ÉPHRAÏM (TRIBU D’) — ÉPHRAÏM (FORÊT D
tribu la force des enfants d'Israël. Jacob l'avait prédit en ces termes, Gen., xlix :
f. 23. On le provoque , on l’attaque ;
Les archers le percent [de leurs flèches]; ÿ. 24. Mais son arc reste fort,
Ses bras demeurent flexibles.
Par la main du [ Dieu ] puissant de Jacob ,
Par le nom du Pasteur et du Rocher d'Israël.
Moïse le compare au buflle ou au taureau : « ses cornes sont comme celles du re’êm (Vulgate : du rhinocéros) ; avec elles il lancera en l’air tous les peuples jusqu’aux extrémités de la terre. » Deut., xxxm, 17. Si Benjamin est le loup ravisseur, Gen., xlix, 27, et Juda le lion, xlix, 9, caché dans ses montagnes sauvages, dans sa forteresse de Sion , gardant le sud de la Terre Sainte, Éphraïm, son rival, est le taureau moins belliqueux, mais non moins puissant, qui doit défendre le nord. Cependant le sentiment qu’il a de sa force, la fierté des promesses reçues, de la prééminence acquise, le poussent jusqu'à l’arrogance. Arrogant, il l’est vis-à-vis de Josué, quand il vient se plaindre, avec Manassé, de la faible part d’héritage concédée à « un peuple si nombreux, et que le Seigneur a béni ». ,los., xvii, 14. 11 l’est vis-à-vis de Gédéon et de Jephté, à qui il fait durement le même reproche ; « Pourquoi ne nous avez -vous pas appelés au combat? » Jud., vin, 1; xn , 1. Il ne peut tolérer qu’on puisse se passer de lui. Quoi qu’il en soit. Dieu l’appelle « la force de sa tête », Ps. lix (hébreu, lx), 9; cvn (cvm), 9, bien qu'il lui ait préféré Juda. Ps. lxxvii (lxxviii), 67. Et la raison de cette préférence, c’est que ce superbe n’eut pas le courage de résister aux séductions de l’idolâtrie; en abandonnant le Seigneur et sa loi, il fit comme un guerrier fanfaron, qui abandonne son poste au jour du combat. Ps. lxxvii, 9. — L’histoire dusc/iiùboleth, Jud., xii, 6, nous montre qu’il y avait en Éphraïm des provincialismes comme en Galilée. Matth., xxvi, 73.
A. Legendre.
3. ÉPHRAÏM (MONTAGNE D’) (hébreu: Har ’Éfraîm; Septante: ô’po; to ’E;ppai;a, ou opoç ’Eçpatp.), nom par lequel est désignée la partie montagneuse du territoire attribué à Éphraïm. Jos., xvii, 15. Voir Éphraïm 2. D’une façon générale, il indique la moitié septentrionale du massif qui court, entre la Méditerranée et le Jourdain, depuis le sud de la Palestine jusqu’à la plaine d’Esdrelon, la moitié méridionale étant appelée « montagne de Juda ». Jos., xi, 21; xx, 7. Ce district était aussi nommé « montagne d’Israël ». Jos., xi, 16, 21, et « montagne d’Amalec ». Jud., v, 14; xii, 15. Il s’étendait même jusque dans la tribu de Benjamin, Jud., IV, 5, allant ainsi de Bélhel à Samarie. Il comprenait dans ses limites les villes suivantes : Thamnath Saraa ou Thamnathsaré, Jos., xix, 50; xxiv, 30; Jud., ii, 9; Sichem, Jos., xx, 7; xxi, 21 ; 111 Reg.,xn, 25; I Par.,vi, 67; Gabaath de Phinées, Jos., xxiv, 33; Béthel, Jud., iv, 5; Samir, Jud., x, I; Ramathaïm-Sophim, I Reg., i, 1. C’était une des douze préfectures que Salomon avait établies pour l’entretien de sa maison, et l’intendant chargé d’y lever les impôts s’appelait Ben- Hur. III Reg., iv, 8. La contrée, en effet, était renommée pour sa fertilité, comme le Carmel, Basan et Galaad. .Ter., l, 19. Elle était aussi bien boisée. Jos., xvii, 15; IV Reg., n, 24. Comme c’était le centre du pays, Aod y fit entendre, par le son de la trompette, l’appel aux armes pour marcher contre les Moabites. Jud., ni, 27. Gédéon y envoya de même des courriers pour convoquer le peuple contre les Madianites. Jud., vu, 24. C’est là que demeuraient Michas ou Miellée, dont l’histoire est racontée Jud., xvii, xvnr, et le lévite dont la femme fut victime des habitants de Gabaa. Jud., xix. C’est de là qu’était Séba , fils de Bochri , qui s’était soulevé contre David. Il Reg., xx, 21. Les rois de Juda y conquirent certaines villes. II Par., xm, 19; xv, 8.
