‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 382 sur 454 · Partie centrale de la galerie de Siloé · texte numérisé non relu

Partie centrale de la galerie de Siloé

AQUEDUC

l'an 740 ». Point de raison, par conséquent, pour refuser de l’attribuer à Ezéchias, qui régna de 727 à 698.

8° L'aqueduc voisin du Bir Ayoub.— Un autre travail du même genre a été découvert par Warren, à l'ouest du Bir Ayoub. C'est un aqueduc plus spacieux que celui d'Ézéchias, car sa largeur moyenne est de 1"15, et sa hauteur de 2 mètres. On peut le suivre sur une longueur de 600 mètres. Il y a sur le parcours plusieurs escaliers permettant de descendre dans le canal. D'un côté, il aboutit à un vaste réservoir en forme de grotte, et de l’autre il s'arrête brusquement en plein roc. On ignore quelle était la destination de cet aqueduc souterrain. The Recovery, p. 257-264. « Il est difficile de lui assigner une date. Rien cependant n'y sent la main romaine; ces degrés, ces regards, ces bassins, ces couloirs évidés dans la roche vive, tout cela est plutôt dans la tradition et le gout des carriers phéniciens et juifs. » Perrot, Histoire de l'art, t. IV, p. 424.

90 Les autres aqueducs de la Palestine. — Dans le reste de la Palestine, surtout aux environs des centres de population plus importants, on trouve les traces d’un certain nombre d’aqueducs, dans un état de délabrement plus ou moins avancé. Aux environs de Jéricho, les ruines de ces sortes de travaux d'art sont assez nombreuses. À l’ouest de cette ville, dans l'Ouadi el-Kelt, on peut suivre pendant une dizaine de kilomètres un ancien aqueduc qui conduisait à Kakoun les eaux de l’Aïn Fära. Ces eaux se perdent maintenant dans le ravin du Kelt. D’autres ruines d’aqueducs se voient plus au nord, dans l'Ouadi Fasaïl, près de l’ancienne ville à laquelle Hérode donna le nom de Phasaël.

À Naplouse, l’ancienne Sichem, un aqueduc maintenant ruiné amenait les eaux de l'Ain Askar, qui jaillit à trois lieues à l’ouest de la ville. Une autre source, qui n'est qu'à trois kilomètres au sud, Ras el-Aïn, fait encore aujourd'hui couler dans un aqueduc ses belles eaux, qui au passage font tourner plusieurs moulins.

La ville de Béthulie était alimentée d'eau par diverses sources à portée des murs, et par une source principale, qui était mise en communication avec la place par un aqueduc. Judith, vn1,6, 7. Holopherne fit couper l’aqueduc et défendre l'accès des autres sources. L'incertitude qui plane sur l'identification de Béthulie ne permet point d'assigner l'emplacement de cet aqueduc. Mais au pied de la montagne qui couronne Beläaméh, l’ancienne Belma, Judith, vir, 3, on trouve une caverne maçonnée, du fond de laquelle, au dire des habitants, partirait un souterrain qui s'élève jusqu'à l’ancienne ville, et par lequel les défenseurs de la place pouvaient venir puiser l'eau qui se trouve dans la caverne, appelée Bir es-Sedjem. Liévin, Guide, t. 111, p. 72.

Lorsque, sous Hérode, Césarée prit de l'importance, il fallut aviser à la pourvoir d'eaux abondantes. On les emprunta à la rivière de Zerka, qui se jette dans la mer à cinq kilomètres au sud de la ville. L'aquedue suivait le bord de la mer. Près de la rivière, il était construit en pierres de petite dimension, et plus loin reposait sur des arches en plein cintre, et se composait de pierres d’un plus grand appareil. Un autre aqueduce allait chercher l'eau à Sebbarine, à quinze kilomètres à l’ouest de Césarée. Le tout est maintenant ruiné et abandonné. Liévin, Guide, t. 111, p. 229.

Parfois enfin on se contentait de tracer aux eaux un chemin artificiel, en leur creusant un lit en pleine roche. C'est le cas de l'Ain el-Tabegah, entre Khan-Miniéh et Tell- Houm, qui déversait ses eaux dans la fertile plaine de Génésareth par un canal à ciel ouvert taillé dans le roc, qui sert aujourd'hui de sentier.

(ἃ et là se rencontrent d’autres ruines d'aqueducs. On ne peut guère assigner de dates précises à ces différents ouvrages; mais il est certain que les anciens habitants du pays n'ont reculé devant aucun eflort pour mettre à leur portée les eaux potables, et que leurs successeurs

Hi

n'ont guère fait qu'utiliser, entretenir, réparer, et le plus souvent laisser tomber en ruines les travaux exécutés antérieurement. H. LESÈTRE.

