TARDIEU. — ■ D1CT. D'HYG. T. III
ZrôO PROSTITUTION.
Quand arrive un grand navire militaire ou marchand, les filles se font alors transporter en rade. Des courtiers font le prix, les matelots demandent qu'on permette de laisser monter leurs femmes, et bientôt le bateau est tellement envahi, que souvent on y voit alors plus de filles publiques que d'hommes.
A Manchester, les prostituées sont moins nombreuses et moins turbulentes, elles n'ont plus affaire à des matelots, mais à des hommes de bonne compagnie ; aussi la prostitution y est-elle plus décente. Il y a, par la même raison, dans la ville, moins de prostitution et plus de concubinage.
Il faut y ajouter ce caractère, c'est que l'ivrognerie y est développée .non-seulement chez les hommes, mais chez les femmes et les enfants.
A Edimbourg, la prostitution est moins affreuse à voir. Le nombre des prostituées y est très variable; il augmente pendant les courses de Musselburgh et pendant les cours de l'Université, et diminue pendant les vacances et les courses de Glascow, où les filles se rendent en grand nombre. Une fois même, en 1839, au moment du tournoi d'Eglington, elles s'y rendirent presque toutes, et la plupart ne revinrent pas. Si bien qu'Edimbourg se trouva dépourvu de filles, et que les pourvoyeurs durent faire la chasse aux jeunes ouvrières de la ville pour alimenter leurs maisons.
Ce qui caractérise les filles d'Edimbourg, c'est qu'elles sont la plupart instruites, surtout celles qui viennent de la campagne, à l'exception des Highlandaises et des Shetlandaises ; les plus ignorantes et les plus superstitieuses sont les Irlandaises. D'autres viennent de Glascow parce qu'elles ne peuvent être . reçues plus de trois fois à Lock, hôpital pour maladies vénériennes; passé ce terme, elles doivent payer chaque fois une guinée. A Edimbourg, la prostitution, moins ordurière, y est plus intéressée. Un certain nombre de fdles du nord de l'Ecosse, et en particulier du comté d'Aberdeen, y viennent pour s'y faire une bourse. Il n'est pas rare non plus d'y voiries femmes du monde qui viennent des grandes villes d'Angleterre pour réparer leurs finances détruites par le luxe. La prostitution y semble acceptée sans honte par la société; il y a jusqu'à des ministres d'église qui tiennent des maisons. On y voit des mères de famille en tenir avec leurs propres filles. Les maîtresses de maison déploient d'ailleurs un grand luxe, et les hommes de la haute société ne craignent pas de s'afficher en public avec elles. Malgré toutes ces conditions, les filles n'y sont pas heureuses; elles y contractent beaucoup d'affections vénériennes, il en meurt beaucoup; un grand nombre, qu'on évalue au sixième ou au septième des filles, font chaque année des tentatives de suicide, et il en meurt, dit-on, ainsi un douzième par an.
En somme, leur vie est courte, et l'on en voit rarement dépasser vingt-cinq ans. .
On pourrait d'une façon générale caractériser la prostitution anglaise, en disant qu'à Londres elle est sans bornes; à Liverpool, violente ; à Manchester, misérable, et à Edimbourg, distinguée.
La prostitution n'est tolérée dans aucune localité des provinces pontificales ; par tolérée, nous entendoos que la police ne la surveille pas, caries prostituées y sont nombreuses et occupent tous les rangs de la société, depuis les vagabondes qui se donnent sur les voies publiques, les femmes qui viennent passer une partie de leur temps dans des maisons de passe ou des lupanars de toutes sortes, jusqu'aux femmes galantes, et aux femmes mariées. Contrairement à ce qui se passe ailleurs, il y a à Rome, parmi les prostituées, un nombre notable de femmes mariées. Les filles ont tant de peine à se marier dans un pays où les fonctionnaires sont presque tous voués au célibat, qu'elles cachent leurs fautes ou restent sages jusqu'au mariage pour retrouver plus tard celles qui se sont de prime abord données à la débauche. La prostitution à Rome est moins vicieuse peut-être qu'ailleurs, les femmes restreignent leurs complaisances, et sont sans connaissance de cet art pratiqué en France et en Angleterre. On en pourrait presque dire autant de l'Allemagne.
