MONTRE
drophane des minéralogistes, Y œil du monde des bijoutiers. Cette pierre est faiblement translucide. Ce qui la fait rechercher des amateurs, dit Boue {Traité d'or/., p. 178, t. II), « c'est qu'elle présente, lorsqu'on la plonge dans l'eau, ce phénomène : son extrême porosité permet au liquide de la pénétrer, en chassant l'air qu'elle contenait dans son intérieur, de manière à laisser voir très distinctement les petites bulles d'air chassées par l'eau; après son immersion, elle devient transparente. » Cette pierre a le chatoiement de l'opale ; elle provient principalement de l'Italie et de l'Allemagne. Nous la trouvons mentionnée dans le testament de Marguerite d'Autriche daté de 1508 ; il y est dit : c< Quant à la restitution de l'escharboucle et monde d'or qu'avons présentement en nos mains pour gaige... »
Fig. 536. — Revers de la boîte de montre.
MONSTRANCE. — Yoy. Ostensoir.
MONTRE. — La montre est une petite horloge de poche, une horloge portative. Il est difficile de préciser l'époque où la montre fit son apparition. Vers la fin du xve siècle , Pancirole affirme qu'il en existait déjà qui n'étaient pas plus grosses qu'une amande.
D'autres prétendent que ce n'est qu'en 1500 que les premières montres furent fabriquées à Nuremberg par Pierre Hele; et comme elles avaient une forme ovale et assez d'épaisseur, on les nomma œufs de Nuremberg. Sous François Ier,
Fig. 537. — Profil de la montre.
Mirmécide, qui est cité comme un excellent ouvrier, en fit en forme de croix pectorale qui étaient fort petites. En 1452, une montre à sonnerie sur le chaton d'une bague fut, dit-on, offerte au duc d'Urbin. Carovagius,
Fig. 538. — Coq ou pont circulaire.
dit du Verfdier, exécuta pour André Alciat un réveil qui sonnait à l'heure marquée et qui allumait en même temps une bougie.
Henri VIII possédait une petite montre qui marchait huit jours sans être remontée. A l'époque de Charles IX, beaucoup de boîtes de montre étaient en cristal de roche. On connaît un assez grand nombre de noms d'hor-
MORAILLES. — MORTIER.
logers du xvie siècle, parce que généralement ceux-ci signaient leurs oeuvres sur le cuivre ou l'or portant le coq de montre ou pont. Notre figure 535 reproduit une montre en or du xvne siècle avec sa chaîne, sa clef et son cachet ; la figure 536 le revers de la boîte ; la figure 537, son profil; la figure 538, le coq ou pont circulaire, dont l'ornementation de bon goût rappelle, par l'enchevêtrement de ses entrelacs, celle du revers de la boîte (fig. 536). Le prince Soltykoff et Michel Pascal avaient de très belles collections de montres.
Vente San Donato. — N° 705. Montre carrée à cadran en émail, recouvert d'une plaque de cristal de roche à pans coupés , et décorée au revers et sur les côtés d'ornements en or ajourés, très finement ciselés. Cette montre avait appartenu à la reine Anne d'Autriche. Le mouvement était signé : Meybom, Paris. Hauteur, 0m,10; largeur, 0m,065. 1,800 lires.
MO RAILLES. — En termes de blason, ce sont des tenailles dentées intérieurement. Quand l'écu porte plusieurs meubles de ce genre, elles sont superposées.
MORDANT. — Pièce de métal qui termine l'extrémité d'une ceinture et qu'on laisse pendre, une fois celle-ci bouclée. Ainsi donc le mordant, l'ardillon et la boucle sont trois choses différentes que trop souvent on confond à tort.
