‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 47 sur 454 · ABOMINATION DE LA DESOLATION — ABRAHAM · texte numérisé non relu

ABOMINATION DE LA DESOLATION — ABRAHAM

par le divin Maître avant l'investissement final de la ville et avant l'entrée des étendards des légions dans le temple.

Pour répondre à cette difficulté, quelques commentateurs ont fait remarquer que Jésus ne dit point : «Quand vous verrez l’abomination dans le temple, » mais dans «un lieu saint », ἐν τόπῳ ἁγίῳ, sans article; le lieu est donc indéterminé, il ne désigne pas expressément le temple, ni même la cité sainte, et 1l peut bien être la Terre Sainte elle-même, de sorte que le signe avantcoureur de la ruine de Jérusalem devint manifeste dès que l'armée romaine, avec ses enseignes idolätriques, campa autour de Jérusalem.

Plusieurs refusent d'admettre cette interprétation, parce que, disent-ils, les enseignes romaines n’apparaissaient pas alors pour la première fois en Palestine; les Juifs les avaient déjà vues du temps de Pompée. — Sans doute, peut-on répondre, mais l'avertissement de Notre-Seigneur portait sur un événement futur, non sur un fait passé. Il ne dit point qu'on verra alors pour la première fois cette Cabomination », mais que lorsqu'on la verra dans l'avenir, à partir du moment où il vient de parler, ce sera le signe de la ruine prochaine.

On peut trouver néanmoins que l'application du mot «lieu saint » à la Palestine est peu naturelle. Aussi n’estil pas nécessaire d'adopter cette interprétation pour expliquer et justifier la prophétie de Daniel et de Notre-Seigneur, Le passage parallèle de saint Luc, xx1, 20, nous fournit la solution de la difficulté. En rapportant le même discours de Notre-Seigneur que saint Matthieu et saint Marc, cet évangéliste ne lui met pas dans la bouche les mots d’«abomination de la désolation », qui] n'auraient pas été intelligibles pour les lecteurs d'origine paienne à qui il s'adressait, et il emploie des termes qui sont parfaitement clairs et précis : (Quand vous verrez Jérusalem investie par une armée, alors sachez que sa désolation (ἢ ἐρήμωσις) approche. » Luc, xx1, 20. (On peut remarquer, du reste, que si le mot βδέλυγμα a disparu, le mot ἐρήμωσις ἃ été conservé.) Il résulte de ce passage que Notre-Seigneur avait donné aux fidèles deux signes de la chute finale de Jérusalem : l'un était la présence de l'abomination dans le lieu saint; mais l’autre, qui, comme le montrent les faits, devait le précéder et devait être non moins frappant ni moins sensible, c'était l'investissement de Jérusalem par l'armée romaine.

Dès que les chrétiens virent les troupes païennes s’approcher de la ville, ils y virent l'accomplissement du premier signe, et reconnurent que le second ne tarderait pas à se produire. Ils se mirent done en mesure de suivre l'avis de leur Maitre et de s'enfuir de la ville condamnée, pour se réfugier au delà du Jourdain. Eusèbe, H. E., I, 5, t. xx, col. 221. Une première attaque contre la ville eut lieu en 66. En cette année, Cestius Gallus, procurateur romain, assiégea la ville sainte, pour venger une défaite que les Juifs avaient infligée à ses troupes. Il établit son camp sur le mont Scopus, puis il brüla Bézétha et attaqua le temple lui-même. Ses soldats d'élite, formant la tortue, et ainsi couverts par leurs boucliers, s’approchérent assez de l'édifice sacré pour essayer d'en brüler les portes. On peut bien dire que les habitants de Jérusalem virent alors l'abomination et les enseignes idolàtriques près du lieu saint, quoique ce ne füt pas dans la maison de Dieu elle-même. Cependant, l'attaque n'ayant pas réussi, Cestius se découragea ; il renonça à son entreprise et se retira avec ses troupes. Joséphe, Bell. jud., Il, xx. Mais les chrétiens étaient suffisamment avertis, et ce fut probablement dans l'intervalle qui s’écoula entre ce premier siège et le second par Titus qu'ils abandonnérent la ville et se mirent en sureté.

F, VIGOUROUX

ABOUAB,. Voir ApoAp 3.

ABOU LBÉRÉCAT. Voir ABOU-Sain.

ABOU'L - HASSAN. Voir JuDA HA-LÉvI.

ABOULPHARAGE. Voir Bar-HÉBRÆUS.

ABOU'L - WALID. Voir IBN-DJANaH.

ABOU - SAÏD, fils d'Abou’lhosain, Samaritain, habitant probablement l'Égypte, fit, à l'usage des Samaritains de ce pays, une version arabe du Pentateuque, pour remplacer celle du juif Saadias, reconnue inexacte. Cette traduction ἃ été faite sur le texte samaritain, et avec l'aide de la version samaritaine. Le P. Le Long dit qu'Abou- Saïd vivait vers 1070, sans nous indiquer sur quelle autorité il appuie son assertion. Cette date toutefois n’a rien d'invraisemblable, car la version arabe-samaritaine ἃ dû être faite un siècle au moins après celle de Saadias, mort en 942. Elle serait donc du xr° ou du ΧΙ siècle. Un manuscrit de cette version, au lieu du nom d'Abou-Saïd, porte celui d’Abou'lbérécat, fils de Said, Syrien de Basra. Mais ce dernier parait être un plagiaire ; sa préface n’est qu'une imitation maladroite de celle d’Abou-Said. Voir Silvestre de Sacy, Mémoire sur la version arabe des livres de Moise à l'usage des Samaritains, dans les Mémoires de l’'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1808, t. XLIX, p. 1-199; Le Long, Bibliotheca sacra, t. 1, p.188; Rossi, notice détaillée à la suite du Saggio delle variante del codice ms. di Pio VI. Il existe six ou sept manuscrits de cette version; le plus précieux est celui de la Bibliothèque Barberini, à Rome. Abr. Kuenen ἃ publié Specimen e libris orientalibus, exhibens librum Geneseos secundum arabicam Pentateuchi Samarilani versionem ab Abu-Saido conscriptam, in-8°, Liège, 1851.

