‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 188 sur 389 · Le Nil personnifié. Statue du jardin des Tuileries · texte numérisé non relu

Le Nil personnifié. Statue du jardin des Tuileries

a des gains iniques, c’est-à-dire édifier sa fortune par l’injustice, c’est s’attirer le malheur. Hab., n, 9. Celui qui n’a pas de nid à soi, le vagabond, ne mérite pas confiance. Eccli., xxxvi, 28. H. Lesètre.

NIELLE DES BLÉS. Voir Charbon des blés, t. ii, col. 580.

NIEREMBERG Jean Eusèbe, né à Madrid en 1595, d’une famille allemande fixée en Espagne, mort dans cette ville le 7 avril 1658. Admis au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Salamanque, en 1614, il remplit, sa formation religieuse achevée, diverses fonctions dans son Ordre, notamment celle de professeur d’Écriture sainte à Madrid. Nous devons au P. Nieremberg plusieurs ouvrages d’exégèse dans lesquels la piété et l’érudition s'appuient et se fortifient. C’est d’abord un traité De origine Sacræ Scripturæ, in-f°, Lyon, 1641. Il y expliquait plusieurs passages de l’Écriture, s’attachant surtout à mettre en lumineux relief ce qui touchait aux Antiquités. L’année suivante, 1642, également à Lyon, il faisait paraître ses Stromata S. Scripturæ, in-f°, éclairant par des commentaires littéraux et des réflexions morales la vie et l’histoire de Caïn, Nabuchodonosor, Jézabel, Jonathas, Susanne, Mardochée, Esther, etc. j Pendant ce temps il commentait, en un petit volume, et appliquait à la perfection religieuse, le verset du Can-

NSL (hébreu : Ye'ôr; Sihôr), lleuve d’Égypte (fig. 437).

I. Nom. — Le mot grec NscXoç, qui est, dans le langage courant, le nom du fleuve qui parcourt l’Égypte du sud au nord, est d’origine inconnue. On le rencontre pour la première fois dans Hésiode, Theog., 338; Strabon,

1, il, 22. Il se retrouve dans les historiens et dans les géographes, Hérodote, iv. 45, etc.; Strabon, XVII, i,

2, etc. Les Égyptiens l’appelaient la grande rivière, Iatourâou ou Iaour-âou, qui est devenu en copte i^po. E. Brugsch, Geographische lnschriften, Leipzig, in-8°, 1857-1880, 1. 1, p. 78-79 ; Dictionnaire géographique in-8°, Leipzig, 1879-1881, p. 84-88. Le nom de Nil ne se rencontre ni dans le texte hébreu, ni dans les Septante, et une seule fois dans la Vulgate, Is., xxm, 3. En hébreu le Nil est désigné parles mots Siliôr et Ye’ô>\ — 1° Si/ior, « le noir, » « le trouble, » Is., xxm, 3; .Ter., ii, 18. Ce nom indique la couleur des eaux bourbeuses du fleuve au moment des crues. — 2° Ye'ôr, la rivière; ce nom, qui est d’origine égyptienne, iaour désigne la rivière par excellence du pays, Gen., xli, 1, 2, 3, 17, 18; Exod., i, 22; ii, 3; iv, 9; vu, 15, 18, 20, 21, 24, 25, 28; vin, 5, 7; xvn. 5; IV Reg., xix, 24; Is., vu, 18; xix, 8; xxm, 10; Jer., xlvi, 7, 8; Am., vm, 8; ix, 5, etc. — Exod., vu, 19; Ps. lxviii, 14; Is., xix, 6, 7, 8; xxxvn, 5; Ezech., ix, 3, 4, 5, 10, entendent par ce mot l’ensemble des canaux qui portent l’eau du fleuve aux différentes parties de l’Égypte. Isaïe, xix, prophétise le dessèchement du fleuve et des

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canaux et, par suite, la ruine du pays. Cf. IV Reg., xix,

II. Le Nil dans la Bible. — Le Nil, sous son nom de Ye'ôr, est souvent mentionné dans le Pentateuque. C’est du Nil que sortent les vaches vues en songe par le pharaon de Joseph. Gen., xli, 1-3. C’est dans le Nil que le pharaon ordonne de précipiter tous les enfants mâles des- Hébreux. Exod., I, 22. Moïse y est exposé dans une corbeille de jonc et recueilli par la fille du prince. Exod., il, 3-6. C’est au Nil que Moïse prend l’eau qu’il répand sur la terre et qui se change en sang. Exod., iv, 9; Ps. lxxvii (lxxviii), 44. Le serviteur de Dieu change bientôt après en sang toute l’eau du fleuve. Exod., vu, 17-22. Il en fait sortir les grenouilles qui ravagent la terre d’Égypte, Exod., vin, 5-13. Voir Plaies d’Égvpte.

