Assurbanipal. Rusas
» Sarduris ΠῚ.
Les deux rois d'Urartu les plus célèbres sont Ménuas et son fils Argischtis Ir, Celui-ci porta à son apogée la gloire militaire de son pays; c'était à une des périodes d'abaissement de l'Assyrie. Sarduris IE ne fut pas moins heureux que son père, pendant les premières années de son regne; mais l'Assyrie s'étant relevée plus forte que
Jamais avec Sargon, le roi d'Urartu vit rapidement décli-
ARMÉNIE
| ner sa fortune. Son successeur Ursa, homme aussi diplomate que belliqueux, lutta héroïquement, mais en vain. L'Urartu ne fut pas moins maltraité que le royaume d'’Israël, qui avait succombé quelques années auparavant sous les coups du conquérant assyrien. Ursa préféra se donner la mort que de tomber aux mains du vainqueur. Néanmoins, grâce à ses montagnes presque inaccessibles et à son éloignement, l'Urartu se releva insensiblement et vécut en assez bons termes avec sa puissante voisine, Jusqu'au jour où la fortune de celle-ci commencant à décliner, les Mèdes, entrainant les Urartiens à leur suite, allèrent se joindre aux Clialdéens pour renverser définitivement le colosse ninivite, qui les avait tous opprimés pendant si longtemps.
Les Urartiens adoraient le dieu Khaldis, leur dieu national, et d’autres dieux, dont quelques-uns, quarantesix environ, ont chacun leur nom, tandis que d’autres sont désignés par le titre d'enfants de Khaldis. Khaldis est généralement associé aux dieux de l'Air et du Soleil (Teïisbas et Ardinis, suivant M. Sayce). Cette triade suprême semble empruntée du Panthéon assyrien ; suivant M. Sayce, les Urartiens avaient aussi pris des Assyriens le culte de la déesse Istar, la seule divinité féminine de leur Panthéon. D'ailleurs il est démontré que le syllabaire vannique est d’origine assyrienne : il fut introduit par Sarduris fer, et même les deux inscriptions que nous avons de ce roi sont rédigées en langue assyrienne. — La langue employée par les successeurs de ce roi n’a rien de sémitique ni d’aryen. Fr. Lenormant ἃ été le premier à montrer qu'elle é‘ait étroitement apparentée au géorgien, et cette découverte ἃ été confirmée par les études des savants qui se sont occupés après lui de la langue des anciens Arméniens. — Les arts industriels de l’Urartu, tels que nous les connaissons d'après les objets de bronze ou autres, trouvés dans les fouilles de Toprak-Kaléh, près de Van, sont également empruntés des Assyriens.
Le quatrième livre des Rois et celui d'Isaïe, XxxXvI1, 38, nous disent qu'Adramélek et Sarasar, après avoir assassiné leur père Sennachérib, s'enfuirent en Ararat. D'après Moïse de Khorène, qui s'appuie sur le témoignage de Mar Apas Catina (Moise de Khorène, 1, 32, dans la Collection des historiens anciens et modernes de l'Arinénie, par Langlois), Sarasar ou Sannasar se serait établi dans la montagne de Sim, entre le Murad-Sou et le Tigre occidental. Adramélek ou Atramélek, appelé aussi Arkamozan, aurait eu en partage les montagnes au sud du lac de Van. C'est de ce dernier que descendraient les deux grandes familles des Ardzrouniens et des Kenouniens. La famille des Ardzrouniens acquit une influence considérable en Arménie, à l’époque des invasions arabes, et fonda un royaume qui eut Van pour capitale (908-1080). Un de ses rois les plus fameux, Sennachérib (1003-1021), fonda le fameux monastère dit maintenant « les sept églises », dans la montagne de Varak, à l’est, et près du lac de Van. Cf. Moïse de Khorène, Histoire d'Arménie, passim, dans la Collection de V. Langlois, et aussi Dulaurier, Historiens arméniens [dans les Historiens des Croisades], Chronologie arménienne, etc. — Le souverain d'Arménie qui accueillit si bien les deux parricides est probablement l'Argischtis I! des inscriptions vanniques. Moïse de Khorène, 1, ch. ΧΧΠῚ, le nomme Sgaiïorti.
