‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 449 sur 454 · Soldats romains. Colonne Trajane, à Rome · texte numérisé non relu

Soldats romains. Colonne Trajane, à Rome

L'armée romaine est en Dacie. Au bas, à gauche, des soldats, dont l'un tient une lance avec son bouclier, conduisent des chevaux qu'on vient de débarquer, Au-dessus sont des gardes du corps, armés du bouclier ; ils se distinguent par la peau d'ours sur la tête et par les cercles de métal destinés à soutenir cette coiffure. Devant les gardes marche la cohorte auxiliaire germaine, vêtue seulement d’un pantalon, tenant le bouclier de la main gauche et la massue de la droite. Elle suit l’empereur Trajan, qui traverse à cheval une forêt. Deux cavaliers, equites singulares de la garde, viennent lui annoncer l'approche de l'ennemi. A droite,

des cavaliers romains combattent contre les Daces.

étaient nommés. Les tribuns n'étaient pas pris parmi les centurions, mais parmi les jeunes gens de famille sénatoriale ou équestre, qui inauguraient par cette charge leur carrière politique. Tous les tribuns portaient comme marque distinctive lanneau d'or des chevaliers, et se divisaient en laticlavii (d'origine sénatoriale) et angusticlavii (d'origine équestre ).

Les soixante centurions des légions étaient choisis au nom des consuls par les tribuns, et portaient pour insigne un cep de vigne, qui indiquait l'autorité dont ils étaient investis pour punir les soldats. Le premier poste parmi les centurions était celui de prünipilus où commandant du premier manipule des triarii. Les centurions n'étaient pas ordinairement promus à des grades supérieurs; mais, leur temps de service terminé, ils se retiraient dans la vie privée, et étaient quelquefois élevés à l’ordre équestre.

Du temps de Polybe, on recrutait ordinairement chaque année quatre légions, qui, unies à un contingent correspondant de socii, formaient deux armées consulaires. — Les seuls citoyens romains étaient appelés à servir dans les légions. Pendant la durée de son service militaire, de dix-sept à quarante-six ans, le soldat légionnaire était

obligé à seize ou tout au plus à vingt campagnes, et le soldat de cavalerie à dix seulement.

2) Les «socii ».— Aux légions s’adjoignaient les troupes

des socii. Après la dissolution de la ligue latine, on doit entendre par soc les contingents des villes confédérées et des colonies latines. Celles-ci ne fournissaient

de parler. Mais quand les Romains commencèrent à faire la guerre hors de l'Italie, ils prirent dans les pays où ils combattirent d'autres troupes qui constituèrent une classe spéciale et distincte, appelée auæilia (troupes auxiliaires). Cf. I Mach., vin, 25. Le nombre de soldats qu’elle comprenait n’était pas fixé relativement aux légions, mais il variait selon les temps et les circonstances. Plus tard, dans la période postérieure, lorsque les socii, ayant recu le droit de cité, formèrent une partie intégrante de l’armée romaine, il n’y eut plus que deux classes de soldats, c'està-dire les romains et les autiliaires.

d) Cohorte prétorienne. — Outre ces différents corps et en dehors des légions, il existait aussi une delecta manus imperatoris où cohors prætoria. Elle fut diversement organisée selon les temps, mais elle constitua toujours la garde d'élite du commandant en chef. A la fin de la république, chaque commandant avait sa cohorte prétorienne, composée d'infanterie et de cavalerie.

90 L'ARMÉE ROMAINE AUX PREMIERS TEMPS DE L'EMPIRE. — Avec la monarchie, l’armée romaine (fig. 271), qui n'avait été jusque-là que temporaire et composée de soldats levés seulement pour une campagne, se transforma en armée permanente, qui subsista même en temps de paix; elle jura fidélité au prince comme imperator, et elle fut ordinairement commandée dans les provinces par les legati Augusti pro prætore, et à Rome par les trois préfets du prétoire, de la cité et des vigiles. — Dans l’armée impériale réorganisée par Auguste, on doit distinguer six divi-

sions spéciales, savoir : a) les légions; b) les auxiliaires ; c) la garnison de Rome; d) la flotte; 6) l'artillerie et le génie; f) la milice municipale et provinciale.

