CARMINS ET LAQUES
On donne le nom de carmin au principe coloré extrait d'un végétal ou d'un animal, et le nom de laque à la combinaison de ce principe avec un oxyde métallique, généralement Talumiiie, l'oxyde de zinc, l'oxyde d'étain, etc. Le carmin n'est pas im priih cipe chimiquement pur ; il renferme des quantités variables des substances qui l'accompagnent et quelquefois des réactifs employés à sa préparation.
Les laques, qui sont à proprement parler des sels, ne sont pas toutefois des produits chimiques purs, et c'est à regretter, para qu'elles seraient toujours identiques à elles-mêmes ; les laques contiennent souvent les impuretés des carmins et d'autres encore dues à une préparation moins soignée. On prépare les carmini de garance, de cochenille, de safran, d'indigo, d'orseille, les laques de garance, de cochenille et surtout les laques de bois colorants. On n'emploie guère en peinture que le carmin de cochenile, les laques de cochenille, les laques de garance, celles de bois de Fernambotic, les laques degaude et les laques de graine de Perse.
Carmins et laque de cochenille, — On fait bouillir pendant vingt minutes 10 kilogr. de bonne cochenille dans 1000 litres d'eau de rivière, tenant en dissolution 560 grammes de sel de soude; après l'ébullilion, on jette dans le bain 650 grammes d'alun épuré en poudre, on agite doucement pendant une minute, puis on laisse réagii» pendant environ trois quarts d'heure ; au bout de ce temps, le bain doit avoir acquis une belle teinte rouge, que Pceil exercé du praticien sait saisir; c est alors seulement qu'il convient de soutirer le liquide clair dans lequel on ajoute après le soutirage 600 grammes de crème de tartre en poudre ; on agite vivement pendant une ou deux minutes, puis on précipite les liqueurs avec 4 kilogr. de colle en gelée équivalant à 150 granunes de colle de i)oisson sèche ; cette quantité sufBt ordinairement pour déterminer la précipitation du carmin : cependant si elle ne suffit pas, on ajoute de la colle par petites portions jusqu'à ce que le carmin se sépare, on laisse ensuite déposer, puis on décante les liqueiu^ claires, on jette le précipité sur un filtre en toile, et quand il est suffisamment égoutté on Tétend sur des assiettes que Ton porte à Tétuve.
Les résidus provenant de 10 kilogrammes de cochenille qui
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ont servi à préparer le carmin sont repris pour en extraire 06 qu'ils retiennent de matières colorantes : pour cela on les Eait bouillir à trois reprises différentes pendant une demibeure dans 300 à 400 litres d'eau, aiguisés chaque fois de 500 grammes de cristaux de soude. Les liqueurs provenant de ces t^Tois ébullitions sont réunies aux eaux qui surnageaient le car- Knin, puis on les précipite avec de la dissolution d'étain (dissolution des teinturiers), si Ton veut obtenir une laque écarlate ; dans le cas où Ton voudrait préparer de la laque carminée, on verserait dans les liqueurs d'abord une dissolution d'alun, puis une dissolution de cristaux de soude ; Talumine en se précipitant entraine avec elle la matière colorante, qui est d'autant plus riche qu'on aura employé moins d'aliunine pour la précipiter. Après leur précipitation, on donne aux laques deux ou trois lavages.
Laques de garance. — M. Lefort, dont nous avons souvent consulté l'excellent livre sur les couleurs , donne le moyen suivant pour obtenir un carmin de garance applicable comme couleur.
La garance est mise à fermenter et lavée, puis versée dans quatre fois son poids d'acide sulfurique non nitreux, marquant 55* Baume. Le mélange est fait dans un vase de plomb entouré d'eau froide; toutes précautions sont prises pour éviter la trop grande élévation de température. On obtient ainsi ime bouillie qu'on abandonne pendant trois heures, puis qu'on délaye avec 5 parties d'eau. On filtre à travers le verre pilé et on étend d'une grande quantité d'eau aussi pure que possible.
Au moyen de cette dilution, la matière colorée devenue insoluble se précipite en entraînant des matières minérales, mais en moindre quantité que dans la laque. Cette belle couleur est composée pour la plus grande partie d'alizarine, principe immédiat de la garance dont on doit la découverte à Robiquet et à M. Colin.
Pour préparer la laque de garance on peut suivre la recette suivante :
La garance est lavée, épurée, afin de séparer le sucre et les matières gommeuses; l'eau de lavage est acidulée pour éviter toute perte de colorant. Cela fait, elle est traitée par 10 fois son poids dans une dissolution d'alun (1 dalun, 10 d'eau); la décoction se fait au bouillon, elle dure 15 à 20 minutes ; le liquide est filtré à travers ime chausse. On laisse tomber la température à 40 degrés, on ajoute en cristaux de soude 12 à 15 pour 100 du poids de l'alun employé et on porte à l'ébullition, la couleur se
cou COULEURS. IN
forme et se dépose. Celte recette n'a rien d'absolu, chaque fabi* ^'^ cant a la sienne. En somme, le procédé consiste à dissoudrela matière colorée au moyen de la dissolution aqueuse d'alun (^ est le meilleur dissolvant, ainsi que l'a démontré feu M. Stakte, |^* de Rouen.
Pour préparer avec avantage les produits qu'on peut obtenu de la garance, et dont les laques de Rome, celles de madame &► bert et celles de M. Robert, de Sèvres, sont des spécimens, iloHh vient de se reporter aux travaux publiés sur la garance par Roi»quet et M. Colin, par MM. Gaultier de Claubry, Runge, Persoi, et dernièrement par M. Kopp (Répertoire de chimie appliqm^ avril 1861 et mois suivants).
Laqus de bois. — La laque de bois rouge se prépare en faisant une forte décoction de fernambouc, et délayant dans ce liquide un mélange de craie et d'alun avec de Tamidon ; la matière amylacée se recouvre de sous-sulfate d'alumine, lequel fixe la matière colorée. C'est , ainsi qu'on le voit, une laque additionnée de matières étrangères.
La laque en boule de Venise se prépare, d'après M. Girardin, en pétrissant un mélange de gélatine et d'alumine en gelée dans une décoction de bois du Brésil, l'alim avive la couleur, le savon lui donne un reflet violet.
La préparation de la laque jaune de gaude ne diffère pas de celle de la laque rouge : on délaye de la craie bien pure dans l'eau, on y ajoute 1/5 de son poids d'alun, finement pulvérisé; on obtient ainsi du sulfate de chaux, du sous-sulfate d'alumine, et tandis que ce précipité complexe est en suspension, on ajoute une forte décoction de gaude, on laisse déposer, on décante, et la couleur rassemblée en pâte est portée sur des tabjes absorbantes de craie ou de plâtre où elle se ressuie, puis on la met en trochisques et on la fait sécher à l'ombre.
Les laques pour teinture seront étudiées à l'article Teinture ^^YEL.
Couleur du nerprun, — On peut dire du vert de Chine que c'est à proprement parler un carmin ; l'attention a été appelée sur ce produit par M. Daniel Kœchlin, qui a signalé comme digne d'intérêt, parmi les spécimens de l'industrie chinoise rapportés par les délégués français, un tissu de coton vert qui lui présentait des caractères particuliers. La connaissance qu'a l'Europe de la matière elle-même est due à M. Persoz. Ajoutons que M. Michel, de Lyon, a le premier publié le moyen d'obtenir la teinture en vert de Chine, que la maison Guinon, de Lyon, avait réalisée la première; enfin,