‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 345 sur 389 · IV · texte numérisé non relu

IV

PAPYRUS

PAPYRUS RIRLIQUES

sont réunies comme en faisceau pour former une nacelle pointue et recourbée à ses deux extrémités. Avec les fibres de la plante on fait des cordes dont on se sert pour l’avant, l’arrière et le milieu de la coque; les tiges entrelacées étaient enduites de bitume. Lepsius, Denkmàler, t. ni, pl. 22; Wilkinson, Manners, t. n, p. 20. Mais le principal usage du papyrus était la fabrication du papier. Pline, H. N ., xm, 33, a décrit en détail le procédé qu’on employait à l’époque romaine, comme aussi les différentes qualités de ce papier. Mais son texte peu précis a été diversement interprété. On a souvent prétendu jusque dans ces derniers temps que le papier était fabriqué avec les fines membranes concentriques semblables à la pelure d’oignon, qu’on aurait détachées au-dessous de l’écorce du Cyperus papyrus. Une observation plus attentive de la plante et l’élude au microscope des anciens papyrus ont montré qu’on employait la partie intérieure de la tige. Ce fut le résultat des analyses faites par Schenk, professeur de botanique à l’Université de Leipzig, à la demande de G. Ebers, Papyros Ebers, Leipzig, in-f°, 1875, t. t, p.3. A la même conclusion aboutissent les observations qu'a très obligeamment faites à notre prière M. II. Lecomte, professeur au Muséum d’histoire naturelle. 11 n’est pas impossible cependant qu’on se soit également servi de la partie interne de la gaine des feuilles qui entoure la tige à la base : ce qui expliquerait l’erreur que nous signalions plus haut. Mais en faisant de la partie intérieure de la tige la matière ordinaire du papier, il faut se garder de n’y voir qu’une substance molle et parenchymateuse, comme la moelle du sureau ou du jonc. Si on appelle vulgairement moelle cette partie intérieure du Cyperus papyrus, c’est par abus : car il n’y a pas de moelle proprement dite. Cette partie intérieure est composée, entre autres éléments, d’un parenchyme lacuneux qui entoure des faisceaux libéro-ligneux comme le montrent le schéma d’une section de la tige (fig. 560 A) et plus clairement par le détail un fragment grossi 300 fois d’une coupe transversale (fig. 560 B) et un fragment d’une coupe longitudinale (fig. 560 C). Ce sont ces fibres, très visibles dans les papyrus conservés, qui donnent au papier sa consistance. Elles sont plus abondantes et plus serrées à mesure qu’on approche de l’écorce, mais on les rencontre, plus clairsemées sans doute, jusqu’au centre de la plante. Lorsqu’on a retranché de la tige triangulaire du papyrus, par une section faite sur ses trois faces, non seulement l’écorce, mais encore la partie voisine composée de sclérenchyme et de fibres trop denses, il reste un prisme de substance mélangée qu’on sectionne avec un rasoir en tranches longitudinales. Ces bandes disposées parallèlement sur une table humectée d’eau du Nil, sont recouvertes d’autres bandes placées transversalement, à peu près comme la chai ne et la trame d’un tissu, d’où le mot texere appliqué par Pline, H. N., x, 10, 13, à celle opération; puis ces bandes superposées sont battues, polies, encollées, de façon à donner le papyrus dont nous voyons tant de spécimens dans nos musées. Voir pour la fabrication du papier, col. 2085. Les tranches ou bandes de la tige qui servaient à fabriquer le papier se nommaient I . ater, et le papier lui-même s’appelait

djamâ. Bureau de la Malle, Sur le

papyrus et la fabrication du papier , dans Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, t. xix, part, i, 1858, p. 140-183; V. Loret, L’Égypte au temps des Pharaons, in-12, Paris, 1889, p. 107-109. On fabriquait ainsi le papier dès les temps les plus anciens, puisqu'on a des papyrus datant de la Ve dynastie. Sur l’ancienneté et l’importance de la préparation de ce dapier, voir’ Lepsius, Chronol. der allen Aegypter, in-8°, Berlin, 1840, p. 32-39.

