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CHOIX DES INGRÉDIENTS DE LA POUDRE

Le salpêtre destiné à la confection de la poudre doit contenir au plus un trois- millième d'impureté. Le salpêtre de troisième cuite est ordinairement dans ce cas. Le soufre est en canons; il a été purifié par une distillation soignée. Le charbon est celui du bois de bourdaine, de la chènevotte, du saule, du peuplier, du fusain ou du cornouiller sanguin. M. Regnault ajoute le châtaignier à cette liste. Habituellement, en France, on a recours à la bourdaine, et en Espagne à la chènevotte.

Carbonisation du bois de bourdaine. — On pratique dans la terre des fosses rectangulaires; une barre y tient lieu de chenet; sur ce dernier, on appuie des fascines de baguettes de bourdaine de 2 mètres de hauteur environ et de 2 ou 3 centimètres au plus de diamètre; elles doivent être écorcées. Chaque fascine pèse environ 15 kilogrammes. Dans le vide triangulaire laissé sur le sol par les deux rangs qui s'appuient sur la barre, on place de menues branches. On achève de remplir la fosse de fascines, on y met le feu par le bas et on bouche les vides à mesure qu'ils se produisent par de nouvelles fascines. Lorsqu'on en a ajouté autant que la fosse en contenait d'abord, on étouffe le feu, et quand

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le tout est suffisamment refroidi , on ouvre la fosse et on en tire le charbon à la main , en rejetant la braise et le bois mal carbonisé. Ce vieux procédé a été rajeuni.

Aujourd'hui les fosses creusées en terre sont cylindriques et revêtues de briques à Tintérieur. Leur diamètre est de 1 mètre 5 décimètres et leur profondeur de 1 mètre 20 centimètres. Les baguettes de bourdaine, pour y être placées, sont réduites à une longueur de 30 centimètres, et amoncelées de manière à dépasser de quelques centimètres l'ouverture supérieure de ce foyer. Une ouverture inférieure permet d'y mettre le feu par le bas. On rend la combustion plus uniforme en remuant avec une fourche les baguettes en ignition, et lorsqu'on a introduit dans la fosse tout le bois qu'on avait mis en réserve pour combler les vides, et qu?il ne se dégage plus de flammes , on bouche exactement l'ouverture de la fosse avec \m couvercle de tôle. On défoume deux ou trois jours après, et Ton tire le charbon à la main;

Carbonisation par distillation. — Le bois de bourdaine est écorcé, coupé en morceaux d'environ 1 mètre de longueur et placé dans des cylindres en fonte , disposés horizontalement dans un même fourneau; 12 de ces fourneaux sont rangés sur la même ligne. Les cylindres de fonte ont 2 mètres de longueur sur un diamètre de 70 centimètres. Les deux extrémités de chaque cylindre sont closes par des disques ou obturateurs; ils sont lûtes avec de l'argile mêlée de sable. Les disques de l'avant sont percés de quatre petites ouvertures, dont trois laissent arriver dans le cylindre des tubes de tôle fermés par un de leurs bouts , et qui contiennent des baguettes de bourdaine; ils servent à reconnaître la marche de la carbonisation. A la quatrième ouverture est adapté im tube de cuivre courbé qui porte les produit^ de la distillation un peu au-dessus d'un entonnoir ; cet entonnoir est adapté à un canal qui conduit à la cheminée de tirage. Les disques de l'arrière n'ont aucune issue, et sont adaptés à leur cylindre respectif, lorsque les baguettes de bourdaine ont été introduites dans l'appareil.

L'on n'a point cherché à utiliser les produits de la distillation, afin que toute l'attention de l'opérateur fût dirigée exclusivement sur la fabrication du charbon. La flamme du foyer enveloppe toute la circonférence des deux cylindres; mais afin qu'ils ne soient pas trop chauffés en dessous, leur demi-circonférence inférieure est protégée par un lut de quelques centimètres d'épaisseur.

La tourbe est le combustible que Ton préfère pour cette opération. Des registres horizontaux permettent de régler la chaleur ;

au besoin même on retire du combustible de certains points de la grille pour le porter vers ceux où la carbonisation languit; après onze à douze heures de chauffe, les tuyaux de dégagement cessent d^émettre de la vapeur; on ferme les registres, et la carbonisation cesse d'elle-même. Un rendement de 35 à 40 pour 100 en charbon est le résultat de cette manière d'opérer.

En arrêtant la carbonisation au moment convenable, on obtient le charbon roux, employé à la fabrication de la poudre de chasse la plus énergique. Quant à la poudre de guerre, on emploie le charbon noir; il suffit pour l'obtenir de pousser un peu plus loin la carbonisation.