E. LEVESQUE

ABRABANEL, ABRAVANEL. Voir ABARBANEL.

ABRAHAM (hébreu : ’Abrähäm), d’abord nommé Abram (’Abräm), descendait de Sem, dont il était séparé par dix générations. I Par., 1,27. Vraisemblablement le plus jeune des fils de Tharé, quoiqu'il soit nommé le premier, Gen., x1, 26, plutôt par rang d'honneur, en qualité de père des Hébreux, que par droit de primogéniture (voir THaARË, et Vigouroux, Manuel biblique, T° édit.,t.1, n°342), il naquit à Ur, ville des Chaldéens, la Mughéir actuelle, située entre Babylone et le golfe Persique. « Le nom d'Abram est réellement assyrien ; il a été retrouvé, comme nom propre, dans les monuments indigènes, sous sa forme assyrienne Abu-ramu, ou, sans la terminaison assyrienne, Ab-ram. » Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. 1, 5° édit., p. 403.) Abu-ramu, comme Abram, signifie « père élevé ». Du reste, la communauté de langage, de traditions et de coutumes, ne permet pas de douter que les Chaldéens et les Hébreux n'aient eu les mêmes ancêtres. Cf. Vigouroux, Loc. cit., p. 402-430. Aussi les tribus chananéennes de la Palestine surnommérent-elles Abram l'Hébreu, c'est-à-dire € celui qui vient d'au delà de l'Euphrate ». Gen., x1v, 13. Ainsi tombent sous les coups de l'histoire les théories aventureuses de Hitzig, Geschichte des Volkes Israël, p. 40-43, qui rangeait les Hébreux au nombre des Arvas ou Hindous, et donnait une origine sanscrite au nom d'Abraham, qu'il comparait à Rama, le dieu indien.

Des révélations divines progressives, d'une importance particulière, faisant époque, marquent le commencement de chacune des quatre périodes qui partagent l'histoire d'Abraham.

Ι. Première période. — Elle débute par la vocation du patriarche, et s'étend de son départ d'Ur à la délivrance de Lot des mains de Chodorlahomor. Gen., ΧΗ - ΧΙν. Déjà marié avec Sarai, mais sans enfants, Abram quitta Ur avec Tharé son père, Lot son neveu, et Saraï sa femme. Leur émigration se fit par ordre formel de Dieu, comme nous l'apprend saint Étienne. Act., ΝΠ, 2-3. Les paroles citées par le premier diacre appartiennent, il est vrai, dans la

Genèse, xI1, 1, au récit de l'apparition divine qui eut lieu à Haran. Saint Étienne toutefois ne s’est pas trompé, et il n’y ἃ pas contradiction entre les deux livres inspirés ; car Dieu lui-même, Gen., xv, 7, rappelle à Abram qu'il J'a fait sortir d'Ur, et les lévites le répètent dans leur prière au Seigneur. II Esdr., 1x, 7. Saint Étienne d’ailleurs n’est que l'écho de la croyance des Juifs, mentionnée aussi par Philon, De Abrahamo. D'après Gen., x1, 31, la terre de Chanaan était dès leur premier départ le terme dernier du voyage. Cependant les émigrants s’arrétèrent à Haran, où Tharé mourut. Après la mort de son père, Act., VII, 4, Abram, âgé de soixante-quinze ans, reçut de nouveau du Seigneur l’ordre de quitter son pays, sa parenté et sa famille, et il partit de Haran, après y avoir séjourné quelque temps. Le but de cette seconde émigration ne lui fut pas d’abord clairement indiqué; Dieu l'envoie vers une terre qu'il lui désignera plus tard, Gen., ΧΙ, 1, et Abram, modele de foi et d'obéissance, part sans savoir où il aboutira. Heb., ΧΙ, 8. Le sacrifice qu'exigeait cette séparation fut récompensé par quatre promesses divines, formant une gradation ascendante : Abram aura une nombreuse postérité, des faveurs insignes d'ordre spirituel et temporel, une grande gloire, et l'honneur d’être pour d'autres une source de bénédictions.

L'événement ἃ fait connaître les motifs de cette double émigration. La notion du vrai Dieu s’obscurcissait parmi les hommes, et la vraie religion était sur le point de disparaitre de la surface de la terre. C'est pourquoi le Seigneur résolut de confier le dépôt de la Révélation à un peuple fidèle, dont Abram serait la tige. Il lui ordonna donc de quitter sa patrie, ses parents et la maison paternelle, afin de l’arracher à l’idolätrie qui régnait à Ur {Vigouroux, loc. cit., p. 383-387) et dans la famille même de Tharé. Josué, xx1v, 2; Judith, v, 6-9. « Les traditions populaires des Juifs et des Arabes, qui paraissent en ceci reposer sur des bases antiques, ajoutent que cette émigration était devenue nécessaire par suite des dangers qui menaçaient le pieux Abram au milieu des populations idolätres et dans la maison même de son père, ardent adorateur des faux dieux. L'historien Josèphe, écho des légendes de la Synagogue, dit que les habitants du pays de Harrân s'étaient soulevés en armes contre lui, et voulaient le punir de son mépris pour leurs divinités. » Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, 9 édit., t. vi, p. 142-143.

