‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 40 sur 454 · E. PALIS · texte numérisé non relu

E. PALIS

ABISUÉ, hébreu : ’Abisü'a, « mon père sauve » ou «est le salut ».

4. ABISUÉ (Septante : ’A6:ooovt), fils de Balé, le fils aîné de Benjamin. 1 Par., VIT, 6.

2. ABISUÉ (Septante : ᾿Αδισού, ’Afioovt), fils de Phinées, le grand prêtre; il succéda à son père et fut le quatrième grand pontife des Hébreux. 1 Par., v1, 4, 5, 50. ἢ est mentionné parmi les ancètres d'Esdras. 1 Esdr., ΜΠ, 5.

ABISUR (hébreu: ’Abi$ur, « mon père est un rempart, une défense; » Septante : ᾿Αδισούρ), second fils de Séméi, de la tribu de Juda: il épousa Abigail (hébreu : ’Abihäyil). 1 Par., 11, 28, 29. Voir ABIGAÏL ὃ,

01 ABITAL — ABNER 62

ABITAL (hébreu : ’Abitäl, « mon père est la rosée; » Septante : ᾿Αὐιτάλ). sixième femme de David et mère de Saphatias, cinquième fils du roi-prophète. II Reg., 1, #; MPar ur, 9:

ABITOB (hébreu: ’Abitüb, «mon père est bon ; » Septante : ᾿Αδιτώλ), Benjamite, fils de Saharaïm et de Husim, l'une de ses femmes. 1 Par., vit, 8, 11. (La Vulgate porte, au verset 11, Mehusim; mais, dans l'hébreu, méhusim signifie de Husim.)

ABAU (hébreu : ’Abihü’, «mon père est Jéhovah ; » Septante : ᾿Αδιούδ), fils d'Aaron et d'Élisabeth, Exod., νι, 29, frère de Nadab, d'Eléazar et d'Ithamar. Il fut admis, sur l'ordre de Dieu, à l'honneur de monter sur le Sinaï avec Moïse, Aaron son père, Nadahb son frère, et les soixantedix notables ou anciens. Exod., xxIV, 1, 9. 1] participa avec ses frères aux cérémonies de l'institution du sacerdoce lévitique, et avec eux il assista Aaron dans l'oblation des premiers sacrifices, Lev., VII, IX: toutes choses qui eussent fait de cette fête un jour de joie parfaite, si la fin n'avait été attristée par la mort violente de deux de ces prêtres, Abiu lui-même et son frère Nadab. Par quelle faute encoururent-ils la colère de Dieu? Après de longues et savantes discussions sur ce sujet, la lumière n’est pas encore faite. Le texte dit seulement qu'Abiu, avec son frère, offrit au Seigneur, dans la cassolette à encens, un feu étranger et prohibé. Lev., x, 1. L'archéologie biblique ne nous fournit aucune donnée pour préciser avec certitude cette expression vague. Suffirait-il, pour l'expliquer, de dire que l'encens jeté sur les charbons ardents avait été pré-

paré d’une manière différente de celle que Dieu avait pres-

crite? Exod., xxx, 34-38. Selon cette interprétation, les mots «feu étranger » ne devraient pas s'entendre dans le sens propre. Le feu désignerait un sacrifice, et l'épithète étranger signifierait que ce sacrifice aurait été offert d’une manière irrégulière. Keil, Commentar über die Bücher Moses, in .1. D'autres cherchent la faute dans l'heure à laquelle cet encens était offert, Dieu ayant déterminé pour l'oblation des parfums deux moments de la journée, le matin et le soir. Exod., xxx, 7-8. Knobel, in A. L. Malheureusement cette supposition ne repose sur aucun fondement. 11 faut en dire autant de celle qui voit le délit dans l'état d'impureté ou d'ivresse où se seraient alors trouvés Abiu et Nadab. D'après l'interprétation la plus généralement adoptée et la plus vraisemblable, Abiu et son frère, voulant sans doute rendre gräces à Dieu de leur élévation au sacerdoce, au lieu de prendre du feu sur l'autel des holocaustes, avaient été le chercher dans un foyer profane. A cette explication, qui est celle de tous les anciens commentateurs et de la plupart des modernes, on objecte que l'ordre de se servir d'un feu pris à l'autel des holocaustes n'avait pas encore été formulé, et que, même lorsqu'il le fut, il ne concerna que le sacrifice des parfums, offert dans le grand jour de l’expiation annuelle, où le grand prêtre entrait dans le Saint des saints. Lev., xvi, 12. Cette difficulté est facilement soluble, si l'on remarque que tous les sacrifices de même nature s'offraient d'après les mêmes rites, et que sans doute la mention spéciale exprimée à l'occasion de la grande expiation n'est que l'application d'une loi générale faite à un cas particulier.

