COSMÉTIQUES
nous attachant seulement aux préparations nuisibles soit par
elles-mêmes, soit par les altérations ou falsifications qu'elles peuvent
subir.
Les cosmétiques sont empruntés soit au règne minéral, soit au règne végétal, plus rarement au règne animal, et se présentent sous la forme d'eaux aromatiques, de vinaigres, d'essences, de teintures, d'huiles, de savons, de crèmes, de pommades, d'opiats, de pâtes, de baumes, de poudres, etc., dont les bases varient.
Les préparations en petit nombre dont les éléments sont tirés du règne animal, telles que le blanc de baleine, la civette, les graisses, et celles qui viennent du règne végétal, peuvent être altérées et falsifiées de bien des manières. Mais la plupart du temps ces altérations ne portent que sur la qualité des cosmétiques, et ne sont pas de nature à atteindre en quoi que ce soit la santé des consommateurs. Elles consistent dans la substitution de substances inférieures, plus grossières et moins coûteuses aux essences fines, aux alcoolats aromatiques, aux huiles fines, aux baumes, etc., et constituent une spéculation ou une fraude, mais non un danger pour la santé publique. Cependant il arrive trop souvent que des substances métalliques se trouvent mélangées à certains cosmétiques soit à cause de leur mauvaise préparation, soit à cause de leur conservation dans des vases de cuivre ou de plomb. C'est ce qui arrive principalement pour les eaux spiritueuses, les essences, les huiles. D'autres substances et notamment les graisses, sont exposées à des altérations naturelles qui les rendent irritantes et qui doivent en faire proscrire l'usage.
A plus forte raison doit-on apporter une grande réserve dans l'usage des préparations dont les poisons minéraux forment la base.
L'arsenic entre dans la composition de la plupart des poudres épilatoires, et notamment du rusma oriental, qui est un mélange de chaux et de réalgar. On peut en trouver également dans les préparations où entre du bismuth arsenical. C'est ce qui arrive pour le blanc de fard ou blanc de perle (sous-nitrate ou tartrate de bismuth), et ce dont on s'assurera en le faisant bouillir dans l'eau distillée, laissant refroidir, en essayant le liquide filtré par l'appareil de Marsh.
Le plomb carbonate, qui peut être employé pour falsifier le blanc de perle, sert aussi à la composition des fards particuliers, soit du blanc de Krems ou d'albâtre, soit du blanc de vinaigre. Mais le plomb fait surtout partie des cosmétiques usités pour teindre les cheveux en noir. On emploie soit le sulfate de plomb mêlé à la chaux hydratée et à l'eau, soit la litharge broyée avec la craie ou la silice et la chaux vive hydratée, soit enfin la solution d'acétate de plomb mise en contact avec l'acide sulfhydrique. Ces divers composés peu-
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vent entraîner après eux les mômes accidents que les autres préparations saturnines.
Le nitrate d'argent, appliqué également en solution sur le cuir chevelu, et désigné sous les noms de eau de Chine, eau de Perse, eau dJ Egypte, eau de Chypre, eau de Java, eau d'ébène, peut produire, on le comprend, des effets extrêmement nuisibles, et il existe de nombreux exemples dans lesquels on a pu constater à la fois l'inefficacité et les dangers de ces différents cosmétiques.
Le mercure, soit à l'état métallique, soit à l'état de sulfure, incorporé dans des poudres épilatoires, notamment celle de Laforest, dans les liqueurs de teinture, comme l'eau de Chine et la liqueur russe, dans certaines émulsions ou laits destinés à faire disparaître les taches de rousseur, tels que la ligueur de Gorland, le lait antéphélique, Vémulsicn de Duncan; dans certains fards, certaines pâtes ou pommades, communique à ces préparations des propriétés toxiques très actives, qui en rendent l'emploi extrêmement dangereux.
Nous avons vu que la chaux entre dans un très grand nombre de cosmétiques ; elle ne contribue pas peu aies rendre irritants.
L'alun, comme toutes les substances astringentes, mêlé à quelque poudre odorante, n'est pas toujours exempt d'inconvénients.
Il est des substances inertes et inoffensives qui devraient être toujours préférées à ces préparations nuisibles, dont l'usage devrait être absolument proscrit. En effet, on a peine à comprendre, en présence des graves accidents qui ont plus d'une fois été produits par ces cosmétiques débités sur les places publiques ou prônés avec éclat, comment l'autorité que la loi arme de pouvoirs suffisants reste inactive, et comment aucune mesure restrictive n'a été prescrite. Les Conseils de salubrité, les savants chimistes qui ont fait de cette question une étude spéciale, M. Chevallier, M. 0. Réveil, ont à plusieurs reprises fait entendre à cet égard les plaintes les plus vives et les plus justes, et plus d'une condamnation a été prononcée à l'occasion d'accidents causés par des cosmétiques.
Mais la vente des cosmétiques soulève des questions graves et non résolues. Nous comprenons qu'on se demande s'il ne conviendrait pas d'assimiler les cosmétiques aux médicaments, et d'exiger que ceux. qui renferment des principes actifs soient exclusivement délivrés parles pharmaciens; nous croyons néanmoins cette confusion inutile et dangereuse. L'autorité administrative à laquelle est confiée la tutelle de la santé publique a très formellement le droit d'agir par une surveillance active, par la saisie, par la dénonciation h la justice contre les débitants de produits reconnus dangereux et nuisibles à la santé, et en particulier contre les cosmétiques vénéneux; il n'est donc pas besoin de nouvelles mesures.
TAKDIEU. DICT. d'IIYG. T. I. 41