EMMANUEL
ont essayé de tourner la difficulté en appliquant vu, 14-16 | à deux enfants distincts. Selon eux, le y . 14 se rapporterait seul au Messie, et les ÿjC 15 et 16, ou au moins le f. 16, désigneraient un autre enfant, soit l’un des fils d’Isaïe, Se’dr-Ydsûb (Draeh, De l’harmonie entre l’Eglise et la Synagogue, Paris, 1844, t. il , p. 185-186) ou Maher- salai -has-baz, soit un enfant indéterminé. (Trochon , Les prophètes, Isaïe, Paris, 1883, p. 61.) Mais rien dans le texte ne laisse soupçonner ce changement de personne, qui serait choquant, s’il existait. D'ailleurs, dans l'original, le terme na'ar, « l’enfant, » est précédé de l’article, ha-na'ar, et signifie « cet enfant », celui dont il vient d'être parlé. Les ÿÿ. 15 et 16 conviennent donc à Emmanuel. L’annonce de la naissance tardive de cet enfant divin a néanmoins un rapport réel avec l’époque d’Achaz et d’Isaïe. Le prophète, en effet, a vu dans un même tableau la naissance virginale d'Emmanuel et la délivrance prochaine de son peuple. L "almâh et son fils étaient présents à son esprit d’une présence idéale. Dès lors il a pu par anticipation se servir de leur existence pour fixer une date, celle à laquelle ses compatriotes seront délivrés du danger qui les menace; il a dit: Avant que se soit écoulé le temps qu’il faudrait à Emmanuel, s'il naissait de nos jours, pour sortir de l’enfance, Israël et la Syrie seront dévastés. "Vigoureux, Manuel biblique ,
9e édit., 1896, t. n, p. 639; Fillion, Essais d’exégèse, Lyon et Paris, 1884, p. 89-99; Corluy, Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1884, t. I, p. 418-419. Cependant le P. Knabenbauer, qui avait accepté cette explication, Erklàrung des Propheten Isaias , Fribourg-en- Brisgau, 1881, p. 125, l’a abandonnée et en a proposé une autre, Commentarius in Isaiam prophetam , Paris, 1887, t. i, p. 185-190. Il estime que dans la pensée du prophète Emmanuel n’est pas lié au temps actuel, et que sa naissance n’est pas un signe de la délivrance prochaine de Juda. Ce signe est donné plus loin. Is. vm, 1-4. Le prophète annonce simplement qu’Emmanuel, quoique fils de David, naîtra dans une humble condition et sera privé du royaume temporel de sa race. Il mènera une vie pauvre , afin d'apprendre ainsi à pratiquer la vertu et la souffrance, et sera doué d'une piété et d’une sainteté insignes. Mais auparavant, et dans ce but, la terre de Juda sera dévastée et abandonnée. De fait, Jésus, le véritable Messie, a mené une vie pauvre et sainte sur la terre de Juda, privée de son autonomie et soumise au joug de l’étranger.
La seconde fois qu’Isaïe parle d'Emmanuel, il indique d’un mot ses glorieuses destinées, vm, 8 et 10. Après avoir annoncé la dévastation d’Israël et de Juda par les Assyriens, il interpelle directement Emmanuel et s’écrie dans sa détresse : « Les armées ennemies couvrent de leurs ailes toute ta terre , ô Emmanuel ! » Cette terre envahie, c’est sa terre, celle dont il est le roi, puisqu’elle lui appartient; qu’il vienne lui-même à son secours, pour qu’elle ne périsse pas, A cette pensée, la confiance renaît dans le cœur du prophète, et, s’adressant à tous les ennemis de Juda, il leur prédit que vaines sont leurs coalitions, vains leurs projets et leurs discours. Une seule | raison, signifiée par le nom d’Emmanuel, justifie sa confiance, ki ' Immânû-' El, « parce que Dieu est avec nous » et nous protège. Emmanuel sera donc un roi de Juda, un roi puissant, qui sauvera son peuple. Knabenbauer, Comment, in Isaiam prophetam, 1887, t. i, p. 204-207.
— Les caractères de sa royauté sont décrits plus loin, ix, 6-7. Les tribus de Zabulon et de Nephthali et les habitants de la Galilée des gentils, qui avaient particulièrement souffert de l’invasion assyrienne, recevront les premiers la lumière de l’Évangile, apportée au monde par un enfant royal, qui n’est pas nommé, mais qui ne peut être qu’Emmanuel , le roi -Messie. Or cet enfant sera le Conseiller divin, le Dieu fort, le Père de l’éternité et le Prince de la paix; il sera réellement 'Immânû 'El, a Dieu avec nous; » ’El gibbôr, « Dieu fort, » un héros Dieu,
| Dieu par nature. Knabenbauer, In Isaiam, p. 223-229. — Enfin tout le chapitre xi est consacré à dépeindre Emmanuel et les biens qu'il apportera à la terre. Ce roi sortira de la race presque éteinte de David; il sera rempli de l'esprit de Dieu et gouvernera avec justice, sans erreur ni acception des personnes. Sous son sceptre, le peuple de Jéhovah, délivré du joug des oppresseurs, goûtera la paix la plus profonde. Cette paix est symbolisée par les images les plus riantes : le mal aura disparu de la sainte montagne du Seigneur ; les nations idolâtres se convertiront en masse et viendront partager avec les Juifs le bonheur de vivre sous des lois douces et parfaites. De l’aveu de tous les commentateurs, ces caractères du règne d’Emmanuel sont évidemment messianiques. Emmanuel désignait donc, dans la pensée d’Isaïe, le Messie attendu des Juifs et venu en la personne de Jésus-Christ. Knabenbauer, In Isaiam, p. 265-291.
