‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 422 sur 454 · TT ἽΠΙ ΠΕ ΠῚ RE · texte numérisé non relu

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212, -- Barque sacrée avec tous ses ornements, XX° dynastie, Thèbes, Abd-el-Queria. D'après Lepsius, Denkimäler, Abth. 111, pl 235.

n'avaient d’autres notions artistiques que celles du peuple au milieu duquel ils avaient vécu si longtemps, et ils ne connaissaient d’autres procédés d'exécution que ceux dont eux-mêmes avaient pratiqué l’usage dans les ateliers égyptiens. L’arche pouvait être à côtés perpendiculaires (fig.243), comme le coffre de la figure 241, ou à côtés légèrement obliques (fig. 244), comme dans le meuble qui soutient la bari de la figure 242. Elle était presque certainement surmontée de la gorge si nettement accusée qui sert de corniche à la plupart des œuvres égyptiennes, meubles ou édifices. Le texte sacré parle d’une sorte de guirlande ou de bordure décorative en or entourant l'arche. Cette décoration devait être soit la corniche elle-même, ornée de motifs en relief, comme dans la figure 244, soit une frise placée au-dessous, comme dans la figure 243. Les monuments

— Essai de reconstitution de l’arche,

égyptiens sont riches en décorations de ce genre. Les Hébreux ont dù naturellement en choisir qui fussent dépourvues de caractère idolätrique, et empruntées soit au règne végétal, soit à ces combinaisons de lignes géométriques, dont les artistes égyptiens tiraient des ΝῊ si gracieux et si variés. Les bâtons et les anneaux qui les soutiennent ont leur place indiquée au-dessous de la corniche ou de la frise, comme dans la figure 245, où sont représentés deux prêtres portant une arche sacrée.

I n'y ἃ pas à hésiter quant à la forme qu’il convient de supposer aux Chérubins de l'arche d'alliance. Les orfèvres hébreux avaient eu sous les yeux en Égypte des représentations analogues ; il est probable que, tout en y attachant une signification différente, ils en ont reproduit le type et l'attitude, à en juger par ce que dit l'Exode, xxv, 18-20; xxxvir, 7-9. Dans l’une de nos reconstitutions (fig. 243), les Chérubins sont debout; dans l’autre (fig. 244), ils sont agenouillés. Ces deux attitudes différentes se trouvent aux deux étages du naos de la figure 241. La description fournie par le texte sacré est trop vague pour qu'on puisse décider laquelle de ces deux hypothèses répond le mieux à l'antique réalité. On peut cependant alléguer, pour préférer l'attitude droite, que c'est ainsi que Salomon fit représenter les Chérubins du Saint des saints, II Par., 111, 13. 1] est certain en iout cas que, dans une reconstitution de ce genre, la logique réclame qu on fasse dériver l’œuvre hébraïque de l’art égyptien. Pour qu'il en füt autrement, il faudrait recourir à une

ARCHE D’ALLIANCE

intervention directe de Dieu, et ici il n’y ἃ pas de raison suffisante pour la supposer.

III. Destination de l'arche. — L’arche était faite tout d’abord pour contenir le « témoignage », c'est-à-dire les tables de la loi. Exod., xL, 18; Deut., x, 5. Moïse reçut ensuite l’ordre de mettre dans le tabernacle, près de l'arche, une urne d'or renfermant de la manne, Exod., XVI, 3%, et la verge d’Aaron qui avait fleuri. Num.,

NE

Autre essai de reconstitution de l'arche.

xvI1, 40. On comprend que, surtout pendant les longues pérégrinations du désert, il fut bien plus commode et bien plus sûr de garder ces deux objets dans l'arche même. Saint Paul, Heb., vit, #, dont la parole est ici confirmée par la tradition juive, dit qu’en effet ils y furent placés. Dom Calmet eroit qu'on y renferma de même le livre où

— Prêtres égyptiens portant un coffre sacré, D'après la Description de l'Égypte.

