlève ses jupes à la hauteur de la t(*te en tournant sur elle-même. — La tulipe orageuse est le nec plus ultra du cancan, et laisse bien loin la rémoulade, le passage du guet, le coup du lapin, et le présentez armes! — « Son amour pour la chorégraphie s'était développé au Prado où elle dansait la tulipe orageuse avec un chic qui lui avait valu les applaudissements frénéti ques de la galerie. » (Abbot, La Princesse Mathilde,)

Tune, Tunebée. Bicêtre, — dans l'ancien argot,

Tuneçon. Prison , — dans l'ancien argot.

Tunnel. Le fondement, — dans le jargon des médecins.

Turbin. Travail. — Ce mot, primitivement employé par les voleurs, a passé bientôt dans le langage populaire. Les ouvriers disent couramment le turbin pour le travail, aller au turbin pour aller travailler.

Turbin (Aller au). Pour un voleur, c'est sortir pour voler. — Pour une fille, c'est aller faire une promenade prostitutionnelle. — Pour l'ouvrier, c'est se rendre à l'atelier. — Pour chacun c'est aller au travail à sa manière.

Turbinement , Turbine. Besogne, action de travailler, jour de travail. — « En voilà de la

;wo

DICTIONNAIRE D ARQOT MODERNE.

turbine! On se casse les ongles sur ce papier-là. » (Huysmans, I,i:s Strun Vatard.)

Turbiner. Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal.— «Il fades gens qui anivcDt avec une mise de fonds de dix francs, turbinent toute l'après-midi et foiil dix opérations pour gajrner quurante sous.

[Le Fiaaro, du 30 iiov. 1878.)

Turbiner une verte. Boii-c i:

verre d'absintbe, — dans le jargon des voyous. Mot à mot :

Iravaillcr la liqueur verte.

Turbinenr, Tnrbineuse. Ouvrier, ouvrière. — Une bonne lurbineme, — dans le Jargon des souteneurs, c'est une lille publique d'un bon rapport.

Tnrc. Tourangeau.

Turcau. La ville de Tours.

Turellement. Pour naturellemenl. Un mot qui avait réellement besoin d'iltre un peu rac-

Turlntine. Mélanf^e de biscuit pilé, de riz ci de lard; n'imcntation du soliiat en campafrne. (L. Larcbey )

Turquie. Touraine, — daiu le jargon des volcui-s.

Tutoyer. S'approprier un objet. — Tutoyer un porte-morningue. — Fréquenter, s'approcher de. — -i S'abstenir de tutoyer le iitie. ). ILe Sang-ctilotte, 1879.) t;'e-l-y-dire; Ne pas prendre des

Tuyau de poêle. Cbapcau haute forme. — Pantalon des soldaU-d'infanteric de lifrne, — dans le jargou des troupiers.

Tuyau à merde. Derrière. — Va donc faire sonder Ion tuyau à merde.

Tuyaux. Jambes. — Ramoner ses tuyaux, se laver les pieds.

(A. Del van.)

Tuyaux de poêle. Souliers dont les extrémités sont béantes, — dans le jargon de»

peintres vitriers. — « iJes tuyau de poêle qui reniticnt la poussière des ruisseaux. » (E. delà Bédolliére.) La variante est:

Boites à soupirail.

T^e. Individu à tCtc d'imbécile, tCte de dtipe. — u Arec quarante sous qu'un type m'a

Sassés, j'avais fait venir trente ■ancs. » {A. Cavaillé.) ~ BaDS le .jargon des (llles « type >i signifie homme qui paye; c'est un synonyme du mot mkhet qu'il tend à remplacer.

Typesse. Femme, et , parliculiérement, femme dont on paye les faveurs. La typesse oA celle que le tyfte honore momentanément de sa confiance.

Type. Typographie. — Ouvrier typographe.

Typote. Compositrice dim-

Tyran. Roi d'un jeu de caries, — dans l'argot dcsrépuhlicains.