a) Les légions impériales. — Le nombre des légions était devenu excessif pendant la guerre sociale. César le réduisit un peu. À sa mort, il y en avait plus de quarante. Après la bataille d’Actium, Octave en avait plus de cinquante; plusieurs d’entre elles furent transformées en colonies romaines. Après la mort d'Auguste, il restait seulement vingt-cinq légions, trois d’entre elles ayant été détruites dans le désastre de Varus. De nouvelles furent formées par Claude, Néron, Galba et Vespasien, et elles s'élevérent ainsi au nombre de trente, qui pendant longtemps resta invariable. — Leurs noms furent quelquefois empruntés à des localités, comme Urbana, Sabina, Mutinensis; d’autres fois aux peuples contre lesquels elles avaient combattu, comme Secythica, Parthica, ou à une enseigne, comme fulminata. Quant aux noms impériaux, elles portèrent d’abord le nom du prince qui les avait formées, comme Flavia Ulpia; mais, depuis Caracalla, les légions prirent le nom de l’empereur régnant, comme Antoniana, Severiana, Aleæandrina. — La légion, pendant l'empire, eut quatre turmæ de cavalerie, et fut placée sous le commandement d’un legatus legionis, personnage de rang sénatorial et ordinairement de la classe des prætorii. Le légat avait sous ses ordres non seulement la légion, mais aussi le détachement de troupes auxiliaires qui était joint à chaque légion. Au-dessous du légat étaient les tribuns militaires, Act., xxI, 31, etc., qui commandaient chacun une des dix cohortes dont se composait la légion depuis César, et les centurions, Matth., vint, 5; xxvVu, 54; Act., x, 4, 22; xxir, 26, etc. Chaque camp avait de plus son commandant spécial, appelé præfectus castrorum.

δ) Auæilia. — Tandis que, sous la république, on entendait par auæilia les troupes de soldats non romains, recrutées en partie dans les provinces et fournies en partie par les rois et les peuples alliés, on comprit sous ce nom, pendant l’époque impériale, tous les corps qui étaient dans les provinces, en dehors des légions, qu’ils fussent composés de citoyens romains ou étrangers. Dans cette catégorie, on doit distinguer les subdivisions suivantes : 1. veæilla veteranorum, ou la réunion de tous ceux qui avaient déjà achevé le temps régulier de leur service militaire; 2. cohortes italicæ civiunr romanorum voluntariorum, composées de ceux qui s’enrôlaient volontairement en Italie, cf. Act., x, 1, dans un but de lucre ou pour faire leur carrière militaire, lorsqu'on eut cessé de recruter les légions en Italie; 3. cohortes auæiliariæ, formées dans les provinces et armées en partie selon l'usage romain, en partie selon l'usage des pays étrangers, d’où les noms de sagittarii & archers », de scutarii « portebouclier », de contarii (armés de la longue pique appelée contus », de catafracti « cavaliers pesamment armés », de funditores « frondeurs »; 4. alæ equitum (corps de cavalerie), appelées quingenariæ ou milliariæ selon qu'elles comptaient cinq cents ou mille chevaux. Voir AUXILIAIRE.

c) Garnison de Rome. — La partie principale de l’armée qui résidait dans les villes capitales se composait des cohortes prétoriennes, dont l’origine remontait à l’époque de la république. Elles constituaient primitivement la garde du commandant en chef au milieu du camp. Auguste rassembla à Rome trois des neuf cohortes prétoriennes, el il détacha les six autres en divers lieux de l'Italie. La garnison de Rome se composait encore de divers autres éléments qu'il est inutile d’énumérer ici.

d) Flotte. — Auguste établit deux grandes flottes: l’une, pour la garde de la Méditerranée, au cap Misène (classis Misenatium); l'autre, pour la garde de l'Adrialique, près de Ravenne (classis Ravennalium). À ces deux flottes principales s’en joignirent quelques autres moins importantes, comme celle d'Alexandrie en Égypte (classis Alexandrina)

e) Poliorcétique. — Le corps des fabri, commandé

par un præfectus fabrum, avait la charge de faire manœuvrer les machines de guerre, balistes, catapultes, béliers, et de construire les fortifications, les terre-pleins (aggeres), de creuser les galeries souterraines (cuniculi), etc. Cf. Luc., ΧΙΧ, 43.

