CIRCONCISION
que fcien des emprunts faits aux lois mosaïques, dans la religion mahométane, qui porte à un haut degré le caractère d'application spéciale aux populations qui lui sont soumises.
On s'est demandé si, dans les conditions au milieu desquelles nous vivons, la circoncision pourrait avoir quelque objet utile pour nos populations occidentales. Des auteurs sérieux, et en dernier lieu M. le docteur Claparède, ont soutenu que les accidents soit blennorrhagiques, soit syphilitiques, seraient moins communs, moins graves, et plus faciles à reconnaître chez les circoncis que chez ceux dont le prépuce très développé retient et cèle même quelquefois, à une observation un peu superficielle, les germes de ces affections. Ces faits auraient besoin d'être appuyés de preuves plus décisives ; et il est impossible de songer à généraliser et à rendre obligatoire cette pratique, que les Israélites seuls ont conservée parmi nous.
Mais cette opération, plutôt religieuse que chirurgicale à leurs yeux, est souvent pratiquée par des mains inexpérimentées. C'est sous ce rapport surtout qu'elle devra fixer notre attention. Nous empruntons à Lallemand la description du procédé suivant, qui s'était conservé d'une manière traditionnelle parmi les Juifs. L'extrémité du prépuce est tirée en avant par l'opérateur ; un aide repousse le gland en arrière, et le bistouri coupe dans l'intervalle les parties tendues. Quelque précaution qu'on prenne, il y a toujours beaucoup plus de peau enlevée que de membrane muqueuse; d'ailleurs, la rétraction du fourreau de la verge est considérable, à cause de sa longueur et de son élasticité. Il reste donc une surface saignante, de 1 ou 2 centimètres, entre la circonférence de la peau et celle de la membrane muqueuse. Parmi les hommes routiniers que la synagogue charge de celte opération, l'usage s'est conservé de déchirer avec les ongles la membrane muqueuse du côté opposé au frein, afin de pouvoir renverser la surface interne en dehors, jusqu'à ce qu'elle soit en contact avec la peau, après avoir abstergé avec la bouche le sang qui couvrait celle-ci.
Il y a deux reproches graves à faire à ce mode opératoire : d'abord la déchirure de la muqueuse avec les ongles, procédé barbare et qui a dû causer plus d'une fois des accidents assez graves, puisque des médecins juifs ont adressé à cet égard des réclamations au conseil des anciens; ensuite la succion, qui, entre autres conséquences, pourrait avoir celle de propager de l'enfant à l'opérateur [mohel), et vice versa, une infection syphilitique.
Une ordonnance royale, en date du 25 mai 1845, répondant à un vœu émis par le consistoire lui-même, porte, article 52 : Que nul ne peut exercer les fonctions de mohel et de schohet s'il n'est pourvu d'une autorisation spéciale du consistoire de la circonscription; et
que le mohel et lesckohet sont soumis, dans l'exercice de leurs fonctions, aux règlements émanés du consistoire départemental et approuvés par le consistoire central.
C'est en vertu de cette ordonnance qu'un arrêté consistorial du 12 juillet 185/i a réglementé la circoncision qui doit s'opérer par des procédés rationnels, en présence ou par les mains d'un homme de l'art, dans laquelle la succion est proscrite et la plaie abstergée avec une éponge imbibée de vin. Il est regrettable d'avoir à ajouter que ces sages prescriptions ne sont pas toujours observées, et que la commission d'hygiène du huitième arrondissement à Paris a eu à signaler en 1859 des accidents survenus chez les jeunes israëlites par suite d'infraction aux règles posées par l'arrêté consistorial.
Bibliographie. — Michel Lévy, Traité d'hygiène, 3e édition. Paris, 1857. — De la circoncision et du baptême, au point de vue de la santé publique, par le docleur Barjavel, médecin à Carpentras (Vaucluse) (Annales d'hygiène, etc., t. XXXIII, p. 221). — Vanier (du Havre), Cause morale de la circoncision des Israélites, institution préventive de l'onanisme des enfants et des principales causes d'épuisement. Paris, 1847, in-8. — Claparède, De la circoncision, de son importance dans la famille et dans l'état, Paris, 1861.
(DIRE. — Voy. Bougies.
€ïKE A CACHETER. — Les fabriques de cire à cacheter sont comme celles d'essence et de vernis, rangées dans la deuxième classe des établissements à cause du danger d'incendie.
OISELIERS. — Voy. AIGUISEURS.
CITERNES. — Voy. Engrais, Puits.
CITÉS OUVRIÈRES. — Les cités ouvrières consistent dans un assemblage de bâtiments ou de maisons modèles, construits spécialement pour servir d'habitation aux classes ouvrières.
Ces cités, dont le nom seul est récent, sont la réalisaiion d'une idée philanthropique, qui, sans être tout à fait nouvelle, ne remonte cependant qu'à un petit nombre d'années. Elles ont été dès le principe destinées à porter remède à l'un des maux les plus cruels que peut amener l'agglomération des hommes dans les grands centres industriels et manufacturiers, c'est-à-dire l'habitation de lieux essentiellement insalubres où des familles entières manquent à la fois d'espace, d'air et de lumière.
Le tableau hideux que présentent dans les grandes villes certaines habitations des pauvres, tableau tracé avec une si effrayante énergie par MM. Yillermé, Frégier, Blanqui, Lestiboudois, Kolb-Bernard,
Ebrington, Henry Roberts, Grainger, était bien fait pour éveiller la sollicitude des hommes qui aiment à faire le bien. Parmi les moyens qui ont été proposés et tentés pour combattre cet état de choses, et sans omettre la législation nouvelle sur les logements insalubres que nous aurons à étudier plus spécialement [voy. Habitations), on doit placer la construction de cités ouvrières dans lesquelles un nombre plus ou moins considérable d'ouvriers auraient pu être logés converablement et à bien meilleur marché que dans les maisons particulières, Le mouvement qui s'est produit dans les idées, sous l'influence de la révolution de 1848, a donné une importance nouvelle aux projets de cités ouvières qui se rattachaient en apparence aux vues d'assistance qui occupaient les esprits et môme les pouvoirs publics, 11 ne faut pas oublier toutefois, que, dans les départements et à, l'étranger, ces projets, ou au moins quelque chose de fort analogue, avaient été en partie exécutés, et que l'on pouvait y trouver des modèles bons h suivre.
Il existait à Naples, depuis plus de vingt ans, un édifice considérables de six étages, consacré à la classe ouvrière sous le nom de VAlbergo dei Poveri, qui ne contenait pas moins de 2600 habitants, et dont le dernier étage était occupé par des ateliers divers.
En France, dès l'année 1835, M. Villermé signalait avec de justes éloges l'admirable établissement créé à Mulhouse par un de ces manufacturiers dont il est bon, suivant la remarque du savant hygiéniste, « de montrer les efforts et les sacrifices faits depuis longtemps pour soulager, ou mieux encore pour prévenir la détresse de leurs ouvriers. » Il n'est pas sans utilité de reproduire l'intéressante description qu'en donne M. Villermé : « Frappé des conséquences fâcheuses qui résultent à Mulhouse, pour un nombre considérable d'ouvriers, de la manière dont ils sont logés, le maire de cette ville. M. André Rœchlin, a fait bâtir, pour trente-six ménages d'ouvriers de ses ateliers de construction, des logements où chacun a deux chambres, une petite cuisine, un grenier et une cave pour moins de la moitié de loyer qu'ils payeraient ailleurs, pour 12 ou 13 francs par mois. En outre, et sans augmentation de prix, à chaque logement est attaché un jardin pour y cultiver une partie des légumes nécessaires au ménage, et surtout pour habituer l'ouvrier à y passer le temps qu'il donnerait au cabaret. Mais, pour jouir de ces avantages, il faut entretenir par ses propres mains son jardin, envoyer ses enfants à l'école, s'abstenir de contracter une dette quelconque, et chaque semaine faire un dépôt à la caisse d'épargne, et payer 15 centimes à la caisse des malades de l'établissement. Cette dernière condition donne droit, lorsqu'on est malade, à 1 fr. 50 c. par jour, aux visites du médecin et à la fourniture des remèdes, » Cet essai de M. A.
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Kœchlin a parfaitement réussi, et a trouvé non-seulement en Alsace, mais dans d'autres départements de la France, plus d'un imitateur. Le même excellent observateur a vu surtout depuis 18M, dans plusieurs localités, des familles d'ouvriers attachés aux manufactures de coton et de laine, aux verreries, aux mines de houille et aux établissements métallurgiques, être logées à très bon marché dans des espèces de cités dont le vice commun était le défaut d'isolement assez complet des ménages. Mais plusieurs propriétaires de ces usines avaient fait construire aussi à leurs frais, et avec une utilité que l'expérience confirme chaque jour, des maisonnettes assez spacieuses, très commodes, convenables à tous égards, auxquelles ils joignirent souvent et gratis un terrain ou jardin, et même parfois un appentis et une petite étable à porc. Chacune de ces habitations était pour une seule famille. On les voyait surtout, ainsi que les espèces de cités dont il vient d'être question, au-dessus des mines nouvellement ouvertes ou de celles dont l'exploitation prenait beaucoup de développement. Nous tenons de M. Baumes, conseiller d'tltat, notre éminent collègue au Comité consultatif d'hygiène publique, qu'il existe dans le] département de l'Hérault une petite commune ouvrière du nom de Yilleneuvette uniquement formée par une fabrique de draps autrefois établie par Colbert. Une enceinte carré renferme de petites maisons; les portes du mur d'enceinte sont fermées chaque soir, et les clefs remises au propriétaire. Le gouvernement de la commune est abandonné aux ouvriers.
Ces entreprises, tout à fait particulières, et formant en quelque sorte une annexe de certaines usines ou manufactures, devaient recevoir en Angleterre, en Belgique, en Prusse, en Allemagne, une extension beaucoup plus grande, et prendre un caractère de généralité qui leur méritait véritablement le nom de cités ouvrières.
En \SkU, fut fondée à Londres sous le patronage de la reine et la présidence de son royal époux, une Société d'amélioration du sort des classes ouvrières, qui entreprit avec la plus grande ardeur, et comme une des branches les plus importantes de ses travaux, «l'exécution de plans et modèles pour l'amélioration des logements des ouvriers à la fois dans la capitale et dans les districts manufacturiers et agricoles. » M. Henry Roberts, architecte de la Société, a rendu un compte fort intéressant de ces travaux dans un mémoire qui a été traduit et publié par ordre du président de la République française, et qui renferme les documents les plus importants sur le sujet dont nous nous occupons.