A. Legendre.
4 ÉPHRAÏM, ville de Palestine ainsi nommée II Reg., xiii, 23. Dans d’autres passages de l’Ancien Testament, elle est appelée Ophéra, Éphron, etc. Dans le Nouveau, elle est appelée Éphrem. Voir Éphrem 1.
5. ÉPHRAÏM (FORÊT D’) (hébreu: Ya'ar ’Éfraîm; Septante : 6pup.bç ’E^pxip.; Vulgate : saltus Ephraïm) , forêt dans laquelle eut lieu le combat entre les armées de David et de son fils révolté Absalom, et où celui-ci trouva une mort tragique. II Reg., xvm , 6. Cet endroit n’est pas mentionné ailleurs, et l’on se demande de quel côté du Jourdain il faut le chercher. Comme la tribu d’Éphraïm habitait un pays bien boisé, Jos., xvii, 15, qu’Absalom lui- même avait des propriétés près de la ville de ce nom, II Reg., xm, 23, on serait tout d’abord tenté de croire que ce bois tirait son nom ou du pays ou de la ville, et qu'il était par là même à llouest du Jourdain. On ajoute à ces raisons un détail du récit sacré, qui nous montre Achirnaas prenant « le chemin du kikkar » ou de la vallée du Ghôr, pour aller porter des nouvelles de la bataille à David, resté à Mahanaïm, de l'autre côté du fleuve. II Reg., xvm, 23. Cette circonstance laisserait donc supposer que les événements se passèrent dans la région occidentale. Telle est l’opinion admise par certains auteurs, comme Winer, Biblisches Reahvôrlerbucli, Leipzig, 1847, t. I, p. 334, et Keil, Die Bûcher Samuels, Leipzig, 1875, p. 339. Il semble bien cependant, à considérer la marche et les opérations des deux armées, qu’elles se rencontrèrent à l'est du Jourdain. Ainsi : 1° David, après avoir franchi le fleuve, vient à Mahanaïm; Absalom, suivi de tout Israël, « passe aussi le Jourdain, » et vient « camper dans le pays de Galaad », II Reg., xvii, 22, 24, 26, et l’on ne dit nulle part qu’il soit revenu sur ses pas. — 2° Le roi se tient dans la ville, afin de pouvoir en cas de besoin porter secours à son armée, II Reg., xvm, 3; l'engagement n’eut donc pas lieu très loin de là. — 3° Cette proximité ressort encore des points suivants : c’est le jour même de la bataille que David reçoit la nouvelle du succès de ses armes, Il Reg., xvm, 20; les deux messagers paraissent avoir franchi la distance de la forêt à la ville tout d'une traite, et même en courant. II Reg., xvm, 22. On ajoute aussi que, après la victoire, l’armée de David revint à Mahanaïm, Il Reg., xix, 3, tandis que, si le combat avait eu lieu en deçà du fleuve, elle eût marché directement sur Jérusalem. Mais on peut répondre que, la révolte étant terminée après la mort d’Absalom et la défaite des siens, les vainqueurs n’avaient plus qu’à aller chercher le roi à Mahanaïm, pour le ramener dans sa capitale, où personne ne devait penser à organiser la résistance.
