CLAIRE DE MONTEFALCO (Sainte
Claire de la Croix, née à Montefalco (Ombrie) en 1275, religieuse au monastère de Ste-Croix dans la même ville. Depuis des siècles. Franciscains et Ermites augustins se disputent pour rattacher la sainte à leur obédience. Son monastère, dont elle était supérieure et le resta jusqu'à sa mort, reçut en 1290 la règle de S. Augustin. On nous dit qu'elle fut très dévote à la Passion, qu'il lui fut donné d'y assister en vision et de participer sensiblement aux soufTrances du Rédempteur. Elle mourut en 1308. Son procès de canonisation, commencé ofTicielIcment en 1318, aboutit en 1881 à sa canonisation par Léon XIII. Son corps ne connut pas la corruption. A sa mort, on fit l'ablation du cœur, qu'elle avait très gros, et on crut y découvrir, figurés en chair et en nerfs, des images de la croix avec le Christ et des instruments de la Passion, qu'on montre encore aujourd'hui. On en pourra voir le dessin dans les A. S. et dans Imbert-Gourbeyre, cités plus bas. Simple interprétation Imaginative des muscles et des tendons intérieurs du cœur. De même on retira de sa vésicule biliaire des calculs qui se divisèrent en trois, formant ainsi une figure de la Trinité, d'autant plus expressive, expliqua-t-on plus tard (au xv« s.), que l'une quelconque de ces trois pierres, mise en balance avec les deux autres, donne toujours un poids égal. Sa fête est fixée à l'anniversaire de sa mort, 17 août.
Vita .Sancte Clare de Cruce, par Bérenger de S.-Afirique, vicaire général de Spolète, contemporain, éd. M. Faloci- Pulignani, Foligno, 1885. — Autres Vies : Mosconius, Bologne, 1601, dans A. S., août, m, 766 sq.; Napoléon Orsini, card. chargé de l'enquête pontificale, fit un Summarium, édité par .Augustin de Montefalco, ermite augustin, Venise, 1515; L. Tardi, 1846; P.-T. de Tôth, 1908; Léon, Vies des saints et des bienheureux... de l'ordre de S.-François, Paris, 1887, p. 445 sq.; A.-N. Merlin, Paris, 1930; E.-A. Foran, Lije..., 1935; O. Bot, Klara..., Hilversum, 1936. — Hist. de la canonisation, dans Anal, juris pontif., II« série, 1857, col. 1569 sq. — Sur le cœur et les reliques, Dr A. Imbert- Gourbeyre, La stigmatisation, l'extase divine et les miracles de Lourdes, i, Clermont-Ferrand, 1894, p. 35 sq. — P. Debongnie. Les stigmatisations au Moyen Age, dans Études carmélitaines, oct. 1936, p. 36 sq. — .1. Joergensen, Le livre de la route, trad. de Wisewa, 4«éd., Paris, 1912, p. 232 sq.; Pèlerinages franciscains, ibid., 8' éd., Paris, 1911, p. 191 sq. — • Bévue de l'art chrét., nouv. série, viii, 1888, p. 248 sq.
P. Debononie.
CLAIRECÔMBE (Notre-D.\me de), Claracumba, abbaye de bénédictins, dioc. et arrond. de Gap (Htes-Alpes). Fondée entre 1210 et 1220, elle s'affilia
à l'ordre de Chalais {D. H. G. E., xi, 276). Dès 1282, ses moines furent en lutte avec les chevaliers de S.- Jean de Jérusalem, qui réclamaient l'incorporation de l'abbaye à S. -Pierre d'Avez, dépendance de la commanderie de Joucas, à qui, semble-t-il, l'indigne abbé Olivier l'avait vendue en 1278. Il y eut un procès en Cour de Rome, que Clairecombe perdit, car en 1290 elle appartenait définitivement à l'ordre de Jérusalem.
.J.-H. Albanès, N.-D. de Clairecombe, abbaye chalaisienne au dioc. de Gap, dans Bull. hist. de Valence, ii, 1881, p. 24-35.
— Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., u, 49. — Berlière, La congr. bénéd. de Chalais, dans Revue bénéd., xxxi, 1914, p. 409. — Cottineau. 794. — Gall. christ., m, 1107. — J.-C. Roman, L'ordre <lauphinois et provençal de Chalais, 1920.
R. Van Doken.
1. CLAIREFONTAINE, Clarus Fon.i, ancienne abbaye de moines cisterciens au dioc. de BE- SANÇON, comm. de Polaincourt. Les seigneurs de Jonvelle avaient fourni l'emplacement nécessaire; un essaim de moines y vint de Morimond, qui créait ainsi sa sixième maison fille. La vie régulière commençait en juin 1132 sous l'abbatiat du Bx Lambert. Ce dernier fut appelé à gouverner Morimond en 1154, puis Cîteaux; il démissionna en 1161. Clairefontaine prospéra au point de pouvoir fonder, en 1168, l'abbaye de Vaux-la-Douce (Dulcis Vallis), au dioc. de Langres (Hte-Marne). Dans les chapitres généraux tenus à Cîteaux, les abbés de Clairefontaine firent généralement bonne figure; des délégations importantes leur étaient confiées, et ils furent choisis comme définiteurs. Un jour cependant, le chapitre dut ratifier la déposition de l'abbé Girard III de Fontenay, qui avait été prononcée par l'abbé de Cîteaux, Jacques de Flogny (Statiila..., 1396, n. 51).