f) Milices provinciales et municipales. — Les provinces sénatoriales et aussi celles des provinces impériales qui n'avaient point de légions possédaient une milice provinciale, formée dans la province et divisée en cohortes. Elle élait souvent insuffisante pour la défense de la province et même pour le maintien de l'ordre. Les milices municipales étaient destinées à les renforcer. L'existence de ces dernières est connue par l’importante inscription découverte à Osuna, en Espagne, en 1870. — Les troupes romaines de Judée, au temps de Notre-Seigneur, avaient leur quartier général à Césarée. Cf. Act., χχπὶ, 29.

Bibliographie. — Juste Lipse, De militia romana libri V, in-4°, Anvers, 1596; CI. de Saumaise, De re militari Romanorum, in-4°, Leyde, 1657; 4. ἃ. Grævius, Thesaurus antiquitatum romanarum, t. x; F. Haase, De militarium scriptorum græcorum et latinorum omnium editione instituenda narratio, in-8°, Berlin, 1847; Fr. W. Rückert, Das rümische Kriegswesen, in-8°, Berlin, 1850; CI. Lamarre, De la milice romaine, in-8°, Paris, 1863 ; Br. Renard, Précis de l'histoire militaire de l'antiquité, in-80, Bruxelles, 1875 ; J. de La Chauvelays, L'art militaire chez les Romains, in-8, Paris, 1883; {. Marquardt, Handbuch der rümischen Alterthivmer, t. 11, Leipzig, 1884, traduction française par 4. Brissaud, De l’organisation militaire chez les Romains, in-8°, Paris, 1891; EF. Kraner, L'armée romaine au temps de Gésar, trad. Baldy et Larroumet, in-12, Paris, 1884; R. Cagnat, L'armée romaine au siège de Jérusalem, dans la Revue des études juives, t. xx, 1891, p. xxvui-Lvur ; 4. B. Mispoulet, Des institutions politiques des Romains, t. 11, in-8°, Paris, 1885, p. 310-379 ; Bouché-Leclercq, Manuel des institutions romaines, in-80, Paris, 1885, p. 206-337; L. Fontaine, L'armée romaine, in-12, Paris, 1883. H. Maruccur.

VI. ARMÉE SYRIENNE DES SÉLEUCIDES. — Les Séleu cides, qui furent si longtemps en guerre avec les Juifs à l'époque des Machabées, les combattirent avec des ressources et des armes inconnues jusqu'à celte époque dans la terre de Chanaan. Ils avaient la science militaire des Grecs et des Macédoniens, docti ad prælium, 1 Mach., ιν, 7. Leur armée se composait d'éléments grecs et d’éléments indigènes. Cf. Corpus inscriplionum græcarum, 3137; Polybe, v, 79. La phalange en constituait la force principale. Elle était recrutée en partie parmi les Macédoniens, en partie parmi les citoyens des villes grecques d'Asie, Corpus inscript. gr., 3187, lig. 14. Ce corps était devenu plus mobile depuis Alexandre et était divisé en σπείραι équivalant à peu près aux cohortes romaines ; les σπείραι étaient subdivisées elles-mêmes en σημαία: de quatorze hommes, Polybe, v, 4. Δ ces troupes se joignaient des contingents indigènes levés en temps de guerre. Josèphe, Ant. jud., 1, x, 9. Les Séleucides empruntérent de plus à l'Inde ses terribles éléphants, qui jetérent un si grand effroi parmi les Romains eux-mêmes, quand ils les virent dans l’armée de Pyrrhus. Tite Live, Supplem., x, 6-7, édit. Lemaire, t. 1Π, p. 267. Nous voyons un de ces éléphants sur une terre cuite ‘de Myrina (fig. 272). Ils sont aussi représentés sur les monnaies des rois de Syrie (fig. 173, col. 689). Les livres des Machabées en parlent dans plusieurs passages. 1 Mach., 1, 18; πὶ, 34; vi, 30-46; vint, 6; II Mach., ΧΙ 4; xux, 2, 15; x1v, 12. On les couvrait de cuirasses pour les garantir des traits ennemis, 1 Mach., vi, 43, et on les enivrait pour exciter leur fureur. 1 Mach., vi, 34. Les Séleucides avaient aussi des chariots redoutables, à cause des faux dont ils étaient armés. L'armée de Lysias, quand elle marcha contre Judas Machabée, en comptait trois cents. ΠῚ Mach., ΧΠῚ, 2. Les soldats syriens étaient divisés en différents corps, selon l'arme dont 115 faisaient usage, Les phalangistes étaient

