‹ Dictionnaire de l'art, de la curiosité et du bibelotChapitre 295 sur 325 · TAPIS · texte numérisé non relu

TAPIS

colonies portugaises de l'époque de Louis XIV. Longueur, 3m,20; larg., 2m, 50. 1,850 fr. — K° 458. Tapis de table en satin crème richement brodé à fleurs, guirlandes, rubans, etc., en soie de couleur et garni d'une frange. Long., lm,70 ; larg., l'",28. 450 fr. — N° 459. Tapis de table analogue au précédent, mais de moindres dimensions : 1"',25 sur lm,35. 390 fr. — N° 460. Tapis de table en soie bleu clair, à fleurs brochées en soie de couleur, et d'argent. Long., l,n,35 ; larg., lm,50. 250 fr. — N" 461. Tapis de table en satin blanc, décoré d'oiseaux et de fleurs brodés en soie de couleur, et offrant aux angles des corbeilles de fleurs. Travail chinois. Long., 2n,,15; larg., 2m,47. 580 fr.

Tapis d'Orient. - De nos jours, les tentures et les tapis d'Orient jouissent d'une grande faveur, bien méritée du reste, parce que ces pièces sont remarquables par leur coloris brillant et harmonieux, par la beauté de leur ornementation et la solidité de la teinture des laines soyeuses utilisées pour leur fabrication. Les tapis de Smyrne se fabriquent dans toute l'Anatolie, principalement à Ouchack, à Ghourdès et à Koula. C'est surtout dans la première de ces villes que se fabriquent les tapis turcs de haute laine , ainsi que l'étoffe à double face employée pour portières et nommée Jcilim. Ouchack occupe environ 1,500 métiers, 3,000 ouvrières; 400 jeunes filles et 600 hommes, pour le lavage, le peignage et la teinture de 400,000 kilogrammes de laine. Cette industrie a fait un tort considérable à l'industrie française, et nous devons avouer que ce sont les grandes maisons de draperies et de nouveautés, principalement les maisons de Paris, qui ont poussé à la consommation de ces tapis en France. Il faut ajouter que les tapis orientaux sont d'une solidité et d'une durée à toute épreuve, et qu'ils ne coûtent que de 14 à 22 francs le mètre carré, c'est-dire le prix des moquettes anglaises, qui certes ne peuvent rivaliser avec eux ni comme solidité ni comme goût.

Vente San Donato. — N° 147. Tapis de Smyrne ancien, mesurant 8m,10 sur 7m,80, à fond rouge à semis de trèfle bleu, à médaillon central, coins et bordure fond bleu. 1,600 lires.

Tapis sarrasinois ' ou sarrazixois. —

Nous ne connaissons aucun ouvrage qui ait donné de ce mot une définition exacte, parce que les différents auteurs qui nous ont précédé n'ont vu dans ce terme qu'un genre particulier de tapis. Or, au moyen âge et longtemps après, on appliquait le terme de sarrasin à tout ce qui avait un caractère oriental ; de là vient la variété des définitions des tapis sarrasinois : les uns ont dit qu'ils étaient brodés ; les autres , veloutés ; les autres , rayés, etc. Ainsi A. Lacordaire, dans une notice sur l'origine et les travaux des manufactures de tapisseries des Cobelins, suppose que le travail sarrasinois est une broderie d'une nature spéciale. Evidemment cette définition est par trop restreinte. Dans ses Tapisseries bruxelloises, M. A. "Wauters écrit (p. 9) : « Quant à l'expression de tapis sai'rasinois, sur la signification de laquelle on n'est pas d'accord, elle désignait évidemment le travail de basse lice, qui n'est jamais nommé dans les documents anciens, tandis qu'il est souvent question de celui de haute lice. » De son côté, la commission des Gobelins dit dans un rapport publié dans ^Officiel, en avril 1877 : « La fabrication des tapis veloutés, appelés dans l'origine tapis sarrazinois, fut introduite en Occident par les Orientaux vers le xn° siècle. Ce n'était alors que des tissus brodés en soie et or, au petit et au long point, sur une pièce de toile ou sur un fond de velours. Venise fut la première qui fabriqua ces étoffes ; de là elles se répandirent dans les Flandres , à Amis. » Cette définition est déjà plus large, puisqu'elle comprend deux genres de tapis, ceux en broderies et ceux veloutés, seulement nous pensons que les tapis sarrasinois ont fait leur apparition dans notre pays avant le xnc siècle ; car les Sarrasins, lors de leur invasion sous Char les-Martel (733), amenèrent sans aucun doute en France des ouvriers qui fabriquèrent des tapis veloutés, dont l'usage était exclusivement réservé à la noblesse, tandis que les tapis nosirez ou tapis ras, d'une fabrication très ordinaire, étaient d'un usage général.

