‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 10 sur 389 · MIDRASCH · texte numérisé non relu

MIDRASCH

nius’ Handivôrterbuch, Leipzig. 1899, p. 695, et divers auteurs, tandis que Frz. Delitzsch, Das Buch lob, Leipzig. 1876, p. 321, et d’autres traduisent par « fouler l'huile ». Ce verbe ne se lit pas ailleurs, et les deux sens qu’on lui prête s’harmonisent à peu près également avec le contexte et le parallélisme. — 4° La chaleur. Le plein midi est le moment où les rayons du soleil sont le plus ardents et brûlent la terre. Eccli., xliii, 3. Aussi était-ce l’heure où, en Orient, l’on faisait la méridienne. II Reg., iv, 5; xi, 2; Cant., i, 6. Le roi Bénadad qui, à cette heure, pendant le siège de Samarie, buvait et s’enivrait sous ses tentes avec ses alliés, et comptait bien que les assiégés ne sortiraient pas au fort de la chaleur, fut cependant surpris par eux et mis en déroute. III Reg., xx, 16. Couvrir d’ombre quelqu’un en plein midi, c’était le protéger et lui assurer la vie. Is. , xvi, 3; Eccli., xxxiv, 19. H. Lesètre.

2. midi, point cardinal. Voir Cardinaux (Points), t. ii, col. 257.

MIDRASCH, commentaire rabbinique du texte de la Sainte Écriture. Le mot « Midrasch » vient du verbe dâras, « rechercher, expliquer. » Ce commentaire, qui porte à la fois sur la partie législative et sur la partie historique et morale des Livres sacrés, a pour but d’étudier le texte non seulement en lui-même, mais encore à l’aide de rapprochements avec d’autres passages, de combinaisons diverses et d’explications allégoriques. Les Midraschim, ou commentaires composant le Midrasch, sont tous écrits en hébreu.

I. Les livres du Midrasch. — Les livres qui composent le Midrasch sont les suivants :

1° Mechilta, de kûl, « mesurer, » la mesure, l’usage, sur une partie de l’Exode. Ce livre est attribué à R. Ismaël, qui vivait au sud de la Palestine, sur la frontière de l’Idumée, vers la fin du premier siècle. Son interprétation est littérale, quelquefois à l’excès. Cf. Morin, Exercitat. biblicæ, Paris, 1669, n , 9, 1 ; J. -B. De Rossi, Dizionario storico degli autori ebrei, Parme, 1802, t. n, p. 44.

2° Siphra, « le livre, » sur le Lévitique.

3° Siphre ou Siphri, « les livres » par excellence, sur les Nombres et le Deutéronome. Ce livre est également attribué, pour la plus grande partie, à R. Ismaël et à son école. Ces trois premiers livres sont traduits en latin dansUgolini, Thésaurus antiquit. sacrar., t.xiv, p. 2-586. Cf. Konigsberger, Die Quellen der Halacha, I Theil., Der Midrasch, Francfort, 1890.

4° Rabboth ou Midrasch Rabboth, « les grands commentaires, » ensemble de commentaires composés à différentes époques sur le Pentateuque et les Migilloth (Cantique, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther). Ces commentaires sont les suivants : — 1. Bereschith rabba, sur la Genèse, rédigé en Palestine vers le vie siècle, sauf les cinq derniers chapitres qui sont plus récents. — 2. Schemoth rabba, sur l’Exode, datant du xie au xne siècle. — 3. Vayyikra rabba, sur le Lévitique, rédigé en Palestine vers le VIIe siècle. — 4. Bamidbar rabba, sur les Nombres, probablement dû à deux auteurs dont le dernier vivait au xne siècle. — 5. Debarim rabba, sur le Deutéronome, du commencement du Xe siècle. — 6. Schir haschirim rabba, ou Agadalh Chasith, sur le Cantique, probablement antérieur au milieu du IXe siècle. — 7. Midrasch Pculh, de la même époque que le précédent. — 8. Midrasch Echa, sur les Lamentations, rédigé en Palestine, dans la seconde moitié du VIIe siècle. —9. Midrasch Kohelelh ou Kohelcth rabba, sur l’Ecclésiaste, probablement antérieur au milieu du IXe siècle. — 10. Midrasch Esther ou Uagadath Megilla, antérieur au Xe siècle. Tous les Rabboth ont été traduits en latin, dans Ugolini, Thesaur. anliq. sacr., t. xiv, p. 586-1630; t. xv, p. 2-969, et en allemand par Wünsche, Leipzig, 1880 1885.