On a dit, contre les deux premières preuves, quelles ne sauraient avoir de force que dans le cas où nous aurions le récit complet des faits qui se sont passés dans cette guerre. « Le combat décisif pourrait à la rigueur avoir été précédé de plusieurs autres, comme il arrive dans toutes les opérations militaires, et les mots : « le peuple sortit dans la plaine, » Il Reg., xvm, 6, signifieraient uniquement que l’armée de David prit l'offensive. Ce serait alors à la suite de plusieurs échecs partiels qu’Absalom aurait repassé le Jourdain et se serait réfugié dans une région d'un accès difficile, afin de résister avec avantage. » Cf. Clair, Les livres des Rois, Paris, 1879, t. n, p. 108. Avec ce système d’interprétation, on peut faire toutes les hypothèses; mais ne domiet-il point trop de facilité pour tout expliquer? D’après le récit biblique, tel que nous le possédons, les événements racontés semblent bien avoir eu pour théâtre une contrée située à l’orient du Jourdain et non loin du fleuve. Cependant l’expression dérék hak-kikkâr, littéralement « le chemin du cercle », II Reg., xvm, 23. signifie-t-elle « la vallée du Jourdain », qui aurait offert à Achirnaas une voie plus facile pour arriver plus vite vers le roi? Ce i n’est pas sùr. La Vulgate y a vu un « chemin plus court »,
1881 ÉPHRAÏM (FORÊT D’) — ÉPHRÉE 1882
perviam cotvpendii ; de même Josèphe, Ant.jud., VII, x, 4. Les Septante ont traduit par un nom propre : ■ i ) éoo; ri toO Ks/àp, « le chemin du Ivékar. » Voir Kikkar. — Étant donc donné que la forêt d’Éphraim se trouvait à l’est du Jourdain, d’où lui venait ce nom? Nous ne pouvons faire ici que des conjectures. On a supposé qu'il se rattachait à la défaite des Éphraïmites, sous Jephté, près des gués du fleuve, Jud., xii, 5, 6, ou à la situation de la forêt elle -même, qui aurait été en face de la montagne d’Éphraïm. Il ne peut se rapporter à la ville d’Éphron, I Mach., v, 46; Il Mach., xii, 27, qui, placée sur la route de Carnaïm à Bethsan , était trop loin pour contribuer à cette dénomination. — C’est dans ce bois qu’Absulom, passant sous un térébinthe, resta pris par sa chevelure et reçut des coups mortels de la main de Joab, malgré les ordres formels de David. II Reg., xviii, 14.
A. Legendre.
6. ÉPHRAÏM (PORTE D’) (hébreu : Sa'ar 'Éfraîm; Septante: r\ hùXï) ’Eippcap., Vulgate : porta Ephraïm), une des portes de l'ancienne Jérusalem. IV Reg., xiv, 13; II Par., xxv, 23; II Esdr., vm, 16; xii, 38 (hébreu, 39). On peut supposer, d'après le nom même, qu elle se trouvait dans la muraille septentrionale, puisque c’est la route du nord qui conduisait en Éphraïm. Les passages de la Bible où elle est mentionnée mènent également à cette conclusion. Nous lisons, en effet, au IVe livre des Rois, xiv, 13 : « Joas, roi d’Israël, prit à Bethsamès Amasias, roi de Juda, fils de Joas, fils d'Ochozias, et il l’emmena à Jérusalem. 11 fit à la muraille de Jérusalem une brèche de quatre cents coudées, depuis la porte d’Éphraïm jusqu’à la porte de l’Angle. » Le même fait est raconté dans les mêmes termes II Par., xxv, 23. Il s’agit évidemment ici de la première enceinte de la ville ; la deuxième ne fut bâtie que plus tard, sous Ézéchias et Manassé. Or la partie que l’on pouvait détruire plus facilement, c’était bien la partie septentrionale, qui n’avait point pour la défendre, comme les trois autres, de profondes vallées, de véritables précipices. « Quant à la position [de la porte d'Éphraïm] dans cette muraille du nord, elle est indiquée relativement à la porte de l’Angle : elles étaient à « quatre cents coudées » l’une de l'autre, soit 210 mètres. Or la situation de la porte de l'Angle parait tout naturellement indiquée par cet angle que formait le premier mur en tombant