Tapis de basse lisse. — Voy. Lisse.

Tapis de haute lisse. — Voy. Lisse.

Tapis de verdure. — Ce terme sert à désigner un genre de tapisseries à paysages

TAPISSERIES

dans lesquelles la figure humaine n'est qu'un accessoire, tandis que les animaux, les constructions architecturales, les plantes, les arbustes et les arbres verts forment le principal motif de décoration des tapisseries de verdure. Notre figure 653 montre uue tapisserie flamande, dite verdure, de la fin du xvne siècle.

TAPISSERIES. — Grandes pièces d'ouvrage de laine ou de soie employées à revêtir

les murs d'une chambre ou à couvrir des meubles ; on les nomme aussi tentures. On désigne de même des ouvrages faits à l'aiguille sur du canevas, avec de la laine ou de la soie ; suivant le travail, on nomme 'ces ouvrages tapisseries au gros point ou au petit point. Nous ne nous occupons dans le présent article que des tapisseries du premier genre, c'est-à-dire des tentures dites tapisseries de haute et de lasse lisse. (Voy. Lisse.)

Pig. 6-53. — Tapisserie dite verdure.

Histoeique. — L'usage de la tapisserie remonte à l'antiquité la plus reculée; les peuples nomades avaient des tentes formées au moyen de tissus : c'était là un premier emploi de la tenture. Les Babyloniens, les Égyptiens, utilisaient de belles tapisseries pour décorer leurs palais et leurs temples. Les Hébreux avaient appris de ces peuples la fabrication des tapisseries; nous voyons dans la Bïble une description , donnée par Moïse, de dix tentures qui ornaient le tabernacle. Enfin nous savons, par différents auteurs anciens, que les villes de Babylone, de Tyr, de Sidon, de Carthage, de Pergame, de Milet et d'Alexandrie étaient de

grands centres de production ou d'exportation de tapisseries pour les pays occidentaux. Les Grecs et les Romains tiraient leurs tapis de l'Orient, principalement de l'Egypte, et Cicéron ne craint pas, dans sa plaidoirie contre Verres, d'accuser celui-ci d'avoir volé dans divers pays,- notamment à Messine et à Syracuse, des tapisseries d'environ 200,000 sesterces. Pline l'Ancien (VIII, 48) nous apprend que Néron avait acheté des tapisseries babyloniennes, pour couvrir des lits de festin, et qu'il les avait payées 4 millions de sesterces, c'est-àdire 400,000 francs. Les rideaux de théâtre chez les Romains étaient faits au moyen de

TAPISSERIES

tapisseries à personnages (1). — C'est aussi l'Orient qui, dans les temps modernes, a fourni à l'Europe des tapisseries jusqu'au IXe siècle. Au moyen âge, les tentures et les étoffes bro-

dées sont largement employées pour la décoration des châteaux, des églises et des clôtures formant les lices des tournois ; à cette époque, elles portaient généralement les armoiries de

■*.<. GOl/TZ WILltX.

Fig. 654. — Tapisserie du Garde-meuble (la Balançoire).

leurs propriétaires, et les sujets qu'elles représentaient étaient assez variés ; c'étaient tantôt des scènes historiques, tantôt des sujets de

(1) Dans notre Dictionnaire d'architecture, au mot Rideau, nous avons donné beaucoup de détails sur le rideau de théâtre et sur ses diverses dénominations.

chasse, ou bien encore la reproduction des faits et gestes des héros de la Fable ou des héros des romans de chevalerie. Au xne et au xme siècle, l'art de la tapisserie fut très prospère en France; c'est, du reste, le premier pays de l'Europe où il s'était acclimaté; de là il se répandit dans les Pays-Bas, en Italie, en Es-

TAPISSERIES

pagne, en Angleterre et en Allemagne. Sons Louis IX et jusqu'au xive siècle, la France avait, pour ainsi dire, en Europe le monopole de ces belles tentures.

Depuis près de quarante ans, on s'occupe beaucoup en Europe, et surtout en France, des tapisseries ; aussi les travaux publiés à ce sujet par des savants des divers points de l'Europe ont permis de pouvoir écrire une histoire générale de la tapisserie (1). Ces beaux produits de l'art méritaient bien, du reste, la faveur que les curieux leur ont accordée, car ils nous ont fourni des renseignements importants au moyen des représentations figurées qu'ils nous montrent : ce sont des batailles, des sièges, des légendes, des histoires, des tournois, des mariages, des entrées triomphales. Les divers personnages nous ont fourni des détails les plus circonstanciés sur les costumes, les mœurs et les usages, qui, sans les tapisseries, nous seraient totalement inconnus.

