‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 295 sur 389 · Antilope leucoryx · texte numérisé non relu

Antilope leucoryx

col. 1260, ni le bison, voir t. i, col. 1799, ni le bubale, yafimûr, voir t. i, col. 1956, ni le buffle, voir t. I, col. 1963. On admet généralement aujourd’hui l’identification du te'ô et de l’antilope oryx. Cf. Bochart, ITierozoicon, Leipzig, 1796, t. m, p. 28; Tristram, Natur al History of the Bible, Londres, 1889, p. 56-58; Wood, Bible animais, Londres, 1884, p. 119-121.

H. Lesètre.

OS (hébreu : ’ésérn, de 'dsam, « être solide, » et, dans les textes poétiques, gérém; chaldéen : gérém; Septante : otrcéov; Vulgate : os), pièce solide faisant partie de la charpente du corps chez les vertébrés. L’assemblage de toutes les pièces de cette nature forme le squelette. Les os sont composés d’un tissu solidifié, plus ou moins compact suivant la fonction de chacun d’eux. Les plus allongés ont à l’intérieur un canal rempli de substance médullaire. Voir Moelle, col. 1187.

Les os humains donnent à l’analyse 53,04 de phosphate de chaux, et 11,30 de carbonate de chaux. Aussi Amos, ii, 1, peut-il dire que les os du roi d’Édom ont été brûlés et ont donné de la chaux. Les os, du vivant même du vertébré, peuvent être brisés à la suite de coups violents ou de faux mouvements. Une affection tuberculeuse, la carie, les atteint quelquefois et les rend friables. Comme les os constituent la partie la plus résistante du corps humain, ce sont eux qui restent les derniers et même peuvent être conservés

OS

OSAÏAS

presque indéfiniment, quand tous les autres tissus ont été décomposés par le travail de dissolution qui suit la mort.

1° Au sens propre. — 1. Dieu a tissé le corps de l’homme d’os et de nerfs. Job, x, 11. Mais on ignore comment les os de l’enfant se forment dans le sein de la mère. Eccle., xi, 5. Dieu seul le sait. Ps. cxxxix (cxxxvm), 15. Un esprit pur n’a ni os ni chair. Luc., xxiv, 39. Les os de l’hippopotame sont comme des tubes d’airain. .Tob, XL, 13. Quand les accusateurs de Daniel furent jetés dans la fosse, les lions leur brisèrent les os. Dan., VI, 24. Dans les grandes épreuves, le corps s’amaigrit tellement que la peau semble adhérer aux os mêmes. Job, xix, 20; Ps. en (ci), 6; Lam., iv, 8. Le Messie devait être si cruellement torturé qu’il aurait pu compter tous ses os. Ps. xxn (xxi), 18. - 9. La loi défendait expressément de briser aucun des os de l’agneau pascal. Exod., xii, 46; Num., ix, 12. Saint Jean, xix, 36, signale le respect de cette défense à l’occasion du supplice de Jésus-Christ, le véritable agneau pascal. — 3. Joseph mourant recommanda instamment aux Israélites d’emporter avec eux ses ossements dans la Terre promise. Ses intentions furent scrupuleusement exécutées. Exod., xm, 19; Jos., xxiv, 32; Eccli., xlixj 18; Heb., xi, 22. Les habitants de Jabès, I Reg., xxxi, 13; I Par., x, 12, et ensuite David, II Reg., xxi, 12-14, inhumèrent honorablement les ossements de Saiil et de ses fils. Le prophète de Béthel, contemporain de Jéroboam, commanda à ses fils de placer ses os, quand il serait mort, près des os du prophète de Juda qu’il avait trompé et qui avait été tué par un lion. III Reg., xm, 31. Un mort jeté dans le sépulcre d’Élisée ressuscita au contact des os de ce prophète. IV Reg., xm, 21. Dans une de ses visions, Èzéchiel, xxxvii, 1-11, décrit comment, à la fin des temps, les os des morts reprendront vie sur l’ordre de Dieu et se retrouveront à leur place dans les corps ressuscités. — 4. Au lieu d’être inhumés, les os des adorateurs des idoles, rois, princes, prêtres, prophètes et simples Israélites, seront exposés sur le sol et engraisseront la terre. Jer., vm, 1-3; Bar., il, 24. — 5. D’après la Loi, Num., xix, 16, les ossements humains étaient une cause d’impureté pour ceux qui les touchaient. Afin de souiller et de déshonorer l’autel schismatique élevé par Jéroboam à Béthel, des ossements humains y furent brûlés. III Reg., xm, 2:

I V Reg., xxm, 18. Josias employa le même moyen pour rendre abominables les lieux où avait été pratiqué le culte des idoles. IV Reg., xxiii, 14-20; II Par., xxxiv, 5; Ezech., vi, 5. Sous le procurateur Coponius, pendant les fêtes de la Pâque, des Samaritains s’introduisirent dans le Temple au milieu de la nuit et répandirent partout des ossements humains, ce qui obligea à faire sortir du Temple tous ceux qui s’y rassemblaient alors en grand nombre. Cf. Josèphe, Ant. jud., XVIII, ii, 2. Notre-Seigneur compare les scribes et les pharisiens, pleins d’iniquité au fond du cœur, à des sépulcres remplis d’ossements, c’est-à-dire de choses impures. Matth., xxm, 27.

2° Au sens figuré. — 1. Adam appelle sa femme l’os de ses os, Gen., n, 23, c’est-à-dire un être tiré du plus intime de sa substance et étroitement uni avec lui. Être l’os de quelqu’un, c’est en conséquence lui être uni par des liens étroits de parenté ou d’affection. Gen., xxix, 14; Jud., ix, 2; Il Reg., v, 1; xix, 12, 13;

I Par., xi, 1; Eph., v, 30. — 2. Comme les os constituent la partie solide et résistante du corps humain, briser les os, c’est réduire à l’impuissance. Dieu brise les os des ennemis d’Israël, Num., xxiv, 8, et les disperse, Ps. lui (lu), 6, tandis qu’il garde les os des justes pour qu’aucun ne soit brisé. Ps. xxxiv(xxxm),21. La maladie, comme un lion, a brisé les os d’Ezéchias. Is., xxxviii, 13. Nabuchodonosor a brisé les os d’Israël, Jer., l, 17, et les persécuteurs brisent les os de leurs

victimes. Ps. xliii (xlii), 11 ; Lam., ni, 4. Les magistrats infidèles arrachent la chair des os du peuple et brisent ces os. Mich., iii, 2, 3. Le coup de la mauvaise langue brise les os, Eccli., xxvm, 21; par contre, une langue douce brise aussi les os, c’est-à-dire triomphe de toutes les résistances. Prov., xxv, 15; cf. xvi, 24. — 3. Les os sont encore considérés, surtout dans les textes poétiques, comme le siège des sensations et des sentiments causés par les choses extérieures. Satan demande à toucher les os et la chair de Job, c’est-à-dire à le faire souffrir dans tout son être physique et moral. Job, il, 5. Sous l’empire de la douleur, les os sont mis à nu, c’est-à-dire exposés à toutes les atteintes, Job, xxxiii, 21; ils sont desséchés, Ps. xxn (xxi), 15; xxxi (xxx), 11 ; Prov., xvn, 22, et comme dévorés par un feu intérieur. Job, xxx, 30; Ps. xxxii (xxxi), 3; cii (ci), 4, 6; Jer., xx, 9; Lam., i, 13. Pour donner une idée des calamités du siège de Jérusalem, Èzéchiel, xxiv, 4, 5, 10, représente la ville sous la figure d’une chaudière dans laquelle le feu consume de la chair et des os. La frayeur agite et fait trembler les os. Job, iv, 14; Ps. vi, 3; Jer., xxm, 9. Les os du malheureux appellent le trépas. Job, vu, 15. Les ossements du persécuté sont comme semés au bord du sche’ôl, Ps. cxli (cxl), 7, parce que la mort le menace sans cesse. Une femme sans honneur, Prov., xir, 4, l’envie, Prov., xiv, 30, la crainte, Hab., iii, 16, sont comme la carie dans les os; elles démoralisent et ôtent toute énergie. — 4. Les os sont parfois pris pour la conscience. Le serviteur de Dieu confesse qu’il n’y a rien de sauf dans ses os à cause de ses péchés. Ps. xxxviii (xxxvii), 4. Les iniquités des méchants sont sur leurs os, Job, xx, 11; Ezech., xxxii, 27, c’est-à-dire remplissent leur âme. Aussi la malédiction pénètre comme l’huile dans leurs os. Ps. cix (cviii), 18. Voir Huile, t. ni, col. 776. — 5. Les os sont encore pris comme le siège de la vigueur, de la joie, etc. Les méchants ont souvent la moelle des os remplie de sève, .Tob, xxi, 24, ce qui signifie qu’ils prospèrent. Une bonne nouvelle engraisse les os, Prov., xv, 30; une femme intelligente met la vigueur dans les os de son mari, Eccli., xxvi, 16, et Dieu donnera la vigueur aux os de son peuple, à l’époque messianique. Is., lviii, 11. Alors, les os des Israélites reprendront vigueur comme l’herbe. Is., lxvi, 14, et un jour les os des saints refleuriront dans leur tombeau. Eccli., xlvi, 14. Les os que Dieu a brisés par le châtiment se réjouiront au jour du retour en grâce, Ps. lu (li), 10, et ils diront dans leur reconnaissance ; « Jéhovah, qui est semblable à toi ? » Ps. xxxv (xxxiv), 10. — 6. Baruch, vi, 42, représente les femmes de Babylone offrant à leurs divinités et brûlant en leur honneur xà -ixopoc, ce que la Vulgate traduit par ossa olivarum, « os, » c’est-à-dire noyaux « d’olives ». Le traducteur parait avoir lu utxupi'Ssç, « petites olives. » Le Ttixupov est le son, la partie la plus grossière du blé moulu. Baruch désigne sans doute ici les offrandes que les Babyloniennes faisaient à ;la déesse Istar, la Vénus assyrienne; d’après son texte, elles brûlaient du son devant son image en guise de parfums. Cf. Hérodote, i, 199; Strabon, xvi, 1 ; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, Paris, 1895, t. i, p. 640. En somme, il n’est pas question d’os ni de noyaux en cet endroit. H. Lesëtre.