Si nous sommes entré dans plus de détails sur la prostitution dans le royaume uni et les provinces pontificales, c'est pour faire voir que la prostitution non réglée amène une démoralisation plus grande dans la population, et que les maladies vénériennes deviennent plus fréquentes.
A l'étranger comme en France, la plus grande cause de prostitution est la misère. Les femmes perdent chaque jour des moyens d'existence par l'envahissement des hommes dans les professions qui leur étaient dévolues. Le salaire qu'elles reçoivent est trop souvent insuffisant. Puis, à côté de cette misère absolue, il y a une misère relative; c'est leur goût effréné pour le luxe et les parures qui rend leurs dépenses beaucoup trop supérieures à leurs ressources, et ce mal est d'autant plus grand, qu'il existe dans tous les rangs de la société. . Puis vient s'ajouter la diminution des mariages. A Londres, par exemple, de 1796 à 1806, il y avait en moyenne, par an, 1716 mariages ; de 1836 à 1845, cette moyenne s'est réduite progressivement à 1533, bien que la population ait considérablement augmenté.
On a fait à l'étranger quelques tentatives pour combattre cette tendance à la prostitution, et bien qu'elles soient encore insuffisantes, il faut se hâter de les faire connaître pour contribuer à les augmenter. A Londres, The London Society for the protection of young females and prévention of juvénile prostitution, est une société de bienfaisance
destinée à prêter appui aux jeunes filles qui veulent échapper k la prostitution. Une autre, Distressed neecllewomen Society, secourt les jeunes ouvrières en les plaçant, en leur donnant de l'ouvrage à domicile. En outre, il s'est formé des maisons de repentir (Asylums, Magdalen institutions) destinées à recueillir les filles qui veulent quitter leur affreux métier. Il y en a également dans d'autres pays. A Bruxelles, par exemple, il y a un couvent de repenties; en Espagne, il y en a deux, et dans l'un les fdles ne peuvent sortir que mariées ou religieuses.
Une autre ressource qui a été offerte aux filles qui ont fait une faute consiste à les aider à parcourir le temps de leur grossesse sans être vues et à leur permettre d'accoucher sans être déshonorées. C'est ce qui se fait à Vienne, où les femmes peuvent venir accoucher sans déclarer leur nom , donnant seulement les renseignements nécessaires sous un pli cacheté, qu'on n'ouvre qu'en cas de décès. C'est surtout à Rome que ce système porte ses fruits. L'archi-hôpital de Saint-Roch admet les femmes sur le point d'accoucher sans qu'on s'informe de leur nom et de leur condition, sans qu'on demande si elles sont mariées on non. Elles peuvent, d'après les statuts de l'institution, compter sur un silence religieux. Elles peuvent ensuite achever leur convalescence à la Trinité des pèlerins. C'est certainement le meilleur moyen de diminuer le nombre dés infanticides et des avortements, tandis que la suppression des tours n'a fait que les augmenter.
A Rome, les filles trouvent depuis leur naissance jusqu'à l'âge où les passions ne sont plus à craindre des refuges de toute nature. L'enfant né à Saint-Roch ou ailleurs peut être déposé à la Pia Casa diSanto Spirito, véritable hospice des enfants trouvés. En sortant de là, les filles peuvent rester au Conservatorio per le bastarde, où il y a 558 filles, ou dans d'autres Conservatorii qui donnent asile à 1254 filles. Entre douze et dix-huit ans elles peuvent se réfugier à la Pia Casa di Caritàper le fanciulle pericolanti. Plus tard, elles peuvent, dans l'embarras, trouver un refuge pour la nuit à VOspizio di San Luigi di Gonzaga. Enfin, adonnées à la prostitution, si elles veulent revenir à une conduite meilleure, ou si elles sortent guéries de Saint-Jacques,, elles peuvent entrer à Sainte-Croix ou à Lorette, où il y a 35 places pour les recevoir. Malheureusement ces établissements si utiles sont insuffisants pour recueillir les nombreuses infortunées qui en auraient besoin.