5° Pesikta, commentaire des passages du Pentateuque

et des Prophètes qui se lisaient aux jours de fêtes et aux principaux sabbats de l’année. On en place généralement la composition vers le début du vme siècle. Cf. Wünsche, Pesikta des Rab Kehana in’s Deutsche übertragen, Leipzig, 1885. En dehors de cette Pesikta, attribuée à R. Abba ben Kahana, il existe encore une Pesikta rabbathi, de la seconde moitié du ixe siècle, commentant les lectures de certaines fêtes et d’un certain nombre de sabbats, et une Pesikta sutarta, commentaire d’un rabbin de Mayence, Tobia ben Éliézer, au commencement du xne siècle, sur le Pentateuque et les cinq Megilloth. Cette dernière appartient donc plutôt aux Rabboth. Elle est traduite en latin dans Ugolini, Thésaurus, t. xv, xvi.

6° Pirke de rabbi Eliézer ou Barajtha de rabbi Éliézer, commentaire en cinquante-quatre chapitres, datant au plus tôt du viii? siècle, et se rapportant à l’histoire de la créalion, du premier homme, des patriarches et du temps de Moïse. Il a été traduit en latin par G. H. Vorstius, Leyde, 1644. Cf. Lévi, Éléments chrétiens dans la Pirké Rabbi Eliézer, dans la Revue des études juives, t. xviii, 1889, p. 83-89.

7° Tancliuma ou Yelandenu, dont le fond paraît remonter à Tancliuma, rabbin du Ve siècle, et dans lequel on rencontre fréquemment la formule Yelandenu rabbenu, « que notre maître nous l’apprenne. » Ce midrasch ne prit sa forme définitive que vers le IXe siècle, probablement en Grèce ou dans l’Italie méridionale. Cf. Neubauer, Le midrasch Tanchuma, dans la Revue des éludes juives, t. vm, 1886, p. 224-238; Midrasch Tanchuma, ein agadischer Commenta r zum Penlaleuch von Rabbi Tanchuma ben Rabbi Abba, zum ersten Male herausgegeben von S. Buber, Wilna, 1885.

8° Yalkut Schimoni, commentaire d’ensemble sur toute la Bible hébraïque, composé d’extraits des commentaires antérieurs, à la manière des chaînes bibliques des catholiques. Le Yalkut, de lâqat, « rassembler, » est attribué à R. Siméon, qui aurait vécu au sud de l’Allemagne, vraisemblablement à Francfort-s.-M., au commencement du XIIIe siècle. — Cf. Zunz, Die gottesdienstliclien Vortràge der Juden, Berlin, 1832, 3e édit, par Brüll, 1892; M. Schwab, Répert. des articles relatifs à l'hist. et à la littér. juives, de 1783 à 1898, 1er part., Paris, 1899, 2e-3e part, autogr., 1900; Schürer, Geschischte der jüdischen Volkes im Zeit. J. C., Leipzig, 1. 1, 1901, p. 138- 146; A. Wünsche, Bibliotheca rabbinica, eine Sammlung aller Midraschim zum ersten Male im deutsche übertragen, in-8°, Leipzig, 1880 sq.; Ret ha Midraschim, Sammlung kleiner Midraschim herausgegeben von Ad. Jellineck (en hébreu), 4 in-8°, Leipzig, 1855-1877.