perpendiculairement sur l'enceinte du Temple. Elle donnait accès dans le chemin qui suivait le fond de la vallée pour aller au nord-ouest, rue que l'on appelle encore maintenant Tarik el-Ouadi, « rue de « la Vallée, » ou Tarik Bab-el-Ahmoud, « rue de la porte « de la Colonne, » ou porte de Damas. En mesurant de là quatre cents coudées ou 210 mètres, on arrive exactement à l’autre artère principale qui va du sud au nord de Jérusalem, à la jonction du Souk cl-Attarin et du Tarik Bab-en-Nébi-Daoud. Les vestiges de porte ancienne que l’on voit précisément en cet endroit représenteraient donc la porte d’Éphraim. » P. AI. Séjourné, Les murs de Jérusalem, dans la Revue biblique, Paris, 1895, p. 43; plan, p. 39. Lorsqu’on bâtit la deuxième enceinte, qui enfermait au nord l’angle rentrant formé par la première, on établit une porte correspondant à l’ancienne, dont elle prit le nom. Cette dernière n’est pas mentionnée par Néhémie dans l’énumération qu’il fait, II Esdr., ni, des portes de Jérusalem. Il est probable qu elle n’avait pas souffert et qu’elle est comprise dans le coin du rempart auquel on ne toucha pas. II Esdr., ni, 8. Sa position est également bien marquée au nord d’après la marche des deux chœurs qui firent le tour des remparts lors de la consécration solennelle des nouvelles murailles. II Esdr., xii, 31-38. Partant du même point, la porte actuelle de Jaffa, ils marchèrent dans un sens opposé, le premier allant d'abord au sud, puis à l’est et au nord, le second se dirigeant au nord, puis à l’est et au sud-est, jusqu’en face du Temple. Or, dans celte dernière direction, la porte d'Éphraïm est citée la première, entre la tour des
Fourneaux et la porte Ancienne. II Esdr., xii, 38. La place qui la précédait fut un des endroits où les Israélites, pour célébrer la fête des Tabernacles, dressèrent des tentes de feuillages. II Esdr., vm, 16. — Plusieurs auteurs identifient la porte d’Éphraïm avec celle de Benjamin. Jer., xxxvii, 12; Zach., xiv, 10. Ce n’est pas certain. Voir Benjamin 5, t. i, col. 1599. A. Legendre.
ÉPHRAÏMITE. Voir Éphrathéen.
ÉPHRATA (hébreu: 'Éfrâtâh; Septante; ’Ecppaûâ), ancien nom de Bethléhem de Juda. Gen., xxxv, 16, 19; xlviii, 7; Ruth, iv, 11. Dans le premier passage de la Genèse et dans Ruth celte ville est appelée simplement Éphrata; dans les deux autres textes de la Genèse, une glose explique que cette Éphrata est Bethléhem. Ce fut, dit le texte sacré, « sur le chemin qui conduit à Éphrata » que mourut Rachel, femme de Jacob, en donnant le jour à Benjamin. — Michée, v, 2, dans la prophétie où il annonce le lieu de naissance du Messie, le désigne sous le nom de Bethléhem -Éphrata. Voir Bethléhem 1. — Éphrata est aussi nommée Ps. cxxxi (cxxxn), 6; mais, d’après certains commentateurs, Éphrata est là pour la tribu ou la montagne d’Éphraïm, et non pour Bethléhem.
ÉPHRATHA ( hébi 'eu : ’Éfrât, 'Éfrâtâh, « ferlile; » Septante : ’EppocÛ, ’Eppa&i), seconde femme de Caleb fils d’IIesron. Èlle fut mère de Ilur, dont les descendants furent les habitants de Bethléhem. I Par., ii, 19, 24, 50; iv, 4. Le nom d’Éphrata (ou Éphratha, l’orthographe est la même en hébreu), donné à Bethléhem, peut venir de la mère de Hur. Cependant il y en a qui croient que le nom d’Ephrata remonte à une époque plus ancienne. Voir Caleb -Éphrata, col. 59.
ÉPHRATHÉEN ( hébreu : 'Éfrâtî; Septante : ’Ecppa- Taïoç), 1° originaire d’Éphrata ou de Bethléhem de Juda, Ruth, i, 2, où il est question d'Élimélech, de Noémi et de leurs deux fils, et 1 Reg. (Sam.), xvii, 12, où il est question de David. — 2° Jud., xii, 5, Éphrathéen signifie Éphraïmite ou originaire de la tribu d’Éphraïm. De même I(IIl) Reg., xi, 26. — Dans I Reg. (Sam.), i, 1, Éphrathéen signifie originaire du territoire d’Éphraïm.
