‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 132 sur 282 · L. Van Hee · texte numérisé non relu

L. Van Hee

CHENOUTÉ, martyr en Egypte. Voir Senouté.

CHEPHTONA, Haflûn, Heftûn, Hejlôn, Hephlôn, Heplôn, Hewiôn, Hiblûn, localité située sur la rive gauche du grand Zâb, était siège d'un évêché nestorien relevant de la métropole d'Arbèles.

Évêques : David (790), gouvernait en même temps l'évêché de Henâythâ, comme l'atteste sa signature sous la rétractation que dut faire Nestorius, prêtre du monastère de Mâr Yozedeq, accusé de messalianisme. — Marc (1074), devint par la suite métropolite de Damas. — SabrîSô' (1092) et Gabriel (1257), assistèrent respectivement au sacre des catholicos Makkikhâ I" et Makkikhâ II.

Il faut distinguer ce diocèse de celui de Cheptian (voir ce mot).

.1. S. Assemani, Biblioth. orient., Rome, 1719 sq., ii, 455; III-2, 737 sq. — G. Hoffmann, Auszùge aus syrischen Akten persischer Martyrer, Leipzig, 1880, p. 233 sq., 238, 240, 245. — H. Gismondi, Maris Amri et Slibae de patriarchis nestorianorum comn}entaria (trad.), Rome, 1897 sq., part. I, 95, 105, 114 sq., 118, 133; II, 69. — E. A. Wallis Budge, The Book of Governors, u, Londres, 1893, p. 388, 613. — J.-B. Chabot, Synodicon orientale, dans Notices et extraits des mss. de la Bibl. nal., xxxvii, Paris, 1902, p. 608, n. 3, 619. — E. Sachau, Zur Ausbreitung des Christentnms in Asien, dans Abhandl. der preuss. Akad. der Wiss., Phil.-hist. Klasse, Berlin, 1919, p. 54.

Arn. Van Lantschoot.

CHEPTIAN, citée comme métropole chaldéenne dans la profession de foi présentée par le patriarche 'AbdiSô" au pape Pie IV en 1562 (D. T. C, xi-1, 229), avait comme évêchés sufiragants Chramleis et Achusch. D'après Hoffmann, cette localité n'est autre que Huftiyân-i-Surliâb, et non pas Heftûn, comme le prétend Assemani.

J. S. Assemani, Biblioth. orient., Rome, 1719 sq., lii-2, p. 429, 738. — G. Hoffmann, Auszûge aus syrischen Akten persischer Martyrer, Leipzig, 1880, p. 241, n. 1915. — S. Giamil, Genuinae relaliones inter Sedem apostolicam et Assyriorum orientalium .seu Chaldaeorum Ecclesiam, Rome,

Arn. Van Lantschoot.

CHERBOURG (N.-D. du Vœu), Beaia Maria de Voto, Caesarisburgi, abbaye d'Augustins, vers 1145, j dioc. de Coutances (Manche), à l'embouchure de la i Divette. Pour bien comprendre les origines de cette abbaye, il faut rappeler l'histoire d'institutions analogues avec lesquelles les historiens l'ont souvent confondue. Vers les années 1060-61, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, étant tombé gravement malade à Cherbourg, fait le vœu de fonder un chapitre j s'il échappe -à la mort. Étant guéri, il donne des reliques insignes à la chapelle castrale, la fait dédicacer, et y installe des clericos canonica institutione servientes. ! Il leur assure les ressources nécessaires pour vaquer librement à l'office divin et pour construire des mai- ! sons infra castellum. Bientôt le duc et ses vassaux augmentent les revenus du chapitre composé de huit chanoines placés sous la direction d'un custos et ayant chacun une prébende déterminée. La comtesse Mathilde y ajoute trois clercs inférieurs et, après la conquête de l'Angleterre, le chapitre reçoit des donations situées dans le nouveau royaume. Les prébendes des chanoines, qui ne furent jamais regulares, passèrent en 1209 à l'évêché de Coutances et l'église fut détruite en 1760. Voir la charte de fondation, éd. partielle dans Gall. christ., xi, Instr., c. 229, et éd. complète, d'après un vidimus de 1369, dans J.-L. Couppey, Charte de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie..., dans Mém. de la Soc. acad. de Cherbourg, 1852, p. 154 sq.

L'initiative de la fondation d'une abbaye cistercienne à La Valasse, non loin de Lillebonne (Seine- Infér.), revient à Gualeran, comte de Meulan, qui fait appel aux moines de Morlemer. En 1157, la reine Mathilde enrichit la communauté et mérite le titre de seconde fondatrice. L'abbaye porte à cette époque le I titre de N.-D. du Vœu. Cf. F. Somménil, L'abbaye [ du Valasse, Évreux, 1904 et éd. du Chronicon Valassense, Rouen, 1868. Quelques-unes des chartes relatives à cette fondation ont été insérées par erreur dans la notice consacrée à N.-D. du Vœu de Cherbourg par Dugdale, Monasticon, éd. 1830, vi-2, p. 1111.

