BLY, I
CH AlVI BON (Doiii TiiÉoDOKE), abbé de la Trappe (dioc. de Séez), 1766-83. 11 composa plusieurs ouvrages restés mss., notamment un mémoire justificatif de l'abbé de Rancé (f 1700), dont il était le 8« successeur. Il avait songé à publier la Vie de Rancé par dom Gervaise, en y glissant une préface destinée à neutraliser les effets de la plume acerbe et critique de son auteur. L'abbé de Cîteaux l'en détourna. C'est sous l'abbatiat de Chambon que le futur S. Benoît-Joseph Labre se présenta pour être reçu au noviciat: il fut écarté, n'ayant pas l'âge requis alors (24 ans). Dom Chambon assista au chapitre général de 1768, où il fut choisi comme déflniteur par l'abbé de Cîteaux, et reçut mission de collaborer à la rédaction de nouvelles constitutions. 11 reparut encore au chapitre de 1771 avec la charge de déflniteur.
Comte de Charencey, Hist. de l'abb. de la Grande-Trappe, Mortagne, 1911. — Statuta cap. gen. ord. cisterc., éd. Loiivain, vu, 1939.
J.-M. Canivez.
CHAMBONS, Cumpi boni, Cambonium, ancienne abbaye cistercienne créée en sept. 1152, dans la forêt de Bauzon, sur la commune de Borne (départ, de l'Ardèche, dioc. de Viviers). Le chevalier Guillaume de Borne avait fait don d'un terrain; des moines de l'abbaye de Sénanque vinrent le cultiver, et ce fut la note dominante de cette communauté durant son existence de six siècles et demi : travailleurs agricoles et forestiers. Leurs propriétés s'étendirent d'ailleurs considérablement par acquisitions successives, à titre gracieux ou onéreux: ainsi, par leur travail assidu, les moines firent de leur ahl)aye l'une des plus opulentes de la région. En 1214, le chapitre général de Cîteaux,
sous l'abbé Arnaud If, crut devoir Uanslérer les droits de paternité sur Chambons à l'abbaye de Bonneval (dioc. de Rodez). Les statuts capitulaires (1490, n. 18) ont conservé aussi le décret de nomination de Guillaume Tendille en qualité de prieur, pour gouverner la communauté au spirituel comme au temporel, sous le régime des abbés commendataires. Le premier qui se 1 présente ici est Charles de Joyeuse, et deux autres de I la même famille lui succéderont.
Liste des abbés. — 1. Pierre Gaufred, 1152. — j 2. Bernard Duranti, 1154-t 1^59. — 3. Guillaume I*', j 1163-73. — 4. Pierre II de Mérule, 1173. — 5. I Pierre III Adhémar. 1 180. — 6. Pierre IV de La Cha- ; pelle, 1202. ■ 7. Pierre V Aimar, 1212. — 8. Arnaud, 1219. — 9. Guillaume 11. 1229 (?). - 10. Pierre VI de La Chapelle, r25(i. - 11. Mathieu de 'l'arbe, 1270-80. 12. Éblon. I'i85. 13. Ponce de 'l'arbe, 1292-1325. I 1. Pierre Vil Roslang, 1327. 15. Pierre VIII de Sanipson. 1362. 16. Armand <le Spalel, 13C0. 17. Etienne (iarnier, 1371. - 18. Pierre IX .\yn, 1395. — 19. Pieric X Richard, 1409, délégué au concile de Pise. — 20. Jean de Roque, 1439-74. — 2L Charles de ' Joyeuse, commendataire, 1474, f 1502. — 22. Guilj laume de Joyeuse. — 23. François de Joyeuse, card. de I Rouen, t 1615. — 24. Henri de Lorraine, 1616, âgé ; de 3 ans (1). — 25. Louis de Chaumejan de Tourilles, 1642-t 1706. — 26. Henri-Xavier de Belzunce, év. de Marseille, 1706. — - 27. René- Joseph-Marie de Gouyon de Vaurouault, év. de S.-Pol de Léon, 1755.
Archives : dépôt départ. Ardèche, 43 liasses (xiii'xviii» s.). — Paris, Bil)l. nat., ms. lat. 17149, extr. titres par Gaignières; ms. fr. 20892, n. 51; 20901, n. 75. — Poitiers, Bibl. munie, Coll. Fonteneau, lv, 127 : notes sur Chambons. — Cottineau, 680. - — Gall. christ., xvi, 607. — Janauschek, Orig. cisterc.. Vienne, 1877, p. viii, 133. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1152, vi, 8, 9. — J. Régné, L'abbaye de Chambons de 1153 à 1500, dans Rev. Mabillon, 1922, p. 242-62. — Statuta cap. gen. ord. cisterc,
' éd. Louvain, 1933-41, i-viii, passim. — Vaschalde, L'abb. de Ch. et ses dépendances, dans Rev. Vivarais, 1910, p. 289-99.
J.-M. Canivez.
j CHAMBRE-FONTAINE, Camera-Fons, Camerus-Fons, abbaye de l'ordre de Prémontré, située au dioc. de Meaux, à 10 km. de cette ville, près de Guisy, départ, de Seine-et-Marne, relevant de la circarie de France et filiale de Valsecret. Elle fut fondée vers 1190 par Alelme, chantre de l'église de Meaux, et le comte Guy de Cuisy. D'autres historiens rattachent son origine à Milon, seigneur de Cuisy, et au fils de ce dernier, Pierre, évêque de Meaux. L'abbaye fut d'abord étabUe à Bruyère, puis, en 1257, elle fut transférée près de Cuisy, par l'évèque Pierre de Meaux. C'est ce qui explique la double tradition de sa fondation. Vers 1600, l'église abbatiale fut détruite et une partie des biens claustraux se trouvaient dans un état lamentable par suite de l'incurie des abbés. Depuis 1562, avait commencé le régime des abbés commendataires, avec Adrien Lamet. Ce n'est que vers 1650 que, grâce aux soins de l'abbé Pierre Bouguier, les bâtiments furent relevés de leurs ruines. Sous l'abbé Molé, cependant, une nouvelle déchéance se produisit. L'abbaye fut supprimée lors de la Révolution.
Liste des abbés. — 1. R... (seule la première lettre du nom est connue par des chartes de 1202 et 1214). — 2. Jean I", 1230. — 3. Galter de Mauregard, t 2 janv. 1232. — 4. Milon de Cuisy, fils du comte, gouvernait en 1231, t 18 févr. 1236.'— 5. .\rnulphe, t 1239. —
6. Richard, organisa le transfert de la maison à son nouvel emplacement; abdique en 1278, t 1280. —
7. Guillaume I", 1279. — 8. Laurent, 1284, t 9 févr. — - 9. Jean II, t 'e 22 mai 1327; mentionné en 1300 et 1316. 10. Jean III d'Yverni, l- 17 juill. 1335. - - I I. Simon l'^' d'Yverni. t 11) aoùl 1317. - 12. .lean l\ de Com|)ans, j 2 oct. 1355. - 13. Simon 11, f 23 sept.