IL Signification du nom. — Emmanuel est un nom composé dans la composition duquel entre le nom de ’El, a Dieu. » Par lui -même, il présage la protection divine sur Juda; il est un gage assuré que Dieu se portera au secours de son peuple menacé. Ur l’enfant à qui ce nom est donné est le Messie, et eu fait, d’après l’interprétation de saint Matthieu, i, 23, le Messie est Jésus, le Fils de Dieu incarné dans le sein de la Vierge Marie. Le nom d’Emmanuel n’est donc pas seulement un gracieux emblème de la protection divine, une consolante promesse d’avenir. Voir Érasme, Apologia de tribus locis quos ut recte taxatos a Stunica defenderat Sanctius Caranza tlieologus, Opéra, Leyde, 1706, t. ix, col. 401-404. Suivant l’explication des Pères, saint Irénée, Adv. hæreses, 1. ni, ç. xxi, n° 4, t. vu, col. 950, et 1. iv, c. xxxiii, n° 11, col. 1080; Lactance, Divin. Inslit., L iv, c. xii, t. vi, col. 479; saint Épiphane, Hæres. liv, n° 3, t. xli , col. 965; saint Chrysostome, In Isaiam, i, n° 9, t. lvi , col. 25; Théodore!, In Isaiam, vn, 14, t. lxxxi, col. 275, ce nom avait une signification plus profonde, qu’Isaïe n’avait peut-être pas vue. Il prédisait la nature divine du Messie, qui est véritablement Dieu avec nous, Dieu fait homme, venant dans le monde et y vivant humble, pauvre et doux. Cf. S. Thomas, Sum. th., ni, 37, a. 2, ad l"m, et Bossuet, Explication de la prophétie d’Isaïe, 3« lettre, Œuvres, Besançon, 1836, t. vi, p. 462. — Pour la bibliographie, voir 'Almah, t. i, col. 397. E. Mangenot.
2. EMMANUEL, fils de Salomon (’lmmanuel ben Selomo), exégète grammairien et poète juif, né à Rome vers 1272, mort dans la première moitié du xiv° siècle. Après avoir vécu un certain temps à Rome , il se fixa à Fermo, dans la Marche d’Ancône. On a de- lui un commentaire sur les Proverbes de Salomon, qui a été pu bl ié, in-f°, à Naples, en 1486, avec plusieurs commentaires de divers auteurs, comme de Kimchi sur le Psautier, de Raschi sur l’Ecclésiaste , etc. Les autres commentaires d'Emmanuel sont restés manuscrits : ainsi un commentaire sur le Pentateuque (Codex de Rossi 404); un com- | mentaire sur les Psaumes, dont de Rossi a publié des fragments sous ce titre : R. Immanuelis, f. Salom., sclwlia in selecta loca Psalmorum , in-8°, Parme, 1806. La Bibliothèque Nationale possède un manuscrit incomplet de ce commentaire au n° 233, et aussi un commentaire sur Job, sur le Cantique des cantiques (235). Outre d’autres copies de ces deux derniers ouvrages, de Rossi signale encore des commentaires manuscrits de Ruth, des Lamentations, d’Esthcr, et un ouvrage manuscrit sur la grammaire et la critique biblique, intitulé ’Ebén bôhan. 11 a paru du même auteur un traité sur l’état des âmes après la mort, intitulé Hattôfét vehâ'êdén , « L’enfer et le ciel, » in-8°, Prague, 1613. Voir M. Steinschneider, Immanuel, Biographische and literalurhislorische Skizze, in-8°, Berlin, 1843; J. Fürst, Bibliotheca judaica, in-8°, 1863, t. ii, p. 92-93. E. Levesque.
EMMAÜS
EMMAUS, nom de localité cité I Mach., m, 40, 57 ; iv, 3; IX, 50, et Luc., xxiv, 13. Selon plusieurs palestinologues , ce nom , dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau, désigne une seule et même ville; selon d’autres, il est attribué à deux localités différentes. Après avoir parlé d’abord de la ville nommée I Mach., point sur lequel l'accord est à peu près général, nous exposerons en second lieu la question, sur laquelle porte la controverse, de l’Emmaüs évangélique, en résumant aussi fidèlement que possible les arguments pour et contre la distinction et en faisant connaître les diverses identifications proposées.
1. EMMAÜS (selon le texte reçu: ’Etxpao'jp.; Codex Alexandrinus : ’ Aixp.acr.lv et ’A|x[xa&'l[x; Codex Sinaiticus: ’Appaoû , ’Ajxixaoôç, ’ Aixu.acr.lv et ’Eixixacrjv ; Vulgate : Emmaum; I Mach., ix, 50, Ammaum ; version syriaque : ' Aina’ us ; les anciennes versions arabes et presque toutes les modernes: 'Amu’âs ou 'Ammu'âs) , ville de Judée.