Comme autre remède à la fâcheuse influence de la prostitution, il est presque inutile d'ajouter que partout les médecins ont fait tous leurs efforts pour rendre le traitement des maladies vénériennes abordable à tout le monde.
Ce coup d'œil général ne s'applique, bien entendu, qu'aux filles publiques ; la prostitution clandestine ne peut être assez connue pour qu'on en parle, et cependant elle a fait de tels progrès depuis quelque temps, qu'on peut dire qu'elle a dépassé de beaucoup la prostitution ouverte.
Bibliographie. — Pornographe, ou Idée d'un honnête homme sur un projet de règlement pour les prostituées, par N.-E. Restifde la Bretonne. Londres, 1769, in-8. — Démonstration pratique de la prophylaxie, syphilitique authentiquement démontrée, par Luna Calderone. Paris, 1820. — Histoire de la législation sur les femmes publiques, par M. Sabatier. Paris, 1828, in-8. — De la prostitution dans la ville de Paris, considérée sous te rapport de l'hygiène publique, de la morale et de II' administration, par le docteur Parenl-Duchâtelet, 3e édition, complétée par des documents nouveaux et des notes par Trébuchet et Poirat-Duval, suivie d'un Précis sur la prostitution dans les principales villes de l'Europe. Paris, 4 857. — Les filles publiques de Paris et la police qui les régit, par F. -F. Béraud. Paris, 1839, 2 vol. in-8. — De la prostitution et de ses conséquences dans les grandes villes, dans la ville de Lyon en 'particulier, par le docteur Polton.Lyon, 1842. — Rapport au Conseil de salubrité de la ville de Marseille sur l'état et les besoins du service du dispensaire des filles publiques de cette ville, par M. Pelacy (Ann. d'kyg. el de méd. lég., t. XXV, p. 297). — Mémoire en réponse à cette question : « Quelles sont les mesures de police médicale les plus propres à arrêter » la propagation delà maladie vénérienne?» par F.-S. Ralier (Ibid., t.* XVI, p. 262).
— Notice sur quelques-uns des établissements du nord de l'Allemagne et de Saint- Pétersbourg, par Leuret {Ibid., t. XX, p. 360). — Topographie médicale des ive, Xe, xie ef xne arrondissements de Paris, par H. Bayard (Ibid., t. XXVIII, p. 286, et t. XXXII, p. 291). ' — Recherches sur l'étendue, les causes et les effets de la prostitution à Edimbourg, par W. Fait, 1843, in-8. — The prostitution of London, by Ryan. London, 1839, in-12. — Die Prostitution in Berlin und ilire opfer, 1846, in-8. — Die Prostitution in Hambourg, von Lippert, 1848. — De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des ouvriers, par M. Thouvenin (Annales d'hygiène et de méd. lég. , t. XXXVII, p. 85). — De la prostitution considérée au point [de vue de l'hygiène publique, par William Acton|; traduit (Ibid., t. XLVI, p. 39). — Prostitution considered in its Moral, Social and Sanitary Bearings, by Acton. London, 1857. — Des mesures administratives à prendre dans le but d'empêcher la propagation des maladies vénériennes, par le docteur Sandouville (Ibid., p. 72). — De la police des filles publiques (Rapport général sur les travaux du Conseil central de salubrité du département de la Gironde, pour 1837-1838, par L. Marchant. Bordeaux). ■ — De la suppression de la syphilis: pétition à la chambre des députés, par A. Guépin (de Nantes). —De l'extinction de la maladie vénérienne, par J.-P. Troncin. — The miseries of prostitution, by James Beard Talbot. — De la fréquence des maladies vénériennes à Lyon, 1822, par le docteur Chapeau. — Mémoire sur les moyens de s'opposer aux ravages de la syphilis, par le docteur Venot. Bordeaux, 1846. — Rapport au Conseil de salubrité de Lyon, par le docteur Lusterbourg, mai 1835. — Essai sur la prophylaxie de la syphilis, par M. Worbe (Bulletin de l'Académie de médecine, 1847, t. XII, p. 715). — Rapport au préfet de police sur la syphilisation, par le docteur Marchai de Calvi. Paris, 1853. — Dé la prostitution en Algérie depuis la conquête, par le docteur Duchesne. Paris, 1853.
— Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, par P. Dufour. Paris, 1851-1853, 6 vol. in-8. — The greatest of our social erils, prostitution, as it now exists in London, Liverpcol, Manchester, Ghisgow, Edinburgh, Dublin. London, 1857.
k5k PUITS.
PtTDDLEIJR. — Voy. Affinage, Fer.
PUISARIïS, PCIT§. ■ — Nous avons assez longuement parlé des qualités de l'eau potable, et de la distribution des eaux dans les villes, pour ne pas revenir ici sur les particularités que peut offrir l'eau de puits. Nous voulons seulement signaler, comme intéressant à un haut degré la salubrité, le rôle que jouent les puits et puisards dans l'assainissement du sol des lieux habités, en absorbant les eaux ménagères ou celles qui proviennent de certaines opérations industrielles, et en leur ouvrant une issue et un écoulement facile. Nous indiquerons également ici les conditions dans lesquelles doit avoir lieu le curage des puits.
Si l'on veut se reporter aux explications que nous avons données touchant le drainage, on comprendra le mécanisme suivant lequel les puits forés ou artésiens ont pu être employés à l'assainissement des localités, en conduisant les eaux impures répandues à la surface du sol dans les nappes d'eaux souterraines plus ou moins profondes. Mais la condition essentielle de ce procédé est de dépasser les dernières couches d'eaux qui alimentent les puits les plus profonds du voisinage, condition sans laquelle on risquerait d'infecter ceux-ci, et qui exige une connaissance exacte de la constitution géologique du sol. C'est là, en effet, un point capital dans l'établissement des puits, et la composition de leurs eaux en dépend étroitement. Ce n'est pas ici le lieu de tracer à ce sujet des règles précises; mais on peut dire, d'une manière générale, que les puits, pour donner une eau passable et à l'abri du mélange des eaux répandues sur le sol, doivent pénétrer au-dessous de la couche du terrain imperméable.
Dans bien des circonstances, les eaux des puits peuvent être infectées par les infiltrations de matières organiques qui se font à travers les couches supérieures du sol , ou à travers les parois des fosses d'aisances non étanches. Mais par un effet du renouvellement incessant de l'eau de puits, aux dépens des courants souterrains et en raison des puisements répétés, ces causes d'insalubrité disparaissent à l'a longue. D'où il résulte qu'un sol limité peut être désinfecté par les eaux qui arrivent dans les-puits qu'on y a creusés. Ceux-ci diminuent la quantité de matières organiques qui pénètrent dans le sol et la durée de leur séjour; ils contribuent ainsi directement à l'assainissement du sol, surtout si l'on a soin de les vider et de les curer de temps en temps.
Cette opération, très malsaine par elle-même, exige des précautions toutes particulières, qui ont été l'objet de prescriptions très sages de la part de l'autorité. Nous donnons ici le texte de l'ordon-
nance du préfet de police et les instructions du Conseil de salubrité de la Seine qui concernent cet objet important.
ORDONNANCE DE POLICE DO 20 JUILLET 1838, CONCERNANT LES PUIT'S, PUI- SARDS, PDITS D'ABSORPTION ET ÉGOUTS A LA CHARGE DES PARTICULIERS.