OSAS AS (hébreu : Hôsa'eyâh, « (celui) que sauve Yâh ou Jéhovah »), nom de deux ou trois Israélites.

'1. OSAIAS (Septante : ’Qircua), un des princes du peuple, qui marcha après les princes de Juda, lorsqu’ils se dirigèrent vers la porte du Fumier, lors de la procession par laquelle on célébra la dédicace des murs de Jérusalem relevés par Néhémie. II Esd., xii, 32.

OSÉE

OSAÏAS

2 et 3. OSAiAS (Septante : Maacaiaç). Ce nom se lit deux fois dans Jérémie, xlii, 1, et xlih, 2, la première fois comme celui du père de Jézonias et la seconde, comme celui du père d’Azarias. Il est probable qu’il désigne les deux fois le même personnage. Les Septante appellent son fils ’AÇapcaç dans les deux passages. Voir Azarias 29, t. i, col. 1302, et Jézonias 1, t. m, col. 1537.

OSÉE (hébreu : yv/iri, Hôséa'; [Jéhovah] sauve, délivre ; c’est à tort que quelques hébraïsants ont regardé ce mot comme un impératif hiphil, qui signifierait : Sauve! Septante : et c’est de là que vient la

forme latine Usee), première forme du nom de Josué qui introduisit les Hébreux dans la Terre Promise, et nom de quatre autres israélites.

1. OSÉE, forme primitive du nom de Josué, qu’on lit Num., xiii, 9 (hébreu, 8); Septante : AO cr-q , et Deut., xxxii, 44, dans le texte hébreu (Septante : ’lr- <j oôç; Vulgate : Josue). Moïse, Num., xiii, 17 (hébreu, 16), lorsqu’il l’envoya avec les autres explorateurs en Palestine, « appela Osée, HôSê'a, fils de Nun, Josué, Yehô'su'a' , » par l’addition expresse du nom divin au radical de son nom. Voir Josué, t. m, col. 1684.

2. OSÉE (hébreu : Hôséa' ; Septante : ’Qçrrçs; Vulgate : Osee), le dernier roi d’Israël (730-722). Osée était fils d’un certain Éla, d’ailleurs inconnu. Lorsque le roi d’Assyrie, Théglatbphalasar III, se fut emparé d’une grande partie du royaume d’Israël et eut transporté sur les rives de l’Euphrate les anciens habitants du pays qu’il venait de conquérir, Osée ourdit une conspiration contre le roi de Samarie, Phacée, le mit à mort et régna à sa place,. Ceci suppose qu’Osée occupait dans le royaume une situation en vue, qui lui permettait de ralliera sa cause d’assez nombreux partisans. IV Reg., xv, 29, 30. Il ;fit le mal, comme ses prédécesseurs, sans pourtant aller aussi loin qu’eux. IV Reg., xvii, 2. En Assyrie, Salmanasar V avait succédé à Théglathphalasar. Soit pour affirmer sa suzeraineté au commencement de son l’ègne, soit pour réprimer une tentative d’indépendance de la part d’Osée, le nouveau monarque assyrien fit une première campagne contre le roi d’Israël et l’assujettit à lui payer le tribut. IV Reg., xvii, 3. Salmanasar régna de 727 à 722. Ce serait donc seulement la troisième année de son règne qu’Osée aurait été rappelé à l’ordre par le roi d’Assyrie. Cependant une inscription de Théglathphalasar suppose que déjà le roi d’Israël avait eu affaire à ce dernier. Il y est dit : : « La terre de la maison d’Ornri..., ses principaux habitants, leurs biens, je transportai en Assyrie. Phacée, leur roi, ils frappèrent; je mis à sa place Osée, A-u-si; je reçus d’eux dix talents d’or, mille talents d’argent... » Cf. Schrader, Die Keilinscliriften und das A. T., Giessen, 1872, p. 145, 150; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., t. m, p. 523. La Bible ne dit rien de cette intervention de Théglathphalasar pour confirmer la royauté d’Osée et l’assujettir au tribut; d’autre part, nous ne possédons pas d'inscriptions historiques de Salmanasar. Ce n’est que par IV Reg., xvii. 3-5, que nous connaissons ses deux campagnes contre Israël. Le tribut qu’il avait imposé aux Israélites leur paraissait d’autant plus lourd que le royaume de Samarie était plus restreint, à la suite des campagnes précédentes, et ne comprenait plus guère que les tribus centrales d’Éphraïm et de Manassé. Trop faibles pour assurer leur délivrance par eux-mêmes, les sujets d’Osée tournèrent les yeux du côté de l’Égypte, le seul pays que n’eût pas encore entamé la puissance assyrienne. Osée envoya donc des messagers à Sua, roi éthiopien, qui devint roi de toute l’Égypte en 725, sous le nom de Schabak. Voir Sua. Celui-ci n’était sans doute pas

en mesure d’entrer de suite en campagne; aussi Osée ne se proposait-il de secouer le joug qu’au moment opportun. Mais Salmanasar ne lui laissa pas le temps de profiter de son alliance. Il apparut soudain en Samarie, se saisit d’Osée et le fit jeter dans une prison, en Assyrie où il le relégua. IV Reg., xvii, 4. Il commença ensuite, contre la ville même de Samarie, un siège qui devait durer trois ans. A partir de sa capture, Osée ne reparut plus; les inscriptions ne font de lui aucune mention. Le dernier roi d'Israël s’éteignit ainsi, en exil, dans la misère et l’oubli. 11. Lesétre.

3. osée (Septante : ’£W|), fils d’Ozaziu, chef de la tribu d’Éphraïm sous le règne de David. I Par., xxvii,

4. OSÉE (Septante : ’LAa-qé), un des chefs ( ra’sîm ) du peuple, qui signèrent l’alliance avec Dieu du temps de Néhémie. II Esd., x, 23.

5. OSÉE, le premier des petits prophètes, entre Ézéchiel et Joël dans la Bible hébraïque, entre l’Ecclésiastique et Amos dans l’édition sixtine des Septante, entre Daniel et Joël dans la Vulgate latine.

I. Origine et patrie d’Osée. — Le prophète nous apprend lui-même, I, 1, qu’il était fils de Be'éri (nxa); mais on ne sait absolument rien de ce personnage, identifié à tort par quelques anciens rabbins ( luchasin , fol. 12 a), sans autre motif que la ressemblance du nom, à Be'érah (mtta), prince de la tribu de Ruben, qui fut emmené captif en Assyrie par Théglathphalasar. Cf.

I Par., v, 6. Il faut regarder comme plus arbitraire encore une autre opinion rabbinique citée par Nicolas de Lyre, In Ose., I, 1, d’après laquelle Beéri aurait été lui-même prophète, en vertu du principe suivant : Ilabent... Hebræi pro régula quod, cum in principio alicujus prophetæ patris nomen exprimitur, prophetam fuisse intelligitur. Divers écrivains juifs vont même jusqu’à attribuer à Beéri l’oracle Is. , vin, 19-20.

Suivant une ancienne tradition, qui n’est cependant pas certaine, Osée aurait appartenu à la tribu d'Issachar. Saint Jérôme, l. c., le fait naître à Bethsamès, ville de I cette tribu, Jos., xix, 22; mais saint Isidore de Séville, De vita et obitu sancl., xli, 3, t. lxxxiii, col. 144, lui donne pour berceau une autre localité demeurée inconnue, qu’il nomme Bélémoth (Balamon, ou Belamon, d’après une variante de Pseudo-Dorothée, De prophetis, c. t). Voir Pair, gr., t. xcii, col. 364. Voir aussi S. Éphrem, Opéra syr., t. n, p. 234, et Pseudo-Épiphane, De vilis prophel., 11, t. xlih, col. 406.

Du moins, une étude attentive du livre rend à peu près indubitable le sentiment, très général aujourd’hui, d’après lequel le prophète Osée aurait été citoyen du royaume des dix tribus, dont faisait d’ailleurs partie la tribu d’Issachar. — En effet, 1° comme l’ont remarqué plusieurs habiles hébraïsants (voir en particulier Kônig, Einleitung in das Alt. Test., Bonn, 1893, p. 311 ; F. Keil , Lehrbuch der hist.-krit. Einleitung, 2e édit., p. 276; A. Scholtz, Commenta)' zu Iloseas, p. xxvm), son style a parfois une saveur araméenne, qui rappelle le langage de la Palestine septentrionale. C’est ainsi qu’il emploie le to, sin, ou le o, samedi, au lieu du uf, schin, cf. Ose., il, 8; vm, 4; ix, 12, et aussi Jud., xii, 6; le mode causatif lipliil, au lieu de Y hiphil ordinaire, Ose.,xi, 3 : tirgalti; l’aspiration très douce s, à la place du n, Ose., xiii, 15; des formes rares ou anormales, comme nn;>, v, 13, nsn, vi, 9, n>333t, vm, 16, niïap, ix,6,nsp xii,’ 14, rm xiii, 1, vus, xiii, 14, etc. — 2° La manière dont Osée mentionne les localités du royaume schismatique du nord montre que la topographie de cette région lui était particulièrement familière. En fait, la plupart de celles qu’il a l’occasion de citer apparie-

OSÉE

naient à ce royaume : à l’est, Mispâh, v, f (d’api’ès l’hébreu ; Vulgate, spéculation i), et Galaad, vi, 8; xn, 11 ; à l'ouest, Jezrahel, i, 4, 5, 11 ; n, 22, Rama, v, 8; ix, 9; x, 9, Béthel, sous le nom ironique de Bethaven, iv, 15;

v, 8; x, 5, etc.; Galgala, iv, 15; ix, 15; xti, 11, Sichem,

vi, 9, Samarie, vu, 1; vm, 5-6; x, 5, le Tliabor, v, 1, le Liban, xiv, 6, 7, 8, etc. — 3° Ses allusions historiques sont aussi celles d’un homme parfaitement au courant de l’histoire contemporaine du royaume du nord. Il en connaît à fond l’état politique, moral et religieux : il parle des intrigues de la cour, des agissements égoïstes des grands et des prêtres, des défauts caractéristiques du peuple, à la manière d’un témoin, qui a contemplé de ses propres yeux tout ce qu’il décrit (voir ce qui sera dit plus bas du message d’Osée et de l’authenticité de son livre). Notez en particulier ce trait, VI, 10 :