Nous allons donner une énumération succincte des tapisseries historiques les plus célèbres, puis de divers genres de tapisseries fabriqués dans divers pays.

Tapisserie d'Aix. — Cette tapisserie, achetée à Paris, le 4 avril 1656, par le chanoine Minato, pour la cathédrale d'Aix en Provence, représente l'histoire de la Vierge et celle de Jésus-Christ ; elle se compose d'environ quinze panneaux ou compartiments qui fournissent une longueur totale de 60 mètres, puisqu'ils mesurent chacun 2m,40 de hauteur sur 4 mètres de largeur. Cette œuvre, qui fut payée 1,200 écus, est en laine et soie ; exécutée d'après les cartons de Quentin Metsys d'Anvers, elle est datée de 1511.

(1) Voici les titres de quelques-uns des principaux ouvrages sur les tapisseries : E. G-uichard, les Tajiisseries du garde-meuble, (mobilier national), 1 vol. in-fol. avec 100 planches, Paris, Baudry, 1877. — J. G-uifïrey, Histoire générale de la tapisserie, 25 livraisons in-fol. et planches, Paris, Société anonyme, 15, quai Voltaire, 1879. — Baron de Boyer de Sainte-Suzanne, Notes d'un curieux sur les tapisseries de haute et basse lisse, anglaises, italiennes, françaises et flamandes, 1 vol. in-8° carré et 1 vol. in-8°, Paris et Monaco, 1878 et 1879. — Van Drivai, les Tapisseries d'Arras, 1 vol. in-8°, Paris, Rouveyre, 1879. — A. Wauters, les Tapisseries bruxelloises, 1 vol. in-8°, Bruxelles, YTe J. Baertsoen, 1878.

Tapisserie d'Amiens. — Cette tapisserie appartient à la cathédrale d'Amiens ; elle représente l'entrée de saint Firmin dans cette dernière ville ; il y a de nombreux personnages; le fond montre la Somme et la ville d'Amiens; elle est datée de 1612.

Pig. 655. — Tapisserie de Fontainebleau.

Tapisseries d'Angers. — Cette ville possédait de nombreuses tapisseries, on voyait notamment à la cathédrale les tapisseries de Y Apocalypse , au nombre de cinq ; quatre autres pièces représentant la Passion (xve siècle); enfin des tapisseries des xvie, xvne et xviii6 siècles; la plupart proviennent de l'ancienne manufacture d'Aubusson.

TAPISSERIES

Tapisseries d'Aulhac. — Voy. ci-dessous, Tapisseries d'Issoire.

Tapisseries d'Auxerre. — En 1502, Jean Baillet, évêque d'Auxerre, donna à la cathédrale une suite de neuf pièces de tapisseries des Flandres, qui datent de la fin du XVe siècle ; elles ont appartenu à l'hospice de cette ville, auquel elles furent cédées en 1770 par le chapitre ; on peut les voir aujourd'hui au musée de Cluny (nos 6286 à 6303 du catalogue). Elles représentent la légende de X invention de saint Etienne, titre sous lequel Jacques de Voragine, dominicain, a consacré plusieurs feuillets de sa Vie des saints {legenda aurea) à l'histoire de saint Etienne (1).

Tapisserie de Bayeux. — Parmi les tapisseries historiques, celle de Bayeux est très renommée. C'est une broderie sur une toile de lin qui ne mesure que 50 centimètres de hauteur sur 70m,35 de longueur ; elle représente la conquête de l'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie. Le sujet de chaque scène est indiqué par une inscription latine. Le fond de cette tapisserie est aujourd'hui brun; le dessin des figures est assez primitif et barbare, il est brodé à l'aiguille avec des laines de huit couleurs. — On considère cette tapisserie comme l'œuvre de la reine Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, qui l'aurait brodée vers la fin du xie siècle. Quelques archéologues l'attribuent à Mathilde, fille de Henri 1èr; elle ne serait. donc que du XIIe siècle. Les costumes des personnages, le temps qu'il a fallu pour exécuter cette œuvre, nous feraient admettre plutôt cette date ; mais nous pouvons dire aussi que peut-être Mathilde , la femme de Guillaume, l'a commencée et que sa petite-fille l'a achevée : de cette façon tous les antiquaires seraient d'accord, et les longs débats qu'a soulevés cette broderie seraient clos.

Tapisserie de Beaune. — L'église de Beaune possède une tapisserie du xvie siècle qui représente la vie de la Vierge.