Une première construction comprit un rang d'habitations modèles pouvant loger vingt-trois familles et trente femmes seules. Le but principal qu'on s'est proposé dans la disposition intérieure de ces
maisons a été de réunir toutes les conditions de salubrité, de bienêtre, de moralité pour les ouvriers et leurs familles. Une attention toute spéciale a été apportée à la ventilation, à la fourniture de l'eau et à son écoulement. Neuf de ces familles occupent chacune une maison tout entière ayant une chambre commune au rez-de-chaussée, avec un réduit ou un cabinet fermé, assez grand pour contenir les lits des jeunes gens ; deux chambres à coucher au premier et une petite cour sur le derrière, au prix de 7 fr. 50 c. par semaine. Les quatorze autres familles sont réparties dans sept maisons ; chaque famille occupant un étage de deux chambres avec toutes les commodités convenables, et comme on arrive à l'étage plus élevé par une porte extérieure différente de celle qui conduit aux appartements inférieurs, les locataires respectifs peuvent n'avoir aucune communication. Le prix pour chaque famille est de U fr. 35 c. par semaine. Un lavoir et un terrain pour faire sécher le linge sont mis à la disposition des locataires moyennant une faible rétribution. Enfin, le bâtiment du centre sert pour trente veuves ou femmes âgées. Chacune a sa chambre avec l'usage d'un lavoir commun pour toutes au prix de 1 fr. 85 c. par semaine, chiffre que l'on croit pouvoir être porté à 2 fr. 50 c. Encouragée par la location immédiate de son premier rang de maisons, et parles riches souscriptions que lui valut l'approbation publique, la Société entreprit peu de temps après un modèle d'habitation garnie pour ouvriers dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Nous ferons remarquer toutefois un fait qui prouve d'une manière bien frappante les résultats avantageux de ce système de logements perfectionnés : c'est que, tandis que le choléra faisait d'effroyables ravages dans les bouges sales et infects du voisinage, il épargnait la maison de la Société, dans laquelle il ne se montra qu'un seul cas sur cent quatre habitants.
II [est bon de signaler quelques modifications avantageuses qui ont pu être réalisées ultérieurement dans la disposition des maisons modèles. Ainsi l'addition d'un troisième et même d'un quatrième étage, et la construction d'escaliers extérieurs découverts, conduisant par une galerie de derrière aux étages supérieurs, de manière à obvier aux nombreux désagréments qu'entraînent les escaliers intérieurs communs à plusieurs familles, c'est là le plan adopté dans le plus important de tous les édifices modèles de la Société. Celle-ci n'a pas manqué de voir son exemple suivi soit par des particuliers, soit par d'autres associations. Une charte royale du mois d'octobre 18/i5 a notamment autorisé l'Association métropolitaine pour l'amélioration des demeures d'ouvriers, qui a ouvert une première rangée de maisons construites pour cent dix familles, et qui ont toujours été occupées depuis leur achèvement,
au grand bénéfice des locataires dont la santé a été heureusement modifiée par les bonnes et salubres dispositions des logements. L'Association a également établi des garnis pour les hommes seuls. Enfin, dans quelques villes de province, quelques tentatives ont été faites dans la même voie.
Mais ce qui mérite une mention toute spéciale, c'est la construction de cottages entreprise par les grands propriétaires, et offrant dans des espèces de villages modèles des logements assainis et améliorés pour les ouvriers de la campagne. La Société pour l'amélioration du sort des classes ouvrières s'est empressée d'adopter cette idée et de publier pour cet objet des plans que l'on trouvera dans l'excellent mémoire de M. H. Roberts.
En résumé, il existe jusqu'ici, à Londres, huit établissements modèles disséminés dans les divers quartiers de la métropole. Quatre d'entre eux appartiennent à la Société pour V amélioration des classes laborieuses, deux à la Société métropolitaine pour V amélioration des classes industrielles; un a été établi par les soins d'un vénérable pasteur aidé de personnes charitables; le dernier a été fondé par lord Rinnaird, M. Grainger a compté, au moment de sa visite et dans quatre de ces établissements consacrés à des familles, 1238 habitants dont 726 enfants, jouissant de toutes les conditions hygiéniques les mieux calculées. Sur ce nombre, l'honorable délégué du General board of health n'a constaté que 11 morts, dont 8 enfants ce qui porte la mortalité annuelle à 1 pour 100, tandis que cette même mortalité surpasse quelquefois, en Angleterre, 2 pour 100. La fièvre typhoïde, le choléra, le typhus, les affections miasmatiques, si communes dans certaines localités de Londres, n'ont pas paru au sein de la population des maisons modèles. Six de ces établissements, dont la population est de 1507 individus, n'ont fourni depuis leur ouverture qu'un seul cas de typhus. Ces chiffres, quoique provenant d'une statistique encore bien restreinte, peuvent déjà faire pressentir les résultats bienfaisants qu'il est permis d'attendre de ces institua tions.
LaRelgique n'a pas tardé à mettre à l'étude et à essayer l'établis^sèment des cités ouvrières, et M. Baradère, consul général de France à Anvers, adressait à M. le ministre de l'agriculture et du commerce les renseignements suivants concernant l'érection projetée d'une cité ouvrière dans la banlieue de Bruxelles.
Un arrêté royal, en date du 15 septembre 1849, approuve une convention conclue le 13 du même mois, entre M. le ministre de l'intérieur et M. Gomand, propriétaire à Bruxelles, pour l'érection d'une cité ouvrière sur le territoire de la commune d'Lxelles, convention par laquelle le gouvernement s'engage, sous diverses conditions
favorables à la classe ouvrière, à accorder un subside et à faire une avance de fonds à M. Gomand. Comme cette convention pourrait servir de modèle à d'autres arrangements du même genre, nous croyons devoir la faire connaître en son entier. En voici le texte :
« Article 1er. M. Gomand, propriétaire, à titre de la vente qui lui en a été faite par M. le comte de Fiequelmont, suivant acte passé devant Me Morren, notaire à Bruxelles, d'un terrain situé en la commune d'Ixelles, rue de la Croix, contenant en superficie environ 1 hectare, s'engage à établir sur ce terrain un quartier d'ouvriers, composé :
» D'un bâtiment destiné au logement d'ouvriers célibataires, et comprenant un réfectoire et chauffoir communs, avec dépendances, un local destiné à servir de salle d'école, un logement pour l'instituteur et une salle de bibliothèque ;
» D'un bâtiment destiné à servir de buanderie commune avec séchoir à l'étage et pompe d'alimentation, et comprenant en outre des salles de bains; » D'une blanchisserie commune; » De vingt, maisons à deux étages, avec cour et jardin ; » De vingt-deux maisons à un étage, avec cour et jardin: » De quatre maisons destinées à servir de boutiques. » Les plans de ce quartier, dressés en double, et signés par les contractants, demeureront annexés à chacun des originaux de la présente convention, dont ils feront partie intégrante.
» Art. 2. Le gouvernement désirant seconder l'entreprise de .M. Gomand, et voulant, en attachant à l'exploitation du quartier projeté certaines conditions favorables à la classe ouvrière, donner à cette entreprise un but philanthropique, s'engage :
» 1° A accorder à M. Gomand un subside de A000 francs pour l'établissement, dans l'axe de la rue delà Croix, d'un égout public destiné à faciliter l'écoulement des eaux ménagères et pluviales, ainsi que des vidanges du quartier projeté, lequel égout aura son point de départ à l'intersection de la rue Gomand et de la rue de la Croix, et s'étendra jusqu'au débouché de cette dernière rue sur la chaussée d'Ixelles, où il s'embranchera à l'égout communal.
» Moyennant ce subside, M. Gomand fera construire, à ses frais exclusifs, ledit égout, ainsi que les embranchements destinés à y déverser les eaux du quartier, et se conformera pour ces constructions aux plans et cahiers des charges adoptés par l'administration communale d'Ixelles.
» La propriété de l'égout à construire dans la rue de la Croix appartiendra à la commune d'Ixelles, qui sera chargée de pourvoir aux frais de son entretien et aura le droit, en compensation, d'appli-
quer à son profit, à lous les propriétaires riverains des terrains non bâtis de ladite rue, M. Goihand excepté, les dispositions du règlement communal en date du 11 octobre 18/i0, relatif à l'accès des égouts particuliers aux aqueducs communaux.
2° A prêter à M. Gomand, sans intérêt, une somme de 20 000 fr.
» Art. 5. Le quartier projeté et toutes ses dépendances seront affectés en hypothèque, au profit du gouvernement, à la sûreté du remboursement de son prêt de 20 000 francs.
» Art. 6. En considération de l'avantage que lui fait le gouvernement en lui accordant un subside de ZiOOO francs et un prêt de 20 000 francs sans intérêt, M. Gomand s'engage :
» 1° A mettre à la libre disposition de l'administration communale d'Ixelles, moyennant une indemnité annuelle de 200 francs qui lui sera payée par cette administration, les locaux comprenant la salle d'école, le logement de l'instituteur et la salle de bibliothèque.
» 2° A fixer le maximum de ses prix de location : A 20 francs par mois pour une maison à deux étages; à 12 francs par mois pour une maison à un étage ; et h h francs par mois pour une chambre d'ouvrier, garnie d'une couchette de fer, d'une table et d'une chaise, avec jouissance du réfectoire et du chauffoir communs.
i) Il est entendu que ces stipulations concernant le maximum des loyers ne s'appliquent point aux maisons formant l'angle des bâtiments, et qui sont destinées à servir de boutiques, et dont M. Gomand réglera la location comme bon lui semblera.
» 3° A n'admettre comme locataires des maisons à construire que des personnes dont l'administration communale d'Ixelles aura certifié la moralité.
» h° A stipuler dans ses baux, comme condition expresse, à laquelle toute sous-location, par les locataires principaux, doit être subordonnée : qu'aucun logement pour une famille ne pourra être composé de moins de deux pièces ; qu'aucune personne dont la moralité n'aura pas été au préalable attestée par l'administration communale d'Ixelles ne sera admise comme sous-locataire; qu'un seul étage ne pourra être occupé par plus de six personnes ; qu'il est formellement interdit de convertir les souterrains en chambres à coucher.
» 5° A faciliter, pour tous les habitants du quartier, et aux prix fixés par un tarif qui sera approuvé par l'administration communale d'Ixelles, la jouissance en commun de l'espace destiné au blanchissage, de la buanderie et du séchoir, ainsi que des salles de bains.
» 6° A ne point construire dans l'intérieur de la cité de puits d'absorption, ails puits perdus.
» Art. 7. Les engagements contractés par M. Gomand dans l'article qui précède sont ici acceptés par M. le ministre de l'intérieur au
profit de l'administration communale d'Ixelles, qui aura le droit de tenir la main à leur stricte exécution.
