‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 322 sur 454 · ANTÉCHRIST — ANTÉDILUVIENNE (CIVILISATION · texte numérisé non relu

ANTÉCHRIST — ANTÉDILUVIENNE (CIVILISATION

En somme, si l'existence future de l’Antéchrist est certaine, les circonstances dans lesquelles il fera son apparition nous échappent. Beaucoup de Pères ont pensé qu'il viendrait au bout de six mille ans, et qu'il sortirait de la tribu de Dan; mais, comme dit Bossuet, c'est ici une affaire non de dogme ni d'autorité, mais de conjecture Apocalypse, préface, $ 13. Ajoutons que ces conjectures ne reposent sur aucun fondement solide. Ce qui a fait penser que l’Antéchrist sortirait de la tribu de Dan, c’est un texte de la prophétie de Jacob, Gen., x1ix, 17, et le silence que garde sur Dan l'apôtre saint Jean, dans l’'énumération qu'il fait des tribus au chapitre vir de l'Apocalypse. — La prophétie de Jacob s'applique à Samson et non à l’Antéchrist; quant au silence de saint Jean, s'il est réel, il ne prouve rien, attendu que dans la plupart des énumérations il y ἃ toujours quelque tribu omise. Ici c’est Lévi, Num., x; là c'est Siméon, Deut., xxx11. Du reste, il n'est pas certain que le silence soit réel, et on peut penser avec D. Calmet que saint Jean ἃ nommé Dan à la place de Manassé, dont la présence ici n’a pas de raison d'être, puisque cette tribu n'est qu'une division de la tribu de Joseph, dont le nom est mentionné en cet endroit. Un copiste trompé par la similitude du Δ et du M aura lu May au lieu de Δαν et aura écrit Μανασσῆ. Apoc., ΝΠ, 6. — Quant au chiffre de six mille ans, il a été inspiré par le désir de donner à la durée du monde autant de milliers d'années que sa création avait demandé de jours. Pour s'être autorisée du texte du psaume qui déclare que mille ans sont comme un jour aux regards de Dieu, cette supputation de la durée du monde n’en est pas moins fort arbitraire. Aussi on peut la mettre au rang de ces opinions qu'on appelle en théologie antiquatæ.

Est-ce à dire que les prophéties de l'Écriture se bornent à nous annoncer l'Antéchrist sans nous fournir sur son compte aucun autre renseignement ? Non, certes. Mais les renseignements que donne saint Paul, comme ceux qui sont contenus dans l'Apocalypse, suffisants pour faire reconnaitre l'Antéchrist lors de son arrivée, resteront jusque-là énigmatiques. Ceux-là seuls auront besoin de savoir à quels signes reconnaitre l’Antéchrist qui vivront aux derniers Jours du monde ; pour les autres, le portrait de «l'homme d'iniquité » n'aurait qu'un intérêt de curiosité. Or, quand Dieu soulève un coin du voile qui nous couvre l'avenir, ce n'est pas pour satisfaire notre curiosité, c'est pour faciliter notre salut. Toutes les prophéties n'offrent avant leur accomplissement qu'énigmes et obscurités ; les obscurités s'éclaircissent , les difficultés s’évanouissent lorsque arrive l'événement qu'elles avaient annoncé. Saint Irénée, Contr. hæres., 1V, 26, t. vrr, col. 10592, Voir Adson {pseudo-Raban-Maur), De ortu, vita et moribus Antichristi, in-4°, 1505, dans Migne, Patr. lat., t. CI, col. 1289-1998 ; Malvenda, De Antichristo libri xx, in-fv, Rome, 160%; Bible de Vence, édition de Drach, t. xx111, Bossuet, Commentaire sur l’Apocalypse, in-&, Paris, 1689 ; Calmet, Dissertation sur l’'Antéchrist, dans son Conunentaire littéral, Saint Paul, τ. τι, 1716, p. XXVI-LVIL. J. TURMEL.

ANTÉDILUVIENNE (CIVILISATION). — Dieu créa le premier homme en état de se suflire à lui-même pour les besoins de la vie, même après sa chute. Adam et ses fils ne furent pas des « sauvages ». L'état sauvage est un état de dégradation, non un état primitif. Voir F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4° édit., τ. IV, p. 171-190. Mais si les pères du genre humain ne furent pas des êtres barbares et incultes, ils ne furent pas cependant civilisés de la manière dont devaient l'être leurs descendants. Dieu ayant créé l'homme perfectible, non seulement comme individu, mais aussi comme société, lui a donné pour loi le progrès dans une mesure déterminée ; il a voulu que le progrès des uns servit au bien-être des autres, et que les générations antérieures transmissent comme un héritage aux générations

postérieures les trésors de connaissances qu'elles avaient accumulés, afin que l'expérience des pères tournât au profit des enfants. La Genèse ne nous fait connaître que quelques traits de l'histoire de l'humanité primitive, dans les cinq premiers chapitres; mais ils suffisent pour marquer les progrès des premiers hommes, de la création au déluge, pendant une période dont il est impossible de marquer la durée exacte.