Ulstérien, ulstérienne. Homme vêtu, femme vêtue d'un ulster, sorte de capote russe très longue et très ample, à la mode en 1872-77.

Un de plus. Un de plus dans le régiment des Georges Dandins, un mari trompé de plus.

Unch (Nom d'). Nom d'un...

sous-entendu un juron ad libitum; c'est nom d^un avec augmentation de ch, trouvé, sans doute, plus euphonique. — « Bravo, le bon Dieu! Nom d*Unch!

C'est presque aussi bien qu'à l'Ambigu. » (V. Hugo.)

Une à quinze, une à vingt.

Une bouteille de vin à quinze sous, une bouteille à vingt sous.

— Un à quatorze, un à seize, un litre à quatorze sous, un litre à seize sous, — dans le jargon des ivrognes qui pratiquent souvent le laconisme. Les paroles font perdre du temps, un temps qu'on peut employer à ingurgiter.

Urf. Superbe, exquis, excellent. Apocope de surfin, par suppression de la première et des deux dernières lettres. {Argot des voyous,)

Urine de lapin. Mauvaise eaude-vie claire, — dans le jargon du peuple.

Urle. Parloir d'un prison.

Urne (Avoir un député dans

1'). Etre enceinte. (Jargon des voyous.)

Urpino. Pour rupino, rupin,

c'est-à-dire élégant, distingué, bon genre. — Cest ui*pino, aux pommes, c'est le comble de l'élégance.

User le tapis. Jouer très petit jeu. La variante est : Amuser le tapis. — User ses bottes, faire des démarches souvent inutiles, aller d'un côté et de l'autre pour chercher de l'ouvrage. — User sa salive, parler beaucoup sans parvenir à persuader. — Ne pas avoir usé ses culottes sur les bancs du collège, être ignorant.

User la pierre ponce. Etre condamné aux travaux forcés. — H faut beaucoup de temps pour user la pierre ponce.

Ustensile. Maîtresse d'un souteneur. — M'en parle pa^, fat changé d*ustensile. — Moi f en ai deusses^ c'est plus profitant,

Ustensilier. Employé chargé, dans un théâtre, de la disposition et de l'enlèvement des accessoires de petite dimension.

(A. Bouchard.)

Ustoches. Ciseaux, — dans le jargon des couturières; c'est une déformation d'eustache. — Passe-moi tes ustoches.

Usure aux fines herbes. On

désigne ainsi les prélèvements de la cagnotte ou dessous du chandelier dans les tripots, tables d'hôte tenues par des femmes qui ont eu des malheurs. — « Les flibustiers des deux sexes

DICTIONNAIRE D AllGOT MODERNE.

f|ui VIN eut de cette iiiallionnéte industrie, dép:uis«'*c en table d'IuMc, ont le mot pour rire, et

rappellent, dans leur argot, V usure aiuv fines herbes. » (Adrien Paul, Floueurs et Floués.)

Vache, Veau. Femme de mauvaise vie. Comme la vache et le veau, elle aime à se coucher; son métier Toblige à se coucher.

La vache a, naturellement, plus d*expérienco et partant plus de rides que le veau.

« Elle (la d»chos»e de Bcrry) ont morte, U

[vache à panier, » Elle est morte, il n'en faut plus parler. » > Correspondance de la princesse Palatine.)

Vache. Femme avachie. — Dans ce sens-l«\ une vache peut ôlre encore honnête. Les Italiens disent en parlant de ce ^enre de femmt's : grossavaccGy ou y rossa porca.

Vache. Af^^ent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs. — <( Partout (à la jn'ison de la Santé) on li t cette imprécation: Mor/awa?

vackcsILù^vaches sont les agents de police. » (11. Cochin, Le Moniteur universel, du 13 t'év. 1881.)

Vache enragée. Bu'uf au naturel, bœuf Imuilli, — dans le jargon des collégiens. (Albanès.) — Manger de la vache enragée , sul)ir la misère, tUre très malheureux.