Abram emmenait avec luiSaraï son épouse, Lot son neveu, sa famille et ses troupeaux, et laissait à Haran son frère Nachor. Gen., xx1v, 10. Il dut d’abord franchir l’Euphrate, qui est à deux journées de marche de Haran. « La route de Mésopotamie en Palestine passe par Damas, et la tradition est d'accord avec la géographie pour conduire le patriarche dans cette ville. Elle est à sept journées des rives de l'Euphrate; mais la caravane d’Abram, encombrée de troupeaux, mit sans doute un temps plus long à y arriver. » Vigouroux, loc. cit., p. 400. Le texte sacré n'a pas mentionné expressément Damas parmi les stations du patriarche, 11 y séjourna (Nicolas de Danse dans Josèphe, Ant. jud., 1, vir, 2; Justin, xxvI, 2), et des souvenirs locaux plus où moins authentiques désignaient encore près de cette ville, du temps de Josèphe, l'emplacement de l’habitation d’ Abr: \ham.

Abram entra dans la terre de Chanaan par le nord-est, peut-être, comme plus tard Jacob à son retour de Haran, par la vallée du Jaboc. Le pays « était alors occupé tout entier par les tribus chananéennes de la race de Cham, qui avaient fondé des villes et menaient la vie sédentaire , mais laissaient des tribus nomades de Sémites errer en pasteurs dans les campagnes voisines de leurs cités, de méme qu'encore aujourd'hui les tribus bédouines errent presque jusqu'aux portes des villes de la Syrie et de la Palestine ». Lenormant, loc. cit., p. 143. Abram ignorait encore que cette contrée devait appartenir un Jour à sa dostérité. Dicu le lui apprit au lieu où s'éleva plus tard

Sichem, au chêne ou térébinthe de Moré. Abram, consacrant au vrai Dieu le sol où il lui était apparu, y bâtit un autel. Gen., χα, 6-7.

Il ne séjourna pas dans ce lieu, mais alla camper entre Béthel et Haï, où il dressa un nouvel autel à Jéhovah. Il s’avança ensuite progressivement dans la partie méridionale du pays de Chanaan. Une famine l'obligea bientôt à descendre en Égypte, alors comme plus tard véritable grenier d’ abondance, et refuge des Sémites et des Chananéens dans les temps de disette. Dans ce voyage survint un événement qui ἃ fourni aux ennemis de la religion l’occasion d'attaquer le caractère moral du saint patriarche, Craignant que les Égyptiens ne le missent à mort pour ravir sa femme, il pria Saraï de dire qu’elle était sa sœur. Gen., χα, 13. Les mœurs dissolues des Égyptiens justifiaient ses craintes; mais, pour les écarter, lui était-il permis de recourir à la dissimulation, et d'exposer Saraï au déshonneur ? Il est certain d’abord que la parole de Sarai était exactement vraie. L’épouse d'Abram était sa parente par le sang, et, comme lui-même l'affirme à Abimélech, selon l'interprétation la plus naturelle du texte, Gen., xx, 12, sa demi-sœur, la fille du même père, mais non de la même mère que lui. Abram était bien renseigné, et nous l'en croyons plus volontiers que : Josèphe, Ant. jud., 1, vi, G, saint Jérôme, Quæst. μοῦ. in Gen., ΧΙ, 29, t. xx, col. 926, et Aboulfeda, Hist. anteislamica, édit. Fleischer, p. 20, qui identifient Saraï avec Jescha, fille d’Aran et sœur de Lot, et font d’elle la nièce de son époux. La proximité du sang n’était pas un obstacle à cette union entre frère et sœur, car il est vraisemblable qu'un motif religieux avait poussé le patriarche à prendre sa femme dans sa propre famille. Abram ne conseillait donc à Saraï hi mensonge ni feinte; des raisons graves lui faisaient dissimuler une partie de la vérité, c’est-à-dire taire que Saraï était sa femme. D’autre part, il n'avait pas à choisir entre sa mort et l'honneur de Sarai; l’une ne sauvait pas l’autre, et, Abram mort ou vivant, Saraï était prise par le pharaon. En présence de deux maux inévitables, Abram choisit le moindre. Suivant les conseils d’une prudence peut-être trop humaine, il fait ce qui dépend de lui pour prévenir un attentat contre sa vie, et se confie pour l'honneur de Saraï dans la protection de la Providence, dont il connaît les soins à son égard. L'événement prouva que sa confiance n’était pas vaine. Les sujets du pharaon remarquèrent la beauté de Saraï, et annoncérent au roi l’arrivée de la belle étrangère. Bientôt après elle fut enlevée et introduite dans le harem royal. Abram fut traité avec distinction, et reçut pour prix de sa sœur présumée de riches cadeaux en esclaves et en bestiaux, biens les plus appréciés des nomades. Mais un châtiment céleste, dont la nature n’est pas indiquée, frappa le pharaon et sa maison, et l’arrêta dans son dessein d’épouser Saraï. Ayant su, probablement de sa bouche, qu’elle était l'épouse d’Abram, il fit à ce dernier des reproches, lui rendit sa femme, et l'engagea à quitter le pays. Ses gens les accompagnèrent jusqu’à la limite de l'Égypte pour les protéger. Tous les détails de ce récit sont parfaitement conformes aux mœurs et aux ue anciens Égyptiens. Cf. Vigouroux, loc. cit., p. 432-4

En sortant d'Égypte, Abram se ie avec Lot, son neveu, vers la partie méridionale de Ἰὰ Palestine, et de stations en stations parvint au lieu de son premier campement, entre Béthel et Haï. La Genèse mentionne ses grandes richesses en troupeaux, et surtout en or et en argent. Les biens qu'il avait avant son voyage en Égypte s'étaient accrus par les présents du pharaon. Lot était aussi très riche en troupeaux et en esclaves. L'extension de leur fortune ne leur permit plus de demeurer ensemble ; leurs serviteurs se prirent de querelle au sujet des pâturages ; il fallut se séparer. Abram, plein de générosité et de condescendance, laissa son neveu libre de choisir la région qu'il voudrait habiter. Lot se décida pour les rives fécondes du bas Jourdain, semblables alors, par leur frai-

cheur et leur beauté, au paradis terrestre et à la riante Égypte. Arrivé à Sodome, il s'établit au milieu de ses pervers habitants. Abram demeura toujours sous la tente, Heb., x1, 9, dans la terre de Chanaan, entre la Méditerranée et le Jourdain. Gen., xi11, 1-12.