Dieu lui-même apprit à Adam et à Ève à se vêtir d’habits de peaux de bêtes. Gen., 111, 21. Ainsi commença industrie humaine. L'origine de l’agriculture et de art pastoral est aussi ancienne que Cain et Abel. Gen., 1v, 2. 11 y avait donc dès lors des animaux domestiques, puisque Abel avait des troupeaux. Le culte religieux et le sacrifice offert au Seigneur est également aussi ancien. Gen., IV, 3-4, 26. Les arts et les métiers ne tardent pas non plus à paraître, et il est digne de remarque que c'est dans la famille de Caïn qu'ils se développent. Cain lui-même « construisit » la première « ville ». Gen., ιν, 17. Elle ne fut probablement qu'un centre d'habitation pour lui et pour ses enfants, garanti par quelque défense artificielle contre les incursions des bêtes fauves, mais elle fut la première origine de l'architecture et le commencement des bourgades et des cités. La longévité des premiers hommes leur permit de tirer plus de profit de leur expérience personnelle pour le progrès des arts et de l'industrie. Voir LONGÉVITÉ DES PREMIERS HOMMES. — La m6tallurgie fit de si rapides progrès, que Tubalcain «forgeait le bronze (nehôset) et le fer (barzel) ». Gen., ιν, 22. Voir ces mots. — Les arts sont aussi cultivés par les enfants de Cain. Jubal invente la musique. Gen., 1V, 21. Lamech le Cuinite fait des vers, Gen., IV, 23, et l’on peut le considérer comme le père de la poesie, quoique les vers rapportés par la Genèse aient dù être modifiés et sans doute traduits par l'historien. — Les sciences ont également une origine antédiluvienne. Les premiers hommes avaient créé l'astronomie, puisque la distinction des mois et des années était connue, comme le prouvent les indications sur les âges des patriarches et sur les péripéties du déluge. Gen., v, 6-31; vir, 11; var, 13. Adam avait déjà des connaissances zoologiques. Gen., 11, 19; cf. vIr, 2-%. — L'état social ἃ existé dés le commencement. L'institution du mariage est divine. Gen., 11, 20-24. Les origines de la vie nomade sous la tente sont marquées, Gen., τν, 20. Le droit de propriété est supposé, Gen., 1V, 4, 20. Le premier usage du feu n'est pas indiqué : il est probablement aussi ancien que l’homme. L'invention du tissage n’est pas non plus mentionnée. La fabrication des tentes nel'implique pas, Car les peaux de bêtes suffisent pour les construire. Du temps de Noé, 1] est question d’un manteau ($inwläh). Gen.,1x, 29. L'art du charpentier avait aussi fait dés lors de grands progrès, puisque Noé put construire l'arche, Gen., vi, 14-16, 22. Nous n'avons aucun détail spécial sur le mode de gouvernement à l'époque antédiluvienne.

ANTHÈRE MARIE DE SAINT BONAVENTURE (Micconus), né à Gênes, de l'ordre des Augustins déchaussés, de la province d'Italie, vécut au xvrre siècle. Il fat remarquable par sa doctrine, surtout par sa science des Ecritures, à laquelle il dut une certaine célébrité. Il n'a laissé qu'un commentaire des Psaumes, sous ce titre : Ponderaliones in Fsalimos, jurta miultiplicem Divinarun Scriplurarum sensum, 3 in-f, Lyon, 1673. Hurter, Noïenclalor lilterarius, t. 1, p. 126, lui attribue aussi, sur l’autorité d'Ossinger, Acta Apostolorum juxta mulliplices Divinæ Scripturæ sensus, priscorumque Patruin inlerpretationes, elucidata, in-f0, Gênes, 1684; mais Ossinger, dans sa Bibliotheca Augustimiana, ne fait aucune mention des Acla Apostolorum.— Quant à ses Ponderationes in Psalmos, Anthère se propose d'y élucider les sens multiples du livre sacré, en exposant la doctrine des Péres de l'Église, sans néanmoins se borner à en étre seulement l'écho servile. Mais il est long, diflus, et manque

ANTÉDILUVIENNE (CIVILISATION) — ANTHROPOMORPHISMES

d'ordre et de méthode. Son livre est cependant riche en matériaux utiles à l'ascète ou à l’orateur. Le style en est lourd, et les docteurs chargés d'approuver le livre l'ont jugé peut-être plus justement qu'ils ne pensaient en disant : «Has Ponderationes in Psalmos, ponderavimus nos infra scripti doctores, easque maximi ponderis invenimus, » — Voir Ossinger, Bibliotheca Augustiniana, in-f°, Ingoldstadt, 1768, p. 588-589; Ch. Focher, dans l'Universale Lexicon eruditorum, Leipzig, 1751; t. nr, col. 5%; Historia de 200 Scriptoribus augustinianis, Rome, 1704, p. 362. O. REY.

ANTHROPOMORPHISMES DE LA BIBLE. — On appelle ainsi certaines expressions figurées, dont l'Ecriture fait usage pour exprimer les attributs de Dieu et nous faire comprendre ses rapports avec ses créatures. Les écrivains sacrés, parlant un langage populaire, s'adressant à des hommes et étant eux-mêmes des hommes, ont dû comparer Dieu aux hommes, le considérer comme s’il avait une « forme humaine » (ἄνθρωπος, μορφή) et se servir à son égard des locutions qui sont usitées parmi les hommes, afin de mettre à la portée de notre intelligence ce qu'ils avaient à nous apprendre de lui. C'est là une nécessité de notre condition. Aujourd'hui encore, malgré tous les progrès qu'ont faits les langues modernes dans l'expression des idées abstraites et théologiques, nous sommes obligés d'employer des « anthropomorphismes » : nous parlons du « roi » des cieux, de son « trône », des anges « ses ministres », ete. Ce n’est pas seulement l'art qui ne peut se passer de symboles sensibles, « qui anthropomorphise » Dieu, et représente, par exemple, le Père éternel sous la forme d'un vieillard : c'est la théologie elle-même qui, pour nous donner la notion de Dieu, est obligée de comparer ses attributs aux qualités de l’homme, son immortalité à nos perpétuelles vicissitudes, son immensité aux bornes restreintes de notre être, etc.; bien plus, elle nous dit que Dieu nous « parle », qu'il nous € voit », qu'il nous « entend », etc.

Les anthropomorphismes de Ia Bible consistent : 19 à parler de Dieu comme s’il avait des sens semblables à ceux de l’homme : une « face », Exod., ΧΧΧΠΙ, 23, etc.; une « bouche », Deut., var, 3; Jos., 1x, 14; Is., 1, 20, etc.; des « lèvres », Job, ΧΙ, 5 ; une « voix », Gen., 111, ὃ, 10; Exod., v, 2, etc.; des « yeux », 1 Reg., xv, 19; xxvi, 24; II Reg., xv, %5 ; ΠῚ Reg., xv, 5; IV Reg., ΙΧ, 16; II Par., xvI, 9, etc.; des « oreilles », I Reg., vin, 21; Ps. xvir (hébreu, xv1), 7; LXXXV (LXXXVI), 1, etc.; des « bras », Deut., v, 15; Job, xL, 4; Ps. ΤΑΣ (Lxxt), 185; Is,:xLIv, 19, ete.; des «mains », Exod., vi1, 4 ; ΧΠῚ, 3 ; Ps. ΨΠ]Ι, 7, etc. ; des « doigts », Ps. vin, 4; Exod., xxx1, 18; Luc, ΧΙ, 20; des «pieds », 1 Par., ΧΧΎΠΙ, 2; Ps. ΟΧΧΧῚ (CxxxN), 7, etc; de sorte qu'il Cparle », Gen., vis, 15; 1 Reg., 111, 9, etc. ; « voit », Gen., 1, #4, 31; x1, 5, etc.; « entend », Gen., xvi, 11; Ps. x (hébreu), 17, etc.; « agit de ses mains », Ps. vin, 4, 7; αἱ (Gi1), 26, ete.; « écrit », Exod., ΧΧΧῚ, 18; Deut., ΙΧ, 10; « s'assied », Ps. XLVI (ΧΙΏΝ), 9, ete.; « se repose », Gen., 11, 2; € s’éveille comme celui qu vient de dormir », Ps. LXXVIT (LXXVIHI), 65; XL, 23 (xuiv, 24), etce.; « marche », Gen., 111, 8; Lev., xXvI, 12, etc.; «rit », Ps. I1, 4, etc.

