CL AI R VAUX
les propositions de Juhel, seigneur de Mayenne, et envoya un essaim de ses moines fonder l'abbaye de Fontaine-Daniel, dans le même diocèse du Mans.
.\u xiii"" s., plusieurs mandats importants sont confiés aux abbés de Clairmont, tant par le chapitre général de Cîteaux que par le S. -Siège. Innocent III confie aux abbés de Savigny et de Clairmont le soin de réformer l'antique abbaye de Bourgueil-en-Vallée. Honorius III, en 1233, enjoint à l'abbé Simon de faire la visite canonique du monastère de S. -Serge d'Angers.
Entre tous, Yves Trousson eut un long abbatiat fécond. D'abord moine de Bégard, puis étudiant au collège S. -Bernard de Paris, où il fut un peu remuant {Statuta..., 1463, n. 103), il gouverna l'abbaye de Clairmont jusqu'à sa mort, en 1509. Le chapitre général le désigna, en 1478, pour aller porter la réforme dans les abbayes d'Espagne. En 1486, il fut visiteur des provinces ecclésiastiques de Tours, Rouen, Chartres et d'Orléans. Dans les années 1489 et suivantes, ce furent des cas particulièrement difficiles qu'il eut à régler : Barbeaux, S. -André de GoufTern, Loroux. Il fut présent à la réunion des abbés provoquée par Jean de Cirey, à Paris, et signa les articles de réforme de 1494.
Après la mort de l'abbé Trousson, les moines électeurs demandèrent pour abbé l'évêque de Rennes, le cardinal Robert Guibé. C'était postuler un commendataire. Le chapitre général, indigné, déclara la communauté privée ipso jure de son droit de vote. Le moine Jean Descepeaulx fut nommé et maintenu malgré les protestations de son compétiteur, Jean Fabry. En réalité, la commende n'allait pas tarder à s'imposer ici. Léon X confia l'abbaye au cardinal François Soderini, évêque de Tivoli, le 1 nov. 1513. Deux jours après, la commende passait aux mains du cardinal Philippe de Luxembourg, évêque de Tusculum et du Mans. Deux fois dans la même année, le jjape confirma cette nomination (Hergenroether, Reg. Leonis X, n. 5315, 5328, 5339, 5557, 5684). L'année 1791 marqua la fin de l'abbaye. Actuellement ce qui en reste est transformé en habitations particulières.
Liste d'abbés (d'après le Gall. christ.). — 1. Philippe, 1152-79. — 2. Herbert, 1179-84. — 3. Foulques, 1184, 1189. — 4. Baudouin, 1194. — 5. Geolïroy I", 1197, 1205. — 6. Laurent, 1207, 1210. — 7. Simon, 1231. — 8. Jean I", 1301. — - 9. Geoffroy II Maillon, 1342. — 10. Jacques, 1367, 1379. — 11. Guillaume Messager.
— 12. Jean II, 1463. — 13. Pierre I". — 14. Yves Trousson, 1473, t 1509. — 15. Jean Descepeaulx (Statuta..., 1509, n. 14), 1509. — 16. Card. Philippe de Luxembourg (cf. Registres de Léon X), 1513. — 17. François de Laval. — 18. Jean Lhuillier. — 19. Jean Leconte, 1538. — 20. Pierre Lescot de Cleigny, 1563.
— 21. Léon Lescot de Lissy, 1605. — 22. Henri de Baradat, t 1660. — 23. Louis I" de Baradat, 1661, + 1710. — 24. Louis II Courcillon de Dangeau, 1710.
— 25. Jean-Alexandre Campan de S. -Martin, 1721-30.
— 26. N. Lorenchet, 1730-45. — 27. N. de Chalut, 1745. — 28. Joseph de Florence, 1775-90.
Archives : dépôt départ, de la Mayenne, H (1487-1788).
— Départ, de l'Aube, 3 H 193 (1486).
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., viii, Paris, 1920,
p. 135. — Chronic. Turou., dans Bouquet, Hist. des Gaules..., XII, 474. — Cottincau, 798. — Gall. christ., xiv, 527. — Janauschel{, Origines cisterc.. Vienne, 1877, p. 131. — F. Piolin, Hist. de l'Église du Mans, iv, Paris, 1858, publie 6 documents, p. 531 stj., 567. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-vni, éd. Louvain, 1933-41, passim. — Quelques études concernant l'archéologie ont paru dans Congrès archéol. de France, XLV, 1879, p. '>47->-ôj; Bull, de la Commission d'bisl. de la Magenne, xxvn, 1911, p. 430-33.
J.-M. Canivez.