1. AQUILA (’Axÿhas), nom d'origine latine, ainsi que celui de Priscille, Πρίσχα ou Πρίσχιλλα (diminutif plus familier), que portaient deux Juifs, mari et femme, chez qui Paul reçut l'hospitalité à Corinthe, et dont il se plaît, dans ses lettres, à reconnaître le dévouement à la cause de l'Évangile. Vivant au milieu des païens, à Rome ou ailleurs, ils avaient changé, selon l'usage du temps, leurs noms juifs en noms tout à fait romains. Plusieurs interprètes ont même supposé qu'Aquila était un fils d'affranchi de ce Pontius Aquila qui se trouve mentionné par Cicéron, Ad Famul., x, 33, et par Suétone, Cæsar, 78, comme adversaire de Jules César. En ce cas, le copiste aurait mal reproduit le texte, et en écrivant ΠΠοντιχὸν τῷ γένει, il aurait substitué une indication géographique à une indication familiale, et fait naître dans la province du Pont celui qui, probablement originaire de Rome, se rattachait, par l’affranchissement de l'un des siens, à Ἰ illustre famille Pontia. La chose est plus ingénieuse que probable. Aquila était né dans cette province du Pont, au sud de la mer Noire, d’où, rapprochement singulier, sortit un demi-siècle plus tard un autre Juif du même nom que lui, né à Sinope, et qui traduisit en grec l'Ancien Testament, avec un esprit absolument hostile aux idées chrétiennes. Le Pont comptait de nombreuses colonies israélites, et le nom d’Aquila, « aigle, » comme celui des plus nobles animaux, le lion, par exemple, était fréquemment adopté par ceux qui voulaient déguiser leur origine juive, et avoir ainsi plus de liberté dans leurs rapports commerciaux avec les païens. Priscille ou Prisque, comme on disait indistinctement Domitilla ou Domitia, selon qu’on voulait exprimer la tendresse familière ou le respect, pouvait bien être née à Rome même. En tout cas, qu'ils fussent du Pont ou rattachés à la tamille Pontia, ils habitaient la capitale de l'empire. C’est là que, comme juifs ou comme chrétiens, car la police impériale ne distinguait pas encore les uns des autres, ils furent atteints par l'édit d'expulsion que porta Claude vers l'an 50: (Judæos, impulsore Chresto, assidue tumultuantes, Roma expulit. » Suétone, Claud. 95. Quoi qu’en disent certains exégètes, l'occasion des troubles fut non pas un Chrestus quelconque, mais le Christ ou le Messie. Voir Le Camus, L'Œuvre des Apôtres, t. 1, p.904. Ceux qui commettaient une pareille méprise pouvaient bien confondre et juits et chrétiens sous une même dénomination.

Chassés de Rome, Aquila et Priscille se transportérent à Corinthe, et c'est là que Paul les trouva fort à propos, pour s'établir chez eux et entreprendre à son aise l'évangélisation de cette grande cité. Il avait appris à Tarse justement le métier qu'ils exerçaient eux-mêmes, et cela lui servit à vivre sans être à charge à personne. [15 fabriquaient des tentes. Cette industrie des tissus en poil de chèvre, si commune en Cilicie (voir Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, t. 11, p. 113, et L'Œuvre des Apôtres, t. 1, p. 199), était fort lucrative, et Aquila parait l'avoir pratiquée sur une vaste échelle, avec des ouvriers qui partageaient ses convictions chrétiennes, et que Paul appellera plus tard «la petite Église qui est dans sa maison ». Est-ce seulement par analogie de métier, ou parce qu'il les savait chrétiens, que Paul se retira chez eux? Peut-être pour les deux motifs à la fois. Plusieurs supposent que, quand l'Apôtre arriva à Corinthe, au moins Aquila n'était pas chrétien, et ils le concluent de ce qu'il est simplement appelé « un Juif », ᾿Ιουδαῖον, et non pas un disciple ; 1] est, en effet, classé parmi les Juifs expulsés, πάντας τοὺς Ἰουδαίους, sans autre distinction. Mais cet argument est loin d'être concluant, car il est évident que l'historien n’a qu'une intention en qualifiant Aquila de Juif, c'est d'indiquer sa nationalité et non sa religion. D'autre part, 1] serait fort surprenant que, s'il fut converti par Paul, ni

AOUEDUC—- AOUILA

saint Luc ni l'Apôtre n'aient dit un mot pour l’insinuer, C'est probablement à Rome, où nous supposons que Pierre alla prêcher vers l'an 4, voir L'Œuvre des Apôtres, t. 1, p. 310 et suiv., qu Aquila et Priscille avaient embrassé la foi chrétienne. Leur zèle pour l'Évangile et leur caractère militant, tels qu'ils nous sont connus d’après le livre des Actes et les Epîtres de saint Paul, portent à croire qu'ils se trouvèrent particulièrement en vue dans l'agitation qui se produisit à Rome, et tout naturellement ils furent des premiers expulsés.