— Les prophètes parlent aussi souvent du Nil. Isaïe, xix, 6, appelle ses eaux « les eaux de la mer », il nous montre, ÿ. 8, les pêcheurs qui y jettent l’hameçon, xviii, 2, les barques de papyrus qui fendent ses ondes, vm, 8, les mouches qui abondent sur ses bords; Jérémie, xlvi, 7-8, décrit la marche majestueuse du tleuve; Amos, ix, 4, fait allusion à la crue et à la baisse du Nil; Nahum, iii, 8, dit que cette « mer » servait de « rempart » à Thèbes; Ézéchiel, xxix, 3, représente le pharaon comme un grand crocodile qui se tient couché au milieu du lleuve et qui dit : Mon tleuve est à moi, mais que Dieu en arrachera. Cf. xxxn, 2. — Le livre de Joli qui est plein d’allusions à l’Égypte, décrit l'hippopotame et le crocodile du Nil. Job, xl, 10-28.

III. Cours du Nil. — L’Égypte, dit Hérodote, II, v, est un don du Nil. C’est au Nil en effet et à ses inondations régulières que l’Égypte doit toute sa fécondité. C’est par la partie inférieure de son cours que le Nil fut d’abord connu et, jusqu’à ces dernières années, les sources de ce lleuve étaient inconnues. La partie la plus rapprochée de la Méditerranée porte le nom de Delta parce que le fleuve s’y divise en plusieurs branches qui forment la figure d’un A grec dont la base serait la Méditerranée. Les trois branches principales sont la Canopique à l’ouest qui aboutit près du cap d’Aboukir; la Belusiaque qui descend le long de la chaîne arabique à l’est, et enfin la Sébennityque qui divise en deux parties à peu près égales le triangle compris entre la branche Pelusiaque et la branche Canopique. Ces trois artères principales sont réunies l’une à l’autre par une quantité considérable de canaux, de fossés naturels ou artificiels qui répandent partout la fécondité. Au sud du Delta une bande de terre végétale s’étend le long des rives du fleuve entre deux chaînes de collines distantes d’environ 20 kilomètres. Le Nil coule au milieu. C’est moins j un fleuve qu’un lac sinueux, coupé de bancs de sable I et d’ilôts, au milieu duquel serpente un chenal. La j plaine se resserre de plus en plus. A Thèbes elle a encore 15 à 16 kilomètres de large ; au défilé de Dgébéléin ou Djebel Silsiléh, il ne reste que le lit même du lleuve entre deux escarpements de pierre. Au delà le fleuve est traversé de l’Est à l’Ouest entre le 24e et le 18e degré de latitude par cinq bancs de granit qui forment des rapides et qu’on appelle les cataracles.

La première, sorte de couloir sinueux, va du port d’Assouân à l ile de Philæ. La seconde, au sud d'Ouadi- Halfah étend ses rapides sur une largeur de 16 kilomètres environ et forme un archipel de 350 îlots. A Kkartoum le cours du fleuve se dédouble. Le principal qu’on appelle le Nil blanc ou Bahr-el-Djebel, vient du lac Albert-Nyanza à l’ouest, le second, le Nil bleu ou Bahr-el-Azrek, descend des montagnes d’Ethiopie. G. Maspero, Histoire ancienne, t. i, p. 1-16 ; Élisée Reclus, Nouvelle Géographie, t. x, p. 49-111; Sir Harry Johnston, The Nile question, in-8°, Londres, 1903, p. 160-174, 276-293, 299-319. Les anciens Égyptiens ignoraient quelles étaient les sources du Nil. Cf. Papyrus Sallier, il, 12.