Toutes ces métaphores n'impliquent nullement que Dieu ne soit pas un pur esprit. On ne rencontre dans l'Écriture aucun passage où un corps, bä$är, « la chair, » soit

| attribuée à Dieu. Voir Joa., 1V, 24. Ces figures sont sim-

plement destinées à exprimer les perfections divines, en se servant des mots usilés dans les langues humaines.

Cosi parlar conviensi al vostro ingegno Perocchè solo da sensato apprende Ci, che fa poscia d'intelletto degno.

Per questo la Scritlura condescende A vostra facultade, e piedi e mano Attribuisce a Dio, ed altro intende.

Dante, Paradiso, canto IV, 40-45,

« Les attributs de Dieu, dit Novatien, sont décrits au moyen de métaphores emprumées à la forme humaine, quoiqu'il ne soit pas doué de qualités corporelles. Quand il est dit qu'il a des yeux, cela signifie qu’il voit (c'est-àdire connaît) tout; s’il a des oreilles, c'est parce qu'il entend tout; le langage dénote la volonté; les mains, la création ; les bras, la puissance ; les pieds, l'immensité ; car il n'a point de membres, et il ne fait aucun des mouvements ou des actes pour lesquels ils sont nécessaires, mais il exécute tout par le seul effet de sa volonté, Comment celui qui est la lumière même aurait-il besoin d'yeux ? Comment celui qui est partout présent aurait-il besoin de pieds ? Comment celui qui ἃ tout créé aurait-il besoin de mains? Comment aurait-il besoin de langue, celui pour qui penser, c'est commander ? Ces membres sont nécessaires aux hommes, mais non pas à Dieu : la volonté des hommes serait inefficace si Dieu ne leur donnuit la force de mettre leurs membres en mouvement; mais les opérations de Dieu suivent sa volonté sans aucun effort. » Novatien, De Trinit., 6,t. 111, col. 896.

20 Les écrivains sacrés donnent aussi à Dieu, par anthropomorphisme, les sentiments et même les passions de l'homme : la « joie », Deut., xxvint, 63; 11 Esdr., vit, 10; Ps. cui (civ}, 31, etc.; la « douleur », Gen., vi, 6; la « colère », Exod., xv, 7; xxxII, 12; Is., 1x, 19: Joa., 111, 90; Rom., 1, 18, etc.; le (regret et le repentir », Gen., vi, 6, 7; I Reg., xv, 35; Jer., xxvi, 13, etc. ; la « vengeance », Exod., xxx1, 34; Deut., xxx11, 35, Δ] ; Is., ΧΧΧΙν, 8, etc.; la « jalousie », Exod., xxxiv, 1%, etc. Cette attribution des passions humaines à Dieu s'appelle proprement « anthropopathisme », α᾽ ἄνθρωπος et πάθος, & homme » et € passion ».

Il faut bien remarquer d'ailleurs que l'Écriture n’attribue à Dieu que des passions nobles et jamais des sentiments bas, encore moins des vices. Il n’est jamais dit qu'il soit cruel, orguecilleux, envieux, etc. Aucun mot des Livres Saints ne lui suppose, même par métaphore, les passions basses que la mythologie décrit dans ses faux dieux. Si Jéhovah s'irrite, c’est contre le pécheur qui commet l’iniquité ; s’il se venge, c’est seulement de l'injustice et de l’iniquité ; s’il se réjouit, c’est du bien; s’il s'attriste, c’est du mal; s’il est jaloux, c’est de l'amour et de la fidélité de son peuple, parce qu'il est souverainement juste, bon, fidèle. Quand il est écrit qu'il se repent, Gen., vi, 6, 7, ou ne se repent pas, Ps. cIx, 4, cela signifie simplement, comme l'a remarqué saint Augustin, non qu'il ἃ fait une chose dont il n’avait pas prévu les conséquences, non qu'il change réellement d'idée ou de disposition, mais que, à Cause de la conduite des hommes, il se produit extérieurement un fait qui, étant inattendu pour les hommes, leur paraît être le résultat de ce qui serait en eux l'effet du regret ou du repentir. De même, quand Dieu interroge Caïn, Gen., 1V, 9, et lui demande où est son frère Abel, ce n’est pas parce qu'il ignore le crime du fratricide, mais parce quil l’interroge comme juge qui veut lui faire avouer son péché.

3° Les expressions anthropomorphiques se trouvent dans tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais elles diminuent dans les parties les moins anciennes de l'Écriture. C’est dans le Pentateuque qu'elles sont le plus nombreuses. Dans les écrits des prophètes, la langue théologique devient en quelque sorte plus sévère; on s’habitue peu à peu à décrire les actions et les perfections divines en termes moins figurés, Jusqu'à ce qu'on arrive enfin dans les Évangiles et les Épitres aux notions les plus élevées et les plus sublimes, comme, par exemple, dans le prologue de l'Évangile de saint Jean. Néanmoins, comme l'esprit humain ne peut se passer d'images, nous trouvons Dieu représenté d'une manière sensible dans les prophètes mêmes, et de telle sorte que plusieurs de leurs descriptions, qui sont, à la vérité, des exceptions, sont plus anthropomorphiques que celles de Moïse, par exemple dans la magnifique vision d'Isaie, νι, 1-2, où

ANTHROPOMORPHISMES — ANTI-LIBAN

Adonai nous apparait « assis sur un trône haut et élevé », avec des vêtements (Süläv) dont l'ampleur remplit l’hékäl (palais ou temple), et entouré des Séraphins qui forment sa cour; de même dans la mystérieuse vision d'Ézéchiel, dans laquelle Dieu, ayant une apparence humaine, lui apparaît dans sa gloire, au milieu des Chérubins, Ezech., 1, 4-98; 11, 23; x, 1-19; χα, 3-4; de même encore dans une des visions symboliques de Daniel, où Dieu se montre à lui sous l'aspect de « l'Ancien des jours », vêtu de vêtements blanes comme la neige, avec des cheveux semblables à de la laine mondée, Dan., vir, 9, etc. Notre- Seigneur lui-même ἃ dù se servir d'anthropomorphismes pour nous révéler sa divine doctrine, et c’est ainsi, par exemple, qu'il nous montre les anges, qui sont de purs esprits, « voyant dans le ciel la face du Père céleste. » Matth., xvrr, 10.