» Toute contravention à ces engagements soumettra M. Gomand ou ses successeurs, propriétaires du quartier projeté, à des dommages et intérêts au profit de la commune d'Ixelles, et dont l'importance sera fixée par le juge compétent. Ces contraventions seront constatées par l'administration communale d'Ixelles. Il est d'ailleurs bien entendu que les engagements contractés par M. Gomand, et qui constituent la condition de prêt gratuit fait par le gouvernement, continueront d'exister après le remboursement de ce prêt. »
Ce projet a donné lieu à un rapport extrêmement important de M. Villermé, au Comité consultatif d'hygiène publique, à l'examen duquel M. le ministre l'avait soumis. Dans la discussion que souleva ce rapport, M. Moreau de Champlieux fit connaître quelques faits pleins d'intérêt résultant d'une expérience fournie par l'organisation du personnel de l'administration des douanes, et qui ne sont pas sans analogie avec ceux que nous étudions ici. On compte 25 000 employés ayant de 600 à 900 francs d'appointements, et répartis sur les côtes et sur les frontières de France. L'administration s'est préoccupée de l'importance qu'il y avait à procurera ces employés des logements à bon marché. Et actuellement cette pensée est réalisée pour un tiers environ. Dans les campagnes, on a bâti de petites maisons contiguës, ayant des entrées distinctes et isolées, et dont la construction première revient environ à 1000 francs par homme. Dans les villes, on a élevé des bâtiments qni coûtent à peu près le double. Pour citer un exemple de la manière dont sont organisées ces habitations communes : au Havre, on a construit un vaste édifice, qui revient à 1000 000 de francs environ, et qui contient 400 à 500 employés, dont 1/3 composé de célibataires et 2/3 ayant femmes et enfants. Entre les célibataires et les ménages, la séparation est complète. Pour les familles, il existe des logements de diverses grandeurs. Mais pour que cette réunion d'individus puisse subsister, il faut une autorité armée de très grands pouvoirs. Au Havre, un capitaine et deux lieutenants habitent la caserne et veillent à l'exécution de règlements dont on ne peut s'imaginer la minutieuse sévérité, en tout ce qui concerne l'assainissement et la propreté. Quand plusieurs avertissements n'ont pas suffi, on renvoie et l'on révoque même le délinquant. Malgré tout, cependant, il est d'une extrême difficulté de maintenir la concorde. N'est-il pas permis de penser, d'après cela, que dans une cité ouvrière où il y aurait seulement 100 ménages, sans une autorité véritablement militaire, il serait impossible d'obtenir l'ordre ? Confiera-t-on la surveillance à un simple concierge? Et celui-ci sera-t-il forcé de recourir, à l'occasion, au juge de paix, au eom-
TARDIEU. — DICT. D'hYG. T. I. 34
missaire de police et à toutes les lenteurs de la procédure ordinaire ?
Pour terminer l'exposé des tentatives faites à l'étranger, au sujet des cités ouvrières, nous devons mentionner l'existence d'une Société établie à Rerlin pour y construire des habitations saines et commodes, à l'usage des ouvriers. Cette Société, dont les ressources se composent d'actions industrielles et de dons volontaires, n'entend pas édifier, comme celle de Londres, de vastes bâtiments de pierre, véritables casernes d'ouvriers, où beaucoup reçoivent un gîte pour la nuit, mais de petites maisons de 8 à 12 logements disséminés dans les divers quartiers de la ville. A la fin de 1849, elle en comptait déjà 13 qui se louaient rapidement. Elle n'y admet que des personnes ayant au moins cinq années de résidence à Berlin, possédant un mobilier, exerçant une profession avouable et jouissant d'une réputation intacte. La plus grande exactitude dans le payement des termes est rigoureusement exigée. Les célibataires n'y logent pas sans une famille de leur parenté, ou qui réponde d'eux. Enfin, par une condition toute spéciale, et par suite d'une combinaisan financière assez problématique, chaque locataire pourrait, après un séjour de trente années, devenir propriétaire de son logement,
D'après les faits que nous venons de citer avec détail, il semble que l'idée des cités ouvrières eût pu être facilement et utilement appliquée à Paris. Et pourtant, nous avons regret de le dire, elle n'a reçu qu'une exécution très restreinte. Plusieurs associations s'étaient formées dans le but de faire édifier dans chacun des arrondissements de Paris des cités ouvrières, où les travailleurs eussent trouvé soit de petits logements non meublés, soit des chambres garnies ; on verra par le rapport que nous citerons plus bas quels ont été les résultats obtenus. Depuis 1854 quelques essais nouveaux ont été entrepris, notamment la cité de l'Impératrice et] celle de la rue de Charonne. Mais malgré ces efforts, il est impossible de méconnaître que ces divers établissements n'ont que médiocrement réussi.
Ce défaut de succès, dans une ville comme Paris, tient à des causes trop diverses pour être indiquées ici. Mais nous ne pouvons passer sous silence les objections principales qui ont été faites aux cités ouvrières, à celles du moins qui sont conçues d'après un plan trop étendu. Sans nous arrêter aux considérations étrangères à la salubrité, qui ont été mises en avant par Amédée Hennequin et M. Grûn, et qui ont trait surtout au caractère d'indépendance et d'indiscipline des ouvriers de Paris, et aux dangers que pourraient offrir pour la tranquillité publique ces agglomérations, si favorables aux menées anarchiques, nous devons rappeler que M. Villermé, dans le rapport que nous avons déjà cité, s'est élevé avec un peu de sévérité peut-être contre l'établissement des cités proprement dites, et leur extension,
qu'il considère comme très peu désirable, et, du reste, comme presque aussi peu praticable.. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire textuellement les conclusions du rapport, auquel le nom de l'auteur donne tant de poids :
« Les cités ouvrières ne doivent s'ouvrir que pour des ménages ou des familles. Y loger les célibataires du sexe masculin ne saurait se justifier sous aucun rapport. Autant qu'il est possible, il faudrait que chaque cité se composât exclusivement de petites maisons non contiguës. Il serait d'ailleurs bien à désirer que chacune de ces maisons construite, distribuée et tenue de manière à être constamment propre et salubre, eût son jardin et n'admît qu'une famille ou deux au plus. Chaque logement devrait se composer de deux ou trois pièces habitables, dont une à feu, et avoir son entrée particulière. Toutes ces pièces devraient être bien closes, bien éclairées, bien aérées et suffisamment grandes. Les fenêtres et portes seraient disposées de telle manière, qu'étant ouvertes on pût n'être pas vu chez soi par les plus proches voisins, ni apercevoir ce qui se passe chez eux. Afin de mieux isoler les ménages les uns des autres, il serait convenable de bâtir toutes les maisons d'une cité ouvrière sur un même alignement. Par cette disposition les locataires n'apercevraient, rentrés chez eux, que la campagne ou leurs jardins, et les communications avec les voisins seraient rendues moins fréquentes. Il est d'ailleurs presque superflu défaire remarquer ici combien de pareilles demeures peuvent être utiles à la vie de famille, par conséquent au travail, à l'économie, aux bonnes habitudes et au bien-être ; tous avantages que procurerait bien difficilement l'habitation dans de grandes cités ouvrières, au milieu de centaines de personnes dont le voisinage trop immédiat, je pourrais dire le contact forcé, à chaque instant, serait une gêne continuelle et insupportable.
» Enfin, il faut rappeler, en terminant, que partout où la population ouvrière est en grand nombre, il ne sera jamais possible de fournir des logements convenables à tous ceux qui en font partie : que les ouvriers qui gagnent les moindres salaires seront toujours réduits à demeurer dans les logements les moins chers, c'est-à-dire dans des logements incommodes, insuffisants et peu salubres, des maisons délabrées ou mal tenues.
» Il résulte encore de tout ce qui précède qu'au lieu de bâtir un monument ressemblant à une vaste caserne, pour y réunir 400 à 500 individus de la classe ouvrière, il vaudrait beaucoup mieux acheter de bonnes maisons ordinaires, ou même les louer à long bail, sauf à les approprier à leur nouvelle destination, ou mieux encore, s'il est possible, donner à chaque famille sa maisonnette. De cette manière, il est vrai, on n'aurait pas un édifice dont les proportions
colossales frappent tout le monde et servent de prétexte à des promesses illusoires ; mais avec le même sacrifice d'argent, on ferait modestement plus de bien à un nombre beaucoup plus grand de personnes. »
Nous n'ajouterons qu'une simple remarque, c'est que cette promiscuité que l'on impute aux cités ouvrières, et qui est en somme le principal reproche qu'on leur adresse, est, par le fait, beaucoup plus grande dans le régime actuel des habitations, soit de la classe ouvrière, soit de toute autre classe. Il est même bon de faire observer que les ouvriers se groupent naturellement dans des quartiers distincts, où se trouvent de vastes coiws, des maisons immenses capables de loger des centaines de familles, et qui présentent tous les inconvénients prétendus des cités ouvrières, sans offrir les conditions de salubrité, de propreté, d'ordre et d'économie que nous avons vues réunies dans des établissements modèles de Londres et de quelques autres localités. En résumé, il y a dans la fondation des cités ouvrières une idée utile et qui eût mérité d'être poursuivie, dans l'intérêt bien entendu des classes laborieuses.
L'important rapport que l'on va lire, témoignage de la sollicitude ardente du gouvernement pour l'amélioration du sort des classes ouvrières, achèvera de faire connaître les phases principales de celte grave question hygiénique.
RAPPORT A L'EMPEREUR DU 5 AVRIL 185/t.
Sire, par décrets en date des 22 janvier et 27 mars 1852, Votre Majesté a affecté une somme de dix millions de francs à l'amélioration des logements des ouvriers dans les grandes villes manufacturières.
Je viens, Sire, vous rendre compte de l'emploi du crédit et de la situation des divers élablissements qu'il a servi à fonder.
Créée en 18Û9, sous le patronage de Voire Majesté, la cité Napoléon est le premier établissement fondé en vue d'offrir aux ouvriers des logements convenables. Placé au centre d'un quartier populeux, ce vaste établissement se trouve néanmoins dans les meilleures conditions hygiéniques ; il renferme une salle d'asile, des bains, un lavoir et un séchoir ; il a coûté 700 000 fr., et comprend cent quatre-vingt quatorze logements destinés, soit à des ménages d'ouvriers, soit à des célibataires ; il est actuellement habité par cinq cents personnes ; son revenu net est de 26 àkl fr.
La situation prospère de cet établissement est due à l'initiative et aux encouragements du gouvernement, qui, par application du décret du 22 janvier 1852, lui a accordé une subvention de 200 000 fr., et aux efforts de la société propriétaire, à laquelle vient de s'adjoindre une puissante compagnie.
Le décret du 22 janvier 1852 ne tarda pas à produire son effet dans les départements comme à Paris ; on chercha les moyens de procurer aux ouvriers des logements commodes et salubres; de nombreux projets furent étudiés, descapi-
talistes offrirent leur concours, et des compagnies se formèrent pour seconder les vues du gouvernement.
Deux traités furent passés presque simultanément, au nom de l'État, avec deux de ces compagnies, représentées, l'une par MM. Emile et Isaac Pereire, l'autre par MM. le baron de Heeckeren, sénateur, et William Kennard.
MM. Pereire se sont engagés à faire construire des cités ouvrières jusqu'à concurrence d'une somme de h 550 000 fr., moyennant une subvention du gouvernement égale au tiers de la dépense. Dans les habitations destinées aux ouvriers célibataires, le prix de location d'un cabinet garni a été fixé à 20 c. par nuit. La location des logements des ouvriers mariés a été fixée à raison de 7 fr 50 c. par année et par mètre superficiel.
MM. Pereire ont déjà construit deux bâtiments considérables, situés, le premier à la Chapelle, le second à Batignolles.
Ces deux bâtiments, presque entièrement terminés aujourd'hui, pourront être mis en location dans trois mois au plus tard. Ils ont été construits sur le même plan et ne diffèrent que par la distribution intérieure des locaux.
La maison de la Chapelle, destinée principalement aux ouvriers chefs de famille a quatre étages élevés sur caves, dont chacun présente trente-sept chambres à feu. Les appartements sont parquetés en chêne et se composent chacun de deux chambres à feu et d'une cuisine. Le prix moyen de chaque logement est d'environ 225 fr.
