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la vue et de l'ouïe s'altèrent, puis l'intelligence elle-même, et l'on voit survenir un affaiblissement graduel, des crampes, des contrac- l tures, l'anaphrodisie, l'impuissance marquée surtout des extensions de la main, l'anesthésie, la paralysie, l'atrophie musculaire, le dépérissement et une véritable cachexie. Mais, malgré l'extrême gravité de ces accidents, qui certainement pourraient se terminer d'une manière funeste, il est consolant de constater qu'ils ne se montrent pas rebelles à un traitement convenable, principalement fondé sur une médication névrosthénique et surtout à la cessation absolue de l'inhalation des vapeurs délétères. Seulement les rechutes sont faciles et fréquentes, et le retour aux anciens travaux ramène promptement des accidents nouveaux de plus en plus répétés et de plus en plus graves.
De telles causes d'insalubrité inhérentes aux travaux des ouvriers en caoutchouc appellent des mesures sévères d'hygiène publique et privée, et nous ne pouvons mieux faire que d'en emprunter l'exposé à l'étude si complète, si achevée de M. le docteur A. Delpech.
« La première à prendre serait d'interdire, autant que possible, à des ouvriers en chambre, l'usage du sulfure de carbone. Sans même parler de l'importance qu'il y a à les préserver malgré eux de l'empoisonnement volontaire auquel ils se soumettent pour obtenir un salaire plus élevé, n'y a-t-il pas un danger réel à laisser se développer des vapeurs aussi puissamment toxiques, dans les maisons anciennement construites, pour la plupart, etpeu aérées, des quartiers industriels où s'accumule une population nombreuse ? Et d'ailleurs, nous avons vu les familles mêmes des ouvriers profondément atteintes; il y a là des femmes, des enfants, que la loi ou des règlements de salubrité doivent protéger. Il devrait donc être interdit d'employer, au moins à dose considérable ou d'une manière continue, le sulfure de carbone dans des logements dépendants de maisons habitées. Tout au moins cette industrie devrait-elle s'exercer dans des chambres ou dans des pavillons écartés des habitations.
Ce serait donc, en général, dans des fabriques, où les précautions convenables peuvent être prises et que l'administration peut surveiller, qu'il faudrait concentrer l'usage industriel du sulfure de carbone. Mais, dans ces fabriques, quelles mesures d'hygiène doivent être exigées? Disons-le d'abord, plusieurs fabricants se sont préoccupés, avant même qu'on eût besoin d'intervenir, des améliorations à apporter dans les usines à caoutchouc. Nous nous servirons des progrès déjà réalisés pour arriver à établir ce qui reste encore à faire.
Les fabriques à réglementer sont de deux espèces : celles qui produisent le sulfure par Centaines de kilos chaque jour, et celles
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qui l'emploient à des usages industriels. Il y a peu d'accidents dans les premières, pour les raisons que j'ai indiquées déjà. On pourrait cependant exiger des fabricants que leurs appareils fussent placés, soit en plein air, soit sous de vastes hangars, soit dans de grands ateliers ventilés par les procédés que la science met à leur disposition. Les appareils seraient fréquemment inspectés, pour qu'on s'assurât qu'ils fonctionnent régulièrement et qu'aucune fuite ne compromet la santé des travailleurs. Les vases destinés à contenir le sulfure seraient hermétiquement fermés. On arriverait ainsi, sans aucun doute, à prévenir les accidents. Mais dans les fabriques où de grandes quantités de solution de caoutchouc sont dépensées pour enduire des étoffes, des bâches, pour souder des pièces diverses, ou pour fabriquer la pâte nécessaire au moulage d'objets variés, à l'étirage des fils, etc., il n'y a pas possibilité d'empêcher un dégagement considérable de sulfure. Toutefois on peut, en grande partie, par différents moyens, pallier ou détruire les inconvénients qui en résultent.
Déjà plusieurs fabriques ont abandonné, dans la préparation de certains objets, la pâte au sulfure. C'est ainsi que les fils ronds, fabriqués par pression à la filière, sont remplacés par des fils carrés, obtenus par section dans de longues plaques de caoutchouc. La chaleur est employée pour ramollir la matière première et l'amener, sous le laminoir ou sous la presse, à des formes pour lesquelles l'emploi du sulfure était autrefois indispensable. — 11 y aurait lieu pour l'autorité supérieure de favoriser par tous les moyens en son pouvoir, par des primes et des récompenses honorifiques, cette transformation, dont l'importance est si évidente.
» Là où l'emploi de la solution est indispensable, on arrivera peutêtre à remplacer le sulfure de carbone par d'autres corps. Certains industriels emploient encore l'essence de térébenthine; la benzine pourrait être utilisée ; mais aucun de ces produits ne possède au même degré que le sulfure la propriété dissolvante, et des recherches nouvelles sont nécessaires pour qu'il puisse être utilement remplacé. Il faut donc l'accepter en le rendant moins nuisible. On devrait exiger, d'abord, que les cuves de dissolution fussent fermées avec soin, au moyen d'une fermeture hydraulique, par exemple, et qu'on n'en tirât jamais que la quantité nécessaire au travail immédiat,
Mais il est une propriété curieuse du sulfure de carbone, utilisée déjà pour rendre les accidents moins. fréquents, et qui peut, mis en œuvre d'une manière générale, en éloigner beaucoup la menace. Nous avons dit que le poids spécifique de sa vapeur est de 2,67; aussi est-ce à la partie inférieure des appartements qu'elle s'accumule, et, quelque vraie que soit la loi du mélange des vapeurs, ton-