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1378. — 11. Jean V, t 10 Jiov. - 15. Otloard, t 1" oct. 1410. — 16. Jean VI Courroie, 1 403 et 1404, t 28 nov. 1423. — 17. Jean VII Chevance, f 15 oct. 1458. - 18. Pierre I"' Aubert, t 18 oct. 1487. - 19. René de Fonlenay, coadjuteur du précédent en 1487 et successeur, t 16 août 1501. • 20. Guillaume II Alix, t 17 janv. 1517. — 21. Aimé de la Fontaine, docteur de la Sorbonne, nommé dans une charte de 1518, passa à Cuisy en 1528 et présida comme vicaire général plusieurs chapitres de l'ordre. — 22. Égide Tavernier, dernier des abbés réguliers, 1530-t 25 sept. 1536. — ■ 23. Adrien de Lamet, premier des abbés commendataires, doyen d'Amiens, nommé le 6 janv. 1538; t 20 août 1553. — 24. Gaspar du Vernai de la Garde, nonmié dans plusieurs actes de 1537 et 1538. — • 25. .\scagne du Mas. nommé dans des chartes a partir de 1,562, t28déc. 1597. 26. Innocent Moireau. 1601, 1607; démissionne en 1609. — 27. l'iaiit,ois de N illiers. 1609. — - 28. Pierre H Bouguier. conseiller au parle ment de Paris, cité dans des actes de 161 I à 1625. ■!■ 1652. — ■ 29. François Molé, tuailre des recpiêtes. déjà abbé de Ste-Croix de Bordeaux et de S. -Paul de Verdun, obtint aussi l'abbaye de Chambre-Fontaine; t 1712. — 30. Ignace de Brancas, désigné par le roi le 15 sept. 1712, passa à l'évêché de Lisieux le 13 janv. 1715, t 1" avr. 1760.
Archives départementales de Seine-et-Maruc. Van Waefelghem signale un cartulaire du xvi" s. se trouvant chez M. Parent, maire à Cuisy; d'autres documents sont au grand séminaire de Meaux. — C.-L. Hugo, Annales Praem., I, 443. — Gall. christ., viii, 1728. — Toussaints-Duplessis, Hist. de l'Église de Meaux, ii, 459-63. — R. Van Waetelghem. Répertoire, 54.
M. -A. Erens.
CHAMINADE (Guillaume-Joseph), fondateur des Marianistes, né à Périgueux le 8 avr. 1761, t à Bordeaux le 22 janv. 1850. Après des études à Mussidan et à S.-Sulpice, il devint prêtre en 1785 et professeur à Mussidan. Ayant refusé le serment à la (^Constitution civile, il doit renoncer à ses fonctions, mais continue à exercer son ministère au milieu des pires dangers, jusqu'au moment où, en 1797, il s'enfuit en Espagne; il séjourne à Saragosse, jusqu'à son retour à Bordeaux, en 1800; c'est là que, le 2 oct. 1817, il fonde la Société de Marie (Marianites, Marianistes, Frères ou Clercs de Marie), dont les constitutions furent approuvées en 1891, et qui est destinée à l'enseignement. Dès 1816, il avait fondé, avec la Mère Adèle de Trenquelléon, la congrégation des Filles de Marie (Agen), à laquelle furent rattachés plus tard deux tiers ordres. La cause de G.-J. Chaminade fut introduite à Home, le 8 mai 1918 (A. A. S., 1918, p. 246-49).
H.-J. Simler, G.-J. Ch., Bordeaux, 19(»1. - 11. Rousseau,
réveil relig. au lendemain du Concordat, G.-J. Ch., Paris, 1912. — L. Boyer, Un apôtre de Marie, G.-J. Ch., Périgueux, 1923. — L. T. K., II, 831.
É. Van Cauwenbergh.
CHAMMUENSTER, CellaapudCambe, ancien monastère bénédictin aux environs de Cham (citée comme ville en 976, passée aux Wittelsbach en 1209), situé dans le nord de la forêt bavaroise (Haut-Palatinat), fondé vers 739 par le duc Otilo pour coloniser la forêt, et soumis à l'abbaye S.-Emmeram de Ratisbonne. Ce ne fut, sans doute, qu'une fondation d'ordre économique. Renouvelé par le duc Tassilo III, il fut détruit lors des incursions hongroises et abandonné. Lorsque, en 1260, S. Wolfgang mit fin à l'union personnelle entre l'évêché de Ratisbonne et l'abbaye de S.-Emmeram, Cham resta à l'évêque et devint églisemère, avec de nombreuses filiales. Le projet d'y ériger un chapitre de chanoines réguliers échoua. En 1260, S. .\lbert le Grand incorpora la cure au chapitre cathédral de Ratisbonne. Durement éprouvé pendant les guerres hussitcs, (2ham tomba aux mains des protes-
I tants en 1556, mais fut rendu aux catholiques en 1021 , par le prince-électeur Maximilien l". La belle église, avec ses parties ai)partenant au premier et au dernier art gothique, possède des fresques de grande valeur.
• I. linnmi'r. Ileintalbucli des bugr. Bezirl<suinles Ch., 1922.
Iiuienlar der Kunstdeul;i)idler Bagerns, 1914, ii, 0, p. 46 sq. j X. IJiihler, Deutsche Gauc, ii. 11, p. 86. L. T. K., u, I 82(1. - Cottineau, i, 682.
[ P. VOLK
CHAMPAGNAT (Vén. Jean-Benoit-Marcelhn), fondateur des Petits frères de Marie ou Frères niaristes des écoles. Né à Rosey (comm. de Marlhes, Loire), le 20 mai 1789, d'une famille d'agriculteurs, il fit ses études à Verrières, où il eu! comme condisciples Jean-Marie \iainiey et Jean-Claude (Colin, le futur fondateur de la Société de Marie (Pèies niaristes ); prêtre en 1816, il fut nommé vicaire à Lavalla (connu, de S.-Cliamond). tC'est là (|u'il réalisa (2 janv. 1817) le plan, coni,-u dès le séminaire, de former une équipe de frères, (jui seraient, pour les enfants des campagnes, ce que les disciples de Jean-Baptiste de la Salle étaient i)our la jeunesse des villes. Une école fut d'abord organisée à Marlhes, puis à l'Hermitage, qui devint le centre de la jeune congrégation. Des difhcultés diverses incitèrent Champagnat, auquel se joignirent dix-huit de ses confrères, à faire profession dans la Société de Marie (approuvée le 29 avr. 1836) de J.-C. Colin; il démissionna mais fut, par ce dernier, remis comme supérieur à la tête de ses frères. Il mourut à l'Hermitage le 6 juin 1840 et fut déclaré Vénérable le 9 août 1896; Benoît XV proclama l'héroïcité de ses vertus le 11 juill. 1920.
A. Laveille, Un condisciple et émule du curé d'Ars, M. Champagnat, Paris, 1921, 435 p.
É. Van Cauwenbergh.
CHAMPAGNE, Campania, ancienne abbaye : cistercienne (comm. de Rouez, départ, de la Sarthe, dioc. du Mans). Au temporel, elle reconnaît comme fondateur Ironiques de Ribole, seigneur d'Assé et de Lavardin. Savigny, dûment autorisé par le chapitre général, envoya un groupe de moines en 1189; c'était sa 23^ maison tille. Dans les bulles de protection et de confirmation des biens, on signale particulièrement la possession de plusieurs églises, Montenai, Hambers, S. -Pierre de Cour — ce qui était contraire aux lois du premier Cîteaux. En 1483, Champagne cède l'un de ses moines, Raoul Briton, à l'abbaye de Tyronneau qui le demande pour prélat. Au xviie s., dom Michel Guiton, délégué par l'abbé de Prières, se présente dans l'abbaye pour y introduire l'étroite observance. Opposition violente de la part des moines et de leurs amis du dehors; en tête de ces derniers, le marquis de Vassé. Une intervention personnelle de l'abbé de Rancé, ami du zélé marquis, fit tout rentrer dans l'ordre. Au siècle suivant, peu avant la disparition définitive de l'abbaye, on n'y comptait plus que 7 religieux.