Moise avait écrit la loi. Deut., xxx1, 26. Moïse prescrivit que ce livre füt mis «sur le côté de l'arche » ; mais aucun texte ne permet de savoir s'il fut introduit à l'intérieur, comine la mesure de manne et la verge d'Aaron. Quand le temple fut bâti, on ne laissa plus dans l'arche que les tables de la loi. IT Reg., vir, 9.

L'arche était surtout destinée à supporter l'oracle, c’esta-dire l’espace délimité par la table du propitiatoire et les ailes des Chérubins. Le Seigneur avait dit à Moïse : « De

là j'ordonnerai, et je te dirai sur le propitiatoire, du

| milieu des deux Chérubins qui sont sur l'arche du témoi-

ARCHE D’ALLIANCE

gnage, tout ce que je commanderai par toi aux enfants !

d'Israël. » Exod., xxv, 22; xxx, 36. Pour parler à Moïse, le Seigneur manifestait sa présence par l'apparition d'une nuée. Lev., xvI, 2; Num., xvI1, 4. En même temps que Moïse voyait la nuée, « il entendait la voix de celui qui lui parlait du propitiatoire, qui est au-dessus de l'arche du témoignage, entre les deux Chérubins.» Num., vit, 89. Le Seigneur parla de même à Josué, Jos., vir, 6-10, et ensuite aux grands prêtres, du moins dans certaines circonstances plus graves. Dans tout l'Ancien Testament, il est parlé du Seigneur comme de celui qui est assis entre les Chérubins. 1 Reg., 1v, 4; I Reg., vi, 2; IV Reg., XIX, Ab: Β8. LXXIX, Ὁ; ΧΟΥΠΙ, 1... 15. xxx VII, 10; Dan, 11, 59. « Dieu est au-dessus de tout et incompréhensible à toute créature, dit saint Thomas; c’est pourquoi, au lieu de représenter par un simulacre sa nature invisible, on se contentait de figurer son trône. La créature intelhigible est, en effet, au-dessous de Dieu, comme le trône au-dessous de celui qui est assis. » 15 2, cI1, 1V ad 6. C'est cette présence divine, sous l'apparence de nuée au-dessus de l'arche, que les Juifs ont appelée plus tard Sekinäh, σγιήνωσις, c'est-à-dire « résidence », du verbe Säkan, employé continuellement dans l'Ecriture pour marquer que Dieu réside en quelque endroit.

IV. Histoire de l'arche. — L’arche fut construite par Béséléel, conformément aux prescriptions du Seigneur. Exod., xxxvi1, 1-9. Le premier mois de la seconde année après la sortie d'Égypte, la fabrication du tabernacle et de tous les objets nécessaires au culte fut achevée, et l’on en fit l'inauguration. Moïse mit les tables de la loi dans l'arche, passa les bâtons dans les anneaux, disposa le propitiatoire à sa place, introduisit l'arche dans le tabernacle, et suspendit en avant un voile qui devait la dérober aux regards. Exod., xxx, 6; xL, 1-3, 18, 19. Ce jour-là se montra pour la première fois au-dessus du tabernacle la nuée glorieuse qui révélait la présence du Seigneur, et qui, par sa disparition ou sa permanence, devait régler les départs et les séjours de l'immense émigration. Parmi les lévites, ceux de la famille de Caath furent chargés de garder l'arche, Num., 1, 31, et aucun membre des autres tribus, ni même des autres familles lévitiques, n'avait le droit de la porter, ni seulement de la toucher. Jos., 11, #; I Reg., vi, 6; 1 Par., xv, 2. Quand on levait le camp, les lévites détachaient le voile qui fermait l'entrée du Saint des saints et en enveloppaient l'arche. 115 mettaient par-dessus une couverture de peau teinte en bleu, et une troisième enveloppe couleur d'hyacinthe. Num., 1v, 5, 6. Toutes choses étaient remises en état, quand on s’arrètait pour un séjour prolongé. Dans les marches, l'arche était toujours portée en avant. Quand on l'élevait pour Je départ, ou qu'on la déposait à l’arrivée, on entonnait un chant solennel. Num., x, 33-96. Le cantique du départ a élé ‘par la suite magnifiquement développé dans le Psaume LXxvII.