I. Nom. — Dans Josèphe, ce nom est écrit ’EppaoOç, ’Appaoü; et quelquefois ’Agtxo-jç. Dans les Talmuds, l’orthographe en est très variée; on lit tantôt 'Emma' ûs ou ' Anima’ ûs , avec 1 (y); tantôt ’Emma’ûs ou ’ Anima’ ûs, avec ’ (n), et aussi 'Emis, 'Ema'im et ’Ema’ûm. Cf. A. Neubauer, Géographie du Talmud, in-8°, Paris, 1868, p. 100. Les Græca fragmenta libri nornina hebraicorum, Patr. lut., t. xxm, col. 1 162, en traduisant ’Ejxpaoùç, ).aov àuoppc'i|/avToç, populis abjicientis, supposent la forme 'Am-mo’ês, des deux racines 'am, « peuple, » et ma’às, « rejeter; » la traduction de saint Jérôme, populus abjectus , indique la forme 'Am-ma'ôs. Si cette étymologie est grammaticalement acceptable, sa signification la fait paraître peu vraisemblable. Conder propose le nom Ikhma (68) de la liste de Karnak comme pouvant être Emmaüs. l'entwork in Palestine, in-8°, Londres, 1879, t. n, p. 345. — Un grand nombre d’entre les commentateurs ont vu dans ce nom une transcription de l’hébreu Hammâh ou Hammât , araméen Hamta’, ou de Hammi, Hamma’i ou Hamnia'îm, « chaleur » ou « lieu chaud », ou encore « eaux chaudes », de la racine hâmam, « être chaud. » Cf. Polus, Synopsis criticorum, Francfort-surle-Mein, 1712, t. iv, col. 1065; Reland, Palæstina, in-4°, Utrecht, 1714, t. i, p. 428; Confrère, Onomasticon , édit. J. Clerc, in-f°, Amsterdam, 1707, p. 68, note 4; Christ. Cellarius, Notitiæ orbis antiqui, in-4°, Leipzig, 1706, t. il, p. 558. Cette opinion est fondée principalement sur l’interprétation 6ip|xa,« bains chauds, thermes, » donnée par Josèphe à une localité située près de Tibériade, dont le nom est écrit ’Aggaoü; et ’AixaoOç dans la plupart des éditions de cet historien. Ant. jud., XVII t, n, 3; Bell, jud., IV, i, 3. Mais, dans ces mêmes passages, Niese, en ses deux éditions des œuvres de Josèphe, rejette ces leçons pour adopter celle d”A|xtxa0ovç , qui se lit dans tous les manuscrits collationnés par lui , sauf un : ce résultat infirme les leçons ’Ap-gaoü; ou ’AixaoO? et l’étymologie basée sur elles. — Quelques écrivains ont pensé qu’Emmaüs n’est pas dilférente d’Amosa1. Jos., xvm, 27. Cf. V. Guérin, Description de la Judée, t. i, p. 294; de Saulcy, Dictionnaire topographique abrégé de la Terre Sainte, in-8°, Paris, 1877, p. 131; J. -B. Guillemot, Emmaüs - Nicopolis, in-4°, Paris, 1886, p. 11. Cette étymologie pourrait ne pas paraîlre invraisemblable, si les indications topographiques du livre des Machabées et celles de l’histoire ne fixaient point, comme nous le verrons, la position d’Emmaüs dans le territoire de la tribu de Dan, tandis qu’Amosa doit être cherchée dans les limites de Benjamin. Voir Amosa, t. i, col. 518-520; Benjamin (tribu de), t. i, col. 1589-1593. — Le R. P. van Kasteren propose comme plus probable le nom de 'Ammaôn. Il dériverait de 'am et maôn, et la signification de « divinité qui unit les familles » aurait une analogie frappante avec Baal-Méon, ville de Moab, dont les Grecs ont fait BeeXpaoéç, comme ils ont fait ’Eiygoé; de Hésébon, ’AXoô; (AîaXojç [?]) de Aialon. Le nom d’Emma, par lequel
1 Josèphe, Ant. jud., VI, xm, 6, transcrit celui de Maon; le nom d’Ammaon ou Arnuon donné par saint Ambroise, Comment, in Lucam , 1. x, 173, t. xv, col. 1847, et en plusieurs autres passages, au deuxième disciple d’Emmaüs, et la forme du génitif ’Ejx[xao0vToç et Emrnauntis, confirmeraient cette opinion. Le même écrivain ajoute qu’il ne serait peut-être pas impossible qu’une forme Hammon ou Amnion eût été allongée en ’AjxtxaoO;, comme Mégiddon (Mégiddo) en MsyyeSaoûç. Revue biblique, Paris, 1892, p. 648-649. • — L’opinion commune chez les habitants de la Palestine tient qu’Emmaüs est le nom ancien et primitif, du moins dans ses trois radicales ‘ M S, quelle que soit d’ailleurs sa signification, difficile à déterminer, à cause du grand nombre de racines dont il peut dériver. Cette opinion est fondée sur des considérationshistoriques. L’usage simultané, en Palestine, pour la désignation des localités, de deux onomastiques différentes, est incontestable : l’une employée par la colonie grécoromaine, l’autre par la population sémito-chamite du pays. On rencontre peu ou point d’exemples de noms nouveaux donnés par les Gréco- Romains à des localités anciennes ou simplement modifiés par eux et acceptés par les indigènes. ‘Ammôn, Sippori, Bêtsan, Bètgabra’, Lud, Emmaüs, appelés par les étrangers Philadelphie, Diocésarée, Scythopolis, Éleuthéropolis, Diospolis, Nicopolis, sont demeurés pour les indigènes ‘Amman, Safouriéh, Bessân, Beit-djebrîn, Lyd , ‘Amo’as; Hésébon et Ma'ôn sont restés Hesbàn et Ma'in. L’usage a laissé se perdre quelquefois la consonne finale des noms, et Kesàlon devenir Kesla’, Aïalon ou Yalôn devenir Yàlô, 'Ânatôt, ‘Anâta’; mais il ne parait pas s’être conformé jamais au génie des langues grecques et latines pour accepter le s final, si ordinaire à celles-ci. Pour Emmaüs en particulier, sa première radicale, '(y), n’a pu venir des Occidentaux, qui n’ont point ce son; son usage constaté dès le IVe siècle et même auparavant par les Fragmenta græca, la traduction de saint Jérôme et les versions syriaques, permet de croire qu’elle s’est transmise traditionnellement depuis les temps anciens. Elle n’a pu se transmettre qu’avec le nom lui -même, et ainsi les indigènes n’avaient pas à prendre ce nom des étrangers ni en totalité ni en partie. Il a pu en être autrement des Juifs. Les variations du Talmud ne pourraient guère s'expliquer si ses auteurs eussent trouvé le nom d’Emmaüs en usage chez eux par une tradition constante, ou s’il se fût trouvé dans leurs livres sacrés ou leurs autres écrits. Ne l’ayant point conservé, et placés entre deux onomastiques, ils l’auront emprunté tantôt de l’une, tantôt de l’autre. — Quoi qu’il en soit de la probabilité respective plus ou moins grande de ces opinions et conjectures, il est besoin de documents nouveaux pour fixer d’une manière certaine l’étymologie d’Emmaüs.
