‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 115 sur 282 · C H AIRES · texte numérisé non relu

C H AIRES

marché et Heu de pèlerinage, la vieille cité voisine de Latisco.

C'est en vain que l'évêque Geilon, successeur d'Isaac, chercha à y établir une communauté de chanoines; l'illustre évêque Brun de Roucy (980-1016) y parvint; en outre, il restaura, du porche au transept, l'église Ste-Marie, alors croulante, la recouvrit de voûtes en bois, et changea son nom en celui de S.- Vorles. Les chanoines de Chàtillon se consacrèrent à l'enseignement, ouvrirent des écoles, et comptèrent S. Bernard parmi leurs disciples. Se souvenant de ses maîtres, et aidé des évêques de Langres, Vilain d'Aigremont et Godefroy de la Roche Taillée, S. Bernard introduisit à Chàtillon des moines de Ruisseauville qui imposèrent au chapitre collégial la règle augustine en 1135-36 et l'afrilièrent à l'ordre d'Arrouaise vers 1142; le premier abbé du nouveau monastère, Aldon, familier de S. Bernard, reçut en 1138 la confirmation de cette réforme par le pape Innocent II.

Bientôt l'abbaye N.-D. s'établit, au cetitre de la boucle de la Seine, entre le château appartenant à l'évêque et le bourg de Chamont, possession du duc de Bourgogne. Les évêques de Langres, les ducs de Bourgogne, les comtes de Champagne et de Bar-sur- Seine, Hugues de (irancey, sénéchal de Bourgogne, furent les principaux donateurs. L'église abbatiale présentait un plan très voisin de celui de Fontenay; celle de S.-Vorles, desservie jusqu'en 1139 |)ar un prêtre séculier, fut après cette date transformée en paroisse curiale pour toute la ville : elle fut desservie par un chanoine et, en 1195, l'évêque Gautier unit la cure à l'abbatiat.

Au début du xiii"' s., l'abbaye N.-D., bien que gênée dans son expansion par les possessions des monastères voisins, Clairvaux, Fontenay, Jully, Longuay, Molesme, Rothières et le Val-des-Choux, profita de l'importance exceptionnelle de la place de Chàtillon, jiivot de la politique ducale en Bourgogne du Nord. L'abbé, seigneur justicier d'un tiers de (Chàtillon depuis 1182, du faubourg de Courcelles-Frévoires, des villages environnants de Chaume, Poinson et Villote-sur- Ource, percevait les dîmes de sept localités proches, les revenus de deux moulins en aval de Chàtillon, de deux fours, et étendait le temporel de son abbaye sur un trapèze de 20 km. au plus grand côté, entre Larrey, Belan, S.-Fal et Chamesson, le long de la Seine et de rOurce.

Les autres églises de Chàtillon, S.-Mammès (créée en 1003), S. -Nicolas pour le bourg, S. -Jean plus tard pour Chamont, étaient succursales de S.-Vorles; les chanoines de l'abbaye desservaient en outre quatorze églises voisines.

Malheureusement les guerres qui désolèrent les confins de la Champagne et de la Bourgogne au cours du xiii"^ s., et les procès engagés par l'abbaye avec les coseigneurs de la ville ou le couvent des Cordeliers établi à Chàtillon en 1258, affaiblirent la discipline : dès 1320 l'abbé faisait table à part; en 1340 les charges de l'abbaye furent transformées en bénéfices. Les ravages dont fut victime Chàtillon lors de la guerre de Cent Ans compromirent l'équilibre : les Anglais détruisirent le château et tentèrent d'incendier S.-Vorles; lors de la guerre entre Louis XI et Charles le Téméraire, l'abbaye elle-même fut incendiée en 1475. I^es chanoines, obligés de vivre dans le siècle, ne firent plus table commune. Lorsque, après deux essais infructueux du duc de Bourgogne en 1459, fut imposé en 1494 le premier abbé commendataire, la règle était si délaissée que seul l'habit, mi-partie blanc, distinguait la communauté des chanoines séculiers. Fortement ligueuse, Chàtillon fut incendiée, lors des guerres de religion, en 1595, à la fois par les protestants du maréchal de Biron et par le gouverneur

de Thenissay agissant au nom de la Ligue. Les chanoines, privés de revenus et des bâtiments de l'abbaye rasés, furent dispersés.