armés de la sarisse ou longue pique de vingt et un pieds et de l'épée. Les corps auxiliaires avaient des armes particulières, presque toujours celles de leur pays. Le premier livre des Machabées, 1x, 11, distingue expressément les archers et les frondeurs, qui étaient placés au premier rang dans le combat. Les cavaliers sont aussi souvent

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272. — Éléphant broyant un Galate. Terre cuite de Myrina. Musée du Louvre.

Ce groupe ἃ douze centimètres de haut sur autant de large. La tour et la housse avaient été peintes en rouge, les deux bossettes placées sur la tour en bleu. L’éléphant appartient à la race de l'Inde. Le soldat qu’il écrase est un Galate, reconnaissable en particulier à ses armes. Cette figurine est peutêtre un souvenir de la victoire qu'Antiochus Soter remporta en 275 avant J.-C. sur les Galates, grâce aux seize éléphants qu'il avait dans son armée. Voir E. Pottier et 5. Reinach, Jouilles dans la nécropole de Myrina, dans le Bulletin de correspondance hellénique, t. 1x, 1885, p. 485 à 493.

mentionnés, ils étaient très nombreux et ils jouaient un rôle important dans les batailles. T Mach., 1, 48; 11, 39; ιν, 1, 28, 31, etc. Ils commençaient l'attaque et soutenaient les fantassins, 1 Mach., 1v, 7; vi, 88; ils étaient chargés en particulier de protéger les éléphants, quand ces animaux faisaient leur charge. 1 Mach., vi, 35. La cavalerie était placée avec les corps auxiliaires sur les flancs; la phalange au centre. Tous les soldats des rois de Syrie étaient d’ailleurs bien fournis de ces nombreuses armes défensives qu'avait imaginées ou perfectionnées l'esprit inventif des Grecs. Cf. II Mach., v, 3. L'auteur du premier livre des Machabées, 1v, 6-7, signale le contraste entre les trois mille hommes de Juda, « qui wavaient ni armure ni épée, » et les soldats ennemis, « établis solidement dans leur camp, couverts de leurs cuirasses et entourés de cavaliers. » Cf. 1 Mach., vi, 35. Plus loin, 1 Mach., νι, 35, 39, il admire leurs casques de bronze et « leurs boucliers d’or et d’airain, qui resplendissent sur les montagnes et brillent comme des flambeaux éclatants », Certains corps étaient en effet armés de boucliers d'argent, on les appelait ἀργυράσπιδες, Tite Live, xxxvu, 40; Polybe, v, 79; d'autres avaient des boucliers d’airain, χαλχάσπιδες, Polybe, 11, 66. Pour les sièges, les Syriens avaient un grand nombre de machines, anciennes et nouvelles, qui lançaient des traits enflammés, des flèches et des pierres. I Mach., vi, 51. Les auteurs des livres des Machabées parlent aussi des vaisseaux des rois d’Antioche. 1 Mach. 1, 18; xv, 3, 14, 37-38; II Mach., ιν, 20; χιν, 1. — Voir Rüstow et Kôchly, Geschichte der griechischen Kriegswesens, in-8, Argovie, 1852 ; ἃ. Busolt

et Bauer, dans Iwan Müller’s Handbuch der classischen Alterthums Wissenschaft, ἵν 1v, 1" part., Nordlingue, 1887, p. 318-329; G. Gilbert, Handbuch der griechischen Staatsalterthümer, 2 in-&, Leipzig, 1881-1885. H. Droysen, Heerwesen und Kriegführung der Griechen, dans K. F. Hermann's Lehrbuch der griechischen Antiquitäten, t. 11, 2 part., in-8, Fribourg-en-Brisgau, 1889. F. VIGOUROUX.

