SUR LA RAGE
Monsieur le préfet, dans ma circulaire du 15 mars 1856, je signalais avec satisfaction l'intérêt croissant des résultats produits par l'enquête sur la rage, que le gouvernement poursuit depuis dix années, et je faisais ressortir la nécessité de ne laisser aucune lacune dans celte vaste opération, qui, pour être vraiment utile, doit être poursuivie, sans interruption, d'année en année, et embrasser la France entière. Je suis heureux de constater ici qu'il a été généralement répondu à mon appel.
Il résulte d'un consciencieux et savant rapport fait au Comité consultatif d'hygiène publique par M. le docteur A. Tardieu, et adopté par ce Comité dans sa séance du 24 octobre dernier, que l'enquête sur la rage a pris, dans les quatre dernières années, une extension et une activité qui lui avaient manqué précédemment. Les renseignements envoyés par MM. les préfets ont été à la fois plus nombreux et plus complets, double garantie d'exaciitude pour les résultats statistiques recueillis.
La conclusion de ce rapport est que l'utilité de l'enquête sur la rage, loin de
s'amoindrir avec le temps, grandit au contraire, à mesure que les faits se multiplient et que les résultats s'étendent; que celte étude, poursuivie avec persévérance, a déjà produit plus d'un enseignement, et devient chaque jour plus féconde ; qu'elle est de nature, enfin, à rassurer les esprits, en montrant que les victimes de cette cruelle maladie sont beaucoup moins nombreuses qu'on ne le pense généralement, et que, si la science n'a encore aucun moyen de combattre le mal quand il a fait explosion, elle a le pouvoir de le prévenir. L'honorable rapporteur déclare, avec une profonde conviction, qu'il faut se hâter de recourir, sans aucun délai, à la cautérisation, et ne pas donner un temps précieux aux promesses mensongères du plus grossier empirisme. Il ajoute qu'on ne saurait répéter avec trop d'insistance que les caustiques les plus énergiques sont souvent impuissants à prévenir le développement de la rage ; que le seul refuge contre ce mal redoutable est la cautérisation immédiate avec le fer rouge, et que tout autre moyen compromet le succès par la perte irréparable des seuls moments où le traitement préventif soit applicable. L'administration ne saurait donc réprimer avec trop de vigueur l'intervention des personnes étrangères à l'art médical, en semblables circonstances.
Je me rends avec plaisir, monsieur le préfet, au vœu exprimé par le Comité, en adressant des remercîments et des encouragements aux autorités et aux hommes de l'art, dont le concours intelligent a fourni les éléments de son examen, et en les priant de continuer à répondre avec le même soin et le même zèle à l'attente du gouvernement.
Je ne saurais, en même temps, insister avec trop de force sur les considérations développées dans ma circulaire du 15 mars 1856, pour demander que les préfectures qui n'ont pas jusqu'ici fourni les tableaux trimestriels dont le modèle a été donné par mon ministère remplissent exactement, à l'avenir, cette obligation, les renseignements qu'ils auraient à-produire dussent-ils être négatifs. Pour le cas où des accidents de rage auraient, été observés, je leur recommande de tenir la main à ce que toutes les colonnes des tableaux soient remplies.
Il importe enfin que, partout où il existe une école et une infirmerie vétérinaires, on indique le nombre exact des chiens atteints de la rage qui y auront été observés, et le résultat du traitement auquel ils auront été soumis, ainsi que cela a été fait, avec un zèle très louable, par l'École impériale de Lyon.
Je vous autorise, monsieur le préfet, à donner à la présente circulaire toute la publicité que vous jugerez utile, et je vous prie de m'en accuser réception.
Signé E. Rouher.