« Dans la maison d’Israël, j’ai vu une chose horrible. » Pour lui, le royaume d’Éphraïm est, ainsi qu’il le

nomme environ quatre fois, « le pays » (yixn) par anto-

nomase, Ose., iv, 3, ou « le royaume de la maison d’Israël », i, 4. C’est presque uniquement ce royaume qui est l’objet de ses reproches, de ses espérances ou de ses profondes inquiétudes. Au contraire, il ne fait aucune mention directe ni de Jérusalem, ni du temple; celles de ses allusions, d’ailleurs assez nombreuses, qui concernent le royaume de Juda (cf. i, 7, 11; ni, 5; iv, 15; v, 5, 10, 12-14; vi, 4, 11 ; vm, 14; x, 11; xi, 12; xii, 2) ne sont présentées qu’incidemment, de sorte que l’on sent, en les lisant, que cette contrée n’était pas la sienne, bien qu’il la regardât comme le vrai centre de la théocratie. Au reste, elles sont en général brèves et rapides. En somme, tout le long du livre nous voyons que l’Israël des dix tribus était à la fois la patrie chère au prophète et la sphère de sa propre activité. C’est donc à tort que Jahn, Einleitung, t. ii, p. 413, et Maurer. Comment, theolog., t. n, pars 1, p. 291 sq., font de lui un citoyen du royaume de Juda (voir la réfutation détaillée de cette hypothèse dans Hengstenberg, Christologie des Alt. Test., t. i. p. 183 sq., et dans Simson, Comment., p. 3 sq.); à tort aussi que Umbreit, Comment. iiber die kleincn Propliet., p. 5, et Ewald, Die Prophet. des Allen Blindes, t. I, p. 118 sq., supposent qu’Üsée, persécuté par ses compatriotes, aurait quitté son pays et se serait réfugié sur le territoire de Juda, où il aurait écrit ses oracles.

II. Époque du prophète Osée. — Si c’est lui qui ouvre, dans la Bible hébraïque, comme dans les Septante et dans la Vulgate, la liste des petits prophètes, cela ne veut pas dire qu’il soit le plus ancien de tous; on lui a sans doute attribué le premier rang, parce que son livre a plus d’étendue que les autres. Amos, auquel il fait plusieurs emprunts, ainsi qu’on l’admet communément (cf. Ose., iv, 3, et Am., vm, 8; Ose., iv, 15, et Am.,v, 5; Ose.,v,5; vi,10, et Am.,vm, 8; Ose., vm, 14, et Am., ii, 5; Ose.,x, 4, et Am., vi, 13), devint prophète à une date antérieure et acheva plus tôt son ministère, quoiqu’ils aient été contemporains pendant quelque temps. Cf. Am., i, 1. Les premières lignes de la prophétie d’Osée, i, 1, nous font connaître d’une manière générale la période durant laquelle il exerça sa mission : ce fut « dans les jours d’Ozias, de Joatham, d’Achaz, d’Ézéchias, rois de Juda, et dans les jours de Jéroboam, fds de Joas, roi d’Israël ». Or, cette période, d’après la chronologie antérieure à la découverte des monuments assyriens, correspondait aux dates suivantes : dans le royaume de Juda, Ozias ou Azarias, 810-759 avant J.-C. (Oppert, Salomon et ses successeurs, p. 99 : 809-758); Joatham, 759-544 (Oppert, 758-743); Achaz, 744-728 (Opperl, 743-727); Ézéchias, 728-699 (Oppert, 727-698); dans Israël, Jéroboam, c’est-à-dire Jéroboam II, troisième successeur de Jéhu, 825-784. Mais, évidemment, le titre du livre ne signifie pas qu’Osée a prophétisé

depuis la première année de Jéroboam II, en 825, jusqu’à la dernière année d’Ézéchias, en 699 : des mots « encore un peu de temps et je visiterai le sang de Jezrahel sur la maison de Jéhu », Ose., i, 4, on conclut à bon droit qu’Osée inaugura son ministère vers la fin du règne de Jéroboam II, qui fut l’avant-dernier prince de la dynastie fondée par Jéhu, et qu’il l’acheva au commencement du règne d’Ézéchias; ce qui fait une durée d’environ soixante années. Pendant ce temps, notre prophète vit passer les rois éphémères qui se succédèrent sur le trône d’Israël peu après la mort de Jéroboam, au milieu d’une effroyable anarchie. Cf. IV Reg., xv, 8-31. Zacharie, fils et successeur de Jéroboam II, fut assassiné, après six mois de règne, par un usurpateur nommé Sellum, qui tomba lui-même, un mois plus tard, sous les coups de Manahem. Celui-ci se maintint sur le trône pendant dix ans, et eut pour successeur son fils Phacéia, qui ne régna que deux ans et qui périt assassiné par Phacée. Le dernier roi d’Israël fut Osée, homonyme de notre prophète, qui fut vaincu par le roi d’Assyrie Sargon, en 722. Cf. IV Reg., xvn, 1-6. C’en fut fait alors du royaume d’Israël, et il est possible que le prophète Osée ait été témoin de sa ruine, qu’il avait depuis longtemps annoncée.

De nos jours, il est vrai, on a réduit et rapproché de nous, dans des proportions notables, en s’appuyant sur la chronologie des monuments assyriens, la période qui correspond aux règnes mentionnés dans le titre de notre petit livre. Ainsi, pour nous en tenir à deux savants catholiques qui se sont particulièrement occupés de cette question, MM. Al. Schæfer, Die biblische Chronologie, Munster, 1879, p. 140, et B. Neteler, Zusammenhang der alltestamenll. Zeitrechnung mit der Profangeschichte, 2e fascic., 1885, p. 9, Ozias aurait régné de 789 à 757 (Schæfer), ou de 787 à 736 (Neteler); Joatham, de 757 à 741, ou de 736 à 721 ; Achaz, de 741 à 726, ou de 721 à 706; Ézéchias, de 726 à 685, ou de 706 à 679; Jéroboam II, de 790 à 750 (Neteler). Voir aussi Chronologie biblique, t. ii, col. 731. Mais, dans le cas même où cette transformation chronologique serait certaine, il resterait vrai qu’Osée a vécu et prophétisé durant une partie considérable du VIIIe siècle avant J.-C. Personne ne songe à contester son ancienneté.

Ce qu’on a mis en doute depuis quelque temps, c’est l’exactitude et l’authenticité du titre du livre, en ce qui concerne les rois de Juda : d’un côté, parce que ces monarques étaient étrangers au royaume d’Israël ; d’un autre côté, parce que le règne de Jéroboam II, seul prince mentionné parmi les rois d’Israël, ne couvre pas, il s’en faut de beaucoup, la période qui correspond au gouvernement d’Ozias, de Joatham, d’Achaz et d’Ézéchias. D’où l’on a conclu, tantôt que la note chronologique placée en tête de l’écrit d’Osée est partiellement inexacte, tantôt (et ce cas est fréquent dans les plus récents commentaires de l’école dite critique) qu’elle a été amplifiée après coup par un scribe qui vivait pendant ou après la captivité babylonienne, et qui était désireux de montrer qu’Osée avait été contemporain d’Isaïe et de Miellée. Comp. Ose., i, 1, avec Is., i, 1, et Mich., i, 1 . Le titre primitif aurait donc simplement consisté dans les mots :’« Parole du Seigneur qui fut (adressée) à Osée, fils de Beéri, aux jours de Jéroboam, fils de Joas, roi de Juda. » Mais rien n’est plus arbitraire que de tels procédés, et v on peut affirmer qu’il n’a encore été produit aucun argument concluant, capable de mettre en doute l’exactitude historique » du titre. Reynolds, dans Ellicott’s Old Testament Commentai')), t. iv, p. 411. Sans doute, il est surprenant, à première vue, que Jéroboam II soit seul nommé parmi les rois d’Israël sous lesquels Osée prophétisa, surtout si l’on se rappelle que celui-ci a spécialement écrit pour le royaume du nord; mais ce fait s’explique par la rapidité avec laquelle, pour la plupart, les successeurs de

OSEE

Jéroboam passèrent sur le trône. Ils furent d’ailleurs presque tous des usurpateurs violents et criminels. Voir Hævernick, Einleilung in das Alte Testament, t. n, 2. p. 278. Il est probable que Jéroboam lui-même n’est mentionné qu’à la façon d'une date : pour Osée, qui insiste sur ce fait que la maison de David était seule en possession légitime de la royauté, cf. Ose., ni, 5, ce prince aussi était un usurpateur, et la vraie liste royale était celle des monarques de .Tuda. Hengstenberg, Christologie des Alten Testam., t. in, p. 3; Krabbe, Quæstiones de Uoseæ vaticin., p. 18; F. Iveil, Einleitung in das Alte Testament, p. 276-277; en sens contraire, Driver, An lntrod. to the Literature of the Old Testament, p. 283; Wildeboer, Die Litteratur des Alt. Test., p. 117; W. Nowack, Der Prophet Hosea, p. x sq.

On ajoute, pour prouver que la donnée chronologique Ose., i, 1, est inexacte, que le prophète parle de Galaad comme d’une province qui faisait encore partie du royaume d’Israël, cf. Ose., v, 1; vi, 8; xii, 11, tandis que, d'après I Par., v, 26, Phul ou Théglathphalasar III en avait d’assez bonne heure déporté les habibants en Assyrie. On fait aussi valoir Vargumentum e silentio, si aisé, mais si faible d'ordinaire : Osée ne signale pas l’alliance conclue contre Juda entre les rois Phacée d’Israël et Rasin de Syrie, IV Reg., xvi, 5-6; Is., vu, 1, non plus que la ruine de Samarie; d’où l’on déduit qu’il n’a pas prophétisé si tardivement que l’indique le titre. On voit combien tout cela est peu concluant. Au surplus, le livre lui-même réfute en partie ces raisonnements, puisque sa seconde partie, chap. in-xiv, ne se rapporte plus au règne de Jéroboam II, mais à ceux de ses successeurs : le titre signifierait donc peu de chose, s’il fallait regarder comme une interpolation tout ce qui y concerne les rois de Juda.