IL Objet du Midraschim. — Les commentaires rabbiniques portent, les uns sur les textes juridiques des Livres Saints, les autres sur les textes historiques et moraux. Les premiers prennent le nom de Halaka ou Halacha, de hdlak, « aller, » par conséquent, règle à suivre; les autres celui de Hagada ou Agada, c’est-à-dire « récit » ou « enseignement ».

1° La Halacha. — 1. Elle ne s’appliquait qu’aux textes législatifs. Elle faisait donc surtout l'objet de la Siphra et des autres Midraschim qui abordaient plus ou moins incidemmeut des textes de cette nature. Les halachistes avaient pour mission de connaître parfaitement les lois, d’en déterminer le vrai sens, d’indiquer les cas dans lesquels leur application s’imposait, d’en modifier la teneur pratique quand les circonstances l’exigeaient, de résoudre les conflits qui naissaient d’obligations inconciliables dans clés cas donnés, de suppléer par analogie au silence des textes législatifs dans un très grand nombre d’autres cas, etc. Pour faire face à toutes ces exigences, les docteurs s’inspiraient non seulement de la loi écrite, mais aussi du sens de la justice qui devait les animer et du droit coutumier. En somme, la législation hébraïque s’alimentait à deux sources, la Loi mosaïque et la Halacha, qui d'orale ne devint écrite que postérieurement à l’ère

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chrétienne. La Halacha elle-même comprenait des décisions traditionnelles dont on taisait remonter l’origine à Moïse, celles des anciens lialachistes formant la plus grande partie de la llalacha, et enfin les prescriptions des docteurs. Ces dernières étaient considérées comme de moindre importance, parce que les docteurs ne remontaient pas plus haut qu’Esdras. Le droit coutumier n’en créait pas moins des obligations aussi strictes que la Loi elle-même, et on allait jusqu’à prétendre que la transgression d’une prescription des docteurs était plus grave que la transgression de la Loi. Cf. Sanhédrin, xi, 3. — 2. Il suit de là que la Halacha créait un droit qui se développait et se modifiait sans cesse, au moins sur les points de détail. Néanmoins les décisions actuelles des docteurs, tout en déterminant une ligne de conduite à suivre, ne faisaient partie de la Halacha que quand la majorité des docteurs s’étaient prononcés dans le même sens. — 3. La Loi était toujours tenue pour la base du droit coutumier, à quelque distance que la Halacha s’éloignât de cette Loi. On y rattachait les conclusions des docteurs au moyen de certains procédés logiques, qui ont inspiré les sept règles suivantes formulées par llillel : du facile au difficile, du moins au plus; — du semblable au semblable, par analogie ; — d’après un passage de la Loi ; — d’après deux passages de la Loi ; — du général au particulier et du particulier au général ; — explication d’un texte par un autre texte ; — explication d’un texte par le contexte. R. Ismaël porta à treize ces règles ou Middoth. On eut à leur égard tant de vénération que les vrais Israélites ne manquaient pas de les réciter chaque jour à leur prière du matin. — 4. La Halacha porta surtout son attention sur les lois d’ordre religieux, concernant les sacrifices, les fêtes, le Temple et ses ministres, la pureté et l’impureté légales. Les lois civiles et criminelles furent le sujet de beaucoup moins d’études. Seule la législation du mariage reçut d’assez notables développements. Ce droit coutumier n’existait guère encore qu'à l’état oral à l’époque de Notre-Seigneur. 11 n’en pesait pas moins lourdement sur les consciences, soumises à une multitude d’obligations contre lesquelles le divin Maître s’élève quand il en a l’occassion. Matth., xv, 2-9; xxm, 1-26; Marc., vu, 2-7. — Voir B., Kœnigsberger, Die Quellen der Halacha, in-8°, Berlin, 1890.