Les Juifs comme les Phéniciens et les autres peuples de l’Asie, Syriens, Assyriens, Babyloniens en rapport si fréquents avec les Égyptiens, surtout à l’époque de la XVIIIe dynastie, n’ont pu ignorer le parti qu’ils tiraient du papier de papyrus et apprirent à s’en servir. Quand il se répandit dans le monde grec, il fut l’occasion d’un essor extraordinaire de la littérature de ce pays. Egger, De l’influence du papyrus égyptien sur le développement de la littérature grecque. Les colons grecs qui vivaient dans le Delta s’en servirent de bonne heure; mais le premier document qui en constate l’usage officiel dans la Grèce propre est du ve siècle. D. Mallet, . Les premiers établissements des Grecs en Égypte, dans Mémoires de la mission archéologique française au Caire, t. xn, in-4°, 1893, p. 300. On se servit en France de ce papier jusqu’au Xe siècle.

C’est à ce papier de papyrus que fait allusion saint Jean dans sa IIe Épitre, 12. Il emploie le mot y apxTcrw, inscrire) dont les Latins ont fait charta, carta, d’où dérivent notre mot charte et carte. Voir Papier, col. 2078. C’est par ce mot yâpx-/]ç ou -/ocptiov que les Septante rendent le mot hébreu Megillàh, rouleau, volume, dans Jérémie, xliii (hébreu et Vulgate, xxxvi), 2, 4, 6, 14, 21, 23 etc. Il est plus probable qu’il s’agit ici d’un rouleau de parchemin ; le roi Joakim n’eût pas eu besoin du canif du scribe pour le déchirer, si le volume eût été un papyrus. Cf. Ch. Joret, Les plantes dans l’antiquité, 1™ partie, Dans l’Orient classique, in-8°, Paris, 1897, p. 160-161, 199-201 ; V. Loret, La flore pharaonique, 2e édit., in-8», Paris, 1892, p. 28-24; Description de l’Égypte, t. iv, p. 68 sq.; O. Celsius, Hierobotanicon, in-8e, Amsterdam, 1748, t. II, p. 137- 152 ; Fr. Wonig, Die Pflanzen im Alten Aegypten, in-8°, Leipzig, 1886, p. 74-135. E. Levesque.

PAPYRUS BIBLIQUES. La papyrologie est une science toute jeune, comptant à peine quelques dizaines d’années, mais elle possède déjà une bibliographie très considérable et elle a pris tant d’importance, par les services qu’elle a rendus et par ceux qu’elle promet de rendre encore, qu’il n’est plus permis au bibliste de la négliger. Après un exposé historique sommaire, nous donnerons une liste aussi complète que posssible des papyrus bibliques récemment découverts et nous indiquerons les principaux résultats de l’étude des papyrus pour la connaissance du grec biblique et pour l’exégèse du Nouveau Testament.

1. Historique. — 1° Extension géographique et chronologique du papyrus. — L’Égypte a connu l’usage du papyrus dès la plus haute antiquité. Nous possédons encore des papyrus qui datent du quatrième millénaire avant J.-C. Hors d’Égypte la diffusion en fut tardive. Hérodote, v, 58, nous apprend que les Ioniens de son temps appelaient SicpÔépxt les rouleaux de papyrus parce qu’autrefois ils se servaient pour écrire de peaux préparées. Au ve siècle, le papyrus était encore rare et cher à Athènes. Cependant, à partir de cette époque, il devint d’un usage général dans tout le monde grec, puis dans l’empire romain. Le parchemin inventé par le roi de Pergame, Eumène (me siècle avant J.-C.), ne lui fit pas d’abord une sérieuse concurrence. La Palestine seule fut longtemps fermée au papyrus, car la tradition voulait que les livres sacrés fussent exclusivement écrits sur des rouleaux de cuir. Il est douteux que le papyrus, comme matière à écrire, soit mentionné dans l’Ancien Testament. Le mot uxTrjpoç des Septante, Job, vin,

1 1 ; XL, T6 (21); Is., xix, 6, désigne la plante et répond à trois termes hébreux différents. Les mots yj.pxr^ et yapviov, qui signifient proprement le papyrus préparé pour écrire, reviennent plusieurs fois dans un chapitre de Jérémie, xxxvi (xliii), où ils traduisent l’hébreu megillàh, mais les archéologues et les exégètes ne sont pas d’accord sur la matière de ce rouleau. Dans le Nou-