Vache (Faire la). Paresser.

Rester Iongtemj)s au lit; se traîner d'un endroit à l'autre sans avoir le courage de rien faire.

Vache qui pisse (U pleut comme). Il pleut à verse.

Vache (Tirer la). Faire aller le soufllet d'une forge, — dans le jargon des forgerons.

Vacherie. Débit de liqueurs servies par des femmes, — dans le jargon des voyous, qui traitent sans façon « de vaches » les Héhés de caboulot,

VacqueriB (Aller en). Sortir pour s'entretenir la main... au vol. C'est-à-dire aller vaguer en cherchant une bonne occasion.

Va -de -la gueule. Orateur, beau parleur, btivard, — dans le jargon du peuple. Le mot est du Fère Duchêne l'ancien.

Va-te-laver, va t'faire panser. Soufllet, coup de poing détaché en plein visage. — Décrocher un va-te-laver qui n*est pas piqué des vers, — « Je lui ai flanqué un va flaire panser sur l'œil. » (Randoii.)

Vadrouillard , Vadrouilleur , Vadrouilleux. Noceur, bambocheur, crapuleux.

Vadrouille, Vadrouilleuse, Vadrouillarde. Prostituée de bas étage; sale femme. C'est la sœur de la gadoue, de la gousse, — dans le jargon des voyous. Allusion à la vadrouille (lont on se sert pour nettoyer l'intérieur d'un canot; c'est un chiffon de laine emmanché au bout d'un ^ bâton. — « Les autres ne s'achai'-

nent pas après leur proie avec l'âpreté de ces vadrouilleuses dégoûtantes. )i (F. d'Urville, Les Ordures de Paris.)

Vadrouiller. Faire la noce, s'amuser crapuleusement.

Vague. Va-etrvient des filles sur la voie publique. — Lancer une gousse au vague, envoyer une femme faire le trottoir, — dans le jargon des voyous. — Se lâcher du vague^ aller promener sur la voie publique.

Vaisselle de poche. Argent.

Valade. Poche de redingote, de paletot, — dans le jargon des voleurs.

Valet de cœur. Amant de cœur, — dans le jargon des vieilles filles entretenues.

Valoir son pesant de moutarde. Expression employée pour apprécier, en riant, un propos idiot, une excentricité, une chose ridicule, une personne grotesque. — Il vaut son pesant de moutarde. Les gens tout à fait sans façon disent : Valoir son pesant de merde.

Valser. Décamper.

Valtreuse. Valise, — dans le jargon des camelots.

Valtreusier. Voleur de malles.

Vanage. Piège. — Maquiller un vanage, amorcer une dupe en lui laissant gagner une ou deux parties, — dans le jargon des grecs.

Vaner. Se sauver.

Vaneur. Poltron, fuyard, — dans le jargon des voleurs.

Vanné. Harassé. — Ruiné. — « Tous ces oisifs dangereux, décavés ou vannés qui sacrifient

jusqu'à leur dernier sou pour s'afficher à la porte d'un café. »

(F. d'Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)

Vanterne. Fenêtre. — Lanterne, — dans l'ancien argot, de l'espagnol vantana. — Vanterne sans loches, lanterne sourde.

Vanternier. Voleur ani , à l'exemple des amoureux de l'ancienne école, entre par la fenôtre.

Vaser. Pleuvoir. — Lavariante est : Tomber de la litharge, — dans le jargon des chiffonniers.

Vasistas. Monocle, — dans le jargon des voyous. — « Bon, je retire ma provocation et mon vasistas. » (P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)

Vaticanaille. Tout ce qui prend le mot d'ordre à Rome est traité de Vaticanaille par les démocrates libres-penseurs, qui à leur tour sont traités de Républicogutns par la Vaticanaille. courtoisie des partis politiques dans le pays le plus civihsé du monde !

Veau momé. Femme ivre.

Afomé est pour mort-né. (L. Larchey.)