Tapisseries de Beauvais. — Les tapisseries de Beauvais, autrefois fort nombreuses,

(1) Légende dorée de Jacques de Voragine, translatée du latin en français (incunable du XVe siècle).

peuvent se diviser en deux genres différents : celles qui représentent les sujets religieux, et celles qui reproduisent les sujets profanes. Les premières furent données à la cathédrale par Guillaume de Hellande (et non de Hollande, comme on le voit imprimé dans divers ouvrages), évêque de Beauvais. Sept pièces sont à la cathédrale, et la huitième est au musée de Cluny (n° 6284 du catalogue) ; elle représente

C0MENT L'ANGE MENA SAINT PlERRE HORS DE LA PRISON D'HÉRODE.

Les tapisseries à sujets profanes représentent la fondation des principales villes des Gaules. Parmi les personnages représentés, on voit : Belgius, roi des Gaulois, fondateur de Beauvais ; Lugdunus, roi des Gaulois, fondateur de Lyon; Rémus, frère de Romulus, fondateur de Reims, etc.

Tapisseries de Berne. — Ces tapisseries, de grandes dimensions, sont exposées dans une des salles de la bibliothèque de Berne : c'est du moins là où nous les avons vues en 1881. Elles sont au nombre de dix ; six furent prises à Granson et à Morat sur Charles le Téméraire; aussi les nomme-t-on également tapisseries du camp du Dr a}) d'or. Elles ont été exécutées au commencement du XVe siècle ; leur conservation est remarquable. Les principales scènes représentent l'Adoration des mages, César franchissant leRubicon, Trajan écoutant la plainte d'une veuve, etc.

Tapisseries de Boussac. — On voit à la sous-préfecture de Boussac, dans le département de la Creuse, trois tentures dites de Zizim; elles datent du xvic siècle et représentent des épisodes tirés du roman de la Dame à la licorne.

Tapisserie de Chartres. — L'évêque de Thou a donné à la cathédrale de Chartres une tenture représentant lès Actes des apôtres, d'après Raphaël.

• Tapisserie de Dijon. — Cette tapisserie mesure 2m,40 de hauteur sur 6m,60 de longueur ; elle représente le siège que soutint cette ville contre les Suisses en 1513 ; elle est divisée en trois compartiments qui ne contiennent pas moins de cinquante personnages chacun; on la voit aujourd'hui au musée de cette ville. Cette pièce est signée d'un G, ce qui a permis

TAPISSERIES

de dire que c'était peut-être l'œuvre d'un tapissier de Bruges, Pierre Godefroy, qui travailla à Orléans vers 1555 ou 1557 ; du reste, cette tapisserie est bien du xvie siècle.

Tapisseries d'Issoire. — Ces tapisseries, qui appartenaient à un habitant d'Aulhac (Puy-de-Dôme) , lui furent enlevées pendant la révolution et. déposées au palais de justice, où

elles sont encore, mais bien détériorées; elles représentent le siège de Troie, mesurent 4m,35 de hauteur environ et datent du xve siècle.

Tapisserie de Marseille.— Voy. ci-après Tapisseries flamandes in fine.

Tapisseries de Nancy. — Nous ne par-

lerons que de l'une de ces tapisseries, celle qui fut prise dans la tente de Charles le Téméraire, après la bataille de Nancy en 1477. Elle se compose d'une suite de cinq pièces mesurant ensemble 25 mètres de longueur sur 4 mètres environ de hauteur ; c'est une œuvre .fia-

TAPISSERIES

mande qui représente l'histoire allégorique des inconvénients de la bonne chère ; le sujet est expliqué en vers français : 1° Repas offert par Dîner à Bonne- Compagnie »; les amphitryons sont : Dîner, Souper, Banquet ; les convives : Bonne-Compagnie, Gourmandise, Friandise, Passe-Temps, etc. 2° Banquet reçoit à sa table Bonne-Compagnie et ses amis, et se prépare à faire frapper ses convives par les maladies. 8° Combat livré par Banquet et les maladies aux convives : Apoplexie, Paralysie, Pleurésie, Colique, Hydropisie, Gravelle, Goutte, etc. 4° Expérience, entourée de ses conseillers, prescrit comme remèdes : sobriété, pilules, etc., et ordonne l'arrestation de Banquet et de Souper. 5° Expérience, assistée de quelques docteurs et de juges, prononce la sentence de mort de Banquet.

Tapisseries de Paris. — Les tapisseries historiques de Paris sont nombreuses ; elles figurent au musée de Cluny, au Mobilier national, au Louvre, aux Gobelins, au palais de l'Elysée , etc. Notre figure 654 montre une tapisserie du Garde-meuble, la Balançoire, d'après Boucher; notre figure 655, une tapisserie de Fontainebleau aux armes de Catherine de Médicis.

