‹ Dictionnaire de l'argot des typographes précédé d'une monographie du compositeur d'imprimerie etChapitre 44 sur 47 · SIN · texte numérisé non relu

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casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et Tatelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame... L'enfant promettait !)

Singe^ s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n*est plus guère usité aujourd'hui et qui a été remplacé par Tappellation de typo^ vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite.

Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.

« Les noms d'ours et de singe n'existent que depuis qu'on a fait la première édition de V Encyclopédie y et c'est Richclet qui a donné le

nom d'our; aux imprimeurs, parce qu'étant un jour dans rimprimerie à eiaminer sur le banc de la presse les feuilles que Ton tirait, et s'étant approché de trop près de l'imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l'auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l'auteur d'appeler les imprimeurs à la presse des ourSf et aux imprimeurs à la presse d'appeler les compositeurs des singes, » (Momoro.)— Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d^hommes de lettres^ et MM. les imprimeurs de celui d*hommes du barreau.

Sonnettes, s. f. pi. Lettres ou mots mal justifiés qui tombent d'une forme qu'on lève de dessus le marbre.

Les sonnettes diffèrent des sentinelles en ce qu'elles ne restent pas debout comme ces dernières.

Sorte, s. f. Quantité quelconque d'une même espèce de lettres. |1 Au figuré, Con-

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te, plaisanterie^ baliverne. || Conter une sorte, c'est narrer une histoire impossible, interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes.

Les sortes varient à l'infini \ en voici quelques exemples :

« Oui, Bidaut, » est une réplique qui signifie : « Oui, oui, c'est bien, soit; je n'en crois pas un mot. » — « 11 parait qu'il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros, On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l'œil. » Ou bien encore :

« Le prote va mettre en main Y Histoire de la Chine (i"^, dont la préface fera à elle

(1) Cette iorte rappelle un fait véritable : rimmenaité des publications chinoises ; ainsi, d'après le Worhl, le See-Coo-Tswen'Ckoo ne comprendra pas moins de 160,000 volumes.

C'est une encyclopédie dont )o plan fut conçu à l'origine par l'empereur Kien-Long, vers le milieu du Svnie siècle, et dont l'exécution fUt confiée par lui, vers 1773, à une commission de savants et d'érudits chargée d'en faire les compilations.

Durant le siècle qui s'est écoulé.

78,716 volumes ont été publiés. De ce nombre, 7,353 tomes ont rapport

la théologie ; 8,152 traitent des quatre ouvrages classiques de In Chine et de la musique ; 21,626 sont historiques, et les 47,604 volumes

seule 45 vol. in-12. » C'est une scie qu'on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde.

On dit aussi : « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l'argent de la banque, parce que ce brait argentin rappelle celui des cloches' qui annoncent la mort du pape.

Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s'écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t'aimait? » comme s'il reprenait tout àeoup un dialogue commencé.

11 y a aussi des sùrtes en action. Quand un ooraposi-

restants traitent de la phUosophieet des sciences.

Les souverains qui ont taccesslvement régné sur le Céleste-Empire ont toujours été entouré* de littérateurs, de collectionneurs et de lecteurs de livres.

L'empereur actuel possède une bi* bliothëque de 400,000 volumes et U a donné l'ordre de réoair tous les poèmes écrits sous Tune des dynasties, pour être publiés en SOC volumes.

L'épaisseur des ouvrages n*en Csit pas le prix : les livres imprimés se vendent très bon marché en CMxa.

Ainsi, un ouvrage historique en 24 tomes coûte seulement de fr. 80 à 4 firancs.

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leur n'est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu'ils placent sur un tabourel devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l'attitude d'un compositeur dans son dur,

« Quand un compositeur n'est pas matlneux, dit l'auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C'est l'assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres: blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu'on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que Ton peut trouver. »

Voici une autre sorte en action dont la victime s'est longtemps souvenue. C'était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augusiins.

Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il ar-

I rivait parfois aux typographes de s'y égarer et d'acheter à la criée un lot de volailles :

des poulets, des pigeons ou des oies. A l'atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales :

il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles.

Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu'un jeune fiancé gagna à cette loterie d'un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l'enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d'endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous, » s'écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d'yeux

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significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau; c'en était un véritablement.

On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d'un moment pour s'esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s'assied à sa place en grommelant. L'amoureux typo, s'apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l'emmène à la cuisine, et quelle n'est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétisants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose .

L'oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête.

Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu'il ne «oit pas possible de voir ce qu'il con-

tient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s'essaye à jeter une pièce de monnaie; mais il n'atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer^ tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot.

Il est tout fier de son triomphe; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l'avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis... comment dire? remplis d'ordure.

II existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu'à nos jours.

Symbole (avoir, demander), v. Avoir, demander crédit. Cette expression nous paraît venir de celle-ci :

Passer devant la glace.

Comme on sait. Passer cfevant la glace y c'est payer au comptoir, derrière lequel se trouve d'ordinaire une glace. Dans cette glace, on y voit son portrait, son

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