III. Histoire personnelle d’Osée. — Nous n’en savons que ce que le prophète nous apprend lui-même dans les trois premiers chapitres de son livre, car il n’est parlé de lui dans aucun autre écrit biblique. Cette histoire se ramène à quelques faits domestiques d’une nature très intime, à un très cuisant chagrin de famille, dans lequel Osée, divinement éclairé, vit l’image des relations qui existaient alors entre le royaume d’Israël et le Seigneur. Sur l’ordre de Dieu, il épousa une femme aux mœurs légères, Gomer, fille de Diblaïm (Vulgate, « Deblaïm »), qui ne tarda pas à le tromper. Ose., i, 2. Elle eut successivement trois enfants, auxquels, sous l’inspiration du ciel, Osée donna des noms symboliques : un fils, lzre”êl (Vulgate, « Jezrahel »); une fille, Lô’-ruhâmâh, pas aimée, et un second fils, Lo’-’ammi, pas. mon peuple. Ose., i, 4, 6, 9. Ces noms n’exprimaient que trop bien la tension des rapports qui existaient entre Jéhovah et les Israélites du nord. Un ordre analogue fut adressé plus tard au prophète, d’après le chap. m : il devait prendre une femme perdue de mœurs et lui imposer une vie de réclusion, pour la faire rentrer en elle-même et l’amener à se convertir. Cette tragédie domestique est exposée simplement, noblement, sans que l’écrivain sacré songe un seul instant à mettre en relief ses souffrances personnelles. Il insiste, en revanche, cf. i, 4-11 ; il, 1-24; m, 3-5, sur le sens de cette double action symbolique : Israël, cette épouse mystique du Seigneur, ne cesse pas de lui être infidèle; Dieu le châtiera sévèrement; puis, pressé par un amour qui n’a jamais défailli malgré les ingratitudes de son peuple, il lui pardonnera, dès que le coupable témoignera qu’il se repent de sa triste conduite.

Ce mariage d’Osée a donné naissance à toutes sortes d’opinions, qu’on trouvera résumées dans Marck, Diatribe de uxore fornicgtionum, Leyde, 1696, dans H. Ivurtz, Die Ehe des Propheten Hosea, Dorpat, 1859, et dans A. Rohling, Die Ehed.es Proph. Hosea (Theol. Quartalschrifl de Tubingue, 1867, p. 555-602). Voir aussi Hengstenberg, Christologie des Alt. Test., t. m, p. 1-136;

Schmoller, Die Propheten Hosea, Joël und Amos, p. 16-22; F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 5« édit., t. v, p. 229-231; les commentaires de A. Scholz, Nowack et Knabenbauer. Les deux questions principales que soulève ce passage, sont certainement les suivantes : 1° Les faits racontés furent-ils réels, objectifs? ou bien ne devons-nous y voir qu’une simple allégorie, ou qu’un phénomène interne, qui se serait seulement passé dans l’âme du prophète? 2° Les récits des chapitres i et m sont-ils relatifs à deux mariages distincts, ou à un seul et même mariage? Ces deux points ont de tout temps partagé les interprètes, qui ont émis, sans distinction d’écoles, des avis divers à leur sujet.

Pour ce qui est du premier problème, la paraphrase chaldaïque, quelques rabbins, saint Jérôme (qui, du reste, adopte aussi à l’occasion le sentiment contraire), et d’assez nombreux commentateurs plus ou moins récents se déclarent partisans de l'interprétation figurée (parmi les plus connus nous pouvons citer Maimonide, Kimchi, Calvin, Hitzig,MM.Keil,Reuss, Kœnig, Wünsche). Ils allèguent les raisons suivantes : — a) Si les faits avaient eu lieu d’une manière concrète, littérale, Dieu aurait placé Osée dans une situation choquante, pour ne pas dire scandaleuse, et le scandale aurait été encore plus grand dans l’hypothèse d’un double mariage. — b) Les incidents que raconte le chap. icr exigent un intervalle de plusieurs années; le peuple n’aurait donc été que fort peu frappé de leur signification symbolique, —c) Les prophètes, dit-on, reçurent plus d’une fois de Dieu l’ordre d’accomplir des actes qui, par leur nature même, étaient d’une exécution difficile (on cite comme exemple Ezech., iv, 4-8), et qui, pour ce motif, ne s’accomplissaient pas à la lettre, mais surtout d’une façon idéale. Les chap. i et in ne contiendraient donc qu’une sorte de mâsal ou parabole.

Il est aisé de réfuter ces arguments, — a) Si les actes commandés au prophète avaient été contraires à la morale, Dieu ne les lui aurait pas même suggérés en vision, et ils n’auraient pas pu servir de base à une allégorie. En fait, l’ordre donné à Osée, loyalement expliqué, ne contenait en lui-même rien qui fût indigne de Dieu ou de son représentant. — b) Pour que la narration orale des faits par Osée fût capable d’impressionner la foule, il fallait qu’ils correspondissent à la réalité historique, et on ne conçoit pas que le prophète se soit mis en scène comme un homme soumis à la plus rude épreuve domestique, si la conduite de sa femme avait toujours été honorable. — c) Les prophètes recevaient parfois de Dieu l’ordre d’accomplir des actions symboliques très réelles, quoique très difficiles en elles -mêmes. Cf. Jer., xiii, 1-7 ; Ezech., îv, 9-17, etc.

Les raisons pour lesquelles d’autres commentateurs très nombreux (dans l’antiquité, saint Irénée, saint Éphrem, Théodoret de Cyr, saint Cyrille d’Alex., saint Augustin et plusieurs autres Pères ; dans les temps modernes, Estius, Cornélius a Lapide, etc.; de nos jours, les PP. Cornely et Knabenbauer, MM. Vigouroux, A. Scholz, Pusey, Ewald, Kuenen, Wellhausen, Nowack, Marti, etc., et, en somme, la plupart des interprètes les plus récents) admettent la réalité du mariage d’Osée sont surtout les suivantes : — 1° Rien, dans la narration de l’écrivain sacré, n’indique qu’il parle en termes allégoriques, et qu’il se borne à exposer un phénomène interne, subjectif; au contraire, il donne à son récit une forme tout objective, appuyant sur le caractère extraordinaire de l’ordre qu’il reçoit, citant le nom de la femme et celui de son père, cf. i, 2-3; on a essayé vainement de donner à ces noms une signification symbolique, l'ordre irrégulier des naissances (un fils, i, 3; une fille, i, 6, et de nouveau un fils, i, 8;, etc. D’ordinaire, les auteurs inspirés fournissent à leurs lecteurs quelque moyen pour reconnaître qu’il s’agit seulement de visions ou

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d’allégories. — 2° Plus la chose commandée à Osée était étrange et difficile, plus elle était capable de faire impression sur la masse des Israélites et de secouer leur torpeur religieuse, en leur manifestant la grièveté de leurs crimes, et en leur montrant avec la plus grande clarté, d’une part, ce qu’ils avaient à redouter de l’amour offensé du Seigneur, s’ils persévéraient dans leurs infidélités, et, d’autre part, ce qu'ils pouvaient espérer de l’affection divine, si tendre et si profonde, s’ils s’amendaient courageusement. Or, avertir son peuple d’une manière retentissante, tel était précisément le but que Dieu se proposait en ordonnant à ses prophètes d’accomplir certaines actions symboliques. Cf. Is., xx, 2-4; Jer., xiii, 1-11; xix, 1-11 ; xxvii, 2-11 ; Ez., îv, 1-13; v, 1-4, etc. Voir aussi saint Irénée, Adv. hær., IV, xx, 12, t. vu, col. 1042. — 3° Les dénominations allégoriques des trois enfants de Gomer ne prouvent pas qu’il faille prendre au figuré tout l’ensemble de la narration. Ces enfants ne jouent qu’un rôle secondaire par eux-mêmes; Osée et Gomer sont les deux personnages principaux, et les noms des enfants devaient seulement présager les sentiments réservés à Israël coupable. Isaïe aussi donna à ses deux fils des appellations symboliques, et personne n’a jamais contesté leur existence. Cf. Is., vu, 3; vm, 4. Cette solution littérale du problème nous paraît être de beaucoup la meilleure et la plus naturelle. Comme on l’a remarqué, « les difficultés inhérentes à 1 interprétation allégorique sont bien plus grandes que celles qui s’attachent à l’explication littérale, » Cheyne, llosea with Noies, p. 17.

On a discuté sur ce point spécial : Est-ce avant ou après son mariage que Gomer se livra à l’inconduite? Quelques commentateurs (entre autres, saint Augustin) adoptent de préférence le premier de ces sentiments et supposent que la femme d’Osée, de mœurs très légères avant de lui être unie, serait ensuite demeurée chaste. Mais si, de prime abord, cette opinion parait rendre plus acceptable l’acte commandé à Osée, elle accroît en réalité les difficultés d’interprétation, car elle fait disparaître en grande partie le symbolisme. En effet, c’est en tant qu’elle fut une épouse infidèle que Gomer représente la conduite d’Israël envers Jéhovah; or, dans tout son livre, Osée parle avant tout des crimes du peuple théocratique postérieurs à l’alliance du Sinai. L’expression énergique « une femme de prostitutions », ciyui rnifis. semble exiger aussi cette interprétation; car

elle est expliquée, Ose., i, 2, par les mots qui suivent, !~0, « des enfants de prostitutions, » et ces mots

désignent des enfants qui n’existaient pas encore. Si Gomer avait été une courtisane vulgaire au moment où Dieu commanda à Osée de l’épouser, elle serait sans doute appelée simplement nii, le nom ordinaire en pareil cas. Divers interprètes ont supposé à tort que le titre « une femme de prostitutions » désignerait au moral une femme livrée à l'idolâtrie.

