II. VERSIONS FAITES SUli LA VULGATE LATINE. — 1» Bible
de Quiroga, n° 4 de l’Escurial. Le cardinal et grand inquisiteur Quiroga donna au roi Philippe II une seconde version complète de l'Ancien Testament. On a parfois considéré cette version comme faite sur l’hébreu (Eguren, Memoria, p. 45), sans doute parce que l’auteur était un Juif converti. Mais l’ordre dans lequel sont placés les livres est celui de notre Vulgate, et on y trouve les livres deutérocanoniques. Le manuscrit se compose de 468 feuillets en parchemin, avec enluminures, lettres ornées, etc. Castro, Biblioteca, p. 433 et 434. — 2° C’est encore l’Escurial qui nous fournit une seconde version analogue à la précédente. Elle passe pour avoir été commandée par Alphonse V, roi d’Aragon (1416-1458). Castro, Biblioteca , p. 437. Le manuscrit qui nous l’a conservée ne commence qu’aux
Proverbes; mais à dater de ce livre il embrasse tout ce qui suit dans nos Bibles jusqu’à l'Apocalypse inclusivement. Il se compose de 358 feuillets grand in-f°. — 3° Un manuscrit, qui est inscrit à l'Escurial sous le n° 7 et ne se compose que de 155 feuillets, contient une traduction incomplète. 11 ne s’étend que du chapitre vu du Lévitique au IVe livre des Rois. Castro, Biblioteca, p. 438. — 4° Martin de Lucena, surnommé le Machabée, était un Juif converti, mais très instruit et très versé dans les langues latine et grecque. Il traduisit en castillan, vers 1450, les Évangiles et les Épîtres de saint Pau) , à la prière d'Inigo Lopez de Mendoza, marquis de Santillane (S. Julianus). Cette version paraissait digne de beaucoup d'estime aux yeux de Nicolas Antonio et de Rodriguez de Castro. Voir ce dernier, Biblioteca , p. 439. Le manuscrit autographe s’est conservé à l’Escurial, sous le n° 11, jusqu’à la fin du siècle dernier; mais aujourd'hui il ne se retrouve plus. (Lettre du P. Fernandez, bibliothécaire, en date du 3 février 1896. )
Par tout ce qui précède, on voit que, durant le moyen âge, la lecture de l’Écriture Sainte en langue vulgaire avait été encouragée et facilitée en Espagne, à part trente ou quarante années pendant lesquelles on fut obligé de se prémunir contre les Albigeois. A la fin du XVe siècle, on s'occupait même d’imprimer les Livres Saints traduits en espagnol, témoin le Pentateuque espagnol, qui parut à Venise, en 1497, par les soins des Juifs expulsés de leur patrie (Castro, Biblioteca, t. i, p. 448-449), et le Psautier espagnol, qui fut édité à Tolède, vers le même temps, selon toute apparence. Ibid., p. 449. Mais l’hérésie de Luther et l’abus qu’il fit du texte sacré vinrent arrêter ce mouvement.
III. Versions publiées de 1500 à 1780. — i. versions catholiques. — Les fondateurs du protestantisme se servirent des versions de la Bible en langue vulgaire, arrangées à leur guise, pour propager leurs erreurs. Afin de remédier au mal, le concile de Trente interdit la lecture de ces versions. Cependant cette prohibition, telle qu'elle fut décrétée à Trente, puis formulée dans la règle iv de l’Index romain, n’était point absolue, mais simplement conditionnelle; elle n’atteignait que ceux qui ne voulaient pas solliciter une permission auprès des supérieurs légitimes. L’Inquisition espagnole alla plus loin et aggrava la défense. Elle prohiba purement et simplement, pour des motifs plutôt politiques que religieux, « l’impression et la lecture des Livres Saints en langue vulgaire, » en comprenant même dans cette prohibition les Heures du bréviaire, l’Office de la Sainte Vierge, celui des défunts et les choses analogues. (Voir la règle v de l'Index espagnol des livres prohibés.) On sait avec quelle vigilance et même quelle rigueur l'autorité temporelle s’employa en Espagne, pendant les xvie, xvne et XVIIIe siècles, à procurer l’exacte observance d’un pareil décret. Les usages d'alors et l’intolérance au moins aussi grande de Luther, de Calvin et d'Henri VIII expliquent ces mesures, si elles ne les justifient pas. On ne saurait d’ailleurs s’empêcher de reconnaître que ce fut cette sévérité même qui préserva la péninsule ibérique du double fléau de l’hérésie et des guerres de religion, qui firent couler des flots de sang dans d’autres pays.
Sous le coup des menaces de l’Inquisition, les catholiques espagnols se bornèrent à essayer de traduire quelques-unes des parties des Écritures qui entrent dans la liturgie ou quelques livres sapientiaux, et ils ne réussirent pas toujours à les publier. Voici l’énumération de ces tentatives.