Tapisseries d'Arras. — Les tapisseries d'Arras ont toujours eu une grande renommée ; nous lisons dans le Champion des dames de Martin le Franc, poète du XVe siècle, natif d'Arras, les vers suivants :

Si tu parles d'art de peintrie,

D'historiens, d'enlumineurs, D'entailleurs par grand maistrie, En fust-il oncques de meilleurs ?

Va veoir Arras ou ailleurs L'ouvrage de la tapisserie ; Puis-je laisser parler les railleurs De l'ancienne plèterie ?

Mais il se fabriquait bien avant le XVe siècle des tapisseries à Arras, c'est un fait certain. D'après une brochure publiée par l'abbé Dehaines, archiviste du département du Nord, il résulte de documents authentiques que, dès l'année 1310, Arras possédait des fabriques de tapisseries à personnages. M. Dehaines démontre qu'on y fabriquait également des tapis sarrasinois. (Cf. la Tapisserie de haute

lisse à Arras avant le xve siècle, par l'abbé Dehaines, broch. in-8° de 16 pages, Paris, Pion et Cic, 1880.) — Une histoire d'Angleterre qui se termine en 1152, histoire écrite par un chanoine de Lincoln, Huntington, nous apprend qu'à ce moment toutes les belles tapisseries d'Angleterre étaient achetées à Arras ; il est donc probable que cette fabrication remonte au xic siècle, ou tout au moins à la première moitié du xnc siècle. Les tapisseries d'Arras (apus atrebaticum) sont tissues de laine, d'or, d'argent et de soie; les Italiens les nomment arrazzi, les Anglais arrasivork; elles sont répandues partout , mais nous devons ajouter que beaucoup de tapisseries dites d'Arras ont une tout autre origine. (Voy. ci-après, Tapisseries flamandes.)

Tapisseries d'Aubusson. — Les tapisseries d'Aubusson ont une origine fort ancienne, puisque l'on attribue l'importation de cette fabrication à des Sarrasins échappés à la bataille de Poitiers (732) ; d'après une autre tradition, ce ne serait que dans le commencement du xive siècle que des émigrés flamands auraient établi les premiers métiers d'Aubusson. — On fabrique à Aubusson des tapisseries de tout genre, des tapis de pied, et des tapisseries pour meubles et tentures. La chaîne de ces ouvrages est en laine; suivant le degré de finesse du tissu, le prix du mètre carré varie de 20 à 300 francs. On fait également à Aubusson de la moquette; dès 1740 cette fabrique a produit des tapis veloutés façon de Turquie. Aujourd'hui Felletin et Bellegarde, deux villes de la Creuse voisines d'Aubusson, font une fabrication analogue à celle de cette dernière ville, mais les produits sont moins beaux, d'un tissu moins fin et, partant, d'un prix inférieur. « Les fabriques de tapisserie de Bellegarde, importantes au xvie siècle et au commencement du xvne siècle, paraissent avoir décliné dès 1636 ; leur sort fut lié à celui des manufactures d'Aubusson, et elles participèrent comme ces dernières au mouvement de reprise momentanée que les règlements de Colbert provoquèrent en 1665. Lorsque les longues et cruelles circonstances qui attristèrent la fin du règne de Louis XVI réduisirent le nombre des ouvriers tapissiers à Aubusson, ceux de Belle-

Cm ^

W -ni

fi

LU

TAPISSERIES

garde y vinrent combler les vides que tant d'autres causes y avaient faites. » (Pérathon, Notice sur les manufactures à" Aulusson , de Felletin et BeMegarde.)

Notre figure 656 montre une tapisserie du xviè siècle qui mesure 4m,80 de largeur sur 3m,85 de hauteur ; cette tenture représente le cavalier de la mort portant clans sa droite une

Fig. 657. — Tapisserie flamande, dite des Aygalades.

épée et de l'autre un sablier ; les groupes qui entourent ce cavalier figurent les sciences, les religions, le luxe, la toilette, etc.

Tapisseries des Gobelins. — Parmi les fabriques françaises importantes, la première est sans contredit les Grobelins par la beauté

des produits de sa fabrication. Colbert, dès 1662, réunit aux Gobelins tous les ateliers de haute et basse lisse disséminés auparavant au Louvre, à la Trinité, à la rue de la Planche. Le grand tort qu'on a eu dans cet établissement jusqu'en 1874, c'est de copier des ta-

TAPISSERIES

bleaux de maîtres pour les tapisseries, au lieu d'exécuter celles-ci d'après des œuvres faites exprès pour ce genre de fabrication. Depuis quelques années, les produits des Gobelins sont beaucoup plus remarquables, parce qu'on a demandé des modèles spéciaux à des décorateurs, tels que Chevignard, Denuelle, Erhman , Lameire , Galland, Machard, Mazerolle et d'autres artistes d'un talent remarquable. Les tapisseries des Gobelins sont exécutées en haute lisse ; le point en est plus gros que celui de Beauvais. Certaines de ces tapisseries valent jusqu'à 4,000 francs le mètre carré; les ouvriers ne font guère qu'un mètre ou lm,20 par an.