ÉPHRÉE (hébreu : Hofra' ; Septante, Jer., li, 30: Oùaçpri ; Vulgate: Ephree) , roi d’Égypte, contemporain de Nabuchodonosor et de Sédécias, roi de Juda. Jer., xliv, 30 II n’est désigné nommément que dans ce seul passage, mais il est question de lui comme roi d'Égypte dans plusieurs endroits de Jérémie et d’Ézéchiel. Sur les
Uahabra ; chez les écrivains grecs, il devient ’ATtptTjc, Hérodote, n, 161-163, 109; Diodore de Sicile, i, 68; dans Manéthon, Où'ocppi; (Eusèbe, Chron., I, 20, t. xix, col. 192). Il était fils de Psammétique II et petit -fils de Néchao II (XXVIe dynastie). 11 régna de 589 à 570 ou 569 avant J.-C. (fig. 593).
Sous son grand-père Néchao II, l’Asie antérieure était passée de la domination des rois de Ninive à celle des rois de Babylone, et dès lors la puissance de Nabuchodonosor constitua un grave danger pour l’Égypte. Le pharaon le sentit. 11 fut, par suite, intéressé à soutenir le royaume de Juda contre les Chaldéens, parce qu’il devait lui servir de rempart contre une invasion asiatique. Quand les troupes de Nabuchodonosor, après avoir ravagé tout le pays de Juda, assiégèrent le roi Sédécias dans Jérusalem, Jer., xxxiv, 7, celui-ci fit appel à l’Égypte. Ezech., xvii, 15. Les nombreux Juifs qui avaient fui dans la vallée du Nil, devant l’armée chaldéenne, cf. Jer., xliv, 8-14, appuyèrent sans doute sa demande. Le pharaon résolut donc de le délivrer, et, ayant rassemblé son armée, il
ÉPHRÉE
se mit en marche pour la Palestine. Mais, comme l’avaient prédit Jérémie, xxxvii, 9-10, et Ézéchiel, xvn, 11-18, son intervention ne devait point sauver Juda de sa perte. La tentative d'Éphrée échoua complètement. Prévenue de son approche, l’armée chaldéenne leva le siège de Jérusalem pour aller arrêter sa marche. Jer., xxxvir, 5, 11. On ne saurait dire au juste ce qui se passa alors. Les deux ennemis en vinrent- ils aux mains, ou le pharaon, effrayé du danger qu'il allait courir, se retira- 1- il sans combattre et sans attendre Nabuchodonosor? Le langage de Jérémie, xxxvii, 5, peut s’entendre dans ce dernier
débris (fig. 594). E. Renan, Mission de Phénicie, p. 179- 180; cf. p. 20; E. de llougé, dans la Revue archéologique, t. vu, 1864, p. 194. — Il fut moins heureux dans une autre campagne qu’il entreprit ensuite contre Cyrène. Les Grecs, qui y étaient établis, rendaient la vie dure aux Libyens. Le pharaon voulut défendre ces derniers, mais les Cyrénéens battirent ses troupes égyptiennes, Hérodote, iv, 159, et cette défaite fut fatale à Éphrée. Ses sujets s’imaginèrent que c’était volontairement qu’il avait envoyé les Égyptiens à la boucherie; ils se révoltèrent; le roi perdit son trône et, quelque temps après, mourut étranglé. Tel est le récit
5D3. — Sphinx égyptien portant un cartouche au prénom d'Éphrée ( Hûâabra ). Musée du Louvre.
sens : « L’armée du Pharaon, qui est sortie, dit- il, pour vous secourir, retournera dans son pays, en Égypte. » Mais ces paroles ne sont pas suffisamment explicites pour qu’on puisse rejeter avec certitude le récit de Josèphe, qui déclare positivement qu’une bataille fut livrée et que les Égyptiens furent battus. Ant.jud. , X, vu, 3. — L’échec du roi d’Égypte amena bientôt la chute de Jérusalem. Les Chaldéens y entrèrent en 587, brûlèrent lu ville et le Temple, et emmenèrent le peuple en captivité à Babylone. Désormais aucune barrière ne pouvait arrêter le monarque asiatique lorsqu'il entreprendrait une campagne contre l’Égypte.