IL Situation. — 1° D’après la Bible. — Emmaüs, d’après I Mach., se trouvait « dans la plaine », év vr) yyj ty) tteSiv/), m, 40, et iv, 6; au seuil des montagnes, iv, 16-21 ; elle appartenait à la Judée, iv, 39; elle était vers l’ouest de Gazer, puisque les soldats de Gorgias, vaincus à Emmaüs, s’enfuirent vers Gazer, pour gagner ensuite Azot et Yamnia , iv, 15. — 2° D'après les écrivains profanes. — Les anciens auteurs ajoutent divers renseignements à ces indications bibliques. Josèphe, Ant. jud. r XII, vu, 3-4, reproduit le récit de la Bible sans y rien ajouter; mais, Bell, jud., II, xx, 4, et IV, vm, 1, il indique le territoire d’Emmaüs comme uni et faisant suite, vers l’est, aux territoires de Lydda et de Jaffa. Les Talmuds disent qu’Emmaüs est un lieu abondant en eau, situé à la fin des montagnes et au commencement de la Séphéla, la yf| ueotvîj, le tcoiov ou campus , « la plaine » de nos versions. « Depuis Béthoron jusqu’à Emmaüs c’est le pays des montagnes, dit R. Johanan, Talmud de Jérusalem, Schebiit , IX, 2; de là jusqu’à Lod c'est la Sefèlàh. »
; Cf. A. Neubauer, Géographie du Talmud, p. 61 et 100;
I Reland, Palæstina , t. i, p. 309. Pline, H. N.,v, 14, signale*
EMMAUS
pour caractériser Emmaüs, la pluralité des fontaines à eau courante : fontibus irriguant Emmaum, et ia nomme avec Lydda et Joppé. La table de Peutinger nomme Emmaiis à dix-huit milles à l'occident d’Ælia ou Jérusalem, à l’est de Joppé, Yamnia et Lydda, à douze milles de cette dernière. Dans Reland, Palæstina, t. i, en face la page 420. Le pèlerin juif Ishâq Helô (1334) va de Sara' à Gimzo, en passant par Emmaüs. Les chemins de Jérusalem , dans Carmoly, Itinéraires de la Terre Sainte, in-8°, Bruxelles, 1847, p. 245. — 3° D'après les écrivains chrétiens. — Les témoignages des anciens écrivains ecclésiastiques sont encore plus nombreux et plus précis; toutefois, avant de les citer, deux observations sont à faire : 1. pour eux la localité d’abord appelée Emmaüs est la même qui a été nommée, au me siècle, Nicopolis par les Grecs et les Romains; 2. il n’y a pour eux qu'une seule Emmaüs, et l’Emmaüs des Machabées est aussi l'Emmaüs de l'Évangile : Nicopolis désigne l’une et l’autre. Tous les documents et toute l’histoire sont constants et unanimes à aflirmer cette double identification. — Faisant allusion aux faits racontés I Mach., ni et iv, saint Jérôme s’exprime ainsi : « [Daniel] veut parler de l’époque de Judas Machabée, qui, sorti du bourg de Modin, assisté de ses frères, de ses parents et d’un grand nombre d’entre le peuple juif, vainquit les généraux d’Antiochus près d’ Emmaüs , qui est maintenant appelée Nicopolis. » Comment, in Dan.,\ ni, 14, t. xxv, col. 537. La Chronique d’Eusèbe, traduite par saint Jérôme, constate ce changement de nom à l’année chr. 224 : « En Palestine, y lit-on, la ville de Nicopolis, appelée auparavant Emmaüs, a été fondée par Jules Africain, auteur d'une Chronique, qui avait accepté d’être député à cet effet. » Patr. lat., t. xxvii, col. 641-642. Saint Jérôme ne cesse d’attester ce changement de nom toutes les fois qu’il nomme Emmaüs ou Nicopolis. Voir De viris illustribus , cap. lxiii, t. xxti, col. 675; In Ezech., xlviii, 21 et 22, t. xxv, col. 488; In Dan., xi, 4 et 5, ibid., col. 574; In Abdiam, f. 19, ibid., col. 1113. Tous les historiens, chronographes et pèlerins, tant latins que grecs, répètent cette assertion en termes identiques. Ainsi le Chronicon paschale, ann. chr. 223, t. xcii, col. 657 ; Jean Moschus, Prat. spiritual., ch. xlv, t. lxxxvii, col. 3032; Georges Syncelle, Chronographia , in-f°, Venise , 1729, p. 286; Théophane, Chronograph., année C. 354, t. cviii, col. 160; Anastase le Bibliothécaire, Histoire eccl., à l’année du monde 5715, Patr. gr., t. cviii, col. 1200; M. Aur. Cassiodore, Chronique, t. lxix, col. 1236; S. Adon, arch. devienne, Chronique, t. cxxm, col. 86; Id. , De festivitatibus sanctorum Apostolorum , ibid., col. 193; Cedrenus , Historiarum compendium, t. cxxi, col. 582; Nicéphore Calixte, Hist. eccl., 1. x,c.31, t. cxlvi , col. 536.