La séparation opérée, il eut une vision dans laquelle le Seigneur renouvela la promesse de lui donner, à lui et à son innombrable postérité, le pays environnant. En signe de ses droits de future propriété, il pouvait le parcourir dans tous les sens. Il vint donc camper dans la vallée de Mambré, près d'Hébron, où il éleva un autel à Jéhovah, et où il conclut alliance avec les Chananéens.

En ce temps-là, Chodorlahomor, roi des Élamites, envahit la Palestine pour punir la révolte de plusieurs rois ses vassaux. Sodome et Gomorrhe furent pillées, et Lot emmené captif. Abram en fut instruit par un fuyard. Avec trois cent dix-huit de ses serviteurs les plus exercés, et ses alliés chananéens, il poursuivit les ennemis qui se retiraient, et les atteignit à l'extrémité septentrionale de la Palestine, à l'endroit où s’éleva plus tard la ville de Dan. Une surprise nocturne lui donna la victoire. Lot fut délivré, tout le butin repris, et les ennemis repoussés jusqu’à Hoba, au nord de Damas.

Au retour, deux grands personnages, le nouveau roi de Sodome et Melchisédech, roi de Salem, vinrent féliciter Abram. La rencontre eut lieu dans la vallée de Savé. Melchisédech, qui était prêtre du Très-Haut, offrit en sacrifice au Seigneur le pain et le vin, et bénit le vainqueur. Au prêtre qui le bénissait, Abram donna la dime de tout le butin. Le roi de Sodome lui laissait toutes les dépouilles; il n'accepta rien pour lui, en dehors de ce qu'avaient consommé ses hommes, mais il réserva la part de ses alliés.

IL. Seconde période.— Comme Abram pouvait craindre le retour des rois vaincus, Dieu, dans la vision qui commence la seconde période de son histoire, Gen., ΧΥ et xvI, dissipe ses appréhensions, et lui promet sa protection contre tous ses ennemis. I] lui prédit en outre une très grande récompense. Mais les biens temporels paraissent peu de chose au patriarche, privé d'enfant; ses richesses passeront aux mains de son serviteur Éliézer. Dieu le console et lui annonce une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Abram crut, et sa foi lui fut imputée à justice. Cet acte de foi, loué par saint Paul, Rom., 1V, 3; Gal., 111, 6, et par saint Jacques, 11, 23, était très méritoire ; la sainteté d’Abram en fut accrue.

La donation du pays de Chanaan est encore renouvelée. Tout en adhérant absolument dans son cœur à cette promesse, Abram en demande une garantie extérieure, et Dieu, condescendant à son désir, détermine lui-même le rite de leur alliance. Suivant l'ordre divin, Abram immola plusieurs animaux qu'il coupa en morceaux, une tourterelle et une colombe qu'il laissa intactes. Les oiseaux de proie venaient fondre sur les cadavres des victimes, mais il les chassait. Sur le soir, un sommeil profond et extatique et un indicible effroi le saisirent. Dieu lui prédit le séjour de sa race en Égypte durant quatre cents ans, sa servitude et son retour à la quatrième génération, quand les Amorrhéens auront mis le comble à leurs iniquités. Le soleil étant couché, Abram vit, au milieu d'une nuée ténébreuse, une fournaise d'où s'échappait beaucoup de fumée. Une flamme très vive en sortit, et passa entre les membres découpés des victimes. Cette vision symbolique était le signe de l'alliance conclue entre Dieu et Abram, et la garantie extérieure de la donation de tout le pays de Chanaan.

Après dix ans de séjour en Chanaan, Saraï, n’espérant plus avoir d'enfant, proposa à son mari de prendre pour femme l'Égyptienne Agar, sa servante. Abram y consentit, dans le désir de réaliser ainsi les promesses divines. Mais bientôt il dut abandonner à la maîtresse l’esclave, que sa fécondité rendait orgueilleuse. Pour échapper aux mauvais traitements de Saraï, Agar s'enfuit. Sur l’ordre d'un ange, elle retourna chez Abram, et lui donna un fils qui fut

appelé Ismaël. Abram avait alors quatre-vingt-six ans.

III. Troisième période. Gen., xvI1-xx1. — Treize ans après cet événement, Dieu renouvela son alliance et ses promesses. Dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année, Abram eut une vision. Le Tout-Puissant rattache à la perfection de vie du patriarche l'exécution des promesses précédentes. Le nom d’Abram, « père élevé, » est changé en celui d'Abraham, « père de la multitude, » pour rappeler l'immense postérité qui lui à été prédite. L'alliance entre elle et le Seigneur sera éternelle ; la terre de Chanaan lui appartiendra. La circoncision devient le symbole et le sceau de l'alliance de Dieu avec les fils d'Abraham. Quant à la postérité promise, elle descendra non pas d'Agar, mais de Sarai, qui désormais s’appellera Sara. A cette annonce, l'heureux patriarche, toujours prosterné à terre, rit d'étonnement et de Joie. Les circonstances exceptionnelles de la promesse provoquaient son étonnement : ( Pensez-vous qu'un fils naftra à un centenaire, et que Sara nonagénaire enfantera ? » Saint Paul, Rom., 1V, 19, ἃ reconnu dans ce rire l’acte d’une foi inébranlable, qui produisit dans l'âme d'Abraham une augmentation de grâce. Mais la promesse d'un fils de Sara n’implique-t-elle pas le rejet d'Ismaël ? Abraham semble le craindre, et l'amour paternel lui fait demander la conservation de son premierné. Dieu répète que le fils de Sara sera l’objet de l'alliance éternelle, et précise la date de sa naissance. Ismaëi, souche de douze princes, aura une très nombreuse postérité. La vision terminée, Abraham se circoncit, lui, Ismaël et tous les mâles de sa maison, le même jour. Gen., xvI1. Voir CIRCONCISION.