L'établissement de Batignolles est exclusivement affecté aui ouvriers célibataires. Il a aussi quatre étages contenant chacun quarante-huit cabinets garnis.
En vertu de deux traités passés avec le gouvernement le 31 mai et le 21 juillet 1853, MM. de Heeckeren et Kennard se sont aussi engagés à faire construire une série de bâtiments jusqu'à concurrence d'une somme de h l/i0 000 fr.
L'État leur accorde une subvention égale au tiers de la dépense.
Cette compagnie a préparé divers projets qui vont recevoir leur exécution.
Déjà un vaste bâtiment situé rue de Montreuil a été acheté par elle ; il sera reconstruit en partie et approprié au logement des ouvriers mariés.
A l'époque où Votre Majesté décida qu'un prix de 5000 fr. serait décerné à l'auteur du meilleur projet pour la construction de bâtiments destinés au logement d'ouvriers, MM. Puteaux présentèrent des plans qui furent jugés dignes d'approbation, et qui leur firent attribuer une partie de cette récompense. Quatre maisons construites d'après ces plans furent élevées sur un terrain longeant le boulevard Mazas. Ces maisons ont trois étages : le premier et le secoad comprennent deux logements composés chacun de deux chambres et d'une cuisine. Ils sont loués, en moyenne, au prix de 200 à 225 fr. Quatre chambres à feu avec alcôve forment le troisième étage. La dépense totale de ces constructions étant de 128 000 fr., l'État a accordé une subvention de &2 666 fr.
Six maisons semblables seront construites à Batignolles et à Grenelle par MM. Puteaux.
Ainsi, grâce aux mesures qui ont été prises, et que je viens de rappeler à Votre Majesté, Paris contiendra bientôt 6000 logements environ, destinés soit aux ouvriers célibataires, soit aux ouvriers mariés. Une grande partie de ces logements
sont construits, les autres sont en construction ou sont l'objet de concessions dont
les résultats ne se feront point attendre.
L'exemple donné par la ville de Paris n'a pas été perdu pour les départements. A l'époque où s'élevait la cité Napoléon dans Paris, une société, qui toutefois ne fut définitivement constituée qu'au commencement de l'année 1850, se formait à Marseille pour la création d'une cité ouvrière.
Cette société, fondée sous les auspices de MM. de Montricher, Chaponnières, H. Bergasse, Reymond et Chaix, a reçu une subvention de 50 000 fr., elle est aujourd'hui dans la situation la plus florissante. Les vastes bâtiments de la cité ouvrière de Marseille suffisent à peine à loger les ouvriers qui demandent à s'y établir; elle contient cent quarante-cinq chambres meublées, un jardin, un restaurant, des bains, un lavoir et une infirmerie.
Les malades reçus à l'infirmerie sont soignés gratuitement par un médecin ; le soir, des leçons de lecture, d'écriture, d'arithmétique et de dessin sont données gratuitement aux locataires. Cet établissement peut être considéré comme un établissement modèle, et qui répond avec une exactitude remarquable à la pensée du gouvernement.
Le succès de cette entreprise suggéra à ses auteurs la pensée d'élever sur d'autres points delà même ville diverses constructions pour le logement des ouvriers mariés ou célibataires. Le gouvernement approuva le projet qui lui fut soumis» et accorda à la compagnie marseillaise une seconde subvention de 200 000 fr.
Mais, si heureux qu'aient pu être les efforts faits à Marseille pour l'établissement des cités ouvrières, il faut cependant reconnaître que de toutes les villes où de semblables édifices se sont élevés, Mulhouse est celle qui est entrée de la manière la plus complète dans les vues de l'administration. Le système adopté par la compagnie mulhousienne, à la tête de laquelle figurent MM. Dolius, Frédéric et Jean Zuber, Steinbach, Huguenin, Eugel, Em. et iNicoias Kœchlin, Ed. Trapp, Em. Kœchlin-Schouch, réunit à un degré qu'il paraît difficile de surpasser toutes les conditions que doivent remplir les constructions de cette nature.
Les bâtiments de la société mulhousienne forment plusieurs groupes de maisons présentant l'aspect d'une véritable cité, et dont chacune est destinée à une seule famille. Devant les habitations s'étendent des jardins d'un are de superficie, qui ont leur issue sur des rues de huit mètres de large, bordées de trottoirs plantés d'arbres.
Les maisons se divisent en deux classes, d'après leur importance déterminée par le prix de location. Leur nombre total est déjà de trois cents.
Celles de la lre classe sont groupées par quatre et entourées de jardins.
Celles de la 2e classe sont alignées au fond des jardins et adossées au mur de fond et de côté.
Le prix de location ne peut dépasser huit pour cent du prix de ivvient. De plus, l'ouvrier locataire peut acquérir au prix de revient l'habitation qu'il occupe. Les constructions ont été faites de telle sorte que l'ouvrier, devenu propriétaire, puisse, à peu de frais, agrandir son logement en proportion de l'accroissement de sa famille. Dans leur état actuel, ces maisons peuvent recevoir cinq ou six personnes. Elles sont bâties sur caves voûtés, et se composent de deux étages et d'un rez-de-chaussée. Toutes ces constructions sont extrêmement avancées.
Les dépenses étant évaluées à la somme de 450 000 fr., une subvention de 150 000 fr. a été accordée à la compagnie mulhousienne.
Ce système, le meilleur de tous, sous tous les rapports, vient d'être appliqué à Paris dans un projet approuvé parle gouvernement et en cours d'exécution, par MM. Emmanuel Martin, propriétaire, et Muller, architecte de la cité mulhousienne.
Sur un terrain spacieux situé entre les rues de Reuilly et de Picpus, MM. Martin et Muller se proposent de construire, pour le logement des ouvriers mariés, cent dix maisons divisées par groupes et entourées de jardins. Des bains, un lavoir, un séchoir, une salle d'asile, seront à la disposition des locataires. Une rue de 300 mètres de longueur traversera la cité dans toute son étendue. Chaque habitation se composera d'une cave, d'un rez-de-chaussée comprenant deux pièces, d'un premier étage formé de trois chambres, et d'un grenier.
Le prix de location sera de 365 fr. par an ou 1 fr. par jour. Si à cette somme l'ouvrier peut ajouter cinquante centimes par jour pendant quinze ans, il deviendra, au bout de ce temps, propriétaire de la maison qu'il habite. Par ce moyen, il pourra acquérir au prix d'une somme de 2900 fr., versée par petites fractions en quinze ans (ce qui porte à 183 fr. le montant de chaque annuité), un immeuble d'une valeur d'environ 6000 fr.
Une subvention de 2/t3 000 fr., représentant le tiers de la dépense totale, a été accordée à M. Emmanuel Martin.
Cette faculté d'acquérir mise à la portée des ouvriers doit être généralisée autant que possible ; elle exercera nécessairement une influence des plus heureuses sur leur bien-être .
D'autres projets encore ont été présentés et seront bientôt en cours d'exécution, soit à Paris, soit dans les départements et notamment à Piouen et à Lille.
L'exécution de ces projets est subordonnée à l'obtention de la subvention du tiers à fournir par l'État. Mais il esta remarquer, en même temps, que toute idée de spéculation est étrangère à ces entreprises et que les compagnies s'interdisent, par leurs statuts, tout bénéfice supérieur à l'intérêt ordinaire des capitaux engagés.
En résumé, 3 892 082 fr. de subvention ont été accordés sur le crédit de dix millions. Il reste donc disponible une somme de 6 107 917 fr.
Voici le tableau des concessions faites au moyen de ce sacrifice :
Logements pour ouvriers Logements pour ouvriers mariés et destinés à l'habitation
célibataires. d'une famille entière.
A Paris 5300 800
A Marseille 150 ;>
A Mulhouse » 300
Total 5Zt50 1100
Ce bref exposé serait incomplet si, en terminant, j'omettais de mentionner la formation d'une société de bienfaisance pour l'amélioration et le bon marché des logements d'ouvriers. Celte société, à la tête de laquelle sont placés MM. Delangle, Demadre, Gaillardin, Cochin, Périer, Thayer, a demandé à être reconnue comme établissement d'utilité publique. La conclusion prochaine de cette affaire
assurera un nouvel el utile auxiliaire au gouvernement de Votre Majesté dans
l'œuvre bienfaisante à laquelle il a donné une si heureuse impulsion.
Signé de Persigny,
Bibliographie. — Rapport sur les cités ouvrières, par M. Villermé (Annales d'hygiène, etc., t. XLIII, p. 241). — Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, par M. Villeimé. Paris, lS/tO. — Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, par M. Frégier. Paris, 1840. — Des habitations des classes ouvrières, par Henry Roberts, traduction publiée par le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, 1850. — Rapport sur le choléra à Lille, par M. Th. Lestiboudois, Lille, 1832. o— Rapport sur l'assainissement des habitations de la classe pauvre de la ville de Lille, par M. Kolb-Bernard, dans les Travaux du Conseil central de salubrité du déparlement du Nord. Lille, 1843. — État de la question des habitations et des logements insalubres, par M. A. Griïn. — First report of the commissionner for inquiring into the stateof large towns and populous districts. London, 1844. — Report of the gênerai board of health on the présent state of certain parts ofthe metropolis and on the model lodging housesof London, by R. D. Grainger. Londres, 1851. — Joire, Logements du pauvre et de l'ouvrier, considérés sous le rapport de l'hygiène publique et privée (Annales d'hygiène. Paris, 1851, t. XLV, p. 290). De la condition physique des classes ouvrières, résultant de l'état de leurs habitations et des heureux effets des améliorations sanitaires récemment adoptées en Angleterre, par H. Roberts, in-8. Trad. de l'anglais. Paris, 1855. — Les populations ouvrières et les industries de la France dans le mouvement social du XIX' siècle, par 'A. Audiganne. Paris, 1854, t. II, p. 304. — De la nécessité de bâtir des maisons pour loger les classes moyennes (ouvriers); de la possibilité de faire des constructions, en retirant un intérêt raisonnable de son argent, par A. Chevallier (Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. VIII, 2e série, p. 100 et 478). — Société fondée à Hastings, en 1857, pour l'amélioration des logements d'ouvriers.' — Études sociales hygiéniques et médicales sur les ouvriers employés aux travaux du port du Havre, par le docteur Lecadre.
CLARIFICATION. — Les liquides destinés aux usages alimentaires ou domestiques ont tous plus ou moins besoin d'être débarrassés de certaines matières étrangères qu'ils tiennent en suspension, ou, en d'autres termes, d'être clarifiés. L'eau, le vin, le vinaigre, l'huile, etc., sont, dans ce but, soumis à certains procédés qui n'ont pas tous pour nous un égal intérêt et qui seront, d'ailleurs, exposés plus utilement lorsque nous traiterons de chacun des sujets auxquels ils se rapportent. [Voy. Bière, Cidre, Eau, Filtrage, Fontaine, Huile, Vin, Vinaigre, etc.)
CLIMATS. — On donne le nom de climat à l'ensemble des conditions physiques qui résultent, pour les différentes régions du globe, de leur situation respective à la surface de la terre, et qui sont de nature à exercer sur les êtres organisés une influence spéciale.
