‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 290 sur 402 · VANTERIE · texte numérisé non relu

VANTERIE

On peut définir la vanterie en ces termes, selon l'explication qu'en donne saint Thomas, Jactantia est vilium quo quis se effert supra id quod in ipso est, vel jsupra id quod est in opinione hominum, ou en ces termes qui sont de Cajetan : Est vilium quo quis plus de set quam sit , aut apparet , elevando dicit. Enfin Varron , cité par de Rochefort, dit que la vanterie est inanis et stulta prœdicatio , per quam quis se extollit supra id quod est in eo. Ainsi l'on voit que tous les auteurs, tant sacrés que profanes, conviennent sur la nature, la cause et la fin de ce vice, qu'il est l'effet de l'orgueil secret et de l'amour-propre, et qu'il est même une espèce de mensonge, selon le docteur angélique. La raison qu'en donno Cajetan est que jactantia proprie dicta opponitur veritati per modum excessus.

Ce vice a paru si odieux aux païens mêmes , qu'ils ne le pouvaient souffrir. C'est en effet par là qu'Alcibiade, qui se glorifiait en toutes rencontres de ses richesses, devint insupportable à Socrale, et que Sylla , général d'armée du roi Agrippa, se rendit odieux à ce prince et à toute la cour, à cause qu'il se vantait sans cesse de ses actions héroïques, comme le marque Josèphe dans son Histoire de la Guerre des Juifs, lib. xxvn, cap. 7. On va examiner la nature et la qualité de ce péché.

Cas I. On a agité la question : Si la van- — R. La jactance est un péché mortel, terie diffère de la superhe,et la superbe de 1° quand elle déroge à la gloire de Dieu,

comme quand l'impie roi de Tyr disait, Ezech. xxviii : Deus ego swm;2° quand elle blesse considérablement la charité due au prochain, comme faisait le pharisien , en disant , Luc xui : Non sum sicut cœleri hominum... velut etiam hic publicanus ; 3° quand elle porto préjudice à nos frères, comme quand un médecin ou un avocat , tous deux ignorants, se vantent de leur science pour attraper l'argent de ceux qui les croient*, k° quand elle emporte une tacite approbation du mal qu'on a commis, comme il arrive à tant de libertins qui se vantent de leurs mauvais commerce, de leurs démêlés , de leurs duels, de l'ivresse où ils sont tombés ou ont fait tomber les autres ; et alors il faut se confesser de la jactance et du crime qui en a été le sujet, et du scandale qu'on a donné. Hors de ces cas , la jactance n'est que péché véniel, secluso scandalo. Scandale qui sera toujours plus grand de la part d'une personne consacrée à Dieu que du côté d'un séculier

— Cas III. Henri découvre quelquefois a ses amis les grâces qu'il a reçues de Dieu. N'est-ce point là peccatum jactantiœ ?

R. Il y a des occasions où l'on peut le faire et où même on y est obligé. El cela arrive, 1° quand on a lieu de craindre l'illusion : c'est ainsi que saint Vincent de Paul, le plus humble des hommes , découvrit à quelques personnes éclairées la magnifique vision qui lui annonçait la gloire de la bienheureuse de Chantai; 2' quand il faut donner une juste confiance au prochain : c'est ainsi qu'un saint des derniers temps , saint Jean de la Croix disait à quelqu'un en confession : Je suis un pécheur, mais je ne suis pas igno-

la vanité. Qu'en penser?

R. Ces trois vices ont beaucoup de liaison ; mais ils diffèrent en ce que la superbe ou l'orgueil est un secret mouvement du cœur qui porte à se croire plus parfait que les autres et à se complaire dans sa propre excellence, très-souvent imaginaire. La vanité, qui en est une suite , est un désir de passer dans l'esprit des autres pour ce qu'on se croit être. La vanterie, ou la jactance, est un vice qui fait qu'un homme publie tout ce qu'il croit capable de le faire estimer ; par exemple, la noblesse de sa naissance, ses biens, son crédit auprès des personnes puissantes, ses amis, ses bonnes œuvres, sa capacité, ses belles actions, ses talents naturels, etc. , sa force d'esprit ou de corps, sa beauté ou sa bonne mine, son industrie ou son adresse, ou même ses vices et ses mauvaises actions, selon la fausse idée qu'il s'en forme. Saint Grégoire, lib. xm, Moral, c. 17, compte six effets de la vanité, qui sont : l'amour des erreurs ou des hérésies, l'hypocrisie , l'esprit de contenlion , l'opiniâtreté, la discorde et la désobéissance : Nom ex inani gloria , inobedienlia , jactantia, hypocrisis , contenliones , perlinaciœ, discordiœ et novilalum prœsumptioncs oriuntur. D'où il est évident que la vanité est la malheureuse source d'un grand nombre de péchés trèsgriefs, tels que sont les mensonges, les jurements, les parjures, les inimitiés, les discordes, les querelles et les injures. 1

Cas II. Ou a encore demandé si un homme qui se vanic pèche quelquefois mortellement ou non , cl par quels moyens on peut discerner l'un d'avec l'autre.

il.". VAS VAS OU

■<in(. ht c'est à pou près on co sens que saint otiam bic public&MIS. QUandoQUi vero est

'aul s'est loué plus d'une fois ; 3° quand on peccalum veniale , quanao scilicet aliquii de

)eut par là porter le prochain à s'unir à nous 00 talia jaclat , quœ neque sunt contra Dcum,

>our remercier Dieu de ses miséricordes : neque contra proximum. fagnijlcaté Dominum mecum% etc. Mais les Ce docteur aogélique ajoute que ce même

rais saints ne se rappellent guère les grâces vice peut encore être considéré en une se-

ue Dieu leur a faites, sans se reprocher coode manière, par rapport à sa cause qui

abus qu'ils croient en avoir fait. Le fond de est l'orgueil ou l'avarice, et qu'alors il est

elle réponse est tiré de saint Thomas, '2-2, péché mortel, si l'orgueil va jusqu'à un degré

. 1 12, art. 2, O. Voici comme il y parle : de malice qui soit péché mortel, et qu'aulrc-

'eccatum mortale est, quod charitati contra- ment il n'est que véniel. Alto modo poiesù

iatur. Dupliciter ergo jactantia considerari considerari secundum suam causant , scilicet

wlest. Uno modo, secundum se, prout est superbiam, vel appetitum lucri , uut inanis

nendacium quoddam : et sic quandoque est gloriœ; et sic, si procédât ex super bia, vel

leccatum mortale, quandoque veniale. M or- inani gloriu, quœ sit peccalum mortale, etiam

aie quidem . quando aliquii jactanter de se jactantia erit peccalum mortale : Alioqnin

rofert quod est contra gloriam l)ei ; sicut ex erit peccalum veniale. A l'égard de l'avidité

ersona régis Tyri, Ezech. xxvm. Elevatum du gain, il n'est mortel ordinairement que

st cor tuum, et dixisti : Deus ego sum : Vel quand il est dommageable au prochain. Hors;

tiam contra charitatem proximi ; sicut, cum cela, il n'est que péché véniel... non tamen

liquis,jactando"seipsum,prorumpitincon- semper est peccalum mortale, quia potesl

umelius aliorum, sicut habetur, Luc. xin, de esse taie lucrum , ex quo alius non damni-

iharisœo , qui dicebat ; Non sum sicut cseteri ficatur. lominum , rantores, injusti, adulteri , velut

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