Bibliographie. — 'Dissertations sur la rage, par Leroux, Baudot, Bouteille, Bonef de la Brageresse, Matthieu, Metzler (Mémoires de la Société royale de médecine, année 1783, IIe partie, Paris, 1784, in-4). — Méthode de traiter les morsures des animaux enragés, par Enaux et Chaussier. Dijon, 1785, in-12. — Dissertation sur la rage, par la Bonnardière. Paris, 1820, h\-k. — Nouveau traité de la rage,\ydr Trolliet. Paris, 1820, in-8. — Monographie sur la rage, par Saint-Martin. Paris, 1826. — « Rapport général fait, à la demande du gouvernement sur divers remèdes proposés pour prévenir ou pour combattre la rage, par M. Bouchardat (Bulletin de l'Académie impériale de médecine, Paris, 1852, t. XVUI, p. 6 à 30). — Études sur la rage dans les divers États de l'Europe, par Boudin (Ann., 2e série, t. XV, p. 183). — Cause de la rage, et moyen d'en préserver l'humanité, parles docteurs Bachelet et Froussart. Valenciennes, 1857. ~- Études sur la rage, par le docteur Lecœur. Caen, 1857.
REGLISSE. 523
RAMONAGE. — Voy. Cheminées,
REBOISEMENT. — Voy. Inondations.
RECRUTEMENT. — Voy. Militaire (Hygiène).
RECTIFICATION. — Voy. Alcool.
RÉGLISSE. — La fabrication des jus et bâtons de réglisse, qui a pris une certaine extension dans le département des Bouches-du- Rhône, où, sur l'avis du Conseil d'hygiène, elle a été rangée par assimilation dans la deuxième classe des établissements insalubres, a soulevé des questions neuves et importantes qui ont occupé le Comité consultatif d:hygiène publique et qui méritent d'être rappglées.
La fabrication qui nous occupe, celle de bâtons de réglisse, était le privilège de l'étranger. Aujourd'hui, l'importation en France est réduite au dixième, et notre exportation prend des proportions considérables.
L'industrie du réglisse emploie 1000 à 1200 ouvriers ou agents, et produit pour 3 000 000 de francs de marchandises.
Pour fabriquer l'extrait de réglisse, on épuise par l'eau la racine sèche, et l'on évapore à feu nu la décoction ; on obtient ainsi un produit qui est pur en ce qu'il ne renferme rien d'étranger que les matières inhérentes au bois traité d'une manière industrielle.
Cet extrait, sec au moment de sa préparation, ne peut être livré au commerce sous forme de billes ou de bâtons, il perdrait bientôt sa forme et même sa qualité. Pour faire les billes et les bâtons de réglisse qui doivent être secs et rester secs, et dont l'inaltérabilité doit être garantie à l'acheteur, on a eu l'idée d'ajouter à l'extrait une poudre absorbante qui fût sans aucun effet nuisible sur l'économie, qui ne neutralisât en rien les qualités du jus de réglisse, et pût être facilement retrouvée par l'analyse et signalée par l'expert le moins exercé. On a choisi la fécule de pomme de terre, la quantité en est de 20 pour 100.
Cette addition de fécule a éveillé les justes susceptibilités d'honorables savants. Certains marchands déloyaux n'ont pas craint de substituer l'abus à l'usage: au lieu de 20 pour 100, ils ont introduit 30, U0 et 50 pour 100 de fécule dans certains produits de bas étage.
Les fabricants de réglisse de Marseille ont demandé au ministre de l'agriculture et du commerce : 1° D'adresser à MM. les préels une circulaire atin que toute poursuite cesse provisoirement contre les bâtons ou billes de réglisse de fabrication française, qui renferment, outre les 5 à 10 pour 100 de composés insolubles et
;>2a RIZ, RIZIÈRES.
naturels que comporte une opération en grand, et qui n'ont pas été
évités dans une expérience de [laboratoire, les 20 pour 100 de fécule
de pomme de terre nécessités aujourd'hui par leur mode actuel de
fabrication.
2° De leur imposer de mettre sur les billes ou bâtons, à côté de leur marque de fabrique, le chiffre 20, garantissant le maximum de fécule toléré, ou le chiffre 70, garantissant le minimum de suc soluble et pur.