L’arche était la garantie de l'assistance divine dans le voyage et dans les combats. On le comprit surtout quand, après le retour des explorateurs de Chanaan, le peuple révolté, puis chätié, voulut marcher contre les Amalécites et les Chananéens. Comme le Seigneur n'approuvait pas cette entreprise, l'arche ne sortit pas du camp, et en son absence les Hébreux furent défauts. Num., XIV, ἀπ. Pendant le séjour au désert, l'arche guida ainsi le peuple et présida à tous ses actes.

Sous Josué, c’est à son contact que les eaux du Jourdain se séparérent, et permirent à tout le peuple de traverser le fleuve. Jos., 1, 1-1v, 18. Elle fut ensuite portée pendant sept jours autour de Jéricho, jusqu'à lécroulement des murs de la ville. Jos., vi, 6-16. Enfin elle présida, entre le mont Hébal et le mont Garizim, à la scène grandiose des bénédictions et des malédictions. Jos., vur, 33. Dès l'établissement dans la Palestine, il avait fallu se préoccuper de trouver au tabernacle et à l'arche qu'il contenuit un lieu de résidence ordinaire. Le lieu choisi fut

Silo, dans la tribu d'Éphraïm, au centre du pays conquis. Jos., ΧΥΠΙ, 1. Là fut établie la « maison du Seigneur », Jud., ΧΥΠΙ, 31; xx, 18; I Reg., 1, 24, auprès de laquelle demeurait le grand prêtre. I Reg., ΠῚ, 3. Mais comme alors le tabernacle était fixé dans des conditions qui ne permettaient plus de le déplacer facilement comme au désert, l'arche était emportée seule en cas de guerre. C'est ainsi qu'on la trouve à Béthel pendant la lutte contre les Benjamites, Jud., xx, 18, 26, 27 (et non à Silo, comme saint Jérôme l'explique à tort au ÿ. 18). Sous le grand prêtre Héli, elle fut emmenée à la guerre contre les Philistins et prise par eux. Cette catastrophe inouie plongea tout Israël dans la plus amère désolation, I Reg., IV, 3-22; mais Dieu lui-même allait prendre soin de sa gloire. Aux yeux des Philistins, la capture de l'arche était la victoire remportée par leur dieu sur le Dieu des Israélites; aussi placèrent-ils le glorieux trophée dans le temple de Dagon, à Azot. Mais deux jours de suite ils trouvèrent leur idole d’abord renversée, puis mutilée devant l'arche. En même temps, une maladie honteuse frappa les habitants d’Azot, et de terribles fléaux fondirent sur leur région. Les Philistins promenèrent alors l'arche de ville en ville; mais partout où elle arrivait, la colère divine se déchaïinait, si bien que les gens d’Accaron refusèrent de lui ouvrir leurs portes. I Reg., v. Enfin, au bout de sept mois, sur le conseil de leurs prêtres et de leurs devins, les Philistins la placèrent sur un chariot neuf trainé par deux vaches, y joignirent des présents expiatoires, et laissèrent les animaux aller où ils voulurent. Ceux-ci se dirigèrent vers le pays des Israélites. Dès que les habitants de Bethsamès, dans la tribu de Juda, virent arriver l'arche, ils furent au comble de la joie. Les lévites la déposèrent sur une grande pierre, et l'on immola devant elle les deux animaux qui l'avaient conduite. Mais les Bethsamites jetèrent volontairement sur elle des regards indiscrets, soit qu'elle n’eût plus ses . voiles, soit qu'ils eussent eu la témérité de les soulever. Un certain nombre de Bethsamites payèrent de leur vie cette irrévérence. Les survivants envoyérent alors dire aux gens de Cariathiarim de venir chercher l'arche. I Reg., vi. Ceux-ci arrivèrent, et, instruits par l'expérience de leurs voisins, se comportèrent avec plus de respect. On ne voulut pas, sans une révélation spéciale, reconduire l'arche jusqu'à Silo, et on l’arrêta à Gabaa, colline voisine de Cariathiarim, 1 Par., ΧΠῚ, 6; on la plaça dans la maison du lévite Abinadab, et on consacra son fils Éléazar pour la garder. Elle resta là pendant vingt ans, I Reg., vi, 1, 2, et Saül vint l'y prendre pour l'emmener avec lui dans la guerre contre les Philistins. 1 Reg., x1v, 18.