IV. L’inondation du Nil. — Chaque année, au mois de février, le Nil blanc, grossi par les pluies qui tombent dans la région des grands lacs, coule précipitamment vers le nord entraînant dans son cours toutes les mares restées de l’inondation précédente. Il se grossit des eaux du Bahr-el-Ghazâl, à l’ouest, qui lui apporte les eaux des plaines situées entre le Darfour et le Congo et de celles du Sobat, à l’est, qui apporte les eaux des montagnes d’Abyssinie. Vers la fin d’avril, le niveau du tleuve s’élève à Ehartoum d’environ 30 centimètres et s’écoule lentement vers l’Égypte. Le courant conserve jusqu’au Delta une teinte verte qui provient des débris des plantes qu’il ramasse sur son passage. C’est ce qu’on appelle le Nil vert; on dit qu’alors le Nil est empoisonné et donne d’atroces douleurs à ceux qui boivent ses eaux. Trois ou quatre jours après le Nil vert commence la crue véritable. Le Nil bleu amène les eaux du plateau central de l’Abyssinie et son cours a une telle impétuosité qu'il reste séparé du Nil blanc jusqu’à 500 kil. environ au delà de Khartoum. Les cataractes mettent un frein à la fureur du tleuve et forment comme six étages de bassins à travers lesquels l’eau se tamise peu à peu. L’arrivée de l'inondation est signalée à Syène vers le 8 juin et au Caire du 17 au 20. C’est ce qu’on appelle la nuit cle la goutte; deux jours après

438. — Le dieu Nil. — D'après A Guide to tlie third and fourth Egyptian Room, Londres, p. 158.

elle est dans le Delta. Cette nuit de la goutte est le souvenir d’une tradition égyptienne d’après laquelle, vers le milieu de juin, Isis pleurant son frère Osiris laisserait tomber dans le fleuve une larme qui serait cause de l’inondation. Pausanias, X, xxxii, 10. Cf. Lane, Manners and Customs of modem Egyptians, Londres, 1871, t. Il, p. 224. Le Nil monte peu à peu et atteint sa pleine hauteur vers le 15 juillet. Pendant cette crue le limon qu’il charrie lui donne une couleur rouge, qui ressemble parfois à celle du sang, mais qui ne nuit pas à la qualité de l’eau. Quand la hauteur est suffisante pour inonder les terres, les Égyptiens ouvrent les digues et l’eau se répand partout. Les anciens Égyptiens mesuraient la hauteur du Nil par coudées de 0m54 ; à 14 coudées la crue était considérée comme excellente. L’Égypte est alors une nappe [d’eau trouble divisée par les chaussées qui relient les villages. Le lleuve reste stationnaire environ huit jours, puis décroît peu à peu. G. Maspero, Histoire ancienne , t. i, p. 22-24; Élisée Reclus, Nouvelle Géographie, t. x, p. 111-118.

V. Le dieu Nil. — Les Égyptiens adoraient le Nil comme une divinité bienfaisante, H api. Ils le représentaient sous la figure d’un homme vigoureux et bien portant. Ses seins étaient développés comme les seins d’une femme et pendants. Sur la tète, il portait un bonnet surmonté de plantes aquatiques. Sur les bas-reliefs on le représente tenant à la main des vases à libation, des croix ansées, des tables couvertes d’offrandes, des

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poissons, des épis, etc. Cf. Pierret, Panthéon égyptien, 1881, p. 9. Les inscriptions l'appellent : « Hâpi, père des dieux, maître des aliments, qui fait naître les substances et inonde les deux Égyptes de ses richesses, donne la vie et remplit les greniers. » Deux Hâpi, l’un peint en rouge et portant sur sa tête des fleurs de Lotus est le Nil du Sud, l’autre peint en bleu et coiffé d’une touffe de Papyrus est le Nil du Nord. Ils lient ensemble les deux

plantes dans le symbole V qui signifie unir (fig. 438).

British Muséum, A Guide to the third and fourth Egyptian rooms, in-8°, Londres, 1904, p. 158. Cf. p. 176, n.2 Le Nil avait de nombreuses chapelles où les prêtres ensevelissaient les cadavres d’hommes ou d’animaux que rejetaient le courant. Hérodote, n, 90. D’après la tradition égyptienne il habitait une grotte située en Thébaïde, d’ou il sortait au moment de l’inondation. Chaque année on y célébrait une fête et on y chantait des hymnes au son des instruments. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 36-41; A. Palanque, Le Nil à l’époque pharaonique, son rôle et son culte en Égypte, in-8°, Paris, 1903.