1° Versions des Évangiles. — 1° La première de toutes eut pour objet la version des évangiles et des épîtres de l’année. Elle a pour auteur le franciscain Ambroise de Montésino, prédicateur des rois catholiques Ferdinand et Isabelle. Son travail fut édité à Madrid, en 1512, longtemps avant la publication explicite faite en 1554 des Règles de l’Inquisition , qui prohibaient la lecture des
ESPAGNOLES (VERSIONS) DE LA BIBLE
Livres Saints en langue vulgaire. Mais s à vrai dire, cette prohibition existait déjà en fait dès cette époque, comme l’affirmait, en 1543, François de Enzinas, dans la p/éface d'une version espagnole du Nouveau Testament dont il sera question plus loin'. La traduction du religieux franciscain ne fut point cependant mise à l'index espagnol. Elle reparut même en 1601, sans réveiller, parait-il, aucune susceptibilité, ou du rpoins sans attirer sur l'œuvre aucune condamnation. Voir N. Antonio, Biblioteca hispana nova, 2e édit., Madrid, 1783, t. i, p. 64. — 2° Un anonyme donna, vers 1530, selon toute apparence, mais certainement quelques années après la publication de la Bible d’Alcala ( 1514-1517), puisqu'il la prend pour guide, une traduction restée manuscrite des quatre- Evangiles, qu’il intitula : Nova . translation y interprétation espaiïoki de los cuatro Evangelios. L’auteur, dans sôn Prologue (Castro le reproduit intégralement,/ Biblioteca, t. i, p. 439-441), ne fait aucune mention des prohibitions de l’Index; mais soit que l’Inquisition espagnole mit obstacle à l'impression de ce travail, soit pour toute autre cause, il est toujours resté manuscrit. La Bibliothèque de l'Escurial l’a conservé sous le n° 9 des manuscrits bibliques. — 3° Une nouvelle version et interprétation des quatre Evangiles faite vers 1550', par le P. Jean de Robles, bénédictin dd Mont - Serrât (f 1573) , est restée également manuscrite. Ce fut l'Inquisition qui s’opposa à l'iropressjon. L'original se trouve à l'Escurial, sous la cote H 1, 4, et forme un volume de 489 feuillets. (Lettre du P. Fernandez, en date du 3 février 1896.) — 4° Le P. Joseph de Siguenza, hiéronymite, la principale gloire littéraire du couvent de l’Escurial, s’employa luimême à traduire en espagnol, avec son rare talent, les deux Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc; mais il ne fut pas plus heureux que ses émules. Son écrit est resté manuscrit et se conserve à l'Escuéial, feans avoir jamais reçu les honneurs de l’impression. - 2° Verrions des Psaumes. — 1° Fernand Jaraba, qui écrivait avant la publication de l'Index espagnol, publia à Anvers : 1. en 1540, une traduction espagnole de l’Office des défunts , et des passages de Job , qui en font partie intégrante; 2. dans la même ville, en 1543, une traduction des Psaumes pénitentiaux, du Cantique des cantiques et des Lamentations de Jérémie. Castro , Biblioteca, t. i, p. 449; N. Antonio, Biblioteca hispana nova, t. i, p. 378. Son livre fut proscrit plus tard. Voir l'Index espagnol , au mot Jaraba. — 2° Le P. Benoit Villa, bénédictin du Mont -Serrât, n'eut pas un meilleur sort avec sa Harpe de David ou traduction paraphrasée des Psaumes. Cet écrit, qui avait d'abord été publié en Catalogne, fut édité une seconde fois, en 1545, à Médina del Campo, avec licence et privilège royal (voir Hidalgo, Diccionario de bibliografia espanola, Madrid, 1862, t. i, p. 232), ce qui n’empécha pas l'auteur de tomber, neuf ans plus tard, sous le coup de la Ve règle prohibitive de l’Index espagnol, et de voir son travail inscrit au nombre des livres prohibés. — 3° Ce1 fut probablement pour échapper aux effets d’une condamnation de ce genre que le Flamand Cornélius Snoi alla publier à Amsterdam, en 1553, une autre traduction espagnole des Psaumes, qui n’est pas sans mérite, d’après Castro, Biblioteca , t. I, p. 462. — 4° Trente ans plus tard, le pieux Louis de Grenade, dont on connaît le grand renom et le talent littéraire, traduisit partie en vers, partie en prose, le Psautier et les cantiques du bréviaire. Mais son travail dut attendre que l'Inquisition espagnole eût mitigé la rigueur de ses décrets pour être livré à l'impression : il ne fut édité qu’en 1801. Hidalgo, Diccionario, Madrid, 1862, t. I, p. 226. — 5° Jean de Soto, de l’ordre de Saint -Augustin, fut plus heureux au commencement du xvne siècle. Il réussit en 1615, avec la .protection d'une infante d'Espagne, à mettre au jour une traduction en vers des Psaumes et des cantiques du bréviaire. Cette traduction n’a pas été censurée par l'Inquisition. N. Antonio, Biblioteca, 1. 1, p. 782. — 6° Le