Quoi qu'il en soit, Abiu reçut, ainsi que son frère, le chätiment de sa transgression. Un feu sortit « du Seigneur », c'est-à-dire probablement du Saint des saints, et foudroya les coupables, sans consumer ni leurs corps, ai même leurs vêtements; ils tombérent à l'endroit même où ils offraient l'encens étranger, sans doute à l'entrée du tabernacle. Lev., x, 2. En présence de cette mort foudroyante, Aaron se tut, révérant dans sa douleur l'inexorable justice de Jéhovah, tandis que Moïse, sur l'ordre de Dieu, expliquait ce terrible châtiment, et justifiait la colère du Dieu trois fois saint. Misaël et Élisaphan, parents

d'Abiu et de Nadab, prirent les cadavres dans l’état où la mort les avait frappés, encore vêtus de leurs tuniques de lin, et les jetèrent hors du lieu saint. Il fut permis aux Israélites de pleurer sur eux et de leur faire des funérailles. Pour les prêtres, que leurs fonctions attachaient plus étroitement à la cause de Dieu, il leur fut interdit et de porter le deuil et d'assister à la sépulture des victimes, ce qui aurait paru une sorte de désapprobation de la conduite de Dieu. Abiu et son frère ont été souvent présentés, par les auteurs spirituels, comme des exemples capables d’inspirer aux prêtres de la loi nouvelle un grand respect de leurs fonctions et une crainte salutaire dans l'exercice du culte divin. P. RENARD.

ABIUD, hébreu : ’Abihüd, « mon pére est honneur ou gloire; » Septante : ᾿Αδιούδ.

4. ABIUD, fils de Balé et petit-fils de Benjamin. IMPar,, VIT, 9.

2. ABIUD (Nouveau Testament : ‘A&ouô), fils de Zorobabel, dans la généalogie de Notre-Seigneur par saint Matthieu, 1, 13.

ABLUTION. Voir PURIFICATION.

ABNER, hébreu : ’Abnér et ’Abinér, « mon père est la lumière, ou pére de la lumière; » on lit Abinér 1 Sam. (EL Reg.), χιν, 50, dans le texte original; partout ailleurs ’Abnér; Septante : ᾿Αθεννήρ.

1. ABNER, fils de Ner, de la tribu de Benjamin, général en chef de l'armée de Saül. Il est le premier à qui ce ütre ait été donné dans la monarchie juive, parce qu'il n°y eut pas d'armée proprement dite chez les Israélites avant δα]. Voir ARMÉE. Ce prince, qui fut un rot soldat, organisa une armée régulière permanente de trois mille hommes, I Reg., ΧΠῚ, 2; elle servit de noyau au reste de ses troupes, et lui permit d'entreprendre désormais des guerres oflensives. Il en confia le commandement à son cousin Abner, le plus brave parmi les guerriers qu'il s'était choisis pour lutter avec succès contre les Philistins. 1 Reg., χιν, 50, 52; XVII, 9; XXVI, 15. Cependant il resta lui-même le véritable chef de son armée dans toutes les guerres qu'il soutint ou entreprit; nous ne voyons jamais Abner conduire une expédition en l'absence du roi, comme plus tard Joab le fit plusieurs fois sous David.

Le rôle du général fut donc assez effacé tant que vécut Saül; l'historien sacré ne raconte de lui, pendant cette période, aucun fait important. Il nous apprend seulement qu'il était, en sa qualité de général en chef, le commensal de Saül avec Jonathas et David, et il nous le montre à côté du roi dans deux circonstances : d'abord le jour du combat de David contre Goliath, dans la vallée du Térébinthe, I Reg., xvir, 55-57; ensuite lorsque, au désert de Ziph, il s'endormit aussi profondément que les autres, et ne s'aperçut pas que David, accompagné d'Abisaïi, enlevait à Saül sa coupe, avec la lance qu'il avait plantée en terre tout près de sa tête. 1 Reg., ΧΧΥῚ.