Vécu (C'est). C'est étudié sur le vif; c'est senti, compris pour avoir vécu, dans le milieu où l'action s'est passée, — en ternie d'artistes et d'hommes de lettres.

Veiller au grain. Surveiller avec soin. Pour un patron, c'est veiller à ce que chacun soit à son ouvrage, à ce que tout marche bien et économiquement.

— Pour une fille, c'est faire en sorte de n'être pas flouée.

Veilleuse. Estomac, — dans

DICTIONNAIRE d'aRÔOT MODERNE.

le jargon des voleurs. — Veilleuse à seCy estomac qui crie famine.

Veinard, veinarde. Heureux, heureuse. Celui, celle qui a de la veine; mot très usité parmi les joueurs.

Vêler. Accoucher, — dans le jargon des voyous pour qui toutes les femmes sont des vaches.

Vélin. Femme, danjs le jargon des ouvrit' î-s. — Arrangemaner, secouer son vélin ,battre sa femme.

— Les variantes sont: Tortue^baleine et bourdon^ ce dernier pour désigner une femme bavarde.

Vélo. Postillon. Abréviation de véloce.

Velours. Pataquès. — Le velours est un cuir grammatical, mais un cuir doux. — Ainsi je suis Vété n'est pas un velours; c'est un cuir bel et bien. Lonnez-moi z*en, est un velours.

Velours. Liaueur douce. — Un petit verre de curaçao, d'anisetle, de crème de moka, c'est un velours sur l'estomac.

Velours. Crepitus ventris. — Lâcher un velours, sacrifier à crepitus ventris. — « 11 lâche tout bonnement en douceur un léger velours. » (LeFéreDuchéneJS19,) Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la llûte. (Ceci pour les gens qui aiment la précision.)

Velours (Faire du). Jouer le bon apôtre, chercher à amadouer, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : faire patte de velours.

Velours (Jouer sur le). Jouer avec l'ai'gent du bénéfice.

Véloze. Poste aux chevaux.

Velu (C'est). C'est distingué, c'est remarquable, — dans le jargon des écoles. Par allusion au poil du menton, le rêve de la jeunesse lycéenne. (L, Larchey.)

Venelle (Enfiler la). Fuir en tremblant. Vieille expression française. On la trouve dans la chronique bordeloise de Gaufreteau. — « Lesquels gagnèrent la venelle, de peur d'être capturés. ))

Venette. Peur. — Avoir la venette, avoir une fameuse venette.

Ventrée. Repas plantureux.

— Se flanquer, s*administrei', se coller une ventrée, faire un repas plantureux.

Ventre (Se brosser le). Ne pas avoir de quoi manger.

Ver rongeur. Voiture à l'heure.

— Avoir unver rongeur à la porte.

Verdouse. Fruit. — Verdousier, verdousiére, fruitier, fruitière.

Véreux. Individu sous la surveillance de la haute police, — dans le jargon des voleurs.

Véreux (Chignon). Fausse natte, faux chignon grossièrement fabriqué.

Vergue. Ville. — Vergnede Miséricorde, ville d'un mauvais rapport au point de vue du vol.

Vermicelles. Veines. — Avoir du raisiné dans les vermicelkSy avoir du sang dans les veines. — « Tu es .sans 7'aisiné dans les vermicelles. » (Balzac.)

Verminard, Vermineux. Homme de néant. (Jargon des écoles.)

Vermois, Vermeil. Sang, — dans le jargon des voleurs.

Véronique. Lanterne, — dans le jargon des chitfonniers.

Verûgot. Versailles.

Vert-de-gris (Un). Un verre d*absinthe.

Vert-de-gris. Domestique de charlatan à carrosse. — Surnom du joueur d'orgue de Mengin, devenu le surnom des accompagnateurs ordinaires de MM. les arracheurs de dents.

Vert (Se mettre au). S'asseoir à une table de jeu, — dans le jargon des grecs.

Vert en fleur (Monter le).

Tendre un piège.