A dater du xiv s., commence une série de désastres qui vont ruiner coup sur coup l'abbaye et décimer son personnel. En 1359 et 1360, les monastères de Cherlieu et de Clairefontaine sont visités par les Grandes Compagnies. Les guerres de religion des xvi>^ et xvii'' s. y amènent les troupes protestantes; les dévastations successives aboutissent, en 1644, à ne laisser sur place qu'un seul religieux au milieu de ruines. La commende vint en 1648. 11 semble toutefois qu'un peu de vie ait reparu dans la suite, puisqu'on reconstruisit au xviii" s. En 1768, on signale la présence de cinq religieux. Aujourd'hui ce qui reste de l'abbaye est transformé en établissement industriel.
Liste des abbés. — 1. Bx Lambert, 1132-54. — 2. Aliprand, 1154-62. — 3. Henri de Cîteaux, 1168-73. — 4. Raoul, 1202. — 5. Barthélémy, 1216-20. — 6. Girard I", 1222. — 7. R., 1228. — 8. Hfenri?], 1241. — 9. Étienne I", 1253. — 10. Thomas, 1263. — 11. Durand, 1269. — 12." Nicolas I", 1274 (Statuta..., 1278, n. 25). — 13. Girard II, 1277. ~ 14. Adam, 1293. — 15. Hugues, 1313. — 16. Pierre, 1324. — 17. Arnoul, 1346. — 18. Odon de Ormeto, 1377. — 19. Girard III de Fontenay, déposé en 1396. — 20. Jean I", 1427.
— 21. Hugues II de Chauvirey, 1447. — 22. Guillaume Cœur d'argent, élu en 1461 (ibid., 1461, n. 21), 1469. — 23. Étienne II Lequien (ibid., 1473, n. 15), 1473-78. — 24. Jean de Lignis (ibid., 1518, n. 40), en 1540, obtint comme coadj. Jean III Lequien. — 25. Jean III. — 20. Thibaud Ponsot, 1574. — 27. Jean IV Ponsot, coadj. du précédent en 1583 [ibid., 1584, n. 96), démiss, en 1614. — 28. Guillaume Bardot, 1614.
— 29. Nicolas II Bardot, dernier abbé régulier. — 30. Laurent Jean Brun, commend., 1648. — 31. Philippe Charles de Nouveau, 1673. — 32. Étienne III Renoux, 1675-1719. - 33. Antoine Ignace de Camus de Filain, 1719. - 34. Bonaventure Pourcheresse
' d'Avasnes, doyen du chapitre de Dôle, 1748-68. — I 35. Nicolas m Michel d'Osmont, 1768-90.
CLAIREF
ONTAINE
Archives départ, de la Hte-Saône, série H 342-394 : 53 art.; bulles (1151-1692). — Inoent. gén. des arch. départ, du Doiibs, série H, Invent, des titres..., 1768 : analyses des titres de confirmation des droits et des privilèges par les papes (1160-1417); analyses des donations et ventes; donations, reconnaissances, amodiations; justice d'Anchenoncourt; comptes des recettes et dépenses (1G73-1768). — Départ, des Vosges, VIII II 5; XV H 9. — Paris, Bibl. nat., mss. fr. 20892, 20902, 25973, 25988; coll. Moreau, ms. 874, fol. 458; ms. 536. — Besançon, bibl. munie, coll. Dunand, ms. 30, p. 471; notice (xviii» s.); coll. Duvernoy, ms. 39, fol. 51 : liste d'abbés; ms. 1215, fol. 130; ms. 688.
H. Brultey, Étude d'hist. sur le cartulaire de Clairefontaine, dans Méni. de la Commission archéol. de la Hte-Saône, IV, 1865, p. 373 sq. (le titre de cet article ne se justifie nullement, fait remarquer H. Stein, Cartulaires jrançais, 135, car Clairefontaine ne possède pas de cartulaire). — .J. de Trévillers, Sequania monastica, Vesoul, 1949, p. 174. — Gall. christ., xv, 292. — J. Guiraud, Registres d'Urbain IV, n. 1926. — Janauschek, Origines cisiercienses. Vienne, 1877, p. 24. — Statuta cap. gen. ord. cislerc, éd. Louvain, viii, 134 : synthèse des références concernant Clairefontaine.
J.-M. Canivez.
2. CLAIREFONTAINE (Notre-Dame de), Sancta Maria de Claro Fonte, dans la vallée de la Rabette, près de Rambouillet (Seine-et-Oise), dioc. de CHARTRES. Un acte de Philippe Auguste, daté de 1207 et connu par une traduction de 1562, faisait remonter à l'année 1100 la fondation de Clairefontaine. Ce témoignage, accepté jadis par les auteurs du Gall. christ, et par Souchet, ne résiste pas à la critique. En fait la nouvelle communauté de cbanoines réguliers s'est formée entre les années 1140 et 1160, sous la protection de l'évêque de Chartres, Robert (1155-64), et grâce à la générosité de Simon III de Montfort. En 1177, le roi de France, Louis Vil, confirme aux religieux leurs droits dans toute la forêt de l'Yveline.
Le manque de documents ne permet pas de retracer l'histoire ultérieure de cette petite communauté. A la fin du xiv« s., l'abbé Adam s'occupe à réparer les dommages causés par les guerres. En 1527, Jean de Serre est installé comme premier abbé commendataire. Un de ses successeurs, Raoul Hurault, soulève l'opposition des religieux. Une enquête menée en 1597 révèle la présence de quatre chanoines fort peu instruits de leurs devoirs et réduits à une grande pauvreté. JMême conclusion à la visite faite en 1613 par Denys Coulombs, général de la congrégation de S. -Victor.