En 1607, le cistercien Pierre Conard parvint à les rassembler, mais sans pouvoir relever la règle; ce fut l'infirmier Cl. Esperit (f 1649) qui, malgré les persécutions de l'abbé Philippe de Ste-Colombe, imposa, en 1635, la réforme génovéfaine. L'église S.-Vorles et les bâtiments claustraux furent relevés, la bibliothèque reconstituée; en 1732 le revenu de l'abbaye avait recouvré le niveau du xiv« s. : en 1789 il atteignait 4 500 livres. En 1791, la communauté fut dispersée et rendue à la vie laïque. Les chanoines persistant dans leur profession furent envoyés à Molesme. En 1806, l'antique église S.-Vorles, celle de S.-Mammès, ou plutôt la chapelle édifiée en 1629 sur les ruines de la magnifique église incendiée en 1595, celle de S.- Jean de Chamont, devinrent paroisses succursales au bénéfice de S. -Nicolas, aujourd'hui seule curiale. Les bâtiments subsistant de l'abbaye N.-D., dont l'église elle-même est très abîmée, ont été transformés en un hospice civil sous le vocable de S. -Pierre.

Lisle des abbés. — Aldon. — Baudoin, f 1146. — Nicolas I", 1145-58. — Waldric, 1159. — Andelin, 1160-85. — Daniel, 1185. — Géraud, 1186-97. — Henri I", 1197-1202. — Hugues I", 1203-22. — Guy I", 1223-25. — Henri II, 1227. — Guy II, 1230- 48. — Jacques I", 1248-79. — Nicolas II, 1279-1307.

— P..., 1310. — Guillaume I", 1320-48. — Hugues II de Corbigny, 1349-67. — Dominique, 1368. — Jacques II des Riceys, 1368-71. — Hugues III de la Marche, 1371-85. — Guillaume II de Chastenay, 1387-92. — Jean Mandoville, 1392-1414. — Hugues IV de Noyers, 1414-59. — Guy III Gastefarine, 1459-62.

— Guillaume III du Bois, 1462-94, abdiqua, 1 1502. — F"rançois I" de Dinteville, premier abbé commendataire, 1494-1514. — Eustache de Saintes, 1514-20. — Pierre Rouillard, 1531-43. — Antoine de Saurac, 1548- 69. — Louis de Lorraine, cardinal de Guise, 1569-77.

— Guy IV Garry de Montrigaud, 1579-96, t 1601. — [Bertrand de Latzagues, 1601-07, non reconnu]. — Pierre Conard, 1606-11. — Philippe Legrand de Ste- Colombe, 1611-22 et 1632-38. — J.-B. Legrand de Ste-Colombe, 1622-32. — François II de Metel de Bois- Robert, 1638-64. — Henri III de Larrey, 1664-1711. — Philibert Guyet, 1711-21. — Gl.-Aimé-François Gagne de Perrigny, 1721-57. — Louis-Marie Lebascle d'Argenteuil, 1757.

Archives : dép. de la Côte-d'Or, H" 625-60, assez fournies : 33 registres, 2333 chartes, plans; H" 205 : cartulalre du xiv» s. (1137-1362) (Stein, Cartulaires français, 911); H" 20«. cart. du xvn» s. (1195-1523) (Stein, 912); Inventaire, ms. H" S8, par Ant. Petot, 1786; bibl. Ste-Geneviève, mss. 608, 700, 3265-3337. — Beaunier- Besse, Abbayes et prieurés..., xii, 1941, III» part., p. 376-86, avec bibliogr. abondante. — Gall. christ., iv, 1728, p. 770- 77. — A. S., juin, m, 383-89 : S. Veroli oita et miracula.

— F. Hocmelle, Hist. descriptio... B. Mariae de Castellione, 1723, cf. bibl. de Chàtillon, ms. 5, trad. par H. Bernard, 1893; ms. 43. — E. Le Grand, L'hist. saincte de la ville de Chàtillon, Autun, 1651. — G. Laperouse, L'hist. de Chàtillon, Chàtillon, 1837. — Abbé Roussel, Le dioc. de Langres, ui, Langres, 1873, p. 13.

R. F'OSSIER.

CHATIZEL DE LA NÉRONNIÈRE

(Pierre-Jérome), théologien français, t 1817. Voir D. T. C, II, 2350.

1 . CHATRES (Notre-Dame de), Sancta Maria de Castris, cant. de Terrasson, arr. de Sarlat (Dordogne), dioc. de Périgueux. Cette abbaye de chanoines réguliers a été fondée en 1077 par l'évêque de Périgueux, Guillaume, sur les ruines d'un ancien castrum. Comme toutes les fondations de ce genre dans la

CHATRES ^

CHATRICES

région, elle a probablement subi l'influence de S.-Ruf, soit directement, soit par l'intermédiaire de S.-Sernin de Toulouse. L'histoire de la communauté nous échappe presque entièrement. Elle dut exercer un certain rayonnement, si l'on en juge par l'extension des prieurés dans les diocèses de Pèrigueux, Sarlat et Saintes. L'église devint rapidement le centre d'un pèlerinage réputé.