1, CLAIRVAUX, appelé aussi Petit-Clairvaux, ancien prieuré, puis abbaye de moniales cisterciennes, dans la ville de METZ. Quoi qu'en ait dit dom
j Calmet, et ceux qui l'ont copié dans la suite, cette fon-
I dation ne peut être attribuée à S. Bernard. Déjà dom
j Martène protestait contre cette assertion (Voyage
! littéraire, i, II" partie, 127). L'origine de cet établissement est narrée dans une lettre de Clément V (Regestum Clenientis V, Rome, 1886, n. 4247). Un couvent de
I frères de la Pénitence de J.-C. existait à Metz; mais condamnée à s'éteindre, la communauté des quelques frères qui l'habitaient entra à Clairvaux, et ses biens passèrent à l'évêque diocésain, Bouchard. Celui-ci les offrit à l'abbé de Clairvaux, qui y plaça durant un temps deux ou trois moines. Sous le successeur de Bouchard, Rainaud de Bar (1302-16), des moniales cisterciennes vinrent occuper ces lieux sous la condition de pratiquer la clôture stricte. Ce sont ces différents arrangements que Clément V approuva, le 1" juin. 1309.
Il semble bien que durant un siècle les familles bourgeoises de la ville se montrèrent généreuses pour cette fondation; quelques bribes d'archives ont conservé le souvenir de leurs aumônes. Mais quand celles-ci vinrent à tarir, l'abbesse dut faire entendre un cri de détresse au chapitre général de Cîteaux (Statuta..., 1409, n. 51). Les abbés de CJairvaux et de Morimond
I furent délégués pour aller s'enquérir de la vraie situation et y porter remède. Dans la suite, le nombre de religieuses diminuant sans cesse, on songea à unir ce prieuré à l'abbaye de Pontifroy, toute proche. Cependant en 1473 (ibid., n. 41), l'abbé de ce monastère était mandaté par le chapitre général pour tenter encore un essai de relèvement, en y installant une nouvelle supérieure. Plus tard, l'idée d'union fut reprise, notamment au xvii« s. On se heurta aux volontés contraires des deux supérieurs en cause : l'abbesse du Petit-
! Clairvaux et l'abbé de Pontifroy (ibid., 1628, n. 79). Au début du xyiii" s., la pauvre abbaye de Pontifroy était exténuée; il n'y restait plus que l'abbé. Quand
; il eut disi)aru (1740), le roi de France transmit au Petit-Clairvaux les maigres propriétés de Pontifroy. Cet apport ne put néanmoins suffire pour permettre un développement de la communauté des moniales. Réduite en nombre, elle fut supprimée en 1755. Un ordre du roi adjugea ses biens à l'hôpital S. -Nicolas.
Archives : départ, de la Moselle, H 4481-4483 : titres de
! propriété; H 4484 : suppression du couvent et affectation des biens à l'hôpital S. -Nicolas. — Archiv. de l'hôpital de Metz, H 647 : cartulaire; H 648 : nécrologe, publié par G. Thiriot, en 1927, dans Annuaire de la Soc. d'hist. de Lorraine, xxxvr, 227-308.
I Gall. clirist., xm, 836. — G. MOller, Beitrag zur Geschichte des ehemaligen Cistercienserinnen-Klosters in Metz, Bregenz, 1915. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
2. CLAIRVAUX, Clara Vcdlis, Cleruaulx, au dioc. de Langres, auj. de TROYES, un des plus célèbres monastères de la chrétienté au Moyen Age, fondé par S. Bernard en juin 1115.
I. Fondation et domaine temporel. — Le site choisi par le fondateur, alors âgé d'environ vingt-cinq ans, était un vallon disposé dans la direction Est- Ouest. Dénommé jusqu'alors vallée d'Absinthe, il allait devenir la Claire Vallée. Les contemporains du fondateur ont narré les difficultés qu'eut à surmonter l'abbaye naissante (Bernardi Vita /», 1. I, c. v, 25; Vita /V", 1. Il, 2 sq.). Les historiens modernes s'inspirent de ces textes pour dépeindre la vie à Clairvaux
! en ses débuts (Vacandard, Vie de S. Bernard, Paris.
j 1895, 1" éd., t. I, c. m; D. H. G. E., viii, 613).