ARMÉNIE. I. Nom. — L'Arménie est appelée, dans la Bible, de différents noms, quelques-uns désignant l'ensemble du pays, d’autres ne s'appliquant qu'à l’une ou l’autre province.

10 NOUS DÉSIGNANT L'ENSEMBLE DU PAYS. — L'appellation Arménie ou son équivalent terre des Arméniens ne se rencontre que dans deux passages de la Vulgate : Gen., vit, 4et IV Reg., x1x, 37. Ailleurs l'Arménie est désignée par le mot Ararat. Is., ΧΧΧΥΙΙ, 38, et Jer., LI, 27; Tob., 1, 21 (texte grec). — Dans ces différents passages, le texte hébreu porte ’Ardrät. Les Septante ont ’Agapar, Gen., VI, 4; IV Reg., xx, 37; εἰς ᾿Αρμενίαν, Is., XXXVIT, 38, et, faute manifeste de copiste, ἄρατε, Jer., XXVIII (hébreu : LI, 27). Voir aussi Tobie, 1, 21. Aquila, Symmaque et Théodotion, comme la Vulgate, ont Armenia dans les deux premiers passages. Théodoret emploie aussi ’Apyuevio pour le passage que les Septante ont si mal lu. La version syriaque et l'arabe ont tantôt Qardu, c'est-à-dire Gordyène (Syriaque : Gen., var, 4, et Is., xxXvVII, 38; Arabe : Gen., VII, 4), tantôt Ararat (Syriaque : IV Reg., x1x, 37; Jer., LI, 27 ; Arabe : IV Reg., xx, 37) et tantôt Arménie. Arabe : Is., xxXxVII, 38. Les deux noms Arménie et Ararat ont donc été employés à une certaine époque pour désigner, dans son ensemble, un seul et même pays; nous allons les étudier au point de vue de leur histoire et de leur étymologie. Pour ce qui est de Qardu, ce terme ne désignait que les montagnes du Kurdistan, et non celles d'Arménie.

ΑἹ Arménie. — Ce mot ne se rencontre jamais dans les inscriptions cunéiformes d’Assyrie ni dans celles d’Arménie. Les auteurs arméniens n’emploient pas davantage cette appellation pour désigner leur pays, qu'ils nomment Haïk. Le document le plus ancien où nous trouvions le mot Arménie est l'inscription colossale de Darius à Béhistoun. Ce monument exécuté, suivant sir H. Rawlinson, en 516, contient plusieurs fois le mot A-r-m-i-n-a. Hérodote, ΠῚ, 93, emploie aussi le mot ᾿Αρμενία, et, après lui, tous les historiens et géographes classiques s’en sont servis à l'exclusion de tout autre. C'est de là qu'il a passé dans les versions de la Bible. Strabon, ΧΙ, 14, et, après lui, Justin, XLH, 2, font dériver Arménie d’’Apuesvos, Thessalien qui faisait partie de l'expédition des Argonautes. Moïse de Khorène, Hist., 1, 12, dit que c’est du roi Aram, fils d'Harma, et sixième descendant de Haïg, que les Grecs appellent son pays Armen; les Perses et les Syriens, Arméni. Suivant Bochart, Phaleg., 1, 3, l'étymologie la plus probable serait kar-Minni (mont de Minni), que le Targum de Jonathan porte, Jer., 11, 27, là où le texte original ἃ simplement Minni. Calmet, Dictionnaire de la Bible, au mot Menni, suggère Aram et Minni, c'est-àdire le Syrien de Minni. D'autres, assez nombreux, croient que l'Arménie est ainsi appelée à cause de sa grande élévation, dram, en hébreu, n'étant qu'une variante de la racine rüm, étre élevé. Cf. Rosenmüller, Handbuch der biblischen Alterthumshkunde, τ. 1, p. 267. — L'étymologie qui croyait retrouver l'élément Arya dans le nom de lArménie (Saint-Martin, Mémoires sur l'Arménie, τ. 1, p. 269; Spiegel, Beiträge zur vergl. Sprachforschung, 1, Ὁ. 131, etc.) est aujourd'hui reconnue par les meilleures autorités comme à tout le moins douteuse. Fr. Lenormantla tient pour radicalement fausse (Les origines de l'histoire, τ. 11, Ὁ. 378). Max Müller, La science du langage, 1° série, traduction française, p. 260, est du même avis. Moins probable encore est l'opinion de Wahl, Asien, p. 807, Anmerk. 11, cité par Rosenmuüller, Handb. der biblisch. Alterih.,t.1, p.267,