Verte. Absinthe. Allusion à la couleur de l'absinthe. Un verre de vei*te.

Verte (La). Gonorrhée, — dans le jargon des voyous.

Venrer. Pleurer, — dans le jargon des voleurs.

'Vessard. Poltron.

Vesse, Vestige. Peur. Coquer le vestige, effrayer, — dans le jargon des voleurs.

Vesse. Attention! — dans le jargon du collège. — C'est l'exclamation que poussent les écoliers pour prévenir leurs camarades de l'arrivée du maître d'étude.

(L. Larchcy.)

Veste. Le contraire de la réussite, — dans le jargon des acteurs. — Remporter sa veste, ne pas réussir.

Vestige. Vivacité, vitesse.

Vestiges , Vestes. Légumes secs, — dans le jargon des prisonniers. Allusion à la conduite des légumes secs dans leurs rapports avec messire G aster.

Veste. Petite vessc.

Veuve. Corde, — dans l'ancien argot. (V. Hugo.)

Veuve (La). Guillotine, — dans l'argot classique des voleurs. — Epouser la veuve, être guillotiné. — Crosser chez la veuve, monter sur l'échafaud.

Veuve poignet (La). Exercice de l'onanisme.

Veuve j'en tenons (Etre logé chez la). Etre enceinte. — L'expression date de 1739. Elle est d'ailleurs démodée.

Veuve Chapelle (La). La dame de pique, — dans le jargon des joueurs de baccarat, ainsi baptisée du nom d'un joueur. D'après une superstition de joueurs de baccarat, la dame de pique est connue pour porter la guigne.

Veuve Rentrée (La). Vendeur pour le compte duquel un objet est resté aux enchères, — dans le jargon des commissaires-prise urs. L'objet non vendu rentre chez le marchand ou en magasin. — La variante est : Monsieur Dufour.

Veuve d'un colonel mort à Waterloo... d'un coup de pied dans le cul. Veuve pour rire.

Femme qui se prétend veuve d'un officier supérieur.

Vezouiller. Sentir mauvais, par allusion à l'odeur de certain vent interne.

Viande. La chair humaine. —

nn

Montrer sa viande^ se décolleter.

— Cachor sa viande^ cacher un sein qir(»n ne saurait voir. — M Cache donc ta viande que je mange mon pain ! » (E. Zola.)

Viande à canon. Soldat. — En lonips de guerre le canon en fait une grande consommation.

-- Sous le premier Empire, alors ((ue la gloire coûtait à la France îles monceaux de cadavres entassas sur les champs de bataille, on appelait les soldats :

de la chair à canon.

Viande de morgue. Personne qui commet des imjtrudences.

— Vagabond, coureuse sans feu ni lieu. — « LemarinierLausard lui cria même; Viande de mordue, rangez-vous donc ! » (Liberté, du 2:> août 1877.)

Viande de seconde catégorie, Basse viande. Kemme dont les chairs sont bouffies et molles.

Viande dans le torchon (Se coller la). Se coucher, — dans le jargon de MM. les voyous.

Viande (Ramasser sa). Se ramasser. — Quand un voyou voit tomber quelqu'un, il ne manque pas tle dire : « Ramasse ta viande ».

Viauper. Pleurer, pleurer comme un veau.

Vice (Avoir du). Avoir de la malice. — « La femme qui a un peu de vice, s'émancipe tôt ou tard de la tutelle d'une maîtresse de maison et travaille pour son compte. » (E. de Concourt.)

Vice (Aller au). Aller chez une fille de joie.

Vice-Versailles. Vice-versâ.

Jeu de mots par à peu près.

Vidé (Etre). Etre miné. — Ne plus produire rien qui vaille,

— dans le jargon des hommes de lettres. Variante : Ne plus rien acoir dans le ventre. — « Je lis ses clironiques... C'est d'un toc!... 11 n'a rien dans le ventre, ce garçon-là. » (A. Dreyfus, La Vie moderne^ du 24 avril 1879.)