L'étude des climats forme, à elle seule, sous le nom de climatologie, une science véritable, ou, tout au moins, une partie essentielle de la physique et de l'hygiène générales. Nous ne pouvons, pour ce double motif, entrer dans les développements que comporterait un
si vaste sujet. Mais il est impossible de passer sous silence les principes de climatologie et de météorologie sur lesquels repose en grande partie la salubrité des différents lieux habitables. Ne pouvant donner à cet égard que des notions nécessairement fort incomplètes, nous nous attacherons à faire ressortir les points capitaux de l'étude des climats au point de vue de l'hygiène publique, et nous terminerons par quelques mots sur le climat de la France en particulier.
La nature des différents climats est déterminée : par la latitude, par la longitude, par l'altitude, par l'exposition topographique, par la nature du sol. D'où découlent les conditions variables de chaque climat : 1° température, 2» état hygrométrique, 3° pression atmosphérique, U° direction des vents, 5° lumière, électricité et magnétisme, 6° nature des eaux et productions du sol,
Avant d'aborder l'étude de chacune de ces conditions, il est une remarque générale à faire. C'est que le principal élément, celui qui domine tous les autres dans la constitution des climats, c'est la température. Ses variations déterminent presque à elles seules tous les autres phénomènes météorologiques, d'où résultent les différences des climats, et dont on peut trouver l'origine presque exclusive dans la distribution de la chaleur à la surface du globe. C'est sur elle qu'est fondée la division des climats, en climats solaires et climats réels. Les premiers seraient déterminés par les [positions successives de la terre par rapport au soleil; mais M. de Humboldt, après Mairan, a montré que cette action fixe, invariable et permanente du soleil, d'où résultent les climats solaires, est sans7 cesse modifiée par des causes perturbatrices essentiellement changeantes et transitoires, telles que le mélange des températures des différentes latitudes amenées par les vents, l'altitude, le voisinage des mers, l'inclinaison, la nature chimique, la couleur, la force rayonnante et Févaporation du sol, la direction des chaînes de montagnes, la forme des terres, leur masse, la quantité déneige qui les couvre pendant l'hiver, etc., circonstances qui constituent les climats réels.
Il n'est sans doute pas besoin de longs détails pour rappeler en quoi consistent les éléments des divers climats que nous avons précédemment énumérés : latitude, longitude, altitude, exposition, nature du sol.
La latitude, c'est-à-dire la situation d'un lieu par rapport à l'équateur mesurée par les degrés parallèles, exerce sur la constitution des climats l'influence la plus puissante. C'est en raison de son action sur la température que l'on divise la surface de la terre en cinq zones : la zone intertropicale ou torride, qui comprend les régions sur lesquelles le soleil vient frapper h plomb deux fois dans le cours de
l'année; les deux zones tempérées, qui s'étendent de chacun des tropiques au cercle polaire correspondant; les deux zones glaciales, qui sont placées sous les pôles. A ces trois zones se rattache la division des climats en chauds, tempérés et froids.
La longitude, qui est l'angle que forme le méridien du lieu avec un premier méridien pris arbitrairement, se calcule chez nous à partir du méridien de Paris, et se divise en longitude orientale à l'est de ce méridien, et longitude occidentale à l'ouest. Elle n'agit sur la nature du climat qu'en raison de la proximité ou de l'éloignement des grands bassins océaniques.
L'altitude d'un lieu s'étend de la hauteur qu'il occupe audessus du niveau de la mer, et doit être considérée comme l'un des éléments climatériques les plus importants. On peut dire, d'une manière générale, que son influence est tout à fait analogue à celle de la latitude, en ce sens que de la base au sommet d'une montagne les phénomènes météorologiques présentent des variations semblables à celles que l'on observe sur une plus vaste échelle del'équateur aux pôles, si bien que la terre pourrait être considérée comme formée de deux montagnes adossées par leur base à l'équateur. Nous aurons occasion de montrer quelles conséquences capitales, surtout par rapport h la température et à la pression atmosphérique, découlent de l'altitude des lieux et exercent leur action sur les êtres vivants.
Eu égard à leur exposition topographique, on doit non-seulement étudier les localités dans leur orientation, mais encore examiner leur situation continentale, littorale ou insulaire, la direction des chaînes de montagnes, circonstances qui modifient si puissamment les climats, soit par le caractère des vents régnants, soit par l'état hygrométrique de l'air, soit encore par les variations de température qui en dépendent.
Enfin, la nature du sol ne peut être considérée comme indifférente dans la détermination des climats. Ce n'estjpas que la science possède encore des données précises sur le mode particulier d'action des différents éléments géologiques. Mais, outre celles qu'il est permis de leur supposer, il en est d'autres plus facilement appréciables qui résultent des conditions extérieures, telles que l'état plus ou moins perméable du sol, son humidité ou sa sécheresse, sa nature marécageuse, l'existence à sa surface de forêts et de grandes masses de verdure, circonstances d'où résultent secondairement la chaleur, la force rayonnante et l'évaporation du sol.
Tels sont -les éléments constitutifs fixes des climats, ceux dont dépendent les conditions variables de chaque climat. C'est à ces dernières que se rattachent en réalité les caractères climatoriaux
proprement dits; mais en les passant çn revue, nous constaterons à chaque pas l'influence essentielle de la latitude, de la longitude, de l'altitude, de l'exposition générale et de la nature particulière du sol dans les différentes localités.
1° Température. — La recherche et la constatation delà température, nous l'avons dit déjà, dominent toute la climatologie. C'est là à la fois le premier résultat delà latitude et des autres conditions que nous avons indiquées, et la principale influence qui se fait sentir sur les êtres organisés.
Considérée d'une manière générale, la température atmosphérique, dont la source réside presque exclusivement dans l'action du soleil, varie naturellement suivant la hauteur de cet astre au-dessus de l'horizon. Chaque jour présente un maximum et un minimun de température. Le minimum ne se trouve jamais plus tard que sept heures du matin, jamais plus tôt que trois heures; le maximum ne varie guère suivant les climats, et répond à deux heures ou trois heures de l'après-midi. La température, prise à l'aide du thermomètre tourné vers le nord à neuf heures du matin, à midi, à trois et à neuf heures du soir, donne une moyenne équivalente à la moyenne des vingt-quatre heures. Cette moyenne se trouve entre sept heures du matin (pour le mois de juillet) et dix heures du matin (pour le mois de janvier). Quant à la moyenne de l'année, elle est assez bien représentée par la moyenne du mois d'avril et du mois d'octobre ; mais au point de vue de la climatologie, il est une donnée beaucoup plus importante et plus pratique : c'est celle de la température de l'hiver et celle de l'été. Nous verrons en effet que deux moyennes égales peuvent correspondre à des climats fort différents : l'un à températures uniformes, et tel que les hivers soient doux et les étés sans chaleur; l'autre à températures extrêmes, tel que les étés soient très chauds et les hivers très froids.
Si nous recherchons quelles sont les circonstances qui font varier la température moyenne d'un lieu, nous voyons ces variations dépendre : de la latitude, de la hauteur au-dessus du niveau de la mer, de la durée relative des jours et des nuits, du voisinage des mers, des vents. Les climats, relativement aux variations de température, sont tantôt constants, tantôt variables, tantôt excessifs.
La latitude détermine des différences énormes dans la température moyenne des lieux. A l'équateur, c'est-à-dire a 0 degré latitude, la température moyenne est de 27 à 30 degrés; à US degrés (latitude de Paris), elle est de 10°,8; à 60 degrés latitude, 0 degré, à + 5 degrés; au pôle, à 90 degrés latitude, — 25 à 30 degrés. Les maxima et les minima varient suivant les latitudes de -j- Ul°,k à — 56 degrés, ce qui donne une différence de 103 degrés.
Il ne faut pas croire du reste que, dans toute l'étendue d'un même degré parallèle, l'égalité de température moyenne se maintienne. M. de Humboldt a montré dans l'un de ses travaux les plus admirables que, si l'on réunit par une ligne tous les points géographiques dont la température moyenne serait la môme, s'ils étaient tous au niveau de la mer, ces lignes, désignées sous le nom (['isothermes, ne sont pas parallèles à l'équateur, mais décrivent des courbes plus ou moins sinueuses suivant les influences secondaires qui peuvent contre-balancer celles de latitude. L'examen de la direction des lignes isothermes montre que le point de chaque méridien qui possède la plus haute température ne coïncide pas partout avec l'intersection de ce méridien et de l'équateur, et que, à égalité de latitude, la température moyenne est plus élevée en Europe qu'en Asie et en Amérique, et plus basse dans les pays intérieurs que sur le littoial.
La température s'abaisse à mesure que l'on s'élève dans l'atmosphère. L'air, en raison de sa diathermanéité, ne peut être échauffé directement par les rayons solaires ; c'est par leur contact avec la terre que des couches successives s'échauffent. Aussi, les lieux les plus élevés sont-ils en rapport avec une atmosphère plus froide, et de plus, sont soumis à une évaporation plus facile et à un rayonnement nocturne plus actif. Guy-Lussac, dans son célèbre voyage aérostatique exécuté au mois de juillet, avait : à 0 mètre, à 10 heures du matin, une température de -f 27°,75 ; à 6977 mètres, à trois heures de relevée, — 90 degrés.
Cette influence de l'altitude se montre d'une manière non moins remarquable dans l'identité de la température moyenne observée dans certains lieux placés à des latitudes très différentes. Ainsi, la température moyenne de Saint-Pétersbourg, par 59°, 50 de latitude, à 0 mètre d'élévation, est la môme que celle de la métairie d'Antisana par 1 degré de latitude, à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire — 3°, 5. MM. de Humboldt etBoussingault ont multiplié à cet égard les observations, et on leur doit des résultats du plus haut intérêt. Les recherches zoologiques et botaniques confirment d'une manière éclatante ce grand fait de l'abaissement de la température du pied au sommet des montagnes, de môme que de l'équateur aux pôles.
Dans les Cordillères, par 5' latitude. Hauteur. Température moyenne.
Cumana 0 met. 27°, 05
Ansuma-Nueva 1050 23°,7
Lataciinga 2861 15°, 5
Antisana 4070 3",4
Neiges perpétuelles 4500 1°,6
Glacier d'Antisana 5^00 — 1°,7
En résumé, il résulte des nombreuses observations de Ramond, Kaemtz, Schouw, Guérin, Martins et Bravais, que la température décroit de 1 degré par 180 mètres d'élévation, chiffre peu différent de ceux de 190 à 195 mètres admis par de Humboldt et Boussingault,
La température moyenne est d'autant plus constante que les jours et les nuits ont une durée plus égale. En Laponie, à Bosekop, par 70 degrés latitude, durant quatre-vingt jours de nuit continuelle, la température ne varie, pendant les ving-quatre heures, que de — 9°, 31 à — 8°, 94. Les saisons ont à cet égard, on le comprend, une influence considérable, et l'on voit des différences très grandes entre les maxima et les minima de température pour les différents lieux.
En Guinée, où la durée des jours est de douze heures, on ne trouve entre la température moyenne des diverses saisons qu'une différence de 2 degrés, tandis qu'à Paris, où la durée des jours varie de 9 heures 45 minutes à 14 heures 30 minutes, les variations de la température moyenne de l'hiver à l'été sont de 15 à 20 degrés. A Saint-Pétersbourg, où le climat commence à devenir excessif, la différence entre le maximum et le minimun est de 26 degrés.