! Une dizaine d'années après la fondation, la popu-
j lation monastique s'était accrue et, avec la notoriété, les donations de biens temporels commencèrent à affluer : aumônes en terres, en rentes, en droits utiles. On en compte 1 771 jusqu'à l'année 1260 (d'Arbois,
I or^ t
CLA fR V AUX
Éludes... Clairvaux, Paris, 1858, p. 286; J. Laurent, dans Beaunier-Besse, Abbayes..., xii, 334). Sous le second abbé, Robert de Bruges (1 153-57), l'abbaye est à même de faire des acquisitions à titre onéreux; on en compte 337 jusqu'en 1260 (arch. de l'Aube, 3 H 665- 3274 : donations et constitution du temporel). Ce domaine considérable était réparti autour de 15 centres d'exploitation : 12 granges et 2 celliers; ces derniers s'appelaient Colombé-Ie-Sec et Morvaux (A. Prévost y ajoute Gomméville : Les celliers de Clairvaux, Troyes, 1927. Les dossiers 3 H 744 sq. sont disposés par localités : on en compte environ 280; le détail en est donné par J. Laurent, loc. cit., 331, note, et par A. Roserot, dans Dict. hist. de la Champagne méridionale, 392).
Dans la suite, deux abbayes de moniales furent unies à Clairvaux : Val-des-Vignes, qui devint un prieuré de moines en 1399 (Statuta..., n. 41), et en 1473 Clairmarais de Reims, dont l'union fut extinctive (ibid., 1473, n. 53). Leurs archives passèrent alors dans le fonds de Clairvaux, aussi bien que celles de la commanderie teutonique de Beauvoir, qui fut acquise en 1502 au prix de 1 100 florins du Rhin (arch. de l'Aube, 3 H 3506 : bulles de Jules II relatives à cette union, 1502, 1503).
Ces vastes propriétés seront, au cours des siècles, l'occasion de multiples procès. Les guerres et les impôts de guerre viendront entamer largement cette richesse. Les taxes dues à la Chambre apostolique atteindront 3 000 florins à chaque élection d'abbé, même à l'époque de la guerre de Cent Ans (H. Hoberg, Taxae episcopaluum..., Rome, 1949, p. 147). On connaîtra des crises financières; durant l'une d'elles, il faudra se résoudre à vendre une précieuse châsse pour payer <> sept vaquans » (revenus perçus durant la vacance du siège; Martène, Thésaurus..., ii, 1420). De ces périodiques gênes financières nous lisons un écho dans le ms. 417 de la bibliothèque de la ville de Bruges : l'abbé de Clairvaux, Pierre de Virey (1471-96), dans un mot de remerciement à l'abbé des Dunes, le qualifie de grand bienfaiteur de Clairvaux : dans ce cas, c'était la maison fille qui avait secouru sa mère.
Les abbés de Clairvaux eurent soin de faire approuver par les papes l'état du patrimoine monastique qui s'était ainsi constitué. Le ms. 501 de Troyes contient quelques feuillets d'une ébauche de bullaire (xiii'^xiv* s.). Plusieurs de ces actes pontificaux visent particulièrement les biens temporels de l'abbaye : Alexandre m (Desiderium, 6 déc. 1163) énumère les principales possessions; de même Clément III {Religiosam vitam, 1 janv. 1188; Quotiens postulatur, 31 mars 1189); Célestin III (Religiosam vilam, acte adressé à Guy, 1193-1213) note en particulier : grangiam que est iuxta abbatiam... grangiam que est ultra Albam... grangiam de Forlarchia... de Campaniaco... de Belinfay... cellarium de Colombeio... de Morvalle... domum de Divione... feodum de Putigny..., etc.
La question du domaine de Clairvaux fait l'objet de la thèse présentée à l'École des chartes (1949) par R. Fossier : La vie économique de l'abbaye de Clairvaux des origines à la guerre de Cent Ans f 1 1 15-1475 ) ; outre l'exposé de l'exploitation du domaine, l'auteur parcourt les aspects successifs de l'économie domaniale et la part qui en revient à chaque abbé.
II. La filiation de Clairvaux. — Dans l'ordre cistercien, Clairvaux fut la maison la plus féconde. Durant son abbatiat de trente-huit ans, S. Bernard fonda ou affilia 66 abbayes; de ce nombre était Savigny, chef d'une congrégation de 27 monastères. Parmi les 80 maisons filles directes que compta Clairvaux, beaucoup furent fécondes à leur tour : Trois- Fontaines, Cherlieu, Hautecombe eurent chacune une filiation de 10 abbayes. Fountains en Angleterre compta 11 mai-
i sons filles et petites- filles, et Rievaulx 19. Casamari, non loin de Rome, en eut 18; Mellifont, en Irlande, 24. ! La filiation de Savigny atteignit le chiffre de 45. Soucis j multijiles pour le supérieur immédiat de ces abbayes ; qui, aux termes de La charte de charité (§ 10, 21), devaient être visitées annuellement par l'abbé père ou par son délégué. Plusieurs lettres de S. Bernard nous le montrent intervenant auprès de ses maisons filles
(Epist., LXXII, LXXIII, LXXIV, CXLII, CCI, cccvi, cccxx,
etc.). Une lettre de l'abbé Gérard (1170-75) recommande à l'évêque Didier de Thérouanne la fondation récente de Clairmarais (Martène, Thésaurus..., i, 559). . L'abbé Henri de Marcy (1176-79), futur cardinal, témoigne aussi dans ses lettres de sa sollicitude pour ses maisons filles (Tissier, Bibt. patrum cisterc, m, 252). Les archives de Clairvaux abondent dans le même sens (Troyes, 3 H 175-243).
