V. HANNETON
H ! Exclamation ironique qui est employée dans une foule de circonstances. C'est l'abréviation du mot hasard^ dont on se sert également.
H! on hasdt'd! est employé ironiquement et par antiphrase pour dire qu'une chose arrive fréquemment.
Un poivreau vient-il promener sa barbe à l'atelier^ H!
s'écrient ses confrères. Quelqu'un raconte-t-il une soi^te un peu trop forte, son récit est accueilli par un H! très aspiré et fortement accentué.
Hanneton, s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. ||^ voir un hanneton dans le plafond, c'est avoir le cerveau un peu détraqué.
On dit aussi, mais plus ra-
HAN
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rement, ^co2> une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte.
Le hanneton le plus ré« pandu parmi les typographes c'est, nous l'avons déjà dit^ la passion de l'art dramatique. Dans choque compositeur il y a un acteur. Ce hannetonAêi, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au proQt de Thumanité.
Combien de veuves^ combien d'orphelins, combien de pauvres vieillards ou d'infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bienêtre et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d'autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu'il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci :
Un bon typographe, connu de tout Paris, d'humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l'improvisation. Quand il était
pris d'un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathé- Hique et l'aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s'étendait lourdement sur le parquet. Un jourqu'il avait improvisé de cette façon et qu'il était tombé mort an milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit dune bouteille pleine d'eau et en versa le contenu surlatète dupseudo- Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise. » C'est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré, et on avouera qu'il frise le coup de marteau.
Un autre a le hanneton de l'agriculture : tout en rx)mposant,ilrôve qu'il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde^ sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le rus, quando ego te aspiciam?
HÂN
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d'Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qull préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d'ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu!il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l'approche du siège de Paris. Vous voyez d'ici la chèvre l
Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s'en va, et, s'arrêtant à un endroit convenable, se paran^onne à l'angle d'un mur ; puis, d'une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : u Une voiture ! une voiture ! » jusqu'à ce qu'un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé.
Autre hanneton, Ccluî-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les Tiélhodes qu'il croit appli-
cables à son affection. Nous l'avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s'exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir... cocher.
Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la péehe à la ligne.
Pour lui, le dimanche n'a été inventé qu'en vue de ce passe- temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu'il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné,
Sur les humides bords des royau-
[mes du Vent,
de nombreux rhumes de cerveau.
Hannetonné, adj. Atteint de cette maladie spéciale qu'on nomme Aanne/on. La définition donnée par Alfred Delvau n'est pas exacte.
Pour lui, un hannetonné Qsi un homme qui « se conduit comme un enfant. » Ce n'est pas cela : le hannetonné agit
en vertu d'une idée fixe, et on sait que les enfants n'ont guère de ces idées-là.
Hareng, s. m. « Nom que donnent les imprimeurs aux compagnons qui font peu d'ouvrage. Ce nom vient de l'Allemagne. » (Momoro.) Cette expression n'est plus usitée. En Allemagne, ce mot est synonyme de gras ; OD dit: Il a reçu son hareng (haehriog) pour: Il a reçu son savon, son suif, son gras.