ENFER
Testament attribue une habitation commune à tous les morts. Cette habitation est appelée en hébreu se'ôl, terme qui dérive de sa al, soit qu’on prenne ce mot dans le sens de « creuser », car l’enfer est une caverne souterraine; soit qu’on entende ce mot dans le sens de « demander », car c’est un lieu insatiable, qui réclame toujours de nouvelles victimes. Les Septante ont traduit se'ôl par le terme Soy)?, qui désignait chez les Grecs le lieu où se rendaient les âmes après la séparation du corps. Deux fois cependant, II Reg., xxn, 6, et Prov., xxiii, 14, ils l’ont traduit par Qdtvavoç, « mort. » Ils ont omis de le rendre dans deux autres passages. Job, xxiv, 19 ; Ezech., xxxn, 21. Les Livres Saints écrits en grec se sont servi du mot aSïjc dans le même sens que les Septante. La Vulgate a traduit les termes se'ôl et oiS/iç par infernus , inferi, inferus, que nous rendons ordinairement en français par le mot « enfer ».
f Les croyances des anciens Israélites sur l’enfer n’ont pas varié pour le fond; mais elles se sont développées 'dans la suite des temps. — 1° Le Pentateuque considère surtout les choses communes à tous les morts dans ce séjour; 2° sans modifier cette conception, le livre de Job, xix, 23-27, célèbre le libérateur qui arrachera les justes au se’ôl et à l’empire de la mort; 3° les prophètes s’arrêtent à décrire les châtiments qui sont spécialement réservés aux grands criminels; 4° les livres deutérocanoniques , écrits dans les derniers siècles qui précédèrent la venue du Christ, font ressortir de leur côté une sorte de récompense que les justes recevaient déjà dans le se'ôl; ils parlent de la purification de certaines âmes en enfer et même de la gloire et de la puissance qu’y possèdent ceux qui ont vécu saintement.
1° Pentateuque. — Il représente l'enfer comme un lieu souterrain, Gen., xxxvii, 35; Num., xvi, 30, plus ou moins profond, Deut., xxxii, 22 , où les défunts se trouvent ensemble. Aussi dit- il de ceux qui meurent, qu’ils sont réunis à leurs pères, Gen., xv, 15; Deut., xxxi, 16, ou à leur peuple. Gen., xxv, 8, 17; xxxv, 29; xlix, 29, 32; Num., xx, 24; xxvii, 13; xxxi, 2; Deut., xxxn, 50. On en a conclu que le rédacteur du Pentateuque ne distinguait pas entre le tombeau et l’enfer. Mais plusieurs passages prouvent qu’il ne confondait pas ces deux choses. Ainsi Jacob croit que son fils Joseph a été dévoré par une bête féroce, et par conséquent qu’il n’est pas dans un tombeau. Il s'écrie néanmoins dans sa douleur : « Je descendrai, plein de désolation, auprès de mon fils dans lese’ôL » Gen., xxxvii, 35; cf. Gen., xxv, 8, 17; xux, 32; Num., xx, 24; Deut., xxxii, 50; xxxiv, 6. — Cette réunion aux ancêtres dans le se'ôl était un sujet d’appréhension pour tous les hommes. N'en soyons point surpris, puisque la mort était pour tous les fils d'Adam un châtiment du péché, Gen., ni , 3, 19, et qu’avant leur libération par le Christ aucun des justes de l’Ancien Testament ne devait entrer dans le ciel. Cependant la vie d'outre -tombe paraissait moins redoutable à ceux qui avaient servi Dieu sur la terre. Ils finissent leurs jours en paix. Gen., xv, 15. Ils espéraient d’ailleurs le salut, qui devait venir à leur peuple du Seigneur. Gen., xlix, 18. Aussi désirait- on mourir de la mort des justes. Num., xxiii, 10. — La conception de l’enfer, qui se manifeste dans le Pentateuque, est la même, sans changement appréciable, dans le livre des Juges et dans ceux des Rois.
2° Livres moraux hébreux. — Elle se retrouve aussi , mais sous des traits plus accentués, dans les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste et Job. D'après la description poétique que ces livres nous en font, le se’ôl s’enfonce dans les profondeurs de la terre, Ps. xlviii, 18; liv, 16; i.xii, 10; lxxxv, 13; lxxxvii, 7; cxxxvm, 8; Job, xvn,16; Prov., ix, 18; c’est un lieu ténébreux, où la lumière ne pénètre jamais, Job, x, 21, 22; Ps. xlviii, 20; lxxxvii, 13; c’est une demeure dont l’entrée est fermée par des portes. Ps. ix, 15; cvi, 18; Job, xxxvin, 17. Une fois qu’on y a DICT. DE LA BIBLE.