Le second problème, qui ne demande pas des développements aussi considérables, est celui-ci : S’agit-il, dans les chapitres i et ni, de deux femmes distinctes, et par conséquent de deux mariages successifs, ou d’une seule femme et d’un seul mariage? Ici encore, les commentateurs se sont partagés en deux camps opposés, et cette question, de même que la précédente, ne sera jamais élucidée d’une manière entièrement satisfaisante. Ceux qui sont partisans d’un double mariage supposent que le second fut contracté, soit après la mort de Gomer, soit auparavant, et dans ce dernier cas, Osée aurait épousé une femme de second rang, comme la loi le permettait. Voir Kaulen, Einleitung, p. 343; Knabenbauer, Comment, in Proph. minores, t. i, p. 48. Mais, d’après le sentiment le plus probable et le plus commun de nos jours, la femme du chap. i et celle du chap. m sont identiques. Il paraît peu vraisemblable que Dieu,

à deux reprises, ait enjoint à Osée de se marier dans des circonstances si extraordinaires. De plus, le symbolisme, pour être parfait, exige qu’il soit question de la même femme; car rien n’indique que Gomer fut morte, et, si Osée l’avait répudiée en vue d’une autre union, ces secondes noces auraient signifié que Jéhovah allait se choisir un nouveau peuple à la place d’Israël. D’ailleurs, la descriplion très brève, mais caractéristique, de la femme que le prophète est invité à aimer malgré' tout, ni, 1, ne convient que trop à Gomer. Cf. i, 2. La forme de l’ordre divin est à noter. Le Seigneur ne dit pas, la seconde fois : « Va encore, et prends une femme...; » mais : « Va encore, et aime...; » par conséquent : « Reprends-la, malgré son indignité, et sois-lui attaché quand même. » Le récit nous renvoie donc à i, 2. On peut supposer, avec de nombreux exégètes contemporains, que Gomer, mettant le comble à son inconduite, aurait quitté le foyer d’Osée, pour être encore plus libre; puis, qu’abandonnée par ceux qu’elle avait follement suivis, elle se trouva dans une profonde misère matérielle; Osée la reprit, mais la tint à l’écart pour la faire réfléchir et la ramener à de meilleurs sentiments.

Telles sont les principales difficultés auxquelles a donné lieu le mariage de notre prophète. Heureusement,quelque opinion que l’on adopte à leur sujet, l’interprétation du livre demeure au fond la même, bien qu’elle ait une forme beaucoup plus saisissante dans l’hypothèse d’un mariage réel et unique. Quoi qu’il en soit, l’image d’Israël représenté sous la forme d’une femme infidèle à son mari n’apparaît pas seulement dans le livre d’Osée : on la rencontre dès le Penlateuque, cf. Exod., xxxiv, 16; Lëv., xyii, 7 ; xx, 5; Num., xiv, 33, etc., puis dans plusieurs autres prophètes, cf. Is., ii, 1-3; liv, 1-6; Jer., n, 2; Ezech., xvi, 1-63, etc. Saint Jean-Baptiste et Jésus-Christ ont aussi employé une image analogue, cf. Joa., m, 29; Matth., xxii, 1; xxv, 1 sq.; Marc., n, 19-20 ; de même saint Paul, cf. II Cor., xi, 2; Eph., v, 25-27, et saint Jean, Apoc., xix, 7-8; xxi, 1. Mais nulle part, si ce n’est dans le Cantique, cette idée n’est développée en traits aussi vifs et détaillés que dans le livre d’Osée.

On a conjecturé naguère, Duhm, Théologie der Proplieten, Bonn, 1875, p. 130-131, que le prophète Osée appartenait à la famille sacerdotale. Les raisons alléguées (entre autres : la connaissance parfaite de l’histoire ancienne d’Israël; l’emploi d’expressions liturgiques, telles que « la loi de Dieu », iv, 6, et vm, 12, « impur » légalement, v, 3,’et vi, 10, « abominations, » ix, 10; la mention relativement fréquente des prêtres légitimes; la cessation des sacrifices légaux regardée comme un grand châtiment pour Israël, m, 4; ix, 3 sq.) sont trop générales pour rendre certaine l’hypothèse en question. Maint laïque instruit pouvait connaître l’histoire et parler des choses liturgiques aussi bien que beaucoup de prêtres. Du moins, il est évident que, si l’auteur du livre n’appartenait pas aux classes supérieures, il était doué d’une intelligence peu commune, et qu’il se rendait parfaitement compte de ce qui se passait autour de lui. Comme Amos et Jérémie, il parait avoir été un objet de haine et de persécution pour ses compatriotes, irrités de ses reproches sévères et de ses terribles menaces. Cf. Ose., ix, 7-8.

On ne sait rien d’authentique sur sa mort. Suivant une tradition juive, elle aurait eu lieu à Babylone, et de là, selon son désir formel, son corps aurait été transporté à dos de chameau dans la Galilée supérieure, à Safed, où serait son tombeau. Voir Robinson, Palàstina und die südlich angrenzenden Lânder, t. m, p. 597. Pseudo-Épiphane et pseudo-Dorothée, l. c., le font mourir tranquillement dans son pays. D’après Iiurckardt, Reisen in Syrien, t. Il, p. 696 sq., les Arabes croient posséder le tombeau d’Osée sur l’emplacement

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de l’antique Ramoth-Galaad, à l’est du Jourdain. Voir aussi Bædeker, Palàsüna und Syrien, 1875, p. 351. Une autre légende arabe place le lieu de sa sépulture à Almenia, dans l'Afrique septentrionale. Sur ces renseignements contradictoires, voir J. Friderici, De Hosea et vaticiniis ejus, Leipzig, 1715; Carpzow, lntroductio ad libros canon. Vet. Testam., t. ni, p. 268 sq.; A. Scholz, Comment., p. xxv-xxvi.

IV. Thème du livre d'Osée. — On l’a vu par ce qui précède, c’est le royaume d’Israël qui est l’objectif immédiat, principal, presque unique même de cet écrit. Le message d'Osée est double : il consiste à exposer, d'un côté, le crime que les Israélites ont commis en brisant l’alliance théocratique, et de l’autre, l’amour de Jéhovah, qui demeure fidèle quand même, et qui, lorsque son épouse mystique, actuellement si coupable, aura été convertie par les châtiments nécessaires, se manifestera de nouveau avec éclat. Durant la longue période de l’activité prophétique d’Osée, la condition religieuse et morale des dix tribus schismatiques du nord nécessita constamment les mêmes reproches; c’est pour cela qu’on entend, à travers l’écrit tout entier, l’accent uniforme soit du blâme, soit de l'exhortation, au sujet de l'idolâtrie, de l’injustice, des agissements anti-théocratiques, comme aussi l’accent de la menace. Le peuple israélite a rompu en pratique le contrat passé avec le Seigneur; celui-ci punira les coupables, s’ils ne reviennent à de meilleurs sentiments : voilà le thème perpétuel des oracles d’Osée.

Les lamentations sur l’idolâtrie et sur l’immoralité d'Israël remplissent, à elles seules, une grande partie du livre. Le prophète revient souvent sur le culte idolâtrique, qui consistait tout à la fois dans les pratiques grossières, sensuelles des nations chananéennes, et dans l’adoration du veau d’or, installé à Béthel par Jéroboam Ier. Cf. Ose., iv, 12-14, 15, 17; v, 1-3 ; vm, 4-6, 11; ix, 1, 10, 15; x, 1,5, 8, 15; xi, 2; xii, 11; xm, 1 sq. Il dépeint aussi sous des couleurs très vives, non seulement la profonde corruption des masses, mais aussi celle de toutes les classes dirigeantes : l’égoïsme des prêtres, l’ambition des grands, la faiblesse et la mollesse des rois, les luttes perpétuelles entre les factions opposées. Tout cela est mis tour à tour sous nos yeux avec une grande fidélité de pinceau. Cf. Ose., IV, 1-3, 18; v, 1, 3; vu, 16; vm, 6, 8-10; ix, 15; x, 3; xm, 10, etc.

L’infidélité d’Israël se manifestait également par ses relations politiques, dont notre prophète trace aussi un tableau très exact. Comme nous l’apprenons IV Reg., xv, 19-20, le roi Manahern acheta au prix de 1 000 talents d’argent (8500000 fr.) la faveur de n’être point attaqué par le roi d’Assyrie Théglathphalasar III, et les annales du grand conquérant assyrien citent en effet « Manahern de Samarie » parmi les princes qui lui payaient le tribut. Nous savons que cette politique fut suivie de même par le dernier roi d’Israël, Osée, qui, d’après les mêmes annales, n’obtint son élévation au trône que grâce au concours de l’Assyrie. Plus tard, sous la pression d’une partie des grands de son royaume, il se tourna vers l’Égypte; mais ce double jeu le conduisit directement à la ruine. Cf. IV Reg., xvn, 1-6; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., t. m, p. 532-540. D’ailleurs, envisagée en elle-même, une politique qui consistait à se mettre sous la dépendance des empires païens du voisinage était en opposition flagrante avec les principes théocratiques, suivant lesquels Jéhovah était seul le vrai roi et protecteur du pays. Cf. Ose., vu, 8, 11 ; xi, 1 a; xiv, 1-3, etc. Le résultat d’une telle conduite était donc aisé à prévoir : le Seigneur cessera de regarder le royaume d’Israël comme faisant partie de son peuple, et il le « chassera de sa maison ». Ose., ix, 15.

Malgré le caractère menaçant du livre d'Osée, les pro-

messes en sont aussi un élément très important. Elles apparaissent très nettes, et relativement fréquentes, à côté des plaintes et des objurgations sévères. Cf. h, 1, 14-24; ni, 5; v, 15; vi, 1-3 ; xi, 8-11; xiv, 2-10, etc. Il faut signaler, entre toutes, celles qui se rapportent au Messie et à son règne glorieux. Bien qu’Osée ne prédise qu’un seul fait de la vie du Christ, et cela d’une manière typique, indirecte (cf. Ose., xi, lb, et Matfh., U, 15; voir L.-Cl. Fillion, L’Evangile selon S. Matth., Paris, 1878, p. 59, et Knabenbauer, dans ses notes sur ces deux passages), il annonce du moins très clairement que le Messie naîtra de David, Ose., m, 5, et il trace un brillant tableau de l’âge d’or qui sera inauguré par lui. Ose., ii, 1, 16-24; m, 5; xiv, 2-9.