Les difficultés constantes soulevées par les commendataires provoquent en 1627 une réforme radicale : l'abbaye est confiée aux Augustins déchaussés de la Congrégation de France qui obtiennent une pension de
1 200 livres et installent à Clairefontaine 6 prêtres,
2 clercs et 4 novices. Malgré les tentatives faites par les Génovéfains pour récupérerl'abbaye, les Déchaussés se maintiennent jusqu'à la Révolution française. En 1792 les bâtiments, sauf la cure, sont vendus au prix de 2 125 livres. Il n'en subsiste que quelques murs dépourvus d'intérêt archéologique.
Liste des abbés (d'après H. Lemoine). — Raoul, 1164. — Jean, 1178. — Guérin, 1195. — Jean II, 1238. — G..., 1268. — M..., 1303. — Benoît, 1336. — Jean III, 1348. — Lubin, 1370. — Adam, 1372-89. — Jean IV, 1389-1409. — Jean V Cotard, 1451. — Nicolas I" Botelin, 1458. — Pierre Boitard, 1469-92. — Charles de Druy, 1492-98. — Antoine Geoffroy, 1498- 1512. — Louis des Agés, 1515-17. — Jean VI de Serre, commend., 1527-38. — François Lefèvre de Harville, 1539-49. — Mathurin de Harville, 1549-84. — Raoul Hurault, 1588-1623. — Valentin Boutin, 1623-?. — Nicolas Lefèvre de Lezeau, 1643-77. — Pierre Robert, 1677-78. — Michel de la Roche, 1678-1714. — Louis le Gendre, 1724. — Antoine de Clermont-Toanerre, 1734-72. — Charles-Pierre de Hoziers, 1790.
Prieurés. — S.-Germain-des-Adjots. — S.-Nicolas de Montcouronne. — S. -Léonard de Coudrey. — S.- Marc d'Orgeval. — La Madeleine à Rochefort. — N.- D.-du-Désert.
Prieurés-cures. — Clairefontaine, 1506. — Boissyle-Sec, 1495. — Mérobert, 1597. — Paray, 1617. — Rosny, 1588. — Thoiry. — Roinville. — Les Bréviaires.
Archives : Paris, .\rch. nat., S 3304. — Départ, de Seineet-Oise, H; V. H. Lemoine, Inuent. sommaire, Corbeil, 1914, p. 1-8. — Paris, Bibl. nat., coll. Moreau, ms. 874.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., i, 234. — Fourier- Bonnard, Hist. de l'abbaye royale de S.-Victor, ii, Paris, 1907, p. 110. — Gall. christ., vni, 1315. — H. Lemoine, L'abbaye de Clairefontaine, dans Bull, de la Soc. d'hist. de Rambouillet, xxx, 1944, p. 1-18. — Souchet, Hist. du dioc. de Chartres, Chartres, 1868-72, i, 23-30; ii, 477; m, 587.
Ch. Dereine.
3. CLAIREFONTAINE, Clarus Fons, Beaulieu, Bardenburg, ancienne abbaye de moniales cisterciennes, située près de la ville d'Arlon, dans le Luxembourg belge, jadis dioc. de Trêves, auj. de NAMUR. Au nombre des actes relatifs à cette abbaye, le premier en date est le testament d'Ermesinde, comtesse de Luxembourg; il est de 1247 et mentionne des donations faites en vue d'achever les constructions du monastère. En 1250, la comtesse fait présenter au chapitre général de Cîteaux la demande d'agrégation pour la fondation récente. L'inspection préalable prescrite fut faite par les abbés d'Himmerode et d'Orval (Statuta..., 1250, n. 41; 1251, n. 31). Clairefontaine prit alors place dans la filiation directe de Clairvaux (Dusseldorf, ms. 32 : catalog. abbat.).
Vers la même époque se créaient en France les abbayes de Maubuisson et du Lys, près Melun; c'était l'œuvre de Blanche de Castille. Mais cette royale fondatrice, pas plus qu'Ermesinde, ne stipula que seules des filles nobles seraient admises. Il n'y eut, sur ce point, qu'une situation de fait. C'est peut-être en cela qu'il faut trouver la cause du nombre restreint de professes que compta Clairefontaine; les chiffres connus ne dépassent pas la vingtaine (Joset, op. infra cit., 82). Durant le xiii^ s. et un peu au delà, des donations de biens et de droits fiscaux arrivent à constituer un patrimoine monastique, qui permettra à l'abbaye de prolonger son existence jusqu'aux dernières années du xviii« siècle.
Les guerres viendront appauvrir le budget, aussi bien que les taxes qu'imposeront les autorités civiles et ecclésiastiques. L'abbaye fut décimatrice de plusieurs localités; elle exerça le droit de collation en quelques paroisses et incorpora même celles de Grevenmacher et de Hollerich. Comme bon nombre d'autres abbayes, celle de Clairefontaine posséda certains droits de seigneurie, ainsi qu'il fut reconnu par une sentence du conseil provincial de 1547. En 1674, la communauté fut « invitée » à faire l'acquisition des droits de seigneurie sur les villages de Beckerich, Nordange et Eischen. Il fallut se résoudre à une opération financière qui ne devait guère être avantageuse pour l'abbaye.