REMÈDES SECRETS. — Voy. Pharmacie.
RÉMOULEURS. — Voy. Aiguiseurs.
RÉSERVOIRS. — Voy. Eau, Filtre, Fontaine, Plomb.
RÉSINES. — Le travail en grand des matières résineuses, soit pour la fonte et l'épuration de ces matières, soit pour l'extraction de la térébenthine, a été rangé dans la première classe des établissements insalubres, à cause de la mauvaise odeur et du danger d'incendie.
RIZ, RIZIÈRES. — Il 'est quelques espèces de culture qui portent nécessairement avec elles une certaine somme d'insalubrité, et dont cependant on ne peut se passer sans porter atteinte à l'industrie et aux premiers besoins de la société. Telle est la culture du riz. Tous les auteurs qui s'en sont occupés, et qui' ont cherché à connaître l'influence qu'elle pouvait exercer, s'accordent à la signaler comme nuisible.- En effet, cette culture nécessite l'inondation du terrain où croît cette précieuse substance alimentaire; elle condamne les paysans à travailler pendant une partie de l'année, les jambes dans l'eau dormante; aussi sur les rizières du Piémont, du Milanais et de la Caroline, la population rurale est étiolée, sujette aux engorgements abdominaux, et véritablement décimée par la mort avant l'âge de quarante ans. On trouve dans 1-es Bulletins de 18&5 de l'Académie, de médecine, à propos de la création d'un prix par l'Académie d'agriculture de Turin, un énoncé qui ne met pas en doute son opinion sur le danger des rizières. Cette Société posait la question en ces ternies : « Déterminer par les faits et le raisonnement l'influence que la culture du riz peut avoir sur la santé de l'homme; démontrer l'influence nuisible des rizières; indiquer les règles hygiéniques les plus efficaces pour concilier cette culture avec la santé des personnes sujettes à cette influence ; enfin, examiner et déterminer si la somme du bien produit- par les rizières dé-
passe la somme du mal qui peut provenir de la même cause. » On voit assez que cette question ainsi posée dans un pays rizicole est de nature à inspirer les gouvernements sur leurs devoirs touchant la surveillance des terrains producteurs du riz. Pendant le siècle dernier, Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne, mû par un sentiment d'humanité, avait résolu d'anéantir la culture du riz dans le Piémont.
Les grands des États de l'Eglise, possesseurs des rizières, s'y opposèrent, et le tiers état ne témoigna aucun désir de voir se réaliser un projet aussi bienfaisant. On comprendra facilement l'insalubrité de la culture du riz. En effet, du sol tenu longtemps sous les eaux, où on l'a semé, s'élèvent, quand on vient à le découvrir, des émanations délétères dont l'influence se fait aussitôt sentir, quelquefois à des distances considérables. La pâleur et la maigreur des habitants, les fièvres intermittentes, les hydropisies, le scorbut, et les autres maladies auxquelles ils succombent avant la vieillesse, sont les effets de cette culture. Ces considérations ont engagé les gouvernements du midi de l'Europe à restreindre par des lois rigoureuses l'étendue des rizières. La substitution du riz de montagne à la variété commune paraît le meilleur moyen de préserver des suites fâcheuses de cette culture d'ailleurs si importante.
On a prétendu que les nombreux marais qui existent encore dans toute la France seraient moins nuisibles en les employant à la culture du riz qu'ils ne le sont actuellement, tout en ne produisant que des plantes inutiles. Ces objections ont été victorieusement réfutées par le docteur Boileau-Castelnau. Cet auteur a montré par des faits combien les effluves des rizières ont de dangers pour les travailleurs et les habitants du voisinage. Depuis la rédaction de son mémoire, M. Roileau nous faisait, en 1852, l'honneur de nous écrire que l'établissement du château d'Avignon a été tellement décimé par la maladie paludéenne, que les administrateurs n'ont pu éviter des désastres considérables dans leur situation financière.