MORESQUE (Art). — On nomme art moresque ou mauresque un style particulier qui a pris naissance et s'est développé en Espagne du xie au xiii6 siècle. Ce terme est tout à fait impropre, car il semblerait indiquer que ce sont les Maures d'Espagne qui ont créé un style particulier de l'art oriental ; ce qui est faux, l'art moresque n'étant qu'une des phases de l'art arabe. En effet , les Arabes habitaient l'Espagne depuis 711 , c'est-àdire depuis la bataille de Xérès ; tandis que les Maures n'y arrivèrent qu'en 1130, c'està-dire quatre siècles après, et tous les travaux qu'ils ont exécutés en Espagne dérivent de l'art arabe poussé à un plus haut degré de
richesse et de luxe. Ainsi l'art moresque n'est que l'art arabe arrivé à son apogée. Aussi proposons-nous de dénommer à l'avenir l'art moresque, art arabe de transition, puisque l'ancien art est Y art arabe primitif et qu'après les Maures d'Espagne il y eut une sorte d'art arabe flamboyant qui amena la chute définitive de cet art.
MORION. — Voy. Casque.
MORS. — Pièce de métal (fer, bronze, acier) quelquefois ciselée et argentée, qui se place dans la bouche du cheval, et qui sert à le gouverner et à le conduire. — On nomme mors de chape une agrafe qui servait à réunir et retenir sur la poitrine les bords d'un manteau, d'une Chape. (Yoy. ce mot.)
MORTIER. — Vase à fond ellipsoïde, ou qui représente plutôt l'intérieur d'une cloche , car sa partie supérieure est évasée. Il existe des mortiers en bois, en pierre, en marbre, en bronze, en fer, en cristal, etc. Ceux qui passent dans les ventes sont généralement en bronze et décorés de dessins en relief ; beaucoup sont ornés de fleurs de lis. A l'exposition rétrospective de Bruxelles de 1880, nous avons vu une nombreuse et fort belle collection de mortiers de bronze.
Vente San Donato. — N° 23. Mortier flamand en bronze , décoré de deux frises très élégantes, l'une à fleurs de lis, la seconde composée de chimères, de vases et d'arabesques. Sur le bandeau supérieur on lisait :
PEETER VANDEN CHEIN HEFT MI GHEGOTEN M. CC'CCC L VI.
Hauteur, 0m,20 ; diamètre, 0m,24. 400 lires. — N° 24. Mortier à couvercle , en porphyre rouge oriental antique. Hauteur, 0m,28 ; diamètre, 0m,27. 310 lires.
Ce terme sert aussi à désigner une ancienne coiffure.
Mortier. — Bouche à feu , ainsi nommée parce qu'elle a la forme d'un mortier à piler, et qui sert à lancer des bombes. Les mortiers sont en bronze ; il en existe de très anciens en fer fondu.
MOSAÏQUE (art de la).
MOSAÏQUE (Art de la). — Assemblage de prismes ou de petits cubes réguliers ou irréguliers faits au moyeu de matières plus ou moins dures (pierre, marbre, terre cuite, verre, émail, etc.). Ces cubes sont réunis, agglomérés à l'aide d'un mastic ou ciment quelconque ; on forme par leur moyen des dessins, des ornements , des figures d'hommes et d'animaux ; enfin on reproduit avec la mosaïque des tableaux : c'est le seul genre dont nous ayons à nous occuper ici, car les mosaïques imitation de peintures sont les seules recherchées par les amateurs. C'est de ce genre qu'un maître italien, Ghirlandaïo, a dit la vera pitture per Teternita essere il musaico. Georges Sand, dans ses Maîtres mosaïstes } dans un dialogue entre le Tintoret et le vieux Zuccato, montre bien le véritable rôle de la mosaïque et fait voir aussi qu'elle est la vraie peinture pour l'éternité. Yoici une partie de ce dialogue : « La mosaïque est un art véritable apporté de la Grèce par des maîtres habiles et dont nous ne devrions parler qu'avec un profond respect, car lui seul a conservé, encore plus que la peinture sur métaux, les traditions perdues du dessin au Bas-Empire. Si elle nous les a transmises altérées et méconnaissables, il n'en est pas moins vrai que sans elle nous les eussions perdues entièrement. La toile ne survit pas aux outrages du temps. Apelle et Zeuxis n'ont laissé que des noms. Quelle reconnaissance n'aurions-nous pas aujourd'hui pour des artistes généreux qui auraient éternisé leurs chefs-d'œuvre à l'aide du cristal et du marbre ! D'ailleurs, la mosaïque nous a conservé intactes les traditions de la couleur, et en cela, loin d'être inférieure à la peinture, elle a sur elle l'avantage que l'on ne peut nier : elle résiste à la barbarie des temps comme aux outrages de l'air. » Vasari, dans la Vie du Titien, regrette aussi que « la mosaïque, cet art aussi remarquable par sa beauté que par la durée de ses matériaux, ne soit pas davantage cultivée par les grands artistes. » En effet, à l'époque de Vasari, il y avait fort peu d'ateliers de mosaïque pour la reproduction des tableaux ; aujourd'hui il n'en existe pas davantage. Rome seule et la fabrique du Vatican , presque seule dans Eome , cultivent cet
art avec une certaine activité. Le fonctionnement'régulier de cette fabrique date de 1728 ; c'est le pape Benoît XIII qui nomma Cristofari directeur delta studio del mosaico; antérieurement les architectes chargés de la décoration des églises réunissaient en équipes les mosaïstes épars dans divers ateliers de Rome et de Venise, et leur distribuaient pour un prix convenu telle ou telle partie d'un monument à décorer. Aujourd'hui les mosaïques les plus remarquables dans le genre qui nous occupe sortent du Vatican, nous venons de le voir; aussi dans le paragraphe suivant indiquerons-nous les procédés employés dans cette fabrique.