Liste des abbés. — 1. Mathieu, 1189. — 2. Guillaume I", 1190. — 3. Nicolas I", 1203. 4. Guillaume II de la Chai, 1205. — 5. Raoul P^ 1205, 1228. -— 6. Robert ^^ 1229. — 7. Joscelin, 1232. — 8. Hugues d'Acé, t 1233. — 9. Luc, 1247. — 10. Raoul II, 1253. — 11. Guillaume III de Maraville, 1270. — 12. Nicolas II, 1286. — 13. Denys, 1303, 1317. — 14. Robert II. — 15. Jean I", 1349. — 16. Richard. — 17. Laurent, 1371-79. — 18. Philippe, 1382, 1393. — 19. Jean II, 1402. — 20. Durand de La Chaise, 1406. — j 21. Jacques Bouvet, 1407. — 22. Michel Viel, 1420, I t 1449. — 23. Jean 111 de Mayenne, 1441, f 1483. — i 24. Jacques IV Le Monnier, résigne 1491, f 1496. — 25. Lancelot I" de Beaumanoir, 149.5-1527, ]■ 1531. — ■ 26. François P'' l.avocat. 1547. -i- 1548. 27. Lancelot Il de \ assé, coiumendataii'e, v 1571. 28. .lean de Vassé, év. de Lisieux. — ■ 29. Nicolas Quentin, 1581-
C HAiMPAG iN£
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87. — 3U. Claude Parisot, 1596. — 31. Anne de Péruse d'Escars, dit card. de Givry, f 1612. — 32. Pierre de Gondi, év. de Paris, f 1616. — 33. Henri de Gondi, év. de Paris, f 1622. — 34. Jean-François de Gondi, arcli. de Paris. — 35. Léonor d'Estampes de Vallançay, cv. de Chartres, puis Reims, t 1651. — 36. Henri d'Estampes de Vallançay, t 1678. — 37. François de Mornay de Montchevreuil, 1678-91. — 38. Joseph-Antoine de Fiennes, t 1727. — 39. N. de Garanné, t 1751. — 40. François Levoué, f 1754. — 41. Jean Dumont, 1754-67. — 42. N. Kavel de Montmirail, 1767-90.
.Archives : dépol départ, de la Sai-Uie, ô(l nrl.; '.i Invciilaires (xviii^' s.); arch. du (Cogner, série //, p. 182 scj., publient in e.vtenso 1 I i>iéces (1240-1355); au Mans, bibl. niuiiic, ms. i74, épilaphicr; Paris, Hibl. nal., Coll. Moreau, ms. 790; rioui). acq. lui. 3002, i luirlulariiim ( ~= copie du ms. lal. 17125 (cf. Biblioth. Ëcol. ilmrles, 1028, p. 253): nis. frarn'. :10/i92 (.')6). M. .Vuhcrt, L'arrhil. tisl. vu France, i, ii, Haris, lit 13, jxissim. .1. Cha])pée, plusieurs travaux parus daus Jiev. Iiisl. du Mdiiie, xi-, 266-74; XLi, 114-24, 318; xliv, 26-56. Galt. clirisl.. xiv, .529. - (iuilloreau, Exir. ilu nécroloye..., Ligugé, 1909. — Janauschek, Orii)ines cislerc. Vienne, 1877, p. Lxxi, 188. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1148, vu, 10; 1151, XII, 1, 10; 1188, VII, 13. — Martène, Amplissima collectio, I, 987 : lettre de Guy de Paré, abb. de Cîteaux, 1189. — Piolin, Uist. de l'Église du Mans, iv, Paris, 1851-63, p. 555-60; 591-93. — Potthast, Rey., 8711, 10738, 11170. — Statuta cap. yen. ord. cisterc, éd. Louvain, 1933-41, i-viii, passim.
J.-M. Canivez.
CHAMPBENOIT, Campus benedicfus, abbaye de bénédictines, sous le vocable de Notre-Dame, fondée en 1138 par le comte de Champagne, Henri le Libéral, fils de Thibaud II, dans les environs de Provins (dioc. actuel de Meaux, jadis Sens; dans le doyenné et le cant. de Provins, départ. Seine-et-Marne). Elle devint prieuré vers le milieu du xv« s. Les calvinistes en détruisirent les bâtiments, restaurés un peu plus tard. Cependant, au xvii« s., la maison passa par une grave crise matérielle, qu'Ambroise de Bournonville, pair de France, aida à surmonter. On jugea cependant nécessaire de la transférer à Provins même. En 1781, le prieuré de Villechasson lui fut uni.
Abbesses. — A..., 1197. — Eremburge, 1203. — Pétronille 1'% 1233, 1234. — Éloïse P^. — Éloïse II. — HéUssende, 1245. — Ahce, 1248, 1274. — Pétronille II de Munaud, 1292. — Jeanne, 1319. — Prieures. — Marie F" la Gaillarde, 1452. — Catherine de la Lande, 1499. — Blanche de Fumechon, 1552. — Louise d'Alonville, 1576, 1581. — Marie II Vipart, 1586. — Jeanne de Pellevé, nommée 1588, céda sa charge en faveur de la suivante, f 28 déc. 1641. — Renée de Garges, f 29 aoiît 1637. — Anne P« de Fresnoy, t 25 mars 1668. — Anne II de Sens de Morsan, resta en charge jusqu'en 1698. — Henriette de Levi de Charlus. — Marie-Thérèse de Beauvillier, 1728. — N. de Loheac de Crapadot, nommée abbesse du Lis, 26 juin. 1733.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'anc. France, VI, 42, 63. — Cottineau, 684. — Gall. christ., xii, 193-95.
R. Van Doren.
CHAMPEILS (Léonard), jésuite français (t 1669). Voir D. T. C, ii, 2214.
CHAMPION DE CICÉ (Jérome-Marie). — 1» Jusqu'à la Révolution. — Frère puîné de Jean- Baptiste-Marie Champion de Cicé, évêque de Troyes, puis d'Auxerre, avec lequel il ne faut pas le confondre, le futur archevêque de Bordeaux, puis d'Aix, naquit le 4 sej)t. 1735, de Jérôme- Vincent Champion de Cicé et de Marie-Rose de Varennes. Au collège du l'Iessis. durant ses éludes classiques, il se lie avec .Morellet, Necker, de Boisgelin, puis, se tieslinant aux
ordres, fait au séminaire S.-Sulpice de Paris, à Rome, ses études théologiques, couronnées par le doctorat. Sa haute naissance, sa valeur, ses relations lui permirent une rapide et brillante carrière dans l'Église. Abbé commendataire de Chantemerle dès 1760, député du diocèse de Sens à l'assemblée générale du clergé, il devient dès son ordination sacerdotale, eu 1761, vicaire général de son frère, l'évêque de Troyes, et, en 1765, avec M. de la Luzerne, agent général du clergé de France. Cette charge l'initie aux alîaires administratives et financières, aux problèmes que I j)osent les relations du spirituel et du temporel, à la j diplomatie ecclésiastique. A l'expiration de son I mandat quinquennal il est, comme M. de la Luzerne, ! élevé à l'épiscopal.
