‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 156 sur 485 · ÉCRITURE HÉBRAÏQUE · texte numérisé non relu

ÉCRITURE HÉBRAÏQUE

pas auparavant l'usage de l'alphabet, les Israélites le j prirent durant leur séjour dans la terre de Gessen. Igno- j rant la langue des Égyptiens, Gen., xlii, 23, ils ne furent guère sans doute initiés aux hiéroglyphes. Ne se mêlant pas avec la population égyptienne, habitant près de la frontière, en contact avec des Chananéens, ils adoptèrent plutôt l’écriture phénicienne, qui servait à reproduire une langue voisine de la leur. D'ailleurs ils comptaient parmi eux, durant la persécution, des chefs d’équipe qui, sous les ordres des officiers royaux, surveillaient les corvées. Exod., v, 6, 10, 15. On les nommait sôterim, c’està-dire « scribes ». Ils savaient écrire et ils notaient la présence de tous les ouvriers, la quantité de matériaux employés et la besogne accomplie. Les quatre derniers livres du Pentateuque nous fournissent d’autres renseignements qui montrent que les Israélites faisaient au temps de Moïse un usage fréquent de l’écriture. Sans

Jud., viii, 14. Lorsque la royauté fut établie en Israël, Samuel rédigea le pacte de la monarchie et le déposa auprès de l’arche. I Reg., x, 25. A partir de cette époque, l’usage de l’écriture fut très répandu. David et ses successeurs eurent auprès d’eux une sorte de secrétaire d’État , qui rédigeait et conservait les actes publics. Les annales du royaume furent tenues régulièrement depuis Salomon. Malheureusement nous ne possédons aucun document de ces temps reculés. Les plus anciennes inscriptions sémitiques sont seulement du IXe siècle avant Jésus-Christ. Nous pouvons suivre dès lors les modifications successives de l'écriture hébraïque.

3° Développement de l'écriture hébraïque. — Au moment où nous la trouvons, cette écriture est encore presque identique avec l’écriture phénicienne. Cependant les deux alphabets se diversifient déjà dans deux sens divergents, qui donneront deux types différents. Les diver-

519. — Inscription phénicienne sur le bord d’une coupe en bronze dédiée à Baal-Lebanon.

Cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale de Paris. — D’après le Corpus inscriptionum semiticarum, part, i, 1. 1, pl. iv, n° 5. Partie supérieure de la coupe : n rwru nv/N~a jiah V/nb ;n> tN QJis qbo D~in T3y nunnmp pDi. « ... Sôlcen de

Qarfahdast , serviteur de Hiram, roi des Sidoniens. Il a donné ceci à Baal-Lebanon, son seigneur, des prémices de l’airain... » — Petit fragment h gauche : X nvnnnp pD 310, « ...tob, Sôlcen de Qartahdast... » — Petit fragment il droite : ’HN p3 h by[3b], « ... [à Ba]al-Lebanon, son seigneur. »

parler des tables du Décalogue, gravées par Dieu luimême, Exod., xxiv, 12; xxxi, 18; xxxii, 15 et 16, etc., Moïse écrit par ordre divin le récit de la victoire remportée sur Arnalec, Exod., xvii, 14; les conditions de l’alliance avec le Seigneur, qu’il lut au peuple, Exod., xxiv, 4 et 7 ; la suite des campements depuis Ramessès jusqu’au mont Hor, Num., xxxm, 2; le livre de la Loi, qu’il remit aux lévites et aux anciens. Deut., xxxi, 9. Cf. xxvm, 58 et 61 ; xxix, 20 et 27 ; xxxi, 19-26. Les noms des tribus d’Israël sont gravés sur l’éphod d'Aaron. Exod., xxvm, 9-12. Une inscription se lit sur la lame d’or qui servait de coiffure au grand prêtre. Exod., xxvm, 36, et xxxix, 29. Les noms des tribus sont écrits sur douze verges. Num., xvii, 2. Le piètre devait transcrire les malédictions lancées contre la femme adultère , et les effacer dans les eaux amères que l’accusée devait boire. Num., v, 23 et 24. Chaque Israélite était obligé d’écrire sur sa porte le Décalogue. Deut., vi, 9; xi, 20. Le mari qui répudiait sa femme était tenu de lui remettre un acte de divorce. Deut., xxiv, 1. Moïse ordonne au peuple d’écrire sur des pierres une partie de la législation, Deut., xxvii, 2-8, et cet ordre est exécuté après le passage du Jourdain. Jos., vin, 32. Une description du pays de Chanaan est écrite dans un livre pour préparer le partage entre les tribus. Jos., xvm, 6-9. Le renouvellement de l’alliance divine fut rédigé par Josué dans le volume de la Loi du Seigneur. Jos., xxiv, 26. Un jeune homme de Soccoth écrivit pour Gédéon les noms des notables de l'endroit.