Tapisseries flamandes. — On désigne sous ce terme les tapisseries fabriquées dans les Pays-Bas ainsi que dans la Flandre française. La Belgique, et principalement Bruxelles, Audenarde, Anvers, ont joué un rôle important dans l'histoire de cet art flamand. Les principales capitales de l'Europe possèdent des tapisseries flamandes. Les ducs de Bourgogne, de même que Charles-Quint, encouragèrent ce grand art par des commandes importantes. Au commencement de la renaissance, cet art atteint son apogée; dès lors les fabriques flamandes ne peuvent suffire à la consommation ; il s'établit des fabriques analogues en Hollande, en France, en Angleterre, en Italie, principalement à Florence, et en Allemagne. De là vient qu'un grand nombre de tapisseries fabriquées dans ces divers pays, dans le genre et le goût flamands, sont vendues comme tapisseries flamandes.

Notre figure 657 montre une tapisserie flamande célèbre, dite de Marseille ou des Aygalades, parce qu'elle fait partie du mobilier du château des Aygalades, près de Marseille. Cette pièce représente le mariage de Louis XII et d'Anne de Bretagne ; elle est tissée en laine et soie, avec des fils d'or et d'argent ; elle a dû être fabriquée en Flandre vers la fin du XVe siècle. L'auteur du carton serait, dit-on, un dessinateur de l'école de Jean Van Eyck. (Voy. Ecoles.) C'est ce genre de tapisserie, nous l'avons vu plus haut, qu'on nomme opus atreoaticum, et en Italie arrazzi.

Tapisseries de Rouen. — On nommait

également ces tapisseries bergames de Rouen, tapisseries de la porte de Paris ou de la rue Saint-Denis, parce qu'on vendait ces tapisseries dans ce quartier, ainsi qu'au carrefour Sainte-Opportune, puisque le Livre commode des adresses d'Abraham du Pradel indique la demeure d'un nommé Dansvinche, qui fait le commerce des bergames et tapisseries de Rouen façon de Hongrie. Ces tapisseries se fabriquaient également à Elbeuf (1). L'origine de la fabrication de ces tapisseries est assez ancienne ; divers inventaires en font mention. — Les archives du département de l'Oise renferment l'inventaire du mobilier d'Eudes de Mareuil, dressé par Agnès le Coutière en novembre 1323, lequel inventaire mentionne unum tapissium de Rhotomaga. Ceci démontre donc l'existence de fabriques de tapis rouennaises dès le commencement du xive siècle. — Dans un inventaire de Charlotte d'Albret, duchesse de Valentinois, dressé en 1514 et publié vers 1878 par M. E. Bonnaffé, cet auteur mentionne à deux reprises des tapis normands (page 103) : « Couverture de tappicerie de la tapicerie de Normandie. » Or l'inventaire de la duchesse est relatif à des meubles achetés longtemps avant 1514, et qui meublaient le château de la Motte-Feuilly près de la Châtre, assez loin des fabriques normandes ; ce qui prouve que cette fabrication était en activité au commencement du xvie siècle et qu'en outre ses produits se trouvaient assez loin de Rouen. Cette industrie s'étendit, du reste, au XVIIe siècle à Elbeuf, à Abbeville et jusqu'à Boulogne-sur-Mer. Les tapisseries de Rouen étaient très utilisées au xvne siècle ; tous les inventaires de cette époque en mentionnent. Elles étaient bonnes et solides; Savary des Bruslons nous informe que <c les unes se faisoient en point de Hongrie, les autres à grandes barres chargées de fleurs et d'oiseaux et d'autres animaux... D'autres qu'on appelle chines et écailles... D'autres enfin à grandes et petites barres unies... Il s'en fait une sorte particulière que l'on nomme fortin, à cause qu'il entre de

(1) Cf. Chronique des arts, article de M. Le Breton, page 320, année 1880.

