Dictionnaire d'horticulture illustré
Le DICTIONNAIRE D'HORTICULTURE ne s'adresse pas seulement aux praticiens ; il a une portée plus haute. Il devra prendre place ‘dans la Bibliothèque de tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à la science des végétaux. Il sera utile aux horticulteurs, cela va sans dire ; mais il le sera aussi aux curieux, aux amateurs, aux propriétaires éclairés ; à tous ceux qui veulent et savent se rendre compte de ce qu'ils voient ou rencontrent ; les botanistes et les savants y trouveront des renseignements et des documents utiles qu'ils chercheraient péniblement, ailleurs. +
On ne peut plus, aujourd’hui, rester étranger à la connaissance des plantes ; elles ont définitivement conquis une place dans nos mœurs ; on ne peut les en exclure. La transformation de nos habitudes à été lente, successive, mais ininterrompue; on
.ne peut se soustraire désormais à la nécessité de connaitre plus où moins les végétaux dont l’importance s’accroit de jour en jour dans les besoins de la vie,
Les fleurs et les plantes sont partout dans la maison, et à toute époque de l’année. Il n’y a pas de cérémonie, pas de fète, sans que les arbustes verts ou les fleurs ne viennent figurer à côlé des draperies et des tentures (mariages, enterrements, réceptions officielles ou privées).
Dans les appartements luxueux ou modestes, on voit aujourd’hui une profusion de plantes et de fleurs naturelles.
Les fleurs naturelles sont renouvelées toute l’année; pendant lété on les emprunte aux champs et aux parterres; pendant lhiver on les apporte du midi de la France ou bien on les prépare dans des serres appropriées. Une industrie nouvelle et spéciale s’est créée de toutes pièces, un commerce très important s’est développé, qui expédie à l’étranger d'immenses provisions de fleurs et enrichit nos départements méridionaux. On utilise ainsi les plantes herbacées et les plantes ligneuses, indigènes ou exotiques; la variété en est immense. Les fleurs ne suffisent pas; on emploie les fewillages eux-mêmes.
En eflet, la variété des formes et des coloris est vite épuisée. La gamme des couleurs est rapidement parcourue; les contrastes et les oppositions ne sont pas indéfiniment variés. On a trouvé un moyen de les renouveler en employant des plantes
à feuillage coloré; là, les tons peuvent être rompus et rabattus: les couleurs grises, les reflets métalliques produisent des effets que les fleurs n’atteignent jamais, car elles = n’ont pas des surfaces comparables à celles des feuilles.
1m Ce n'est pas tout; les formes elles-mêmes des feuilles sont mises à profit; la
texture solide et compacte est opposée aux formes délicates, légères et profondément
découpées ; on a recours aux rameaux finement et délicatement divisés, comme des plumes; et l’on voit ‘successivement figurer, mélangées dans, des ensembles, savam-
ment groupées, des plantes qui auraient été considérées autrefois comme dépourvues
de toute valeur ornementale,
La transformation de nos habitudes s’est accomplie d’une manière profonde et cénérale ; elle a retenti sur tout ce que nous touchons. Dans les œuvres d’art dont on s’entoure, dans les publications que lon reçoit, dans les motifs de décoration des vases, des étofles, des tentures, des sculptures, des murailles, le végétal a pris un essor inconnu jusqu'alors. La recherche des effets nouveaux, de plus en plus variés et pittoresques, le désir du détail exact, l'horreur de la convention et de la banalité, ont conduit les regards des artistes, décorateurs, peintres, sculpteurs, etc. du grand art, et de l’art industriel, vers la prodigieuse variété des plantes que nous offre l’horticulture.
Cette scrupuleuse étude de la plante vivante et l’importance qu’elle a prise dans les œuvres d'invention, caractérisera peut-être notre époque arlistique.
L'adoucissement des conditions d’existence, la diffusion de linstruction, lélévalion du goût et du sens artistique si vif dans les classes les plus modestes el surtout chez les ouvriers français, ont contribué puissamment à introduire les fleurs et les plantes au nombre des nécessités de la vie journalière.
