DONS SURNATURELS
classer et même simplement cataloguer les charismata.
— 1° Leur nombre. — Saint Thomas, Comment, in I Cor., lect. 2; Sum. theol. , 2a 2®, q. 111, a. 4, et les commentateurs qui le suivent, paraissent croire que le passage de saint Paul, I Cor., xn, 8-10, énumère tous les charismata , qui seraient ainsi au nombre de neuf : le don de parler avec sagesse, sermo sapientiæ; le don de parler avec science, sermo scientiæ; la foi, fides; le don de guérison, gratia sanitatum ; le don des miracles, operatio virtutum; le don de prophétie, prophetia; le don du discernement des esprits, discretio spiriluum ; le don des langues ou glossolalie, généra linguarum ; le don d'interprétation des langues, interprelalio sermonum. Mais cette énumération est incomplète, comme le prouvent deux autres textes du même Apôtre. Rom., xn, 6-8; I Cor., xn, 28-31. En combinant les trois passages ensemble, on voit qu’il faut ajouter à la liste précédente plusieurs dons spirituels, savoir : le don de gouvernement, gubernationes ; le don d’assistance, opitulationes, que saint Paul distingue nettement du don de guérison,
I Cor., xn, 28; et peut-être ce que l’Apôtre appelle distributio et misericordia. Rom., xii, 8. — 2° Leur classe- ! ment. — Saint Paul parait établir un certain ordre entre les charismata. I Cor., xii, 28; cf. xn, 8-10, et Ephes., iv, 11. Malgré ces indications, un peu vagues d’ailleurs, les Pères ne se sont guère préoccupés de leur classement, non plus que les commentateurs des xvp et xvne siècles en général. Saint Thomas, en revanche, traite la question et partage en trois groupes les neuf dons qui représentent à ses yeux tous les charismata. Le premier groupe comprend trois dons, sermo sapientiæ, sermo scientiæ, fides, qui sont destinés, d’après lui, à créer la persuasion dans l’esprit du prochain, en vue de son utilité spirituelle. Le second groupe est formé des quatre dons suivants, gratia sanitatum, operatio virtutum , prophetia , discretio spirituum, qui ont pour but de consolider la persuasion engendrée par les premiers. Et enfin le rôle du troisième groupe, généra linguarum , interpretatio sermonum, consiste à favoriser l’œuvre des deux autres, par les facilités qu’il offre sous le rapport des communications intellectuelles entre personnes étrangères. Cette théorie est plus ingénieuse que solide, comme on pourra s’en convaincre en lisant plus bas l’explication sommaire que nous donnons de chacun des charismata. Les commentateurs modernes ont adopté d’autres classements, dont le meilleur, à notre avis, est le suivant, qui partage les dons spirituels en quatre groupes. Dans le premier, il place les dons qui concernent l’enseignement des choses divines, sermo sapientiæ, sermo scientiæ; dans le second, ceux qui viennent à l’appui de cet enseignement, fides, gratia sanitatum, operatio virtutum; dans le troisième, ceux qui ont pour effet d'édifier, d’exhorter, de consoler les fidèles, ou qui servent à confondre les infidèles et à manifester leur état d’àme, prophetia, discretio spirituum , généra linguarum; interpretatio sermonum; enfin, dans le quatrième, les dons qui ont pour objet l’administration temporelle et les œuvres de charité, gubernationes , opitulodiones, distributiones. — 3° Leur explication sommaire. — Voici l'indication du sens qu’il convient d'attribuer à chacun d’eux. — 1. Il est particulièrement difficile d’assigner les différences qui séparent le sermo sapientiæ et le sermo scientiæ. Saint Augustin sentait si bien la difficulté, qu'il a donné de ces dons trois explications successives et différentes. Ad Simplic., il, q. 2, 3, t. XL, col. 140; De Trinit., xii, 14; xiii, 19, t. xlii, col. 1009 et 1033. Nous croyons, avec le P. Cornely, Comment, in I Cor., Paris, 1890, p. 3G9, que la sagesse désigne ici la connaissance des mystères les plus relevés du christianisme, et que par conséquent le don de parler avec sagesse n’est autre chose que la faculté de bien exposer ces mystères. Il est vraisemblable que cette faveur est la même que celle de l 'apostolat , j mentionnée par saint Paul en tête de la seconde énumé-