La condition de notre nature nous oblige donc de nous servir souvent d'un langage impropre en parlant de Dieu. Nous ne pouvons nous représenter la Divinité que sous une forme plus ou moins sensible. Ces locutions figurées sont néanmoins justes et vraies, pourvu que nous évitions les erreurs dans lesquelles sont tombés les hérétiques appelés anthropomorphites (voir Fremling, De Anthr'opomorphitis, Lund, 1787), et que nous ayons bien soin de ne pas appliquer à Dieu ce qui est matériel et imparfait. Quand nous disons que Dieu «sait » tout, nous employons une expression parfaitement exacte, sans aucune figure ; quand nous disons qu'il « voit » tout, nous nous exprimons d'une manière non moins exacte au fond, quoique métaphorique, € anthropomorphique ; » car le sens est identiquement le même, à la seule condition de ne pas prendre une figure pour la réalité. Voir S. Augustin, Epist. CxXLVII1 ad Fortunatianum, t. XxxIn, col. 622; S. Eucher, Liber formularum spiritalis intelligentiæ, t. L, col. 727; Glassius, Philologia sacra, 1. v, ©. ὙΠ, De ἀνθρωποπάθειχ, in-4°, Leipzig, 1743, p. 1530-1658 ; Klügling, Ueber den Anthropomorphismus der Bibel, Danzig, 1806; Gelpe, Apologie der anthropomorphischen und anthropopathischen Darstellung Gottes, Leipzig, 1842. F. VIGOUROUX.

ANTILEGOMENA (ἀντιλεγόμενα., « (écrits) controversés, discutés »). Nom donné par Eusèbe, H. E., 111, 95, t. xx, col. 269, et d’autres écrivains ecclésiastiques, par opposition aux ὁμολογούμενα, € admis » par tous, aux écrits du Nouveau Testament dont l'authenticité et l'origine apostolique avaient été quelque temps contestées, c’est-à-dire l'Épitre aux Hébreux, la seconde Épitre de saint Pierre, l'Épitre de saint Jacques, l'Épiître de saint Jude, la seconde et la troisième Épitres de saint Jean et l'Apocalypse. Voir CANON DU NOUVEAU TESTAMENT.

ANTI-LIBAN (᾿Αντιλίδανος), chaine de montagnes: parallèle au Liban, dont elle est séparée par la grande plaine de Cælésyrie (El-Béqä'a), Elle n’est expressément mentionnée que dans le texte grec de Judith, 1, 7. Cependant, dans cinq passages où l’hébreu, à propos des frontières septentrionales de la Terre Sainte, porte simplement hallebänôün, «le Liban, » les Septante ont mis ’Avt- MGavoc, Deut., 1, 7; 111, 25; x1, 24; Jos., 1, 4; IX, 1. Quelques auteurs croient voir l'Anti-Liban désigné dans Jos., ΧΠΙῚ, 5, par ces mots : hallebänôn mizrah haësémés, « le- Liban vers le soleil levant. » 1. L. Porter, dans Smith’ Dictionary of the Bible, Londres, 1863, au mot Lebanon, t.11, p.88; V. Guérin, La Terre Sainte, t. τι, p.2. D'autres rejettent cette explication et prétendent que l’auteur sacréa voulu uniquement indiquer ici la partie du Liban qui s'étend à l’est de Gébal (Byblos) jusqu'au territoire d'Émath. C. Τὸ Keil, Biblischer Commentar über das Alle Testament, Josua, Leipzig, 1874, p. 106; Clair, La Sainte Bible, Josué, Paris, 1877, p. 78.

Si l'Anti-Liban n'est pas plus nettement distingué de l'ensemble des montagnes auxquelles il se rattache, il

. des cantiques, IV,

appartient néanmoins à la Bible par plusieurs de ses parlies. Son prolongement méridional, qui renferme les cimes les plus élevées, est bien connu sous le nom de Grand- Termon, aujourd'hui Djébel ech-Cheikh. Voir HERMON. Un autre de ses sommets est mentionné dans le Cantique 8; c'est l'Amana, probablement le Djébel Zebdäni. Voir Amaxa. De ses flancs sortent quatre fleuves importants, qui, par leurs cours opposés, forment la croix : au nord, lOronte {Nahr el-Aci); au sud, le Jourdain (Nahr ech-Chériat) ; à l’ouest, le Léontès (Nahr el- Leitani) ; à l'est, l'Abana (Nahr Barada), auquel il convient de joindre le Pharphar (Nahr el-Aouadj). Voir ABANA et PHARPHAR. Sur le versant oriental se trouve l'antique ville d'Abila (Soug-Ouadi-Barada), capitale de YAbilène ; et, à l’ouest, plus haut, s'étendent à ses pieds les merveilleuses ruines de Baalbek (Héliopolis). Voir ABILA, ABILÈNE.

L'Anti-Liban est appelé aujourd'hui Djébel ech-Charqi, « montagne orientale, » pour indiquer sa position par rapport au Liban proprement dit. Il court du nord-est

au sud-ouest, dans une longueur à peu près égale à celle

de la chaine occidentale, c’est-à-dire cent cinquante ou

cent soixante kilomètres, si l’on y comprend le massif de

lHermon. 11 commence, au nord, non loin de Riblah, à l’une des extrémités de la grande plaine de Homs (Émèse), et aboutit, au sud, à Banias (Panéas ou Césarée de Philippe), qu'il domine de toute la masse imposante du Djébel ech-Cheikh. D'une remarquable analogie avec le Liban, il est composé des mêmes roches calcaires, revêtu de la même terre rouge, aride et nue au nord, plus fertile vers le midi. Percé d'innombrables fissures sur le versant occidental, qui descend, d'une facon plus abrupte, vers la plaine de Cœlésyrie, il s'incline à l'est par une longue contre-pente ou des gradins parallèles vers le désert de Syrie. Le point culminant consiste dans les trois cimes de l'Hermon, dont la plus haute atteint deux mille huit cent soixante mètres au-dessus de la Méditerranée. Le plus haut sommet ensuite, Talaat Mousa, s'élève à deux mille six cent soixante mètres ; et l'altitude du Djébel ech-Chougif, au nord-est de Bloudan, n’est plus que de deux mille soixante-quinze mètres.