Peu après, le patriarche, assis sur la porte de sa tente, pendant la chaleur du jour, eut, dans la vallée de Mambré, une nouvelle apparition du Seigneur. Trois personnages de forme humaine se tenaient non loin de lui. Afin de remplir les devoirs de l'hospitalité, Abraham court vers eux, les salue et les supplie de s’arrêter dans sa demeure. Tandis que Sara fait cuire des gâteaux sous la cendre, lui-même ordonne à un esclave de préparer un veau très tendre et très bon. Du beurre et du lait complètent le repas. Debout sous l’arbre de Mambré, Abraham sert ses hôtes. Ceux-ci, tout en mangeant, demandent des nouvelles de Sara. La réitération de la promesse d’un fils né d'elle était le but principal de leur visite. Le Seigneur, présent personnellement ou par ses envoyés, redit à Abraham que Sara deviendra mère avant un an.

Le châtiment de Sodome et des villes de la Pentapole était le second but de la démarche divine. Le Seigneur daigna l’annoncer à son fidèle serviteur Abraham, qui avait accompagné ses hôtes. Plein de compassion pour les coupables, Abraham intercède en faveur de Sodome. Entre lui et le Seigneur s'engage un admirable dialogue, qui fait ressortir sa foi en la miséricorde divine, et sa hardiesse autant que la touchante condescendance de Dieu, qui cède progressivement aux demandes répétées du grand patriarche. Suivant les traditions locales, cette scène se passait à l'endroit où fut bâti plus tard Caphar-Bérucha. Le Seigneur s'en alla et Abraham, demeuré seul, retourna à sa demeure. Anxieux de connaitre le résultat de l’enquéte divine sur Sodome et le sort de cette ville, il revint le lendemain, de grand matin, au lieu où il avait adressé la veille sa prière au Seigneur, et d’où il pouvait voir la Pentapole. Ses regards attristés aperçurent le terrible incendie qui dévorait la contrée. Lot cependant était sain et sauf, en considération de son oncle Abraham. Gen., XVIII-XIX.

Continuant de mener sa vie errante de nomade pasteur, Abraham, peu après cette catastrophe, passa quelque temps au sud de la Palestine, entre Cadès et Sur, et s'établit à Gérare. Sa vie et l'honneur de Sara y courent le méme danger que vingt ans auparavant en Égypte. De nouveau il fait passer Sara pour sa sœur. Celle-ci, malgré son âge avancé, est conduite dans le harem d'Abimélech; mais, averti en songe, le roi de Gérare rend Sara à son mari, auquel il adresse d'amicaux reproches et fait de riches ca-

deaux. — Abraham justifie sa conduite par la dépravation morale des habitants : il craignait d'être tué à cause de sa femme. D'ailleurs il n’a pas menti: Sara est vraiment sa sœur, la fille de son père, mais d'une autre mère. Aussi, en vertu d'une convention ancienne, Sara dit partout qu’elle est la sœur d'Abraham.— Abraham pria, et, selon la promesse faite à Abimélech, la prière de ce juste si étroitement uni à Dieu obtint la cessation du châtiment qui avait frappé le roi et toute sa maison. Ce récit, malgré ses ressemblances avec celui du séjour d'Abraham en Égypte, n’en est pas une répétition. Le temps, le lieu et les détails différent et dénotent deux faits distincts. Les mœurs de l'époque expliquent la succession rapprochée et les analogies des deux épisodes. Gen., XX.

Tandis qu'Abraham habitait le pays de Gérare, la promesse des messagers divins s’accomplit. Au temps prédit, Sara mit au monde un fils, qu'Abraham nomma Isaac et circoncit huit jours après sa naissance. Le patriarche avait alors cent ans. Rom., 1v, 19. A l'époque du sevrage de l'enfant, il y eut un grand festin. Sara, ayant remarqué sur les lèvres d'Ismaël un sourire moqueur et méprisant pour Isaac, exigea le bannissement d’Agar et de son fils. Cette mesure rigoureuse coùta au cœur paternel d’Abraham, et il fallut l'ordre de Dieu pour qu'il s’y résignät. Tout en approuvant les motifs de Sara, le Seigneur renouvelait les promesses précédentes, relatives à Ismaël. Toujours obéissant, Abraham remit à Agar quelques provisions et la renvoya, elle et son fils. Gen., xx1, 1-21.

Ce renvoi d'Agar et d'Ismaël est une conséquence fàcheuse de la polygamie. La paix et l'union ne peuvent durer longtemps au même foyer entre deux femmes et leurs enfants. Déjà, sous la tente d'Abraham, elles avaient été troublées par l'orgueilleuse conduite de l’esclave devenue mère. La jalousie d'Ismaël envers Isaac, son caractère emporté et indépendant, prédit par l'ange, Gen., XVI, 12, firent craindre à Sara des querelles nouvelles ; elle exigea la séparation. D'ailleurs, depuis la naissance d'fsaac, la position d'Ismaëél avait changé : Isaac devant être l'unique héritier, Ismaël n’appartenait plus à la race choisie. L’accomplissement des desseins de Dieu réclamait tôt ou tard son éloignement. Abraham le comprit et, sur l'ordre divin, renvoya son épouse et son fils. 1] y ἃ lieu aussi de croire que la signification surnaturelle de cette expulsion (voir AGAR) ne lui fut pas complètement cachée.