Durant dix années, de 1497 à 1507, les moniales furent ici remplacées par des moines. Les causes de cette modification, étrange en raison de sa durée limitée, ne sont pas encore nettement définies. Les archives de l'État à Arlon font mention de deux abbés : Marc Tertinger, 1497-1500; et André Thibolt, que l'abbé de Morimond installa en 1504 (Statuta..., 1504, n. 36). Un statut antérieur (ibiil., 1489, n. 92) mentionne certaines difficultés d'administration, qui ont pu agir dans le sens du départ des moniales. Quoi qu'il en soit, en juin 1507, une abbesse était de nouveau installée à Clairefontaine par l'abbé d'Himme-
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ONTAINE
rode, Jacques de Hillesheim, agissant au nom de Jean Foucault qu'Alexandre VI avait créé abbé de Clairvaux en 1496.
En 1748, la communauté eut à subir une crise occasionnée par l'imprudence de l'aumônier, dom Pinart. Celui-ci avait mis entre les mains des moniales quelques ouvrages de l'abbé de Rancé, le réformateur de la Trappe. Certaines consciences s'alarmèrent, en constatant que leur vie n'était pas calquée rigoureusement sur l'idéal tracé par le réformateur. Pour calmer les inquiétudes des bonnes âmes, il suffit de quelques interventions des supérieurs majeurs : dom François Trouvé, abbé de Cîteaux, dom Pierre Mayeur, de Clairvaux, etc.
Le 18 avr. 1794 marque l'incendie de l'abbaye, allumé par quatre soldats pris de boisson. Les moniales s'étaient retirées la veille, fuyant à travers bois pour atteindre leur refuge de Luxembourg. C'est là que mourut la dernière abbesse, dame Anne-Catherine Baur d'Eyseneck, le 25 nov. 1801. En janv. 1834, décédait à Gomery la dernière moniale, dame Mathilde Jeanne de Gerlache. Son neveu, le R. P. Eug. de Gerlache, supérieur de la résidence des Pères jésuites d'Arlon en 1866, put faire l'acquisition de quelques parcelles des anciennes propriétés monastiques. Bientôt étaient mis à jour la statue de N.-D. de Clairefontaine, la fontaine miraculeuse, les restes de la fondatrice, comtesse Ermesinde. Une chapelle fut ensuite construite; deux des vitraux rappellent les deux Bienheureuses abbesses Hawis de Bar (f 1280) et Jeanne de Luxembourg (t 1310).
Archives : Arlon, Arch. de l'État, fonds Clairelontaine : cartulaire signalé par H. Stein, Cartulaires français, Paris, 1907, p. 135. — Arch. gén. du Royaume à Bruxelles. — Arch. du gouvern. du grand-duché de Luxembourg, à Luxembourg. — Départ, des Ardennes, H 513. — Départ, de la Moselle, H 45-53-4554.
Fayen, Lettres de Jean XXII, n. 1802. J. Gay, Registres de Nicolas III, n. 1080. — Gall. christ., xiii, 647. — H. GolTmet, Cartulaire de Clairefontaine, Arlon, 1877. — C. Henriquez, Lilia Cistercii, u. Douai, 1633, p. 165. - - C.-J. Joset, L'abbaye noble de N.-D. de Clairejunlaine, Bruxelles, 1935, ouvrage capital. — G. MoUat, Lettres communes de Jean XXII, n. 26117. — Potthast, Bey., n. 16510. — Slatuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41, passim. — P. Van Isacker, Lettres de Clément VI, n. 1364.
4. CLAIREFONTAINE (S.-Nicolas de), Clarus forts, Clara fons, cant. de La Capelle en Thiérache, arrond. de Vervins (Aisne), dioc. de Laon, auj. de SOISSONS; transféré en 1676 à Villers-Cotterets, arrond. de Soissons (Aisne), dioc. de Soissons.
Les origines de cette abbaye de l'ordre de Prémontré sont connues par le récit des Annales Rodenses et par une charte de Barthélémy, évoque de Laon, datée de 1126. Le fondateur, Ailbert d'.\ntoing (D. H. G. E., I, 1144), fait partie de ces clercs qui, à la fin du xi« s. ou au début du xii", abandonnent les anciens chapitres pour mener dans la solitude la vita aposlolica (art. Chanoines, supra, xii, 383-85). Né à Antoing, il entre très jeune au chapitre N.-D. de Tournai et signe comme témoin de nombreux documents entre les années 1090 et 1104. Subissant l'influence du célèbre écolàtre Odon de Tournai, il abandonne sa prébende et se retire vers 1100 dans une dépendance du chapitre, l'église S.-Médard, pour mener la vie érémitique. Quatre ans après, avec deux de ses parents, il se lance dans la perigrinatio et se fixe finalement à Rolduc, à la frontière de l'actuel Limbourg hollandais, sur les terres du comte de Safîenberg. Il y édifie un petit oratoire, s'adonne avec ses compagnons au travail manuel et se consacre au service des pauvres. Sa renommée de vertu lui attire des disciples, entre autres un ministerialis du comte de Safîen-
berg, Embricon, qui vient à la conversio avec sa femme, ses enfants et tous ses biens. Des divergences de vue ne tardent pas à surgir entre le fondateur et son principal converti. Ce dernier prétend consacrer aux constructions du monastère et au développement du temporel les ressources que l'ermite, fidèle à son idéal apostolique, continue à distribuer aux pauvres, sans souci du lendemain. En outre, la présence de sorores constitue un autre point de friction entre les deux hommes. Pour sauvegarder la paix, Ailbert n'hésite pas à quitter son ermitage et à se lancer une nouvelle fois à la recherche d'une solitude propice à ses conceptions de vie. En 1111, il arrive dans la grande forêt de Thiérache et obtient du seigneur de l'endroit, Guy de Guise, la permission d'y installer un ermitage où il se livre, avec deux compagnons, au travail de défrichement dans le lieu appelé Clairefontaine.