Aprés la mort de Saül et de son fils Jonathas à la bataille de Gelboé, 1 Reg., xxx1, 6, Abner exerça eflectivement ses fonctions de général et devint le véritable chef, non seulement de l'armée, mais encore de l'Etat. Tandis que David recevait pour la seconde fois l'onction sainte à Hébron et y était proclamé roi par la tribu de Juda, Abner emmenait Isboseth, quatrième fils de Saül, à Mahanaïm, IL Reg., 1,8, selon l'hébreu, ville située au delà du Jourdain, non loin du gué du Jaboc. Voir MAHANAÏM. Là, à l'abri des attaques des Philistins, il fit reconnaitre la royauté de ce prince d'abord dans tout le pays à l'est du Jourdain, et ensuite, successivement, dans les diverses contrées à l’ouest du fleuve, sauf le terriloire de la tribu de Juda,

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Benjamite comme Saül et son proche parent, puisqu'ils étaient fils de deux frères, Abner fut-il inspiré en cette circonstance par l'esprit de famille et de tribu? Céda-t-1l à l'ambition ? Ou bien pensa-t-il simplement servir la cause de la justice et défendre les droits d'Isboseth? C'est ce qu'on ne saurait décider avec certitude. Il semble qu'il pouvait de bonne foi proclamer roi Isboseth, quoique le droit de David à la couronne füt établi par le fait de l'onction royale, que Samuel lui avait conférée sur l'ordre de Dieu même, 1 Reg., xvi, 1-13; car cette consécration était restée secrète. On n'avait pu faire, touchant la future royauté de David, que des conjectures fondées sur sa vertu, sa bravoure, sa popularité toujours croissante. Une prophétie de Samuel annonçant à Saül, avant même le choix divin de David, que Dieu lui ôterait la couronne pour la donner à un autre meilleur que lui, I Reg., xv, 28, devait corroborer ces conjectures. Elles étaient devenues pour Jonathas une certitude vers la fin du règne de son père, et cependant il ne connaissait pas l'onction royale de David, ou du moins il ne lui en parla pas. 1 Reg., xx1V, 21. Abner pouvait donc l'ignorer lui-même au moment de la mort de Saül, bien qu'il paraisse l'avoir connue plus tard, Il Reg., 1, 9-10, 18, et voir par conséquent dans Isboseth le légitime successeur de son père. La détermination qu’il prit d'établir la royauté de ce prince, et l'habileté qu'il déploya pour l'affermir et l'étendre, retardérent de sept ans et demi l'union de tous les Israélites sous le sceptre de David. 11] Reg., 11, 11.

Cette durée du schisme ainsi précisée est assez difficile à concilier avec ce qui est dit, 11 Reg., 11, 10, qu'Isboseth régna deux ans sur Israël; les commentateurs donnent de ce passage diverses explications, qui laissent toutes la question indécise. Voir ISBOSETH. Ils ne trouvent pas moins de difficulté pour suppléer à la sobriété du récit biblique relatif aux événements de cette période, surtout en ce qui regarde David, qui parait s'être renfermé vis-à-vis du royaume du nord dans une politique d’expectative et de paix armée. Abner l'en fit sortir en quittant Mahanaim et en franchissant le Jourdain, sans doute dans le dessein d'étendre plus avant vers le sud la puissance d'Isboseth. IL Reg., 1, 12. Joab, général de David, accourut d'Hébron et vint à sa rencontre. Les deux armées se trouvèrent en présence à Gabaon, l'EI-Djib moderne, à deux lieues au nord-ouest de Jérusalem, près d’une vaste piscine, Jer., XLI, 12, représentée vraisemblablement de nos jours par la source d’Aïn el-Djib. Elles étaient campées en face l’une de l’autré, des deux côtés de la piscine, lorsque Abner proposa un combat singulier entre quelques hommes des deux camps; Joab accepta. Plusieurs, s'appuyant sur le verbe « jouer », dont se sert Abner, IT Reg., 11, 14, ont pensé qu'il n'avait en vue qu'une sorte de divertissement militaire, pour montrer la bravoure de ses soldats; sa proposition mériterait certainement, dans ce cas, le bläme que lui infligent beaucoup de commentateurs, quoiqu'il ne faille pas juger trop sévèrement d'après nos idées et nos mœurs les faits de ces temps anciens, et les actes d'hommes qui faisaient métier de se battre. Cependant on croit plus communément, d’après l'ensemble du récit, qu'Abner proposa de substituer un combat de quelques champions à une bataille générale, soit qu'il voulut épargner le sang de ses soldats, soit que, comme certains interprètes l'ont conjecturé, voyant l'infériorité de ses troupes, il δὰ! dessein de sauver ainsi son honneur, en ne se retirant pas sans avoir au moins donné cette preuve de courage.