On a fait observer, surtout à notre époque (voir en particulier Davidson, dans The Expositor, 1879, p. 258 sq.; T. K. Cheyne, llosea with Notes, p. 27-30), que « les menaces terribles et les consolantes promesses du prophète Osée s’appuient sur une base identique, qu’il a la gloire d’avoir mise très spécialement en relief : à savoir, l’amour de Jéhovah pour son peuple ; l’amour outragé, saintement jaloux, qui s’irrite et se venge; l'amour malgré tout, qui pardonne et qui sauve ». Cf. m, 1; ix, 10; xi, lh, 8-11 ; xiv, 5, 9, etc. C’est là ce qu’on a très justement appelé « la note dominante de la plaidoirie d’Osée ». A ce même point de vue, on a aussi nommé Osée « le prophète des peines tragiques de l’amour ». Si on le compare avec Amos, son contemporain, on voit que celui-ci regarde surtout Jéhovah comme le roi et le juge d’Israël, tandis qu’Osée contemple surtout en Dieu l’époux et le père de son peuple. En ce sens, notre prophète a contribué de la façon la plus noble au développement de l’idée religieuse ; mais on ne doit pas oublier que déjà le Deutéronome avait clairement présenté cette belle et grande pensée du divin amour. Cf. Deut., 14, x-15; xxii, 6, 10-11, etc.

Nous devons noter encore l’insistance avec laquelle Osée relève les obligations avant tout morales que l’alliance théocratique imposait à Israël. Ce dernier s'imaginait bien à tort, comme le dit un texte célèbre, Ose., vi, 6; cf. v, 6, et vm, 13, qu’il réussirait à s’attirer le pardon et la bienveillance de Jéhovah par un culte purement extérieur, en lui immolant des troupeaux entiers de victimes. Non; c’est par la miséricorde qu’on se rend le Seigneur propice î’est par la connaissance pratique de Dieu qu'on mérite ses bienfaits.

On a aussi établi, pour mieux comprendre le caractère spécial d’Osée, un rapprochement intéressant entre lui et Jérémie. L’un et l’autre ils virent approcher, celui-ci pour Juda, celui-là pour Israël, la catastrophe inévitable, et ils eurent la douloureuse mission de l’annoncer, d’en justifier le décret. Osée fut donc comme « le Jérémie du royaume du Nord ». Voir Stanley, Lectures on the History of the Jeiuish Church, édit, de 1885, t. il, p. 317. Le prophète d’Anathoth fait d’ailleurs de fréquentes allusions au livre d’Osée. Cf. Ose., i, 2, et .1er., m, 6, 8; Ose., i, 11, et .Jer., m, 18; Ose., ii, 24, et Jer., m, 19; Ose., m, 5, et Jer., xxx, 9; Ose., iv, 2, et Jer., vu, 9; Ose., vm, 13; ix, 9, et .1er., xiv, 10, etc. Voir Kueper, Jeremias Sacrornm Librorum inlerpres et vindex, p. 67-70.

Un autre fait intéressant à signaler, c’est qu’il existe des coïncidences assez remarquables, non seulement de pensées, mais aussi d'expressions, entre notre prophète et le Pentateuque, et l’intérêt est encore plus avivé, si l'on se souvient qu'Osée lui-même, vm, 12, atteste que la loi avait été mise par écrit et que les prêtres en étaient les interprètes. Cf. iv, 6. On a composé sur ce point des listes considérables. Voir Curtis, The Levitical Priest, 1877, p. 176-178; A. Scholz, Comment, zum Bûche des Proph. Hosea, p. xxxi-xxxii; Sharpe, ' Hosea, 1884, p. 72-84, et aussi Hengstenberg, Authentie

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des Pentateuclis , t. i, p. 48-83; L. Reinke, Beitrâge zur Erklârung des Altes Testant., t. viii, p. 158 sq. Qu’il suffise de noter les passages suivants : Ose., [, 2, et Deut., xxxi, 16; Ose., i, 9, et Lev., xxvi, 12; Ose., i, 10, et Gen., xxn, 17 ; Ose., ii, 2, et Ex., i, 10; Ose., h, 5, et Deut., xxvm, 48; Ose., n, 17, et Ex., xxm, 3; Ose., ii, 20, et Gen., ix, 2; Ose., ni, lb, et Deut., vu, 8; Ose., ni, 3, et Deut., xx, 15; Ose., iv, 4, et Deut., xvn, 12; Ose., iv, 10, et Deut., xxvi, 17; Ose., v, 14, et Deut., xxxn, 39; Ose., vi, 3b, et Num., xxiv, 17; Ose., viii, 3, et Lev., xxvi, 17; Ose., ix, 4, et Deut., xxvi, 14; Ose.,' ix, 10, et Deut., xxxii, 10; Ose., xi, 1, et Deut., xxvm, 66; Ose., xn, 13, et Deut., xviii, 15, etc. Si tout n’est pas frappant dans ces rapprochements, leur ensemble ne saurait manquer de faire impression; aussi divers critiques rationalistes ont-ils cité loyalement le fait. A une époque où l’on recule si hardiment la composition du Pentateuque jusqu’à une date tardive, il n’était pas superllu d’attirer l’attention sur ce point.

V. Plan et division du livre. — Il est évident que nous ne possédons, dans les quelques pages qui nous restent d’Osée, qu’un résumé très concis de son enseignement prophétique; mais ce résumé nous révèle fort bien ce qu’était sa parole. Toutefois, on reconnaît presque à l’unanimité que, précisément à cause de leur grande concision, il est assez difficile de diviser et surtout de subdiviser ses oracles en diverses portions logiques. On peut cependant fixer quelques points de repère, quelques idées mères qui les jalonnent pour ainsi dire.

Osée, en rédigeant son livre, très probablement vers la fin de son ministère, l’a divisé en deux parties, dont chacune exprime des pensées analogues, mais sous une forme extérieure différente. Il est incontestable, en effet, que d’un côté les chap. i-iii, de l’autre les chap. ivxiv, composent un tout complet et ont en quelque sorte leur vie à part.

l°Dans la première partie, i, I-iii, 5, qu’on peut appeler, à cause de sa nature même, le livre des symboles, le prophète raconte et explique deux actions figuratives, l’une dans les chap. i et n, l’autre au chap. m, empruntées à sa propre vie domestique, qui prédisent aux Israélites du Nord les malheurs que leur attireront leurs infidélités envers le Seigneur, s’ils ne se convertissent promptement, mais qui leur promettent en même temps une restauration idéale, dans le cas contraire. Ces trois chapitres présentent un intérêt très spécial, à cause de l’élément personnel qui y abonde. Un peut les regarder comme une sorte d’introduction au livre entier, car ils en contiennent le principe et l’essence même. Voici la subdivision de cette première partie : — 1° Première action symbolique, empruntée à la vie d’Osée, I, 1-n, 1; — 2° Petit discours, qui expose en propres termes ce que le paragraphe précédent a décrit au figuré, n, 2-23; — 3° Deuxième action symbolique : tentative pour ramener à de meilleurs sentiments l’épouse infidèle, ni, 1-5.

2° La seconde partie, iv, 1-xiv, 10, renferme deux discours prophétiques, dans lesquels Osée blâme vertement les crimes de ses concitoyens et annonce aux coupables les représailles vengeresses du Seigneur : c’est le livre des discours, qui se termine, comme le précédent, par de glorieuses promesses d’avenir. Le premier discours va de iv, 1, à xi, 11; le second, de xi, 12, à xiv, 10. Les commentateurs ne sont pas tous d’accord au sujet de cette subdivision, car le second livre d’Osée forme une série continue, sans points d’arrêt bien marqués, et les mêmes pensées sont reproduites un peu partout : nous la croyons néanmoins préférable à toutes les autres qui ont été proposées. Kaulen, par exemple, Einleitung, p. 343-344, compte dans la seconde partie d’Osée jusqu’à neuf petits discours, qui correspondent aux chapitres iv, v-vi, vu, viii, ix, x, xi,

xii, xiii-xiv; Ewald, Die Proph. des Alten Blindes, t. i, p. 138 sq., partage les chapitres iv-xiv en trois sections : l’accusation, vi. 1-vi, 1 la ; le châtiment, vi, ll'feix, 9; un retour rétrospectif sur l’histoire ancienne d’Israël, avec l’exhortation et la promesse, ix, 10-xiv, 13. Voir aussi Cornely, Introduetio, t. n, pars 2, p. 529 sq. ; B. Neteler, Gliederung des Bûches der zivôlf Propheten, p. 13 sq. On peut partager comme il suit le premier discours : 1° Tableau de la corruption désolante qui règne dans Israël, sans exception de classes, iv, 1-vii, 16; 2° nécessité et annonce d’un châtiment sévère, viii, 1-xi, la; 3° promesses de salut, xi, 1M1. — Le second se subdivise de la même manière ; 1° L’accusation, xi, 12-xn, 14; 2° prédiction des vengeances divines, xin, 1-xiv, 1 ; 3° glorieuses promesses pour l’avenir, xiv, 2-10. — On le voit, le fond des pensées et le sens général sont bien essentiellement les mêmes dans les deux discours. Chacun d’eux se compose de variations sur ce triple élément, qui s’y trouve plus ou moins développé : la constatation des fautes et les reproches, les menaces, les promesses.

Les indications qui précèdent ont montré qu’il existe une unité et un ordre très réels dans le livre d’Osée. Lowth, De sacra Hebræorum poesi, édit. d’Oxford, p. 280, a donc beaucoup exagéré, lorsqu’il regarde ce livre comme formant sparsa quædam Sibyllæ folia, sans aucune connexion logique. D’après ce principe, Eichhorn comptait seize fragments; von der Ilardt, jusqu’à 29; Dathe, 27, etc.

La plupart des interprètes reconnaissent que les deux parties du livre ne décrivent pas la même époque. La première, qui suppose que la dynastie de Jéhu existait encore, cf. i, 6, représente les événements qui doivent avoir eu lieu avant 743, année vers laquelle, d’après les calculs basés sur la chronologie assyrienne, fut assassiné Zacharie, le dernier représentant de cette race. La seconde partie expose ce qui se passa sous les rois usurpateurs qui se succédèrent rapidement après la mort de Zacharie. La première remonte donc certainement au règne de Jéroboam II, et c’est pour cela qu’elle nous montre le pays comme jouissant encore d’une grande prospérité matérielle. Cf. n, 5, 11-12. Mais on ne saurait déterminer avec précision les dates auxquelles correspondent les divers chapitres qui suivent. Les tentatives qu’on a faites parfois pour les fixer n’ont pas abouti à des résultats sérieux.