VI. La flore et la faune de la vallée du Nil. — La flore des rives du Nil est très pauvre. Les plantes des marais sont abordantes dans le Delta. Dans l’antiquité le papyrus et les variétés du lotus bleu y prospéraient. Elles ont presque entièrement disparu aujourd’hui. Le Sycomore et le Dattier y sont au contraire toujours en pleine prospérité. Les autres arbres meurent à mesure qu'on néglige leur culture. Les animaux y sont presque tous d’origine étrangère. L’espèce la mieux conservée est celle des ânes qui garde une pureté de forme et une vigueur inconnues ailleurs. Un grand nombre de serpents sont propres aux pays, entre autres l’Uræus, si fréquemment représenté sur les monuments. On rencontre aussi de nombreux scorpions, dont les piqûres sont très douloureuses. Les pythons gigantesques qui sont représentés sur les monuments funèbres avaient disparu à l’époque historique. L’hippopotame resta dans le Delta jusqu’au moyen âge. Les crocodiles très nombreux dans l'antiquité sont remontés peu à peu vers le sud. On n’en voit presque plus au nord d’Assouàn. — Les oiseaux sont extrêmement nombreux dans la vallée. Beaucoup d’entre eux traversent la Méditerranée pour y venir hiverner, tels sont par exemple les hirondelles, les cailles, les canards sauvages, les hérons, etc. Les ibis blancs et noirs, les flamands roses, les pélicans, les cormorans pèchent en longues files sur les bancs de sable; les oiseaux de proie trouvent dans les rochers des retraites inaccessibles d’où ils fondent sur la plaine. — Certaines espèces de poisson de mer viennent frayer dans l’eau douce du fleuve. D’autres descendent avec la crue; quelques-uns atteignent une très grande taille, le bayad a souvent près de 1 mètre, le latus jusqu’à 3 mètres. Un des poissons les plus curieux est le fahaka qui naît au delà des cataractes et descend le Nil porté par une poche d’air. On rencontre aussi des tortues de grande taille. G. Maspero, Histoire ancienne, t. l, p. 27- 36; Sir Harrv Johnston, The Nile question, p. 133, 177, 204, 218-221. 253-257, 294. Cf. Strabon, VII, n, 4-6; Diodore de Sicile, I, xxxv-xxxvi; Pruner, Aegyptische Naturgeschicte, in-8°, Munich, 1848.

Bibliographie. — G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, in-4», t. i, 1895, p. 3-43. — Elisée Reclus, Nouvelle géographie, in-4°, t. x, 1885, p. 49-119 ; Fr. Lenormant, Histoire ancienne de l’Orient, 9e édit., t. il, 1882, p. 5-27; Wilcoks, Egyptian irrigation, in-8c, Londres, 1889; Johnston, The Nile question, in-8°, Londres, 1903. E. Beürlier.

NINIVE (h ébreu : Ninevêh ; Septante : Nivs-j vj [Niveuï dans le Nouveau Testament]; auteurs grecs et latins :

Xïvor, Ninus; assyrien : £ ^ ^ y 7^

Nina, Ni-nu-a, d’étymologie fort douteuse ; voir Frd. Delitzsch, Wo lag das Paradies, 1881, p. 260; Sayce, Lectures on the Origin and Growlh of Religion, p.57), l'une des principales villes d’Assyrie, capitale du royaume assyrien à différentes époques. Elle était située sur la rive gauche du Tigre, au confluent du Khauser, qui la traversait d’est en ouest, en face de la ville actuelle de Mossoul, placée sur l’autre rive du fleuve (fig. 439). Deux collines formées de monceaux de ruines, Koyoundjik et Nébi-Younous, et une enceinte de murs de forme irrégulière indiquent présentement l’étendue de la ville ancienne : elle formait une sorte de rectangle allongé du nord-ouest au sud-est, dont la portion sud-est aurait subi des érosions : deux angles ont conservé leur orientation primitive, ceux du nord et de l'ouest. Le Tigre longeait autrefois le côté sud-ouest des murs; les alluvions du Khauser l'en ont présentement un peu éloigné. L’enceinte était formée de briques crues sur des assises de

439. — Vue de Mossoul, port sur le Tigre. D'après Layard, Discoveries, p. 365.

pierre, fort large et fort élevée, percée de portes fortifiées et protégée par un grand nombre de tours; le Tigre et le Khauser, avec les canaux y aboutissant, complétaient la défense : l’est et le sud-est, moins bien défendus, étaient protégés par plusieurs ouvrages extérieurs. La ville pouvait passer pour imprenable : elle n’avait guère à redouter qu’une crue subite et trop forte du Tigre et du Khauser, la brique assyrienne n’étant, au moins dans l’épaisseur des murs, que de l’argile moulée séchée au soleil : à plusieurs reprises les annales des rois d’Assyrie mentionnent des accidents de ce genre (fig. 440).