Promu en 1770, ii trente-cinq ans, au siège de Rodez, I connne beaucoup de ses collègues il entre en lutte avec son chapitj-c dont son autoritarisme brise la résistance el, comme Boisgelin. Briemic, Dillon, il , réalise le type de l'évêque administrateur; sans négliger pour cela sa mission pastorale, Champion de Cicé se préoccupe d'améliorer la situation économique, le rendement des cultures, la perception des impôts, l'hygiène, la justice, l'enseignement. Ses capacités incontestables, la faveur de Necker lui valent de présider, à partir de 1779, l'assemblée provinciale de Haute-Guyenne, où il rencontre et brise l'opposition de l'intendant. Ce succès lui obtient, en 1781, l'archevêché de Bordeaux.
Durant cette période prérévolutionnaire, l'archevêque de Bordeaux, qui mène la vie fastueuse d'un prélat d'Ancien Régime, se montre ouvert aux idées nouvelles. Il admet la tolérance comme « fondée sur les préceptes du divin Législateur », mais en distinguant la tolérance civile, « par laquelle le prince permet dans ses États à chacun de penser ce qu'il lui plaît », de « la tolérance ecclésiastique, par laquelle l'Église accorderait la même liberté dans la religion » — il admet seulement la première, position de principe à laquelle il restera fidèle sous le Consulat et l'Empire. Champion de Cicé flatte en outre les tendances du bas clergé au syndicalisme et à l'indépendance, réunit ces « coopérateurs chéris » en « congrégations foraines », étudie avec eux les problèmes que posent les petites écoles, les établissements de charité, le recrutement des séminaires. Chef de la commission pour le temporel à l'assemblée du clergé, il obtient pour eux une augmentation des congrues, réclame une retraite pour les prêtres indigents exclus par l'âge et les infirmités des travaux du saint ministère. Membre de la commission des réguliers, il propose, afin de trouver un supplément de ressources, des « unions de bénéfices », euphémisme adroit qui implique suppression pure et simple des couvents aux effectifs trop réduits.
Si, par cet esprit de tolérance, cette faveur accordée au bas clergé, cette réduction des monastères, l'archevêque de Bordeaux se pose alors en homme de son temps, il demeure toutefois l'homme de sa classe. On le vit bien en 1787, lorsque la révolte de la noblesse marque le début de la Révolution : il s'oppose aux réformes nécessaires. Champion de Cicé en effet soutient l'opposition de ses pairs. Mais, soucieux de ne pas compromettre sa carrière politique, car il se croit l'étoffe d'un Richelieu ou d'un Mazarin, il le fait avec une prudente adresse. A l'assemblée des notables, le prélat combat les projets de Galonné, mais, à son retour en Guyenne, se donne le beau rôle en expliquant qu'il a voulu sauver le capital immobilier du clergé et ses privilèges d'ordre, moyennant le sacrifice partiel de ses revenus assujettis à l'impôt. Même attitude louvoyante dans la lutte engagée par lirienne contre les parlements et l'assemblée du clergé. Enfin,
( Il \ \i f io \ 1)1-, ( ic. i,
;ipn''s avoir ci)iiil)allu. en I7NN. a |:i secdiidc assoin bléc des notables, le doublement du tiers, il réussit à convaincre ses diocésains qu'ils doivent à son intervention auprès de Necker les avantages de ce doublement, et ceux-ci le reçoivent avec l)ouquets, compliments en vers et feux d'artifice.
Mais l'archevêque se rend bientôt compte que, pour assurer son élection aux États généraux, il faut miser sur le tiers état et suivre le mouvement général de l'opinion. De là une orientation nouvelle qui s'accentue de plus en plus. Celle-ci se marque d'abord par la publication, en 1789, sous le titre suivant, de sa déclaration à l'assemblée des notables de 1787 : Discours prononcé par Mgr l'archevêque de Bordeaux le 9 août 1787, ouvrage où l'on trouve les preuves les moins équivoques de la pureté comme de l'étendue du patriotisme de ce premier prélat de la Guyenne, et les vœux qu'il formait dès lors en faveur du tiers état, même sous l'administration de M. de Calonne. Cette publication irrita la noblesse et le Parlement; mais elle lui assura l'appui du tiers et lui permit, dans la chambre ecclésiastique, d'échapper aux manœuvres du curé Pifïon, le meneur du bas clergé. Dans cette chambre d'ailleurs. Champion de Cicé conduisit la délibération avec tant de maîtrise et un si grand esprit de concorde qu'il ol)tint un cahier de doléances rédigé sous son inspiration, et modéré de forme, où, selon sa manière, sur les questions brûlantes, la pensée se dérobe sous des formes ondoyantes. Plus heureux que beaucoup de ses collègues, il réussit en outre à se faire élire et à se faire élire en tête. La carrière politique qu'il ambitionnait lui est donc ouverte. Dans la voie qu'il s'est désormais fixée, l'archevêque de Bordeaux, va s'avancer à grands pas.
2° Sous la Révolution. Aux États généraux. Champion de Cicé se range aux côtés du bas clergé, avec les prélats libéraux. Le Franc de Pompignan, Lubersac, Seignelay-Colbert, du Tillet, Talaru de Chalmazel, Boisgelin. Dès le (i mai, dans la chambre du clergé, il se prononce pour la vérification des pouvoirs eu commun. On le désigne même comme le meneur de cette minorité patriote; aussi recueille-t-il les ovations du peuple et les injures de la noblesse. C'est chez lui que se réunissent, à partir du 23 mai, les curés ligués contre la majorité des évêques; c'est de chez lui qu'ils partent, le 22 juin, pour se réunir avec lui et trois autres prélats aux députés des communes dans l'église S. -Louis. L'Assemblée, où il soutient Necker contre la cour, l'élit membre du comité de constitution, et le rapport qu'il présente au nom de ce comité lui vaut le portefeuille de garde des sceaux.
Un évêque ne pouvait accéder au gouvernement dans des circonstances plus délicates. La nuit du 4 août, qui atteint l'Église gallicane par la suppression des privilèges, pose un premier problème. Le roi doit-il sanctionner ce décret? Par une formule astucieuse, Louis XVI essaie de se dérober; il promet, le 21 août, de publier le décret, mais réserve son approbation. On attribue le faux-fuyant à Cicé. Après les journées d'octobre, il faut capituler et le prélat apporte, le 5, à l'Assemblée la sanction exigée. Cette expérience sans doute a découragé ses velléités de résistance, car il met une hâte particulière à faire sanctionner par le souverain la mise à la disposition de la nation des biens du clergé.
La situation de l'archevêque-ministre devient encore plus embarrassante quand la Con.stituante vote la Constitution civile du clergé. Sans doute, il est gallican; mais son gallicanisme ecclésiastique et épiscoi)alien ne concorde pas avec le gallicanisme parlementaire et politique, dont la réforme ^'inspire essentiellement. Mais, comme la plupart de ses col-
lègues, il csconiiilc un arrangement <|ui, selon le mot de Barruel, ))ermettrait le baptême de cet enfant mal I venu. Par là s'explique sa politique dilatoire. Pour ] obtenir cet arrangement, il faut gagner du temps. Le 24 août, il conseille donc au roi de sanctionner la Constitution, « mais sans la revêtir des patentes qui, suivant les formes reçues, lui donneraient force de loi », formule ambiguë, conforme à sa manière. Il conseille en outre de tenir secrets les brefs adressés par le pape à Louis XVI, à Pompignan et à lui-même, pour détourner le roi d'accorder sa sanction à cette loi schismatique. A son lit de mort, Cicé assurera n'avoir rien à se reprocher au sujet de cette attitude et sa sincérité en la matière ne peut être mise en doute. Jusqu'au bout il espéra un compromis; pour ne pas rendre celui-ci impossible, il crut sage d'éviter une rupture entre Louis XVI et l'Assemblée. Les récents travaux historiques qui ont apporté sur cette crise tant de lumières expliquent son erreur et sa bonne foi.