2» Li Hagada. — Elle ne procède pas comme la Halacha, qui ne fait que développer une législation primitive, en y rattachant même les conclusions qui en paraissent le plus éloignées. La Hagada complète l’histoire en y ajoutant les faits conservés de mémoire et parvenus par voie traditionnelle à des générations éloi. gnées. Ces faits ont parfois une physionomie nettement légendaire. Tels sont ceux qui s’ajoutent au récit de la création, Aboth, V, 6, à l’histoire d’Adam, d’Hénoch, des patriarches, et qui ont servi de thème à un certain nombre de livres apocryphes. D’autres fois, les additions historiques revêtent un caractère plus positif. On en trouve des traces nombreuses dans Josèphe, Pliilon, les auteurs judéo-hellénistes, le Targum, le Talmud, les diverses Apocalypses, le livre des Jubilés, etc. 11 n’est guère possible de contrôler la valeur de ces renseignements. Plusieurs pourtant figurent dans le nouveau Testament. C’est par la tradition juive, par conséquent par la Hagada, que l’on sait que Moïse a été élevé dans toute la science des Égyptiens, Act., vu, 22; que les magiciens qui lui firent opposition s’appelaient Jannès et Jambrès ou Marnbrès, II Tim., m, 8; que la Loi fut donnée à Moïse par l’intermédiaire des aflges, Act., vu, 53; Gai., iii, 19; Ileb. , il, 2; que saint Michel disputa à Satan le corps de Moïse, Jud., 9; que Salmon avait Rahab pour épouse, Matth., i, 5; que la famine du temps d’Élie dura trois ans et demi, Luc., IV, 25 ; Jacob., v, 17 ; que parmi les martyrs de l’ancienne Loi, il en est qui furent sciés. Ileb., xi, 37, etc. — 2. Les Hagadistes s’occupent aussi d'étudier et de commenter l’enseigne-

ment moral et religieux de la Sainte Écriture. Mais il faut bien avouer qu’ils ne procèdent à ce travail qu'avec des vues étroites, systématiques, s’éloignant trop fréquemment du véritable esprit religieux. Au lieu de s’attacher au fond même de l’enseignement biblique, ils se perdent en spéculations sur des idées accessoires, destinées à tenir plus de place dans les écoles que dans la règle des mœurs. Les docteurs avaient heureusement soin de ne pas donner à ces spéculations le caractère impératif dont ils revêtaient leurs décisions juridiques. Par la suite, ils formulèrent quatre règles d’exégèse dont les quatre lettres du mot hébreu pardês, « paradis, » leur rappelèrent le début : pesât, « dépouillé, » le sens simple et littéral; réméz, « signification, » le sens allégorique: derûs, « recherche, » le sens qui se déduit de la recherche ; sôd, « secret, » le sens théosophique. — 3. Les écrivains du Nouveau Testament n’adoptent pas cette exégèse arbitraire et artificielle. De temps en temps cependant, dans saint Paul en particulier, on rencontre des explications qui semblent procéder de la méthode haggadiste, et qui, devenues pour nous sans force probante, constituaient à l’égard des Juifs des arguments ad hominem parfaitement légitimes. Rom., x, 6-8; Gai., ni, 16; iv, 22-26, etc. La Hagada ne fit que s’enfoncer avec le temps dans l’extravagance, pour aboutir à la kabbale. Voir Kabbale, t. ni, col. 1881. Cf. Welte, Geist und Werth der altrabbinischen Schriftanslegung, dans le Theolog. Quartalschrift, Tubingue, 1842, p. 19-58; Bâcher, Die Agada der babglonischen Amoràer, Strasbourg, 1878; Die Agada der Tannaiten, Strasbourg, 1884, 1890 ; Die Agada der palastinensischen Amoràer, Strasbourg, 1892, 1896; Hamburger, Real-Encyclop. fur Bible und Talmud, t. ii, 1883, p. 19-27; 338-353; t. ni, 1892, p. 1-9; Schürer, Geschichte des judischen Volkes im Z. J. C., t. il, 1898, p. 330-350. H. Lesêtre.