qui fait dériver Arménie du har-Minni du Targum de Jonathan, et l'explique par πα) (hébreu) = montagne, et mino (zend) = ciel. Sir H. Rawlinson suggère le dieu Armennu, qui, suivant une inscription cunéiforme mythologique, était adoré à Suse (ἃ. Rawlinson, Herodotus, ft. 1V, essay 111). Une autre étymologie ἃ été récemment proposée par M. Darmesteter, Journal asiatique, janvier-février 1891, p. 140. D'après ce savant, l'appellation perse Armina (de laquelle ᾿Αρμενία est dérivée) est un nom artificiel formé par les Perses, dans le but de réunir - dans uu même nom les deux Etats principaux de l'Arménie : l'Ararat et le Minni. :

B) Ararat. — L'Arménie ni aucune de ses provinces m'est jamais désignée par ce nom dans les inscriptions vanniques. Les rois d'Arménie appellent toujours leur pays Biaïna. En revanche, ce même pays de Biaïna est constamment appelé Urartu dans les inscriptions cunéiformes d'Assyrie. Le nom Urartu se lit pour la première fois dans le récit d’une campagne de Salmanasar IT (860 avant J.-C.). Il serait pourtant beaucoup plus ancien encore suivant quelques savants, tels que Fr. Lenormant, Les origines, t. 11, p. 38, et H. Sayce, Journal of the Royal Asiatic Society, t. XIV, p. 392, qui identifient l'Urartu des Annales des rois de Ninive avec l'Urtu d'une tablette bilingue. Cuneiform Inscriptions of Western Asia, t. 1, p. 48, recto, 1. 13. M. H. Sayce place ce document au xvIe où au xviie siècle avant J.-C. Quelques-uns pensent aussi que le nom Urartu doit encore être identifié avec l'Arardu (Cwheiform Inscriptions of Western Asia, t. 1, p. 18, 1. 58) des Annales d’Assurnasirpal (885 - 860). D'après sir H. Rawlinson (dans l'Herodotus de ἃ. Rawlinson, t. IV, essay 11, On the Alarodians of Herodotus) et Fr. Lenormant, Les origines, t. 11, p.372 et 472, le nom des Alarodiens d'Hérodote, 111, 94, ne serait qu'une variante de celui des Urartiens des textes cunéiformes. Celte opinion est généralement admise. Enfin le nom d'Ararat se retrouve sans déguisement dans celui d'Airarad, que les auteurs arméniens de notre ère donnent au bassin de l'Araxe, depuis l'endroit où ce fleuve franchit lAghri-Dagh jusqu'à son confluent avec le Kizil-tchaï, à peu près à la hauteur du vieux Djoulfa. — Moïse de Khorène, 1, 15, fait dériver le nom d'Aïrarad du roi Ara le Beau, sans expliquer le second élément, «rad ; car nulle part, ni dans l’historre ni dans la géographie de cet auteur, je n'ai trouvé l'explication arad — flétrissure, que donne Gesenius, Thesaurus, p. 155 (probablement d'après la traduction latine des frères Whiston), et que répète Fr, Lenormant, Les origines, t. 11, p. 90. Cf. Rosenmuller, Handbuch der bibl. Alterth.,t. 1, p. 260. Α peu près tous les auteurs contemporains dérivent Ararat de l'assyrien Urartu. Quant à l'étymologie du mot Urartu lui-même, les opinions varient. Sir H. Rawlinson (dans G. Rawlinson, Herodotus, t. IV, essay 111) se demande si ce mot ne serait pas un composé de ur, «lune, » et aredh, «terre ; » Urartu serait alors un synonyme de Chaldée, en supposant que ce dernier nom vienne de Xhaldi, le dieu suprême des Urartiens et que sir H. Rawlinson croit être le dieu Lune. Cette hypothèse serait en accord avec l'opinion de ceux qui croient que les anciens Chaldéens avaient d'abord habité l'Arménie, mais à une époque fort ancienne (H. Rawlinson, loc. cit.) et non, comme le voulaient Gesenius, Thesaurus, p. 270; Heeren, Polilique et commerce des peuples de l'antiquité, p. 169, et d’autres, Jusqu'au vie siècle avant J.-C.; ce dernier point ayant été reconnu comme faux depuis le déchiffrement des inscriptions cunéiformes. G. Rawlinson, The five great monarchies, 1, <h. 11; Tiele, Bubylonisch-assyrische Geschichte, p. 65. — M. Sayce, The Cuneiform inscriplions of Van, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XIV, p. 991, suppose que Urtu est une contraction de Urartu; mais de ce dernier il ne donne aucune étymologie. D'après Fr. Lenormant, Urartu se compose de ar, montagne, et urtu, pays élevé, appellation dont les Assyriens se servaient