Inférieur à la chaine principale de trois cents à quatre cents mètres en moyenne, l’Anti-Liban se distingue par des formes plus pittoresques, des cimes plus fières, des ravins plus sauvages, des teintes plus vives. Les pentes méridionales sont couvertes de bois, qui, un peu clairsemés, ont néanmoins çà et là l'aspect de foréts. Les sommets perdent ordinairement, dès le commencement de l'été, la neige qui les resuvre en hiver; mais le Djébel ech-Cheikh garde beaucoup plus longtemps cette couronne éclatante, qui ne le quitte guère que pendant deux ou trois mois de l’année, et lui a valu, de la part des Arabes, le surnom de Ljébel eth-Theldj, « la montagne neigeuse. » Moins peuplé et moins cultivé que le Liban, il sert de refuge à diverses espèces de bêtes fauves, telles que le sanglier, la panthère et l'ours ; mais le lion et le léopard, qui l'habitaient jadis également, Cant., IV, 8, semblent en avoir disparu. Des bandes de gazelles errent dans les vastes steppes qui s'étendent au pied des pentes orientales. Voir LIBAN. À. LEGENDRE.

ANTILOGIE est une contradiction réelle ou apparente, constatée ou supposée, entre plusieurs passages d'un ouvrage ou d'ouvrages différents. De tous temps, les adversaires du christianisme ont signalé dans les Livres Saints des contradictions qui leur semblaient inconciliables avec l'origine divine et la véridicité de la Bible, mais que les apologistes et les commentateurs chrétiens expliquaient facilement. Elles ne sont qu'apparentes et consistent en de simples divergences de récits.

I. Histoire. — Les Gnostiques opposaient le Nouveau Testament à l'Ancien, et concevaient le christianisme comme la condamnation et la contre-partie du judaïsme.

ANTI-LIBAN — ANTILOCGIE

Pour les réfuter, les Pères de l'Église démontrèrent l’accord des deux Testaments. δ. Irénée, Adversus hæreses, IT, x, 11, t. vus, col. 905; IV, 1x, ΧΙ et xxx1v, col. 996-999, 1004-1006, 1083-1086; Tertullien, Adversus Praxeam, 24, {110 col. 186; Adversus Hermogenem, 20, τ. 11, col. 216; Clément d'Alexandrie, Pædagogus, 1,7, t. vi, col. 264; Origène, In ae 1,93, 19, t. XIV, col. 33-36 et 48; De principüs, 11, #, t. ΧΙ, col. 198-203. Dans son livre des Antithèses, ie mettait la Loi en opposition avec l'Évangile ; Ter tullien, qui nous l’apprend, Adversus Marcionem, 1, 19, t. 11, col. 267; 1v, 1, ibid., col. 361-363, écrivit contre lui. Tatien et Théophile d’Antioche composèrent des Διὰ τεσσάρων dans le but d'harmoniser les récits des quatre Évangiles. Porphyre et Celse (Origène, Contra Celsum, v, 59, t. ΧΙ, col. 261) notaient dans les narrations évangéliques des détails contradictoires ; Hiéroclès, dans ses deux Discours véridiques aux chrétiens, taxait de fausseté l'Écriture, la montrait toute remplie de contradictions, et signalait les chapitres qui paraissent en désaccord. Lactance, Divin. institut., ν, 2 et 3, t. νι, col. 555-557. Julien lApostat avait consacré tout un livre de son Discours contre les chrétiens à l'exposition des antilogies de l'Évangile (S. Cyrille d'Alexandrie, Contra Julian, vin, L. LXXVI, col. 833). Origène répondit à Celse, sant Méthode à Porphyre, Lactance, saint Jérôme et Eusèbe de Césarée à Hiéroclès, saint Cyrille d'Alexandrie à Julien. Les écrivains ecclésiastiques expliquent à

l'occasion quelques dissonances des Evangiles. Origène, In Joa., x, 2, 3, 15, t. χιν, col. 309, 319 et 345; S. Am-

broise, In Lucam, 11, 1, t. xv, col. 1589; x, 22; ibid., col. 1809-1810; S. Jérôme, Zn Matth., 1, t. XxXvI, col. 21; S. Chrysostome, 1n Matth, Hom. xxvur, 1-2, t. LI, col. 349-352; In Joa., Home. ΧΧΠΠ, 2, t. LIX, col. 139 : He XLII, ibid. cok: 240 ; De cruce et latrone, Hom. 11, 2, t. XLIX, col. #11; In paralyticum, 4 ἄς 1 Τ᾿ “col. 54; S. Augustin, Th Joa., XVII, v, 7, 1. xxx, col. 1546; Sermo LI, 4 et 3, t XXXVII, Col. 556; In psal. LxXNI, 5, t. xxxvI, col. 763. Ce Père ἃ écrit un traité De consensuevangelistarum,t. XXXIV. Quand les Manichéens eurent renouvelé les erreurs gnostiques, les docteurs catholiques démontrérent de nouveau l'accord des deux Testaments. S. Augustin, Contra Faustum, t. XLII, 00]. 207-602; 5, Grégoire le Grand, Moralia in Job, τν, præf., t. Lxxxv, col. 633-637; Concordia quorumdan testimoniorum S.Scripturæ, τ. LXXIX, Col.609- 678; Cosmas Indicopleuste, Topographia christian«, proleg. etl. V,t. Lxxxvin, col. 56-57, 281, 284 et 289; Julien de Tolède, Antikeimenon libri duo, τ. xcvi. Raban Maur, Paschase Radbert, Bède le Vénérable et les autres commentateurs du moyen âge répètent les réfutalions des anciens; plus tard, Hugues de Saint-Victor expose encore les principes de solution, Erudit.didascal., νι, IT, t. CLXXVI, col. 808-809.