ration qu’il fait des charismata. I Cor., xn, 28. Ce n’est pas, pensons- nous, la fonction des Douze qui est visée par cette expression ; mais un don extraordinaire quelconque, conféré à ceux qui aidaient les Douze dans la prédication de l’Évangile et dans la fondation de nouvelles églises. Le nom d’apôtre a ce sens dans d'autres passages de l’Écriture , Act., xiv, 4; Rom., xvi, 7, etc., ainsi que dans la Doctrine des douze Apôtres, xi, xii, xiii, qui date de la lin du Ier siècle ou du commencement du IIe. Quant au don de parler avec science, il signifie probablement le don d’exposer comme il faut l’ensemble des vérités chrétiennes, en faisant servir à celte exposition les ressources de la science humaine. C’est le don qui convient aux docteurs. I Cor., xii, 28. — 2. Les trois dons du second groupe concernent le pouvoir de faire des miracles. Le premier, fides, est comme le genre dont les deux autres sont les espèces. 11 désigne, non la vertu théologale qui porte ce nom, mais la certitude morale et la confiance invincible que Dieu veut faire un miracle dans un cas déterminé. Le second, gratia sanitatum , yapterpara iap-ocTov/, signifie le pouvoir de guérir les maladies proprement dites. Le troisième, operatio virtutum, Èvipyrip-axa Suviuscov, est le pouvoir de faire des miracles en général. Le pluriel du texte grec semblerait indiquer que pour les deux derniers cas il y avait plusieurs variétés de thaumaturges. Mais nous n’avons aucun renseignement là-dessus. — 3. Les quatre dons du troisième groupe forment comme deux paires qui vont ensemble et se complètent mutuellement : d’une part, prophetia et discretio spirituum; de l’autre, généra linguarum et interpretatio sermonum. La prophétie en question était surtout le don d’édifier, d’exhorter et de consoler le prochain. I Cor., xiv, 3. Pour remplir cette fonction avec plus d’autorité et d’efficacité, le prophète recevait quelquefois le pouvoir de pénétrer le secret des consciences, I Cor., xiv, 25, et de prédire au besoin l’avenir. Le discernement des esprits était le don de reconnaître le caractère authentique et l’origine exacte du merveilleux qui était alors fréquent, en distinguant le surnaturel divin des contrefaçons diaboliques et des analogies humaines. La glossolalie était, d’après l'interprétation vulgaire, le don de parler plusieurs langues, mais il ne faut pas confondre ce don avec la faveur très spéciale qui fut accordée aux Apôtres le jour de la Pentecôte. Saint Paul laisse entendre clairement que le glossolale ne comprenait pas toujours les langues qu’il parlait et n’était pas compris davantage de la foule, s'il ne possédait en même temps le don d’interpréterces langues. I Cor., xiv, 1-25. Ce n'est donc pas en vue de la prédication ou de l’enseignement qu’on recevait la glossolalie, mais en vue de la prière et des louanges divines. — 4. Restent les opitulationes, àvxtX-q pul/gtç , et les gubernationes , xuëspvïjo-si;. La plupart des anciens commentateurs latins entendent par là, bien à tort, selon nous, certaines fonctions du ministère ecclésiastique ordinaire. Le premier nom désignerait, d’après eux, les personnes qui viennent en aide aux pasteurs spirituels dans le gouvernement général des églises, comme les archidiacres pour les évêques; et le second s’appliquerait au clergé paroissial. Nous croyons, avec saint Chrysostome, loc. cit., et la plupart des interprètes modernes, qu’il s’agit là de dons extraordinaires : le premier concerne probablement le soin des pauvres et des malades ; le second, l’administration temporelle des églises. Le contexte, I Cor., xii, 28, ne permet pas de supposer que saint Paul ait voulu intercaler des fonctions ordinaires du ministère ecclésiastique dans une énumération des charismata.
S'il règne une certaine obscurité pour le détail de ces dons spirituels, leur signification générale, en revanche, est très claire, ainsi que leur raison d’être. En somme, ils ne sont pas autre chose qu’une manifestation extraordinaire de la présence et de l’action perpétuelle de