La communauté souffrit beaucoup de la guerre de Cent Ans. Pour réparer les ruines, l'abbé Nicolas Realitas adressa en 1436 une supplique au S. -Siège. Au milieu du xvii« s. l'abbaye comptait encore treize chanoines, un prieur et un cellérier. Mais au début du xvm<^ s. elle était de nouveau dans un état lamentable et ne se releva pas de ses ruines. A la Révolution les revenus furent évalués à 2 300 livres.

Liste des abbés. — Pierre, 1114. — Guillaume, 1120. — Lambert, 1146. — Pierre II, 1150. — Étienne, 1179. — Raymond, 1226. — Jean, 1244. — Alexandre, 1264. — Bernard de Verneuil, 1320. — Adhémar de Rovelle, 1340. — Hugues de Valence, 1390. — Jean II Lavala, 1425. — Nicolas Realitas, 1436. — Matthieu Lillaud, 1455. — Bertrand, 1456. — Pierre III Bretenèche, 1462. — Gabriel Lillaud, 1541. — Bertrand II Lillaud, 1541. — Jean II Vilette, 1571. — Gaspard de Chaptau, 1613. — Jean III Lavergnac? — Boysseilhe, 1630. — Pierre du Port? — François Dolu, 1640. — Pécon de S.- Nicolas? — Hector de Royère, 1656. — Pierre IV d'Aubusson. — Jean V de Laurond, 1664. — Jean-Georges d'Aubusson, 1670. — François d'Aubusson? — 'Berthet, 1716. — De Ségonsac, 1717. — Pierre de Tesserot, 1719. — J.-L. de Cahusac, 1748. — G.-C. de Raynoud, 1767. , Prieurés. — Pont-Roumieu ; Guilhgorce (dioc. de Pèrigueux); S.-Jean-de-Bosc, Lomagne, Doudrac (dioc. de Sarlat); Le Chalard (dioc. de Pèrigueux); S.-Jacques-de-Bosc-Fleury, Ste-Colombe (dioc. de Saintes).

Archives : dép. de la Dordogne, série H : quelques pièces; Paris, Bibl. nat., coll. Périgord, xxxiii, 387-320. — J. Puteanus, Hist. episcoporum Petragorensium, Pèrigueux, 1629, p. 20. — Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., m, 204. — Gall. christ., u, 1504. — De Boscodon, Liste des abbés..., dans Bull, de la Soc. hist. du Périgord, i, 1880, p. 268-69. — E. Comte, L'abbaye de Châtres..., ibid., xxx, 1903, p. 69-78, 118-39.

Ch. Dereine.

2. CHATRES (Notre-Dame de), Sancta Maria de Castris, près de Cognac (Charente), dioc. de Saintes. On a souvent confondu cette fondation avec la précédente, d'où l'obscurité qui règne sur ses origines. Seul le jugement rendu en 1148 par Geoffroy de Louroux en donne une idée exacte. Sur l'ordre du pape Eugène III, l'archevêque de Bordeaux règle le conflit survenu entre la communauté de Châtres et celle de Fontevrault. Cette dernière prétendait établir son domaine sur l'église de Châtres en arguant que le fondateur, un certain Robert, avait été un convers, profès de son ordre. C'est donc un disciple de Robert d'Arbrissel qui, après 1110, vint fonder près de Cognac une communauté de chanoines réguliers. Geoffroy mit fin à la querelle en procédant à une nouvelle répartition des biens.

Les quelques documents échappés à la ruine du prieuré montrent qu'il a bénéficié des largesses des familles de Bourg et de Lusignan, ce qui permit aux prieurs de construire une belle église à quatre coupoles dont il ne reste malheureusement que la façade. En 1237 un lien de fraternité fut établi avec l'abbaye de Mauléon au diocèse de Poitiers. Au xiv s., la communauté eut beaucoup à souffrir de la guerre de Cent Ans. Elle se releva grâce à la générosité du bon comte Jean. Mais à la fin du xv" s., la commende fut établie

et, peu après, les calvinistes ruinèrent entièrement le monastère. A la fin du xviii« s., il ne rapportait guère que 1 300 livres aux abbés commendataires.