TAPISSERIES

la laine torse dans sa fabrication... » Il s'en faisait une grande consommation à Paris, « y ayant peu d'artisans ou gens de basse condition en cette ville qui ne se fasse un point d'honneur, en s'établissant, d'avoir dans sa chambre une tapisserie de bergame. »

Comment sont fabriqués les tapis de bergame? Ceux que nous avons vus nous permettent de définir ainsi le genre de fabrication : c'est une étoffe assez grossière composée d'une trame de fil écru , quelquefois teint en fausse couleur, et d'une chaîne de laine commune diversement colorée. Les dessins étaient formés par cette chaîne ; les plus simples sont des chinés et des zigzags, d'autres sont des mosaïques et des points de Hongrie ; enfin quelques bergames sont à sujets, mais nous n'avons jamais vu de type de ce dernier genre.

Nous terminerons ce paragraphe des tapisseries historiques en disant quelques mots des tapisseries parlantes. Avant l'invention de l'imprimerie, beaucoup d'oeuvres d'art, telles que bas-reliefs, vitraux, peintures, fresques, servaient à l'enseignement et racontaient des faits historiques, des poèmes, etc. Les tapisseries furent utilisées pour le même usage ; les légendes et les inscriptions qu'elles portaient forment une littérature spéciale des plus amusantes et des plus instructives : ce sont les tapisseries littéraires, si nous pouvons employer ce mot, qui sont dites tapisseries parlantes. Les tapisseries saisissaient la vue par le poème, l'histoire ou les scènes qu'elles représentaient, et le littérateur expliquait et commentait les sujets représentés, soit par de la poésie, des inscriptions, des annotations et des commentaires quelconques, et de même que les grands maîtres concouraient aux travaux de tapisserie en fournissant leurs cartons, de même de savants littérateurs ne dédaignaient point de fournir des travaux littéraires. La petite académie fondée par Colbert en 1663, qui fut l'origine de l'Académie des inscriptions actuelle, était tout spécialement chargée de fournir les légendes, inscriptions et exergues des tapisseries et des monnaies.

Peix de vente. — Les tapisseries bien conservées valent des prix très considérables ; dans ces dernières années beaucoup se sont vendues

DICT. DE L'ART

plus de 100,000 francs; celles des Gobelins sont les plus chères ; après celles-ci, ce sont celles de Beauvais, d'Audenarde, et puis celles d'Aubusson, qui atteignent les prix les plus élevés. Les amateurs, avant d'acheter, doivent s'assurer de l'état de conservation des tapisseries, car aujourd'hui on les peint par place pour remonter leurs couleurs, on les raccommode, on pratique des rentrayures ou réparations, et toutes ces opérations sont faites avec une si grande habileté qu'il faut un œil bien exercé pour connaître toutes ces reprises en sousœuvre. Divers marchands de tapisseries ont des ateliers spéciaux de rentraiture ou rentrayure, dans lesquels on refait des parties déchirées, trouées ou détériorées par les vers ou d'autres causes. Là l'ouvrier fait à l'aiguille ce que le tapissier exécute avec la broche ; il commence par rétablir tout d'abord la portion endommagée de la chaîne ; puis, avec des laines assorties aux couleurs de la tapisserie, il répare ; il rafraîchit les couleurs avec de petites brosses rondes et très fermes qu'il trempe dans des couleurs délayées; enfin il procède au nettoyage des parties détériorées par la fumée ou toute autre cause.

Vente du 12 avril 1881, salle n° 8, hôtel Drouot. — Tentures des dieux, d'après Claude Auclran. — N° 1. Bacchus, atelier de Cozette (Gobelins). Hauteur, 3m,60; largeur, 2m,55. Vendu 14,500 fr. — N° 2. Bacchus, contrepartie de la première tenture, basse lisse. 14,500 fr. — N° 3. Bacchus, répétition du n° 1. 7,100 fr. — Cérès, Grobelins, basse lisse. 14,500 fr. — Vénus. Hauteur, 3m,25; largeur, 2m,35. 7,100 fr.— Tentures des châteaux. — Château de Saint-Germain. Hauteur, 3m,35; largeur, 2m,85. 17,700 fr. — Château des Tuileries. Hauteur, 3m,20; largeur, 3m,35. .17,500 fr. Le centre des compositions de ces tentures était de Lebrun.

Vente du 7 ou 8 avril, salle n° 1, hôtel Drouot. — Cinq pièces de l'histoire de Psyché, imitation de compositions gravées par le Maître au de. 31,500 fr. Achetées par les Gobelins.

Vente de MUe Schneider, 16 avril 1881. — L'histoire de Diane , quatre pièces d'une sur'face totale de 68 mètres carrés. 9,600 fr. Ce qui porte à 142 fr. environ le mètre carré. — Ten-

TAPISSERIES

ture de Bruxelles (xvne siècle). Circé et les compagnons d'Ulysse, trois pièces. 8,200 fr. — Tapisserie d'Aubusson, signée A. Grellet, représentant David dansant devant l'arche ; assez grande tenture, mais mal dessinée. 1,060 fr.