Lorsque enfin, après un trop long silence. Pie VI rend publique' sa condamnation, Cicé, qui a donné le 20 sept. 1790 sa démission de ministre, cesse de louvoyer et se montre ferme; il avait d'ailleurs refusé de prêter le serment constitutionnel. Remplacé sur son siège par Pacareau, contrairement à la majorité de ses collègues. Il ne participe pas à la jiremière émigration et ne (fuittera la France qu'en 1792. lorsque la Législative obligera les réfract aires à la déportation.
L'archevêque de Bordeaux connut alors les années les plus pénibles de toute sa vie. Les prélats réfugiés en Angleterre ne lui pardonnent pas ce qu'ils appellent sa trahison. Les avanies redoublent quand, avec Boisgelin, Émery, la Luzerne, il déclare licite le serment de Liberté et surtout quand il autorise, après l'avènement de. « l'usurpateur », la promesse de fidélité au gouvernement consulaire.
3° L'archevêque concordataire d'Aix en Provence. — Après son ralliement à Bonaparte, Champion de Cicé rentre en France, le 21 févr. 1802. Peut-être serait-il revenu plus tôt, si sa sœur ne se fût jias compromise avec le P. de la Clorivière. dans l'attentat de la rue S.-Nicaise, eu abritant Carbon et Limoléan. Ce n'était pas à tort qu'il redoutait l'hostilité de l-'ouché, car celui-ci le fait arrêter alors qu'il vient de dîner chez le consul Lebrun, et Bonaparte doit intervenir en personne pour qu'on le raye de la liste des émigrés. Le grand nom du prélat, sa haute valeur, son esprit de concorde et de paix engagent le gouvernement à lui confier un siège concordataire: le 9 avr. 1802. il est nommé archevêque d'Aix.
Dans ce diocèse. Champion de Cicé trouve une situation très difficile; il a contre lui le préfet, le conventionnel Delacroix, les autorités, le commissaire général de la police, Lecointe, anticlérical farouche, le général Cervoni qui se vante d'avoir arrêté Pie VI; il se heurte à la division de ses ouailles, fort échauffée en sens contraire avec une passion toute méridionale. Fidèle à sa politique adroite, ondoyante, silencieuse, l'archevêque côtoie les obstacles et manœuvre avec un art consommé. Cet évêque administrateur d'Ancien Régime se montre si entendu aux affaires qu'il s'impose à Napoléon, fort sensible aux compétences, ce qui lui permet de contrôler les préfets, d'obtenir leur disgrâce, de renouveler le personnel des mairies. A la longue, il se rend maître du terrain et redoutable aux autorités locales.
Chez lui se retrouvent également les conce|)tions du xvm' s. en matière de tolérance religieuse; libéral, comme par le passé, il adopte vis-à-vis des constitutionnels une attitude miséricordieuse; sa réputation de philosophe lui attire la sympathie des milieux irréligieux. « C'est un renard et un athée », disait
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Napoléon. A quoi Thibcaudeaii répondail : l'n renard, je vous raccorde, mais je vous assure qu"il a la foi. » De fait, s'il respecte toutes les opinions, le prélat n'entend nullement les mettre sur le même pied, mais au contraire, quoique sans raideur, et avec une infinie souplesse, assurer le triomphe des droits de l'Église. Personne ne s'appliqua mieux, ni avec plus de succès, à tourner les lois sur le culte, à élargir leurs dispositions restrictives, à mériter ou à surprendre les faveurs du gouvernement. Insaisissable et subtil, il découvrait et accentuait les fissures, étendant ses conquêtes, poussant ses avantages avec un tact, une habileté, une persévérance incroyables. Rien ne résistait à ses entreprises sinueuses. Lentement, mais sûrement, à petits pas, il progressait. Dans la réorganisation de son vaste diocèse, il avait réalisé un véritable chef-d'œuvre.
La lutte qui s'ouvre, après 1806, entre le vSacerdoce et l'Empire l'arrache à ses soucis locaux pour l'entraîner, bien malgré lui, dans la politique générale. i< J'ai vécu quelques mois de trop », déclare-t-il lorsqu'il apprend la captivité de Pie VIL L'archevêque eût souhaité qu'on le tînt en dehors de cette querelle. Mais il jouit d'une telle autorité que Napoléon veut se (■ou\'Tir de son prestige, ))lus caijaljlc qu'aucun autre de gagner l'épiscopat à sa cause. Il sollicite flonc; son avis sur la ((uestion litigieuse el le ])rie d'écrire au pape afin d'en obtenir la solution souhaitée. Dans sa réponse, courageuse el pathétique. Champion de (;icé ose exprimer sa vive compassion pour les soulTrances du Saint-Père et dénoncer les périls d'un nouveau schisme. Mais, sur le fond du ])roblème, il raisonne en gallican. Que le pape, pour des raisons temporelles, puisse refuser systématiquement les pouvoirs spirituels à tous les candidats de Sa Majesté, il ne semble pas l'admettre. Pie VII peut seulement dénier ces pouvoirs, pour indignité personnelle, à tel ou tel élu. En conclusion, le prélat se prononce pour le retour aux formes anciennes. Une fois de plus, dans l'évêque concordataire, l'évêque d'Ancien régime se retrouvait. Sa manière caractéristique ne réa])paraît ])as moins dans sa lettre à Pie VII où il masque sa pensée sous des formes si estompées, si ondoyantes que celle-ci ne se trahit guère.
Ce prélat du xviii» s., grand seigneur, politique, philosophe, mourut le 22 août 1809, « en chrétien et en ])rêtre, sans faiblesse ni mômerie, conservant jusqu'au bout sa force d'âme », écrit Thibeaudeau dans ses célèbres Mémoires. Ce prélat gallican, mais fidèle à riîglise romaine, avant de quitter ce monde, laissait à son clergé cette recommandation sui)rènie : « Soyez toujours luiis an Siège ai)ostoliqiie (|ui est le centre de l'unité. »
L. Lév"y-.Sclineirter, L'applirniion <lii Concordat piir un Cvèque d'Ancien réqime, Mgr Cli. de ('.., arch. d' Aix et Arles, Piiris, 1921. - M. Lhéritier, La Héoolution ù liordennx. La fin de l'Ancien lii'qiwe et la préparation de\ Ëtats (/<•ncraux ( J7 S7-17 H!) j, Pnris. 1912. - V. Hindcl, Hist. relil/iensc de S'apoléon. Paris. 194(1, 2 vol.