Si telles furent ses intentions, l'événement ne répondit pas à son attente. Douze hommes de Benjamin et douze de ceux de David s’avancérent. Usant tous de la méme tactique, chaque combattant saisit d'une main son adversaire à la tête, et de l’autre lui enfonça son épée dans les flancs ; ils s’entretuèrent tous en un instant. Le texte hébreu permettrait bien à la rigueur de soutenir que les douze Benjamites furent seuls tués; mais ce sens n’a élé

adopté que par de rares interprètes, et l'on admet généralement que les choses se passèrent comme le dit la Vuigate. Les soldats des deux armées se précipitèrent aussitôt en avant, et la mêlée devint générale. Après un rude combat, les soldats d'Abner cédèrent; lui-même fut entrainé dans la déroute. L’agile Asaël, le plus jeune des frères de Joab, s’élança à sa poursuite. Abner, se sentant serré de près, se retourna par deux fois, et engagea le jeune guerrier à le laisser pour en attaquer d’autres, et à ne pas le contraindre de le tuer. Il montra assurément de la modération en cette circonstance, et l’on ἃ avec juste raison loué sa générosité. Mais il avait encore un autre motif de ne point tuer Asaël, c’est celui qu'il lui déclare lui-même. IT Reg., 11, 22. 1] savait que Joab, dont il connaissait le caractère vindicatif, ne manquerait pas de se constituer «le vengeur du sang » de son frère, Gen., χχχιν, 30; Num., xxxv, 19; ΠῚ Reg., x1v,7, 11, selon une coutume en vigueur en Orient, et qui existait même en Grèce, tempérée par la composition ou rachat, comme l'attestent les plaidoyers de Démosthène contre Panténète, 58-59, et contre Théocrine, 28. Voir, dans l’/liade, la description du bouclier d'Achille, ΧΥΠΙ, 497 et suiv., et le discours d’Ajax, 1x, 629 et suiv. C'est pourquoi, aujourd’hui encore, les Arabes évitent tant qu'ils peuvent de tuer personne dans leurs razzias, de peur de s’attirer d'inévitables représailles. C'est cette crainte surtout qui retenait Abner, et la suite du récit fait voir combien elle était fondée. Il Reg., πὶ, 27. Cependant le jeune homme avançant toujours, il lui enfonça dans le ventre la hampe de sa lance, et, l'ayant étendu mort à ses pieds, il reprit sa course.

Il put enfin, au coucher du soleil, rallier les siens sut un monticule, et faire volte-face à l'ennemi. Élevant alors la voix, il reprocha à Joab cette poursuite sans merci de ceux qui étaient ses frères par la religion et par le sang, et lui représenta qu'il n’était pas prudent de pousser à bout un ennemi et de le réduire au désespoir. « Vive le Seigneur! lui répondit Joab; si tu avais parlé ce matin, le peuple aurait cessé de poursuivre son frère. » II Reg., 11, 27. D'après l'hébreu, la réponse de Joab aurait été : «Si tu n'avais pas parlé ce matin, » etc., c’est-à-dire si tu ne nous avais pas provoqués. Joab semble dire que les deux armées se seraient retirées sans combattre, ce qui s’accorderait assez avec la modération de David dans sa lutte contre Isboseth. Joab sonna donc de la trompette et arrêta la poursuite. Il n'avait perdu que dix-neuf hommes, non compris Asaël, tandis que l’on compta trois cent soixante morts du côté d'Abner.

Le récit de ce combat est suivi de ces simples paroles : € Il y eut donc entre la maison de David et celle de Saül une longue lutte, au cours de laquelle David progressait et se fortifiait sans cesse, tandis que la maison de Saül allait s’affaiblissant de jour en jour. » 11 Reg., 111, 1. Cette décadence de la maison de Saül se fit sans doute par des moyens politiques plus que par les armes, car la Bible ne mentionne aucune bataille depuis celle de Gabaon. Abner dut se détacher peu à peu d'une cause qui perdait tous les jours du terrain, jusqu'à ce qu’enfin Isboseth lui-même lui fournit l'occasion de s’en séparer tout à fait et de l'abandonner. 11 lui reprocha d’avoir épousé (c’est d'une union légitime que les commentateurs croient généralement qu'il s’agit) une femme de second rang de Saül, Respha, qui avait survécu à ce prince. Voir RESPHA. D'après les idées de l'Orient, c'était faire acte de prétendant, le roi seul ayant le droit d'épouser les femmes du roi défunt. Grotius, in h.L.; cf. I Reg., xvi, 21; IT Reg., 11, 22, et les faits rapportés par Hérodote, 111, 68, et Manéthon, dans Josèphe, Cont. Apion., 1, xv. Voir ABSALOM et ADONIAS. On ne dit pas qu'Abner ait nié le fait, mais il regarda ce reproche comme un outrage qu’un homme de son rang ne devait pas souffrir; il rappela à Isboseth, en termes durs et humiliants, qu'il lui était redevable de la couronne et de la liberté même, et lui jura qu'il allait le punir de son ingratitude en travaillant à ruiner sa cause et à faire

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