Éphrée, qui n’avait pu sauver les Juifs, donna du moins asile dans son royaume à ceux qui, n'ayant pas été déportés en Chaldée, y cherchèrent un refuge après le meurtre de Godolias, gouverneur de Juda au nom de Nabuchodonosor. Jer., xi.i, 17-18; xui, 14; xliii, 7. 11 leur permit de s'établir à Taphnès, à Madgol, à Memphis et jusque dans la Haute Égypte. Jer., xliii, 8; xuv, 1, 15. Cf. Ezeeh., xxix, 4; xxx, 13-18. L'insuccès de la lutte qu’il avait soutenue en Palestine contre Nabuchodonosor ne parait pas d’ailleurs avoir découragé le pharaon. Quelques années après la chute de Jérusalem, entre 574 et 570, lorsque le roi de Babylone, après un siège de treize ans, Josèphe, Cont. Apion., i, 21, eut pris la ville de Tyr (S. Jérôme, In Ezeeh., xxvi, 6; xxix, 17, t. v, col. 241-243, 285; S. Cyrille d’Alexandrie, In ls., xiv, 8-11, t. i.xx, col. 369-372), ou du moins eut fait la paix avec le roi phénicien Ithobaal III, selon l’opinion de beaucoup d’historiens (voir Buetschi, dans Herzog, Real- Encgklopàdie, 2e édit., t. x, 1882, p. 465), Éphrée résolut de s’emparer de la Phénicie. A l’aide d’une Hotte équipée par les Grecs, il fit une expédition contre Sidon, força cetle ville à capituler et battit les flottes alliées de Phénicie et de Cypre, qui étaient au service des Chaldéens. Hérodote, n, 161 ; Üiodore de Sicile, i, 68. Tout le pays tomba en son pouvoir; on lui attribue la construction à Gébul (Byblos) d’un temple dont on a retrouvé quelques
d’Hérodote, il, 161-163; cf. Diodore de Sicile, I, 68. — Ce que raconte l’historien d’Halicarnasse est néanmoins en contradiction avec la narration de Josèphe. D’après l’écrivain juif, Ant.jud., X, ix,7; cf. Cont. Apion., I, 19-20, ce fut Nabuchodonosor qui, dans une expédition contre l’Égypte, arracha au roi le trône et la vie et emmena
594. Fragment d’un bas -relief égyptien, en calcaire noir, de Byblos. D’après Renan, Mission de Phénicie, p. 179.
en Chaldée les Juifs qui s’étaient réfugiés en Égypte. Quoi qu’il en soit de ces récits contradictoires, le roi de Babylone, qui fit en Égypte une expédition contre Amasis, successeur d’Éphrée, semble bien avoir fait aussi précédemment une campagne conlre ce pays, lorsque Éphrée vivait encore. Voir A. Wiedemann, Der Zug Nebucadnezar's gegeri Aeggplen, dans la Zeitschrift für agyp-
ÉPHRÉE — ÉPHREM (VILLE)
tische Sprache, 1878, p. 5-6; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes , 6e édit., t. iv, p. 244-253.
Cf. Ezech., xxx, 14-19, 24-25. On voit d’ailleurs que tous les documents s’accordent à faire mourir le roi d’Égypte de mort violente et justifient ainsi la prophétie de Jérémie, xliv, 30 : « Je livrerai le pharaon Éphrée entre les mains de ses ennemis et de ceux qui cherchent sa vie. »
Cf. Jér., xlyi, 23-26. Hérodote, il, 169, lui attribue un caractère présomptueux et arrogant; il dit qu'il se vantait que « même les dieux ne pourraient le renverser de son trône ». Ëzéchiel , xxix, 3, le représente sous l’image d'un grand crocodile, couché au milieu des eaux du Nil et s’écriant: « Le fleuve est à moi; c’est moi qui l'ai fait. » Son orgueil fut honteusement humilié. Ezech., xxix, 4-12; xxx. F. Vigouroux.