- « Robinet est vidé. » (Id. Ibidem.)

Viédaser. Faire traîner un ouvrage en longueur, travailler avec nonchalance, (xvii* et xviu* siècles.)

Vieille. Mère, — dans l'argot du peuple.

Vieille. Eau-de-vie vieille, vieux cognac.

Vieille (Ma). Terme d'amitié.

C'est-à-dire vieux de la vieille garde, ancien camarade, — dans le jargon des cabotins. — Un vieux pilier de café m'a assuré que le mot était employé pai* allusion à la vieille eau-de-vie, que les habitués aiment beaucoup; d'où quelqu'un pour qui on a de l'affection ou simplement de la sympathie devient « votre vieille ». — « Apollon, Epicurc et le sultan Belhoula se succèdent en s'appelant ma vieille. » (Monselet, Acteurs et actrices.) — « Bientôt le café fut plein... il y avait des renommées, même des gloires... hommes et femmes s'appelaient ma vieille, ma petite vieille. C'est courant, et il y a longtemps que cela dure. » (L. Veuillot, Les Odeurs de Paris.)

Vieille garde. Vieille courtisane. (H. Meilhac.) Celle-là se rend et ne meurt pas.

Vieille culotte de peau. Ofû-

cier en retraite. Officier émérite qui a conservé dans la vie civile les habitudes militaires.

Vieille (Elle est). La plaisanterie, l'histoire est vieille, connue. — a On me dit: madame est au bain. Je dis : elle est trop vieille celle-là ! » (Th. Barrière et Lambert Thiboust, Les Jocrisses de Vamour.)

Vieux. Amant sérieux, à lunettes, ventru, riche, et irisant la cinquantaine.

Vieux. Père, — dans le jargon des ouvriers. — Le vieux se décatit joliment.

Vieux (Se faire). Attendre quelqu'un avec impatience; se tourmenter. Les variantes sont :

Se faire viocque, se faire antique, — « C'est rasant... C'est que je me fais vieux. » {La Vie moderne, 2 août 1879.)

Vif -argent. Argent comptant, — dans le jargon des voleurs. Au xvi^ siècle , solder argentvif, voulait dire payer comptant. (Bovillé.)

Vignette. Figure , — dans le jargon des typographes. — Figer la vignette, ôtre distrait, regarder voler les mouches au lieu de travailler.

Vin blanc (Marchand de).

Moutard dont la culotte laisse passer par derrière un pan plus ou moins long de chemise plus ou moins blanche. — D'un moutard ainsi accoutré, l'on dit « qu'il vend du vin blanc. »

Vingt-deux. Poignard, — dans l'ancien argot.

Vinaigre des quatre négo-

ciants. Acide acétique. — On disait autrefois, vinaigre des quatre voleurs.

Viocqne. Vie, — dans le jargon des voleurs.

Viocque. Vieux.

Violon (Sentir le). Sentir la misère.

Violoné. Misérable.

Virgule. Ponctuation excrémentielle qui tapisse les murs de certaines latrines publiques.

Essais de peinture impressionniste tentés par les voyous sur les murs de ces établissements.

Visage de constipé. Mauvais visage, mine allongée et jaune.

Visage à culotte. Vilain visage digne de figurer dans un pantalon.

Vise-au-trèfle. Apothicaire du temps de M. de Pourceaugnac.

Viscope. Visière; casquette.

Vitrier. La couleur carreau d'un jeu de cartes. — Quinte mangeuse dans les vitriers, quinte majeure à carreau, — dans l'argot du peuple qui aime à jouer sur les mots en jouant aux cartes.

Voie de bois (Foutre une).

Donner des coups, — dans le jargon des chiffonniers. — C'est l'ancien : charger quelqu'un de bois. — « Soit, mais gare le bois, si j'apprends quelque chose. »

(Mohère.)

Voir (Se). Se livrer à l'onanisme.

Voir en dedans. Dormir.

Voir. x\.voir ses menstrues, —

dans le jargon des bourgeoises.