P. Jean de la Puebla, hiéronymite, fut plus réservé. Il s'employa bien à traduire en vers espagnols les Psaumes de David, mais sans les livrer à l'impression. L’original de cette traduction se conserve à l’Escurial. — 7° Antonio de Cacérès y Soto Major, évêque d'Astorga et confesseur du roi Philippe IV, est aussi auteur d’une version littérale des Psaumes, accompagnée de quelques gloses. C’est sans doute pour cela que l'Inquisition la toléra. Elle fut imprimée en 1615, non en Espagne, mais à Lisbonne. Castro, Biblioteca, t. i, p. 472. — 8° Huit ans plus tard, en 1623, parut à Madrid même, et avec approbation, une autre traduction analogue des Psaumes et des cantiques du bréviaire. Elle était due à Joseph de Valdivielso, l’un des chapelains de la cour. Antonio, Biblioteca, t. i, p. 488. — 9° Le comte Bernardin de Rebolledo, seigneur d'Irian, après avoir combattu vaillamment dans l’armée et rempli aussi avec distinction plusieurs ambassades, s’appliqua semblablement aux arts de la paix et cultiva en particulier la poésie avec un certain succès. Antonio, Biblioteca, t. i, p. .219. On lui doit un ouvrage intitulé Selva sagrada, qui n’est autre chose qu’une traduction en vers castillans des Psaumes, de Job et des Lamentations de Jérémie. La première édition de cet ouvrage parut à Cologne, en 1659; elle ne renfermait que les Psaumes. Une seconde fut publiée à Anvers, en 1661, et une troisième à Madrid, en 1778. Ces deux dernières renfermaient, avec les Psaumes, Job et les Lamentations de Jérémie. Hidalgo, Diccionario, t. i, p. 237-238. — 10° Il y eut encore, à la même époque, des versions particulières des Psaumes pénitentiaux ou de quelques autres parties du Psautier; mais elles ne valent pas la peine d’être nommées.
3° Versions des livres sapientiaux. — 1° L’Ecclésiaste fut traduit en espagnol et annoté, au commencement du xvxe siècle, par un anonyme, qui prit pour modèle le célèbre Arias Montanus. Mais sa traduction ne fut pas imprimée. Elle se conserve en manuscrit à l’Escurial. Castro, Biblioteca, t. i, p. 443 et 444. — 2° Le Cantique des cantiques trouva (vers 1570) un traducteur espagnol dans la personne du célèbre Louis de Léon, de l’ordre des Augustins. Cèt écrivain , théologien consommé et littérateur du plus grand mérite, traduisit aussi le livre de Job. Mais ce double travail ne put être imprimé que plus tard, Job en 1779 et le Cantique en 1798, à Salamanque. Hidalgo, Diccionario, t. i, p. 223 et 239. — 3° Alphonse Ramon, de l’ordre de la Merci, est auteur d'une version espagnole des Proverbes de Salomon. Elle parut à Madrid, en 1629, et n’attira, à son auteur aucune condamnation, sans doute parce qu’elle était accompagnée de gloses et d’éclaircissements. Antonio, Biblioteca, t. i, p. 42 et 43.
4° Version de l’Apocalypse. — Le vénérable serviteur de Dieu Grégoire Lopez, missionnaire ou plutôt ermite au Mexique, mort le 20 juillet 1596, en odeur de sainteté, laissa manuscrite une traduction espagnole de ce livre si mystérieux et, si obscur. Elle fut publiée après sa mort , en 1678, par le bénédictin Argaiz. Elle a obtenu une seconde et une troisième édition enrichie de gravures, à Madrid, en 1789 et 1804.
Telles sont dans leur ensemble les quelques rares versions espagnoles catholiques, toutes partielles, de nos Livres Saints, que nous présente la période de 1500 à 1780. Elles ne représentent qu’une partie insignifiante des travaux scripturaires qui furent l’œuvre des catholiques espagnols pendant les xvie, xvue et xvme siècles. On sait assez, en effet, que le xvie siècle en particulier fut l’âge d’or des théologiens et des exégètes en Espagne. Mais, au lieu de rédiger leurs travaux bibliques dans leur langue maternelle, ces auteurs les écrivirent en latin, avec autant d'abondance que de perfection et de succès. La langue espagnole y perdit sans doute; mais l’Église entière y gagna , puisque leurs ouvrages profitèrent à plus de lecteurs.