Il semble bien difficile à admettre que ces plantes, après avoir pris une telle place dans nos maisons, puissent jamais en être chassées ; 1l faut done désormais vivre avec elles, ne pas les traiter comme des étrangères : il faut les connaître. Dans peu d'années on s’étonnera que l’on en soit resté aussi longtemps privé et on continuera à les utiliser comme le gaz, les chemins de fer, le télégraphe, adoptés hier et absolument indispensables maintenant.
Stmulés par le goût croissant du public, les horticulteurs se sont ingéniés à renouveler les types anciens de plantes admises jusqu'alors ; ils” se sont eflorcés de les mettre à la portée du public; ils les offrent à des prix de plus en plus accessibles à toutes les bourses. Il faut donc se familiariser avec les nouveaux venus.
Autrefois, en recevant un bouquet, en admirant un jardin, on en connaissait les plantes, au moins de vue; on les avait entendu citer, on pouvait en parler un peu; le nombre en était d’ailleurs assez restreint; les plantes nouvelles ne sortaient guère du cercle très limité de certains amateurs, peu nombreux. Aujourd’hui, la diffusion en est immense. Un amateur peut être embarrassé par une plante rencontrée dans un salon ; Al peut même ne pas reconnaitre le nom qu’il entend prononcer.
On trouve très souvent dans les salons, aujourd’hui, des plantes portant les noms suivants, couramment employés dans la pratique: Aspidistra, Areca, Phœnix, Corypha, Kentia, Cycas, Chamærops, Ficus, Latania, Cyclamen, Pteris, Cyperus, Aralia. Ce sont les plus communes et qu’on rencontre à chaque pas; les Curculigo, Peperomia, Himantophyllum, Gloxinia, Cypripedium ne sont pas très rares dans des appartements. On est tenu de savoir ce que ces noms désignent et de pouvoir les écrire exactement. | : |
Les changements qui s'accomplissent chaque jour sont tels que bien des personnes, en recevant des fleurs, en voyant des plantes exposées à la vitrine des fleuristes de Paris, seraient dans impossibilité de les désigner et d'indiquer ce qui les a le plus frappées. Les botanistes de profession eux-mêmes ne peuvent pas toujours
dénommer correctement les parties qui composent les bouquets envoyés du midi de la France : c’est même là, on peut laffirmer, la preuve la plus certaine du chemin parcouru depuis dix ans.
Le développement extraordinaire pris par l’horticulture a une histoire curieuse et qui mérite d’être sommairement racontée.
Pendant longtemps, la connaissance des végétaux fut le domaine exclusif des botanistes. C’étaient eux qui étudiaient les plantes sèches rapportées par les voyageurs et c’étaient eux seuls qui organisaient de lointains et coûteux voyages, ou qui les inspiralent.
Ils recevaient les graines ou les plantes qu’on pouvait sauver de ces expéditions lointaines ; ces voyages étaient rares et ils sont tous restés célèbres. Les végétaux qui en provenaient excilaient une vive curiosité; on ne savait pas les multiplier ; ils demeuraient dans les jardins des établissements scientifiques. F
Ils en sortaient plus ou moins lentement pour se répandre dans la masse des amateurs ou des curieux ; ils recevaient un nom et étaient distribués par les soins des botanistes au nom de la science et par elle. | Ù
Les botanistes ont perdu ce privilège ; les horticulteurs le leur ont arraché.
Les horticulteurs se sont substitués à eux; ils ont mis au service de leurs elforts des moyens extrèmement puissants et les résultats obtenus ont été considérables. Les expéditions se sont multipliées, se sont étendues ; les voyageurs ont eu à leur disposition des facilités bien plus grandes.
Aujourd’hui, les chefs de certaines maisons de commerce ont une petite armée - d’explorateurs qui étudient une région, fouillent les localités riches en plantes, recueillent les graines et les plantes, les préparent et les expédient en Europe, où elles parviennent vivantes à coup sûr. |
C’est par milliers que les Orchidées sont importées chez nous chaque année et les enchères les dispersent immédiatement. Les plantes nouvelles décrites dans les journaux et les revues d’horticulture se comptent par centaines ; ces Journaux sont édités parfois avec un luxe extrême et avec toutes les ressources de Part.
Les catalogues des horticulteurs sont eux-mêmes publiés, on peut le dire, avec une magnificence qu’on ne retrouve pas dans les ouvrages de science pure.