J. Leflon.
CHAMPION DE M AHÉ (Pierre), jésuite né à S.-Martin-de-Chaulieu (Manche), le 14 oct. 1632; t à Nantes le 28 juin 1701. Entré au noviciat le 18 nov. 1651, sollicita les missions d'Orient; professeur à Rennes et à Quimper, où il fut en rapport avec le Vén. P. Julien Maunoir, l'apôtre et le thaumaturge de la Basse-Bretagne. Désigné enfin pour les missions d'Extrême-Orient, il tomba malade à Marseille où il comptait s'embarquer. Missionnaire urbain et rural, aumônier de la flotte, puis directeur de la maison de retraite de Nantes et apôtre de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, il subit l'influence du P. Vincent Huby qui l'initia à la spiritualité du P. Louis Lallemant que
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lui avait tiansmisc le P. ,lcan Rigoleuc. Plus que pai' ses autres ouvrages, c'est par l'édition des écrivains de l'école mystique et ses biographies des apôtres de la Bretagne qu'il mérite l'attention. Grâce à lui, nous sommes renseignés sur l'œuvre et les méthodes des retraites bretonnes : La vie du P. J. Rigoleuc de la Comp. de Jésus avec ses traitez de dévotion et ses lettres spirituelles, Paris, 1686; La vie et la doctrine spirituelle du P. Louis Lallemant, Paris, 1694; La vie des fondateurs des maisons de retraite : M. de Kerlivio, le P. Vincent Hubij de la Comp. de Jésus et Mlle de Francfieville, Nantes, 1698. — On lui doit aussi l'édition des deux premiers volumes des Dialogues spirituels du P. Jean Surin, comprenant l'œuvre de celui-ci moins ce qui avait été édité sous le titre Des fondements de la vie spirituelle, par le P. Bignon, S. J. D'après la préface du S"" vol., la mort avait empêché le P. Champion de retoucher ce dernier tome. Les Dialogues parurent après la mort du P. Champion : 1704 (privil. 1703). Selon l'habitude de l'époque, le P. Champion retoucha le style des auteurs qu'il publiait. Sur la « collaboration » du P. Champion, cf. l'édition revisée et annotée
[ par le P. Aloys Pottier, S. J., du texte primitif de La vie cl la doctrine spirituelle du P. Louis Lallemant,
' 1924, préface et passim, et Bremoud, Hist. liltér. du
i .sentiment religieux en France, v, 4, 7, 8 et 39. - — Le P. Watrigani, on 1886, et le P. J.-V. Bainvcl, en 1929, ont réédité La vie des fondateurs...: les textes de ces écrits de spiritualité restent basés sur l'édition du
I P. Champion.
Sommervogel, ii, \i)Xi-r>ry. — Moreri, s. /'. E. Lelierre, .S. .r., flindes sur le Sacré Cœur, it, 47-.')2.
A. De Bil.
CHAMPS (Gilles des). Né à Rouen, il fut chanoine de la cathédrale. Après avoir conquis les grades de docteur en théologie et de licencié in utroque jure, il se classa parmi les maîtres les plus réputés de l'université de Paris, en raison de son talent oratoire. Ce fut avant tout un serviteur dévoué de Charles VI, qui lui donna les titres de confesseur, de conseiller et d'aumônier. Il séjourna à la cour d'Avignon, de mai à juill. 1395, comme ambassadeur, et prononça des discours en faveur de la voie de cession, plus propice à l'extinction du schisme. L'ambassade aboutit à un échec, comme celles qui eurent lieu en Allemagne et en Espagne, en 1396. De retour à Avignon en juin 1397, Gilles constata à nouveau que Benoît XIII éludait la j voie de cession par des moyens dilatoires et astucieux, j .\ussi, lors du concile tenu à Paris en 1398, il prôna la ! soustraction d'obédience et, bien plus, requit la dé- ' tention du pape. C'est ])ourquoi l'entourage du pontife le tint désormais pour « un ennemi mortel ». Sa harangue revêt une grande importance, car elle posait un principe cher plus tard aux gallicans, à savoir que j le roi de France avait l'obligation de procurer la paix à j l'Église et d'empêcher les excès de pouvoir que comj mettrait le S. -Siège. Gilles promulgua soleiuiellemcnt . l'ordonnance du 27 juill. 1398 sur la soustraction d'obédience et la légitima dans un discours (l'' août). Il fit partie de deux ambassades qui n'obtinrent aucun succès près de Benoît XIII, en mars et en sept. 1399. En 1400, le roi l'envoya en Italie et en Allemagne. Gilles se trouvait à Rome au moment de la mort d'Innocent VII (6 nov. 1406) et pria inutilement le Sacré Collège de surseoir à une élection pontificale. La i grande ambassade, qui partit de Paris en 1 407 à destii nation des cours de Grégoire XII et de Benoît XIII et l à laquelle il participa, échoua encore une fois par le I mauvais vouloir des deux pontifes. Lors du concile de j Pise (1409), une commission entendit son témoignage, j A cette époque, il y comparut comme ambassadeur I royal et comme évêque de Coutances. Alexandre V I confirma son élection le 2 oct. 1409 et .lean XXIII le
Il \ M
noniiiia cai'cliiiHl le li juin llll. loiil. en lui lai^saiil l'admiaistration du diocèse de C.oulanrps. I .c prélat mourut eu mars 1418.
F. Ehrle, Archiv fur Literalur - und Kircliengeschidite, VI, 1892, p. 273-87 (procès-verbîil du concile parisien de 1398). — Bourgeois du Chastenet, Nouv. hist. <lu concile de Constance, Paris, 1718 (preuves). — H. Denifle ot E. Châtelain, Charlularium universitatis Parisiensis, m, Paris, 1889-97, p. 693. — N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, Paris, 1896-1902, 4 vol. — V. Martin, Les origines du gallicanisme, Paris, 1939, 2 vol. — Martin de Alpartils, Chronica actitatorum temporibus domini Benedicti XIII, éd. F. Ehrle, Paderborn, 1906, p. 76 et 161 (le chroniqueur le classe parmi les ennemis mortels de Benoit XIII). • — ■ P. Feret, La faculté de théologie de Paris au Moyen Age, m et iv, Paris, 1897. — E. Martène et U. Durand, Amplissima collectio, vu, Paris, 1724-33, p. 479-.Î25 (journal de Gontier ("ol sur l'ambassade de 1.395 près de Hennît XIII).
G. MOLLAT.
1 . CH AN AC (Bertrand de). Il était fils de Gui, de la branche d'Allassac (Corrèze), et d'Isabelle de Montbron. Les fonctions de clerc de la Chambre apostohque le mirent en relief et lui permirent de cumuler la paroisse de Samatan (Gers), le doyenné de S. -Martin de Tours, uu canonicat à Poitiers et à Tournai, l'archidiaconé d'Agde. (irégoire XI le nomma ari^hevèque de Bourges le 2 août l.'H I l'I Clément \'1I pa- Iriarche de Jérusalem, ainsi que commeiidalaire de l'évêché du Piiy (30 mai 1382). Le 17 juill. 1385, Pierre Gérard lui succéda au Puy. laii-même, créé cardinal du titre de Ste-Pufleutienne le 12 juill. 138.5. entra à la Curie le 9 mars 1380. 11 mourut, d'après Eubel, le 21 mai 1401 et, d'après le chroniqueur Martin d'Alpartil, le 20 juin, à l'heure de compiles. Sa vie durant, il suivit fidèlement les directives de la cour de Paris : c'est ainsi qu'il assista, en mai 1379, à l'assemblée de Vincennes dans laquelle Charles V fixa sa ligne de conduite à l'égard de Clément VII; qu'il se montra partisan de la voie de cession sous Benoît Xlll et de la soustraction d'obédience. Alpartil le tenait pour un ennemi mortel du pape aragonais et regardait son trépas foudroyant comme uu châtiment céleste. Le cardinal possédait à Avignon une somptueuse demeure.