Vente Double, 1881.— N° 409. Portière formée d'une tapisserie de Beauvais représentant la Cueillette des cerises, d'après Bouclier ; elle porte comme marque une fleur de lis et le nom de D. M. Beauvais. Haut., 2m,65 ; larg., 2m,55. 30,000 fr. — N" 410. Panneau formant pendant à la tapisserie qui précède et offrant un décor analogue. Haut., 2m,75 ; larg., 2ra,65. 30,000 fr. — X" 411. Tapisserie des Gobelins représentant une scène tirée de Don Quichotte, d'après Coypel. Un bouclier placé au bas du sujet et retenu par une tête de lion porte cette inscription : « Dom Quichotte estant à Barcelone dance au bal que lui donne Antonio. y> Belle conservation. Haut., 2m,60 ; larg., 4 mètres. 10,400 fr. — N0? 413 et 414. Deux tapisseries de Beauvais, d'après J. Bérain, de la suite dite des Grotesques. Bacchus et Pan. Hauteur de chacune d'elles, 2m,90 ; largeur, 2,n,45. 3,320 fr. chacune. — N°B 416 et 417. Deux tapisseries de Beauvais,

Fig. G58. — Tarot persan (les trois turbans).

de Bérain, de la suite dite des Grotesques, représentant, l'une, un éléphant entre deux groupes de danseurs ; l'autre, le dromadaire. Haut, 3m,35 ; larg., 5 mètres. 10,000 fr. chacune. — N" 422. Tenture de salon en tapisserie, composée de trois panneaux décorés de

paysages animés par des animaux et des volatiles ; chacun des panneaux a un médaillon ovale renfermant un sujet champêtre dans le goût de Boucher. Hauteur, 2"',55; largeurs, 2m,80, l"l,7") et r",65. 10,800 fr.

Fig. 659. — Tarot persan (les cinq turbans).

Vente San Donato. — N° 36. Suite de cinq tapisseries des Gobelins, exécutées pour le grand Trianon, d'après les cartons et tableaux de François Boucher, savoir : 1" la Lanterne magique et le Marchand d'orviétan (signé

Fig. GG0. — Tarot persan (les six turbans).

Boucher, 1736), largeur, 4"',94 ; 2" ta Bonne Aventure, largeur, 2m,29 ; 3° la Pèche, largeur, 2m,61 ; 4" le Repos de chasse, largeur, 2m,28; 5" les Vendanges, largeur, 2m,10. La hauteur de ces cinq pièces était de 2m,59. Elles ont été adjugées à 109,200 lires. — X" 43. Deux ta-

TAPON. - TARABOUKA.

pisseries des Flandres des premières années du xvne siècle. Sujets à personnages et fonds de paysages ; elles mesurent chacune 3m,30 de hauteur, 4 mètres de largeur. 7,200 lires. — N° 109. Neuf grandes tapisseries flamandes à

Fig. 661. — Tarot persan (les sept turbans).

sujets héroïques, signées et datées, d'après les cartons de Karel van Mander le fils, et exécutées de 1617 à 1619. Hauteur générale, 4m,20 ; largeurs, 3 mètres, 3m,52, 5m,10, 5m,20, 6™,75, 5m,65, 4m,10, 3m,90 et 3m,l5. 43,250 lires. — N° 435. Le Calvaire, tapisserie des Flandres,

Fig. 662. — Tarot persan (les trois casques).

tissée d'or et de soie, d'après le carton de Roger van der Weyden. Cette pièce provenait du palais de l'Escurial. 7,100 lires. — Nos 1525 à 1528. Suite de quatre tapisseries de Flandre de l'époque de Louis XIV, et d'une parfaite

conservation, représentant des sujets tirés de l'histoire romaine : 1° Titus faisant un sacrifice aux dieus, larg., 3m,40 ; 2° Titus arrachant à la fureur des soldats les Israélites sortis de Jérusalem, larg., 5m,25 ; 3° Titus vainqueur de la

Fig. 663. — Tarot persan (les cinq casques).

Judée, larg., 3m,45; Triomphe de Titus et de Vespasien, larg., 6m,80. Haut, générale, 3m,80. 19,150 lires. — N° 1939. Tapisserie de Flandre de la fin du xve siècle, représentant le Jugement dernier. Hauteur, 4m,25 ; largeur, 8m,2Q. 10,000 lires.

Fig. 664. — Tarot persan (les trois sabres).

TAPON. — Gros tambour indien, sur lequel on frappe.avec le dos de la main.

TARABOUKA ou DARBOUKA. — Instrument de musique arabe : c'est une sorte de

Page 1