FRAGMENT DU TEXTE HÉBREU DE E’ÉCCLÉSIASTIQUE
Manuscrit d’Oxford (fol. i, recto)
(ECG U., xl, 9a - xli, 2(3b)
LETOUZEY et ANÉ éditeurs
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FRAGMENT DU TEXTE HÉBREU DE L’ÉCCEÉSIASTIQUE M anuscrit d’Oxford (fol. 9, verso)
(ECCLI., xLvm , 24a — \li\, 12b)
ECCLESIASTIQUE (LE LIVRE DE L’
blances historiques. La découverte des fragments hébreux est venue confirmer de tout point sa conclusion. — Faite sur le grec, cette traduction a été considérablement corrompue par les nombreux copistes qui l'ont reproduite et souvent ont essayé de la corriger : de là ces mots altérés que l'on relève en comparant entre eux les divers manuscrits latins ; de là plusieurs de ces doublets qui reproduisent côte à côte deux traductions de la même expression grecque. Voir Dioryx, col. 1438. — Considérée en elle -même, cette version est rédigée dans un latin très défectueux. On y rencontre des barbarismes ou au moins des mots qui ne sont employés nulle part ailleurs dans la Vulgate. Westcott signale : defunctio, i, 13; reciprocitas, i, 17, 18, 26; compartior,
I, 24; inhonoralio, i, 38; obduratio, il, 2; v, 1, 10; receptibilis, il, 5. En plus d'un cas, le traducteur s’est borné à reproduire le terme grec en lui donnant une terminaison latine (acharis, xx, 21, etc.). — Si on la compare avec le grec, qui lui a donné naissance, on remarque que le traducteur serre d’assez près son texte, sans scrupule toutefois. Il n'hésite pas à ajouter des mots pour compléter le sens, xxxix, 28a, 29e, etc., à rendre les termes grecs par des locutions qu’il juge équivalentes, XL, 6b, llb, etc., mèmè à adoucir certaines expressions, sous l’influence de préoccupations doctrinales ou autres, xliii, 29b; xl, 13% Parfois aussi il suit des leçons grecques déjà fautives; parfois il lit mal de bonnes leçons. — La version latine semble d’ailleurs avoir été faite sur un manuscrit déjà corrigé ; elle est assez apparentée avec la famille à laquelle appartient le Codex 248. En certains cas aussi, la version latine parait avoir été retouchée et corrigée d’après des manuscrits grecs déjà revus sur l'hébreu. — il faut enfin noter la présence dans le latin de nombreux versets additionnels qui ne figurent pas dans le grec; notons parmi les principaux passages : i, 17-19, 26, 35b ; II; 2b, 3% 6e, 10, 16b, 21; ni, 1, 4», 10b, i6j 24b, 28, 32; iv, 21, 27; ix, 10, 11; x, 11, 21; xiii, 9, 11; xiv, 21; xv, 15, 22; xvi, 25, etc. Ces versets sont ou bien des répétitions sous une forme légèrement modifiée des versets qui les précèdent, ou bien des gloses intercalées par le traducteur ou par les copistes. — La version latine de la Vulgate est antérieure à saint Jérôme et sur plusieurs points défectueuse; sous quelques autres rapports, elle est supérieure au textus receptus des Septante, à cause de la supériorité des manuscrits sur lesquels elle a été faite ou corrigée.
VIII. Version syriaque. — Les manuscrits de la version Peschito de l’Ecclésiastique ne présentent que très peu de variantes. — La comparaison de cette version avec les fragments hébreux détruit toute espèce de doute quant à sa provenance. Elle a été faite sur l’original hébreu et non sur le grec, ainsi qu’on l'a prétendu quelquefois. La preuve la plus forte de cette assertion est fournie par des fautes de traduction dont l’origine est inexplicable par le grec et s’explique très bien par l’hébreu (xl, 3; xli, 6b).
11 serait plus difficile de dire à quelle famille de manuscrits hébreux cette version se rattache. — Quand on l'examine de plus près, on constate qu’elle présente beaucoup de lacunes. Ainsi, dans les chapitres xxxix-xliv, on re- I marque que le syriaque n’a pas les passages suivants : xxxix, 20 b, 30= a ; XL, 6ab, y, qo, 14% 18a ; xli, 4»b% 9ac, 10% 11», 13-19»; xlii , 1-8, 10bc, 14; xliii, 1, 9% 11-13; xliv, 3abc, 4ab, 9e, 15% 16. II. semble que ces lacunes sont dues à l’état du manuscrit hébreu dont se servait le traducteur; en plusieurs cas, en effet, celui-ci cherche à suppléer à ces lacunes par des phrases destinées à relier des idées dont la suite est interrompue. D'ailleurs le traducteur syriaque prend avec son texte de grandes libertés. Parfois il adoucit ce qui lui paraît trop fort, xl, 28; souvent il glose, xxxix, 32; surtout xl, 26e d ; xlii, 18-19, etc. On conçoit que, exécutée dans de pareilles conditions, cette version offre peu de ressources à la critique. Elle en offre d'autant moins, que visiblement elle !