Technique. — Les artistes, après avoir tracé sur un enduit en plâtre les contours du sujet qu'ils veulent rendre en mosaïque, enlèvent successivement le plâtre ; ils le remplacent par un mastic particulier : c'est dans celui-ci qu'ils piquent, les uns contre les autres, les petits fils d'émaux taillés (smalte des Italiens), et souvent passés à la meule pour rendre leur juxtaposition plus immédiate. Les grands tableaux sont faits par morceaux dont l'exécution est confiée à divers mosaïstes ; mais les coupures sont pratiquées dans des plis d'étoffes, dans des accessoires, très rarement dans les carnations ; du reste , ces coupures sont généralement horizontales. Quand tous ces morceaux sont terminés, et que la mosaïque est bien durcie, on l'enduit d'une couche de cire, puis on passe au polissage. On exécute celuici au moyen de poudre de grès très fine , puis on frotte , on tamponne au plomb, à la potée d'émeri, puis à la potée d'étain avec un tampon de linge ; on lave ensuite à grande eau et l'on frotte avec un chiffon souple de laine. On dégraisse la surface de la mosaïque à l'aide d'une brosse trempée dans l'essence, puis on lave à l'eau de savon. Arrivé à ce point , voici ce qu'exécute le mosaïste : pour les grands tableaux, il raccorde les différentes parties de sa mosaïque en les agrafant sur les murs, tandis que les tableaux de petite dimension sont terminés sur les tréteaux et encastrés ensuite dans les murs à la place qu'ils doivent définitivement occuper. Quand la mosaïque est agrafée , elle n'a pas encore l'aspect de la
MOSAÏQUE (art de la).
peinture, car la couleur uniforme du mastic s'aperçoit entre les interstices des smaltes. Il remédie à cet inconvénient en encaustiquant au fer chauffé tous les interstices avec de l'encaustique colorée suivant le ton de la partie
à encaustiquer ; puis le mosaïste frotte toute la composition avec un chiffon de laine graissé à la cire blanche fondue dans de l'essence. Quand les diverses parties sont bien dressées et bien frottées, le tableau produit un vérita-
Kg. 539. — Mosaïque de Constantine.
ble trompe-l'œil ; à peine si, en se plaçant de côté, on aperçoit à la lumière 'frisante de légères ondulations, que fournissent, du reste, même les toiles de grande dimension.
Les mosaïques anciennes sont aujourd'hui très estimées, les amateurs commencent à acheter des mosaïques de pavement pour en faire 'des revêtements de murs. Notre figure 539
DICT. DE L'AET.
montre une partie de la mosaïque de Constantine découverte à deux kilomètres de cette ville (Algérie); d'où son nom. Cette mosaïque daterait des successeurs du roiMassinissa, l'allié des Romains, qui avait fait de l'antique Cirta (Constantine) sa capitale. La portion que montre notre figure représente Neptune et Amphitrite debout sur un quadrige. Dans