Après avoir battu à son tour ces irréconciliables ennemis, David voulut retirer l'arche de sa demeure provisoire, afin de la placer à Sion, le siège de sa puissance. Pendant près de trois siècles, elle avait été à Silo, sous la garde de la tribu d'Éphraim, alors prépondérante. Avec David, la suprématie politique passait à la tribu de Juda, à qui la prophétie de Jacob promettait de si glorieuses destinées. Il importait que le centre religieux ne fat pas distinct du centre politique. Les veaux d'or érigés à Béthel et à Dan ne montrent que trop ce qu'on eüt fait à Silo, si l'arche y eùt résidé encore au temps de Jéroboam. David se rendit à Gabaa avec les hommes de Juda, et fit placer l'arche sur un chariot neuf, que dirigeaient Oza et Ahio, fils d'Abinadab; le roi et ses hommes jouaient des instruments dans le cortège. Α un moment, un faux pas des bœufs fit vaciller l'arche, et Oza étendit la main pour la soutenir. Il fut aussitôt frappé de mort, sans doute parce que, bien que lévite, il s'était arrogé un droit qui n'appartenait qu'aux descendants de Caath. Num., ΠΙ, 31. Cet accident effraya David, qui laissa l'arche dans la maison d'Obédédom le Géthéen, probablement dans le voisinage de Jérusalem. Elle y devint une source de bénédictions pour toute la maison où elle résidait. Au bout de trois mois, le roi vint la reprendre, et en fit la translation

solennelle dans le nouveau tabernacle qu'il avait élevé à. Sion. II Reg., vi, 1-17; I Par., x, 3-14; XV-xvI, 1. À l’occasion de cette fête furent composés les Psaumes ΧΧΤΠ et civ; le Psaume ΟΧΧΧΙ, de date plus récente, rappelle les principaux détails de cette translation.

Toutefois l'arche n'avait encore à Sion qu’un abri précaire; David et ses officiers y songeaient avec peine, IL Reg., vi, 2; x1, 11, et le saint roi préparait tout pour que son fils put élever un temple digne d'elle. Dans son respect pour l'arche, il ne voulut pas qu'on l'éloignât de Jérusalem, quand lui-même eut à fuir devant Absalom révolté, et il ordonna au grand prêtre Sadoc et aux lévites qui la lui apportaient de retourner avec elle à Sion. IT Reg., xv, 24-99. Salomon alla offrir des holocaustes devant l'arche, à la suite du songe où il avait demandé à Dieu la sagesse, IIT Reg., 11, 15, et il eut l'honneur de l'installer dans son sanctuaire définitif, après la dédicace solennelle du temple. UT Reg., vu, 1-21; IT Par., v, 7-9. La sortie de l'arche n'est plus mentionnée sous les successeurs de Salomon. Il est à croire pourtant que des rois impies, comme Manassé et Amon, la retirèrent du Saint des saints pour la reléguer ailleurs; car Josias dut ordonner aux lévites de la remettre à sa place, en leur défendant de la transporter désormais. II Par., χχχν, 3.