Titre Ier. — Dispositions communes aux puits, puisards, puits d'absorption et égouts particuliers.
Article 4er. Aucun puits, soit ordinaire, soit d'absorption, ne sera percé, au " cune opération d'approfondissement, de sondage et autres, ne sera entreprise, aucun puisard ni égout particulier ne sera établi sans une déclaration préalable faite par écrit, à Paris, à la préfecture de police, et à la mairie, dans les communes rurales; cette déclaration indiquera l'endroit où l'on a le projet de faire les travaux.
Art. 2. Il ne pourra être procédé à aucun curage de puits, puisard et égout particulier, sans une déclaration préalable qui sera faite par écrit, quarante-huit heures à l'avance, à Paris , à la préfecture de police, et dans les communes rurales, à la mairie ; les mesures nécessaires dans l'intérêt de la salubrité publique 'et de la sûreté des ouvriers seront prescrites par suite de cette déclaration.
Art. 3. Nul ne pourra exercer la profession de cureur de puits, puisard et égout particulier, sans être pourvu d'une permission du préfet de police ; cette permission ne sera délivrée qu'après qu'il aura été justifié de la possession du matériel nécessaire au curage.
Art. à. Les ouvriers ne pourront descendre dans les puits, puisards et égouts particuliers, pour quelque cause que ce soit, sans être ceints d'un bridage, à la partie supérieure duquel un anneau sera fixé.
En ce qui concerne les puits et puisards, une corde sera attachée à cet anneau, pendant tout le temps que les ouvriers travailleront dans l'intérieur, et l'extrémité de cette corde sera tenue par d'autres ouvriers en nombre suffisant placés à l'extérieur, afin de pouvoir, au besoin, retirer ceux qui sont dans l'intérieur et les secourir.
Les ouvriers employés dans l'intérieur des égouts particuliers ne seront pas attachés, mais des ouvriers en nombre suffisant et pourvus de cordes se tiendront extérieurement auprès de l'ouverture la plus rapprochée de la partie de l'égout où travaillent ceux de l'intérieur, afin de pouvoir, au besoin, les attacher pour les retirer et les secourir.
Les ouvriers qui resteront à l'extérieur des puits, puisards et égouts particuliers, devront aussi avoir la ceinture avec l'anneau.
Art. 5. Les puits, puisards et égouts particuliers, abandonnés, ou qui, sans être abandonnés, seraient soupçonnés de méphitisme, ne seront curés qu'avec les précauDons prescrites par l'instruction annexée à la présente ordonnance.
On prendra les mêmes précautions lorsque les travaux auront été suspendus pendant vingt-quatre heures.
Art. 6. Si, nonobstant les précautions indiquées par l'instruction, un ouvrier est frappé du plomb, c'est-à-dire s'il est asphyxié, des secours lui seront i mmé-
diatement portés, ainsi qu'il est dit dans l'instruction ci-annexée, et les travaux
seront suspendu?.
Il est en outre enjoint aux propriétaires, principaux locataires et entrepreneurs de faire sur-le-champ la déclaration de cet accident, à Paris, au commissaire de police du quartier, et, dans les communes rurales, au maire.
Art. 7. Les matières extraites des puits, puisards et égouts particuliers qui auront été reconnus méphitisés, devront être versées immédiatement dans des tonneaux hermétiquement fermés et lulés à l'instant même, et de là, sans pouvoir être déposés sur la voie publique, portés directement à la voirie ou autres lieux autorisés par l'administration.
Le curage des puits, puisards et égouts particuliers devra toujours être fait intégralement et sans interruption, à moins d'accident; généralement, le travail devra être opéré de telle sorte qu'aucun déversement de matières ou d'eaux infectes n'ait lieu dans les habitations ni sur la voie publique.