C'est là, en effet, le fait capital au point de vue de l'influence sanitaire. En effet, dans les climats excessifs, les êtres vivants ont non-seulement à résister à des températures extrêmes, mais encore, et surtout, à se prêter à des variations considérables.
Ces différences entre les moyennes de température estivales et hibernales deviennent très évidentes si l'on trace sur la mappemonde des lignes qui réunissent les lieux où la moyenne est la même pour l'hiver, et ceux où elle est la même pour l'été. Ces courbes qui ne sont parallèles ni à l'équateur ni aux lignes isothermes, sont dites dans le premier cas isochimènes, dans le second isothères. En suivant leur direction dans l'ancien continent, par exemple, on voit qu'à mesure qu'on s'éloigne de la côte occidentale, elles ont de la tendance à se rapprocher, les isochimènes s'abaissant vers le sud, les isothères s'élevant vers le pôle ; de telle sorte que c'est dans l'intérieur du continent que l'on trouverait les hivers les plus froids et les étés les plus chauds^ et par conséquent les variations les plus étendues entre les extrêmes de température. La raison de ce fait se trouve principalement dans l'influence du voisinage des mers que nous allons indiquer.
Le voisinage des mers rend la température moyenne plus constante aussi. Dans les îles et sur les bords de la mer, toutes choses égales d'ailleurs, les variations sont beaucoup moindres. En Irlande, par 55 degrés latitude, le myrte ne gèle pas en hiver, et cependant
le raisin ne mûrit pas. Il n'y fait donc pas si chaud en été ni si froid en hiver qu'à Paris, quoiqu'il y ait plus de 7 degrés de latitude de différence. Aux îles Féroé, par 62 degrés latitude, la température moyenne est en hiver de + U°, 3, et en été de -f- 12 degrés. Il n'y a donc de variations qu'entre 8 degrés, et les lacs n'y gèlent pas. En Angleterre, sur les côtes du Devonshire, les oranges mûrissent en espalier, et la température moyenne est en hiver de + 5 ou 6 degrés, et en été de + 11 degrés, ce qui constitue une différence de 5 ou 6 degrés seulement. En Sibérie, au contraire, par 62 degrés latitude, comme aux îles Féroé, mais dans une contrée continentale, le climat excessif offre une température moyenne de + 17°, 5 en été et — IxQ degrés en hiver, d'où une différence de 57 degrés entre l'hiver et l'été.
Cette loi, ainsi que le démontre Raemtz, se retrouve partout, et justifie la distinction des climats en marins et continentaux, les premiers dans lesquels les moyennes de l'hiver et de l'été diffèrent peu, et qui sont par conséquent des climats constants ; les seconds où elles s'écartent au contraire l'une de l'autre, et qui sont ou variables ou excessifs. L'influence du voisinage des mers n'est donc pas d'augmenter ou de diminuer d'une manière absolue la température moyenne d'un lieu déterminé par la latitude, l'altitude, les vents dominants, etc.; elle a pour effet de diminuer l'étendue, la fréquence et la soudaineté des variations de température. Dans les plus petites îles où cette action se produit le mieux, elle offre des résultats très remarquables, et va jusqu'à contre-balancer l'influence de la position équatoriale et jusqu'à modifier profondément la nature du climat. On peut citer comme exemples Madère, les Açores, l'île de Wight, etc., où les extrêmes de température et le caractère de chaque saison diffèrent notablement de ce que sembleraient indiquer la latitude et les autres conditions topographiques.
Les vents agissent encore puissamment sur la température, soit en déterminant dans l'atmosphère des courants qui mêlent les couches d'air et les refroidissent^ soit en apportant dans un lieu la température des lieux qu'ils ont parcourus, ce qui explique comment les vents du nord sont plus frais que ceux du midi. Après la latitude et la hauteur, ce sont eux, dit M; le professeur Martins^ qui exercent la plus grande influence sur, la température moyenne des saisons. Nous aurons à revenir sur cette action des vents qui constitue l'un des éléments climatériques les plus importants.
2° SÈtat iByg'B'oiifiéta'iqtae. — L'humidité de l'air ou sa sécheresse occupent parmi les agents climatériques un rang presque égal à la température. Etroitement lié à celle-ci et presque sous sa dépendance, l'état hygrométrique de l'atmosphère joue le rôle le plus
important dans la production des maladies et dans l'influence diverse des climats sur l'homme. Il est bien entendu que l'humidité ne se mesure pas par la quantité absolue de vapeur d'eau que l'air contient, mais par le rapport de celle-ci à la quantité qu'il pourrait contenir.
Le degré de l'humidité atmosphérique varie suivant plusieurs causes : elle augmente d'une manière générale, à mesure que la température diminue, de l'équateur aux pôles; et, à température égale, elle augmente à mesure que l'on se rapproche des côtes. En effet, les couches d'air qui sont en contact avec la mer sont. à peu près complètement saturées de vapeur d'eau; et, toutes choses égales d'ailleurs, les climats continentaux sont moins humides que le littoral ou les îles et les régions péninsulaires. Les variations que l'humidité éprouve en raison de l'altitude sont moins nettement définies. Les observations les plus récentes de Raemtz, Martins et Bravais, mettent hors de doute, contrairement à l'opinion ancienne de de Saussure, de Luc et de Humboldt, que s'il est vrai que sur les montagnes la sécheresse peut être extrême, en moyenne l'humidité est aussi forte au sommet qu'au bas. L'influence des vents sur l'humidité est encore plus incertaine et plus variable. S'il est difficile de la spécifier pour chaque sorte de vent, on peut dire d'une manière générale que l'humidité qu'apportent les vents vient surtout des lieux qu'ils ont traversés.
Outre ces conditions hygrométriques qui varient dans les divers points du globe, il existe d'autres causes de variations dépendant ■ des heures du jour et des saisons. Les mois de décembre et de janvier dans les régions tempérées et continentales sont les plus humides, tandis que ceux d'août et juillet sont les moins humides, bien qu'il y ait dans l'atmosphère le plus de vapeur d'eau. Au mois de janvier, dans les mômes contrées, le minimum de tension, c'est-à-dire le moment où l'humidité relative est la moins considérable, correspond à huit heures du matin, et le maximum à deux heures de l'après-midi. Il est bon d'ajouter que, dans un climat continental, la quantité de vapeur ne coïncide pas toujours avec la plus haute température, comme cela s'observe dans les pays maritimes.
L'eau atmosphérique n'est pas toujours à l'état de vapeur invisible. Elle peut se condenser sous forme de vésicules creuses remplies d'air saturé, état vésiculaire, ou sous forme de gouttelettes. Elle donne aussi naissance aux différents météores aqueux : brouillards, nuages, pluies, grésil, neige, rosée, etc. Ces phénomènes n'ont pas tous la même importance au point de vue climatologique, et ce n'est pas ici le lieu d'exposer leur origine et les conditions de leur formation. Nous ferons remarquer que, pour la plupart, ils sont subordonnés
bU CLIMATS.
aux influences locales. Nous dirons seulement avec M. Martins, que le voisinage de la mer, des rivières et des montagnes, rend les brouillards plus communs. La fréquence des rosées et des gelées blanches dépend de la fréquence des nuits sereines, combinées avec un air chargé de vapeur d'eau.
Mais il est un hydrométéore qui est trop essentiellement lié à la nature des climats, pour que nous n'entrions pas dans quelques détails. Nous voulons parler de la pluie, dont il importe de considérer, d'une part la quantité annuelle, et d'une autre part la distribution dans les diverses saisons. Il existe à cet égard une grande différence entre les diverses zones terrestres et entre les différentes localités. Ainsi le nombre des jours de pluie va en diminuant du nord au sud, tandis qu'au contraire la quantité d'eau qui tombe est plus considérable à mesure que l'on s'approche de l'équateur. Et, à part les circonstances locales, telles que le voisinage des mers, ou des grandes chaînes de montagnes, ou de vastes forêts, on peut dire que les endroits où il pleut le moins souvent sont ceux où il pleut le plus abondamment. La quantité d'eau tombée dans une seule averse peut acquérir des proportions énormes, surtout dans les régions tropicales, où l'air saturé de vapeurs laisse précipiter des torrents de pluie sous l'influence du moindre refroidissement ou de l'action des vents.
C'est cette dernière cause, en effet, qui parait jouer le principal rôle dans la production des pluies de la zone torride; c'est sous l'influencé des vents propres aux diverses saisons que celles-ci se partagent d'une manière très régulière en saison humide et saison sèche, et que les pluies se reproduisent d'une manière vraiment périodique, tantôt une fois, tantôt deux fois par an. La périodicité des pluies disparaît à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur. Et tandis qu'entre les tropiques les plus grandes quantités de pluie tombent pendant que le soleil est au zénith, c'est-à-dire dans une saison qui correspond à notre été, au nord des tropiques, c'est surtout en hiver qu'il pleut abondamment. Mais la loi reste partout la même, et si l'on compulse les importants résultats recueillis par le savant Raemtz, on voit que la distribution des pluies dans les différentes contrées tient à la direction et à la nature des vents ; et que les conditions de l'extrême sécheresse se rencontreront dans les climats continentaux, très éloignés de la mer, très élevés au-dessus de son niveau et isolés par des chaînes de montagnes, ainsi que M. de Humboldt l'a observé pour le plateau central de l'Asie.
3° Pression atmosphérique,—- Les effets que le poids de l'air produit sur l'organisme vivant sont trop considérables pour que les influences climatoriales capables de faire varier la pression almosphé-
rique ne semblent pas devoir acquérir une très grande importance. Cette pression, variable avec les circonstances météorologiques, est de 1033 grammes par centimètre carré de surface.'au niveau de la mer, où le baromètre marque 760 millimètres. Elle diminue assez rapidement, à mesure que l'on s'élève dans l'atmosphère, environ 1 millimètre par 10 à 14 mètres. Elle diminue également à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur.-
Une remarque préliminaire essentielle à faire, avant d'examiner cette partie de la climatologie, c'est qu'il faut distinguer avec soin la diminution permanente de la pression, suivant chaque localité avec les variations soudaines, ou même avec les oscillations régulières du baromètre. M. le professeur Gavarret a très justement insisté sur cette distinction. Les lieux habités sont placés à des hauteurs très diverses, et leurs populations soumises normalement à des pressions extérieures très différentes. Le tableau suivant en fournit la preuve évidente.
Hauteur Pression
Localite's. barométrique. par centimètre carré.
Bords de la mer 760 millim. 1033 grammes.
Paris 756 1028
Mexico 583 793
Quito 553 752
Antisana . » 470 639
On le voit, de grandes villes ont été fondées et ont prospéré dans des régions du globe où la pression atmosphérique est très inférieure à la normale barométrique. Et malgré cette différence énorme entre le maximum et le minimum de pression, la vie des êtres organisés ne paraît en ressentir aucune atteinte. M. Gavarret en a donné la raison, à la fois très ingénieuse et très frappante. Les vrais dangers .de la diminution de la pression extérieure viennent, suivant lui, du dégagement des gaz normalement dissous dans le sang. Mais chez les êtres qui vivent habituellement sous une pression barométrique très faible, la proportion des gaz du sang se modifie de manière à se mettre en équilibre avec les pressions extérieures, et à faire disparaître ainsi toutes les causes de perturbation.