Aux approches de la captivité, Jérémie annonça que le rôle de l'arche était fini; désormais, surtout au temps du Messie, «on ne dira plus : l'arche de l’alliance du Seigneur. On n'y pensera plus, on ne s’en souviendra plus, on ne la visitera plus, et elle ne sera pas rétablie. » Jer., 11, 16. Le prophète eut lui-même mission de la faire disparaître avant [65 mauvais jours. Dans une lettre des Juifs de Jérusalem à ceux d'Égypte, le fait suivant est rapporté comme extrait d'un écrit de Jérémie : « Le prophète, sur un ordre reçu de Dieu, commanda qu'on apportât avec lui le tabernacle et l'arche, jusqu'à ce qu'il fut arrivé à la montagne sur laquelle Moïse était monté, et d’où il avait vu l'héritage de Dieu. Quand Jérémie y fut parvenu, il y trouva l'emplacement d'une caverne, y plaça la tente, l'arche et l'autel des parfums, et en boucha l'entrée. Or quelques-uns de ceux qui étaient avec lui s’approchèrent pour remarquer l'endroit, et ils ne purent le trouver. Jérémie s’en aperçut et les bläma en disant: Cet endroit restera ignoré jusqu'a ce que Dieu rassemble la famille de son peuple et lui fasse miséricorde. C’est alors que le Seigneur manifestera ces choses, que la majesté du Seigneur apparaîtra, et qu'il y aura une nuée comme celle qui se montrait à Moïse, et comme celle que vit Salomon quand il demanda que ce lieu fut consacré au Dieu souverain. » Cette lettre, consignée au second livre des Machabées, 1, 4-8, ne participe pas, d'après certains exégètes, à l'inspiration du livre, parce qu'elle y est simplement rapportée; mais elle représente assurément une tradition sérieuse, antérieure de plus d'un siècle à l'ère chrétienne, et bien plus digne de foi que le récit du IVe livre apocryphe d'Esdras, x, 22, qui fait prendre l'arche par les Chaldéens, ou que celui des Talmudistes, d’après lesquels Josias aurait caché l'arche dans un réduit très secret, ménagé par Salomon, en prévision de la prise et de l'incendie du temple. Les rabbins pensent que l'arche sera retrouvée à la venue du Messie.

Ce qui est certain, c'est que l'arche n'était pas dans le second temple. Il n’en est jamais fait mention, dans les occasions mêmes où son souvenir s’imposait, par exemple dans les récits de la consécration du temple ou de la restauration du culte. Il est vrai qu'au second livre des Paralipomènes, v, 9, le chroniqueur, qui est probablement Esdras, dit de l'arche : « Elle fut là jusqu'au jour présent. » Mais tout le monde reconnaît que l'auteur a puisé à-des sources diverses, et a inséré dans son œuvre des documents antérieurs. La remarque qui précède doit appartenir à un de ces documents, écrit avant la captivité et cité mot à mot, tel que le rédacteur des Paralipomènes l'a trouvé dans ses sources.

ARCHE D’ALLIANCE

V. Allégations rationalistes. — Nous les empruntons à deux auteurs qui font habituellement écho aux rationalistes allemands. ᾿

19 «Dès leur séjour dans le pays de Gosen (Gessen), les Israélites se firent sans doute une arche » semblable à celle des Égyptiens; Q ils l'emportèrent probablement avec eux quand ils quittèrent le pays. » Renan, Histoire du peuple d'Israël, τ. 1, p. 145. Le même auteur cite plus loin, p. 179, avec complaisance l'opinion de ceux qui prétendent qu'Aaron n’est autre chose que le nom de l'arche ’ärôn devenu nom d'homme, et que les beni-ahron sont tout simplement les porteurs de l'arche. — Cette dernière opinion n’a d'autre base que la similitude des mots ’àrôn et ’Ahärôn, et le besoin de dire le contraire de ce que raconte la Bible. Quant à l’arche même, les Israélites n’en furent en possession qu'un an après la sortie d'Égypte. Le critique n'a ici à opposer au récit positif de l'Exode qu'un « sans doute » et qu'un « probablement ».