Les fumées qui s'exhalent au-dessous de l'entonnoir laissent juger des progrès de l'opération, soit par leur couleur, soit par leur quantité. Effectivement, la distillation marchant lentement aune température qui ne dépasse pas 300^ ou à peu près, donne d'abord de Teau , qui apparaît en fumée bleuâtre, puis des acides carbonique et acétique et de la suie sous la forme d'un nuage obscur, qui peut brûler avec une flamme rouge. L'oxyde de carbone succède peu à peu à l'acide carbonique, la fumée s'éclaircil, et quand on y met* le feu la flamme devient de plus en plus bleuâtre et passe au violacé. L'hydrogène carboné le remplace, la fumée devient translucide et sa flamme jaune. Le dégagement continuant , sa flamme prend graduellement un vif éclat. Enfin la fumée cesse, et la flamme, devenue courte, finit par s'éteindre.

L'opération, étant arrêtée au moment où la flanune est violette, donne 40 pour 100 de charbon. Ce charbon est roux, sa nuance est le brun du chocolat, sa cassure vive et unie , ses morceaux flexibles lorsqu'ils sont minces, son toucher gras et comme velouté, sa flamme d'un jaune brun, claire et sans fumée, sa sonorité est mate, sa dissolution dans la potasse est presque complète. Sa distillation peut encore fournir du goudron , de l'acide pyroligneux et des gaz abondants. IL donne à l'analyse :

Carbone 0,735

Hydrogène 0,288

Cendres 0,007

Si l'on attend que les gaz provenant de la distillation du bois brûlent avec une flamme jaune, l'on n'obtient que 30 pour 100 de charbon. Si Ton cesse la distillation au moment où la flamme s'éteint, le poids du charbon obtenu n'est plus que de 15 pour 100. Le charbon est alors d'un noir bleuâtre, dur, rude et sec au toucher, très-cassant, d'un son clair, et la pression l'agglomère diffi-

cilement. La potasse ne le dissout point, et son analyse donne :

Carbone 0,906

Hydrogène 0,076

Cendres 0,018

Les charbons qui sont intermédiaires entre les deux précités le sont aussi en composition et en propriétés. Avant d'atteindre la couleur brun chocolat, le bois que l'on distille n'est qu'un fumeron, brûlant avec flamme et fumée : il n'a pas encore atteint l'état de charbon.

C'est vers 240° que le charbon roux s'embrase. Quand il est noir et à l'état de braise, le charbon s'allume aisément et s'éteint de même; celui qui est brun chocolat prend moins rapidement, mais une fois pris il ne s'éteint pas et brûle avec vitesse. Cette combustibilité est d'autant plus marquée que la légèreté du charbon est plus grande. La densité du charbon, quand il est en poudre, est au moins égale à 1 ,5 ; en masse, il en possède une trèsvariable, suivant que les bois dont il provient sont durs ou tendres, jeunes ou vieux, secs ou fraîchement coupés, et que la température qu'ils ont subie a été plus ou moins élevée.

Le poids du litre de charbon convenablement broyé s'élève en moyenne, selon sa provenance, à

Noir ordinaire. Fortement caloiné.

Charbon de chènevottes 59 grammes. » grammes.

— de fusain 124 — > —

— de hêtre 182 — » —

— de peuplier 124 — 187 —

— de bourdaine 133 — 177 —

— de chêne 385 — 471 —

C'est surtout lorsqu'il est en poudre fine que le charbon absorbe l'humidité. Le charbon le plus dense est celui qui l'absorbe le mieux, et le noir mieux que le roux; au maximum, la poudre du premier en prend 1 5 pour 100, quand le second n'en prend que?; en moyenne, le noir n'en eût absorbé que 8; éteint par immersion, il peut en retenir 25 à 30 pour 100 de son poids sans que l'œil puisse s'en apercevoir; or, cette humidité lui étant nuisible, il est bon de l'employer à mesure qu'on le produit. En conséquence, moins il reste en magasin et mieux cela vaut.

D'après M. Violette , le bois chauffé à 150^ ne donne que des morceaux de couleur brune et brûlant avec flamme et fumée, comme le bois lui-même; ce sont les fumerons ou brûlots. A 270*, le bois devient roux ; il flambe toujours quand on le met au feu :

ce n'est pas encore du charbon ; mais à la température de 280o, il devient friable sans cesser d'être roux, et il suffît d'une température de 240® pour Tenflammer : c'est le charbon de la poudre de luxe. A 340® s'obtient le charbon noir, s'enflammant à 370® : c'est celui de la poudre de guerre. A 442®, l'on obtient un charbon noir pouvant servir à la fabrication de la poudre à canon. Soumis à Faction d'une température de 1200 à 1500% le bois de bourdaine donne un charbon très-noir, plus compacte, moins friable que les précédents, et qui exige la température rouge pour son inflammation.

L'emploi de la vapeur surchauffée permet de réahser ces conditions. Il a été proposé par M. Violette.

Ce mode de carbonisation a été établi à Esquerdes et appliqué à la fabrication de la poudre de chasse, à laquelle il donne ime grande portée.

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