Ces considérations sont de nature à enlever à l'étude des différences barométriques beaucoup de son importance en climatologie. Et l'on doit en tirer cette conséquence, que la diversité de la pression moyenne, comparée dans les différents lieux, ne constitue qu'un caractère secondaire des climats. Nous nous bornerons donc à indiquer rapidement les particularités qui se rattachent aux variations du baromètre.
Les premières que nous ayons à noter sont les variations diurnes
TARDIEU. ■ — DICT. D'bYG. T. I. 33
qui consistent dans les oscillations régulières de la colonne barométrique correspondantes à certaines heures du jour que l'on désigne sous le nom d'heures tropiques. Ces oscillations dépendent en grande partie de la position géographique du lieu où l'on observe. Près de l'équateur, les différences entre le maximum et le minimum sont très grandes. 11 n'en est pas de même dans les latitudes élevées : non-seulement la variation diurne est moindre, mais encore elle est marquée par des oscillations irrégulières. Dans l'hémisphère boréal, la loi de la variation barométrique diurne montre que depuis midi le baromètre baisse jusqu'à trois ou cinq heures du soir, moment où il atteint son minimum ; puis il remonte, et son maximum tombe entre neuf et onze heures du soir. Il baisse denouveau, et l'on observe un second minimum vers quatre heures du matin, et un second maximum vers dix heures. Les heures tropiques sont plus tardives le matin et plus hâtives le soir en hiver qu'en été. Quant à l'amplitude de ces oscillations diurnes, elle est surtout étendue dans la saison chaude et dans les régions équatoriales, en tenant compte de l'altitude. Raemtz a déduit, des nombreuses observations qu'il a recueillies, cette loi que les oscillations barométriques ont d'autant plus d'étendue, que les changements thermométriques sont plus grands. Ces oscillations inverses de la pression atmosphérique et de la température sont, d'ailleurs, le plus souvent en rapport avec les changements de vents. Le baromètre atteint son maximum quand les vents soufflent du nord et de l'intérieur des continents; son maximum, quand ils viennent de l'équateur ou de la mer.
Outre ces variations en quelque sorte régulières de la colonne barométrique, il en est d'accidentelles qui tiennent à des causes diverses, telles que les pluies, les tempêtes. Ces variations présentent pour chaque mois une amplitude moyenne qui diffère suivant les localités. Kaemtz a tracé des lignes isobaromètriques qui réunissent les différents points où l'amplitude est la même.
U° Bireciâon «les vents. — Les vents, suivant l'expression du professeur Martins, sont les grands arbitres des changements atmosphériques;'ajoutons qu'ils exercent sur la salubrité des lieux et sur la nature des climats l'influence la plus directe. Ils renouvellent l'air des villes, comme le fait remarquer Raemtz, et adoucissent les climats du nord en leur apportant la chaleur du midi. Sans eux les pluies seraient inconnues dans l'intérieur des continents qui se transformeraient en déserts arides. Résultant des changements de densité qui surviennent dans l'atmosphère, et des différences de température qui existent entre des pays voisins, les vents forment des courants qui se dirigent des lieux où l'air est le plus dense, vers celui où il l'est le moins. Leur direction est indiquée par le point de l'horizon d'où ils soufflent. Une
première loi posée par Kaemtz est la suivante : Si deux régions voisines sont inégalement échauffées, il se produira dans les couches supérieures un vent allant de la région chaude à la région froide, et à la surface du sol un courant contraire.
Les vents présentent, dans les différentes régions du globe, des différences climatériques très importantes.
Sur les bords de la mer, réchauffement inégal de la terre et de la mer amène, à mesure que le soleil s'élève au-dessus de l'horizon, une brise de mer. La plus grande force correspond au moment du maximum de température de la journée ; et, parmi effet inverse, un verd de terre souffle à la fin de la nuit, et le maximum de force coïncide avec le moment du minimum de température des vingt-quatre heures.
Un phénomène tout à fait analogue s'observe dans les montagnes où il existe des alternatives de courant ascendant diurne et de courant descendant nocturne que M. Fournet explique par réchauffement des cimes au soleil levant qui détermine le courant ascendant, tandis que réchauffement de la plaine, plus considérable dans la journée que celui de la montagne, détermine vers le soir un courant descendant.
On rencontre entre les tropiques des vents d'est qui ont reçu le nom particulier de vents alizés, et qui résultent de la combinaison de mouvements de l'air échauffé avec la rotation de la terre. En effet, il se forme un courant supérieur de l'équateur vers les pôles, et un courant inférieur des pôles vers l'équateur ; c'est-à-dire un vent du nord dans l'hémisphère boréal, un vent du sud dans l'hémisphère austral. Mais ces deux directions se combinant avec le mouvement de la terre d'occident en orient, il en résulte un vent de N.-E. pour notre hémisphère, et du S.-E. pour l'autre. Les vents alizés ne se font sentir que dans une zone limitée. Mais en même temps qu'ils soufflent dans les régions inférieures, le vent d'ouest règne constamment dans les régions supérieures de l'air entre les tropiques.
Dans l'océan Indien les vents alizés sont troublés par l'influence de la conformation des continents africain et asiatique, et des différences de température qui existent entre eux et la mer. On trouve alors des vents réguliers qui régnent pendant l'hiver et pendant l'été et que l'on nomme moussons, soufflant dans l'hémisphère boréal du N.-E. en hiver et du S.-O. en été, tandis que dans l'hémisphère austral l'alizé de S.-E. règne pendant toute l'année. Cette succession de vents réguliers se rencontre dans d'autres contrées, quoiqu'elle ne soit nulle part aussi remarquable que dans l'océan Indien. Toutefois la Méditerranée a ses moussons connues sous le nom de vents étésiens.
Nous ne pouvons donner l'indication, même sommaire, des diffé-
renies circonstances qui font varier la direction des vents. Dans les régions tempérées, quel que soit le sens dans lequel ils soufflent, ils se font en général sentir plutôt dans les contrées vers lesquelles ils se dirigent que dans celles d'où ils viennent. Une considération plus importante et véritablement capitale en climatologie, c'est celle des propriétés que les vents empruntent aux pays sur lesquels ils passent Ainsi, les vents d'ouest qui soufflent de la mer sont beaucoup plus humides que les vents d'est qui traversent les continents. Dans le midi de l'Europe, les vents du nord sont célèbres par leur violence et leur âpreté. De plus, on y observe un vent du sud non moins froid que le vent du nord et connu sous le nom de mistral. Dans les déserts et les plaines sablonneuses de l'Asie centrale et de l'Afrique dont le sol aride est si fortement chauffé par le soleil, on voit s'élever 1e simoun ou harmattan, vents brûlants qui emportent des nuages de sable et sont la terreur des voyageurs du désert et de leurs montures. En Europe, le solano d'Espagne, et le sirocco d'Italie, portent avec eux une chaleur desséchante et jette ceux qui s'y exposent dans une insurmontable langueur. On ne peut terminer ces considérations sur les propriétés des vents, sans rappeler l'influence des chaînes de montagnes sur la constitution des climats. En effet, dans les pays chauds, les vents qui rencontrent sur leur passage les zones élevées où la végétation a perdu le caractère des régions torrides se rafraîchissent et vont tempérer les chaleurs des contrées voisines, remplissant ainsi le même office que les vents de mer. On peut comparer à cet égard le vent qui a soufflé sur le grand désert de l'Afrique et dont l'effet brûlant se fait sentir sur l'Egypte, les îles de la Méditerranée et la côte méridionale de l'Europe, avec les effets des vents qui, des sommets de l'Himalaya ou des Andes, vont modérer la température des continents asiatique et américain.
5° Lumière, électriciié, iBiagBiéiisiBic. — Les phénomènes optiques, électriques et magnétiques, qui jouent en météorologie le principal rôle, sont loin d'avoir la même importance dans la constitution des climats, ou du moins n'exercent sur les êtres organisés qu'une influence mystérieuse qu'il est très difficile de définir. L'action de la lumière ne peut guère être séparée de celle de la chaleur. Quant à l'électricité, on sait qu'elle est répandue dans l'atmosphère, où la versent sans cesse l'évaporation et les combustions qui s'accomplissent à la surface du globe. La terre, d'après les belles expériences de Peltier, est chargée d'électricité résineuse, et l'espace céleste d'électricité vitrée ; de là des influences qui se font sentir dans l'atmosphère, et dont les nuages sont en quelque sorte les intermédiaires. Les orages, qui sont la manifestation la plus frappante de ces mouvements électriques, se monjrent surtout, et avec la plus grande vio-
lence, dans les régions intertropicales pendant la saison humide. Dans les climats tempérés, ils s'observent presque exclusivement pendant l'été, à l'heure de la plus haute température diurne. Si l'on jette les yeux sur la carte que M. Berghaus a donnée de la distribution géographique des orages à la surface de l'Europe, on reconnaît que l'Italie, entre Milan et Naples, la mer Adriatique, la Dalmatie et l'Albanie forment urie région elliptique où les orages sont au nombre de U2 h h5 par an, A mesure que l'on s'avance vers le pôle, les orages deviennent plus rares, et au delà du 70e degré de latitude, ils sont presque inconnus,
6° Hature des eaux et production du sol. — Si l'on considère les climats au point de vue de leur influence sur les êtres vivants, et particulièrement sur l'homme, on reconnaît que celle-ci ne se manifeste pas seulement dans les conditions atmosphériques et météorologiques, mais encore dans les qualités des eaux et dans la nature des espèces végétales et animales que l'on rencontre clans les diverses localités. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance hygiénique de ce dernier élément,
Les eaux, que nous étudierons à part, et avec tout le soin que mérite une pareille question, empruntent toujours quelque chose aux terrains à travers lesquels elles coulent, et les éléments dont elles se composent ne peuvent manquer de modifier d'une manière spéciale les organismes dans lesquels elles pénètrent. Les usages de l'eau rendent suffisamment compte de l'importance capitale de cette influence climatérique.
Quant aux productions du sol, elles ont ce double effet de servir à caractériser les différents climats par leur nature et leur nombre, et d'agir secondairement, soit sur la température, la lumière, l'électricité, l'état hygrométrique, la direction des vents dans une contrée, soit par leurs propriétés alimentaires et autres sur la constitution des habitants eux-mêmes.
Relativement au premier point, une science vraiment nouvelle, la géographie botanique, a été créée par le génie de M. de Humboldt. Les recherches entreprises jusqu'ici sur les causes de la distribution des végétaux à la surface du globe font voir, ainsi que le dit très justement M. Martins, que le climat est la plus puissante de toutes. Et ces rapports qui existent entre la physionomie des flores des différentes zones terrestres et les climats auxquels elles correspondent sont soumis à des lois déterminées.