Après le curage des puits, puisards et égouts particuliers qui auront été reconnus méphitisés, les ustensiles devront être lavés, et le produit du lavage versé dans les appareils, pour être emporté aux lieux indiqués ci-dessus.
Art. 8. Les dispositions des articles 2, l\, 5 et 6 sont applicables à la réparation des puits, puisards et égouts particuliers.
Dans les cas prévus par l'article 6, la démolition ou réparation ne pourra être reprise qu'avec les précautions qui seront prescrites par l'autorité locale sur l'avis des gens de l'art.
Art. 9. Les ouvriers qui trouveraient dans les puits, puisards et égouts particuliers des objets de quelque valeur ou pouvant faire soupçonner un délit, en feront la déclaration, à Paris, au commissaire de police du quartier, et, dans les communes rurales, au maire.
Il leur sera donné une récompense, s'il y a lieu.
Titre II. — Dispositions spéciales aux puits.
Art. 10. L'ouverture des puits, quel que soit leur genre de construction, sera défendue dans tout son pourtour par un garde-fou de maçonnerie ou de fer, d'une hauteur de 70 centimètres au moins.
Les puits situés dans les marais pourront être seulement défendus par une enceinte formée par un mur de terre solidement établi; ce mur aura au moins 1 mètre de hauteur et sera à 1 mètre au moins de distance du puits.
Art. 11. Il est enjoint aux propriétaires ou principaux locataires des maisons où il y a des puits, de les entretenir en état de salubrité, de les garnir de cordes, poulies et. seaux, et d'avoir soin que les pompes et autres machines hydrauliques qui y seraient établies soient constamment maintenues en bon état, de manière que les puits, pompes et machines puissent servir en cas d'incendie, ainsi que pour l'arroseraient de la voie publique.
Art. \ 2. Il est défendu de faire écouler dans les ruisseaux les eaux infectes extraites des puits ; ces eaux seront portées aux lieux autorisés par l'administration dans des tonnes de vidange fermées avec cadenas, ou dans des tonneaux hermétiquement fermés et lûtes, tels qu'ils sont adoptés, pour les fosses d'aisances.
Titp.e III. — Dispositions spéciales aux puisards.
Art. 13. Les puisards devront être couverts en nnçrmnerie et fermés par une; cuvette à siphon.
L'ouverture d'extraction des puisards, correspondante à une cheminée de lm,50 au plus de hauteur, ne pourra avoir moins de 1 mètre en longueur sur 65 centimètres de largeur; lorsque cette ouverture correspondra à une cheminée excédant lm,50 de hauteur, les dimensions ci -dessus spécifiées seront augmentées de manière que l'une de ces dimensions soit égale aux deux tiers de la hauteur de la cheminée.
La disposition de l'article 12, concernant l'écoulement des eaux, est applicable aux puisards.
Titre IV. — Dispositions particulières aux puisards, puits d'absorption et égouts particuliers.
Art. M\- Aucun puits d'absorption ne sera établi sans une autorisation spéciale, qui sera accordée, s'il y a lieu, parla suite de la déclaration prescrite par l'article 1er.
La profondeur du puits d'absorption sera déterminée dans la permission qui sera délivrée, s'il y a lieu.
Toutes les dispositions relatives aux puisards proprement dits seront applicables aux puisards pratiqués au-dessus ou auxapproches des puits d'absorption.
Art. 15. Il est enjoint aux propriétaires et principaux locataires des maisons où il existe des puisards et des égouts particuliers, de les entretenir dans un état tel qu'ils ne puissent compromettre la sûreté et la salubrité publiques.
Il est expressément défendu de jeter dans les égouts particuliers des boues et immondices solides, des eaux vannes, des matières fécales, et généralement tout corps ou matière pouvant obstruer et infecter lesdils égouts.
Titre V. — Dispositions générales.
Art. 16. Les contraventions à la présente ordonnance seront constatées par procès-verbaux ou rapports qui nous seront transmis pour être déférés aux tribunaux compétents.