On l'a accusé de dureté dans cette circonstance. Le peu de provisions qu'il remit à Agar les exposait, elle et son fils, à mourir de faim et de soif dans le désert; l'événement ne le montra que trop. — On peut répondre que si Ismaël fut sur le point de mourir de soif, c'est parce que sa mère s'égara dans le désert. L'expression biblique, Gen., ΧΧΙ, 14, permet de supposer qu'Abraham l'avait chargée des vivres suffisants pour le voyage. Le père, d'ailleurs, comptait sur l'hospitalité des habitants du pays, et sur une providence particulière de Dieu, qui ne fit pas défaut à Ismaël. Enfin celui-ci, àgé d'environ dix-sept ans, pouvait suflire ἃ ses besoins, et, la première détresse passée, il y suffit réellement. — Abraham garda toujours de la tendresse pour son fils, auquel il donna avant de mourir un apanage. Gen., xxv, 6.

Au même temps où Agar était chassée, le roi Abimélech vint demander à Abraham son alliance. Avant d'y consenür, le patriarche se plaignit d’une violence commise par les serviteurs du roi de Gérare, qui s'étaient emparés d'un puits creusé par ses soins. Abimélech s'excusa; Abraham lui fit des présents; le contrat d'alliance fut conclu devant témoins, et tous deux se jurèrent une éternelle fidélité. Puis, pour confirmer ses droits sur le puits en litige, le patriarche donna encore sept brebis. Le théâtre de ces événements fut nommé Bersabée. Après le départ d'Abimélech, Abraham y planta un tamaris et y invoqua Jéhovah. Gen., xx1, 22-34.

IV. Quatrième période. Gen., XXI1-XXV, 10. — Il séjournait dans ces contrées depuis vingt-cinq ans, suivant

Josèphe, Ant. jud., 1, x, 2, quand son ohéissance et sa foi turent soumises à une très dure épreuve. Dieu lui ordonne d’immoler son fils Isaac au lieu qu'il lui désignera. En réalité, Dieu n’exigera pas l’effusion du sang humain; il veut seulement tenter son fidèle serviteur, éprouver son obéissance δὲ sa foi, et les faire briller du plus vif éclat. Un commandement si extraordinaire surprit sans doute Abraham; la raison et l'amour paternel semblaient devoir l'empêcher de l’exécuter. La parole de Dieu l’emporta. Abraham comprit que le souverain maître de la vie à le droit de reprendre ce qu'il a donné, et, éclairé par une lumière et soutenu par une force divines, il obéit sans hésitation, mais non sans de vives angoisses, à l’ordre qu'il avait reçu. Sa foi dans les promesses de Dieu ne diminua pas; elle ne lui permettait pas de douter que le Seigneur, de quelque manière que ce fût, ne lui rendit le fils de la promesse, et, en l'immolant, il pensait que Dieu était assez puissant pour ressusciter Isaac. Heb., x1, 17-19. Cet acte héroïque accrut sa sainteté. Jac., 11, 21. Se levant de nuit, il sangla son âne, prit deux jeunes serviteurs avec Isaac, coupa le bois du sacrifice, et alla droit au mont Moriah, que le Seigneur lui avait indiqué. Voir MorrAH. Après trois jours de marche, les serviteurs eurent ordre d'attendre avec l’âne son prochain retour. Le bois du sacrifice fut mis sur les épaules d'Isaac; Abraham portait le feu et le glaive. Tout en cheminant, le fils dit à son père : « Il n’y ἃ pas de victime. » Abraham répondit évasivement : © Dieu y pourvoira. » A l'endroit désigné, le père éleva un autel, y disposa le bois, lia son fils et le plaça sur le bücher. Déjà sa main était armée du glaive pour frapper, quand Dieu, satisfait du sacrifice intérieur, lui commanda par la voix d'un ange de surseoir à l’immolation. Abraham, levant les veux, vit derrière lui un bélier embarrassé par les cornes dans un buisson épineux ; il le prit et l'immola à la place d'Isaac. Le lieu du sacrifice fut appelé la Montagne de la providence de Jéhovah. Gen., xx11, 1-14.

Dieu alors renouvela pour la dernière fois ses anciennes promesses, et les garantit par un serment solennel. Gen., ΧΧΙΙ, 15-18 ; Heb., vi, 13-17. La bénédiction divine procurera à Abraham une nombreuse et heureuse postérité ; par un de ses rejetons, par le Messie, Act., 11, 25-96; Gal., 111, 16, il sera pour toutes les nations une source de bénédictions. Ce dut être alors que, selon la parole de Jésus-Christ, Joa., var, 56, le patriarche tressaillit pour voir les jours du Messie, les vit et en fut dans la joie. Abraham et Isaac rejoignirent leurs serviteurs, et ils retournérent tous ensemble à Bersabée, où ils continuèrent d'habiter et où ils reçurent des nouvelles de la famille de Nachor. Gen., xx11, 19-24.

Sara mourut à l’âge de cent vingt-sept ans, à Hébron. Abraham lui rendit les dermiers devoirs et la pleura. Pour l'enterrer, il acheta aux fils de Heth une grotte, qui devint le tombeau de la famille. Le contrat de vente présente un tableau très remarquable des mœurs et des usages orientaux. Vigouroux, loc. cit., p. 480-486. La négociation fait ressortir qu'Abraham était étranger dans la terre promise à sa race. Le seul bien-fonds qu'il y posséda fut un tombeau. Gen., XXII.