ESPAGNOLES (VERSIONS) DE LA BIBLE
il. versions juives. - 1° Versions de l’Ancien Testament. — 1. Isaac Abarbanel a traduit plusieurs livres sacrés en espagnol. Né à Lisbonne, en 1439, de parents juifs, il passa en Castille et y conquit la faveur des rois catholiques, sans renoncer cependant à sa religion. Aussi, lors du décret de 149 il, il prit le parti de quitter l'Espagne et se réfugia d’abord à Naples, puis à Corfoue, enfin à Venise, où il mourut en 1508. Voir t. I, col. 15. 11 a traduit de l’hébreu en espagnol le Deutéronome, Josué, les Juges, les Rois, les grands et les petits Prophètes. Voir Rodriguez de Castro, Biblioteca, t. i, p. 346-349. —
2. Isaac Haraman ben Moseh, originaire de Zamora, contemporain et coreligionnaire d’Abarbanel, prit comme lui le parti de l’exil, en 1492. Il avait traduit et commenté en espagnol, avant de quitter son pays natal, les livres d’Esther, de Ruth, de l'Ecclésiaste, du Cantique des cantiques, ainsi que les Lamentations de Jérémie; mais il ne parait pas qu’aucun de ces écrits ait été livré à l’impression. Castro, Biblioteca , t. i, p. 361. Le manuscrit de la traduction de l'Ecclésiaste se conserve à l’Escurial. —
3. Bible de Ferrure ou des Juifs. — En 1553'parut la Bible espagnole la plus renommée et la plus souvent réimprimée. Elle a pour litre : Biblia en lengua espanola traduzida palabra por palabra de la verdad hebraica por muy excelentes letrados. En Ferrara, 16 de adar de 5313 (1er mars 1553). Cette traduction est connue sous le double nom de Bible de Ferrare et de Bible des Juifs. Elle doit son premier nom à ce qu’elle fut publiée à Ferrare, sous la protection du duc Hercule II, qui favorisait ouvertement le luthéranisme. Elle doit le second à ce qu’elle est l’œuvre de deux Juifs portugais, Duarte Pinel, appelé aussi Jom Tob Athias, et Jérôme de Vargas, nommé aussi Abraham Usque. Rodriguez de Castro, Biblioteca, t. i, p. 400 et 401. Elle contient tous les livres protocanoniques de l’Ancien Testament, à l’exception des Lamentations de Jérémie. Daniel est rangé parmi les hagiographes, après Job. Esther est le dernier livre de tout le volume. Cette version eut, paraît-d, deux tirages simultanés en 1553, lors de sa première publication. L’un portait une dédicace au duc de Ferrare et s’adressait sans doute aux catholiques, qu’on voulait tromper; car on s’y targuait frauduleusement d’avoir obtenu pour cette version de la Bible une approbation explicite du saint office. Le second tirage, destiné selon toute apparence aux Juifs, était dédié à une de leurs coreligionnaires, dona Gracia Nasi. M. Hidalgo, Diccionario, p. 214, qui a confronté les deux tirages, n'y a remarqué d’autre divergence que la suivante : dans le verset Ecce virgo concipiet, Is. , vu, 14, l’un traduit virgo par virgen, qui est une traduction littérale, tandis que l’autre substitue le mot nioza, qui offre un sens vague. La traduction en général laisse beaucoup à désirer pour l’élégance et la correction du langage, en dépit de la réputation qu’on lui a faite. L’espagnol y est froid, compassé, parfois inexact; les hébraïsmes y abondent. Ménendez Pelayo, Iletei odoxos, t. ii, p. 466. La Rible de Ferrare fut en partie corrigée dans les réimpressions qui en ont été faites, toujours par des Juifs et presque toujours à Amsterdam, en 1611, 1617, 1661, 1665, 1728, 1762. Rodriguez de Castro, Biblioteca, t. I, p. 472, 481, 517-518. La dernière édition, celle de 1762, a été donnée par le rabbin Abraham Mendez de Castro, et passe à tort auprès de quelques auteurs pour être une version autre que celle de Ferrare.
2° Versions du Pentateuque. — 1. On doit au rabbin Manasseh ben Israël, Juif espagnol réfugié en Hollande, une traduction espagnole des cinq livres de Moïse, publiée à Amsterdam , en 1627 et 1655. Cette version ne diffère pas notablement de celle de Ferrare. — 2. En 1695, Joseph Franco Serrano, professeur de théologie à la synagogue d’Amsterdam, édita un Nuevo Penlateucho traducido en lengua espanola, avec paraphrase empruntée aux meilleurs commentateurs juifs. R. Castro, t. i, p. 491-493. — 3. Dix ans plus tard, le rabbin Isaac de
Cordova publia aussi à Amsterdam une traduction du Pentateuque. R. Castro, t. i, p. 493.