ARMÉNIE

aussi pour désigner l'Arménie. On aurait eu d’abord «rurtu, puis wr-artu. Mais Fr. Lenormant n'étend cette étymologie qu'à l'Ararat des Rois, d'Isaïe et de Jérémie ; celui de la Genèse aurait une autre origine. Ce serait l'appellation Aryaratha, c'est-à-dire char des Aryas ou des illustres, parce qu'autour du sommet de l'Aryaratha était censé tourner le char des sept Maharschis brahimaniques, des sept Amescha-cpentas mazdéens, envisagés comme les sept étoiles de la Grande-Ourse ; appellation que les tribus aryennes donnaient au massif montagneux qu'elles considéraient comme le berceau de l'humanité. Lenormant, Les origines, t. 11, p. 36 et suiv. Cf. Obry, Le berceau de l'espèce humaine, p. ὃ. Ce point de lhypothèse de Fr. Lenormant ἃ été vivement contesté par le P. van den Gheyn, Le séjour de l'humanité postdiluvienne, dans la Revue des questions scientifiques, 1883, t XII, p. 454 et suiv. Quelques auteurs ont cru trouver une désignation de l'Arménie dans ᾿᾿ἄπαξ λεγόμενον harmônäh. Amos, 1V, 3. Plusieurs des anciennes versions, prenant la première syllabe pour le mot har,y ont vu un nom de montagne. Ainsi les Septante traduisent εἰς τὸ ὄρος τὸ ‘Pouuzxv (variante : ’Peuuav). Théodotior,, cité par saint Jérôme : #1ont Mona, et cité par Théodoret : ὑψηλὸν ὄρος. Aquila, cité par saint Jérôme, avait mont Armona; Symmaque, cité par saint Jérôme et par Théodoret, portait: en Arménie. Saint Jérôme ἃ opté pour ce dernier sens et traduit : E{ projiciemini in montes Armeniæ quæ vocantur Armona. Bochart, Phaleg., 1,5, tx, col. 20, édit. de Leyde, 1692, penche pour la leçon mont Mona, et sugoére l'identification Mona τες Mini = Minyas. Cf. Gesenius, Thesaurus, p. 390; Rosenmüller, Scholia in Vet. Test., Amos, IV, 3; Keil, Die zwülf kleine Propheten, 1888, note, p. 193. Voir ARMON.