De la ville elle-même et de ses faubourgs rien n’a guère été exhumé jusqu’à présent, les fouilles ont porté principalement sur les deux monticules, qui étaient en réalité des cités royales. Sur celui du nord, où se trouve le village de Koyoundjik, haut de 20 mètres, long de 800 et large de 400, on a retrouvé les palais de Sennachérib et d’Assurbanipal, élevés sur l'emplacement d’autres plus anciens; ainsi que celui d’Assur-étil-ili, plus exigu et demeuré inachevé. Le monticule du sudest, nommé Nébi-Younous, à cause d’un tombeau supposé du prophète Jonas, renfermait un second palais, plus petit, de Sennachérib, et celui d’Asarbaddon.

Les classiques font remonter la fondation de Ninive à un légendaire roi Ninus; la Bible en fait honneur à Nemrod, ou bien, selon une autre traduction du même texte, à Assur, Genèse, x, 12, sous les noms desquels on peut voir une personnification des races babylonienne et assyrienne. L’origine babylonienne et la haute antiquité

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de Ninive sont pleinement confirmées par l’assyriologie. A la vérité les textes les plus anciens proviennent, non de cette ville, mais d’Assur (actuellement Kaléh- Rchergat) et de Calach (actuellement Nimrud ) qui furent les premières capitales du royaume d’Assyrie; ils ne mentionnent même nulle part la fondation de Ninive, mais seulement de nombreuses restaurations. Le renseignement précis te plus ancien émane du roi Assur-nasir-apal (885-860) : « le temple E-barbar, temple

( ki ) dans les inscriptions du très ancien roi de Tell-Loh Gudéci, a donné occasion à Ilommel et à Sayce (ce dernier d’une façon dubitative), dans Hastings, A dictionary of the Bible, t. ni, p. 554, d’essayer de remonter beaucoup plus haut encore : mais il s’agit évidemment dans ces textes d’une localité chaldéenne, et nullement assyrienne, comme l'a fait observer depuis longtemps A. Amiaud, The Inscriptions of Telloh, dans les Records of the Past, nouv. sér., t. i, p. 45. Peut-être Ninive

d’Istar de Ninive, que Samsi-Ramman... avait construit, était tombé en ruines; des fondations au faite je le réparai, je l’achevai. » The Cuneiform Inscriptions of the Western Asia, t. ni, pl. 3, n.10, 1. 39-43; Records of the Past, 2e série, t. îv, p. 94. Or Samsi-Ramman Ier régnait au xixe siècle avant J.-C. : nous l’apprenons de Théglathphalasar Ier (vers 1100), lequel répara un second temple, celui d’Anou et Ramman, également « construit par Samsi-Ramman, depuis 641 ans ». The Cnn. Inscr. of the W. A., t. I, pl. 15, col. vu, lig. 60-75; Eb. Schracler, Keilinschriftliche Ribliothek, t. i, p. 42-43. Il est évident que la fondation de Ninive est antérieure à la construction du temple de Samsi-Ramman. La mention d’un temple de la déesse Nina, et d’une localité Nina

doit-elle son nom à la déesse chaldéenne Nina, assimilée en effet à la déesse Istar, Beltis, l’Astarté ou Vénus assyrienne, nommée dans les inscriptions Istar sa Ninua, Istar de Ninive, opposée à Istar sa Arba-ilu, déesse guerrière. Au XVe siècle, Dousratta de Mitanni envoie même en Égypte une statue de cette « Istar de Ninive ». II. Winckler, Die Thontafeln von Tell-el- Amarnah, dans Schrader, Keilinsch. Bibliot., t. v, n. 20, p. 48-49.