3° Versions des Psaumes. — 1. A une époque inconnue, un poète donna le premier, prétend -il dans sa Préface, une traduction en vers des Psaumes, sous le nom probablement supposé de Jean Le Quesne. On croit qu'il était Juif. On a pour cela plusieurs motifs, et en particulier cette circonstance, qu’il se vante d'avoir traduit sur le texte hébreu. Sa version n’était pas d’ailleurs sans mérite. Rodriguez de Castro, Biblioteca, t. i, p. 471. Mais telle était entachée de plusieurs erreurs doctrinales. Elle figure à l’Index espagnol comme livre prohibé, au mot Quesne. — 2. En 1625 parut à Amsterdam une autre version espagnole des Psaumes. Elle était anonyme et n’offre rien qui lui mérite une attention particulière. Rodriguez de Castro, Biblioteca, t. i, p. 472 et 473. — 3. En 1626, David Abénatar-Melo, Juif espagnol, d’abord converti au christianisme, puis relaps et réfugié en Allemagne, publia à Francfort une traduction espagnole en vers de tout le Psautier, faite d’après la Rible de Ferrare. Voir Amador de los Rios, Estudios sobre los Judios de Espana, in-8°, Madrid, 1848, p. 521-530. — 4. Les rabbins Éphraïm Bueno et Jonas Abravanel publièrent à Amsterdam, en 1650, une autre traduction espagnole des Psaumes, faite également sur l’hébreu. R. de Castro, Biblioteca , t. i, p. 477 et 478. — 5. Le rabbin Jacob Jeliudah, Juif originaire de Léon , publia également une version des Psaumes à Amsterdam, et sa version n’était pas sans valeur. R. de Castro, t. I, p. 483-487. — 6. Mentionnons en dernier lieu à cet égard la traduction très prosaïque , bien qu'en vers castillans, du rabbin Daniel Israël Lopez- Laguna. Elle parut aussi à Amsterdam, en 1720. L’auteur avait consacré vingt années de sa vie à la composer, et comme elle avait été faite spécialement pour les Juifs, ceux-ci à leur tour ne négligèrent rien, en dépit de la pauvreté de la poésie, pour que la beauté de la forme et la richesse de l’ornementation ne laissassent rien à desirer. R. de Castro, t. i, p. 500-506.
4“ Versions du Cantique des cantiques. — 1. II fut traduit en espagnol vers 1631, par le rabbin David Cohen Carlos; mais sa version est restée manuscrite. Elle se conserve à la Haye, en Hollande. R. de Castro, t. i, p. 476. — 2. En 1766 parut à Amsterdam une édition du Cantique des cantiques en trois langues, hébreu, latin et espagnol. La version espagnole était l’œuvre du rabbin Moseh Belmonte. Castro , t. i , p. 519 et 520.
5° Version des prepüers Prophètes. — Elle est due au rabbin Isaac de Acosta; mais, comme ses coreligionnaires, il désigne par cette expression : « les premiers Prophètes, » Josué, les Juges et les quatre livres des Rois. L’ouvrage parut à Leyde, en 1732, sous le titre de Conjeluras sagradas sobre los Prophetas primeras. Voir Rodriguez de Castro, qui en donne des extraits, t. i, p. 506-510.
6° Version des hagiographes. — Juan Pinto Delgado, Juif portugais, qui avait fui la péninsule ibérique pour échapper à l’Inquisition et s’était réfugié en Normandie, traduisit en espagnol et en vers quelques-uns des livres qui sont appelés hagiographiques dans le canon hébreu, savoir ceux d’Esther et de Ruth, ainsi que les Lamentations de Jérémie. Sa version parut à Rouen, en 1627, avec une dédicace au cardinal de Richelieu. Ce fut sans doute grâce à ce patronage que le livre ne fut pas prohibé par l’Inquisition espagnole. Castro, p. 510-516.
7° Version d’Isaïe et de Jérémie. — En 1569, Joseph ben Isaac ben Joseph Jebetz avait publié à Strasbourg une édition du texte hébreu d’Isaïe et de Jérémie, avec traduction espagnole en regard. Le volume était à deux colonnes. La première offrait le texte hébreu , la seconde la traduction. Mais celle-ci était presque identique à celle de la Bible de Ferrare. R. de Castro, t. i, p. 464.
m. versions protestantes. — 1° Juan de Valdès. — C’est le premier luthérien originaire d’Espagne qui se soit
ESPAGNOLES (VERSIONS) DE LA BIBLE
occupé d'une version espagnole de la Bible. Philologue et littérateur de talent, il vivait dans la première moitié du xvie siècle, et sa mort arriva en 1541, douze ans avant l’apparition de la Bible de Ferrare. Il laissait en manuscrit : 1. une version espagnole du Psautier fuite sur 1 hébreu. Elle n’était pas sans mérite, au jugement de M. Menendez Pelayo. Elle était restée manuscrite à la Bibliothèque impériale de Vienne jusqu’en 1880. A cette date, Bôhmer l’a mise au jour à Bonn, in-8° de 19(3 pages. — 2. Une version du même genre faite sur le grec et accompagnée d’un commentaire de l’Épitre de saint Paul aux Romains et de la première aux Corinthiens. Ces deux dernières furent imprimées séparément à Venise ou plutôt à Genève, peu de temps après la mort de l'auteur, l’une en 1556, l’autre en 1557. Voir Menendez Pelayo, Heterodoxos espanoles, t. n, p. 185 et 186.