Voir, pour tout ceci, les Annales Hodenses, dans M. G. H., SS., XVI, 689-96; et la charte de 1126, éd. C.-L. Hugo, dans Annales ord. Praem., i, prob., 400-01. — On n'utilisera qu'avec prudence le travail souvent hypercritique et fantaisiste de P. C. Boeren, Rodensia, ii, Het leven van Ailbertus van Antoing, stichter van Rolduc, p. 15 sq., dont on trouvera d'ailleurs la critique par S. P. Everts, De Annales Rodenses en de bouu) der abdijkerk van Rolduc, dans Publ. de la Soc. hist. et archéol. dans le Limbourg, xxxv, 1949, p. 95, et par Ch. Dereine, Les chanoines réguliers au dioc. de Liège avant S. Norbert, Bruxelles, 1951, p. 150 sq.
A Clairefontaine, comme à Rolduc, Ailbert mène la vila eremilica sub habitu clericati; il s'adonne à l'hospitalité, comme le prouve le titulus de l'oratoire dédié à S. Nicolas; enfin il groupe autour de lui un certain nombre de fratres attirés par sa vertu. Lorsque S. Norbert se fixe, à la demande de Barthélémy, dans la solitude de Prémontré au diocèse de Laon, Ailbert fait des démarches pour se placer, ainsi que ses disciples, sous la direction spirituelle de ce vir reverendus et spectabilis religionis; mais le grand ascète décline cette ofïre. Après la mort d'.\ilbert (sept. 1122) à Sechtem en Rhénanie, les disciples reprennent les démarches en vue de l'affiliation à Prémontré et cette fois, grâce à l'intervention de Barthélémy de Laon, ils obtiennent gain de cause. En 1126, l'évêque procède à la dédicace de l'oratoire, détermine les limites du domaine et confirme le rachat, au moyen d'un cens annuel, des dîmes appartenant à la paroisse de Wimy, elle-même aux mains des chanoines de la cathédrale de Laon (charte de 1126, éd. C.-L. Hugo, loc. cit.; au sujet de l'affiliation à Prémontré, cf. Dereine, Les origines de Prémontré, dans Revue d'hist. eccl., xLii, 1947, p. 371, note 4; Vallodium Clarifontis figure de fait dans la bulle accordée en 1126 à l'abbaye de Prémontré par Honorius II, éd. Le Paige, dans Bibliolheca..., i, 392). Un dernier pas dans l'élaboration du statut de la nouvelle communauté est accompli en 1131, lorsque Hugues, abbé de Prémontré, accorde aux chanoines réguliers de Clairefontaine un abbé propre (acte de 1131, éd. C.-L. Hugo, loc. cit., 402; Gall. christ., x, Instr., 111). Fidèle à son point de vue, Herman de Laon raconta la fondation de Clairefontaine en soulignant le rôle joué par l'évêque Barthélémy (Miracula S. Mariae Laudunensis, P. L., CLVI, 1001).
Le premier abbé, Gérard, obtient en 1132 du pape Innocent II une bulle de protection contenant les privilèges généralement accordés aux communautés régulières (texte dans C.-L. Hugo, loc. cit., 402-403 et dans P. L., clxxix, 389 = Jané, 7930). On ne sait sur quel témoignage s'est basé Hugo pour identifier ce Gérard avec un des premiers disciples de S. Norbert, de naissance lotharingienne, dont la Vita Norherti A décrit la ferveur quelque peu indiscrète et les tentations diaboliques dont il triomphe avec peine (dans
104;^ CLAIREFONTAIN
M. G. H., SS., XII, 679; remarque de l'éditeur, ibid., note 2). Notons encore, sous le même abbatiat, la donation faite en 1146, par un laïc, de l'église d'Estaves (Stabiili), près de S. -Quentin, et confirmée par l'évêque de Noyon. Une autre charte datée de 1158 révèle l'existence d'un groupe de sonores. Comme tant d'autres communautés de prémontrés, Clairefontaine a donc été, aux origines, un monastère double (C.-L. Hugo, loc. cit., 521-22).
Une bulle accordée en 1179 par Alexandre III permet de se faire une idée du développement temporel de l'abbaye. Parmi les principaux bienfaiteurs, on trouve, à côté des seigneurs de Guise, de nombreuses communautés de la Belgique actuelle et du nord de la France : les chanoines de S. -Quentin et de Guise, les | moines de S. -Michel en Thiérache, de Homblières, de Lobbes et de Liessies, les chanoines réguliers de S.- Nicolas-des-Prés de Tournai, de Mareuil, de Vermand et de S.-Feuillien du Rœulx. Des relations assez étroites lient Clairefontaine et Chimay : on compte en effet, parmi les bienfaiteurs de la communauté, Alard, avoué de cette ville, et un certain Stepelin; en outre, dès 1182, un lien de fraternité est établi entre l'abbaye et le chapitre Ste-Monégonde (bulle d'Alexandre III, éd. C.-L. Hugo, loc. cit., 404; acte de fraternité, ibid., 408 et aussi dans Miraeus et Foppens, iv, 521). Au début du xiii« s., l'évêque de Noyon permet à l'abbé de Clairefontaine de faire desservir la cure d'Estaves par un de ses chanoines. Notons que c'est la première trace que nous trouvons d'exercice de la cura animarum. Au xviii'^ s., l'abbaye ne possède d'ailleurs que quatre paroisses, parmi lesquelles celles de Clairefontaine et de Villers-Cotterets où elle fut transférée (C.-L. Hugo, loc. cit., 520-21).