MIEL (hébreu : debas ; assyrien : dispu; ya'ar et ya'erâh, nofét, « distillation des rayons de miel; » Septante : pi),(; Vulgate : mel; le rayon de miel s’appelle jf if, y.vjpîov péXiTo;, favus mellis, Prov., xvi, 24), produit animal dû aux abeilles (t. i, col. 26), d’une saveur extrêmement douce. « Qu.’y a-t-il de plus doux que le miel? » Jud., xiv, 18.

I. Nature du miel. — 1° Le miel est une substance sucrée que les abeilles extraient des Heurs, qu’elles élaborent dans leur estomac et qui leur sert ensuite à nourrir leurs larves. Il se compose d’un mélange de sucre analogue à celui du raisin, de sucre incristallisable comme la mélasse et d'un élément aromatique particulier. Les abeilles le déposent dans les alvéoles de leurs gâteaux de cire. Voir Abeilles, t. i, col. 26, 27. Quand ces gâteaux sont exposés au soleil, il en découle un miel blanc ou vierge; un miel jaune et moins pur est ensuite tiré des gâteaux par compression. La qualité du miel, sa douceur, son parfum, dépendent de la nature des plantes sur lesquelles les abeilles vont butiner. Délayé dans l’eau, le miel donne par fermentation un liquide agréable, l’hydromel. Le miel abondait en Palestine; aussi la Sainte Écriture en fait-elle souvent mention. — 2° Josèphe, Bell, jud., IV, vin, 3, donne le nom de miel à la liqueur que l’on exprimait des palmiers de Jéricho, et il dit que ce miel était à peine inférieur à celui des abeilles. II s’agit sans doute ici de la substance appelée huile ou beurre de palme. Cf. Hérodote, I, 193. D’autres auteurs ont pensé qu'il pouvait être question, dans les Livres Saints, d’une sorte de miel végétal, tel que la manne du lamarix mannifera. Sous l'influence delà piqûre d’un insecte, le coccus manniparus, l’arbrisseau laisse découler une substance jaune, qui pend en gouttelettes aux tiges et ensuite tombe à la chaleur du soleil. Cette substance est un miel véritable; elle en a le goût, la douceur, la composition chimique, avec addition d’un cinquième de dexlriue. Les Arabes la re-