— Voir Sophie^ — dans celui des ouvrières.

Voir. Arrêter, — dans le jargon dos voleurs. — Se faire voir y se faire aiTÔter.

Voir la farce (En). En faire rex()érience; satisfaire sa curiosité.

Voirie. Vagabond; sale individu, sale femme.

Voite. Voiture.

Volant. Oiseau. — Manteau.

Volante, vol- an-vent. Plume.

Voltigeante. Boue.

Voltigeur. Apprenti maçon, aide-maçon. 11 fait de la voltige d'échelle en échelle.

Volontaire de cinq ans. Soldat. Par opposition ironique à volontaire d'un an. Le soldat doit cinq ans de service militaire au pays.

Vomir tripes et boyaux. Vomir copieusement et avec de grands efforts.

Voulu (C'est). C'est une mode, c'est entré dans les mœurs, c'est une chose de convention.

— « C'est voulu! ce n'est pas sincère. » (V. Sardou, Daniel Rochat, ac. 1. se. 2.)

Vouzaille, Vouzigaud, Vozière, Vozigue. Vous. Avec lin peu d'imagination, on peut varier la terminaison à l'infini.

Voyage (Le). Le tour de Franco, — dans le jargon des SciUiinbanqucs.

Voyager. Terme chorégraphique. Dévicj" de place en faisant une pirouette. — « Dans les ballets de mélodrames une pi-

rouette commence au fond du théâtre et s'achève près de la rampe. » [Petit dict. des coulisses.)

Voyageur. Voyage u/ de commerce. — L'illustre Gaudissart a été le Napoléon des voyageurs. (V. Le roman de Balzac.)

Voyageur. Saltimbanque. — C'est, par euphémisme, le nom sous lequel les saltimbanques se désignent.

Voyageurs à quinze francs le cent. Voyageurs d'impériale d'omnibus, — dans le jargon des cochers de fiacre.

Voyou.Gamin de Paris. — Dans les Mystères de Paris, Eug. Sue a doté le voyou, son Tortillard, de tous les vices. — Dans les MisérableSj M. Victor Hugo a poétisé le voyou sous le nom de Gavroche. — « C'était le même regard pénétrant et astucieux joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type alarmant de la dépravation précoce, véritable graine de bagne. » (E. Sue.)

— « Ses parents l'avaient jeté dans lavie d'un coup de pied. C'était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l'air vivace.et maladif. 11 allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais, comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l'appelait galopin, se fâchait quand on l'appelait voyou. » (V. Hugo )

— « C'est le gamin de Paris, l'enfant de la voie publique, le produit de la boue et du caillou, le fumier sur lequel passe 1 héroïsme, l'hôpital ambulant de toutes les plaies morales de

rhumànité. Laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, hrave comme Jean-Bart, athée comme Lalande, un monstre. » (A. Delvau, La Journée d'un voyou.) — « Le voyou, le parisien naturel, ne pleure pas, il pleurniche ; il ne rit pas, il ricane; il ne plaisante pas. il blague ; il ne danse pas, il chahute ; il n'est pas

amoureux, il est libertin. » (L. Veuillot, Les Odeurs de Paris,)

Voyou. Grossier, mal-appris, canaille et crapuleux personnage.

Voyoncrate. Qui tient à la canaille, partisan de la canaille.

Voyoucratie. Prétention de la canaille à primer les autres classes de la société.

Msr

Wagon. Grand verre de vin de la contenance d'un demilitre.

Wagon à bestiaux. Sale prostituée.

Wallacer. Boire de l'eau, — dans le jargon des voyous.

Allusion aux fontaines publiques données à la ville de Paris par Richard Wallace.

Waterloo. Derrière, — dans le jargon des voyous. — J'te vas secouer le Waterloo,

X (AUer à 1'). Aller à l'école polytechnique, — Candidat à

VX, aspirant à cette môme école.

Yeux culottés. Yeux cernés.