2° François de Enzinas. — Il est l’auteur de la première version protestante du Nouveau Testament : EINuevo Testamento de Nuestro Redemptor y Salvador Jesu Christo, traduzido de griego en lengua castillana por Francisco de Enzinas. Enveres (Anvers), octobre 1543. François de Enzinas, appelé aussi Driander ou Duchêne, avait fui l’Espagne, sa patrie, pour se retirer à Wittemberg ety professer librement les opinions nouvelles, mises en vogue par Luther. Il était théologien à ses heures et connaissait passablement la langue grecque. Sa traduction fut accueillie avec faveur par ses coreligionnaires et a été bien des fois réimprimée par les protestants. Mais les théologiens catholiques y découvrirent tant d’erreurs, qu’ils s’empressèrent de la censurer, en dépit de la précaution que l’auteur avait prise de rentrer en pays espagnol avant de publier son livre et de le dédier à Charles- Quint, dans l'espoir de se ménager sa protection. Voir Menendez Pelayo, Heterodoxos espanoles, in-8°, Madrid, 1881, t. il, p. 223-237. — En 1550, Sébastien Gripho, imprimeur de Lyon, édita sans nom d’auteur une version espagnole faite sur l’hébreu du livre de Josué,des Psaumes et des Proverbes. On a parfois attribué cette traduction à Enzinas (M. Pelayo, Heterodoxos, p. 516), mais par pure conjecture.
3° Juan Perez de Pinéda. — Cet écrivain espagnol était recteur du collège de la Doctrine, à Séville, lorsqu’il s’enfuit à Genève, pour échapper à l’Inquisition, qui menaçait de le poursuivre pour son attachement aux erreurs de Luther. Il y employa ses veilles à donner une version du Nouveau Testament faite sur le grec et une autre desPsaumes d’après l’hébreu. Ces deux traductions furent publiées à Venise en 1556 et 1557, en même temps crue celle de Juan de Valdès. R. de Castro, t. i, p. 463. Juan Perez écrivait avec correction et élégance. Sa traduction des Psaumes passait, en 1720, pour la meilleure que l’on connût en castillan, d’après Lelong, Bibliotheca sacra, Paris, 1723, t. i, p. 364. M. Menendez Pelayo, cité plus haut, la regarde comme inférieure à celle de Valdès.
4° En 1563, on publia à Paris une nouvelle traduction espagnole du Nouveau Testament. Elle ne portait pas de nom d’auteur; mais le venin des erreurs de Calvin y était si apparent, que la Sorbonne de Paris en prohiba la lecture par décret du 2 août 1574. D’Argentré, Collectio judicioruni, t. n, p. 421-425.
5° Biblia del Oso, première traduction espagnole intégrale de la Bible, Bâle, 1567-1569. Les premiers luthériens espagnols, malgré leur zèle à multiplier les versions de la Bible dans leur langue maternelle, n’étaient pas parvenus à en mettre au jour une traduction intégrale faite sur les textes originaux. Cette version ne parut que dans la seconde moitié du xvie siècle. Elle fut l’œuvre d’un religieux hiéronymite, qui avait jeté le froc aux orties et fui sa patrie pour se retirer à Bàle, en 1559, et contracter mariage. Cassiodore de Reina , c’était son nom (voir plus haut, col. 340), était helléniste distingué et littérateur de talent. Mais, comme Luther, il ne savait pas
parfaitement l'hébreu, et se contenta à peu près pour ioute la partie hébraïque de la Bible de mettre en espagnol le texte latin de Santé Pagnino. Le traducteur employa douze années entières de sa vie à ce travail sans jamais se rebuter. Au moins l'affirme- t-il dans sa dédicace à tous les princes chrétiens. C’est grâce à ce travail acharné et persévérant qu’il réussit à doter la langue espagnole d'une version de la Bible supérieure à tous les points de vue à celle des Juifs de Ferrare. Cette version n’a point été égalée non plus plus tard par les traducteurs catholiques Philippe de Scio et Torrès-Amat, dont il sera question plus loin. Tel est le jugement de Menendez Pelayo, ouvr. cité, t. n, p. 468-471. La version de Cassiodore de Reina doit son nom de Biblia del Oso, « Bible de l’Ours, » à l'emblème qui figure à son frontispice. Malgré son mérite, elle n’a eu qu’une édition proprement dite; c’est pourquoi elle est devenue d’une rareté extrême. Mais, à vrai dire, la version de Cyprien de Valera, qui l’a supplantée, n’en est guère qu’un plagiat.