É. Baluze, Vilae paparnm Avenionensium, éd. G. MoUat, II, Paris, 1928, p. 849-.j1. — F. Ehrle, Martin de Alpartils, Chronica aciitatornm, Paderborn, 1906, p. 35, 87 et 118. — Gall. christ., ii. — F. Duchesne, Hist. de Ions les cardinaux Irauçois de naissance, Paris, 16(»0-06.
(ji. MOLLAT.
2. CHANAC (FouLyuES dk). Il était fils de Pierre II de Chanac et de Dauphine. La possession de l'archidiaconé berrichon de Sancerre (Cher), d'un canonicat dans la cathédrale de Bourges et d'un autre dans l'église S.-Ursin à Bourges lui facilitèrent l'assistance à des cours de droit romain, de 1328 à 1330 (G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, vu, n. 41950. et x, n. 51977). En 1333, il était docteur m uiroque jure. Son oncle Guillaume, évêque de Paris, put ainsi le gratifier de la charge d'ofTicial en même temps que d'un canonicat et d'une prébende à Notre- Dame (ibid., XIII, n. til401). Devenu clerc du roi de France, Foulques fut envoyé en mission par Philippe VI près de Benoît XII en 1338 et en 1339, au .sujet des troubles survenus dans le monastère de Fontevrault (Maine-et-Loire) et d'autres affaires sur lesquelles les documents demeurent muets. Les entretiens avec le pape se prolongèrent à tel j)oint que des excuses parvinrent au souverain (G. Daumet, Lettres closes, patentes et cariâtes de Benoît XII, n. 190 et ()06). Philippe VI apprécia le talent du négociateur et le récompensa par le titre de conseiller. Clément VI, qui favorisa ses compatriotes de façon choquante, lui accorda le titre de chapelain pontifical et le doyenné de Beauvais; il ne larda pas à lui ouvrir une brillante
i-arriérc. en !*• iiommanl i-vè(|ue de Paris (28 iiov. 1342) sur les instances de son oncle. Le sceau du prélat a été i reproduit par Baluze (Vitac paparum Avenionensium, éd. G. Mollat, H. Pai-is, 1928, p. 610). Consacré le 16 févr. 1343, il vécut jusqu'au 25 juill. 1349.
Gall. chrisl., vu, 131-33. - Obituaires de la province de Sens, I, Paris, 1902, p. 219, 228, 372, .i05, 524, 557. — Denifle et Châtelain, Chartularium universitatis Pari.iiensis, II, Paris. 189J, p. 600, 601, 613, 621, 622.
G. Mollat.
3. CHANAC (Guillaume de). Il eut pour père Pierre I" et pour mère Alaïs Foucher et fut ainsi l'oncle de Foulques et du cardinal Guillaume. Il posséda l'archidiaconé de Brie, dans le diocèse de Paris, et l'échangea contre celui de Paris en vertu
i d'une décision épiscopale que confirma Jean XXII le 30 mars 1318 (G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, ii, n. 6774). Les recteurs des paroisses soumises à sa juridiction lui contestèrent le droit de visite, si bien c[ue Guillaume eu appela au S. -Siège, qui confia l'instruction de l'affaire litigieuse à des commissaires le 27 nov. 1322 (ihid., iv, n. 16655). L'oppo.sition qu'il rencontra arguait sans doute que leur supérieur n'était ([ue diacre. Guillaume ne se lit point ordonner |)rOlro et ne reçut les ordres sacrés ((u'après son élévation à la dignité épiscopale. Il eut aussi des difficultés avec le doyen el l(> chapitre de Notre-Dame
I au sujet de l'Iiôpital du S. -Sépulcre établi sur la paroisse S.-Merry. ([ui dépendait d'eux. Un accord intervint le 1 mai 1329 : doyen et chapitre conservèrent la juridiction si)irituelle totalement, la collation, l'institution et la destitution des dignitaires, des possesseurs depersonnats,d'ofliceset de bénéfices, à charge d'abandonner à l'archidiacre de Paris des terres représentant un revenu de cent livres parisis (ibid., viii, n.
! 45910). Le siège de Paris, devenu vacant, lui fut
i donné le 13 août 1332 (ibid., xi, n. 58038).
1 Guillaume ne s'empressa point de recevoir la consécration épiscopale et perdit, par suite, la jouissance
I de son canonicat et de sa prébende à Notre-Dame, de même que celle de son archidiaconé, le 8 avr. 1333. Jean XXII ne lui octroya une dispense que jusqu'au 8 juin. Le 20 août, le prélat portait le titre d'évèque et, le 16 sept., recevait l'autorisation de lever un subside caritatif sur son clergé (ibid., xii, n. 59772, 59959 et 61033; XIII, n. 61414). Lors du service funèbre célébré à Notre-Dame à l'occasion du décès de Jean XXII,
j Guillaume se querella avec le chapitre au sujet des torches, des cierges et des ])arements dorés et de soie qui ornaient le catafalque. Des arbitres se prononcèrent eu faveur de la fabrique (J. \'iard. Documents
■ parisiens du règne de Philippe VI de Valois, i, Paris, 1899, p. 297 et 301; II. P'urgeot, Actes du parlement de
, Paris, Jugés, i, Paris, 1920, n. 1003, 1005, 1062). En 1339, Guillaume fonda à Allassac quatorze chapellenies et à Paris le collège S. -Michel. Son alïection jiour son neveu Foulques le poussa à se rendre à Avignon afin de persuader à Clément VI de lui céder son évêché et de lui donner à lui-même le patriarcat d'Alexandrie (28 nov. 1342). Guillaume de Chanac mourut le 3 mai 1348 et fut enseveli à S. -Victor. La Gall. clirisL, vu, 129-131, a reproduit son épitaphe.
.J.-M. Vidal, Bullaire de V Inquisition française au XIV' s., Paris, 1913, n. 146, p. 122. — G. Clément-Simon, Documents sur G. de Chanac, évêque de Paris et patriarche d'Alexandrie (1,324-39), dans Bull, hislor. et philnl. du Comité des travaux scieîilif., 1903, p. 49-59 (l'auteur corrige les généalogies dressées par Baluze). — Obituaires de la province de .Sens, i, Paris, 1902, p. 126, 217, 557, 760. — Denifle et Châtelain, Charlularium universitatis Parisiensis. II. Paris. 1891. p. 229 et 505.
G. Mollat.
4. CHANAC ((Guillaume de). Fils de Gui de Chanac. fie la branche d'Allassac, et d'Isabelle de
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AIonLbron, il entra, à l'iigc de scj)! iins. monastère S. -Martial de Limoges et conquit le fjracle de dorteur en droit à l'université de Paris. Successivement chefcier de S. -Martial de Limoges (25 févr. 1339), prieur de Longpont (S.-et-O.) et de Vézelay (Yonne), il devint abbé de S. -Florent de Saumur (30 avr. 1354), chancelier d'Anjou en 1360, abbé de la Fontaine-de-Bèze (Côte-d'Or). Nommé évêque de Chartres le 23 sept. 1368, il fit partie du conseil du duc Louis I" d'Anjou et reçut à ce titre mille florins d'or le 3 sept. 1369 (Hisi. de Languedoc, ix, Toulouse, 1885, col. 827). Il était évêque de Mende depuis le 8 janv. 1371, quand Grégoire XI le créa cardinal du titre de S. -Vital le 30 mai. On le connut sous le nom de cardinal de Mende. Le roi de France récompensa les services qu'il avait rendus en Guyenne par le don de mille francs d'or (21 juill. 1371) (ibid.J.