B) Race aryenne.— Cette race est désignée dans la table ethnographique de la Genèse, x, 3, par l’ethnique Thogormah, troisième fils de Gomer. D'après Fr. Lenormant, les fils de Gomer, après avoir erré dans les grandes plaines au nord du Caucase et du Pont-Euxin (plaines où ils habitient probablement encore au temps de la rédaction de la table ethnographique), continuèrent, en descendant sur le bassin inférieur du Danube, la migration qu'ils avaient commencée sur les hauts plateaux de l'Asie centrale. De là ils passérent en Thrace; puis, franchissant l'Hellespont et le Bosphore, ils pénétrèrent dans l'Asie Mineure. Les uns (Ascenez) S'établirent dans la partie occidentale,
1009 ARMÉNIE — ARMÉNIENNE et plus spécialement dans la Phrygie; les autres (Riphath) s’arrétèrent en Paphlagonie; les derniers enfin, la race de Thogormah, poussèrent plus à l’orient encore, et commencèrent à envahir l'Arménie. C'était environ au vitIe où vie siècle avant J.-C. Cet envahissement de l'Arménie par les nouveaux venus se fit lentement. Ils oecupèrent d’abord la partie occidentale, le Thogormah d'Ezéchiel, sans toucher aux royaumes d'Urartu ou Ararat et de Man ou Minni, où habitaient encore les Urartiens ou Alarodiens. Ce n'est guère, dit Fr. Lenormant, Histoire, {. 1, p. 294, qu'à la fin du vire siècle ou au commencement du vie que les Arméniens proprement dits, les fils de Thogormah, « firent la conquête de ces contrées, où plus tard une infiltration lente de nouveaux éléments ethniques, sous la domination perse, en fit un peuple entièrement iranien de langue et même de type physique, comme le sont les Arméniens modernes. »
Le défaut de documents authentiques ne nous permet pas de préciser l’époque à laquelle la race aryenne arriva au gouvernement du pays; ce ne fut probablement pas avant la chute de Ninive; tandis que le Tigrane Ier de Moïse de Khorène, dont les récits, à dater de ce roi, ont quelque vraisemblance, semble avoir appartenu aux nouveaux venus. Quoi qu'il en soit, on ne saurait douter que les premiers rois de la nouvelle race, comme les derniers de l’ancienne, n'aient été sous la dépendance directe des Mèdes et des Perses. Ils n'y échappèrent que pour passer sous la domination d'Alexandre le Grand (328) et des Séleucides, ses successeurs. L’Arménie fut alors administrée par des gouverneurs indigènes nommés par le suzerain. Le dernier de ces gouverneurs, Ardavatz, fut chassé par Arsace le Grand ou Mithridate, qui établit son frère Valarce roi d'Arménie (149). C'est ainsi que commença la dynastie arménienne des Arsacides, qui se mainlint tant bien que mal jusqu'en 428. après J.-C., époque où elle tomba sous les coups des Sassanides.
On a prétendu que les Hébreux avaient connu l’'Arménie par les Phéniciens (Lenormant, Origines, 11, 408), et que les textes bibliques montrent clairement la progression dans la connaissance de l'Arménie chez les auteurs sacrés. Personne ne voudrait nier le premier point, pourvu que les autres sources d'information ne soient pas exclues. Quant au second point, on peut concéder que la connaissance de l'Arménie ἃ dù progresser, chez les Hébreux, comme toule autre connaissance ; mais les textes bibliques ne le montrent pas. Le rédacteur de la table ethnographique ne pouvait connaître le Thogormah d'Ézéchiel, puisque cette race n'avait pas encore achevé sa migration; mais cela ne prouve nullement que Moïse n’en savait pas autant, sur l'Arménie de son temps, qu'Ézéchiel sur l'Arménie du sien.
Voir, pour la géographie : Tournefort, Relation d'un voyage du Levant, 2 in-%°, Paris, 1717; Morier, Voyage en Perse, en Arménie, traduit de l'anglais, 2 in-8, Paris, 1813 ; Kinneir, Voyage dans l'Asie Mineure, l'Arménie, trad. de l'anglais, 2 in-80, Paris, 1818; Saint- Martin, Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, 2 in-8°, Paris, 1819; Jaubert, Voyage en A rménie et en Perse, in-8°, Paris (sans date) ; [ndjidjian, Descriplion géographique de l'Arménie ancienne, in-%, Venise, 1832; Smith et Dwight, Missionary researches in Armenia, in-8°, Londres, 1834; Boré, L'Arménie, in-8e, Paris, 1838; Southgate, Narrative of a tour through Armenia, 2 in-8, Londres, 1840 ; Fraser, Travels in Koor-