Les modernes adversaires de la révélation ont rajusté les vieilles armes des premiers hérétiques. Lord Bolingbroke, Essay the fourth, $ vit; Works, t. πα, p.307, mettait la prédication de Jésus-Christ en contradiction avec celle de saint Paul. Le système du prétendu conflit qui se sera produit entre saint Pierre et saint Paul repose en parte sur les antinomies de doctrine que l'école de Tubingue remarque dans les livres du Nouveau Testament. Les critiques rationalistes actuels, qui bouleversent toute l'histoire littéraire de l'Ancien Testament, et attribuent toute la littérature juive à des travaux de retouche, s'appuient sur les contradictions qui semblent exister entre les différents récits d'un même fait, sur les diverses rédactions des mêmes lois, et sur l'opposition des idées qu'ils croient apercevoir. [15 rejettent le témoignage des Évangiles, parce que, d'après eux, les Synoptiques comparés les uns aux autres présentent des divergences inconciliables, et que le quatrième Évangile contredit manifestement les trois autres. Cf. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique

2, 3e édit., Paris, 1890-1891, passim.

rationaliste, 5 in-12, 3 11. Nature et importance, — Les prétendues antilogies

de la Bible sont de plus d’une sorte. Les plus nombreuses sont relatives à des points d'histoire, de géographie et de chronologie, et ne portent d'ordinaire que sur des détails de minime importance. De réelles contradictions de cette nature, dument constatées dans les œuvres d'écrivains profanes, ne nuiraient pas à leur véracité, et seraient négligées comme de simples fautes échappées à l'imperfection humaine. C’est un principe de critique historique que, plusieurs auteurs compétents étant d'accord quant à la substance du fait, tout en différant sur quelques détails accessoires, le fond commun de leur récit est tenu pour vrai, et l'historien s'efforce d'accorder les points divergents. Les divergences absolument inconciliables sont attribuées à une inexactitude des sources consultées, à un défaut de mémoire ou à toute autre cause, et il ne serait pas légitime de mettre en suspicion à cause d'elles tout le contenu des livres dans lesquels elles se rencontrent.

Mas un livre divin est vrai dans toutes ses parties ; toute parole des écrivains inspirés est la parole infaillible de Dieu; elle doit donc, jusque dans les plus petits détails, être conforme à la vérité. Or deux propositions contradietoires ne pouvant être vraies à la fois, et l'Esprit-Saint ne pouvant se contredire, S. Augustin, Dialoqus adversus Pelagium, 1, 14, τ ΧΧΧΠΙ, col. 506, la Bible, qui est d’origine divine et l'œuvre du Saint-Esprit, ne doit contenir aucune contradiction. De réelles antilogies constatées dans les Livres Saints ne leur enlèveraient point toute valeur historique ou philosophique, mais détruiraient certainement leur autorité divine. Aussi les chrétiens, qui professent que l'erreur est incompatible avec l'inspiration de la Bible, nient-ils énergiquement l'existence d'une contradiction réelle quelconque dans la Sainte Écriture, et démontrentils que les antilogies scripturaires, relevées par leurs adversaires, ne sont qu'apparentes, et qu'une sage critique et une saine exégèse savent concilier et harmoniser toutes les divergences. Il n’est pas possible, dans les limites d'un article, d'élucider la série des prétendues contradictions de la Bible ; plusieurs recevront leur solution dans ce Dictionnaire ; nous nous bornerons à indiquer ici quelques règles générales de conciliation.

IT. Principes de "solution. — Plusieurs passages de l'Écriture paraissent-ils se contredire, l'exégète doit avant tout fixer la véritable leçon des textes qu'il doit expliquer, et rechercher si l'un ou l'autre de ces passages n’est pas fautif. La rouille des siècles ἃ déposé son empreinte sur les pages de nos livres sacrés. En passant sous la plume de milliers de copistes, des noms propres ont été défigurés, des chiffres brouillés, quelques endroits légèrement altérés ; l'histoire du texte en fournit d'irrécusables preuves. Si la contradiction nait de ces erreurs de transcription, elle disparaîtra par la restitution du vrai texte, restitution obtenne par la critique verbale. Alors même que feraient défaut les moyens de corriger une faute évidente, la véracité divine serait hors de cause, et la constatation de l'erreur suffit pour résoudre la contradiction réelle.

Cependant certains textes parfaitement authentiques semblent inconciliables. L'apparente contradiction provient alors de l'ignorance où nous sommes de leur vrai sens; le plus souvent, une étude approfondie la résoudra. Faut-il harmoniser les narrations divergentes d'un fait, la nature du langage employé et la forme du récit seront à considérer, Chaque écrivain ayant son style propre et sa maniere de s'exprimer, deux récits de forme différente peuvent être identiques pour le fond. Les auteurs ne s'attachent pas généralement à énumérer minutieusement toutes les circonstances des faits qu'ils racontent, ils notent seulement les traits qui vont mieux à leur but, Ceux qui omettent quelques détails ne doivent pas être par là même axés d'inexaclitude, ni mis en opposition avec le narrateur plus complet et plus précis. Ils ne seraient en contradiction que s'ils affirmaient sur la même personne, le méme objet ou le méme événement, le contraire les uns des autres.

ANTILOGIE

La divergence porte-t-elle sur des passages doctrinaux, il faut examiner s’il n’y a pas progrès de l'idée, développement du dogme, plutôt que contradiction. Souvent, en effet, ces passages bien compris, loin de se combattre, se complètent. Les endroits obscurs doivent être expliqués par ceux qui sont clairs, ceux dans lesquels la doctrine n'est exposée qu'en passant par ceux où elle est traitée ex professo et en détail. Pour concilier les lois divergentes, il faut tenir compte de leurs transformations et de l’ordre de leur succession. Quelques articles de la législation mosaïque ont subi de réelles modifications pour s'adapter à des situations nouvelles. Des lois supplénentaires ont abrogé, changé et remplacé les lois antérieures. L'écrivain qui les rapporte fidélement est donc exact. Aussi l'étude chronologique du code mosaïque présentera, au lieu des contradictions choquantes qu'on veut y voir, des lois successives ou substituées l’une à l’autre.