VI. Osée envisagé comme écrivain. — Le plus ancien jugement que nous possédions sur lui à ce point de vue est celui de saint Jérôme, qui disait de lui, Præf. in duodecim Prophetas, t. xxxvm, col. 1015 : Commaticus est (c’est-à-dire, aux phrases courtes et brisées), et quasi p>er sententias loquens. Rien n’est plus exact. En effet, dans l’émotion que lui cause la vue des iniquités d’Israël et des châtiments qu’elles attireront infailliblement sur ce peuple ingrat. Osée s’exprime d’ordinaire en des propositions brèves et saccadées. Très souvent les phrases ne sont reliées entre elles par aucune particule copulative. Cf. IV, 7, 18; v, 3b, 6b, 10; vi, 10; vii, 12,16; ix, 6, 9. 15; x,l,2b, 6, 11 b ; xiv, 4, etc. Les images se précipitent d’une manière abrupte, s’accumulent, se heurtent même, cf. v, 9 sq. ; vi, 1 sq. ; vu, 8 sq.; x, 11 sq. ; xm, 3, 7 sq., de sorte qu’on a pu comparer le langage de notre prophète à un torrent impétueux. D’autre part, son style est habituellement très condensé, plein de vigueur, de pensées, il y a dans son âme un conilit perpétuel entre son amour pour ses compatriotes et la colère qu’il ressent, comme ministre du Seigneur, en voyant leur dépravation morale. Cette lutte est une source de beautés littéraires très réelles. Osée flotte sans cesse entre la crainte et l’espérance, entre les accusations et les consolations, l’indignation et l’amour qui bouillonnent à la fois dans son cœur. Cet inces-

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sant va-et-vient des pensées, ce brusque passage d’une figure à une autre, joints à sa grande concision dans l’expression, le rendent parfois énigmatique, souvent difficile à interpréter. Il est, en tant qu’écrivain, un homme d’émotion plutôt que de logique et il contraste, sous ce rapport, avec son contemporain Amos, dont on aime à le rapprocher, et qui est le prophète de l’argumentation bien agencée. Sa tendresse égale par instants celle d’une mère; sa tristesse est çà et là si poignante, qu’il pleure et gémit plutôt qu’il ne parle. On ne peut lire sans être soi-même vivement ému certains passages tragiques ou dramatiques, tels que vi, 4; vu, 13; ix, 10, 14; xi, 2-4, 8 sq.

Les traits qui suivent peuvent être cités comme caractérisant le style d’Osée d'une manière plus spéciale. — 1° Si les nombreuses images qu’il emploie sont souvent très suggestives (par exemple : Jéhovah, en tant que Dieu terrible et vengeur, est comparé à un lion, v, 14, à une panthère et à un ours, xm, 7-8, à la teigne qui dévore les vêtements, v, 12, et, en tant que Dieu de bonté, à la pluie bienfaisante, vi, 3, et à la rosée, xiv, 6), il est rare qu’elles soient développées. Le prophète se contente fréquemment de les indiquer en quelques mots rapides. Cf. iv, 16; v, 14; vi, 3b et 4b; vu, 4, 6, 7, 11, 16; viii, 7; ix, 10; x, 7; xm, 3; xiv, 6, 7, 8. Quelques-unes de ces images sont peut-être extraordinaires et hardies; mais beaucoup d’entre elles sont vraiment belles, originales et appropriées à l’idée qu’elles ont pour but de mettre en relief (par exemple, le bonheur futur du peuple théocratique représenté par le lis qui croît si abondamment dans la Palestine du Nord, par les solides racines du cèdre, xiv, 6, et par le pin toujours vert du Liban, xiv, 9). — 2° Osée a volontiers recours aux paronomases expressives. C’est ainsi qu’il joue sur les mots Jezrahel, i, 4, 11 ; n, 22-23, Éphraïm, ix, 16; xiv, 9, Bethaven, nom ironique donné à Béthel, iv, 15; x, 5. Voir aussi, dans le texte hébreu, viii, 7; ix, 15 ; x, 5 ; xi, 5, xn, llb, etc. Il aime les inversions, cf. vu, 8, 9; xi, 12; xn, 8, etc., les ellipses, ix, 4; xm, 9, etc., les antithèses, iv, 10, 16, etc. — 3° Il emploie un nombre assez considérable d’expressions particulières, plus ou moins rares. On peut citer entre autres : d’s-în-, ii, 4; 11*33, n, 12; nrvbn, ii, 15; ^nS, ni, 2;

ünaq v, 13; nzpy, vi, 8; npn, vii, 9 ; n>:nv?, viii, 6 ; >=r;zn, viii, 13 ; nn-aira, ix, 8 ; nm, xm, 1 ; nm-'ssbn, xm, 5; crû, xm, 14; vrr.nn, xiv, 1, etc. Voir F. Keil,

Lehrbuch der historisch-krilischen Einleitung in die kanon. und apokr. Schriften des Alt. Testant., 1859, p. 277 ; W. Harper, A critical and exeget. Commetitary on Amos and Hosea, Edimbourg, 1905, p. clxxii, clxxiii. — 4° Son vocabulaire est riche, varié; aussi, quoiqu’il revienne constamment sur les mêmes thèmes, il trouve toujours des mots nouveaux pour exprimer sa pensée ; il ne se répète presque jamais. — 5° Parmi ses constructions favorites, on peut citer l’usage fréquent de ]>n, surtout avec la signification de « sans » (cf. iii, 4; iv

1 ; v, 14 ; vu, 7, 11 ; xm, 4), de n?v, (cf. iv, 16 ; v, 7 ; vu,

2 ; viii, 13 ; x, 2), etc.

Le texte primitif d’Osée ne nous est malheureusement parvenu que sous une forme assez imparfaite, comme l’admettent la plupart des hébraïsants. Des passages assez nombreux ont été visiblement altérés par les copistes ; quelques-uns, sans doute, d’une manière irrémédiable : entre autres, iv, 4, 18 ; v, 2 ; 7, 11 ; vi, 7 ; vii, 4; viii, 10b, 13; ix, 8, 13, etc. La seconde partie du livre a souffert plus que la première, parce qu’elle est en général plus difficile à comprendre. Néanmoins, quoi qu’on ait dit en sens contraire, le texte rnassorétique est encore de beaucoup supérieur à celui des Septante, v dont les leçons ne méritent qu’exceptionnellement la préférence. » Aron Orelli, Bas Buch Eze-

chiel und die zivôlf kleinen Proph., p. 201. Pour la critique du texte hébreu, voir Strack, Ilosea et Joël proplietæ ad fidem codicis Babylonici Petropolitani , Saint-Pétersbourg, 1875; Tœttermann, Varianten zum Proph. Hosea, Helsingfors, 1878 ; Bær, Liber daodecim Prophet., Leipzig, 1878, p. 59 sq. ; Oort, dans le Theol. Tijdsclirift, 1890, p. 365 sq., 480 sq.; Patterson, dans llebraica, t. vu, p. 190 sq.; Harper, l. c., p. clxxiii sq. Les conjectures faites par les critiques pour améliorer le texte sont très souvent dénuées de bases solides.

VII. Authenticité et canonicité du livre d’Osée; son intégrité. — 1° L’authenticité est si bien démontrée par les preuves extrinsèques accoutumées, qu’elle est admise à peu près unanimement aujourd’hui, même par l’école rationaliste la plus avancée. En effet, indépendamment des témoignages de la Synagogue (voir J. Fürst, der Kanon des Alt. Testant., nach den Veberlieferungen in Talmud, Leipzig, 1868, p. 28-29 ;

L. Wogue, Histoire de la Bible et de l’exégèse biblique, Paris, 1881, p. 36 sq.) et de l’Église chrétienne (voir F. Vigouroux, Manuel biblique, t. i, n. 34-36), qui lui ont toujours accordé une place dans le canon des Saints Livres, des descriptions si vivantes, si caractéristiques que celles qu’on trouve dans cet écrit, ne peuvent dater que du temps auquel elles se rapportent ; elles sont le fruit immmédiat des douloureuses circonstances qu’elles exposent en termes émus et dramatiques. Un témoin oculaire était seul capable de tenir un pareil langage. En outre, les allusions fréquentes qui sont faites à l’histoire contemporaine nous conduisent à la même conclusion, car elles supposent récents et connus de tous, les événements qu’elles signalent. Or, on ne voit guère à quel écrivain on pourrait attribuer tout cela, sinon à celui qu’une tradition constante et le livre luimême, cf. Ose., i, 1 ; iii, 1, désignent très clairement comme l’auteur. On le comprend sans peine, le résumé de ce qui avait été prêché pendant une période de cinquante ans (au moins) put difficilement être entrepris par un autre que le prédicateur lui-même, surtout, comme c’est ici le cas, lorsque ce résumé porte le sceau d’un caractère si individuel.

2° L’emploi que plusieurs écrivains sacrés, postérieurs à Osée, ont fait de son livre est aussi un garant de son ancienneté, de son authenticité, en même temps que de sa canonicité. Nous avons vu plus haut (col. 1914) que Jérémie lui a fait plusieurs emprunts. Il est permis de conjecturer, d’après des ressemblances assez frappantes, qu’Isaïe l’a également connu. Cf. Ose., i, 3, et Is., viii, 3; Ose., ii, 17, et Is., n, 14 ; Ose., iv, 9, et Is., xxiv, 2, etc.; voir A. Stolz, Commentai', p. xxx. Le Nouveau Testament le cite jusqu’à neuf fois ; ce qui est beaucoup pour des pages si courtes. Cf. Matth., n, 15, et Ose., xi, 1; Matth., ix, 13, et Ose., vi, 6; Matth., xn, 7, et Ose., vi, 6; Luc., xxiii, 30, et Ose., x, 8; Rom., ix, 25-26, et Ose., n, 24; ICor., xv, 55, et Ose., xm, 14; Heb., xm, 15, et Ose., xiv, 3; I Pet., ii, 10, et Ose., ii, 24; Apoc., vi, 16, et Ose., x, 8.