distan, Mesopotañria, 2 in-8°, Londres, 1810; Chesnev, The expedition for the Survey of the rivers Euphrates and Tigris, 2 in-8°, Londres, 1850 ; Ainsworth, Travels and Researches in Asia Minor, Mesopotamia, Chaldæa and Armenia, 2 in-12, Londres, 1842; Texier, Description | de l'Arménie, 2 in-f°, Paris, 1842; Deyrolle, Voyage dans le Lazistan et l'Arménie, dans le Tour du monde, t xxIX, ΧΧΧ et ΧΧΧΙ; Schweiger-Lerchenfeld, Aÿmenien, in-8°, [éna, 1878; Alishan, Description de la province
(VERSION) DE LA BIBLE 1010 d’'Ararat (en arménien), in-4°, Venise (récent) ; P. Müller- Simonis et Henri Hyvernat, Du Caucase au golfe Persique à travers l'Arménie, in-49, Paris, 1892. — Pour l'histoire et les antiquités : Fr. Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, ὁ in-80, Paris, 1881-1888, €. 1v, p.24 et suiv.; Tiele, Babylonisch-assyrische Geschichte, in-8°, Gotha, 1886; Schulz, Inscriptions cunéiformes copiées à Van et dans les environs, dans le Journal asiatique, 11° série, t. 1x, 1840; Hincks, On the Inscriptions of Van, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. IX; Fr. Lenormant, Sur l'ethnographie et l'histoire de l'Arménie, dans les Lettres assyriologiques, t. 1, p. 117 et suiv.; Mordtmann, Entzifferung und Erklärung der armenischen Keilinschriften von Van, dans la Zeitschrift der deutschen morgenländischen Gesellschaft, t XXXI et XXXII; Sayce, The Cuneiform inscriptions of Van, dans le Journal of the Royal Asiatie Society, t. XIV et xx (contient une bibliographie complète des inscriptions de Van) ; Tehamitchian, Histoire d'Arménie, 3 in-4°, Venise, 1784-1786 (en arménien); Avdall, History of Armenia, 2 in-8, Calcutta, 1827 (traduction abrégée du précédent); Indjidjian, Antiquités arméniennes, 3 in-4°, Venise, 1835 (traduit par Cappelletti en italien, 3 vol., Turin,18%1); Cappelletti, L'Armenia, in-8, Florence, 18%1 ; Hamilton, Researches in Asia Minor, Pontus and Armenia, 2 in-8, Londres, 1842; Brosset, Voyage archéologique dans la Géorgie et l'Arménie, in-8&, avec atlas, Saint-Pétersbourg, 1851; Victor Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie, 2 in-&, Paris, 1869. H. HYVERNAT.
ARMÉNIENNE (VERSION) DE LA BIBLE. Nous traiterons : 1. de l'histoire de la version arménienne ; IL. des principales éditions; HI. de la nature et de l'importance de la version arménienne.
I. Histoire de la version arménienne. — Dès que Mesrob eut fixé l'alphabet arménien (406 après J.-C.), il entreprit, sous la direction du patriarche Isaac, et avec l’aide de ses principaux disciples, Jean d'Eguéshiatz et Joseph de Baghin, une traduction « des vingt-deux livres canoniques de l'Ancien Testament, et du Nouveau Testament ». Ce travail était terminé en 411. Voyez Gorioun, Biographie de Mesrob, dans Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie, 2 ἰὴ - 10, Paris, 1869, t. 11, p. 10; F. Nève, L’Arménie chrétienne et sa littérature, in-8&, Paris, 1886, p. 13, 22. Cf. Moise de Khorène, 111, 53. Cette première version fut faite par saint Isaac sur la version syriaque, dit l'historien Moïse, ΠΙ, δή, parce qu'on ne possédait pas le texte grec, et parce que, de plus, la langue syriaque avait été, pour différentes raisons, la langue liturgique dans certaines contrées de l'Arménie, jusqu'à l'invention de l'alphabet arménien par Mesrob. Voir Gorioun, Biographie de Mesrob, p.11; Lazare de Pharbe, Histoire, x, dans Langlois, Collection ,t. 11, p. 226. Cf. Saint-Martin, Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, 2 ἴῃ - 85, Paris, 1819, t. 1, p. 11; Tchamitchian, History of Armenia translated by Avdall, 2 in-8, Calcutta, 1827, t.1, p. 299; R. Simon, Histoire crilique des versions du Nouveau Testament, chap. Xvir, in-#°, Rotterdam, 1090, p. 196. Ce premier travail, fait à la hâte, sur des exemplaires quelconques, laissait sans doute beaucoup à désirer; car, quelques années plus tard, Isaac et Mesrob envoyèrent à Edesse Joseph de Baghin avec un autre de leurs disciples, Eznik, Qafin qu'ils traduisissent en arménien les Saintes Écritures sur 16 texte syriaque. » Gorioun, Biographie de Mesrob, p. 11-12. D'Édesse les deux jeunes gens se rendirent à Byzance, où ils furent rejoints par d’autres disciples de Mesrob, parmi lesquels se trouvait Gorioun, l’auteur de la Biographie de Mesrob. 115. passérent plusieurs années à Byzance, et ils s'y trouvaient encore à l'époque du concile d'Éphèse (431). Leurs travaux terminés, ils reprirent le chemin de l'Arménie,