Toutefois il pourrait se faire que l'application de ces règles critiques et exégétiques ne suffise pas à résoudre toutes les apparentes contradictions de la Bible, car les documents contemporains capables de fournir un contrôle font défaut, et nous ignorons les circonstances au milieu desquelles les événements racontés se sont produits. Les exégètes et les apologistes chrétiens devraient alors avouer franchement leur impuissance de donner une solution satisfaisante ; c’est la pensée de saint Justin, Exhortalio ad Græcos, ©. 65, t. vi, col. 025. Ils pourraient garder l'espoir que des recherches nouvelles aboutiront un jour à de meilleurs résultats, et que des esprits plus perspicaces apercevront et dénoueront le nœud aujourd'hui invisible et insoluble. Quoi qu'il en soit, l'accord parfait des Écritures découle si nécessairement de leur origine divine, que les antilogies non résolues ne diminuent pas la foi du chrétien à la vérité totale de la Bible. Cf. Jahn, Enchiridion hermeneuticæ generalis, Vienne, 1812, $ 51-53; 1. Danko, De Sacra Scriptura, Vienne, 1867, n° 135; F. X. Patrizi, Institutio de interpretatione Bibliorum, de édit., Rome, 1876, p. 119-122; U. ne Introductio in Sacram Scripturam, Rome, 1881, t. 111, p. 248-256.

IV. Ouvrages modernes dans lesquels sont résolues les contradictions de l'Écriture. — * André Althamer, Conciliationes locorum Scripturæ, qui specie tenus inter se pugnare videntur, centuriæ duæ, Nuremberg, 1532; Séraphin Cumiran, Conciliatio locorum communium totius Sanctæ Scripturæ, qui inter se pugnare videntur, | Paris, 1556; Marc de la Camara, Quæstionarium conci- | liationis locorum difficiliumn Sacræ Scripturæ, Alcala, | 4587-1588 ; * J. Thaddæus, Conciliatorium biblicum , Amsterdam, 1648; H. Mayer, Manuale biblicum in quo Sacræ Scripturæ certa quædam testimonia, quæ sibimet contradicere videntur, omnino concordare docentur, Fribourg-en-Brisgau, 165%: Dominique Macri, Antilogiæ seu contradictiones apparentes Sacræ Scripturæ, Venise, 1645; nouvelle édition complétée par Le Fèvre d'Étaples, Paris, 1685; Emmanuel Fernandez de Santa-Cruz, Conciliatio Genesis et Exodi locorum qui apparentem continent antinomiam, Ségovie, 1671; Conciliatio Levitici, Numerorum et Deuteronomii.…., 1677; Conciliatio Josue, Judicum, prümi et secundi librorum Regum.…., 1689 ; Jean Pontas, Sacra Scriptura ubique sibi constans, etc., Paris, 1698; Martin Humbelot, Sacrorum Bibliorum notio generalis, Paris, 1700, 1. v, De antilogiüs Sacræ Scripturæ; Tirin a réuni dans sa quatrième table générale environ 1450 antilogies, qu'il avait expliquées dans ses Commentaria in Vetus et Novum Test., Anvers, 1632; Claude Frassen, Conciliatorium biblicum, publié par Migne, Sacræ Scripturæ cursus completus, +. 11, col. 947-1054; 1. Brunet, Manuductio ad Sacram Scripturam, Paris, 4701, t. 11, Chérubin de Saint-Joseph, Summa criticæ sacræ, Bordeaux, 1715, t. νὶ et vin; Vincent de Saint- Dominique, Explicationes antilogiarum tum Veteris tum Novi Testamenti; Antoine de Silveira, Discordia concor- | dis, Lisbonne, 1738; Joseph-Charlemagne de Saint-Michel,

Conciliation des passages et des faits historiques de l'Écriture Sainte qui paraissent opposés les uns aux autres; FE. X. Widenhofer, Sacræ Scripluræ dogmatice et polemice explicatæ pars 1) sive Veteris Testamenti in quo et apparentes antilogiæ explicantur, Wurzhbourg, 1749 ; Gabriel Schenk, Analysis selectarum Scripturæ quæstionum et antilogiarum, 1750 ; Arsène de Saint-Robert, Antilogias sive contradictiones apparentes Sacræ Scripturæ, etc., Louvain, 1751; Pierre Juvet, Antilogiæ seu contradictiones Evangelistarum, ete., Gand, 1760 ; Ignace Schunk, Notio dogmatica Sacræ Scripturæ, Landshut, 1772, sect. νι; J.-B. Jaugey, Dictionnaire apologétique de la foi catholique, Paris, 1889, Antilogies du Nouveau Testament, p. 162-187. E. MANGENOT.

ANTILOPE, du grec ἀνθάλοψ ou ἀνθόλοψ (ἄνθος, «fleur, beauté, » et ὦψ, «œil, regard, ») épithète appliquée par les anciens à la gazelle, à cause de la beauté proverbiale de ses yeux. Ce mot désigne aujourd’hui un genre äe mammifères ruminants à cornes creuses, non caduques, caractérisé par un nez pointu et des cornes effilées en forme de lyre. Ces cornes sont généralement rondes, annelées, marquées de stries, et diversement

103, — Antilope addax,

infléchies. L’antilope forme la transition entre les cerfs d'une part, les chèvres, les moutons et les bœufs de l’autre. Elle ἃ du cerf la légèreté de la taille, la vitesse de la course, la forme gracieuse. Son caractère est timide, paisible, sociable, mais, en face du danger, plein d’audace et de vigueur. Cet animal est remarquable par la finesse de la vue, de l’ouie et de l’odorat. Voir Henglin, Antilope Nordost-Afrika’s, Iéna, 186%. ;

On admet communément aujourd'hui que l'Écriture mentionne quatre espèces d’antilopes, appelées dans le texte original : 1° disôn (Septante . πύγαργο:; Vulgate : pygargus), Deut., χιν, 5; 20 sebi (Septante : δορχάς; Vulgate : caprea), Deut., χα, 15, etc.; 3° te’6 (Septante : ὄρυξ; Vulgate : oryx), Deut., x1v, 5; Is., 11, 20; 4° yahimür (Septante : 20924; Vulgate : caprea), Deut., x1v, 5. D'après la plupart des naturalistes qui se sont occupés de la faune biblique dans ces derniers temps, le disôn est l'antilope addazx où pygargue (fig. 162); le sebi, l'antilope dorcas ou gazelle; le 66, l'antilope oryx, « Yoryx; » et le yahmür, l'antilope bubalis, le bubale. Cette dernière identification est la plus controversée. Les quatre espèces d’antilopes que nous venons d'énumérer se trouvent en Palestine. Voir H. B. Tristram, The Natural History of the Bible, édit., 1889, p. 127. Pour di$ôn, voir PYGARGUE ;

ANTILOGIE — ANTIMOINE

pour sebi, voir GAZELLE; pour fe’6, voir ORYx; pour yahimnür, voir BUBALE. F. VIGOUROUX.