3° M. Nowack écrivait en 1880, dans son premier commentaire sur le prophète Osée, p. 27 : « L’intégrité du livre est aujourd’hui partout admise ; la tentative isolée de Redslob, qui prétend que le passage Ose., vu, 4-10, a été plusieurs l'ois interpolé, doit être abandonnée comme tout à fait avortée. » Voir Redslob, Die lnlegritàt der Stelle Hosea iv, 4-10, Hambourg, 1842. Et pourtant,

M. Nowack lui-même, moins de vingt ans plus tard (1897), affirme dans son commentaire abrégé des petits Prophètes, p. 11, que les chapitres iv-xiv n’ont pas été arrangés par Osée lui-même, bien qu’ils soient de lui pour l’ensemble, et qu’ils contiennent des fragments rapportés, sans liaison avec le contexte (entre autres, vi, 5 ; vu, 3, 8 ; ix, 7, 10, 15 ; xn, 11-13). Il en serait de même, dans la première partie du livre (chap. i-m),

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des passages i, 7 ; xi, 1-3, 6, 8-9, 16-18, 20-25, ainsi que des mots « et David son roi », ni, 4. M. Nowack regarde aussi comme des additions postérieures les versets ou partie de versets énumérés ci-après, sans compter mainte expression isolée : iv, 6a, 11, 14 (la fin du verset), 15a; v, 3b ; vi, 11 ; vu, 4 ; vin, lb ; ix, 9 (en partie, du moins) ; x, 3, 4, 5; xi, 3b-ll ; xii, lb, 4b-7, 13-14 ; xiv, 10, etc. C’est bien aller « jusqu’à l’extrême », comme l’a reproché à bon droit au hardi critique A. B. Davidson, dans le Dictionanj of the Bible, de Hastings, t. n, p. 425). MM. Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte lsraels, p. 417, et Skizzen und Vorarbeiten, t. v, 1892, p. 97 ; Stade, Geschichte des Volkes lsraels, t. i, p. 577; Cornill, Einleitung in das Alte Testam., p. 173, et dans la Zeitschrift fïir alttestam. Wissenschaft, 1887, p. 287-289; Schwelly, ibid., 1890, p. 227, et Oort, Theolog. Tijdschrift, 1890, p. 345 sq., 480 sq., l’avaient précédé dans cette voie, pour des motifs purement intrinsèques. MM. Marti et Harper, les plus récents commentateurs d’Osée, l’y ont suivi très largement. M. Marti, Dodekaprophelon, ire partie, p. 2-10, distingue le livre original d’Osée, composé de la partie de beaucoup la plus considérable de l’écrit, et les éléments secondaires, ajoutés par une autre main ou même par plusieurs autres, M. Harper, Amos and llosea, 1905, p. clix et clx, établit une distinction analogue, et, de part et d’autre, les passages éliminés ne sont pas moins nombreux que ceux que signale M. Nowack. Mais c’est un savant juif, le Dr Grætz, qui s’est avancé le plus loin sous ce rapport, Geschichte der Juden, t. il, Impartie, 1875, p. 93 sq., p. 214sq., p. 439 sq., puisque, d’après lui, la seconde partie du livre, chap. ivxiv, aurait été tout entière faussement attribuée à Osée. Cela revient presque à nier l’authenticité du livre, puisque la majeure partie est enlevée au prophète dont elle porte le nom.

Ces critiques ont prétendu agir avec quelque méthode en faisant leurs suppressions multiples. Ils ont rejeté d’abord comme apocryphes tous les passages qui se rapportent au royaume de Juda et à la maison de David : par conséquent, Ose., i, 7 ; n, 2 ; iv, 15 ; v, 5, 10, 12-14; vi, 4, 11 ; vin, 14 ; x, Il ; xn, 1, 3. On a ensuite supprimé ceux qui décrivent les bénédictions temporelles dont jouira le nouvel Israël après sa restauration : notamment n, 15-25; m, 1-5; v, 15-vi, 3, 5b ; xi, 10-11 ; xiv, 2-10. Tout cela pour des motifs entièrement subjectifs, qu’il suffit presque d’exposer pour en démontrer l’inanité. D’après Cornill, 1. c., « l’image qu’Osée se fait de l’avenir ne sait rien d’un roi messianique issu de la race de David ; il ne connaît que Jéhovah et Israël, sans aucune autre personne intermédiaire. » Stade, Geschichte des Volkes lsraels, t. i, p. 557, tient à peu près le même langage. Selon lui, l’idée qu’Osée se faisait de l’avenir différait, sur les points essentiels, de la manière de voir qui devint plus tard typique, grâce à Isaïe et à la conception qu’il s’était faite de la royauté; on a donc cherché après coup à insérer cette conception dans les endroits où elle manquait. On nous apprend dans le détail comment cela eut lieu. Pendant ou même après la captivité de Babylone, un citoyen du royaume de Juda, lisant le livre d’Osée, le trouva trè conforme à ses propres idées sur la théocratie; mais un point était incomplet : Israël ne pouvait revivre qu’à la condition de se réunir à Juda, ou plutôt de se soumettre d’une manière absolue à la royauté de Juda, et c’est uniquement à Jérusalem, au centre de la théocratie, que le Seigneur consentirait désormais à accepter des sacrifices. De là les interpolations indiquées.

Cette façon de raisonner a paru très justement contestable, subjective et arbitraire à de nombreux partisans de la critique biblique plus ou moins avancés. 'Voir Kœnig, Einleitung in das Alte Teslam., p. 309- 310; A. B. Davidson, dans le Dictionanj of the Bible

de Hastings, t. n, p. 425, et surtout Kuenen, Histor.kril. Einleitung, 2e édit., t. n, §67, n. 9, qui en ont démontré la grande faiblesse. Le mot « arbitraire » suffit pour la caractériser pleinement. Ceux qui attaquent si gravement l’intégrité du livre d’Osée commencent par dire : Il contient telles et telles idées; mais ces idées n’ont été émises pour la première fois qu’à une époque postérieure, par Isaïe ou d’autres; d’où il suit que les passages qui les expriment ont été ajoutés après coup. Chose facile à affirmer, mais que nos critiques sont incapables de démontrer, puisque le livre d’Osée est là, avec toutes les garanties extrinsèques et intrinsèques d’authenticité pour le détail comme pour l’ensemble, et que les passages relatifs soit à Juda, soit au glorieux rétablissement d’Israël, s’harmonisent fort bien avec le reste de l’écrit. Comme le dit M. Kœnig, Einleitung in das Alte Testament, p. 309-310, le prétendu citoyen de Juda par lequel on fait compléter le livre à l’avantage de ses propres compatriotes n’auraitil pas supprimé les prophéties d’Osée qui sont menaçantes pour eux, ou du moins ne les aurait-il pas transformées en oracles favorables? D’ailleurs, par ellesmêmes, les allusions au royaume de Juda dans le livre d’Osée ne doivent pas plus exciter nos soupçons que celles qu’Isaïe fait, de son côté, au royaume d’Israël. Il est vrai que,çàet là, Juda est mentionné par Osée d’une manière assez abrupte, qui surprend (par exemple, v, 10); mais on doit avoir égard au genre brisé et saccadé du prophète. En outre, en maint endroit qu’on voudrait éliminer, les raisons particulières apportées pour la suppression ne démontrent absolument rien (voir le commentaire du P. Knabenbauer, passim) ; ou bien, d’autres passages, regardés comme authentiques, supposât et confirment ceux que l’on accuse d’avoir été interpolés. L’authenticité de il, 6-7, est confirmée par v, 6, 15, et vi, 1 sq.; celle de il, 20, par v, 1, etc.

Quant aux raisons alléguées par Grætz, elles reviennent seulement à dire : 1° que les chap. i-iii sont remplis de symbolismes, tandis que les chap. iv-xiv n’en contiennent presque pas; 2° que, dans la première partie, la diction est beaucoup plus calme, tandis qu’elle est très ardente et brisée dans la seconde. Mais ces dissemblances, nous l’avons vu, étaient dans la nature même des choses, et M. Grætz a simplement montré que les deux parties du livre d’Osée diffèrent l’une de l’autre : ce que personne ne conteste. Voir Kuenen, /. c., n. 11-14. On peut donc conclure avec Davidson lui-même, An Introduction to Old Testament, t. ni, p. 236, « qu’Osée ait disposé les prophéties (du livre qui porte son nom) telles qu’elles sont à présent, on ne saurait en douter. »

VIII. Auteurs a consulter. — 1° Pour les questions préliminaires, voir Ch. Bruston, Histoire critique de la littérature prophétique des Hébreux depuis les origines jusqu’à la mort d’Isaïe, Paris, 1881, p. 82 sq.; ‘Stanley, Lectures on Jewish Church, édit, de 1885, Londres, t. n, p. 317 sq.; ’W. B. Smith, The Prophets of Israël, 2e édit., 1875, lect. iv, 2; * Lœwe, Beitràge zum Verstàndniss des Proph. Hoseas, 1863; *Duhm, Theologieder Propheten, Bonn, 1875, p. 126sq. ; *B. Kueper, Das Prophetenlhum des Allen Blindes, Leipzig, 1870, p. 183 sq.; ‘von Orelli, Die altestamentliclie Weissagung, 1882, p. 254 sq.; *W. Nowack, Die Zukunf tshoffnung lsraels in der assyr. Zeit, dans les Theolog. Abliandlungen, 1902, p. 33-59; O. Procksch, Geschichtebetrachtung bei den vorexil. Propheten, 1902, p. 14-28, 118-134; *J. Meinhohl, Stuclien zur israelit. Religionsgeschichte, t. i, lre partie: Elias, Amos, llosea, Jesaja, 1903; VP. Kleinert, Die Profeten lsraels in socialer Beziehung, Leipzig, 1905, p. 38-47. — 2° Pour l’explication détaillée, on peut consulter les auteurs suivants : A) Commentateurs catholiques. Dans l’antiquité, saint Èphrem, Opéra sy-

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