L'identité de l'Emmaüs de saint Luc et de Nicopolis n’est pas moins formellement affirmée. « Emmaüs, dit Eusèbe, d’où était Cléophas, qui est [nommée] dans l’Évangile selon Luc; c'est maintenant Nicopolis, ville célèbre de Palestine. » Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, in- 12, Berlin, 1862, p. 186; traduction équivalente de saint Jérôme, De situ et nominibus locorum hebraicorurn, t. xxm, col. 896. « Reprenant le même chemin, dit personnellement saint Jérôme racontant le pèlerinage de sainte Paule romaine, elle vint à Nicopolis, qui s’appelait d’abord Emmaüs, près de laquelle le Seigneur fut reconnu à la fraction du pain, et où il consacra la maison de Cléophas en église. » Epist. cviii, ad Eustochium, t. xxii, col. 883. « Il y a une ville de Palestine nommée aujourd'hui Nicopolis, dit Sozomène; il en est fait mention dans le livre divin des Évangiles comme d’un village, car c’en était un alors, sous le nom d'Emmaüs. » II. E., v, 21, t.L.xvn, col. 1280-1281. Le pèlerin Théodosius (vers 530) cite : « Emmaüm, qui est maintenant appelée Nicopolis, où saint Cléophas reconnut le Seigneur à la fraction du pain. » De Terra Sancta, édit, de l’Orient latin, in-8°, Genève, 1877, p. 71. L’auteur de la Vie de saint Willibald
raconte comment le saint voyageur « vint à Emaüs, bourg de Palestine que les Romains... appelèrent Nicopolis, où il vint prier dans la maison de Cléophas, changée en église. » Act. sanct. Boll., édit. Palmé, t. n, juill., p. 515. Guillaume de Tyr, Historia, 1. vu, c. 24, dans Bongars, p. 743; Id., 1. vin, c. 1, ibid., p. 746; Nicéphore Callixte, H. E., x, 31, t. cxlvi, col. 536, et un grand nombre d’autres attestent la même identité. — 11 résulte de cette double identification, quelle qu’en soit du reste la valeur, que les indications données par les anciens écrivains chrétiens sur Nicopolis ou sur l’Emmaüs évangélique s’appliquent en même temps à l’Emmaüs des Machabées dont nous parlons, et réciproquement.
Nicopolis, selon Eusèbe, est au nord de Bethsamès, d’Esthaol et de Saraa, puisque la route venant d’Éleuthéropolis à Nicopolis passe près de ces villes, dix milles au nord d’Éleuthéropolis, De situ et nominibus locorum hebraicoruni, t. xxm, col. 883, 895, 921. Nicopolis, lorsqu’on s’y rend d’Ælia, est au delà de Béthoron, qui est lui -même à douze milles environ d’Ælia. Ibid., col. 880. Elle est à quatre milles de Gazer, qui est plus au nord. Ibid., col. 900. Elle se trouve non loin d’ Aïalon de la tribu de Dan. Ibid., col. 874. Saint Jérôme ajoute que « le village d’ Aïalon est près de Nicopolis , au deuxième mille en allant à Ælia ». Ibid., col. 868. Le même docteur place, ln Ezech., loc. cil., Nicopolis avec Aïalon et Sélébi dans la tribu de Dan. Comme Lydda, elle appai'tient à « la Séphéla, c'est-à-dire la plaine ». In Abdiam, loc. cit. Elle est aux confins de cette plaine, « là où commencent à s'élever les montagnes de la province de Judée. » In Dan., xi, 44 et 45, loc. cit. Sainte Paule, montant de Nicopolis à Jérusalem, peut saluer de loin Aïalon, qu’elle laisse à sa droite, et passe par les deux Béthoron , l’inférieure et la supérieure. S. Jérôme, Epist. ad Eustoch., t. xxii, col. 883. Le pèlerin de Bordeaux (333), prenant sans doute cette même voie par Béthoron, généralement suivie alors, compte «de Jérusalem à Nicopolis xxii milles; de Nicopolis à Diospolis (Lydda) x milles ». Itinerarium a Burdigala Hierusalem usque, t. vm, col. 792. Virgilius, pèlerin vers le commencement du vie siècle, estime la distance « de Jérusalem à Sinoda ( pour Cidona, hébreu ; Kidôn, nom de l’aire, près de Cariathiarim, où fut frappé Aza, I Par., xm, 9), où fut l’arche du Testament..., vm milles; de Sinoda à Amaüs..., vm milles ». Itinera liierosol., dans Analecta sacra du card. Pitra, in-4°, Rome, 1888, t. v, p. 119. Théodosius, Genève, 1877, p. 71, porte ces deux demi -distances chacune à neuf milles, en tout dixhuit milles, comme porte la table de Peutinger. Ces deux dernières indications étant d’accord, Eusèbe donnant aussi neuf milles pour la distance de Jérusalem à Cariathiarim, et les itinéraires de Virgilius et de Théodosius n’étant que deux copies d'un même itinéraire, la leçon vin milles de Virgilius sera très probablement