Chargé de jours et âgé d'environ cent quarante ans, Abraham voulut marier Isaac. Pour ne pas unir le père du peuple élu à une femme chananéenne, il envoya son intendant Eliézer, en Mésopotamie, choisir à Isaac une épouse de sa famille. Le vieux serviteur reçut aussi l'ordre de ne jamais reconduire son jeune maitre au pays d'où venait son père. Éliézer ramena Rébecca. Gen., XxIv.

Après la mort de Sara et le mariage d'Isaac, Abraham prit une troisième femme, nommée Cétura, dont il eut encore six fils. Ce tardif mariage n'a été contracté, suivant la juste remarque de dom Calmet, qu'en vue d’avoir des enfants qui répandraient sur terre la vraie religion, et qu'afin de mieux réaliser la promesse divine d'une nombreuse postérité. Gen., χχν, 1-4.

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* Avant de mourir, Abraham disposa de sa fortune. Tous ses biens passèrent à Isaac, son unique héritier. Les fils des femmes de second ordre reçurent quelque apanage, mais furent envoyés hors de la Palestine, dans la direction de l’est, vers l'Arabie. Avancé en âge et plein de jours, Abraham mourut dans une bonne vieillesse. Il avait vécu cent soixante-quinze ans. Son âme fut réunie à celles de ses pères, et son corps enseveli par Isaac et Ismaël auprès de celui de Sara, dans la caverne de Macpélah.

V. Abraham dans les livres postérieurs de l'Ancien Testament.— Le nom d'Abraham, ses exemples, son alliance avec Dieu, les promesses qu'il ἃ reçues, les épreuves qu'il a subies, les vertus qu'il a pratiquées, remplissent l'Ecriture. Les écrivains des deux Testaments, en retraçant au peuple élu ses destinées, en rappelant les voies qui ont préparé la rédemption, remontent presque toujours jusqu à lui. Jéhovah daigna porter le nom de « Dieu d'Abraham », Exod., 111, 6, 15, 16; 1v, 5; Tobie, νι, 15; Esther, ΧΠΙ, 15; x1V, 18; Ps. xLvr, 10; Act., πι, 18; vit, 32, et Jésus- Christ ἃ trouvé dans ce titre une preuve de la résurrection, Matth., χα, 32; Marc, x11, 26; Luc, xx, 37. Dieu lui-même fonde les droits des Hébreux sur la terre de Chanaan sur ses apparitions, Exod. vi, 3, et sur ses promesses à Abraham, Exod., vr, 8; ΧΧΧΠΙΙ, 13; ΧΧΧΠΙ, 1 ; Deut., χχχιν, 4. Il se souvient de l'alliance contractée avec lui, Lev., xxv1, 42, et Moïse ne cesse de la rappeler à son peuple, Exod., 11, 24; Nomb., xxx, 11; Deut., 1, 8; vi, 10; 1x, 5, 27; xxIx, 13; xxx, 20. Josué dans ses adieux, χχιν, 3; Élie avant d'offrir le sacrifice, ΠῚ Rois, χν τι, 36; l'auteur du quatrième livre des Rois, xt, 23; David dans ses psaumes, CIv, 6, 9; I Par., xvi, 16, et sa dernière prière, 1 Par., χχιχ, 18; Josaphat lors du jeune solennel qu'il ἃ célébré, IT Par., xx, 7; Ezéchias, ibid., xxx, 6; Néhémie, IT Esd., 1x, 7; les Juifs de Jérusalem dans leur lettre à leurs coreligionnaires d'Egypte, IT Mach., 1, 2, mentionnent cette alliance, Judith, vin, 22, et Mathathias, 1 Mach., 11, 52, font allusion aux épreuves du patriarche. L'Ecclésiastique, xLIV, 20-93, contient son éloge. Dieu, par la bouche des prophètes, l'appelle son ami, Isaie, XLI, 8, exhorte à la vertu par son exemple, Is., LI, 1 et 2, et rappelle aux Juifs les promesses qu'il ἃ faites à son serviteur, Jer., XXx111, 26 ; Baruch, 11,34; Ezech., ΧΧΧΠΙ, 24. Michée, vis, 20, et les enfants dans la fournaise, Dan., 111, 90 et 36, l'en font aussi souvenir.

VI. Abraham dans le Nouveau Testament. — Dans l'Evangile, Marie et Zacharie chantent les promesses et l'alliance d'Abraham. Luce, 1, 55 et 73. Jésus-Christ est le fils d'Abraham. Matth., 1, 1; Luc, 111, 34. Les Juifs se flattaient de ce titre. Matth., πὶ, 9; Luc, ΠΙ, 8. Jésus l'a donné à une malade, Luc, x111, 16, et à Zachée, Luc, x1x, 9; mais il assure que les Juifs qui n'accomplissaient pas les œuvres d'Abraham perdaient tous droits aux privilèges de sa race. Joa., vit, 33-44. Abraham est au ciel, Luc, ΧΠΙ, 28; comme il est le père de tous les croyants, les justes, Juifs, Luc, xv1, 22-30, et Gentils, Matth., vint, 11, reposeront dans son sein, Saint Pierre, saint Étienne, Act., ΠΙ, 25; vil, 2-8, 17, et saint Paul, Héb., vi, 18, rappellent aux Juifs les promesses faites à leur ancêtre. L'Apôtre des Gentils montre leur accomplissement dans la personne de Jésus-Christ, Gal., 111, 16-18, fils d'Abraham, Heb., 11, 16. I s'honorait d'être fils d'Abraham, Rom., ΧΙ, 1: II Cor. ΧΙ, 22; il donne aux Juifs ce nom, Act., ΧΠΙ, 26, mais il expose explicitement, Rom., 1x, 7-9, et allégoriquement, Gal., 51, 29; 1v, 22-31, qu'il vaut mieux être fils d'Abraham par les œuvres que par le sang. Les relations d'Abraham avec Melchisédech servent de preuve à saint Paul pour établir la supériorité du sacerdoce de Jésus-Christ sur le sacerdoce lévitique. Heb., vir. 1] loue la foi du patiarche, Rom., 1V, 1-24; Gal., 111, 6-9; Heb., x1, 8-19, et saint Jacques, 11, 21-93, fait de même.