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cueillent et la mangent avec du pain, comme le miel. Cf. Berthelot, Comptes rendus de l’Acad. des sciences, Paris, sept. 4861, p. 584-586; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, Paris, 6° édit., t. ii, p. 462-470. Mais aucun des passages dans lesquels il est parlé de miel ne suppose formellement une substance végétale, différente du miel des abeilles. — 3° Toutefois, on s’est demandé s'il ne fallait pas, au moins en quelques endroits, identifier le debas hébreu avec le dibs arabe. Le dibs est un produit obtenu avec des grains de raisin. Voir t. ni, col. 1714. Ceux-ci sont pressés exactement comme des olives. Le jus est mis à bouillir pendant une heure dans un bassin de métal, refroidi dans une auge, puis versé à nouvean dans le bassin. Après trois heures d’ébullition, on a le racon, substance noire et liquide. Pour obtenir le dibs proprement dit, on maintient l’ébullition pendant quatre heures; le produit, transporté ensuite à la maison, est tourné et battu avec une branche fraîche de figuier une heure par jour pendant un mois. Au bout de ce temps, on a le dibs, substance épaisse et d'un jaune brun. Il faut quatre kilogrammes de raisins pour un kilogramme de racon, valant 40 paras, et cinq kilogrammes pour un de dibs, valant 60 paras. On trouve encore en Palestine des installations qui ont dù servir à cette fabrication et portent les traces d’une grande antiquité. Cf. Wood, Bible animais, Londres, 1884, p. 611. Les Grecs et les Romains préparaient, par un procédé analogue, ce qu’ils appelaient î'bt]\ xa, Hippocrate, 359, 6; c’paioç olvoç ou cipaiov, Aristophane, Fesp., 878; defrutum et sapa. Pline, H. N., xiv, 11; cf. Virgile, Georg., i, 296; Ovide, Fast., IV, 780. A. Russell, Thenatural History of Aleppo, Londres, 1756, p. 82, témoigne de la prédilection des Syriens pour le dibs, qui a l’apparence d’un miel grossier. Rosenmüller, In Genes., Leipzig, 1785, p. 334; Ezechicl, Leipzig, 1810, t. il, p. 269; Winer, Bibl. Realwôrterbuch, Leipzig, 1833, p. 603; Delitzsch, Die Genesis, Leipzig, 1853, t. n, p. 106; Wood, loc. cit.; Tristram, The natural history of the Bible, Londres, 1889, p. 324, et d’autres, pensent que le debas envoyé par Jacob à Joseph, Gen., xliii, 11, ou échangé avec Tyr par les Hébreux, Ezech., xxvii, 17, n’était que du dibs. Buhl, Gesenius’ Handwürterbuch, Leipzig, 1899, p. 170, admet ce sens pour les deux passages précédents. Cf. Robinson, Neuere biblisch. Forschungen, Berlin, 1857, p. 50. L’existence du dibs à l’époque de Jacob ou même d’Ézéchiel n'est pas démontrée. La mention du miel d’abeille parait toute naturelle dans les deux passages allégués. Le miel est à peine mentionné dans les monuments égyptiens, tandis que la vigne et le vin y figurent assez souvent; Jacob était donc bien avisé en envoyant à son fils un produit du pays de Chanaan. C’est très probablement aussi du miel animal, si abondant en Palestine, que les Hébreux vendaient à Tyr, au même titre que leurs autres produits naturels, froment, baume, huile, résine, etc. Cf. Fr. de Hummelauer, In Genesim, Paris, 1895, p. 558. En tous cas, rien, dans la Sainte Écriture, n’indique que le mot debas puisse s’entendre tantôt du miel d’abeilles et tantôt du dibs. — 4° On ne sait pas si les anciens Hébreux élevaient des abeilles en ruches artificielles, pour en recueillir plus aisément le miel. Le miel était ordinairement trouvé là où les essaims s’établissaient de préférence, dans le creux des rochers, Deut., xxxn, 13; Ps. lxxxi (lxxx), 17, et dans les cavités des vieux arbres. I Reg., xiv, 26. Le p.é),t ayptov, mel silvestre, dont se nourrissait saint Jean-Baptiste, Matth., m, 4; Marc., i, 6, avait cette dernière origine. Cf. Fillion, Evang. selon S. Matth., Paris, 1878, p. 70; Jansenius, Comment, in Evang., Louvain, 1699, p.28, etc. Selon d’autres, Liagre, In S. Matth., Tournai, 1883, p. 65; Knabenbauer, Evang. sec. S. Matth., Paris, 1892, p. 121, etc., ce serait seulement le suc de certaines plantes, auquel Diodore de Sicile, xix, 94, donne le nom

de gJXt ayptov. On remarque que ce suc convenait mieux que le miel d’abeilles à l’austérité du Précurseur. Mais le miel sauvage n’était pas toujours d’une qualité supérieure à celle du miel végétal, et il abondait dans le désert, où les Bédouins continuent à le recueillir. Cf. Tristram, The natur. history, p. 325. H n’y a donc pas lieu de s’écarter ici non plus du sens ordinaire du mot uiXi, « miel. »

