DEUXIEME DISSERTATION. - SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL
Une secrète impulsion vous entraîne vers le portail de la cathédrale» majestueuse préface oe rédifice, dont la configuration hiératique et les myriades de statues qui le décorent sont autant de symboles mystérieux. C^est avec regret que vous détournez les yeux de ce sublime poëme, écrit sur la pierre, pour pénétrer dans Tintérieur du temple. Cet intérieur est déjà un magnifique symbole. C*est la nef, navis, le vaisseau, car il figure admirablement par sa longueur et rare aigu de sa voûte le vaisseau de l'Efflise, battu par la tempête et toujours debout. La tasilique elle-même a la forme d'une croix, pour vous rappeler Finstrument du grand sacrifice qui se renouvelle tous les jours dans le temple auguste. Au chevet de cette croix repose , comme il reposait au chevet du Calvaire, THomme-Dieu victime, tète et point de départ de tout le culte chrétien. Mais déjà les accents de la prière se sont fait entendre; déjà tos oreilles ont été frappées du murmure doux et solennel de Torgue, qui , tantôt accompagne amoureusement des chants de louange qu^on dirait Téchode ceux du ciel, tantôt promène seul dans la mystérieuse profondeur des nefs sesr larges et mélancoliques accords. Vous croyez alors entendre le frémissement des vitraux, vous croyez voir les statues d'anges et de saints se mouvoir, s'associer à ce concert ineffable de prières çt d'actions de gr&ces. Alors le peuple fidèle, agenouillé sur les dalles du temple , semble avoir perdu sous ces voûtes saintes l'empreinte de la souillure et des passions mondaines. Agrandi par tant de mjrstères augustes dont il a été le principal objet et qui se renouvellent tous les jours pour lui (tant son Ame est d'une valeur inestimable devant Dieu) , il apparaît, ce qu'il est véritablement devenu par la médiation du Verbe incarné, une race choisie j — un sacerdoce royal {IPetr. 11,9),-- une nation sainte (/6W.), —un peuple (Tacquisilion [Ibid.), racheté au prix d'un sang divin. C'est ce que nous découvririons plus particulièrement, si nous entrions pi us avant dans la signification de ces cérémonies, de ces ornements, de ces cantiques sacrés. Nous verrions que TAmede tous ces rites symboliques et mystérieux, c'est la réhabilitation de l'homme déchu et celle de ce monde visible et matériel entraîné dans sa chute et dans sa dégradation. C'est ainsi que ce monde matériel lui-même se purine, s'ennoblit , se dégage dé jour en jour de la servitude du péché, en prêtant ses éléments divers à l'arcnitecture , à la sculpture, à la peinture et à la musique chrétiennes , et ses éléments acquièrent ensuite une nouvelle f)erfection des rites mystérieux qui s'accomplissent dans le temple saint à l'érection et
à l'embellissement duquel ils ont déjà contribué. Lisez attentivement le rituel romain et vous verrez que nous ne parlons pas ici, en fibres , mais qu'il s'agit d'augustes et sensibles réalités» Oui,rnomme tombé el relevé de sa chute jusqu'à Dieu descendu jusqu'à l'homme , voilà la clef non-seulement des dogmes du christianisme , mais encore de ses rites ; non-senlement de ses rites , mais encore des arts consacrés à son culte, dont ils sont les sublimes et éloquents interprètes. Et si la clef de tant de mystères n était point dans l'incarnation , où la trouverions-nous ?
Tels sont les principes qui doivent nous diriger dans nos appréciations des œuvres de 1 art chrétien , soit que nous les considérions en elles-mêmes, soit que nous les envisagions dans leur rapport avec l'arl païen. Ce seront, par conséquent, ceux qui nous guideront dans cet ouvrage. Il sera entièrement rédigé sur un plan réel , quoique non apparent, la forme de dictionnaire, excluant nécessairement toute ordonnance symétrique dans la distribution des matières« Une table analytique et raisonnée de ces dernières que nous donnerons à la fin du volume rendra visible à Tœil le plan que nous aurons scrupuleusement observé pour fesprit. Ce plan nous est clairement tracé par les deux dissertations préliminaires qui précèdent. Nous le suivrons pour la plupart des articles de ce dictionnaire } c'est dire que nous les traiterons au double point de vue du beau humain ou naturel et du beau divin ou surnaturel. Tout en payant aux chefsd*œuvre de l'art antiç^ue un large et bien légitime tribut d'admiration qu'on ne saurait leur refuser sans injustice f nous établirons solidement , j'aime à le croire, que les chefs-d'œuvre de 1 art chrétien ne leur sont nullement inférieurs sous le rapport de la beauté de la forme , et que de plus , ils les surpassent évidemment par un autre genre de beauté qui leur est propre, je veux dire cette expression mystique^ surnaturelle ou divine, que les plus grands artistes païens ne pouvaient pas même soupçonner^
Mous complétons cette deuxième. dissertation par la liste des auteurs dont les ouvrages ont plus ou moins trait à l'Esthétique chrétienne. C'est forcément que nous employons cette formule restrictive, attendu au'il n'existe pas d'auteur jusqu'à oe jour, u moins à notre connaissance, qui ait trai*^ té , ex professo , du beau dan$ l'art chrétien^ tandis qu'il en est un grand nombre qui ont traité, ex professo, àxkbiau en général, comme on a pu le voir par la liste que nous en avons donnée à la suite de notre première dissertation nréliminaire.
TABLE ÀLI^HÀBETIQUE DES AUTEURS OUl ONf ECBIT SUR L^ESTHETIQUE CHRËt. H