Chez une femme cela ne tire pas à conséquence; chez une jeune fille ce décor répond à la situation que Sapho a traduite par le célèbre : « Et moi, je couche seule. »

Yeux de cochon. Petits yeux clignotants. — Yeux en boules de loto, gros yeux à tleur de tête; ou, encore, yeux de bœuf, les yeux dont Homère a gratifié junon.

Yeux en trou de vrille. Petits

yeux bien Mies, sans expression. On dit encore, dans le môme sens : yeux m trou de pipe. Cette dernière expression présente une variante, grAce au changement d'une seule lettre, variante que je ne puis citer.

Et il y a des gens qui gémissent sur la pauvreté de notre lan-

gue ! Ce sont eux qui sont pauvres... d'imagination.

Teux comme des tasses (Onvrirdes). Ouvrir de grands yeux étonnés.

Youtre. Juif.

Tontrerie. Réunion de juifs.

— Avarice ; usure.

Zéph. Vent; c/est Tapocope de zéphyr. — Se pousser du zéphyr, se sauver. — Rue des Quatre- Zùphs y rue des Quatre- Vents.

Zéphir. Soldat du bataillon d'Afri([ue. — « Les zéphirs, qu'on nomme aussi joyeux, se recrutent dans tous les régiments d'infiintcrie et cavaloi'ie, et forment une f)otitc légion fougueuse, irascible, liostilo aux règlemenls, rebelUi an devoir, qui approvisionne tn^'s consciencieusement les prisons et les conseils de guerre. » (A. Camus.)

Zéphirien. Qui a rapport aux zépliirs. — <( Jacques Durivet revint uses souvenirs zé{)hiriens. »

(A. Camus.)

Zig. Marchandise non conforme à l'échantillon. — Marchandise <|u'nn filou livrerad'autant moins qu'il aura touché une avance sur échantillon.

Zig, Zigue. Camarade, ami.

— Bon zig, zig d'attaque, bon camarade, camarade sur lequel on peut compter. — Le premier

venu. ConnaiS'tu le zig? connaistu l'individu?

Zig à la rebiffe. Récidiviste, — dans l'argot du régiment.

Zigzag. Boiteux.

Zinc. Argent. — Comptoir do marchand de vin. — Prendre un canon siir zinc, — « Des poivrots, le coude sur le zinc, riaient au nez des petites. » (Huysmans, Les Sœurs Vatai'd.)

Zinc (Tomber un). Prendre un verre de vin ou de liqueur sur le comptoir du iiiarcJiand de vin. Mot à mot : avoir raison d'une consommation servie sur le comptoir de zinc.

Zinc (Avoir du). Avoir de l'aplomb, de l'élégance ; c'est avoir du chien à un plus.

Zinguer. Boire debout devant le comptoir d'un marchand de vin, vtdgo sur le zinc.

« Zinguor tout seul, c'esf pas mon blot," {La Muse à Bibi, A^octnrne.)

Zona. Fille publique , — dans le jargon des marchands juiis.

degré de

Zouzon. Zouave.

Zozotte. Argent; — pour pézotte, — dans le jargon des souteneurs. — Mettre le doigt sur la zozotte, toucher à l'argent, voler de l'argent. — La zozotte à la Louis, l'argent de la maîtresse d'un souteneur.

Zut. Non; ça m'ennuie. Au diable ! — Ah ! zut alors. — « Zut pour le naturel. » (Glairville et Siriniâiïi,LeMotdelafin.) — a Lei jour où j'aurai assez de cette!

chère amie, je lui dirai zut, (X. de Montépin, Les Viveurs de Paris.) Il y a cinquante ans, pour donner plus de force au jiut! on ajoutait et bran : zut et bran, comme on dit aujourd'hui zut et crotte. Zut ne me parait qu'une déformation du mot zeste qui lui-même n'est qu'un travesti de peste !

« Et zeste, si quelqu'un vous pouvait

prendre au mot. »

Destouches, Le Philosophe marié.)

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