une erreur de copiste pour vim milles. D’après ces deux pèlerins, il y a « d'Emmaüs à Diospolis xii milles ». Le moine hagiopolite Épiphane place « à l’occident de la ville sainte, à environ six milles, le mont Carmélion, patrie du Précurseur; vers l'occident du mont Carmélion, à environ dix-huit milles, est Emmaüs; de là, à environ huit autre milles est Ramblé (Ramléh), et près de Ramblé est la ville de Diopolis (Diospolis) ». Descriptio Terræ Sanctæ, t. exx, col. 264. La carte en mosaïques découverte à Màdaba, en 1897, place Nicopolis dans la plaine et dans la tribu de Dan, à l'ouest de Jérusalem, plus au sud qu’elle ne devrait être, mais au sud-ouest de Béthoron. Méditha (Modin) est au nord -nord -ou est, Bara-Awagr,, -/.ai vùv Rï]-o-Avvaëa, non loin, au nord-ouest, F^So-jp (Gazer), à l’ouest un J peu nord; AoiS est plus loin, aussi au nord-ouest. Les J témoignages postérieurs sont identiques pour le fond. — j Dans ces diverses indications, on constate des différences dans les chiffres déterminant les distances. Ces diffé- J rences pourraient paraître des contradictions ou des indi- | cations désignant des lieux différents, si l'on n’obseivait
EMMAÜS
pas qu’elles s’expliquent d'elles-irièmes par leur contexte. Ces chiffres sont différents parce qu’ils donnent les mesures de voies d'inégale longueur menant à Emmaüs, et plusieurs d’entre eux n’ont point la prétention d’être des mesures précises et rigoureuses, mais seulement approximatives, à un ou deux milles près. Cette remarque faite, il est impossible de ne pas reconnaître que ces données nombreuses, provenant des sources les plus diverses et dispersées à travers les siècles, amènent toutes à un même point ou à une même localité.
III. Identification. — Les historiens et les géographes arabes citent souvent, depuis le ixe siècle, une localité de Palestine appelée ‘ Amu’âs . Ce nom est évidemment une forme équivalente de 1’ ’Ep.p.ao'jç ou ’Aixp-aoui; de la Bible. Cette localité est ordinairement nommée avec Loud, Ramléh ou les autres villes de la plaine. Elle est indiquée à la limite des montagnes, à six milles de Ramléh, sur la route de Jérusalem, et à douze milles de la ville sainte ; elle est à peu près à la même distance de cette dernière que l est le Ghôr, c'est-à-dire la vallée du Jourdain. Voir Van Kasteren, ‘ Amu'âs qariât Felastin, dans la revue 'El Keniset-' el Katûlikiéh, 2e année, n° 13, Beyrouth, 1889, p. 421-423; IJ., Emmaüs-Nicopolis et les auteurs arabes, dans la Revue biblique, 1892, p. 80-99. Ces indications des écrivains arabes sont identiques à celles des anciens, et les unes et les autres se rapportent évidemment à la même localité. En prenant le nom de 'Amu'âs pour désigner dans leur version l'Emmaüs des Machabées, les traducteurs arabes de la Bible témoignent de leur persuasion de l’identité et des noms et des lieux. Le nom de 'Amo’âs ou Amouas existe encore aujourd’hui, porté par un village de la Palestine. Cette localité réalise aussi exactement que possible et de tous points les données de l’histoire et de la Bible, comme il est facile de s’en assurer en comparant sa situation réelle à la situation que lui tracent les documents et en lisant la description. Aussi les pulestinologues s’accordent, presque à l’unanimité, à reconnaître dans F 'Amo’âs actuel F'Amo’âs des auteurs arabes et de la Bible arabe, l’Ernmaüs des ! écrivains anciens, chrétiens ou autres, et l'Emmaüs du livre I des Machabées. Voir Van Kasteren, études citées; V. Guérin, Judée, 1868, t. i, p. 293-296; de Saulcy, Dictionnaire topographique abrégé de la Terre Sainte, Paris, 1877, p. 131; Von Riess, Biblische Géographie, in-fJ, Eribourg-en-Brisgau, 1872, p. 21 ; Id . , Bibel-Atlas, 2e édit., in-f°, ibid., 1881, p. 10; L. C. Gratz, Schauplatz der heiligen Schriften, nouv. édit., in-8°, Ratisbonne, p. 308 ; Robinson, Biblical Researches in Palestine, in-8°, Boston, 1841, p. 363; G. Armstrong, Wilson et Conder, Names and Places in the Olcl Testament and apocrypha , Londres, 1881, p. 55; C. R. Conder, Tentwork in Palestine, in-8°, Londres, 1879, t. i, p. 14-18; Th. Dalfl, Viaggio biblico in Oriente, in-8°, Turin, 1873, t. ni, p.286; Seetzen, Reisen durch Syrien, Palàstina, in-8°, Berlin, 1859, t. iv, p. 271.