Guillaume de Chanac paraît avoir été entièrement dévoué à Louis I", duc d'Anjou; il négocia, en 1371 , un accord entre ce dernier et la reine Jeanne I'" de Naples. Il eut aussi la confiance de Grégoire XI qui le laissa à Avignon, lors de son départ pour Rome, afin de veiller aux intérêts temporels de la papauté. Guillaume de Chanac dut s'opposer aux agissements des officiers royaux contre la juridiction de l'Église romaine dans l'île sise sur le cours du Rhône et voisine d'Avignon, ainsi qu'à Montélimar. Toutefois le pape hii témoigna quelque étonnement qu'il n'eût rien tenté pour protéger le Comtat-Venaissin contre les incursions probables des troupes françaises, concentrées à proximité, à la suite du mariage de Roland Johel avec la nièce du prince d'Orange (L. Mirot, Lettres secrètes et curiales de Grégoire XI, Paris, 1942, n. 2068).
Retenu en Provence, le cardinal de Mende ne concourut pas à l'élection d'Urbain VI. Après avoir donné l'ordre au châtelain du château S. -Ange de lui livrer les clefs, il changea totalement de conduite à son égard et signifia à la chrétienté son adhésion à Clément VII (É. Baluze, Vitae paparum Avenionensiiim, éd. G. Mollat, IV, Paris, 1928, p. 168 et 192).
Guillaume de Chanac décéda à Avignon le 30 déc. 1383, après avoir été promu évêque de Tusculum et avoir dicté sou testament. Son corps reposa quelque temps chez les frères prêcheurs d'Avignon, puis fut transporté à S. -Martial de Limoges où un luxueux cénotaphe lui fut érigé.
Gall. christ., i et viii. — F. Duchesne, Ilist. de tous tex cardinaux /rancoix de naissance, Paris, 1660. — ft. Baluze, Vilae paparum Avenionensium, éd. G. Mollat, ii, Paris, 1928, p. 609-14 (son testament a été reproduit au t. iv, 273-89). — L. (iuibert. Ce que roùlail au XIV s. le tombeau d'un cardinal, Paris, 1895; Le tombeau du cardinal G. de Clianac à S.-Martial de Limoges, dans Cabinet liistorique, nouv. sér., 1882, p. 23.3-42. — (Congrès arctiénl. de France, II, Paris, 1910, p. .309. — Bibl. nat. de Paris, Pièces originales, vol. 668, dossier Chanac, n. 2.
G. MOLLAT.
CHANCELADE, Cancellata, abbaye d'augustins située sur la Beuronne, à 5 km. environ au N.-O. de Périgueux, dans ce diocèse. Chef d'ordre de chanoines réguliers dès la fin du xii^ s., centre de réforme rayonnant sur tout le Sud-Ouest de la France au xvii^ s., ce monastère, qui doit son nom à une source entourée d'une grille de fer (camélia), s'est formé autour d'un ermitage dont les origines sont obscures. Le petit groupe de clercs et de laïcs retirés dans la solitude boisée de la Beuronne avant 1115 — date à laquelle Foucaud, abbé de Cellefrouin, se joignit à eux — étaient-ils disciples de Robert d'Arbrissel, comme leurs voisins de La Couronne et de Cadouin? Ou dépendaient-ils des ermites si nombreux du diocèse tout proche de Limoges? On ne sait. Une notice de fondation nous dit, par contre, comment, dès 1129, les clercs ermites jettent les bases d'une église destinée à rem-
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jilacer Ir modeste oratoire primitif. A cette occasion. Guillaume de Blanche-Roche, évêque de Périgueux el ! ami des solitaires, confirme la donation de deux églises j et celle des biens offerts par les convertis attirés par la I réputation de Foucaud et de ses disciples. En 1133, I ceux-ci font profession de vie canoniale régulière, selon la règle de S. Augustin, et placent à leur tête un abbé, Gérard de Monlava. Les coutumes adoptées furentelles celles des anciennes fondations du diocèse, N.-D. de Châtres (1077) et S. -Jean de Côle (1080)? Ou bien les ermites subirent-ils l'influence de la communauté de La Couronne qui, par l'intermédiaire d'Aureil, se rattachait à S.-Ruf? Étant donné le prestige de Lambert, fondateur de La Couronne, cette dernière hypothèse paraît plus vraisemblable. L'adoption du nouveau statut ne se fit pas sans difliculté et le chroniqueur souligne la défection d'un certain nombre de disciples, probablement désireux de rester fidèles à l'érémitisme primitif.
Grâce à la protection constante des évêques de Périgueux, la communauté connut, entre 1150 et 1250, un développement considérable. Les bâtiments claustraux furent édifiés avec un certain luxe, si l'on en juge par les nombreuses consécrations d'autels qui s'échelonnent durant ce siècle, l^urant la même période, l'abbaye acquit une bonne dizaine d'églises, dons des évêques de Périgueux, de Sarlat et de Rodez; I plusieurs furent transformées en prieurés ou en prieuj rés-cures. Ainsi S. -Saturnin de Beuronne, Ste-Catherine de Bor, S. -Jean de Morlande, S. -Saturnin de Blis, S.-Vincent-sur-l'Isle, au dioc. de Périgueux; S.-Sulpice et S. -Innocent, au dioc. de Sarlat; Chantemerle, La Fayette et Cabresie, etc. Une bulle d'Alexandre III datée de 1174 confirme les possessions de l'abbaye. Dans la première moitié du xiii« s., les chanoines de Chancelade i-emplacent les bénédictins de l'abbaye de Fontenelles, au dioc. de Luçon; ils forment alors l'orrfo de Cancellata, dont l'organe centralisateur est un chapitre général qui fonctionne comme ceux des autres réguliers.
Cette forte organisation permit aux abbés de Chancelade de maintenir longtemps la discipline régulière. En 1360, le cardinal Élie de Talleyrand fait preuve de générosité à l'égard de l'abbaye en lui donnant le capital nécessaire pour l'entretien d'une trentaine de chanoines. Toutefois, les désordres du xv« s. et les guerres de religion entraînent la ruine de l'abbaye. Le domaine dilapidé et les bâtiments en ruines n'étaient plus occupés que par quelques chanoines lorsque, au début du xvii« s., Alain de Solminihac reprit en main la communauté. Grâce à son action énergique, Chancelade devient de nouveau un centre de réforme dont l'action se fait sentir dans les diocèses de Périgueux, Limoges, Saintes, Angoulême, Foix, etc. Alalgré les tentatives du P. Faure qui, à la même époque, réforme Ste-Geneviève de Paris et en fait le centre de la congrégation de France, Alain de Solminihac conserve son indépendance et introduit une discipline plus austère. Comme à Ste-Geneviève, les chanoines portent l'habit blanc, mais, au lieu du rochet. un petit scapulaire de toile blanche. Après l'élévation du réformateur au siège de Cahors (1637), la discipline est maintenue par ses successeurs et disciples, Jean Garât, mort en 1674, et Jean de Belair, sous lequel, en 1699, le célèbre hôpital d'Aubrac entrera dans la congrégation (Pour tout ceci, voir art. Alain de Solminihac, D. H. G. E., 1, 1313-17, et en outre E. Sol, Le vénérable Alain de Solminihac, ahbé de Chancelade et évêque de Cahors, Cahors, 1928).
On trouvera la liste des abbés dans la Gall. christ., ii, 1502; à compléter par un mémoire du xviii« s., éd. C. Mavjonade, dans Hev. Mabitlon, xvii, 1927, p. 17-30,
CHANCELADE —