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veau Testament, le papyrus (/jzprr,; )est mentionné une seule fois, II Joa., 12, par son nom ; mais il est probable que les livres (plêXoç et {L6X!ov), dont il est fait si souvent mention, étaient en papyrus. La chose est tout à fait certaine pour les livres brûlés à Éphèse, Act., xix, 19, à la suite de la prédication de saint Paul et pour les livres (va fiiêXca) que l'Apôtre, II Tim., iv, 13, réclame en même temps que les parchemins laissés chez Carpus. — L’usage du papyrus persista dans tout le monde gréco-romain jusqu’à la conquête de l’Égypte par les Arabes (610). Dès lors (il devint de plus en plus rare et fut remplacé par le parchemin qu’on lui substituait partiellement depuis deux ou trois siècles. Cependant la chancellerie pontificale continua à se servir du papyrus, et cet exemple fut suivi par quelques municipalités italiennes. Voir H. Marucchi, Monum enta papy r. Latina Biblioth. Vaticanæ, Rome, 1895, Préface. D’après M. Marucchi, le plus ancien diplôme sur parchemin de la chancellerie romaine serait une bulle de Benoit VIII datée de 1022. — Dès son apparition, le papier, moins cher et plus commode, lit au papyrus une concurrence qui aboutit à la disparition rapide de ce dernier. Cf. .1. Karabacek, Das arabische Papier, Vienne, 1887. D’après ce savant, le dernier papyrus daté de la collection de l’archiduc Renier est de 935 et le premier papier daté n’est antérieur que d’une vingtaine d'années, op. cit., p. 10-14.

2° Fabrication du papyrus. Dimensions du rouleau. — Le papier de papyrus provient, comme il a été dit, col. 2079, de la partie intérieure de la tige du Cyperus papyrus. L’écorce et la partie encore trop fibreuse qui la touche, une fois enlevées, on coupait au rasoir la partie interne en tranches plus ou moins minces, selon la qualité de papyrus qu’on voulait obtenir, et l’on rangeait ces tranches côte à côte sur une table humectée d’eau du Nil. On les recouvrait d’une seconde série de tranches pareilles, mais posées transversalement. C’est ce qui donne au papyrus cet aspect quadrillé ou réticulé que tout le monde a pu observer. On soumettait le tout à une pression prolongée et on le battait au maillet de bois pour abattre les aspérités et augmenter la cohésion. Quand la feuille était sèche, on achevait de la polir au moyen d’une dent ou d’un coquillage et on l’encollait pour empêcher l'absorption de l’encre. Ces feuilles se vendaient séparément et servaient pour les lettres, les comptes, les contrats ou les opuscules de peu d’étendue. En général les feuilles (asXt'Seç, paginæ, plagulæ, schedæ) étaient collées les unes aux autres (/.oXXàv, Siay.oXXâv, glutinare, adglutinare, con glutinare) de manière à former un rouleau ( scapus ).

Pline, H. N., XIII, xxm, 12, dit qu’un rouleau ne contenait pas plus de vingt feuilles. Il parle sans doute des rouleaux ordinaires que les fabricants tenaient toujours à la disposition des auteurs et des éditeurs et auxquels les écrivains de l’antiquité font souvent allusion quand ils parlent du niodus voluniinis ; par exemple Quintilien, Jnslit., v et ix, fin; Augustin, De civil. Dei, lin du livre IV, 24, t. xi.i, col. 140, etc. Saint Jérôme se plaint souvent d’être gêné par les faibles dimensions du rouleau (voluniinis angustia ); l’on trouve chez un grand nombre d’auteurs anciens des plaintes semblables. Ils sont obligés de finir soit parce que le rouleau est achevé (Xarron, De ling. lut., v, lin : neque, si amplius velimus, volumen patietur) soit parce que leur composition suffit à remplir un rouleau de dimensions moyennes. Sextus Empir., Ilpb; Soyy, i, fin : yé-pm aô'rapy.eç; Athénée, iv et vi, fin : iy.avàv yry/.o;. Cf. Cicéron, De invent., i et il fin; Origène, In Joa., xxxn, 19, fin, t. xiv, col. 829; Contra Cels., vi, 81 ; vii, 70 fin, t. xi, col. 1421, 1520, etc. Effectivement, on connaît des rouleaux égyptiens où le nombre 20 est marqué après chaque vingtième feuille. Ce serait peut-être la longueur type et pour ainsi dire de l’unité de mesure. Du reste il était toujours loisible à l’écrivain de coller lui-mêrne de nouvelles

feuilles et d’allonger ainsi son rouleau. Les Égyptiens donnaient des dimensions beaucoup plus considérables aux rouleaux destinés à être déposés dans les tombeaux. Ainsi le papyrus Harris mesure près de 44 mètres.

