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le 12 mai 1595. Son successeur fut Martin de Garcez. Hugues de Lnubens, seigneur île Verdale, frère de ce cardinal grand maître, avait été fait chevalier des ordres du roi en 1585.
Voici son éloge par le P. Albj [16*4] :
« Celui-là n'a pas dit toute la louange des armes, qui n dit que l'honneur de* lois et des arts, qui s'étalent avec tant d'éclat aans I estime des hommes, est couvert sous les ailes de la valeur et de la vertu militaire. La religion même qui tient son origine et sa grandeur du ciel, prend une bonne part è l'effet de sa protection ; plante sa croix sur le bois des lance*; mêle le sang de ses martyrs avec celui des soldats ; et de ces fécondes semences cueille la moisson de ses palmes, et la gloire de ses plus belles conquêtes. C'est aussi ce qui a grandement relevé en crédit la très-illustre religion de Malte, qui, pour avoir consacré son courage et ses armes è la défense de la foi et du royaume de Jésus-Christ , et contribué largo ment de soit sang à arroser les palmes de l'Eglise chrétienne, a mérité du ciel ses plus amples bénédictions, et rendu la terre tributaire a ses vertus. Et c'est encore ce qui fit autrefois paraître plus belle la croix de Malte sur la pourpre de Rome*; en la personne du cardinal de Verdale, grand maître de Malte, en ce qu'il ne changea pas tant de profession, passant de la grande maîtrise au cardinalat, qu'il confirma en la nouvelle condition qu'il prit, l'ancienne obligation qu'il avait, d'épandre son sang, si besoin était , pour l'honneur et la défense de l'Eglise.
« Il naquit auprès d'Auch en Gascogne au château de Loubens, de parents trèsnobles et vertueux, qui prirent un soin fort particulier de le faire élever en tous les louables exercices des lettres et des armes , dans lesquels il réussit avec des avantages si visibles pour son âge, qu'ils eurent sujet de le tenir autant pour leur créature que pour leur enfant.
« Il fut dédié jeune d'ans à la religion de Malte, en laquelle incontinent qu'il eut des forces suflisauies pour essayer son courage eux courses qui furent faites contre les mécréants, il acquit une gloire, que tant de braves chevaliers achèteul de tour sang, et que plusieurs usant leur vie dans mille périls trouvent à peine après la mort. Il se trouva au siège de l'Ile de Zoare sous la conduite de Léon Strozzi, prieur de Capoue, où dans les perles que la religion fit à la levée du siège, il lui sauva une partie de l'honneur, emportant son étendard à la nage.
« Depuis ces premiers apprentissages de l'honneur, il n'estima rien d'égal aux occasions d'acquérir de la gloire, et à l'envie de bien faire, ne se jugeant né au monde, que pour n'être point du commun des hommes, que pour servir sa religion et l'Eglise, que pour profiler au public, et pour agir eu tout vertueusement. Donc il ne s'arrêta point en si beau chemin, comme l'ont ceux qui après deux ou trois bulles actions sonnent la re-
traite, et se contontonl d'avoir bi*n fait autant qu'il faut pour se sauver da blâme, et pour pouvoir soutenir par quelque preuve un peu d'honneur. Mais comme il jugeait bien que la carrière de la gloire était infinie, et sans bout, et qu'il ne devait le trouver qu'avec celui de la via, il entra dans toutes les hautes et difficiles enirc» prises que l'occasion lui présenta : il baltil.il poursuivit, il vainquit, et tint à toutes sortes de fatigue, travaillant sans rclJchi», et sans se luontrerjnmais dégoûté,] ni recru de la peine, tant que la main peut fournir au courage, et le temps à l'exécution.
« Cependant comme ceux qui gourer»
naieni lors le conseil eussent jugé que l'esprit fort et le courage relevé du chevalier de Verdale, joint h un bon sens et à uae »ccorte prudence, pouvait être de granJ service à la religion s'il était encore employé au maniement politique et è la négociation tant du dedans que du dehors, il fut fait commandeur du grenier, et quand et quand après commandeur de l'artillerie, etemsuiu quelques a n'ai rus importantes s'élant présentées [>our être traitées en cour de Rome, envoyé ambassadeur de la religion ver» le Pape Grégoire XIII, à qui son humeur fut aussi chère que son esprit et auprès de qui il reçut la grande commanderie de Pézeoas, nonobstant les ordres communs qui ne permettent point qu'on confère de semblable» charges aux absents. M lis aussi on jugea bien que c'était aux mérites extraordinaires quétaienljuslementdus les privilèges singuliers.