Le décret du 15 octobre 1810, relatif au classement des établissements insalubres ou incommodes, a laissé dans l'oubli les établissements agricoles qui présentent ces caractères. L'excellent observateur que nous venons de citer avait émis un vœu auquel on ne saurait trop hautement se rallier : il demandait que les principes du décret de 1810 fussent étendus aux établissements agricoles, et qu'un tableau établi par les soins de l'autorité donnât le classement des industries agricoles qui sont insalubres ou incommodes en totalité ou en parlie. L'importation assez récente de la culture du riz dans les landes du sud-ouest de la France, où elle prend chaque année du développement, a dû fixer l'attention du préfet et celle du Conseil d'hygiène
526 RÎZ?, U1ZIKUES.
et de salubrité de la Gironde. Une commission a été nommée pour faire un rapport sur ce sujet ; elle s'est transportée sur les lieux où sont établies les rizières, et nous ne pouvons mieux montrer le sage esprit de 1a commission qu'en citant textuellement une partie de son rapport et ses conclusions.
a Votre commission a pu se convaincre, en visitant cette partie des landes où sont établies les rizières, que ces lieux, naguère couverts de bruyères, et qui, durant des siècles, ont été regardés comme stériles ou comme trop improductifs pour mériter des soins, sont maintenant, grâce aux progrès de l'agriculture, couverts d'une abondante récolte de riz. On doit se féliciter de ces heureux résultats dans l'intérêt de la société. Mais malheureusement il faut reconnaître que cette culture fait payer cher les avantages qu'elle présente, et que, si elle peut faire la prospérité des propriétaires, c'est au détriment de la santé des travailleurs. Toutefois, messieurs, votre commission pense que les rizières qu'elle a visitées ne présentent pas tous les inconvénients déjà signalés, et qu'elles doivent cet heureux privilège à la nature du sol sablonneux et à la qualité de l'eau dont on se sert pour les irrigations. Distantes de 5 à 6 kilomètres de la Teste et de tout centre de population, elles sont établies à l'est du canal qui fait communiquer l'estier de Cazeau avec le bassin d'Arcaehon. Les eaux qui servent à leur exploitation sont prises sur un des. points de ce canal, non loin de son origine ; elles coulent, dans une direction qui lui est presque parallèle., dans un autre canal creusé à cet effet. Des fossés convenablement disposés les distribuent dans les rizières où elles pénètrent par un courant continu. Cette circonstance, jointe à leur limpidité ainsi qu'à une ventilation large et faciLe, est fort avantageuse; il en est de même de la nature du sol, qui est sablonneux et qui contient peu d'humus, ce qui le rend d'une grande perméabilité, au point que, lorsque le moment de la récolte est arrivé et qu'on fait écouler les eaux, la dessiccation, après quatre ou cinq jours, est quelquefois telle, qu'on peut se livrer sur place aux travaux que nécessite le dépiquage du riz. Ces conditions, il faut le reconnaître, sont favorables et propres à atténuer, les effets fâcheux de cette culture; la commission ne croit cependant pas qu'elles soient suffisantes pour les faire entièrement disparaître, surtout si elle est appelée à prendre une grande extension.
» D'après les détails que M. Ferry, directeur des travaux, a eu l'obligeance de nous donner, il y a maintenant 70 hectares de cultivés, et la compagnie qu'il représente se propose de les porter successivement à 2400 hectares. Ainsi l'humidité et la viciation de l'air, inhérentes à une vaste étendue de terrain qui est submergée une grande partie de l'année, surtout pendant l'époque des chaleurs,
et où s'opère une végétation active, doivent nécessairement augmenter d'une manière proportionnelle ; il y a lieu de présumer aussi que la nature du sol subira, avec le temps, et par suite de cette espèce de culture ainsi que des engrais qu'on y emploie, des modifications et des changements qu'il est difficile de déterminer à priori d'une manière exacte. Votre commission ne saurait donc, messieurs, se montrer trop réservée dans ses appréciations sur cette matière; elle est convaincue que les terrains producteurs de riz doivent être l'objet d'une surveillance constante de la part de l'administration, qu'il y a nécessité urgente de réglementer cette industrie agricole, et d'indiquer les mesures hygiéniques les plus efficaces pour préserver la santé des travailleurs et des populations voisines.