La création d'abbés commendataires vint encore dans la suite augmenter la charge de l'abbé de Clairvaux, car toute abbaye privée de supérieur régulier entrait dans la dépendance immédiate de l'abbé chef de toute la filiation. Il en était de même des monastères dont les maisons mères étaient tombées en commende.
La famille claravallienne comptait en outre une série d'abbayes de moniales. Cette liste, dressée vers 1500 par un moine de Clairvaux, Martin Van Damme, se trouve à la bibliothèque de l'abbaye des Dunes (Belgique) et dans le ms. C 32 de Dusseldorf; elle fut éditée par Winter (dans Die Cistercienser des nordôstlichen Deutschiands, m. Gotha, 1871, p. 183 sq.). Au xvii^ s., Charles de Visch (t 1666). prieur des Dunes, a revu cette liste, y a introduit les modifications devenues nécessaires. C'est son ms. que nous traduisons ciaprès :
1. Altmunster, dioc. de Mayence. 2. Argensolles, dioc. de Soissons. 3. Beaulieu, ibid. 4. Bellerive, dioc. de Genève. 5. Biloque, ou Port-N.-D., à Gand. 6. Beaupré, près Grammont. 7. Belleau, devenu prieuré, dioc. de Troyes. 8. Bethlehem en Hollande, devenu prieuré d'hommes. 9. Bouhan, près Calais, uni à Blandecque en 1395. 10. Bardenburg, ou Clairefontaine près Arlon, jadis dioc. de Trêves. 11. Blandecque, ou Ste-Colombe, dioc. de S.-Omer, jadis de Morinie. 12. Clairmarais, devenu prieuré, à Reims. 13. La Cambre, à Bruxelles. 14. De Collis, dioc. de Coimbre. 15. Ste-Comeda, dioc. de Mayence. 16. Difi'erdange, ou Fontaine-Ste-Marie, dioc. de Trêves. 17. Doornzele, à Gand. 18. Fervaques, dioc. de Noyon, auj. de Soissons. 19. Flines, Honneur N.-D., dioc. d'Arras. 20. Fontenelle, dioc. de Cambrai. 21. Frondenberg, dioc. de Cologne. 22. Groeninghe, Spéculum B. M., à Courtrai. 23. Haga, Ter Hagen, Domus gaudii, dioc. de Gand. 24. Herkenrode, dioc. de Liège. 25. Hoven, dioc. de Cologne. 26. Ste-Hoïlde, dioc. de Toul. 27. S. -Jacques de Vitry, dioc. de Châlons. 28. Abbaye de Jessé, ou Essen, dioc. de Groningue. 29. Lorban, dioc. de Coimbre. 30. Bonlieu, dioc. de Genève. 31. N.-D. de Charité-lez-Lézinnes, devint abbaye d'hommes. 32. Marquette, Reclinatorium B. M., jadis dioc. de Tournai. 33. Montreuil, dioc. de Laon. 34. Mont-S.-\Valburge, passé aux jésuites, dioc. de Cologne. 35. Marcilla, Espagne. 36. Nouveau- Bois, à Gand. 37. Muysen, près Malines. 38. Nonnen- ' munster, à Worms. 39. Nouvelle-Jérusalem, ou Spermaillie, à Bruges. 40. Olive, dioc. actuel de Tournai. 41. Oesteecloo, dioc. de Gand. 42. Parc-aux-Dames, i dioc. de Senlis. 43. Paix-Dieu, dioc. de Liège. 44. S.i Pierre d'Arouca, dioc. de Lamego. 45. Pont-Léon, dioc. de Trêves. 46. Porcetum, dioc. de Cologne. 47. N.-D.-des-Prés, à Douai. 48. N.-D.-des-Prés, dioc. de Troyes. 49. Pré-N.-D., Benden, dioc. de Cologne. 50. Petit-Clairvaux, prieuré, à Metz. 51. Ravensberg, dioc. de S.-Omer. .52. Rothem, dioc. de Liège. 53. Épinlieu,