Tout à fait indépendante des deux premières est la fondation entreprise par la reine Mathilde vers 1145, près de Cherbourg, à l'embouchure de la Divette. j D'après une tradition constante, confirmée par des I sources monumentales, cette princesse aurait été sur- ' prise par une tempête violente, au large de Cherbourg, vers l'année 1145. Ayant fait le vœu de fonder une abbaye, elle échappe au danger et entreprend tout d'abord la construction d'une chapelle appelée N.-D. du Vœu. Durant tout l'Ancien régime, ce sanctuaire sera un centre de pèlerinage pour la population de Cherbourg et, dès le xiii« s., le siège d'une confrérie de Notre-Dame. En 1791, elle est donnée à la Marine, mais, dès 1817, le clergé et les fidèles entreprennent sa restauration. Cf. A. Besnard, De l'église de N.-D. du Vœu de Cherbourg, dans Mém. de la Soc. acad. de Cherbourg, viii, 1861; ix, 1867; x, 1870.

Mathilde entreprend alors, au même endroit, la construction d'une abbaye qu'elle dote d'un patrimoine important. Elle obtient de l'archevêque de Rouen, Richard, le droit d'en disposer à sa guise et c'est à juste titre que le nécrologe lui reconnaît le titre de fondatrice. Pourtant, on ne sait s'il faut lui attribuer, ou bien à l'évêque de Coutances, Algar, l'introduction d'une colonie de chanoines réguliers venant: de S. -Victor de Paris, sous la direction d'un abbé Robert. Ces derniers occupent en tout cas le monastère avant 1160. Suivant l'exemple de sa mère, le roi Henri II accorde, durant les années suivantes, de nombreuses donations. Pourtant la situation matérielle de la communauté n'est pas encore satisfaisante et, d'accord avec l'archevêque de Rouen, il décide l'union des deux communautés de N.-D. du Vœu de

CHERBOURG

Cherbourg et de S.-Hélier fondée auparavant dans l'île de Jersey et placée sous la direction d'un certain Robert, chanoine d'Arrouaise. Il est prévu que l'abbé résidera à Cherbourg et que S.-Hélier, pourtant trois fois plus riche, sera réduit à l'état de prieuré comptant cinq membres. La diversité des observances ne facilite pas cette incorporation et les coutumes de S. -Victor ne sont définitivement en vigueur que sous le troisième abbé, Gautier, en 1185. Voir Robert de Torigny, Chronicon, M. G. H., SS., vi, p. 516; description des documents par Dubosc, Inv. somm. des arch. dép. Manche, série H, p. 295-297; L. Couppey, L'abbaye de N.-D. du Vœu près de Cherbourg, p. 1-35.

Une série de bulles pontificales destinées à la communauté — d'Alexandre III en 1180, d'Urbain III en 1186 et 1187, de Célestin III en 1192 — permet d'apprécier le développement de la fondation. On y trouve la mention de 13 églises, desservies la plupart par des chanoines et transformées en prieurés : Ste-Marie de Beaumont, S. -Michel de Herqueville, S.-Pierre de Hubertville, Ste-Marie de Vasteville, Ste-Marie de Jomboc, S. -Laurent de Nacqueville, Ste-Geneviève d'Amreville, S.-Hélier et Ste-'Trinité à Jersey, et, en Angleterre, les paroisses de Hag, Hustone, Rechborn, Blontendon. Au début du xin« s., des difficultés seront suscitées par le chapitre cathédral de Coutances au sujet du service de ces paroisses. Outre le statut commun aux chanoines réguliers, les bulles permettent la libre sépulture dans l'abbaye, les droits des curés étant saufs ; la libre élection canonique, exercée la première fois en 1204 par la communauté, restera en vigueur jusqu'en 1517. Malgré la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, le xiii« s. constitue pour l'abbaye une époque de prospérité. Les rois d'Angleterre, les évéques de Coutances, les seigneurs normands, mais aussi les bourgeois de Cherbourg et les prêtres de paroisses contribuent au bien-être temporel de la communauté. Vers 1250, celle-ci compte 21 chanoines à Cherbourg et une vingtaine de (orenses, répartis dans les prieurés. Les revenus sont de 800 livres. Lors de ses visites, l'archevêque Eudes Rigaud ne doit légiférer que contre des abus mineurs : présence de séculiers dans la clôture, sorties trop fréquentes des religieux, usage de peaux de lapin sur les habits. En 1266, il se réjouit du renouveau de vie intellectuelle dont fait preuve la communauté. A partir de cette époque, les abbés prêtent régulièrement serment d'obéissance à leurs évèques, mais, par ailleurs, ils jouissent dans Cherbourg et ses environs d'une situation privilégiée : étant « seigneurs et patrons de Cherbourg en partage avec le roi », ils exercent les droits de haute justice dans un territoire étendu. Voir les documents dans Dubosc, op. cit., p. 300 sq. ; L. Couppey, L'abbaye N.-D. du Vœu de Cherbourg, ses abbés, dans Rev. cath. de Normandie, xni, 1902-03, passim; A. Drouet, La haute justice de l'abbaye N.-D. du Vœu, dans Mém. de la .Soc. acad. de Cherbourg, x\nn, 1910, p. 65 sq.