été introduit, il est impossible d’en sortir pour revenir à la vie. Job, vii, 9, 10. L’enfer est insatiable. Prov., xxvii, 20; xxx, 15, 16. C’est la maison où se rendent tous les vivants. Job, xxx, 23. Ceux qui l’habitent sont appelés refa’im, « les faibles, » de la racine râfâh, « défaillir. » Prov., ix, 18; xxi, 16; Job, xxvi, 5. Ils ne sont point complètement privés de sentiment, Job, xiv, 22; mais ils sont faibles et sans voix, comme des êtres qui dorment, Job, m, 13, 17, 18; ils ne savent plus rien de ce qui se passe sur la terre, Job, xiv, 21; Eccl., ix, 5, 6, 10; ils ne louent plus leur Dieu. Ps. vi, 6; xxix, 10; lxxxvii, 11; cxm, 17. Le se'ôl est aussi appelé la perdition, Job, xxi, 30; le puits de la destruction, Ps. liv, 24; le lieu des ténèbres, Ps. evi, 10; la terre de l’oubli. Ps. lxxxvii, 13. Mais la différence du sort des bons et des méchants qui y sont réunis n’est pas encore exprimée beaucoup plus clairement dans les livres qui nous occupent que dans le Pentateuque. Seulement ces livres expriment d’une manière plus nette et avec plus d’assurance l’espérance d’un libérateur. C’est sur ce point que les croyances se sont dével5ppées.~Lë“Psalmiste sait que Dieu connaît la voie des justes, Ps. i, 3-6; il célèbre sa miséricorde éternelle, Ps. cxxxv; il espère être arraché au se'ôl, obtenir la vie bienheureuse et l’union à Dieu. Ps. xvi, 15; xlviii, 15-16 ; lxxii , 24-25; xv, 9, 10. Néanmoins, en dehors de cette espérance, il ne fait pas ressortir que dans le se'ôl même il y ait un sort particulier pour les pécheurs et un sort différent pour les hommes justes. Il semble faire consister tout son espoir à être arraché à ce séjour des morts. Le même sentiment anime Job. Son cœur est rempli de confiance en la résurrection, qui le délivrera de la mort et lui permettra de voir Dieu. Job, xix, 25. Ainsi c’est uniquement une attente plus précise de la délivrance des morts par le Messie rédempteur, qui s’ajoute dans ces écrits à la notion que le Pentateuque nous avait donnée de l’enfer où ils habitent.
3° Les prophètes. — Us continuèrent à voir dans le se'ôl la demeure souterraine commune à tous les morts. Lqs refa’im sont là, Is., xiv, 9; xxvi, 14, 19, endormis, Is., xiv, 8; Ezech., xxxi, 18; xxxn, 21, 28, 30, impuissants en général à connaître ce qui se passe parmi les vivants. Is., lxiii, 16. Cependant un écho des grands événements de la terre arrive parfois jusqu’à eux ; ils s’éveillent pour s’en entretenir, dit Isaïe, xiv, 9-15. Cf. Jer., xxxi, 15, 16. Mais ce qui est plus caractéristique dans les écrits des prophètes, c’est qu’ils insistent sur les châtiments dont les crimes des impies seront punis dans le se’ôl. Ces malheureux, suivant Isaïe, sont au fond de l’abîme, Is., xiv, 15, enfermés ensemble comme dans une prison. Is., xxiv, 21, 22. Ézéchiel fait aussi ressortir l’horreur du sort réservé aux ennemis de Dieu. Ezech., xxxn, 18-32. Cependant , lorsqu’ils parlent des temps qui suivront la venue du Messie libérateur, ils annoncent aux pécheurs des peines plus terribles. Suivant Daniel, le même jugement de Dieu qui donnera aux justes les joies et la gloire d’une vie éternelle, précipitera les impies dans la damnation sans fin. Dan., xii, 2, 3. En parlant de ces derniers temps où s’exercera la justice de Dieu, Isaïe ne représente plus seulement l’enfer sous l’image d’une dure prison, mais sous celle d’un bûcher. Les pêcheurs habiteront au milieu d'un feu dévorant et de llummes éternelles, Is., xxxiii, 14; leur ver ne mourra point , et leur feu ne s’éteindra pas. Is. , lxvi , 24. Tous périront comme un vêtement usé; la teigne les dévorera. « Vous tous, dit le prophète, qui avez allumé le feu, qui êtes entourés de ilammes, marchez à la lumière de votre feu et dans les flammes que vous avez excitées, les douleurs seront votre couche. C’est ma main qui vous a ainsi traités. Vous dormirez dans les douleurs. » Is., l, 9, 11; cf. Is., ix, 17-21; j Jer., vii, 32; xv, 14; xvn , 4; Zach., xiv, 2-5. On reconnaît là les traits sous lesquels l’enfer devait être dépeint dans l'Évangile.
4° Les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testa~