1. ÉPHREM, ville de la tribu de Benjamin, qui fut occupée par Éphraim. Son nom est écrit dans la Bible de manières très diverses : hébreu : 'Ofràh; Septante : ’EçpaÔd; Codex Sinaiticus : ’kçpaGà; Codex Alexandrinus : ’Aippà; Vulgate : Ophera, Jos., xviii, 23; — 'Ofrâh, roçepx, Ephra, I Reg., xm, 17; — ’Éfràïm, ’Espaip, Ephraim, II Reg., xiii, 23; — est écrit (ketîb) ' Efrôn , mais se lit ( qeri ) 'Efrâïn, 'EpoaSv, Ephron, II Par., xm, 19; — ’Afrâh; Vulgate : domus pulveris. Voir Aphra, t. I, col. 735. — ’AçaipEfia, I Mach., xi, 34 (omis dans la Vulgate; voir t. i, col. 721); — ’E?patp.; Codex Sinaiticus et quelques autres manuscrits: ’Ecppég.; Vulgate : Ephrem, Joa., xi, 54.
I. Nom; identification. — Josèphe, Bell, jud., IV, ix, 9, écrit ce nom ’Eppaip., et, Ant. jud., XIII, iv, 9, ’Açetpigi. Cet historien semble avoir pris le nom d’Éphraïm, II Reg., xm, 23, pour le nom de la tribu. Quelques critiques, parmi lesquels Gesenius, Thésaurus linguæ hebrææ, p. 141, l’ont suivi dans ce sentiment.
La forme du nom, écrit en ce passage avec ’ (n) et non avec ‘ (y), comme il l’est partout ailleurs dans le texte hébreu, est le fondement de cette opinion. D’après le plus grand nombre des commentateurs, ce nom, en cet endroit, et les diverses autres formes , sont des variantes d’un même nom, désignant une seule localité. L’auteur de II Reg., xm, 23, n’a pu indiquer Baalhasor près [de la limite de la tribu] d’Éphraïm, shsn ny, puisque celte
localité était alors en plein territoire de cette tribu, et il n’a pu désigner que la ville d’Ephraïm, qui était, en effet, voisine de Baalhasor. Voir Baalhasor, t. i, col. 1338. Le changement de la radicale initiale 1 (y) en ’ (n) peut être une négligence de copiste ou une erreur fondée sur la même opinion ; les finales des noms se sont souvent modifiées dans la suite des temps, et la disposition de la ville, agrandie peut-être et composée de deux parties distinctes, a pu faire prendre à la forme primitive du nom, 'Ofrâh ou 'Éfrdh, la forme duelle 'Éfrâïm, « les deux ’Efràh. » L’identité de la localité apparaît de l’ensemble des indications bibliques et extrabibliques, qui déterminent toutes une même région, presque un même point, pour le site d’Éphraïm. Nommée, Jos., xviii, 23-24, avec 'Ofni — probablement Gofna ou Djifnéh, 'Ofrâh paraît s’être trouvée dans la partie extrême-nord, assignée dans le principe à la tribu de Benjamin; elle était au nord de Machinas, d’après I Reg., xm, 16-18; voisine de Baalhasor, selon II Reg., xiii, 23; elle apparaît clairement située au nord de Béthel, II Par., xm, 19; elle devait être non loin de la limite septentrionale de la province de ' Judée, d'après I Mach. (grec), xi, 34, puisque pour lui t être annexée elle fut détachée du territoire de la Samarie. L'Évangile de saint Jean, xi, 54, la place sur les confins ; du désert, c'est-à-dire de la région inhabitée qui s’étend, sur une largeur de quinze à vingt kilomètres, à l'ouest de Jéricho. Eusèbe la nomme indifféremment Éphraim et Éphron. Au mot ’Eppcau., il reproduit l’indicalion de I l’Évangile, et au mot Eÿpd>v il ajoute : « de la tribu de |