ANTIMOINE. C'est par le nom grec et latin de ce métal, στίμμι, Stibium, que les Septante et la Vulgate ont rendu le mot hébreu pük. L'antimoine est un métal blanc bleuâtre, très brillant, cristallisé en larges lames, qui dégage par le frottement une odeur alliacée. On ἃ prétendu que son nom signifie « contraire aux moines », et qu'il provenait de ce qu'il avait causé des accidents mortels chez les moines qui en firent usage les premiers, sur les indications de Basile Valentin, religieux du xv+ siècle, à qui l'on attribue la découverte d'un procédé pour extraire l'antimoine métallique de son sulfure. En réalité, l’antimoine était connu dans l'antiquité, en Orient et en Occident; mais l'origine du nom qui le désigne en français. est douteuse. L'étymologie vulgaire « ne se fonde absolument sur rien, dit Littré, aucune anecdote de quelque authenticité ne nous apprenant comment un pareil sobriquet aurait pu être donné à ce métal. Quelques-uns le font venir de ἀντί et de μόνος, parce que ce métal ne se trouve jamais seul; certains, d'avriméveuv, parce qu'il fortifie les corps. Antimonium se trouve dans les écrits de Constantin l’Africain, De gradibus, p. 381, médecin salernitain qui vivait à la fin du xre siècle. D’autres, avec raison, ce semble, tirent ce mot de l'arabe athmoud ou ithmid. Athmoud est devenu facilement, dans le latin barbare, antimonium. D'un autre côté, la forme propre de l'arabe est ithmid, et vient sans aucun doute du grec otiuut, qui est dans stibié ; de sorte que, par un jeu singulier de l'altération des langues, antimoine et stibié seraient un mot identique. » Dictionnaire de la langue française, ἵν 1, p. 156; cf. M. Devic, Ibid., Supplément, Dictionnaire étymologique de tous les mots d'origine orientale, p. 10. Στίμμι, στίόι, stibium, viennent euxmêmes, comme l'avait remarqué Eustathe, 7n Odyss. (Lit-

tré, ibid., ἴ. IV, p. 2046), de l’égyptien, [ — N =>,

sdem, stem, ce qui nous ramène au pays même où l'on faisait usage de l’antimoine comme cosmétique. Notre mot français dérive donc de l'égyptien ste, en passant par le grec στίδι, στίμμι, qui est devenu chez les Arabes ithinid, d'où les alchimistes l'ont transporté chez nous sous la forme antimoine.

Quoi qu'il en soit, du reste, de l’étymologie, l'antimoine existe dans la nature à l’état natif ou métallique, mais en très pelite quantité; son véritable minerai est le sulfure d’antimoine, qu'on rencontre en masses fibreuses ou grenues, de couleur grise, en France et en beaucoup d’autres pays. Les Grecs et les Latins confondaient, sous la même dénomination de στίμιμι et de stibium , l'antimoine natif et son sulfure. Dans nos traductions de la Bible (ef. S. Jérôme, Epist., LIV, 7, et ΟΥ̓, 15, t. xxI1, col. 558 et 891), le mot « antimoine » désigne la poudre de sulfure d’antimoine, dont les femmes ont fait usage en Orient dès l’antiquité pour peindre le tour des yeux et les faire paraitre ainsi plus grands. La même coutume existait aussi chez les Grecs et les Romains, et dans le même but (Juvénal, Satir., 11, 98; Pline, Ep., vi, 2), ce qui avait fait donner à la poudre d'antimoine ou à une poudre analogue, outre le nom de στίμμι ou de créé, celui de πλατυόφθαλμιον, «qui rend les yeux larges. »

La coutume de peindre ainsi les yeux existe toujours en Orient, et les Arabes appellent kokl la poudre qui leur sert à cet usage. Cependant l'antimoine n'entre pas ordinairement aujourd'hui en Égypte dans la composition du kohl. Voici la description que donne de ce cosmétique un observateur exact, Lane : «Les yeux sont généralement grands et noirs. L'effet qu'ils produisent est encore augmenté par une pratique universellement en usage parmi les femmes des hautes classes et des classes moyennes et très commune même parmi celles de basse condition : elle consiste à noircir le bord des paupières, au-dessus

et au-d2ssous des yeux, avec une poudre noire appelée kohl (fig. 163). C'est un collyre, composé ordinairement du noir de fumée produit par la combustion d’une résine aromatique appelée libam, espèce d'encens, employée, dit-on, de préférence à un encens de qualité supérieure, parce qu'elle est moins chère et également bonne. On prépare aussi le kohl avec du noir de fumée produit en brülant des coques d'amandes. Ces deux sortes de kohl ne sont employées que pour l ornement des yeux, quoiqu'on croie qu'elles sont salutaires pour ces organes; mais il en existe aussi plusieurs espèces dont on se sert à cause de leurs propriétés médicales réelles ou supposées ; en particulier de la poudre de divers minerais de plomb, auxquels on ajoute souvent du sarcocolle, du poivre long, du sucre candi, de la poudre fine d’un sequin vénitien et quelquefois des perles pulvérisées… On applique le kohl avec une petite baguette de bois, d'ivoire ou d’argent amincie vers le bout, mais à pointe émoussée ; on l'humecte avec un liquide, quelquefois avec de l'eau de rose ; on le plonge ensuite dans la poudre, et on le fait passer sur le bord des paupières ; on l'appelle mirwed ; le vase en verre dans lequel est conservé le kohl se nomme mukholah. » Lane, Modern Egyptians, in-12, Londres, 1836, t. 1, p. 41- 48.

En Arabie, en Perse, en Syrie (fig. 164), on se sert encore aujourd’ hui de l antimoine comme kohl. On admet communément que dans l'antiquité on se servait aussi en Égypte et en Palestine de cette substance, comme l'ont traduit les anciennes versions, pour peindre les yeux en noir. Le nom même de l’antimoine en égyptien et le

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