C’est à Pline que nous devons les renseignements sur la fabrication du papyrus dans l’antiquité. Sa description, H. N., XIII, xxi-xxvi, n. 11-12, qui abonde en obscurités de détail, a été éditée à part et soigneusement étudiée par Iv. Dziatzko, Untersuchungen über ausgewahlte Kapitel des antiken Buchwesens, Leipzig, 1900, iv : Die Zubereitung der Cliarta, p. 49-103. Du temps de Pline, on distinguait neuf sortes de cliarta qui suivaient cette progression décroissante : Claudia, ainsi nommée de l’empereur Claude; Augusta, du nom d’Auguste, très fine et transparente, employée de préférence pour les lettres ; Liviana , du nom de Livie, femme d’Auguste; hieratica, qui anciennement était la plus estimée; Amphithealrica, du lieu de fabrication; Fanniana, du nom du fabricant; Saitica et Leneotica, du nom des localités où on les fabriquait; emporetica, trop grossière pour l’usage littéraire et servant aux emballages. On ne peut identifier avec certitude à ces diverses espèces les papyrus existants. Mais les procédés de fabrication sont décrits par Pline avec assez de clarté pour permettre aux amateurs de fabriquer eux-mêmes des feuilles de papyrus qui ont pu servir. Du reste, la tradition s’en est conservée en Sicile où l’on confectionne encore aujourd’hui du papyrus.

3" Découvertes modernes . — Les rouleaux de papyrus carbonisé découverts à Herculanum en 1752 y avaient été ensevelis parles éruptions du Vésuve de l’an 79 de notre ère. Le déchiffrement, très lent et très difficile, fut une déception. C’est sur la bibliothèque d’un philosophe épicurien qu’on avait mis la main. En 1778, une cinquantaine de rouleaux grecs furent trouvés dans le Fayoum : un seul fut acheté par un amateur qui le porta en Europe où il fit partie du Musée Borgia ; les autres furent réduits en cendres. Ce n’est qu’à partir de 1820 que les papyrus commencèrent à affluer dans les musées de Paris, de Londres, deLeyde, de Turin, de Rome et de Dresde; mais on les y traita d’abord comme des curiosités, sans se mettre autrement en peine de les publier. L’année 1877 marque une nouvelle phase dans l’histoire des découvertes : une énorme quantité de papyrus découverts à Arsinoé, dans le Fayoum, enrichit la collection de l’archiduc Renier, à Vienne. Depuis, les musées publics, les sociétés savantes et les particuliers ont redoublé d’efforts pour recouvrer les trésors littéraires enfermés dans les tombeaux égyptiens ou ensevelis sous les décombres des villes en ruine. Les explorateurs se sont mis en campagne et les trouvailles se sont succédé d’année en année, aussi nombreuses qu’imprévues. — Depuis 1882 les fouilles ont été exécutées avec plus de méthode et d’esprit scientifique par la société anglaise Egypl Exploration Fund et l’on connaît désormais exactement — ce qui était jadis souvent impossible — la provenance des diverses pièces découvertes. La société publie annuellement un Archæological Report , indispensable pour l’historique des fouilles. Voir encore Grenfell, Hunt et Hogarth, Fayûm Towns and lheir Papyri (résultat des fouilles de 1895-1896 et de 1898-1899), Londres, 1900.

4° Logia de Behnesa. — Une des découvertes les plus sensationnelles fut la trouvaille de Behnesa, l’antique Oxyrhynclius , située sur la limite du désert de Libye, à 180 kilomètres environ au sud du Caire. Les premiers Logia furent retirés du sable qui les recouvrait le 12 janvier 1897. Voir Egypt Exploration Fund, A rchæological Report, 1896-1897, p. 6. Ils furent publiés la même année par Grenfell et Hunt, AOFIA II120Y, Sayings of our Lord, et l’année suivante dans The Oxyrhynclius Papyri , t. I, et étudiés presque simultanément par Harnack, Ueber die jüngst cnldecklen

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