Il faut signaler toutefois une opinion différente. Ceux qui la défendent admettent un seul Emmaüs biblique, parce que telle est l’assertion bien certaine des Pères et de la tradition locale de Terre Sainte; mais, suivant eux, ■ cet Emmaüs ne peut être ‘Amo’âs; il faut le chercher à soixante stades de Jérusalem, c’est-à-dire à sept milles romains et demi ou onze kilomètres deux cent vingt mètres. S’il y a des arguments pour soutenir la distinction entre l’Emmaüs de saint Luc et l’Emmaüs des Machabées, il n’y en a point pour contester l'identité d’ 'Amo’âs avec l’Emmaüs des Machabées et de l’histoire. Les indications sont trop nombreuses, trop claires et trop précises. S’il n’v a qu’un Emmaüs, il faut le reconnaître dans ‘Amo’âs. Voir Emmaüs 2.
IV. Description. — l°Les routes. — 'Amo’âs est situé 0° 12' 2" ouest 0° 3' nord de Jérusalem ( fig. 555). La voie la j plus courte qui y mène en partant de Jérusalem se dirige | d’abord vers le couchant, incline ensuite au nord-ouest, )
passe au-dessus de Liftah du côté sud, descend près de Qolouniéh , où elle laisse, à environ quatre kilomètres à gauche (sud), le grand et beau village de ‘ Aïn-Kârem, la patrie traditionnelle de saint Jean-Baptiste, gravit la montagne de Qastal, touche à Qariat- el-'Anéb, puis à Beiloûl et à Yâlô, l’antique Aïalon, situé à trois kilomètres et demi, un peu plus de deux milles romains, en deçà (est) de 'Amo’âs, qu’elle atteint du côté nord. La longueur totale de ce chemin est de vingt-six à vingt-sept kilomètres, c’est-à-dire dix-sept à dix-huit milles romains, selon l’expression des anciens. Cette voie, dont les vestiges sont visibles sur la plus grande partie de son parcours et où la route moderne ne les a pas fait disparaître, paraît la plus ancienne de toutes. Les Romains, sans doute pour éviter les pentes raides et difficiles et aussi les vallées profondes par où elle passe, tracèrent une autre voie. Partant de la porte nord de Jérusalem, elle suivait le chemin de la Samarie et de la Galilée jusqu’au quatrième milliaire ou sixième kilomètre, un peu au delà de Tell-el- Foûl. S’écartant alors dans la direction du nord-ouest, elle passait sous El-Gîb, par les deux Beit- 'Our (Béthoron), le haut et le bas, non loin de là tournait au sud près de Beit-Sira' , pour arriver à 'Amo’âs après un parcours de trente -trois kilomètres. Ce sont exactement les vingt-deux milles romains de T Itinéraire de Bordeaux. Cette voie est reconnaissable dans toute son étendue. Elle est la plus longue, et son tracé parait fait en vue de faciliter le parcours aux chariots en usage chez les anciens. Une autre voie romaine, dont on peut suivre les tronçons sur divers points, partait comme la précédente de la porte nord , mais pour obliquer à peu de distance vers le nord-ouest. Elle passait aux villages actuels de Beit-'Iksa' et de Beddû , laissait à sa droite Qobeibéh , venait rejoindre Qariat- el-'Anéb , longeait ensuite, du côté sud, l’ouadi 'el-Hût, s’en écartait près du Khirbet-' el-Gérâbéh, pour contourner le Râs-'el-'Aqed et gagner 'Amo’âs par le sud. L’étendue de ce tracé est de vingt- neuf à trente kilomètres, c’est-à-dire environ vingt milles romains ou cent soixante stades. La route carrossable actuelle suit d’abord d’assez près la direction de la première voie, avec laquelle elle se confond quelquefois jusqu’à Qariat, ou, s’inclinant vers le sud, elle va prendre près de Sâris l’ouadi 'Aly, qu’elle parcourt dans toute sa longueur jusqu’à Latrûn, près duquel elle passe au vingt-neuvième kilomètre. 'Amo’âs est au nord de Latrûn, à un kilomètre. Ce sont encore trente kilomètres, vingt milles ou cent soixante stades.
2° Les confins. — Le village d’ ‘Amo’âs est bâti sur un monticule s’appuyant à l’ouest contre le Râs-’el-'Aqed, dont l’altitude, d’après la grande carte de la Société anglaise d’exploration, 1880, fol. xvn, est de 1 250 pieds (405 mètres). En face, au nord du Râs-’el-'Aqed, se dresse le Râs-el- ' Abed , avec une hauteur de 1258 pieds (407 mètres 59). Au sud, de l’autre côté de la vallée de Latrûn, qui termine l’ouadi 'A ly, se remarque une colline haute de 1 180 pieds (382 mètres 32), avec une ruine au sommet, appelée Khirbet Khâtouléh; à côté, à l'ouest, le Râs- Khâter, et au sud-ouest le sommet appelé Ma'aser-el- Khamîs, s’élevant encore de 1026 pieds (331 mètres 32} au-dessus du niveau de la mer. Ces sommets (râs), aux formes rocailleuses et abruptes , sont les derniers contreforts des montagnes de la Judée. Avec le monticule d’‘Amo'âs, dont l'altitude n’est plus que de 738 pieds (238 mètres 75), commence cette suite de collines ou de mamelons aux contours plus doux, couverts d’oliviers ou de moissons, qui vont se développant vers l’ouest jusqu’à la mer. Leur altitude s’abaisse insensiblement de 200 et quelques mètres à 65. C’est la région connue dans la Bible sous le nom de Sefêlâh ou « plaine des Philistins ». Le regard l’embrasse tout entière de la hauteur où est assis 'Amo’às. A un kilomètre au midi, sur sa colline de 260 pieds, qui commande la vallée, avec ses antiques assises taillées en bossage, les ruines de ses murailles à tours et de son.