Le manque de documents rend très obscure l'histoire ultérieure de l'abbaye qui eut fort à soufïrir des guerres et des destructions. Elle fut ravagée notamment vers le milieu du xiii'' s. et en 1670. A cette date, l'abbé Louis Hély entreprend des démarches pour obtenir le transfert de sa communauté à Villers-Cotterets, ce qui est accordé par bulle pontificale du 4 oct. 1676. On verra dans la liste des abbés que plusieurs d'entre eux ont joué un rôle considérable dans l'histoire de l'ordre.
Liste des abbés (d'après Hugo et le Gall. christ.). — Gérard, 1131-60. — Jean I", 1160-64. — Aufrid, 1172- 74. — Obert, 1175. — Nicolas, 1179. — Ansferd, 1182- 85. — Henri, 1196-99. — Jean II, 1201-16. — Guillaume I", 1224. — Egéric, 1239. — Jean III de Rohignies, 1245-47. — Guillaume II de Louvignies, 1286- 88. — Le nom des abbés suivants n'est connu que par des nécrologes : Pierre de Malla. — Nicolas P^tl9 août. — Nicolas II, t 19 juill. — Gilles I", f 4 sept. — Gilles II, t 5 juin. — Jean IV, t 6 sept. — Matthieu, t 2 ocL — Barthélémy, t 18 juill. — Jean V, 1494. — Antoine Geoffroy, 1502-12. — Aimé de la Fontaine, 1521. — Jean VI de Folembray, vicaire général de l'ordre, 1535-36. — Jean VII, 1548. -- Jean VIII de Brolli, 1566. — Jean IX de Vivey, 1588. — Jean X d'Origny, 1623-29. — Philippe Morel, 1634-49. — Jean XI Doucet de la Houssaye, 1668. — Louis Hély, 1670-77. — Bernard du Four, vicaire de l'ordre en 1717,1677-1724. — Augustin deRoquevert, 1724, abbé général de l'ordre en 1741. — Louis Parchappe de Vinai, 1741.^
Archives : Paris, Arch. nat., I 537 (1211-1364). — Départ, de l'Aisne, série // 854-859 (1512-1788); v. A. Matton, Invent, sommaire des arch. départ, de l'Aisne, séries G et H, Laon, 1885, p. 125. — Cartulaire perdu, voir Stein, Cartulaires français, n. 968. Extraits : Paris, Bibl. nat., coll. Bahize, i.i, 1 14-.52; coll. Picardie, 235, fol. 108, et 267, fol. 371; inss. Ir. (Ducange), ii. 9500, fol. 90-91; bibl. de l'Arsenal, II. 5262, fol. 39. Solssous, bibl. munie, coll. Perrin, n. 6387.
E — CLAIRLIEU 1044
Gall. christ., ix, 493, 564. — C.-L. Hugo, dans Annales ord. Praemonstratensis, i, Nancy, 1734, col. 517 sq., et prob., 400-08. — Le Paige, Bibliolheca ord. Praemonstratensis, i, Paris, 1633, p. 467. — J. Ramackcrs, Paputurkunden in Frankreich, nouv. sér., iv, Picardie, 45, 52. — R. Van Waefelghem, Répertoire des sources... de Prémontré, 61. — Cottineau, i, 795.
Ch. Dereine.
5. CLAIREFONTAINE, Clarus Fons, Olizarowy Staw, ancien prieuré de moines cisterciens fondé peu avant 1738, comme nous l'apprend un statut du chapitre général de cette année {Slatiita..., n. 134 g). Il était situé en Lithuanie, dioc. de Luck, de WILNO . ensuite. Soumis d'abord à l'abbé de Vistic, il fut plus tard placé sous la garde des abbés d'Oliva et de Pelplin. Il fit partie de la province monastique de Pologne, dont les abbés furent successivement remplacés par des prieurs triennaux (Analecta juris pontificii, Rome, 1875, col. 1006; 1877, col. 730 : décret de juill. 1792).
Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, p. lxxviii. — Statula cap. gen. ord. cisterc, vu, éd. Louvain, 1939.
J.-M. Canivez.
CLAIRLIEU, Clarus locus, ancienne abbaye de moines cisterciens, fondée en 1151, par des religieux venus de Bithaine, de la filiation de Morimond. Les donateurs étaient Matthieu, duc de Lorraine, son épouse Berthe, et leurs enfants Matthieu et Frédéric. Les concessions faites se trouvaient sur la commune actuelle de Villers-lès-Nancy. Pierre de Brizey, évêque de Toul, favorisa beaucoup cette fondation, qui trouva également des bienfaiteurs dans les nobles familles de Vaudemont et de Vagnory. A la demande de l'abbé Jacques, Lucius III accorda la bulle de protection Religiosam vitam, du 28 nov. 1182 (Jaffé, n. 14706). Célestin III la renouvela (1193-94), confirmant aussi les possessions et les privilèges de l'abbaye (ibid., 11. 17063). Au siècle suivant. Innocent IV intervint pour maintenir les privilèges des abbayes cisterciennes de Lorraine contre les empiétements du doyen de l'église S.-Gengoul de Toul (É. Berger, Registres d'Innocent IV, n. 3545, 3551). En 1602, Clément VIII adjoignit la mense abbatiale de Clairlieu à l'église primaire de Nancy.