6° Cyprien de Valera. — D’abord religieux hiéronymite comme Cassiodore de Reina, puis défroqué comme lui et réfugié en pays protestant, il l imita aussi dans son zèle à traduire la Bible en langue vulgaire. A l’entendre, il aurait employé vingt années de sa vie à préparer sa Biblia del Viejo y Nuevo Testamento , revisla y conferida con los textos liebreos y griegos y con diversas translaciones , in-f°, 2 col., Amsterdam, 1602. De fait cependant, il n’a fait qu’améliorer en quelques endroits le texte de Cassiodore de Reina. Menendez Pelayo, t. n, p. 496. Cyprien de Valera avait débuté dès 1596, à Londres, par la publication d’une version du Nouveau Testament, faite sur le texte grec, nous dit-il , mais en réalité d'après Cassiodore de Reina. — En 1718, Sébastien de la Encina, qui se disait ministre de l’Église anglicane en résidence à Amsterdam, publia une version espagnole du Nouveau Testament, qui n’est guère, en somme, qu’une réimpression de celle de Cyprien de Valera. Menendez Pelayo , ouvr. cité, t. m, p. 99 et 100.
IV. Versions pubuées de 1780 a nos jours. — Elles sont toutes l’œuvre d’écrivains catholiques. Les circonstances qui avaient fait porter, au xvie siècle, les règles prohibitives de l’Index en ce qui concerne la lecture de la Bible en langue vulgaire s’étaient modifiées peu à peu. Le danger de perversion n’étant plus le même, le pape Benoit XIV, par un bref en date du 23 décembre 1757, permit la lecture des Livres Saints en langue vulgaire, pourvu que la version eût été autorisée par l’autorité compétente et fût accompagnée dans les endroits difficiles de quelques éclaircissements empruntés aux saints Pères et aux exégètes catholiques. L’Inquisition espagnole, suivant cette voie, promulgua, le 20 décembre 1782, un décret analogue. Dès 1777, D. Francisco Gregorio de Salas, chapelain majeur de la maison royale des Retraitantes de Madrid, avait publié une traduction en vers castillans des Lamentations de Jérémie et d’une partie notable des offices de la Semaine sainte. En 1779 parut le livre de Job, traduit et commenté par Louis de Léon. Hidalgo, t. i, p. 234. De même, en 1782, Léon de Arroyal traduisit en espagnol l’Office de la sainte Vierge, celui des défunts, et les publiait avec une autorisation explicite du suprême conseil de l’Inquisition. Hidalgo, t. I, p. 239. Mais l’apparition du décret du 20 décembre 1782 devait encourager à produire des travaux plus importants.
1° Versions catholiques complètes de la Bible.— 1. Le P. Philippe Scio de San Miguel, clerc régulier des Écoles Pies de San Joseph Calasanz, ancien précepteur de Charles III, devenu évêque de Ségovie, entreprit de traduire complètement les Saintes Écritures. Sa version parut pour la première fois à Valence, de 1791 à 1793, en 10 volumes in-folio. Elle était faite strictement d’après la Vulgate latine, et les notes y étaient fort clairsemées. Elle ne manque d’ailleurs ni de correction ni d'élégance. Mais
ESPAGNOLES (VERSIONS) DE LA BIBLE
cependant, comme le traducteur s’applique à suivre d'aussi près que possible le texte latin, sans s’occuper en aucune ( manière du texte original ou des versions antérieures à la sienne, il manque parfois de clarté et de précision et plus souvent encore de chaleur et de vie. Toutefois, comme cette version était la première version complète qui eut pour auteur un catholique espagnol et ne fût déparée par aucune tache d'hérésie, elle fut accueillie avec un véritable enthousiasme dans le pays, et les éditions s’en multiplièrent rapidement, avec ou sans gravures et illustrations. — Ce n’est que plus tard que le public éclairé sentit le besoin d'avoir une seconde traduction, pour laquelle l’auteur aurait recouru à l'hébreu, au grec et aux autres sources originales, afin d'être plus assuré du vrai sens de l’auteur sacré. Le roi Charles IV donna même des ordres à cet égard , en 1807, une année avant son abdication. Mais les circonstances difficiles que Ton traversait, et surtout la guerre de l’Indépendance, qui éclata sur ces entrefaites, amenèrent des retards dans l'exécution de cet ordre royal. — 2. Ce fut don Félix Torres y Amat (voir t. i, col. 446), alors prêtre sacristain de la cathédrale de Barcelone, et plus tard évêque d’Astorga, qui se chargea de ce travail et s’en acquitta avec zèle et talent. Sa traduction fut publiée sous la protection de Ferdinand VII, de 1823 à 1825, en 9 in-4°. Cette seconde version, complète comme la précédente, obtint un grand succès, et plusieurs éditions en ont été données successivement. Tou- . tefois elle n’a point fait tomber la précédente, ou plutôt celle-ci continue à jouir d'une plus grande faveur, et les éditions s’en écoulent encore aujourd’hui plus rapidement que celles de sa rivale. L’édition la plus estimée de Scio paraît être celle qui fut donnée à Barcelone, en 1846, par don José Palau. Elle est enrichie de divers éclaircissements et de quelques rectifications. — Ces deux versions complètes de la Bible sont les seules en langue espagnole qui aient eu pour auteurs des écrivains catholiques. Mais ceux-ci ont publié depuis 1780 un certain nombre de versions partielles.