Pendant ce temps les souverains de l’Assyrie résident cependant non à Ninive, mais plus au sud, d’abord à Assur, puis à Calacb, s’éloignant toujours davantage de la Babylonie,avec laquelle ils étaient souvent en guerre : les monuments ou inscriptions de ces princes

NINIVE

trouvés à Ninive ont pu y être transportés plus tard, comme ceux des anciens princes de la busse Chaldée. Nous constatons cependant que, au IXe ou Xe siècle, les rois assyriens ont une résidence à Ninive : c'est là que Assur-nasir-pal (885-860) et son fils Salmanasar II (860-825) passent successivement les premières années de leur règne, Calach ayant été leur résidence durant leurs dernières années; nous y trouvons ensuite des inscriptions de Ramman-Nirari III, petit-fils de ce dernier (812-783). Sargon (722-705) le destructeur du royaume d'Israël, bien que s’étant bâti une nouvelle capitale plus au nord, Dur-Sarrukin, actuellement Khorsabad, « pour remplacer Ninive, » fit cependant exécuter des travaux à Ninive, y restaura en particulier le temple de Nébo et Marduk; J. Ménant, Annales des rois d'Assyrie, p. 211 : c’est à Ninive que le livre de Tobie, I, 11-12, fait résider toute la tribu de Nepbtliali sous Salmanasar — c’est-à-dire en réalité Sargon — père de Sennachérib. Tob., i, 18-19. Il est certain que ce dernier fit de Ninive « la résidence de sa royauté et l’admiration des peuples »; il « releva ses murs aussi haut que des montagnes », il l’approvisionna d’eau, en creusant le canal qu'il appela suqta Sin-akhi-irba, enfin s’y bâtit deux palais : au nord, sur les ruines d’un plus ancien sur le tertre de Koyoundjik, le grand palais, sa résidence, où il accumula sculptures, statues, bronzes, cèdres et cyprès odoriférants, avec tous les trésors des nations conquises ; au sud, à Nebi-Younous, un autre plus petit, bit Kutalli, sorte d’arsenal, où il amassait armes, chars, provisions, chevaux, etc. Schrader, Keïlinsch. Bibliolhek, t. n, p. 110-111, 116-117, etc. Ses sculpteurs, au lieu de nous donner comme les précédents, des abrégés des scènes qu’ils veulent reproduire, dessinent des tableaux d’une complexité, d’une netteté et d’un réalisme frappants : Sennachérib, on le voit par les scènes de ses bas-reliefs, aimait à présider en personne aux travaux de ses architectes et de ses sculpteurs. Asarhaddon (681-668) imita son père; bien qu’ayant habité Calach, il résida le plus souvent à Ninive, « la ville de sa royauté, » où il recevait les rois et les tributs des peuples vaincus : il y construisit un nouveau palais, plus magnifique que les précédents, et qu’il nomma hekallu paqidat kalamu, « palais qui gouverne l’univers ; » en même temps il reconstruisait le bit kutalli sur un plan plus vaste; tout cela se fit avec les tributs des 22 rois du pays des Hatti et des riverains de la Méditerranée, Ba’al de Tyr, Manassé de .Juda, dix rois de Chypre, etc. Schrader, ibid., p. 134-135 sq.; ,1. Ménant, Annales des vois d’Assyrie, p. 245-246. L’Égypte, conquise par Asarhaddon, dut aussi contribuer à l’ornementation de la capitale. Mais c’est surtout Assurbanipal (668-626) qui donna à Ninive toute sa splendeur : ses constructions dépassent pour leur étendue, leur splendeur, la variété et le fini des bas-reliefs, tout ce qui s’était vu jusqu’alors : les multiples campagnes du roi contre l’Élam, la Susiane, la Babylonie, les ambassades de l'Arabie, de l’Arménie, les chasses royales, les plaisirs de la cour, etc., y sont représentés avec une véritable perfection, analogue à celle des meilleurs bas-reliefs égyptiens. Les campagnes que Asarhaddon et Assurbanipal firent en jigypte expliquent facilement cette direction nouvelle de l’art assyrien. Ce dernier répara et agrandit à Ninive, sur le tertre de Koyundjick, le palais de Sennachérib : ce qui est encore d’un plus grand intérêt, à l imitation des bibliothèques des temples et des palais babyloniens, il y réunit « aklmz nimeqi Nabu, la sagesse de Nabu (le dieu des sciences), kullat dupsarruti sa gimir ummani mala ba'sû, la totalité des tablettes écrites de tout genre, tant qu’il y en a ». Ménant, ibid., p. 254, 275, 276; Schrader, ibid., p. 154-455, 230-231, etc. Layard trouva là les milliers de tablettes d’argile, alors soigneusement copiées sur les exemplaires babyloniens, puis classées et cataloguées, d’où le British Muséum de Londres a tiré

ses plus belles richesses. Lui-même rappelle parmi ses plus beaux titres de gloire la reconstruction du Bit riduti, le harem? du palais de Ninive « la grande ville chère à Relit (Istar) »; les bas-reliefs qui ornaient ces constructions nouvelles sont certainement ce que l’art assyrien a produit de plus parfait.