Art. 17. La présente ordonnance sera imprimée et affichée.
Les sous-préfets des arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis, les maires des communes rurales du ressort de la préfecture de police, les commissaires de police, l'inspecteur général des carrières, le chef de la police municipale , le directeur de la salubrité, l'architecte commissaire de la petite voirie, les officiers de paix et autres préposés de l'administration en surveilleront et assureront l'exécution, chacun en ce qui le concerne.
Le conseiller d'État, préfet de police, G. Delessert.
INSTRUCTIONS RELATIVES AD CURAGE ET A LA RÉPARATION DES PUITS, PUISARDS ET EGOUTS PARTICULIERS.
§ Ier. Puits et puisards. — Lorsqu'il est nécessaire de curer un puits ou puisard, ou d'y descendre pour y faire quelque réparation, le premier soin que l'on
Zi58 PUITS.
doit avoir est de s'assurer de l'état de l'air qu'il renferme ; cet air peut être vicié par différentes causes, et donner lieu à des accidents très graves. Il faut donc descendre une lanterne allumée jusqu'à la surface de l'eau : si elle ne s'éteint pas, après avoir brûlé un quart d'heure, on la retire, et, par le moyen d'un poids attaché à une corde, on agite fortement l'eau jusqu'à son fond; on redescend la lanterne, et si, à cette seconde épreuve, la lumière ne s'éteint pas après dix minutes à un quart d'heure, les ouvriers peuvent commencer leurs travaux ; mais il est important que les travailleurs soient ceints d'un bridage.
Si la lumière s'éteint, on remarquera la profondeur à laquelle elle fcesse de brûler ; on ne descendra pas dans le puits, parce qu'on y serait asphyxié. Le gaz ou air méphitique qui ne permet ni la combustion ni ia respiration, peut être du gaz azote, du gaz acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré ou un mélange de plusieurs de ces gaz. Dans l'incertitude où l'on est sur la nature du gaz, il faut, quel qu'il soit, renouveler l'air du puits, et pour cela il n'est pas de moyen plus prompt et plus certain que la ventilation.
Pour l'établir, il faut, avec des planches, du plâtre et de la glaise, boucher hermétiquement l'ouverture du puits ; au milieu de cette espèce de couvercle, ou près de son bord, si le puits est trop large, ménager un trou d'un décimètre environ de large, sur lequel on placera un fourneau ou réchaud de terre qui ne pourra recevoir d'air que celui du puits : on ajoutera près de la margelle un tuyau fait comme les tuyaux à incendie, garni en dedans d'une spirale de fil de fer, pour le tenir ouvert en plein diamètre, et qui descendra dans le puits jusqu'à 1 décimètre de la surface de l'eau.
Cet appareil une fois établi, on remplira le fourneau de braise ou de charbon allumé, et on le couvrira d'un dôme de terre cuite ou de tôle surmonté d'un bout de tuyau de poêle, afin de donner au fourneau la propriété d'activer l'a combustion et de déplacer ainsi beaucoup d'air.
Quand le fourneau a été en activité pendant une heure ou deux, suivant la profondeur du puits, on l'enlève et l'on descend dans le puits la lanterne ; si elle s'éteint encore à peu de distance de la surface de l'eau, c'est que le gaz méphitique s'y renouvelle.
Alors, il faut mettre le puits à sec, attendre quelques jours, l'épuiser de nouveau, et recommencer l'application du fourneau ventilateur, ou si l'on ne peut établir cet appareil, y substituer un tarare ou tout autre ventilateur dont le tuyau ira prendre l'air au fond du puits, pour le jeter en dehors.
On peut aussi se servir du ventilateur de Wutig, de grands soufflets de cuir et mieux de bois, dont le tuyau descend jusqu'à une très petite distance de la surface de l'eau. Ces moyens peuvent offrir, dans beaucoup de localités, des avantages par la facilité avec laquelle on les produit.