« C'était au temps auquel le grand maître de Maire, Jean de la Cassière, après avoir été traversé en tout et attaqué a force ouverte par un nombre de chevaliers qui s'étaient mutinés contre sa conduite, était vivement accusé è Rome auprès de Sa Sainteté et poursuivi par de violentes dénonciations pour être déclaré incapable de la maîtrisa; pendant qu'on avait fait élection a Malte da grand prieur de Toulouse de l'Esco, dit Boni egas, pour gouverner la religion en quililé de lieutenant du grand maître ; dans laquelle intrigue le commandeur de Verdale ne voulant entrer par considération, et pour cela appréhendant, eu ce temps troublé et plein d orage, de retourner è Malte, où la nouvelle charge qu'il avait reçue l'obligeait de se rendre dans l'an, il demanda au Pape Grégoire dispense de la résidence, laquelle il lui refusa, l'obligeant même d'arcomp*' gner Gaspard, vicomte, lors auditeur de Kote et depuis archevêque de Milan, qu'il envoyait avec plein pouvoir pour gouverner de son autorité la religion jusqu'à ce qu » eût terminé la contestation formée sur ■ conduite du grand maître. Et il arriva qw parmi les différentes passions des deut |*rtis et parmi la confusion d'esprits etd'e faires qu'il rencontra dans l'île, il fut *' agréable à. un chacun qu'on lui donna au»"* tôt la grand'eroix et la charge de gr*nd commandeur, qu'il exerça durant ces iw* bits avec tant de satisfaction qu'il Ol Prtn" dre à tous, sur les Asiuraoces «Je *w
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et les mesures de sa
ite, la conjecture ulure grandeur.
i En effet les deux chefs de parti ayant té cités a Rome pour comparaître en jugeiont devant Sa Sainteté, et le grand maître e la Cassière étant décédé dans le château aint-Ange où il était détenu, d'un accident Dudain et inopiné, et comme par un coup ilal d'une providence secrète qui étonna ts esprits les plus forts et mil le silenco ans la bouche des plus sages; et («e qui il encore plus étrange) le grand prieur de MiiiPgns, son concurrent, étant pareille» ;ent décédé après lui, en moins de vingtualre heures, et tous deux s'étant allés résinier au Juge commun et souverain de *us les hommes, le conseil de la religion, isemblé selon la coutume pour l'élection un grand maftre, les vœux et les suffrages immuns s'arrêtèrent en la personne du and commandeur de Verdale. En quoi ils » firent que suivre les désirs et l'incliua- >n du Saint-Père, qui l'avait nommé au nseil et recommandé son mérite par des rotes pleines d'honneur qui rendirent son eclion plus précieuse, et qui lui furent plus antageuses que la charge môme. .
« Cependant Sa Sainteté ayant examiné i fond les chefs d'accusation contre le ifunt grand maître, sur les véritables formations qui lui furent envoyées par le comte, il le déclara par sentence innocent, spendu à tort de sa charge et décédé légiue possesseur de la grande maîtrise, pour arque de laquelle il voulut qu'on ajoutât I écu 'lu ses armes la couronne de prince, >i n'avait encore été portée par aucun des ands maîtres, qui fut d'eutaot plus honoble à sa mémoire qu'elle lui lut adjugée r la bouche de la vérité et donnée par main de la justice.
■ Ensuite celle couronne étant demeurée
i partage d'honneur et pour ornement de grande maîtrise, le grand maître de Verlefulle premier des grands maîtres vivants
ii en porta son écu el ses armes richesnt attournées, qui en soutint la dignité r son mérite, comme il en égala l'éclat el mintnee par ses actions. Dont on voit en u de temps l'étal et les affaires de la relira prendre un air nlus heureux et un urs plus salutaire ; la gloire et la réputa- ►n des armes refleurir; toutes les passions ii avaient nourri jusqu'alors la division et révolte calmées ; la police et les mœurs 5'ées ; la justice, les arts et le bon ordre ablis.