Ninive et l’empire assyrien semblaient alors à l’apogée de leur puissance : leur ruine était cependant fort proche : sur les successeurs d’Assurbanipal, nous avons peu de renseignements. Nous possédons seulement, exhumée de Ninive, une inscription mutilée du dernier, Sîn-sari'ékun, le Sarakos des Grecs, en même temps que leur Sardanapale : on en est réduit, sur la fin de Ninive, à des conjectures et aux récits des historiens classiques. Depuis longtemps déjà les Mèdes de Cyaxare la menaçaient : mais l’invasion et l’occupation de la haute Asie par les Scythes, ne permit pas aux Mèdes d’exécuter leur dessein jusqu’au bout. Sin-sar-iskoun, nous l’apprenons par une inscription de Nippour, était encore reconnu roi jusqu’en Babylonie la septième année de son règne. Pesser, Texte juristischen und geschàftlichen Inhalts, dans Schrader, Keil. Bibl., t. iv, p. 176-177. Cependant Nabopolassar qui gouvernait Babylone en son nom, finit par vouloir se rendre totalement indépendant : en 607-606, il s’unit aux Mèdes et aux Scythes, et vint bloquer Ninive : et au bout d'un siège dont les documents ne nous apprennent ni la durée, ni les péripéties, cette ville succomba et fut prise et totalement ruinée, les Babyloniens rendant ainsi à Ninive tout le mal que celleci leur avait fait sous Assur-bani-pal. Quant aux Mèdes et aux Scythes leurs alliés, ils se laissèrent surtout attirer par les trésors accumulés dans les palais et dans les temples : « ils anéantirent les sanctuaires des dieux d’Assur, les détruisirent sans en laisser un seul, » comme l’écrira soixante ans plus tard le roi babylonien Nabonide. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient, t. ni, p. 484-485. La destruction fut si complète que, deux siècles après, Xénophon, à la retraite des Dix Mille, traversa ce pays sans même relever le nom de l’antique capitale disparue. Toutefois la tradition locale conserva son souvenir; sur les ruines il se bâtit même une petite ville qui porta le nom de la grande cité, et qui est mentionnée plusieurs fois dans l’histoire durant les démêlés des Romains et des Parthes, au temps de la révolte de Méherdates contre Gotarzès sous Claude, puis sous Trajan qui l’enleva à Mebarsapes, ensuite durant les guerres entre fléraclius et Chosroès, en 627, quand l’empereur y défit le général perse Rhazathes; G. Rawlinson, The Sixth Monarchy, p. 257, 340; The Seventh Monarchy, p. 522; elle est encore mentionnée dans l’histoire des croisades, mais elle disparut peu à peu ne laissant derrière elle que les deux villages de Koyoundjik et Nébi-Younous, ce dernier nom faisant allusion à la prédication de Jonas et à son prétendu tombeau.

Des ruines de Ninive, on n’a guère retrouvé et exploré que les restes des palais royaux (fig. 441), de sorte qu’il nous est difficile de nous faire une idée de sa population : les conjectures sur ce point sont fort divergentes : Jones et G. Rawlinson la portent à 175000 habitants; Maspero, d’après Billerbeck-Jeremias, va jusqu’à 300000. Pour l’auteur du livre de Jonas, elle renferme plus de 120000 habitants qui nesciunt quid sit inter dexteram et sinistram, ce qui suppose un total d’environ 600000 âmes, Jonas, ni, 3, et il faut trois jours pour la parcourir civilas magna itinere trium dierum, iv, 11. Si ces données sont historiques et primitives, il faut expliquer les trois jours du parcours des principales rues de la ville, et étendre l’appellation de Ninive à tout le triangle assyrien compris entre le Tigre et le Grand Zab, et renfermant ainsi Calach, Dur-Sarrukin, et plusieurs autres cités importantes : il est vrai qu’aucun texte ne nous fournit d’exemple du nom de Ninive ainsi étendu. Pour

Vi\. — Palais de Sennachérib. Essai de reconstitution, D'après Layard, Discoveries, frontispice,

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