Les Expositions florales mettent sous les yeux du grand public, chaque année, les résultats nouveaux, les introductions les plus récentes. Les plantes mises en vente sont immédiatement multipliées et répandues partout à profusion ; en deux ou trois ans, une espèce absolument inconnue auparavant se trouve distribuée sur toute la surface du globe.
À toutes ces Expositions, laffluence des visiteurs montre l'intérêt croissant qui s'attache aux progrès dans cette direction.
Ces plantes nouvelles seront utilisées bientôt pour la confection de bouquets ou de corbeilles destinées aux tables luxueuses ; puis, dans peu d’années, elles seront répandues partout et il faudra pouvoir les saluer par leur nom quand elles auront droit de cité chez nous.
Si les plantes d'appartement et de serre dénotent des changements profonds, l’horticulture de plein air n’a pas subi des modifications moins considérables. Elle à, comme toutes les autres branches de cet art, pris sa part de transformations.
4 PRÉFACE. x
Pendant longtemps la décoration des jardins ne se composa que d'éléments très simples. On y cultivait des plantes vivaces, qui croissaient ét demeuraient invariablement à la même place. Parfois, sur de larges espaces, on semait des plantes annuelles qui disparaissalent vers la fin de la saison.
Les unes et les autres émettaient une profusion de fleurs vers les mois de juin el Juillet; et quand on rencontre encore ces floraisons dans les Jardins de campagne, où l’ancienne mode subsiste, on demeure ébloui.
Tout n’est pas à rejeter dans ces parterres qui ont charmé les veux de nos pères; et on aurait encore de sérieux emprunts à faire à la méthode du vieux temps.
Cependant, il faut l’avouer, avant cet épanouissement splendide du mois de juin, le jardin était sans parure, et après la période brillante et trop courte, les parterres restaient longtemps dépouillés.
C’est pour éviter ces plates-bandes dénudées qu’on a cherché autre chose.
On a ainsi abandonné les Pavots, les Soucis, les Jacinthes et les Tulipes, les Anémones, les Ancolies, la Croix de Jérusalem et tant d’autres plantes délaissées si injustement.
On a cherché à fixer, pour la durée de la saison, une ornementation éclatante et correcte, se conservant pendant cinq à six mois, jusqu’aux gelées ; demeurant bien semblable à elle-même, sans qu’on ait besoin d'intervenir et de corriger l’exubérance de la végétation.
À cette époque, les plantes non rustiques étaient cultivées et demeuraient invariablement dans les serres ; elles y passaient toute leur existence, conformément aux indications des botanistes. Peu à peu, lPaudace des horticulleurs les en a tirées. On les vit figurer dans les Jardins à côté des plantes rustiques, où elles finirent par supplanter celles qui leur avaient donné lhospitalité.
Ce sont elles qui ont pris la place des anciens maitres dës parterres ; les fleurs les plus employées aujourd’hui sont toutes des plantes de serre: Géraniums, Bégonius, Heéliotropes, Fuchsias, Cannas, Lobélias. |
Nous sommes habitués à les voir partout autour de nous Pété; ce sont toutes des espèces qu’on a, les unes après les autres, essayé de culfiver en plein air, avec des succès variables, et beaucoup de persévérance,
Ce ne sont pas seulement les plantes à demi rustiques que lon emploie ainsi ; on en cultive qui, réellement, appartiennent aux serres chaudes et doivent v faire retour pendant une partie de l’année. Il en est pour lesquelles il faut absolument la serre chaude, soit pour les conserver l'hiver, soit pour les multiplier, soit pour obtenir le départ de la végétation dans de bonnes conditions : les Colocases, Coleus, Achyranthes, Iresine, Alternanthera, et même les Bégonias tubéreuc (dits B. à grandes fleurs).
C’est ainsi que les parterres se décorent avec des espèces qui semblaient devoir ètre réservées à embellir les régions tropicales ou les serres; c’est ainsi que chaque jour les jardins s’enrichissent de plantes nouvelles qui s'ajoutent à celles que lon connaissait déjà.
Elles ne donnent pas toutes des résultats aussi favorables les unes que les autres.
On les multiplie plus ou moins aisément; elles ont leurs qualités propres: les unes craignent la vive lumière, d’autres l’exigent.