A partir de 1290 et pour de longs siècles, la lutte continuelle entre la France et l'Angleterre va créer des conditions de vie extrêmement difficiles pour la communauté de N.-D. du Vœu. Située en dehors des fortifications, l'abbaye est soumise fréquemment au pillage, entre autres en 1294 et en 1340. Les propriétés importantes situées en Angleterre ne donnent presque plus de revenus. En outre, l'un ou l'autre des adversaires procède à des confiscations contre lesquelles les abbés ne se défendent que péniblement. Au cours du xiv" s., ils organisent dans Cherbourg un refuge, le manoir Sartrin, où vivent tant bien que mal les membres de la communauté réduite à dix environ. En 1406, le supérieur sollicite du pape la permission de placer des chanoines dans toutes les cures afin de subvenir

plus facilement à leurs besoins. En 1423, l'abbé fait soumission au duc de Bedford, régent de France, et entreprend la restauration de l'abbaye. L'église sera réparée et réconciliée solennellement en 1464. Entre temps des liens de fraternité sont établis avec les abbayes de S. -Sauveur-le- Vicomte (1442), Ste-Trinité de Lessay (1446), N.-D. de Montbourg (1450) et S. -Nicolas de Blanchelande (1469). Voir ms. Cherbourg 114, fol. 224 sq. En 1478, l'abbé élu canoniquement par 14 profès est écarté en faveur de Jean de Kerquendlam, nommé par Sixte IV en vertu du droit de réserve pontifical. Peu après, en 1552, par suite du concordat du Latran de 1516, le roi de France nomme désormais les abbés qui seront donc commendataires. La plupart d'entre eux s'occuperont uniquement de toucher leurs revenus, au détriment de la reconstruction de l'abbaye. Depuis 1605, la communauté a été retranchée, par bref pontifical, de l'ordre de S. -Victor et placée directement sous la juridiction de l'évêque de Coutances. Ce dernier constate en 1641 que la vie commune ne peut être respectée, faute de locaux adaptés. Malgré cela, l'abbé commendataire se réserve plus d'un tiers des revenus. Il faut attendre 1689 pour voir la réforme s'introduire à Cherbourg. Pour tout ceci, voir L. Couppey, op. cit., 1906 à 1913, passim.

En 1689, l'abbé commendataire Alexandre-Guillaume Le Jay s'adresse, mais en vain, à la congrégation de France pour réformer son abbaye. Il se tourne alors vers un centre religieux local : Bourg-Achard. Les quatre chanoines établis en 1132 par Nivelon du Bosc dans sa collégiale de Bourg-Achard avaient, en 1142, à l'initiative de l'un d'entre eux et avec l'accord de Roger, héritier de Nivelon, adopté les coutumes des chanoines réguliers de S.-Jean-de-Falaise. Lorsque cette dernière communauté passe, en 1158, à l'ordre de Prémontré, Bourg-Achard devient indépendant. Dans les dernières années du xii"= s., de nombreuses donations accroissent de manière sensible le temporel. On trouve une dizaine de chanoines auxquels il faut ajouter les desservants d'au moins six prieurés-cures. L'histoire ultérieure du prieuré échappe presque entièrement, faute de sources. Toutefois, au xvii« s., après une vaine tentative de réforme par affiliation à Ste- Geneviève, la vie régulière reprend vers 1685, grâce à l'initiative de l'archevêque de Rouen qui y introduit le P. Jean Moulin, prieur de S.-Cyr de Friardel, au dioc. de Lisieux. Très rapidement, et malgré une certaine opposition de la congrégation de France, Bourg- Achard devient le centre d'un groupement de maisons ferventes comprenant, outre N.-D. du Vœu de Cherbourg, Sausseusse, S. -Laurent de Lions, Yvernaux, au dioc. de Paris, et Beaulieu, près de Rouen. Les coutumes rédigées à cette époque pour les membres de la congrégation sont conservées dans le ms. Ste-Geneviève 2979. Cf. L. Passy, Notice sur le cartulaire de Bourg-Achard, dans Bibl. de l'Éc. des chartes, xxi, 1861, p. 342 sq. et xxii, 1862, p. 513 sq. ; P. Duchemin, Hist. de Bourg-Achard, Pont-Audemer, 1890; pour plus de détail, voir Cottineau, i, 459.

En 1689, six chanoines réformés de Bourg-Achard viennent s'installer, suivant les clauses d'un contrat, à côté de l'ancienne communauté destinée à disparaître progressivement. Des difficultés éclatent entre les deux groupes, mais bientôt les réformés prennent le dessus, ouvrent des écoles pour enfants et s'assurent un recrutement sérieux. En 1695, deux chanoines partent de Cherbourg pour tenter la réforme de La Bloutière. Malgré le mauvais vouloir des commendataires dont la cupidité freine le travail de reconstruction, la vie religieuse se maintient jusqu'au milieu du xviii« s. On ne compte pas moins de huit professions en l'espace de deux ans. Malheureusement, en 1758, une invasion anglaise provoque le pillage de l'abbaye et les

CHERBOURG

Page 1