ὙΠ. Abraham dans l'histoire profane et dans la légende. — Abraham n'est pas resté inconnu à l'histoire profane. Bérose, cité par Josèphe, Antiq. jud., I, vir, 2, parle d'un homme juste, grand et versé dans les choses

célestes, qui vivait parmi les Chaldéens à la dixième génération après le déluge, et Josèphe croit, sans aucune vraisemblance du reste, qu'il s’agit d'Abraham. L'historien Nicolas de Damas, dont le témoignage est rapporté par le même auteur, dit qu'Abraham sortit de la Chaldée avec une armée, se rendit d'abord à Damas, et y régna quelque temps avant d'entrer dans le pays de Chanaan. Selon Justin, xxxvI, 2, Abraham fut le quatrième roi de Damas. Eusébe de Césarée, Præpar. Ev., 1x, 16-20, τ. xx1, col. 705-713, ἃ recueilli sur Abraham les renseignements fournis par Bérose, Hécatée, Nicolas de Damas, Eupolème, Artapan, Mélon et Philon l'Ancien, cités par Alexandre Polyhistor et Joséphe. Les livres des Sabéens parlent des croyances monothéistes d'Abraham, et des dissensions qui s'élevèrent à ce sujet entre lui et les habitants de ja Chaldée, et qui l'obligèrent d'émigrer après avoir perdu tous ses biens. Les traditions que rapportent ces livres n’ont d'ulleurs aucune valeur historique sérieuse.

La légende ἃ embelli l'histoire du grand patriarche. Les Arabes, qui descendent de lui par Ismaël et le surnomment Kalil-Allah, «l'ami de Dieu, » débitent sur sa vie un grand nombre de fables, puisées en partie dans les écrits des rabbins (d'Herbelot, Bibliothèque orientale, au mot Abraham, p. 12-16; F. Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, 99 édit., t. νι, 1888, p. 404-406). Josèphe, Ant. jud., I, vur, Philon, De Abrahamo, Nicolas de Damas et Eupolème dans Eusébe, loc. cit., et quelques écrivains ecclésiastiques parlent de la profonde science d'Abraham dans l’astronomie, la métaphysique et les mathématiques. Suidas, au mot Abraham, veut qu'il ait inventé les lettres et la langue hébraïques, et saint Isidore de Séville, £tym., 1.1, Ὁ. ΠΙ, n.5,t. LxXxXI, col. 75, les caractères syriaques et chaldaïques. On lui attribue divérs ouvrages, entre autres le Jetzirah ou livre de la Création, un traité de l'idoltrie, et les psaumes LXXXVII et LXXXIX, inscrits aux noms d'Héman où d'Ethan. Les rabbins lui attribuent les prières du matin. Talmud de Jérusalem, Berakhoth, €. 1v, n.1; trad. franç. de Schwab, p. 72; Talmud de Babylone, ibid., p.928. Les mages croient qu'il est le même personnage que Zoroastre, et qu'il ἃ composé les livres Zend, Pazend et Vostha, qui contiennent tous leurs points de doctrine. Fabricius, Codex pseudepigraphus Veteris Testamenti, 2e édit., Hambourg, 1799, 1. 1, p. 341-428, ἃ réuni tous les documents relatifs à la littérature légendaire sur Abraham.

VII. Culte rendu à Abraham. — L'Église honore la mémoire du père des croyants. À partir du 1x° siècle, son nom ἃ été inséré dans les martyrologes ; il se trouve dans ceux d'Adon et d'Usuard, et dans le romain au 9 octobre. Dès le temps du pape Damase, il'est fuit mention de son sacrifice au canon de la Messe. Il est invoqué dans les prières pour la recommandation de l'âme. Les Coptes célè-

‘ brent sa fête le 28 mars; l'Église syriaque fait mémoire le

20 janvier de son épreuve du feu. L'ordre de Fontevrault et l'Oratoire de France avaient un office en son honneur.

IX. Bibliographie. — $S, Ambroise, De Abraham, t. xiv, col. 417-500; Δ. Masson, Histoire du patriarche Abraham, 1688; Heidegger, Historia sacra Patriarcharum, 2 édit., Amsterdam, 1688; Augusti, Dissertalio de fatis et factis Abrahami, in-4%, Gotha, 1730; Withof, Programma de Abrahamo, amico Dei, Duisbourg, 1743, in-4%0; Hobbing, History of Abraham, Londres, 1746, in-80; Gillebank, Scripture history of Abrahain, Londres, 1773, in-8c; Holst, Scenen aus dem Leben Abraham's, Chemnitz, 1828; Engelstaft, Historia populi judaici biblica usque ad occupationem Puleslinæ, Copenhague, 1832; Roos, Fusstapfen des Glaubens Abraham, Tubingue, 1837; Passavant, Abrahain und Abraham’s Kinder, Bâle, 1848; Beer, Leben Abrahans nach Auffassung der jüdischen Sage, Leipzig, 1859; Bernstein, Kritische Untersuchung über den Ursprung der Sagen von Abraham, Isaak und Jacob, Berlin, 1871; Tomkins, Studies on the times of Abraham, Londres (sans date). E. MANGENOT.

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