90 NOMS QUI NE SE RAPPORTENT QU'A UNE PARTIE DE L'ARMÉNIE. — A) Menni (hébreu : Minru. Jer., LI, 27). — Quelques écrivains, par exemple Bochart, Phaleg., col. 20, 1. 19, avaient cru que le nom de Minni s'était étendu, au moins à une certaine époque, à toute l'Arménie, Cette opinion, basée sur le har-Minni = Arménie, dont nous avons déjà parlé, n’a jamais été très répandue. Toutelois il est généralement admis que le pays de Menni ou Minni, associé par Jérémie à ceux d'Ararat et d'Ascenez, était une province de l'Arménie ; mais on ne s'accorde pas sur la position de cette province. On Fa d'abord identifiée avec le Minyas, au pied du mont Baris (le Masis des Arméniens, notre mont Ararat), dont parle Josèphe, Ant.

jud., 1. 117, 6, d'après Nicolas Damascène. Mais où est

exactement le Minyas de Nicolas Damascène? ; Saint- Martin, Mémoires, t. 1, Ὁ. 250, pense que c'est la ville de Manasguerd des historiens d'Arménie (Mantzikiert de Constantin Porphyrogénète et de Cédrénus), maintenant Melazguert, dans la vallée du Mourad-Sou (Euphrate oriental; Arzanias des classiques), Cette opinion, adoptée par Gesenius, Thesaurus, p. 807, etc., est vieillie. Les textes cunéiformes ayant révélé l'existence du peuple de Man ou Mun (Schrader, Keilinschriften und Alte Testament, 1883, p.423), on s'empressa d'identifier Minni— Minyas avec la ville actuelle de Van, le mm en assyrien s'échangeant facilement contre un v. Voir Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 22; Babelon, Histoire ancienne de l'Orient, t. IV, p. 245; A. Delattre, Esquisse de'yéographie assyrienne, dans la Fevue des questions scientifiques, {. χιν, 1883, p. 125 et passim. — D'après une vue plus récente, le pays de Minni doit être transporté plus à l'est encore. M. Sayce, dans le Journal of the Royal Asiatic Sociely, τι XIV, p. 389 et 400, soutient, non sans beaucoup de vraisemblance, que le royaume de Minni — Minyas — Man se trouvait sur le littoral sud-ouest du lac d'Ourmiah.

B) Thogormuk (hébreu : Tôgarmäh ; Septante : Θοργαμά, Oopyout). On le rencontre quatre fois dans la Bible, à savoir : Gen., x, 3, et I Par., 1, 6, où Thogormah est nommé à coté d'Ascenez et de Riphath, les deux autres fils de Gomer ; et Ezech., XXVIT, 14; XXXVIN, 6. — À part

quelques interprétations extravagantes, qui ont vu dans Thogormah les Boréades et les Goths (par exemple, le Chronic. Paschale, 27, t. xcir, col. 120, Patr. gr.), ou bien encore les Turcs et les Hongrois (Joseph ben-Gorion, dans Bochart, Phaleg., t. 1, Leyde, 1692, col. 198 et 199), on peut réduire à deux toutes les identifications proposées jusqu'ici : l'Asie Mineure (Phrygie et Cappadoce) et l’ouest de la Grande Arménie. Josèphe, Ant. jud., 1, vi, 1; S. Jérôme, Quæst. hebr. in Gen., x, 3, t. xxu1, col. 951, et Zonaras, Ann., 1, 5, identifient Thogormah avec la Phrygie. C'est aussi l'opinion des Targums (Targum de Jérus., Gen., x, 3), car c’est la Phrygie que ceux-ci sem-

ARMÉNIE

riié de ses chevaux (Iomère, Iliad., 111, 185 ; Claudien, Laus seren., 191), l'Arménie ne l'était pas moins. Strabon, ΧΙ, 14,9; cf. Hérodote, 1,194. D'ailleurs les deux peuples étaient apparentés l'un à l’autre. Les Arméniens étaient une colonie des Phrygiens, ἄποιχοι, Hérodote, vi, 73, et ils avaient gardé dans leur langage des traces de leur origine: τῇ φωνῇ πολλά φρυγίζουσιν. Eudoxe, dans Étienne de Byzance, au mot’Apyeva. Cependant la grande majorité des géographes, par exemple H. Kiepert, Monatsberichte de l'académie de Berlin, 1859, p. 201 ; des archéologues, notamment Fr. Lenormant, Les origines, p. 402 et suiv., et des

| exégètes modernes se rangent à l'identification de Tho-

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