gences se produisent sous l'influence de la rapidité du mouvement, qui amène la main à se soulever le moins possible. Le plus ancien spécimen du type phénicien est une inscription tracée sur le bord d’une coupe en bronze, qui a été découverte, vers 1876, dans l’ile de Chypre, et qui est dédiée au dieu Liban (fig. 519). Le caractère archaïque de l’écriture oblige à placer cette inscription au plus tard à 800 ans avant notre ère. Quelques pierres gravées, telles que le sceau de Molokram, trouvé sous le pied d'un des grands taureaux ailés du palais de Khorsabad, appartiennent à la même période. Certaines inscriptions de Sardaigne, quoique plus récentes, reproduisent le même type. Dans les épigraphes tracées sur les jambes d'un des colosses du grand temple d’Ipsamboul, entre 650 et 595 avant notre ère (fig. 520), l’écriture phénicienne est en voie de transformation; quelques lettres ont déjà la forme du phénicien classique. La stèle de Byblos offre l’exemple le plus remarquable de cette écriture de transition. La plupart des caractères y ont une tournure moderne. Les inscriptions les plus récentes (400-100 avant J.-C.) se rapportent à trois types bien distincts : le type sidonien, dans l'inscription du sarcophage d’Esmunazar, vers 380; le type cypriote, dont le sommet des lettres s’entr’ouvre, et le type carthaginois , dont l’écriture est plus légère et plus élancée. Par une dernière modification, l’écriture phénicienne aboutit en Afrique, sous la domination romaine, à l’alphabet néo-punique. Ph. Berger, Histoire de l’écriture dans l'antiquité, Paris, 1891, p. 169-187.

écriture hébraïque

De son côté, l'écriture hébraïque se développe dans une direction différente. Nous en possédons peu de monuments. Bien que moabite, la stèle de Mésa appartient à la même famille paléographique que l’hébreu. L’inscription qui y est gravée reproduit la série complète des lettres de l’alphabet. On y observe déjà une tendance marquée à pencher les caractères et à recourber leur queue. Les lettres quiescentes y sont employées plus souvent que dans le phénicien. Tous les mots sont séparés l’un de l’autre par un point. L’écriture présente des traces d’usure qui attestent un emploi déjà assez long de l’alphabet. Elle a aussi les traits distinctifs qui deviendront les marques caractéristiques de l’écriture hébraïque. Les angles sont très aigus et fortement accusés ; les barres transversales du hé, du iod, du zaïn et du tsadé acquièrent une importance qu’elles n’ont pas en phénicien ; le vav présente une forme arrondie très particulière. Ces caractères sont encore plus sensibles sur les pierres gravées

jours dans l’écriture samaritaine. Les monuments de cette écriture sont des manuscrits du Pentateuque et des inscriptions provenant de Naplouse. Les manuscrits ne remontent pas au delà du Xe siècle de notre ère. Les inscriptions sont plus anciennes. On a voulu les rapporter à l’époque du temple de Garizim, qui fut détruit l’an 120 avant J. -C. Mais, plus probablement, elles sont seulement antérieures à la révolte des Samaritains sous Justinien Ier, en l’an 529 de notre ère. L’alphabet qu’elles reproduisent est sensiblement le même que celui des manuscrits, et il dérive de l’ancienne écriture hébraïque. Les enjolivements y tiennent une trop grande place et donnent à l’écriture samaritaine quelque chose de factice et de capricieux. Elle parait s’être arrêtée à un moment de son développement et être devenue hiératique. Anguleuse et massive, elle se replie sur elle-même et elle s’immobilise dans ses caractères stéréotypés. Ph. Berger, Histoire de l'écriture dans l'antiquité, p. 188-204.