Paul, arrivant d'Athènes à Corinthe, s'établit donc et travailla chez eux. Act., xviit, 1-3. Il y resta, prêchant Jésus-Christ aux Juifs tous les jours de sabbat, dans la synagogue, et aux Grecs quand il en avait l’occasion. C'est à la suite d’une violente sortie contre la criminelle obstination des Juifs, que, pour prouver sa résolution d'aller aux Gentils, en laissant à leur infidélité les fils d'Israël, il quitta la maison d’Aquila et logea chez Justus. Toutefois il ne brisait pas avec les deux époux qui l'avaient si cordialement accueilli, et dont la foi n'avait fait que grandir. Quand il partit pour Éphèse, Aquila et Priscille l'y suivirent. Act., XVII, 19. Là, après que Paul fut parti pour Jérusalem, 115 s’occupèrent de gagner à la cause de l'Évangile un "prédicateur très éloquent, mais imparfaitement initié à la doctrine de Jésus-Christ, Apollo. C'est à eux que revient le mérite d’avoir fait l'éducation chrétienne et peut-être même la conquête de cet émule de saint Paul, ce qui n'est pas sans quelque gloire. Act., XVII, 26.

A partir de ce moment, le livre des Actes ne parle plus d'Aquila et de Priscille; mais dans ses Épiîtres saint Paul leur adresse, toutes les fois qu'il le peut, un amical souvenir et de sincères éloges. Ainsi quand il écrit à l'Église de Rome : « Saluez Prisque et Aquila, dit-il, qui ont travaillé avec moi pour le Christ Jésus; ils ont exposé leur tête pour me sauver la vie; et je ne suis pas seul à leur en rendre grâces, toutes les Églises des Gentils partagent ma reconnaissance ; saluez aussi l'Église qui est dans leur maison. » Rom., XVI, 3-95, Quand il écrit sa seconde lettre à Timothée, 1V, 19, qui se trouvait sans doute alors à EÉphèse : « Saluez, ajoute-t-il, Prisque et Aquila. »

Dans sa première lettre aux Corinthiens, l'Apôtre, qui était alors à Éphése, ne manque pas de leur envoyer le plus cordial souvenir d'Aquila et de Priscille, chez qui il demeure, absolument comme à Corinthe, et de la part de l'Église qui est dans leur maison. E Cor., ΧΥΙ, 19. D'où l’on peut conclure que, soit par esprit de prosélytisme, soit dans l'intérêt de leur commerce, Aquila et Priscille se transport: aient tour à tour dans les grands centres, Corinthe, Éphèse, Rome, amenant avec eux leurs ouvriers chrétiens, ou réussissant, avec leur zèle intelligent, à grouper autour d'eux, partout où ils s'installaient, assez de fidèles pour que Paul puisse appeler leur entourage de Rome ou d'Éphèse une petite Église.

On sait que, pendant bien longtemps, on a désigné comme la maison d'Aquila et de Priscille la pauvre petite église qui, sur le mont Aventin, porte le nom de Sainte- Prisque. La tradition actuelle ἃ malencontreusement modifié l'ancienne, en supposant que l'antique oratoire ἃ été élevé en l'honneur d'une vierge martyre postérieure aux temps apostoliques. Une inscription sur plaque de bronze, découverte il y ἃ quelque temps, dit que l’église avait été bâtie sur la maison d’un certain Marius Pudens Cornelianus. Ce nom de Pudens rappelle celui du patricien fils de Priscille, contemporain des apôtres. Dès lors on peut se demander si les deux époux juifs dont il s’agit dans cet article ne furent pas des affranchis de la maison de Priscille, mère de Pudens, ayant occupé une de ses maisons sur l'Aventin, maison devenu plus tard une église et à laquelle se seraient rattachés leur souvenir d'abord et puis celui d'une jeune fille morte pour l'Évangile et portant aussi le nom de Priscille. M. de Rossi, avec son admirable sagacité, ἃ cherché à compléter les

éléments de cette hypothèse. Les Acilii Glabriones, ensevelis au cimetière de Sainte-Priscille, se rattachaient certainement à une famille où le nom de Priscille était très commun. Serait-il impossible que le nom d’Aquila fat un dérivé d'Aquilius ou Acilius, dans lequel le € avait sa prononciation dure comme il la garda longtemps dans la langue latine ? Ainsi on se rendrait compte des deux noms romains que nos deux Juifs portaient, bien que, au moins le mari, fût originaire du Pont.