■ Le Pape Sixte V, qui avait succédé an utifleat a Grégoire, bien informé des heuix succès de son gouvernement, lui enya un témoignage de l'estime en laquelle ivail la force de son esprit, et sa sagesse
la conduite des affaires, l'appelant k me auprès de sa personne par une lettre (•honorable, pour s'aider de son conseil au iseiu qu'il avait d'uoir les forces dus nces chrétiens pour s'opposer à la puisse ennemie du Turc. Il y alla en bel uipage avec cinq ga'èrea de la religion,
Diction*, des Cakumagi.
accompagné de huit grands-croix et de (rois cents chevaliers choisis et bien en ordre, qui attirèrent par cette illustre et pompeuse montre, les yeux, les vœux et les acclamalions du peuple romain, et firent avouer à tous ceux qui les considérèrent qu'il n'y a souvent que ceuxqui gouvernent qui fassent les bonnes et belles mœurs dans les Etals, comme les corps célestes font les bonnes et belles saisons dans le monde.
« Durant le séjour qu'il Gt à la cour de Rome, il donna de si grandes satisfactions nu Saint-Père, tant aux assemblées du conseil, par la sagesse généreuse de ses avis, comme aux entretiens privés par la sincérité de ses mœurs et de ses discours, qu'après l'avoir honoré aux occasions de toutes sortes de témoignages d'estime et de bienveillance, il le créa è la première promotion cardinal do U sainte Eglise, jugeant qu'il ne pouvait donner un fonds plus précieux à la croix de Jérusalem que la pourpre romaine, ni reconnaître plus dignement la valeur et le mérite d'un grand maître de Malte, qu'en lui baillant en main l'encensoir comme A un autre Machabée après avoir porté la lance.
« Il s'acquitta depuis religieusement de tous les devoirs de sa nouvelle profession avec tant de fidélité, que dans les fouettons de celte dignité si relevée il n'eut point d'autre amour et de plus forte passion que le zèle ; d'autre obiel que l'honneur de Dieu et de la religion chrétienne; d'autre ambition que le service de Dieu et des autels; et il n'abandonna pas pour cela les soins du noble ordre dont il était le chof, qui avaient été les premières attaches de son affection et de ses devoirs; ce qu'il montra bien après être retourné dans l'Ile de Malle, car il sembla n'avoir rien de plus a cœur que d'y faire glorieusement revivre la beauté de sa police, la dignité de ses ordres, la majesté du culte divin. Il bâtit un couvent aux Pères Capucins, orna magnifiquement les églises^ rédigea les statuts de l'ordre en une meilleure forme, tint la mein à la composition de l'histoire de la religion, et voulut qu'elle fût communiquée au public, jugeant que le monde avait intérêt de la savoir pour y reconnaître, ou les obligations de la chcélienté envers cet ordre, ou les glorieux exemples de ses chevaliers exposés à l'imitation de ceux qui voudraient se rendre tels el les exprimer en leur vie.
■ Or encore qu'il lâchât en sa conduite d'égaler les espérances du public par tous les efforts de son esprit et par toute la puissauce de sa sagesse, et que, pour éloigner les plaintes ordinaires qui se font contre ceux qui gouvernent, d'user de moins de retenue quilsne doivent en la dispensatiou des deniers publics, il eût été très-exact & ménager et conserver les revenus, et à tirer dans Tes coffres tous les honnêtes émoluments et les gains légitimes qu'il peut ; voire que par ses bons ménages il eut essuyé jusqu à deux cent mille écus de dettes de la religion; si ne put-il éviter d'êire accusé auprès du Pape Si île d'avoir affaibli
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le trésor par des protestons indiscrètes, et ensuite obligé de se laver à Rome auprès de Sa Sainteté, par son neveu qu'il y envoya eiprès, d'un blâme que l'envie ou la malice de quelques-uns avait versé sur son innocence. Mais en ces entrefaites il fut accueilli d une griève maladie avec laquelle il ne disputa pas plus longuement sa vie qu'autant qu'il lui fallut de temps pour se disposer à sortir heureusement du monde. On n'aperçut en lui depuis celte dernière atteinte que des mouvements du Saint-Esprit qui présidait dedans son cœur, qui dressa ses pensées à l'éternité, tempéra tous ses sentiments, régla ses affections, suscita et nourrit ses soumissions aux volontés de Dieu, sa dévotion aux choses saintes, et la tendre confiauce avec laquelle il consigna son âme entre les mains de son Rédempteur, le douzième jour du mois do mai, dédié à sa glorieuse ascension, en l'année 1595, treize ans après son élection à la charge de grand matire, de sou âge le 64', laissant après lui de grandes sommes dans le trésor, une police accomplie dans la religion, une entière réputation d'avoir toujours vé<u duns l'honneur, d'illustres exemples de valeur, de prudence, de probité et de piété, et des regrets immortels pour sa perte. »