£20. — Inscription phénicienne des colosses d'Ipsamboui. D’après le Corpus inscrïpUonum semiticarum , part, i, pl. xx, n° 112. C’est une série de gra/Jiti, contenant des noms propres. Voir ibid., p. 131-135.

à légendes hébraïques. Mais ces cachets n’ont que très I peu de lettres. Un monument plus complet, c’est l’ins- j cription commémorative du percement du canal de Siloé. | Voir t. r, col. 805-806. Il date du règne d’Ézéchias, de la fin du vin* siècle. Les mots sont séparés par un point , comme dans l’inscription de Mésa (voir Mésa). Les lettres ont quelque chose d’archaïque et de heurté; leurs profils sont nettement accusés. Les queues, déjà penchées sur la stèle de Mésa, se replient de plus en plus sous la lettre.

Telles sont les modifications qu’a subies l’écriture monumentale. Nous ne pouvons, faute de documents, suivre les transformations de la paléographie manuscrite. Il nous est impossible de savoir si l’écriture a subi les mêmes changements dans les manuscrits que sur les monuments. Nous pouvons soupçonner seulement, d’après la règle générale et par analogie avec l’écriture araméenne, que l’écriture manuscrite des Hébreux s'est altérée plus vite que celle des inscriptions. Une grande lacune nous dérobe pendant plusieurs siècles l’écriture hébraïque, et, quand nous la retrouvons, elle est totalement modifiée; elle s est confondue avec l’écriture araméenne, dont est sorti 1 hébreu carré. Cependant , même après cette substitution, l’ancienne écriture a persévéré dans la numis- j matique. Sous les Machabées , quand l'hébreu carré est J déjà devenu l’écriture courante, les monnaies frappées I par Simon et ses successeurs ont toutes des légendes en j caractères archaïques. Le même retour aux formes anciennes se retrouve sur les monnaies de Barcochébas, dont la révolte amena la ruine définitive du judaïsme, en l’an 184 après Jésus -Christ.

L alphabet phénicien a même persévéré jusqu'à nos

4° Manière dont l’écriture phénicienne était transcrite.

- Les verbes qui désignent l’action d’écrire, kâlab , bê’êr, hdrat , « tailler, sculpter, » nous indiquent que l’écriture fut d’abord gravée. Nous savons que les Hébreux ont gravé sur la pierre des inscriptions commémoratives ou des textes assez courts, comme le Décalogue et des passages de la Loi. Exod., xxxi, 18; xxxiv, 28; Deut., xxvii, 8; Jos., vm, 32. Ils écrivaient aussi sur des plaques de métal, Exod., xxvm, 36; Job, xix, 24, et sur des tablettes de bois. Num., xvn, 3; Ezech., xxxvn, 16 et 17. Mais cette écriture monumentale ne pouvait être employée pour les œuvres littéraires un peu étendues, ni dans l’usage ordinaire. On ne voit pas que les Israélites aient eu coutume d’écrire sur l’argile, comme on le faisait à Ninive et à Babylone. Une Bible écrite sur des briques exigerait une grande bibliothèque pour la loger. Nous n’avons pas de renseignements explicites sur la matière dont les Hébreux se servaient pour écrire leurs livres. Mais le nom de « rouleau », megillâh, Ps. xxxix, 8; Jer., xxxvi, 2; Ezech., il, 9; iii, 1-3; Zach., v, 1-2, laisse supposer que les livres étaient formés d’une matière flexible, peau préparée, papyrus ou étoffe. Des bandes de papyrus ou de cuir étaient rattachées l’une à l’autre et s’enroulaient autour de deux bâtons. De simples feuillets de papyrus ou des morceaux de parchemin servaient à recevoir des écrits plus courts. On n’écrivait que d’un seul côté. Dans les rouleaux, le texte était disposé en colonnes perpendiculaires, allant de droite à gauche. Les pages étaient appelées delà tôt, « portes, » Jer., xxxvi, 23, probablement à cause de leur ressemblance avec une porte rectangulaire.

Les caractères étaient gravés sur la pierre avec un

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