Les statuts des chapitres généraux de Cîteaux ont particulièrement conservé le souvenir d'incidents relatifs à la sépulture du duc de Lorraine. Ce dernier avait choisi l'abbaye cistercienne de Stiirzelbronn pour y être inhumé. Nonobstant cette volonté, l'abbé de Clairlieu, tout proche de Nancy, réussit à faire transporter chez lui, en 1214, les restes mortels du duc défunt. Le chapitre général, invoqué comme juge entre les deux abbayes en cause, condamna l'abbé de Clairlieu à faire la restitution demandée. En 1217, il fallut déposer l'abbé toujours récalcitrant. L'année suivante, trois prélats voisins furent délégués pour aller à Clairlieu s'assurer que les ordres du chapitre avaient été exécutés. Ils revinrent porteurs du serment prononcé par le couvent, afïirmant que la restitution avait été faite (Statula..., 1219, n. 63).
L'abbaye posséda des bénéfices à la collation de l'abbé (G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, n. 49281). En 1756, doin Claude Guyton, bibliothécaire de Clairvaux, était de passage à Clairlieu; il en a noté quelques particularités (Paris, Bibl. nat., ms. fr. 23474, fol. 215 v"). Une bulle de Clément XIV du 13 sept. 1768 nomma à l'abbaye Jacques-Thomas Guilbert, prêtre du diocèse de Lisieux (Caen, iiis. 5i9, pièce originale); il ne restait plus alors que sept religieux. Communauté et bâtiments disparurent en 1791 ; rien ne subsista, pas même l'église abbatiale du I XII» siècle.
Liste des abbés (d'après le Gall. christ., qui reproduit I le ras. de dotn Claude Pichet). — 1. Vidric, 1151. —
CLAIRLIEL
CLAIRM ARAIS
2. Jacques, 1165. — 3. Vidric II, 1175, 1183. — 4. Walo, 1184. — 5. Pierre I", 1194. — 6. Étienne, 1194, 1205. — 7. Guy. — 8. Pierre II, 1293, 1300. — 9.Louis, 1305. — 10. Reinier, 1314. — 11. Jean I", 1315. — 12. Pliilippe, 1324. — 13. Reinier II, 1328. — 14. Everard, 1330, 1350. — 15. Clément, 1352. — 16. Henri I", 1356, 1358. — 17. Pierre III, 1359. — 18. Jean II de Goûte, 1374. — 19. Jean III de Houdemont, 1389, 1393. — 20. Désiré Uortemont, 1395, 1397. — 21. Dominique I" de Varengeville, 1397. — 22. Jean IV, 1400, 1408. — 23. Dominique II de Chavigny, alias Démange de Charbonne. 1405, t 1429. — 24. Jean V de Gerbeviller, 1432, 1449. — 25. Jean VI de Gerbeviller (Gilbevalle, cf. Statuta..., 1462, n. 25). — 26. Dominique III de Clevi, 1493, t 1509. — 27. Cuni Forville de Rosières, 1509-41. — 28. Henri II d'Haraucourt, commend., 1541-66. — 29. Anne du Cliàtelet. — 30. René du Ciiâtelet, 1592-94. — 31. Charles de Lorraine, év. de Strasbourg, card., 1595-1604. — 32. Jean VII Martinne, abbé régulier, 1604-t 12 mars 1631.
— 33. Charles-Christian de Gournay, 1632, év. de Toul, t 1637. — 34. François Briffaus, 1637, t H sept. 1664. — 35. Claude Bichet, 1664, t 23 mars 1689. — 36. Pierre IV Chariot, abdiqua en 1727. — 37. Charles Pancheron (Statuta..., 1738, n. 163). — 38. N., a rege desigrtatus. — 39. Jacques-Thomas Guilbert, 1768 (?).
— 40. Malachie; signa les actes du chapitre général de 1768 (ibid., 1768, n. 142). — 41. Georges Habourg; présent au chapitre général de 1771 (ibid., 1771, C).
Archives : dépôt départ, de Meurthe-et-Moselle, // 461 : cartulaire du XV s.; 84 art. (1150-1790); invent. (xvii« et xvia" s.). — Nancy, bibl. munie, ms. 144 (xvi« s.) : 13 chartes, dont plusieurs sont fausses ou retouchées, remarque dom Calmet; ms. 1062 (xvin« s.) : 5°, catalogue des livres de Clairlieu. — S.-Dié, bibl. munie, ms. 80, t. xxiii, fol. 6- 33 : nécrologe.
Cottineau, 797. — Gall. christ., xni, 1374. - Janauschek, Origines ci.<iterc.. Vienne, 1877, p. 127. — H. Lepage, L'abbaye de Clairlieu, dans Bull, de la Soc. archéol. de Lorraine, V, 1S55, p. 98-215; parmi les pièces justilicatives, se lisent 50 chartes publiées ou analysées (1150-1792). — Statuta cap. yen. ord. cisterc, i-vin, éd. Louvain, 1933-41; les Indices, p. 135, contiennent la synthèse des références aux textes.
— H. Stein, Bibliogr. cartulaires français, Paris, 1907, n. 969.
J.-M. Canivez.