IL Le miel dans la Palestine actuelle. — Le miel abonde encore aujourd’hui en Palestine, parce que les abeilles sauvages et domestiques y sont toujours très nombreuses. Les premières habitent, comme autrefois, le creux des vieux arbres et surtout les trous des rochers, de sorte que le miel coule littéralement « de la pierre », selon l’expression biblique. Deut., xxxn, 13. Les secondes sont élevées dans des ruches, de forme très simple. « Ces ruches consistent en des espèces de cylindres de terre séchée au soleil, en forme de tuyaux; elles ont environ lm20 de longueur et sont fermées aux deux extrémités avec de la terre, en laissant seulement au centre une ouverture assez large pour que deux ou trois abeilles puissent y passer à la fois... On ne connaît point la coutume barbare de détruire les essaims pour s’emparer du miel. Quand les ruches sont pleines, on enlève la terre qui les ferme aux deux bouts et l’on extrait le miel avec un crochet de fer; les rayons qui renferment les jeunes abeilles sont soigneusement replacés et les ruches fermées de nouveau. On trouve partout du miel à acheter, en voyageant dans le pays. Les habitants du pays pn font usage pour des préparations culinaires et en particulier pour des gâteaux. II a le goût délicat et aromatique du miel parfumé de thym de l’Hybla ou de l’Hymette... Mais quelque nombreuses que soient les colonies d’abeilles dans les villages, le nombre des mouches à miel sauvages est encore beaucoup plus grand. Les innombrables fissures et les fentes des rochers calcaires qui flanquent partout les vallées ollrent un asile sûi aux essaims, et beaucoup de Bédouins, particulièrement dans le désert de .Tuda, gagnent leur vie en faisant la chasse aux abeilles et en allant vendre à Jérusalem des jarres de ce miel sauvage dont saint Jean- Baptiste se nourrissait dans le désert et que longtemps auparavant Jonathas avait goûté innocemment quand le rayon était tombé par terre du creux de l’arbre où il était suspendu. » H. IL Tristram, The Land of Israël, p. 86-87.

III. Usages du miel. — 1° Le miel constituait tout d’abord pour les Hébreux un aliment sain, abondant et économique. Les Orientaux, observe Tristram. Nat. Hist., p. 325, ont l’habitude de manger du miel à un degré qui causerait la nausée à nos estomacs occidentaux. II est plusieurs fois question, dans la Sainte Écriture, du miel servant à la nourriture, I Reg., xiv, 14, 26-27 ; II Reg., xvii, 29; III Reg., xiv, 3; Cant., v, 1 ; Is., vu, 15; Eccli., xxxix, 31; Matth., ni, 4; Marc., i, 6; Luc., xxiv, 42, conservé, Jer., xli, 8, transporté, Gen., xliii, 11, ou vendu, Ezech., xxvii, 17, pour le même usage. Il est recommandé de n’en point manger à l’excès. Prov., xxv, 16. L’our donner une idée du goût de la manne, on dit qu’il ressemblait à celui du miel.Exod., xvi, 31. Sur le miel trouvé dans le corps du lion mort, Jud., xiv, 18, voir Abeille, t. i, col. 27. — 2» On mélangeait quelquefois le miel avec le lait, pour rendre celui-ci plus sucré et plus doux. Is., vu, 15, 22; Callimaque, Ad Jov., 49; Bochart, Hierozoicon, Leipzig, 1793, t. i, p. 718. Avant la découverte de l’Amérique, c’était le miel qui servait le plus habituellement pour sucrer les autres substances. Chez les Arabes, le mélange de ces deux aliments est très apprécié. Voir Lait, col. 39. Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, Amsterdam, 1718, p. 197. On considérait le mélange du miel avec le lait ou le beurre comme très favorable à l’alimentation des jeunes enfants. Is., vii, 15. Saint Jérôme, In ls., ni, 7, t. xxiv, col. 110, dit que ce sont là les « mets de l’enfance ». Cf. Epist. Bar-

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