a été corrigée d’après le grec; c’est ainsi que, par exemple, le chapitre xliii a été rendu entièrement conforme à la version alexandrine. Quand la version syriaque n'a pas été corrigée et quand l'auteur n'a pas glosé, elle peut néanmoins rendre quelques services.
IX. Comparaison générale de l'Ecclésiastique et des Proverbes. — Le livre de l'Ecclésiastique est à rapprocher du livre des Proverbes pour le fond et pour la forme. — 1° Pour le fond. Dans le recueil de Ben Sirach comme dans le recueil salomonien, l’étude de la sagesse occupe le premier plan. L'un et l'autre de ces ouvrages considèrent la hokmclh ou « Sagesse » dans son origine divine et dans les communications auxquelles les hommes sont appelés à participer; ils montrent par une foule de préceptes quelle influence pratique cette sagesse divine doit avoir sur la vie humaine. — Comme les Proverbes, l'Ecclésiastique renferme des maximes détachées et des portraits de plus longue étendue. — Une première différence entre ces deux livres, c’est qu'en général dans Ben Sirach la pensée est plus longuement développée que dans les proverbes salomoniens , et que les maximes isolées sont relativement rares dans son livre. Jésus fils de Sirach aime à prouver ce qu’il avance. Il ne lui suffit pas, comme aux auteurs des Proverbes, de résumer sa pensée en un distique piquant et facile à retenir. Il la développe, il l’explique, il la prouve, il l’analyse, il la détaille. On a cherché les raisons de cette différence entre les auteurs des deux grands recueils de la poésie gnomique juive : on a beaucoup insisté sur l'influence des milieux dans lesquels ils écrivaient ; il est plus simple peut-être et plus sage de se borner à constater le fait que de vouloir à tout prix l’expliquer. — Une seconde différence consiste en ce que les sujets traités dans l'Ecclésiastique se suivent généralement mieux, s’enchaînent selon un ordre plus logique que dans les Proverbes. — Enfin les chapitres xliv-xlix du livre de Ben Sirach forment un tout à part, auquel rien ne correspond dans le livre salomonien. — 2° Au point de vue de la forme, les ressemblances sont aussi très grandes entre le livre de Ben Sirach et le recueil des Proverbes. L’un et l’autre se rattachent au genre gnomique. Us sont fidèles l’un et l’autre aux règles du parallélisme, et ils savent également prévenir la monotonie que ce procédé de composition produirait facilement en y introduisant la plus grande variété possible; les différentes espèces de parallélisme, synonymique, antithétique, synthétique, se succèdent pour le plus grand agrément du lecteur. — Il est très rare que Ben Sirach s’écarte de cette règle fondamentale de la poésie hébraïque. 11 semble même, si l'on en croit le Dr Bickell, dans la Wiener Zeitschrift, 1892, p. 87, s’être astreint aux règles les plus précises de la métrique hébraïque, avoir, en un mot, donné à son livre une forme strictement poétique. Ben Sirach sait d’ailleurs parfaitement accommoder son stjle au sujet qu’il traite et passer du ton didactique le plus calme au lyrisme le plus enthousiaste.
X. Analyse de l’Ecclésiastique. — Il est impossible de discerner les détails du plan d'un livre tel que celui qui nous occupe. On peut toutefois y distinguer deux parties nettement distinctes: i-xlii, 14, et xlii, 15-l, 21.
1° La première partie ne peut être divisée d’une manière rigoureuse. Les titres que renferme le grec dans la partie centrale de cette collection, xvm, 30-xxxm, 25, ne sont pas de nature à nous guider; ils correspondent à des morceaux de détail et ne nous disent rien sur le plan d’ensemble. — Voici, à titre d’exemple, la division générale proposée par Fritzsche. Après le Prologue du traducteur, la première partie du livre comprendrait cinq sections: i-xvi, 21. Nature de la Sagesse, invitation à s’adonner à sa poursuite, et instructions sur la manière de se conformer à ses exigences. — xvi, 22-xxm, 27. Le Seigneur dans la création et la position de l'homme par rapport à lui. Indications sur la manière dont l'homme