1. CLAIRIVIARAIS, Clarusmariscus, ancienne abbaye de moniales cisterciennes, située dans la ville et au dioc. de REIMS. Les premières donations connues datent de 1222, et le monastère fut d'abord situé en dehors de la ville. Le passage des Anglais durant la guerre de Cent Ans (vers 1359) laissa derrière eux destruction et ruines; la communauté dut être transférée à Reims en 1363. En 1384, l'abbesse dressait la • Déclaration du temporel de son monastère », pour être présentée à qui de droit. Situation peu brillante. L'abbesse n'a autour d'elle que treize moniales, un moine aumônier, un procureur; néanmoins elle crie famine, ou peu s'en faut (texte publié par G. Robert, d'après l'original aux Arch. nat., P -il (2), 1424 : Le temporel du clergé régulier du dioc. de Reims en 1384, Reims, 1926). Le chapitre général de Cîteaux entendit aussi, en 1396 (Statuta..., n. 29), un autre cri de détresse de la part de la même supérieure. Celle-ci reconnaît qu'en compensation de la perte de son abbaye les habitants de Reims lui ont donné un très bel immeuble à l'intérieur de la ville. Mais il faut vivre. L'abbé de Clairvaux est donc chargé d'aller étudier sur place les possibilités d'une reprise de Clairmarais avec ses jardins et sa métairie. Vingt ans après, la question de la pauvre abbaye se pose à Cîteaux sous cette forme : son incorporation à une abbaye d'hommes n'est-elle pas devenue nécessaire? les moines d'Igny, près de Reims, ne ponrraient-Us se charger de
: cette œuvre (Statuta, 1413, n. 16)? En 1462 (ibid., 1 n. 91), on y trouve en effet des moines que vient d'ins- ' taller l'abbé d'Igny. Neuf ans après, l'union extinci tive de Clairmarais avec Clairvaux est décrétée et \ promulguée par le chapitre général, en vertu des privilèges reçus des pontifes romains (ibid., 1473, n. 53).
Trois siècles se passent. Soudain, apparaît une prétendue abbesse de Clairmarais, Marie-Thérèse de la Ville, chanoinesse de la métropole de Rouen. Dans son Mémoire, cette dame explique que c'est la parution des vol. IX et x du Gall. clirist., en 1751, qui a provoqué son zèle. Elle y a lu les documents cités au t. x (58, 73, 79) au sujet de Clairmarais et y a reconnu des abus I d'autorité commis jadis par Cîteaux. Elle veut les i réparer. Elle s'est donc employée en Cour de Rome à ! l'effet d'obtenir des bulles, expédiées effectivement le [ 30 mars 1779 (I). L'exécution en fut ordonnée par le parlement de Paris le 5 mai suivant. Il y eut procès; d'une part, Clairvaux, qui détenait les restes et les charges de l'abbaye éteinte; d'autre part, la dame de la Ville, qui avait choisi pour avocat maître Huet de Paisy. En 1784, paraît une autre abbesse. Désirée de Mandolx. Mais quand elle voulut prendre possession de la chapelle S. -Bernard et de la métairie de Clairmarais, on constata qu'il n'y avait « ni religieuses, ni lieux claustraux ».
Les archives de Clairmarais ont naturellement passé à Clairvaux lors de l'union. Voir Bépertoire numérique des arch. de l'Aube, 3 II 3700-3882; on y trouve notamment le cartulaire (1222-1522); plusieurs numéros ont trait à l'union: 3 H 3702 (1472-1473); 3 H 3704 : mémoire de dom Le Boullanger sur la réunion (1780); 3 II 3710-3712 : procédure contre Marie-Thérèse de la Ville, soi-disant abbesse de Clairmarais (1778). — Quelques pièces d'archives sont conservées à Reims, indiquées par M. G. Robert, op. cit., p. xxii. — Le Mémoire signifié par Dame Maria-Thérèse de la Ville, abbesse de N.-IJ. de Clairmarais..., demanderesse, contre les abbé, prieur et religieux de Clairvaux, Paris, 1780, peut se
i lire dans le vol. n. 4061 des imprimés de la bibl. de Troyes, série .Jurisprudence.
I Gall. christ., ix, 179. - 1-:. Langlois, Registres de Nicolas IV, n. 3256 : concession d'indulgences, 5 sept. 1290. — Statuta cap. gen. ord. cislerc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
2. CLAIRMARAIS, Clarusmariscus, Claromuresch, Clermaretz, Clermarreis, ancienne abbaye de moines cisterciens, située dans l'Artois, près S.-OMER (Pas-de-Calais). Jusqu'au jour de sa disparition (1791), le monastère conserva dans son trésor une croix, dont la tradition constante disait qu'elle avait été remise par S. Bernard au moine Geofîroi quittant Clairvaux pour venir fonder Clairmarais (dom de Vissery, Hist. ms. de Clairmarais, i, 143). Cependant les documents ne concordent pas tous avec cette tradition. Clairmarais, d'abord fille de l'abbaye des Dunes, serait passé à Clairvaux avec sa maison mère (1 137-38). Le doute subsiste. Les bienfaiteurs du monastère naissant sont Thierry d'Alsace, comte de Flandre, et son épouse Sibylle; Étienne, roi d'Angleterre; des seigneurs de la contrée, tels Matthieu comte de Boulogne, Arnould comte de Guines, Guillaume d'Ypres. Le nom donné à la nouvelle fondation indique assez la valeur des terrains concédés : de larges étendues de marais, où se voyaient alors des îles flottantes.
Quoi qu'il en soit des difficultés du début, l'abbaye devint très prospère. Elle eut souvent à sa tête des hommes de valeur, auxquels le chapitre général de Cîteaux confia des mandats importants. Elle eut particulièrement le bonheur d'échapper aux misères de la commende, malgré les efforts du cardinal Laur. ' Pucci, en 1521, qui prétendait évincer l'abbé Gilles , du Pont, déjà dei)uis deux ans en possession paisible de la prélature. Plusieurs abbés de Clairmarais, gradués d'Université, mirent leurs soins à enrichir la bi-