Le martyrologe romain honore, le 8 juillet, le souvenir d’Aquila comme évêque d'Héraclée. Mais on ne sait sur quels fondements repose cette indication. Ce qui est sür, c'est que Priscille et Aquila furent deux vaillants ouvriers de l'Évangile, et que leur mémoire demeurera éternellement bénie parmi les chrétiens. E. LE Camus.

2. AQUILA, traducteur grec de la Bible hébraïque, au ne siècle de l'ère chrétienne. La tradition talmudique fournit quelques renseignements historiques sur le traducteur Aquila, à savoir : qu'il était un Grec converti au judaïsme, un prosélyte, originaire de la province du Pont, contemporain et parent de l'empereur Hadrien (117-138) ; qu'il traduisit la Bible hébraïque en grec sous la direction de R. Akiba, ou, suivant une autre tradition, sous la direction de R. Éliézer et de R. Josué. Onkélos, à qui l'on attribue une paraphrase ou targum du Pentateuque, « Onkélos le prosélyte, » serait le même nom qu'Aquila. Voir Anger, De Onkelo, part. 1: De Akila, Leipzig, 1845.

La tradition chrétienne est plus précise. Saint Irénée (+ 203) est le premier Père qui mentionne explicitement la version grecque d’Aquila (avant 177). Ayant à interpréter l'Æcce virgo concipiet d'Isaïie, vir, 14, il repousse l'interprétation qui veut traduire ‘almäh par adolescentula (νεᾶνις), « jeune fille, » et il ajoute : « C’est l'interprétation donnée par Théodotion d'Éphèse et par Aquila du Pont, tous deux Juifs prosélytes, qu'ont suivie les Ébionites. » Contra hæreses, 11, 21, t. vu, col. 946. Saint Épiphane (+ 403), dans son traité De mensuris et ponderibus, €. XIV, t. XL, col. 261, rapporte que l'empereur Hadrien, voulant restaurer la ville de Jérusalem, demeurée en ruines depuis le siège de Tilus, avait confié le soin de cette restauration à Aquila, «le traducteur grec de l'Écriture et son propre beau-frère, lequef était de Sinope, ville du Pont. » Saint Épiphane poursuit en racontant que, frappé des miracles qu'opéraient les membres de l'Église chrétienne du lieu, Aquila aurait demandé etreçu le baptême ; mais que, mal converti à la foi nouvelle, il aurait été chassé de l'Église; alors, de dépit, il avait passé au judaïsme, s'était fait circoncire, et, ayant appris l'hébreu, avait composé une nouvelle version grecque de la Bible, « dans le but de contredire les Septante et de supprimer des saintes lettres les témoignages favorables au Christ, » Mais ce récit, recueilli par saint Épiphane, et auquel rien ne fait écho ni dans la tradition talmudique ni dans la tradition chrétienne, manque d'autorité. Saint Jérôme dit simplement, comme le Talmud de Jérusalem, qu'Aquila était un disciple de R. Akiba. In Isai., 49, t. XXIV, col. 466. En résumé, on peut tenir pour probable qu'Aquila était un prosélyte, originaire du Pont, formé dans quelque école de rabbins de Palestine, dans la première moitié du ue siècle.

La pensée d'Aquila, en entreprenant une traduction nouvelle de la Bible pour la substituer à celle des Septante, avait été de donner une version strictement littérale. Origène la caractérisait ainsi : « Aquila s’attacha servilement à la leçon hébraïque; ce qui fait croire aux Juifs qu'il a traduit l'Écriture plus soigneusement, et que mieux que ious les autres il en ἃ saisi le sens; de là l'usage que font de sa version les gens qui savent mal l'hébreu. » Origène, De Susanna, e. 2, t. ΧΙ, col. 52. Saint Jérôme, qui estimait Aquila comme un interprète soigneux et ingénieux, diligens et curiosus interpres, dit-il dans son commentaire d'Osée, 11, 17, t. Xxv, col. 839, saint Jérôme

Page 1