Les unes sont un peu frileuses et ne veulent paraitre qu’en Juin ; d’autres à cette époque redoutent déjà la trop grande chaleur et la sécheresse de Pair. Il y a, enfin, de nombreuses variétés qui se distinguent entre elles par des caractères aussi tranchés que ceux des espèces. C’est par l’art de conduire toute cette population de plantes que se reconnait l’horticulteur habile.
Les dates de ces introductions sont très diverses: on a obtenu aujourd’hui des variétés plus rustiques et plus ornementales que celles qui avaient été primitivement employées. On a reconnu seulement en 1857 que les Cannas, pouvaient se cultiver comme les Dahlias, en laissant reposer le rhizome pendant l'hiver, au lieu de le maintenir en végétation en serre ; aux premiers Cannas délicats et fleurissant mal, on a substitué des races plus florifères. Depuis peu on vient d’en créer d’autres, plus remarquables encore par l'éclat et la largeur de leurs fleurs.
C’est à la suite d’une étude longue et de patientes recherches que la correction des parterres a été obtenue; elle l’a été à l’aide de plantes de serre bien exactement. appropriées; ces plantes conviennent de tout point à notre climat moyen, pour lequel elles ont été choisies une à une avec discernement, cela est si vrai, que si l’on descend un peu vers le Sud, et qu’on aborde une région un peu plus méridionale, à peine plus chaude, immédiatement les espèces dont les tailles relatives ont été respectivement étudiées et pour ainsi dire pondérées, se développent irrégulièrement et montrent un effet discordant qui n'existe pas chez nous : on a emprunté, sans changement, nos variétés du Nord et elles ne produisent plus lPeffet qu’on en attendait. -Les jardins dans les luxueuses villas d’Espagne, d'Italie ou de Portugal donnent très nettement cette impression.
Il ya, dans ces pays, une étude spéciale à faire, pour obtenir une décoration analogue à celle de nos régions tempérées, ou bien une autre décoration équivalente.
Le progrès ne s’est pas cantonné dans les plantes ormementales, quoiqu'il y ait été et soit resté plus facile à constater que partout ailleurs; mais les arbres fruitiers, les plantes alimentaires ne sont point restés en arrière.
Il y a eu des modifications profondes dans les anciennes variétés; des variétés nouvelles ont été introduites ou créées ; le verger et le potager se sont enrichis d’un nombre considérable de produits nouveaux, inconnus il y a peu d’années : cultures de luxe, cultures de grande production ont également surpassé toute ce qui se faisait autrefois.
Pendant que le nombre des plantes composant les cultures se renouvelait, les méthodes employées subissaient une progression analogue. Les appareils servant aux cultures, serres, thermosiphons, chaudières etc., tout se modifiait; chaque partie recevait sa part d'améliorations. | |
Dans la série des articles offerts au lecteur, tout sera passé successivement en revue.
Le nombre des questions à traiter dans un Dictionnaire qui comprend lhorticulture tout entière dans son sens le plus général, exige non seulement des connaissances exirêmement variées, mais encore une érudition considérable. Il faut, en outre, pouvoir donner sur chaque point des renseignements conformes, d’ailleurs, aux résultats les plus récents des observateurs et des constructeurs.
Cette tâche est supérieure à lactivité et même aux forces d’un seul homme, dans les conditions actuelles de la Science.
M. Bois, Assistant de la Chaire de Culture au Muséum d'Histoire Naturelle, dont les connaissances horticoles sont très étendues, a groupé autour de lui des collaborateurs précieux. Le choix qu’il a su faire est un sûr garant de la manière dont les questions si diverses seront traitées. Il a l’autorité et le savoir nécessaires pour diriger tous les efforts vers le but commun.
Le livre qui paraît remplira une lacune importante dans la Bibliographie française: 1l sera un résumé consciencieux de l’état présent de nos connaissances horticoles,
L’impression est soignée. Les figures insérées dans le texte sont variées et élégantes ; le tirage en couleur est une nouveauté qui rendra un réel service pour reconnaître les plantes, décrites avec exactitude et précision. On le voit, l’éditeur, M. Paul Klincksieck, a fait de véritables sacrifices pour que ce Dictionnaire, œuvre intéressante, riche en documents de toute nature, fût en même temps agréable à feuilleter. |
Je souhaite à ce Dictionnaire le succès qu’il mérite et qui certainement couronnera les efforts réunis de l’éditeur et des auteurs.