2 « Nous n'avons aucun motit pour admettre qu’il n'y eut jamais qu'un coffret de cette espèce sur le territoire israélite ; la vraisemblance, tout au contraire, est que plusieurs sanctuaires possédaient des objets qualifiés arches de Dieu. » M. Vernes, Du prétendu polythéisme des Hébreux, t.1, p.108. — La même arche ἃ été transportée successivement dans plusieurs endroits, jamais il n'est question de l'existence simultanée de différentes arches. M. Renan le constate expressément : « L'arche israélite était une chose unique par essence; il ne vint jamais à la pensée de personne qu'on püt créer une seconde arche. » Histoire du peuple d'Israël, τ. 1, p. 294.

39 Q Dans l'arche divine du temple de Jérusalem, comme dans les autres, nous devons supposer la présence d'un objet sacré, probablement d'une pierre précieuse.. Il est malheureux que nous ne possédions aucune donnée authentique sur le coffret sacré de Jérusalem : nous ignorons la nature de son contenu. » M. Vernes, Du prétendu polythéisme des Hébreux, t. 1, p.109, 110. — Cette ignorance et cette supposition ne sont possibles que si, comme les rationalistes, on commence par ne tenir aucun compte des livres historiques. On ἃ vu plus haut ce que l'Exode et le troisième livre des Rois disent du contenu de l'arche.

4° L'arche n'aurait été qu'un objet d'idolitrie, analogue aux bari d'Égypte. La Bible dit bien qu'elle n'était que le siège du Dieu spirituel et invisible; « l'idée à elle seule est d’une incomparable beauté, d'une réalité spirituelle avec laquelle rien ne saurait rivaliser, » Mais « assurément l'arche de Dieu n'a jamais existé dans ces conditions, soit avant l'entrée en Palestine, soit dans la période qui court de 1100 à 600 environ avant notre ère ». — «Avant de rendre un culte à Yahvéh sous la forme d'un taureau, comme à Dan et à Béthel, d’un serpent, comme ἃ Jérusalem, etc., les Israélites, cela est conforme à toutes les analogies, ont dù l'adorer sans images, c’esta-dire dans les objets informes, dans les pierres, par exemple. » M. Vernes, Du prétendu polythéisme des Hébreux, t.1, p.149, et Revue de l'histoire des religions, janvier 1882, mai 1883. — Cette accusation d'idolâtrie est une des thèses favorites du rationalisme, quand il s'occupe du peuple hébreu. Jusqu'à la captivité, il est vrai, les Israélites ont manifesté des tendances à l’idolâtrie, et ils ont fréquemment succombé à la tentation. Mais les livres historiques démontrent clairement que jamais, de Moïse jusqu’à l'exil, l'idolätrie ne fut la religion officielle, universelle et incontestée des Israélites ; que jamais surtout le culte de Jéhovah ne fut un culte idolätrique. Les analogies n’ont pas de prise contre l'histoire positive, et l'on ne peut conclure logiquement de l'idolâtrie des Égyptiens à celle des Hébreux du désert, ni de quelques écarts idolâtriques à l'idolâtrie légale des Israélites. Tout, au contraire, dans l’histoire biblique montre l’action de Dieu pour faire de son peuple le dépositaire des grandes traditions spiritualistes et mono-

théistes, traditions dont l’origine naturelle n'est pas plus explicable après la captivité, quand le monde entier était polythéiste, qu’elle ne l’est au temps de Moïse. Dieu est intervenu à son heure: l’histoire en fait foi, et les raisonnements ne peuvent entamer son témoignage.