I Juda ; il existe maintenant un grand bourg (vc.tofj.ri) du nom I d’Éphraïm dans la région d'Élia, à peu près au vingtième mille. » Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, in-I6, Berlin, 1862, p. 196. Saint Jérôme, De situ et noyninibus locorum hebraicorinti , t. xxiii, col. 894, rend le nom Éphraim d’Eusèbe par Ephræa, et traduit les paroles Tcepi toc opia A’cXca;, « dans la région d'Élia, » par contra septentrioyiem , « du côté du nord; » le saint docteur parait avoir lu dans son exemplaire de l 'Onomasticoyi : 7Tcpi và (lôpeca. Robinson, se fondant sur les données générales des Saints Livres et surtout sur la direction et la distance fixées par saint Jérôme, a cru reconnaître Éphraim dans le village actuel de Thayebéh, situé, en effet, à peu de distance de l’ancienne limite de la Judée et de la Samarie, là où commence l’ancien désert de Juda, à deux kilomètres seulement au sud de Tell-'Asur, très probablement le Ba'al- IJàsôr du livre des Rois, à huit ou neuf kilomètres au nord-est de Beitîn ou Béthel, et à vingt-huit kilomètres ou dix-neuf milles romains au nordnord-est de Jérusalem. E. Robinson, Biblical Besearches in Palestine, in-8°, Boston, 1841, t. n, p. 124-125. Cette identification a été adoptée généralement par les palestinologues modernes. Cf. V. Guérin, Judée, t. nr, p. 45-51; F. de Saulcy, Dictionnaire topographique abrégé de la Terre Samle, in-8°, Paris, 1877, p. 137; Gratz, Schauplatz der heiligen Schrift, nouv. édit., in-80, Ratisbonne (sans date), p. 325; C. R. Conder, Tentwork in Palestine, in -8°, Londres, 1879, t. ii, p. 339; G. Armstrong, Narne and Places in the Old Testaynent atid apocrxjpha, in-8°, Londres, 1887, p. 136; Id . , Nantes ayid Places in the New Testament, in-8°, Londres, 1888, p. 11.
Cependant M. Joh. Fahrngruber, ancien recteur de l'hospice autrichien, à Jérusalem, tout en adoptant l’identification d’Éphraïm ou Ofrâh de l'Ancien Testament avec Thayebéh , pense qu'Éphrem dont parle saint Jean pourrait être différent et propose une autre identification, Nach Jérusalem, in-18, Augsbourg, [1881], p. 381-382. Le texte de Y Oytomasticon d’Eusèbe, publié par J. Bonfrère, édition Jean Clerc, in-f°, Amsterdam, 1707, p. 70, indique Éphron à environ huit milles, <î>; àito dï]p.eiu>v '•/). Cette leçon s’accorde mieux avec les deux autres indications d’Éusèbe, d’après lesquelles Ephraim est dans la tribu de Juda et dans les confins de Jérusalem, et elle pourrait être la leçon authentique. A douze kilomètres ou huit milles au nord-est de Jérusalem se trouve une ruine appelée Tell- Fdrali et Khirbel- Fârah ; elle domine la vallée du même nom. C’est l’antique Aphara de Josué, xviii, 23, appelée du IVe siècle au vne Pharon (<ï>apô>v) et Pharan (<l>apâv), et célèbre par sa laure, située à deux stades à l’ouest de la ruine, et elle -même à dix milles vers l’est de Jérusalem. Cf. Cyrillus Scythopolit., Vita S. Euthyrnii magni, ch. n et xxvn, dans Acta satict. Bolland., t. n, janv., édit. Palmé, p. 668 et 691. La ressemblance des noms Fârah et Pharon avec Éphraim, surtout avec ses variantes ’A^poi, ‘Eçptiv, ’Acpaipspa, est évidente ; Fârah est sur la limite extrême de l’ancien désert de Juda; par sa situation isolée et presque inabordable au milieu de vallées abruptes, nul lieu n’était plus convenable au dessein du Seigneur, qui voulait se retirer de la foule et échapper aux regards des scribes et des pharisiens, ainsi que l’insinue l’évangéliste. Joa., xi, 54. — La probabilité que, pour ces diverses raisons, semblait avoir cette opinion, a été sérieusement infirmée par le témoignage de la carte de Mâdaba, découverte en décembre 1896. « Éphron ou Éphrata, où vint le Christ, » est placé au nord et à peu de distance de Rimmon : c’est la position de Thayebéh par rapport à Rammûn , dont l’identité avec la Rimmon biblique est hors de contestation. Cette indication constate l’existence d’une tradition locale chrétienne sur le lieu où se rendit le Sauveur après la résurrection de Lazare ; elle montre Éphrem du Nouveau Testament identique a Éphraim ou 'Ofrâh de l’Ancien; elle justifie l’exactitude de la traduction de saint