emportant dans leur bagage littéraire les actes du concile et « des copies authentiques des Saintes Ecritures ». Gorioun, ibid. Isaac et Mesrob cherchérent immédiatement à mettre ces dernières à profit pour faire remanier l'ancienne version faite sur le syriaque, en la confrontant exactement avec «les copies authentiques qu'on leur avait apportées ». Gorioun, ibid. Mais les traducteurs qui travaillaient sous leurs ordres n’avaient pas une connaissance suffisante de la langue grecque, et leur travail fut jugé par trop imparfait. On envoya donc d'autres jeunes gens étudier le grec à Alexandrie. Moïse de Khorène était du nombre de ceux-ci (Moïse de Khorène, 1171, 61). Ils rapportèrent sans doule d'Égypte d'autres exemplaires grecs de la Bible, dont ils se servirent pour perfectionner le travail de leurs prédécesseurs, en traduisant fidèlement sur le texte des Septante, d'après les Hexaples d'Origène ; car les mêmes signes et astérisques se trouvent dans les anciens manuscrits arméniens de la Bible. Cf. P. Zohrab, Bible arménienne, ὁ. in-8v, Venise, 1805, introd., p. 0, 7. Voyez Gorioun, Biographie de Mesrob, p.11 et12; Moïse de Khorène, 111, 61; Tchamitchian, History of Armenia, 1.1, p. 299. Langlois, Collection, t. 11, p. 168, note, dit que cette version fut officiellement adoptée par les Pères du concile d'Aschdischad, en 434. Si le fait et la date sont exacts, l'approbalion des Pêres ne pouvait guère se rapporter qu'à la première rédaction de la version faite sur le grec. Voir P. Donat-Vernier, Histoire du patriarcat arménien catholique, in-80, Paris, 1891, p. 128-129.
Quelques auteurs, s'appuyant sur un passage de Bar- Hébræus, ont avancé que la version arménienne avait été retouchée sur la Peschito, Mais l'opinion de Bar-Hébræus est une pure conjecture, que ne confirme aucun document arménien ou syriaque. Pour les paroles de Bar- Hébræus, voir Walton, Prolegomena, ΠῚ, 16; Wiseman, Horæ syriacæ, p. 142. Cf. Rhode, Gregori Bar Hebræi scholia in Ps. v et xv111, p. 74; Bredenkamp, Ueber die armenische Uebersetzung des Alten Testaments, dans Eichhorn, Allgemeine Bibliothek, t. 1V, p. 634 et suiv. On a aussi prétendu que la version arménienne avait été retouchée sur la Vulgate par le roi Haiton 11, à la fin du ΧΙ" siècle. La Croze, Thesaurus epistolicus, 111, 3 et suiv., 69; Michaelis, Introduction to the New Testament, édit, Marsh, 1893, τι 11, p.103. C'est là une affirmation qui n'est rien moins que fondée. Voyez Alter, Philologischkritische Miscell., Vienne, p. 140 et suiv.; Holmes, Præfatio in edit. LXX, cap. τν. L'histoire politique (Tchamitchian, History of Armenia, t. 11, p. 263 et suiv.) et l'histoire littéraire (Somal, Quadro della storia litteraria di Armenia, in-8°, Venise, 1829, p. 126) ignorent ce remaniement de la version arménienne. L'une et l’autre se contentent de dire que Haiton avait fait de la Bible son compagnon favori: qu'il s’en était fait faire une très belle copie, et que, ayant abdiqué la royauté, il se retira dans un couvent, où il revêtit, par esprit d'humilité, l'habit des franciscains. 1 n'en ἃ pas fallu davantage à certains esprits pour l'aceuser d'avoir (corrompu » la version arménienne, D'ailleurs, parmi les nombreux manuscrits que l’on connait, aucun ne justifie celte accusation.
IL. Principales éditions. — En 1563, Séfer Abgar, d'une noble famille arménienne et secrétaire du patriarche Michel, fut envoyé comme ambassadeur à Rome par celuici, pour traiter des affaires ecclésiastiques de son pays avec le pape Pie IV, ἢ profita de son séjour à Rome pour faire graver et fondre les premiers caractères arméniens. Il se transporta ensuite à Venise, et c’est là, et non pas à Rome, comme on le dit généralement, qu'il publia le Psautier, 1565. Cette édition princeps de la littérature arménienne est enrichie de gravures. Quant à l'édition de 1515, dont parle Kaulen, Einteitung in die heilige Schrift, 5. 17%, p. 119, d'après Scholz, sans doute, Einleitung in die heilige Schrift, p. 500, elle n'a jamais existé. Pendant les cent années qui suivirent l'édition de 1565, rien ne parut de la Bible, sinon quelques autres éditions des