» L'alios qui forme la base du spus-sol de nos landes étant imperméable, il faut, pour que l'eau d'infiltration ne soit jamais nuisible, que le sol qui le recouvre ait au moins 40 centimètres; il convient de pratiquer de larges fossés d'écoulement destinés à recevoir les eaux qui sortent des rizières, et à les porter dans un grand cours d'eau; elles ne doivent point servir à d'autres irrigations : autrement, déjà saturées de principes solubles et putrescibles, elles se chargeraient d'une plus grande quantité de ces matières qui rendraient ces eaux dangereuses. Dans l'Inde, où la culture du riz est générale, on assure qu'elle ne donne pas lieu aux maladies observées dans nos contrées, et que cela tient surtout à leur système d'irrigation. Dans ce pays, on ne manque jamais, dit M. Legoux- Deflaux, de déverser l'eau des rizières dès que la fleur de la plante est passée et que sa panicule commence à jaunir; chaque jour, depuis cette époque, on diminue l'eau progressivement, et on la renouvelle aussitôt que le grain est formé, de telle sorte que les eaux stagnantes puissent s'écouler avant que. la plante soit entièrement desséchée; on empêche, par ce moyen, le chaume de se corrompre, et par suite, l'eau des rizières. Il est à désirer qu'on se rapproche de cette méthode dans nos landes, où existent déjà plusieurs causes qui favorisent le développement des fièvres intermittentes.
» L'homme, pas plus que les animaux, n'échappe à l'action des causes naturelles; pour s'en convaincre, il suffit de parcourir certaines parties des landes, et d'observer la constitution faible, rabougrie, de leurs habitants, et leur état presque habituel de souffrance. Cela ne s'explique-t-il pas par la nature du sol et par leur nourriture qui se compose presque exclusivement de pain de seigle, de galette de sarrasin et de pommes de terre, sans que l'usage d'une boisson fermentée vienne corriger la fadeur de ces aliments? Nul doute qu'une alimentation plus tonique et moins dépourvue de principes
annualisés ne soit la condition hygiénique appropriée à celte population; elle l'est à plus forte raison aux ouvriers des rizières, qui ne peuvent pas être assimilés aux autres travailleurs de la terre, et qui, se trouvant exposés à des causes spéciales d'insalubrité, doivent, pour s'en préserver, s'astreindre à quelques précautions hygiéniques. Ainsi, il convient qu'ils ne commencent leurs travaux qu'après le lever du soleil, et jamais à jeun, et qu'ils ne les prolongent pas après son coucher. On leur accordera le temps de repos nécessaire pour réparer leurs forces; leurs vêtements seront suffisants pour les préserver de l'humidité, et leur nourriture devra être saine, tonique et réparatrice; il faut surtout que l'eau qui sert à leur boisson, et qui, dans les landes, est de mauvaise qualité, soit filtrée au charbon; leurs logements seront élevés de 30 centimètres au moins au-dessus du sol et autant que possible éloignés des rizières. C'est par de pareilles mesures qu'on peut espérer, sinon de faire disparaître entièrement, au moins d'atténuer autant que possible les effets fâcheux de la culture du riz, et de concilier avec elle la santé des personnes soumises à l'influence des rizières.