Si l'on marche du sud vers le nord, on parcourt des régions végétales différentes, limitées par les courbes isothermes. Le savant professeur de Montpellier a tracé les règles d'après lesquelles on peut déterminer la limite boréale des principales espèces de végétaux. Le
choix des plantes n'est pas indifférent. Il est en effet des végétaux qui peuvent vivre et se reproduire sous les climats les plus divers : tels sont la bourse-à-pasteur, la dent-de-lion, le serpolet. Ils doivent donc être rejetés pour caractériser les zones végétales, de même que les plantes cultivées que l'homme, à force de soins et de peine, parvient à faire végéter sous un ciel qui n'est point fait pour elles, Les végétaux qui serviront à caractériser un climat doivent réunir certaines conditions, dont la première est de se trouver à l'état sauvage dans les contrées qu'ils habitent. En général, on préfère dans ce but les arbres, tels que les lauriers, les chênes, les hêtres, les châtaigniers, les pins, les sapins, etc. M. Schow a divisé de cette façon l'Europe en quatre régions principales : 1° la région des arbres à feuillage toujours vert ; 2° celle du châtaignier et du chêne ; £° celle du chêne ,et du hêtre ; 4° celle du pin et du bouleau ; régions qui correspondent assez bieu aux régions agricoles, qui sont respectivement caractérisées par la culture de l'olivier, de la vigne, des céréales, et l'absence de toute culture. La végétation des montagnes, si bien étudiée par M. Martins, présente en petit l'image de celle de la terre considérée dans son ensemble. Au pied de la montagne on trouve la flore qui correspond au climat de cette région; mais à mesure que l'on monte, les végétaux de la plaine disparaissent pour faire place à d'autres plantes qui appartiennent toujours à des régions plus froides. De sorte que, ainsi que nous l'avons montré déjà, s'élever dans l'atmosphère ou marcher vers le pôle, c'est traverser successivement des zones de plus en plus boréales, jusqu'à ce que l'on arrive à la région des neiges éternelles.
Au point de vue de leur action sur l'homme, on peut dire d'une manière générale que les productions du sol sont étroitement liées à la nature des habitants ; les conditions de leur acclimatement sont communes. Une merveilleuse harmonie, admirablement décrite par les grands peintres de la nature, Buffon, Bernardin de Saint-Pierre, G. Guvier, de Humboldt, expliquée enfin avec cette intuition supérieure et ce beau langage qui lui est propre, par M. Dumas dans ses Leçons de statique chimique, s'établit entre l'homme et les plantes qui l'entourent, et assurent par leur intime union les conditions de la vie universelle.
Nous venons de passer en revue et d'étudier isolément les éléments divers des climats et les conditions secondaires qui caractérisent chacun d'eux; mais ce serait se faire une idée bien fausse et bien incomplète de leur nature que de la réduire à cette vue étroite. La constitution des climats est complexe, et ne se compose que de la réunion et des rapports de ces éléments entre eux. Nous avons dit
comment la situation d'un lieu pouvait déterminer et modifier sa température ; mais celle-ci elle-même, on l'a vu, est la condition à laquelle se rattachent l'état hygrométrique, les vents, les productions du sol, etc., etc. On ne peut, si l'on envisage l'influence climatoriale sur les êtres organisés, scinder ou isoler l'action de ces différents agents naturels. Pour n'en citer qu'un exemple, il importe au plus haut degré de distinguer avec soin, dans les régions équatoriales, les climats chauds et humides des climats chauds et secs. Et cette comhinaison des éléments climatoriaux, qui constitue, à proprement parler, la climatologie comparée, ne doit pas être perdue de vue un seul instant lorsqu'on cherche à déterminer l'action des divers climats sur l'homme et les conditions de l'acclimatement.
Cette dernière question a été déjà exposée par nous dans les premières pages de ce livre, et nous n'avons pas à y revenir. Nous rappellerons seulement que l'organisme, modifié dans son ensemble par l'influence du climat, acquiert une susceptibilité particulière qui se manifeste non-seulement par une prédisposition morbide spéciale, mais encore dans l'exercice de toutes les fonctions, et notamment dans l'alimentation. Les règles hygiéniques qui découlent de cette condition générale ne sauraient trouver place ici; elles varient trop suivant les circonstances locales pour qu'il n'y ait pas un grave inconvénient à les indiquer sommairement et d'une manière en quelque sorte banale. Cette grande question de l'influence des climats sur la constitution physique et morale de l'homme, qui a occupé les plus éminents esprits, ne saurait être réduite aux proportions étroites du cadre que nous nous sommes tracé.
Nous terminerons par un court aperçu emprunté au grand et beau travail de M. Martins sur le climat de notre pays.
Du climat de la France. — La France a ce rare privilège de réunir des climats fort divers et dont le type existe dans les pays voisins. Elle est comprise par sa partie continentale entre les isothermes de 15 et de 10 degrés, et, en comprenant la Corse et l'Algérie, entre celles de 20 et de 10 degrés. Si l'on note la température moyenne des principales villes où elle est le mieux connue, on trouve pour les huit villes suivantes supposées au niveau de la mer : Pau, 14°, 7; Marseille, 1Zi°,3; Toulouse, 13°,il; Orange, 13°, 3; Lyon, 12°,7; Paris, 11°; Metz, 10°, 7; Strasbourg, 10°,6.
D'une manière générale, on voit que les isothermes vont de l'est à l'ouest. Les températures extrêmes, mesurées avec un thermomètre à l'ombre, sont au maximum de frO°,2 à Orange, en juillet 1830, et au minimum, dans les plaines, de — 28 degrés à Mulhouse, en février 1830. Les différences entre les movennes estivales et hiber-
nales sont assez étendues pour qu'on distingue en France des climats excessifs ou continentaux, et des climats constants ou marins. Ainsi, sur les bords de l'Océan, à Brest, à Cherbourg, la différence entre la moyenne de l'hiver et celle de l'été est de 10°, k, tandis qu'elle est en Alsace, de 17°, 7. Si l'on suit la ligne isothère, on voit que celle de 20 degrés part de l'embouchure de la Gironde, coupe la Loire au niveau de Moulins, la Saône a son confluent avec le Doubs et le Rhin, non loin de Mulhouse. L'isochimène de 5 degrés coupe la presqu'île de l'Armorique à Saint-Brieuc, descend parallèlement à la côte ; puis au niveau de la Rochelle, elle se dirige vers l'est, coupe le Rhône à la hauteur de Valence et se prolonge vers le golfe de Gênes, A uart ces conditions ordinaires de la température moyenne en France, on observe quelquefois des hivers extrêmement rigoureux, et des étés d'une chaleur et d'une sécheresse extraordinaires.
Une question d'un haut intérêt, mais très difficile à résoudre, c'est celle de savoir si les climats en général et celui de la France en particulier, ont changé dans la suite des siècles. M. Fuster a produit, en faveur de l'opinion qui admet que le temps a apporté des modifications profondes dans la constitution de notre climat, des arguments qui ont été vivement attaqués au point de vue historique par M. Ludovic Lalanne, et au point de vue climatologique et agricole par MM. de Gasparin et Martins. M. de Gasparin nie absolument que les climats se détériorent. Dans sa conviction, les climats ont un cours régulier permanent dépendant des lois générales de l'univers, et par conséquent immuables comme elles. M. de Candolle ne croit pas davantage aux changements de climats, et il s'appuie pour le prouver sur la distribution naturelle des plantes. Pour la France notamment, M. Martins a parfaitement montré que les preuves tirées des modifications qui auraient pu survenir dans la culture n'étaient que spécieuses, et qu'en réalité rien n'établissait que le climat de notre pays eût varié. Ce que l'on peut dire seulement, c'est que des changements peu étendus sans doute dans la constitution physique du globe, et par suite dans les climats, peuvent être produits soit par les progrès des sociétés humaines, soit par des causes géologiques presque inaperçues en raison de la lenteur de leurs effets.
La direction moyenne des vents dans toute la France est S.-S.-O. Quant à leur distribution, on peut, avec M. Fournet, diviser le pays en quatre régions : 1° région du vent de S.-O., qui comprend les côtes occidentales de Bordeaux à Dunkerque, le massif central et la vallée du Rhin ; 2° région du vent du N. : vallée de la Saône et du Rhône, de Dijon à Viviers ; 3° région du vent d'O. : bassin de la Garonne et de l'Aude; U° région du vent de N.-O. (mistral) : bassin de l'Hérault et du Rhône jusqu'à Viviers. Le vent de S.-O. est le vent pluvieux
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dans loute la France, excepté au pied des Pyrénées, et dans le bassin de la Saône et du Rhône.
La France présente les plus grandes différences sous le point de vue delà quantité absolue de pluie qui tombe dans l'année; et ces pluies sont trop irrégulièrement distribuées sur la surface du territoire pour que l'on en déduise des considérations utiles. Quant aux orages, qui ont une si grande importance enclimatologie, la France appartient à la région des orages d'été. Dans le nord, si l'on trace deux lignes dont l'une passe par Brest, Cherbourg et Dunkerque ; l'autre par la Rochelle, Orléans et Ghâlons-sur-Marne, toute la zone comprise entre ces deux lignes compte de 12 à 20 orages par an, le nombre des orages allant en croissant du N. au S. Au S. dé la seconde ligne et à l'O. de la chaîne des Cévennes, on compte 10 à 20 orages dans l'année, et d'autant plus qu'on s'avance davantage du S. vers le N, Enfin, dans une région comprise entre Lyon, Arles, les Cévennes et le Piémont, région qui embrasse tout le groupe des Alpes françaises, le nombre annuel des orages est en moyenne de 25 ; à Marseille, il n'est que de 11
Les autres phénomènes météorologiques n'offrent rien qui soit particulier au climat de la France.
M. Martins a divisé la France en cinq régions climatoriales : 1° Le climat vosgien ou du N.-E.; 2° le climat séquanien ou du N.-O., qui offrent tous deux l'exemple de climats assez froids, mais dont l'un est continental, comme celui de l'Allemagne, et l'autre marin, comme celui de l'Angleterre; 3° le climat girondin ou de S.-O.; 4° le climat rhodanien ou du S.-E., qui offrent la même différence, mais qui sont beaucoup plus tempérés; 5° le dernier, dit climat méditerranéen ou. provençal, forme une exception en France et fait partie du groupe météorologique de la Méditerranée. Pour les détails si importants et si dignes d'être connus, accumulés dans les nombreuses observations de • notre savant ami, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer au livre dans lequel il les a consignés. (Voy. Acclimatement, Air, Défrichement, Eau, Météorologie, Reboisement, etc.)
Bibliographie. — Nous avons déjà signalé, à l'article Acclimatement, auquel nous renverrons pour compléter celui-ci, l'impossibité d'énumérer ici les ouvrages presque innombrables qui traitent de la climatologie et de la météorologie, soit en général, soit a l'occasion d'une région particulière. Nous nous bornerons à citer ceux que nous avons spécialement consultés. ■ — Kaemtz, Cours complet de météorologie, traduit et annoté par Ch. Martins. Paris, 1858. — Météorologie de la France, par Glu Martins, dans Palria. Paris, 18,45. — Annuaire météorologique, parCh. Martins, Bravais, etc. Paris, 1848 1860, elc. — Collection de l'Annuaire du bureau des longitudes. Paris. — A. de Hnmboldt, Voyage dans les régions équinoxiales. — A. de Humboldt, Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe. Paris, 1817. — A. dî Humboldt, Recherches sur les chaînes de montagnes et la climatologie comparée. Paris, 1831.