VI. Symbolhisme de l'arche. — Conformément au principe posé par saint Paul : « Toutes ces choses leur arrivaient en figure, » 1 Cor., x, 11, la tradition catholique a trouvé dans l'arche d'alliance le symbole des réalités merveilleuses de la loi de grace. L’arche représente donc :

do Le Fils de Dieu incarné. « L'arche représentait au vieux peuple le Fils de Dieu fait homme, qui est le prince du peuple nouveau. » Bossuet, Sermon pour l’Ascension, 1656, exorde. Voici comment s'explique le symbole : « Le Christ lui-même était signifié par l'arche; car de même que l'arche était construite en bois de séthim, ainsi le corps du Christ se composait de membres très purs. Elle était revêtue d'or, parce que le Christ fut rempli de sagesse et de charité, dont l'or est le symbole. Dans l'arche était une urne d’or : c'était la sainte âme contenant la manne, c’est-à-dire la sainteté et la divinité dans toute leur plénitude. Il s'y trouvait aussi la verge, figure de la puissance sacerdotale du Christ fait prêtre pour l'éternité. Enfin les tables de la loi, qu'on y avait placées, marquaient que le Christ est l'auteur de la loi. » S. Thomas, [8 2, q. 102, a. 4, ad 6m, Le symbole s'applique aussi au mystère de l’Ascension, par lequel Jésus-Christ remonte au ciel après sa victoire, comme l'arche remontait à Sion, Ps. XLvI, 6, et au mystère de l'Eucharistie : « Les espèces sacramentelles sont figurées par le voile, le corps du Christ par l'arche, l'âme par lurne, la divinité par la manne. » S. Bonaventure, Serm. 11 in Domin. iv Advent.

20 La très Sainte Vierge. € Le prophète David dansa devant l'arche. Quelle est cette arche, sinon la bienheureuse Marie? Car, si l'arche renfermait les tables de la loi, Marie portait l'héritier même de la loi. » SERM. XLH (attribué à) saint Ambroise, Patr. lat., t. XVI, col. GS9. C'est pourquoi, dans les litanies, l'Eglise appelle la très Sainte Vierge Fœderis arca, «arche d'alliance ».

3 L'Église. Isaie permet de faite cette application à l'Église militante, Is., IV, 5, et saint Jean à l'Église triomphante, Apoc., ΧΙ, 19. H. LESÈTRE.

2. ARCHE DE NOÉ, en hébreu fébäh, mot qui ne se rencontre plus que dans l'Exode, 11, 3, pour désigner la petite nacelle de papyrus dans laquelle Moise fut exposé sur le Nil; dans le grec des Septante et dans Hebr., 1x, 7, χιθωτός, et dans Josèphe λάρναξ. Ces noms et les détails de sa description montrent que l'arche n’était pas un vaisseau proprement dit, muni de màts, de voiles, d'avirons, etc., quoique l’auteur de la Sagesse, x1v, 6, l'appelle naturellement par analogie σχεδία, « navire; » mais plutôt une sorte de coffre, une énorme caisse flottante, sans quille et à fond plat. Sa forme, apparemment cubique, était peu favorable à Ja navigation, mais la rendait elle-même très propre à porter une forte cargaison et à bien se tenir sur l’eau. Saint Augustin, De Civitate Dei, XV, 27, τ. XLI, col. 475, ἃ vu dans celte disposition une marque de la Providence divine, et de fait Dieu, en qualité d’architecte de l'arche, Gen., vi, 14-16, ἃ dù lui donner la forme qui répondait le mieux à sa destination. Un riche marchand hollandais, Pierre Jansen, construisit en 160%, à Hoorn, un bâtiment de mêmes proportions que l'arche, quoique plus petit, et il constata que s'il n’était pas apte aux voyages de long cours et à une marche rapide, 1] élait très commode pour le fret : on calcula qu'il pouvait contenir un tiers de plus de marchandises que les autres Vaisseaux, sans exiger un plus grand nombre de bras pour le manœuvrer.

L'arche était en bois de gôfer, sorte d'arbre résineux dont on ne peut préciser la nature, et qui serait le cèdre, ou plutot le cyprès, que sa légèreté et sa dureté rendent

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