» Comme conclusions générales, la commission propose de demander :
» 1° Que l'industrie rizicole soit classée dans la première classe des établissements insalubres;
» 2° Que les rizières ne puissent jamais être autorisées qu'à 3 kilomètres au moins de tout centre de population;1-
» 3° Qu'elles ne puissent être établies que dans des terrains analogues à ceux de nos landes et avec des eaux courantes ;
» k° Que les conditions hygiéniques relatives aux ouvriers soient obligatoires pour l'industriel;
» 5° Enfin, que l'administration soit invitée à réglementer tous les travaux relatifs à la culture du riz. »
A plusieurs reprises depuis cette époque, cette question des rizières s'est représentée devant le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Gironde, dont le secrétaire, M. Levieux, a eu l'honneur de provoquer l'intervention active de l'autorité départementale pour faire cesser en grande partie les conditions d'insalubrité des rizières. Voy. Marais.
Bibliographie. — De l'insalubrité des rizières, par le docteur Boileau-Casîelnau, de Nîmes (Ann. d'hyg. publ. et de mcd. lég., t. XLIII, p. 327). — Rapport sur les rizières de la Teste, par M. Soulé {Travaux du Conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Gironde, Bordeaux, 1851, p. 366). — De l'influence de la culture du riz sur l'état sanitaire du canton de li Teste, par le docteur Levieux (IbhL, 1855, p. 535 et suiv.J. ■ -
ROUTOIRS. 529
BOGUES. — Les dépôts de salaisons liquides désignés sous le nom de vogues, sont, en raison de leur odeur désagréable, rangés dans la deuxième classe des établissements insalubres.
ROEGE DE PRUSSE. — Les fabriques de rouge de Prusse à vases clos, qui répandent un peu d'odeur nuisible et un peu de fumée, sont également placées dans la deuxième classe; mais elles appartiennent à la première lorsqu'il est fabriqué à vases ouverts avec le sulfate de fer, ce qui donne lieu à des exhalaisons désagréables et nuisibles à la végétation.
ROUISSAGE, ROUTOIRS. — Le mot rouissage exprime l'action de faire rouir le lin et le chanvre, c'est-à-dire de l'exposer à un courant d'eau ou à la rosée, pour le faire macérer et séparer le liber ou la filasse de la partie ligneuse. On a donné le nom de routoirs ou roussoirs, rotours, roussières, aux lieux destinés à l'opération du rouissage.
Le rouissage du lin et du chanvre se pratique différemment, suivant les localités. Dans le voisinage des rivières, c'est dans le lit môme qu'on le place ; dans les pays où se trouvent des mares et des étangs, on les choisit de préférence ; enfin, dans la plupart des cas, on creuse sur le bord des rivières ou des ruisseaux des fosses de trois pieds de profondeur, sur une largeur et une longueur indéterminées; on emplit les fosses de chanvre, que l'on charge de pierres pour le tenir sans cesse immergé, et l'on y fait arriver l'eau par une rigole : c'est cette fosse qui porte le nom de routoir. Les plus estimés sont ceux qui reçoivent l'eau par la partie supérieure et peuvent s'en débarrasser par leur partie inférieure.
Les eaux les plus favorables au rouissage sont celles qui sont à la température de l'atmosphère et même un peu plus chaudes; aussi celles des routoirs sont préférables à celles des étangs, celles des étangs aux eaux des rivières, et ces dernières à celles des fontaines et des puits. Ceci doit s'entendre de la promptitude avec laquelle s'opère le rouissage, et non pas de la qualité du chanvre : car pour avoir du chanvre de bonne qualité, ce sont les eaux qui ne sont ni ferrugineuses, ni chargées de sels calcaires qu'il faut choisir de préférence, attendu que le fer qui se trouve dans certaines eaux colore la filasse ; et quant aux eaux calcaires, elles sont décomposées par l'ammoniaque qui se forme pendant le rouissage, ce qui permet au carbonate de chaux de se précipiter sur la filasse et de s'y combiner, ce qui la rang sèche, cassante et moins propre au tissage ainsi qu'au filage. L'ancienne législation et les coutumes des différents pays montrent assez les opinions que l'on a toujours eues sur l'influence
TARD1EU. — DICT. d'hYG. T. III. 3i