11 sera donné, à cet égard, soit à la préfecture de police, pour Paris, soit à la mairie, pour les communes rurales, les indications qui pourraient être. nécessaires.
Après quatre heures de ventilation, on descendra la lanterne, et si elle s'éteint, il faut renoncer à l'usage du puits et le condamner.
Si, par un essai préliminaire fait par un homme de l'art, on a reconnu la nature du gaz délétère que l'on veut détruire, on peut employer les réactifs suivants:
Pour neutraliser l'acide carbonique, on verse dans le puits, avec des arrosoirs, plusieurs seaux de lait de chaux, et l'on agite ensuite l'eau fortement.
Pour détruire le gaz hydrogène sulfuré ou carboné, on fait descendre au fond du puits un vase de fonte, ouvert, contenant un mélange de quatre onces d'oxyde noir de manganèse et de douze onces de sel marin sur lequel on verse, à différentes reprises, huit onces d'acide sulfurique du commerce concentré, marquant 66 degrés, acide connu sous le nom d'huiJe de vitriol.
A défaut d'acide sulfurique, on emploierait quatre onces d'oxyde noir de manganèse et seize onces d'acide chlorhydrique du commerce, qui est aussi connu sous le nom d'acide muriatique.
On pourra aussi jeter dans le puits de l'eau dans laquelle on aura délayé du chlorure de chaux (une once de chlorure sec par litre) ; cette dernière opération est même plus facile à exécuter que l'autre, et les effets n'en sont pas moins certains.
Dans tous les cas, si le puits exhalait une odeur d'œufs pourris, et alors même que la chandelle ne s'éteindrait pas, il faudrait, avant d'y descendre, y jeter plusieurs seaux d'eau chlorurée.
Lorsque le gaz est de l'azote, il faut avoir recours à la ventilation, et en vérifier l'effet par l'épreuve de la lanterne allumée.
Lorsque les gaz déplacés par le ventilateur ou par le fourneau d'aspiration sont remplacés par des gaz qui ne permettent pas à la lumière de brûler, on doit alors faire agir continuellement le ventilateur de manière que les ouvriers soient constamment sous un courant d'air qui vient du dehors, et que les gaz, qui ne peuvent servir d'aliment à la combustion et à la respiration, soient sans cesse jetés au dehors par le ventilateur.
§ 2. Égouts particuliers. — On ne doit pénétrer dans un égout que lorsqu'une lampe peut y brûler, que la flamme de cette lampe ne diminue pas de volume, et que la clarté ne diminue pas d'intensité d'une manière marquée.
On emploiera, lorsque la lampe ne brûlera pas bien, soit la ventilation forcée, à l'aide du feu, soit cette ventilation produite par un tarare, en ayant soin, si l'égout a plusieurs regards, de faire des barrages pour que l'air tiré du dehors passe sur l'ouvrier et entraîne les gaz qui se dégagent, par suite du travail auquel il se livre.
Si l'égout est assez long et que les matières accumulées soient en assez grande quantité, il faut opérer le curage de façon que, sans changer de place, les égoutiers puissent se passer les seaux de main en main, et qu'ils ne soient pas forcés de passer dans les boues liquides, ce qui, donnant lieu à de l'agitation, facilite le dégagement des gaz méphitiques.
Il faudra toujours que les ouvriers partent de la partie la plus basse de l'égout, qu'ils attaquent la masse devant eux, prenant la partie supérieure de cette masse, puis la partie inférieure; qu'ils ne montent jamais sur cette masse.
Si l'égout présente quelque danger, il ne faut employer que des hommes en bonne santé, et ne pas permettre à ceux qui seraient affaiblis ou qui relèveraient de maladie de s'occuper de ce travail.
L'entrée de ces égouts devra être interdite à tout ouvrier en état d'ivresse.
Voy. Asphyxie, Assainissement, Eau, Égouts;