Liste des prieurs (d'après Barraud et Nanglard). — Pierre, 1114. — Bernard, 1148. — Étienne, 1179. — Raimond, 1211. — Guillaume I", 1237. — Étienne II, 1279. — Robert, 1341. — Jean I" de Cor, 1447-55. — Guillaume II, 1457. — Bernard, 1467. — François de Jarnac, abbé de Baigne, commendataire, t 1493. — Arnaud de L'Estang, 1491-1514. — ■ Guy de Massougnes, 1524-25. — Jacques de Lyvène, 1529, déposé. — Charles I" Guérin, se retira. — François II de Lyvène, 1530. — Charles II de Lyvène, 1540-1548. — Jean II, 1575. — Maurice, 1652. — Henri de la Mothe- Houdencourt, 1633. — J. de Maniban, 1700. — Dupont, 1701-1703. — J. de Pons, 1714-1715. — L.-G. de Polaston, 1717. — H. de Barreau de Beinges, 1723- 40. — G. de Batz, 1741. — J.-M. de Lastic, 1745. — F.-F. de Graves, 1752. — L. de S. -Pierre, 1782.

Liste des prieurés-cures. — Brie, près de Pons; S.- Brice, S. -Sévère, Ste-Radegonde, N.-D. de Bois- Fleury, S. -Martin de Ronçay.

Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., iit, 291. — P.-B. Barraud, Recherches hist. sur l'ancienne abbaye de N.-D. de Chastres, Cognac, 1870. — Gall. christ., ii, 1131. — Marchegay, Docum. inédits sur la Saintonge et l'Aunis, dans Archives hist. de la Saintonge et l'Aunis, v, 1878, p. 19; x, 1882, p. 263. — J. Nanglard, Cartulaire de l'Église d'Angoulême, Angoulême, 1900, p. 131 sq.; Pouillé hist. du dioc. d'Angoulême, m, Angoulême, 1900, p. 486-598. — Rhein, dans Congrès archéol. de France, lxxix, 1912, p. 409-12. — Cottineau, au mot Châtres.

Ch. Dereine.

CHATRICES (Notre-Dame de), Castrilocus ou Castriciae, abbaye de chanoines réguliers de S.- Augustin, arr. de Ste-Menehould (Marne), sur l'Aisne, dioc. de Châlons-sur-Marne. A l'initiative d'Albéron de Chiny, évèque de Verdun, grand protecteur des chanoines réguliers et des cisterciens, une communauté de clercs suivant la règle de S. Augustin s'organise entre 1140 et 1144 à Châtrices, sous la direction d'Eustache, abbé de Montier-en-Argonne. En 1147, les membres de cette dernière communauté, suivant l'exemple de leurs voisins de Cheminon, passent à l'ordre de Cîteaux. L'abbé Aimar de Châtrices donne son consentement à cette transformation, mais reste fidèle à la règle de S. Augustin. Par l'intermédiaire de son évèque, Barthélémy, il demande l'affiliation à la congrégation d'Arrouaise où il obtient la dix-septième place. Mais l'èloignement de l'abbaye mère constitue sans cesse une source de difficultés. Vers 1200, l'abbé Milon et tous les membres de la communauté prêtent le serment de ne jamais abandonner les coutumes d'Arrouaise (Martène, Ampliss. coll., i, 815, 1043).

Le manque de documents édités ne permet pas de suivre le développement économique de l'abbaye placée, comme celle de Montier-en-Argonne. sous une dépendance assez étroite à l'égard de l'autorité diocésaine. En 1267, le prieur doit combattre les prétentions du comte de Champagne pour maintenir la liberté des élections, l'n lieu de fraternité est établi avec l'abbaye S.-Nicolas-des-Prés de Verdun. Le premier abbé commendataire apparaît en 1548, mais la réforme est introduite vers 1650 par l'affiliation à la Congrégation de France.

Liste des abbés (d'après le Gall. christ., ix, 952). — Eustache, 1140-46. — Aimar, 1147-70. — Philippe, 1191. — Pierre I", 1196. — Milon, 1200. — Guibert, 1209-12. — Pierre II, 1220-21. — Aubert, 1230-60. — Jean Papelard, 1304. — Guillaume, 1331-50. — Georges Aubry-Massin, av. 1390. — Georges de Paris, 1390. — Jean le Lièvre, 1455. — Remi de Boussu, commendataire, 1548. — Théodore Petit? — Louis de Mainteterne, 1562-74. — Louis d'Épinay, 1644. —

CHATRICES —

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