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château, servant aujourd'hui d’étable, le village de Latroùn paraît vouloir justifier l'opinion des palestinologues assez nombreux qui la considèrent comme l'Emmaüs primitive ou son acropole. Cf. Guérin, Guillemot, Van Kasteren, loc. cit. A ses pieds on distingue la voie antique d’ÉIeuthéropolis (Beit-Djébrïn), dessinant son sillon bordé de pierres grosses et brutes à travers les collines du sud, derrière lesquelles se dissimulent, non loin de cette voie, les villages d’ ’ Esoua 1 , probablement l’ancien Esthaol ; 'Aïn-Sémés, jadis Bethsémés, et Sara , dont le nom
et des Septante. Au nord-ouest, par delà la colline où nous voyons le village de Qûbdb, nous apercevons de blancs minarets émergeant d'un lac de verdure : c’est Ramléh la musulmane, au milieu de ses jardins d’arbres de toutes sortes. Elle est à treize kilomètres et demi ou neuf milles romains d’'Amo’às et à quarante -trois de Jérusalem. L’œil cherche en vain Lydda; elle est à quatre kilomètres, environ trois milles, au nord de Ramléh, mais disparait derrière les collines qui s’étendent au nord de Qûbdb. Le chemin direct d’ ’Amo’às à Lydda le tra-
,vers ?é>.biï SELEBIN
555. — Carte d’Emmaüs-Nicopolis et ses environs. D’après M. L. Heidet.
demeure le même, tous trois célèbres au temps des Juges d’Israël. A l’ouest, au sommet d’une colline allongée qui cache le village d’ ’A bù - Suééh , une ferme moderne, ayant de loin l’apparence d’un castel antique, marque la place d'une cité judaïque, dont les fouilles ont découvert les ruines; Tell-Gézer est le nom de la colline. Une inscription bilingue, hébraïque et grecque, gravée sur un rocher, pour marquer la « limite [sabbatique] de Gazer», et découverte par M. Clermont -Ganneau, atteste que ces ruines sont bien celles de la Gazer ou Gézeron biblique. Elles se trouvent à six kilomètres (quatre milles), ainsi que le dit Eusèbe, à 0° 9' au nord d’‘Amo’âs, dans la position exacte que lui donne la carte de Mâdaba. Au delà du Tell-Gézer, dans la direction de l’ouest, deux îlots de verdure indiquent les sites d’ ’Aqer = ’Accaron des Philistins et de Yabné = Yarnnia ou Yabnah ; un troisième, plus au sud, désigne Esdûd = Azot de la Vulgate
verse et mesure quinze kilomètres ou dix milles; c’est peut-être celui que suivit le pèlerin de Bordeaux. A huit kilomètres d’<Amo’âs, ce chemin atteint le village d”Annâbèh, très probablement le Bata-Annabà de la carte de Mâdaba. Au nord, sur la première colline qui borde l’ouadi Selmân, à trois kilomètres d’'Amo’âs, sont les ruines de Selbit = Selbin, hébreu : Sa'alâbin, ville de Dan, Jos., xix, 42; Médîeh = Meditha de la carte de Mâdaba, l’ancienne Modin, patrie des Machabées, située sept kilomètres plus au nord dans le même massif de collines, ne se laisse pas voir, non plus que Gimzo, sa voisine, jadis visitée des pèlerins juifs qui se rendaient d’Emmaüs à Lydda. A 'Amo’âs, environnée par Selbll au nord, Yàlô = Aïalon à l’est, 'Esua' = Esthaol vers le sud-est, Sara' et 'Aïn-Sémés = Bèt-SéméS au sud, nous nous trouvons nécessairement en plein territoire de Dan. Cf. Jos., xix, 40-42.
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3° Les ruines. — 'Amo’âs (fig. 550) est aujourd'hui un village de près de cinq cents habitants, tous musulmans. Formé de maisons bâties avec de grossiers matériaux, il ne diffère point par son aspect des villages les plus chétifs du pays. Çà et là cependant le visiteur peut remarquer, dans les murs des habitations, des pierres taillées avec soin, de grand et bel appareil ; elles ont été recueillies dans les décombres qui couvrent le plateau et les pentes de la colline sur laquelle s’élève le village. Partout la pioche rencontre des pierres régulièrement travaillées, de soixante à quatre-vingts centimètres de largeur ou même plus grandes, dispersées sur le sol, des fûts de colonnes, des chapiteaux de marbre, et des arasements de constructions
l’enceinte, existant encore sur une hauteur de trois à quatre mètres, dune église aux dimensions plus restreintes, embrassant la largeur de la grande nef de la basilique primitive et vingt et un mètres de sa longueur, non compris l’abside. Au fond d'un parvis se rattachant à l’église, au nord, et dont le pavement de marbre subsiste en partie, un petit édicule servait de baptistère. La cuve, creusée en forme de croix, demeure à sa place. Elle était alimentée par les eaux conservées dans une petite piscine préparée non loin, à côté de laquelle se trouve un sépulcre vide, de forme judaïque, entièrement taillé dans le roc. Divers autres tombeaux, également creusés dans le rocher de la montagne, se voient au chevet