2° Version des quatre livres des Rois. — Ils ont été traduits en espagnol par don Eugène Garcia, vicaire général de Madrid et de Carthagène, Madrid, 1790.
3° Les Psaumes. — Ils ont été traduits à diverses reprises en vers ou en prose. — 1. Thomas Gonzalès Carvejal, membre de l'Académie royale espagnole, a fait à lui seul cette double traduction, 5 in- 12, 1816 à 1824. 11 a aussi traduit le Cantique des cantiques, les prophéties d Isaie et le livre de Job : ce qui le mit à même de publier 7 autres in- 12. Mais plus tard il réunit ces écrits en un seul recueil, qu’il intitula Los libros poeticos de la Biblia , 7 in-8°, Valencia, 1827-1832. — 2. Trente ans avant lui, en 1789, don Ange Sanchez, qui avait appartenu à la Compagnie de Jésus avant sa suppression temporaire par Clément XIV, avait déjà donné à Madrid une traduction en vers de tout le Psautier. — 3. Don Pedro Antonio Perez de Castro est l’auteur d'une autre traduction, qui fut publiée après sa mort, en 1799. — 4. Don Paul Olavide en composa une à son tour. Cet auteur assez connu d 'El Evangelio en triumfo était une âme droite, mais faible, à laquelle les écrits des philosophes et des encyclopédistes français du xvme siècle avaient fait d'abord perdre en partie la foi. Revenu à de meilleurs sentiments après sa condamnation par le tribunal de l’Inquisition, il mit à profit sa prison et son exil pour se convertir,- se faire l’apologiste de la religion et traduire les Psaumes en vers castillans. Sa version parut à Madrid, en 1800, sous le titre de Salterio espanol. Elle a été plusieurs fois réimprimée, bien qu’elle ne soit pas un chef-d’œuvre. Menendez Pelayo, t. ni, p. 217-219. — 5. Un an plus tard, en 1801, le dominicain Diégo Fernandez publia une nouvelle traduction en prose du Psautier. — 6. Plus récemment, de 1825 à 1837, D. Joseph Viruès a mis au jour, à Madrid, une traduction du Psautier avec commentaire, en 4 volumes in-4°. L'archevêque de Tolède en pro-
hiba la lecture par décret du 4 avril 1827, à cause des erreurs qu'elle contient.
4° Les livres sapientiaux. — 1. Les Proverbes, l’Ecclésiaste, la Sagesse et l’Ecclésiastique furent aussi traduits en vers castillans, à la fin du xvme siècle, par don Ange Sanchez, l’auteur de la traduction des Psaumes dont il vient d’être question , et publiés sous ce titre : La verdadera filosofia del éspiritu e del corazon. Les Proverbes parurent à Madrid, en 1785; TEcclésiaste en 1786, la Sagesse en 1789, l’Ecclésiastique en 1789. — 2. Le Cantique des cantiques fut traduit et commenté par un pieux bénédictin, dom Placido Vicente : El Cantico el mas sublime de la Escritura , 2 in -12, Madrid, 1800. — 3. Vers le même temps, Thomas Gonzalès Carvajal traduisit en vers Job et le Cantique des cantiques, comme il a été dit plus haut. — 4. VersTSSO, don Xavier Caminero, mort en 1884 évêque élu d’Oviedo, traduisit Job d'après lé texte hébreu; mais son travail n’a pas été jusqu’ici livré à l'impression. Menendez Pelayo, t. ni, p. 829. Le manuscrit en-appaftient aujourd'hui àM. Pelayo. (Lettre du 5 juillet 1897.)
5° Tobie Judith et ESther. — Un anonyme les a traduits en espagnol et les a publiés avec le texte latin en regard, 3 in -12, Madrid, 1789- 1790.
6° Evangiles. — Il en existe deux traductions nouvelles. — 1. L’une est due au P. /dom Anselme Petite, de Tordre de Saint-Benoît et ancien abbé de Saint-Millan de la Cogolla. Elle parut pour la première fois en 1785. Mais depuis elle a été maintes fois réimprimée. Le même auteur s’était d’abord essayé sur quelques psaumes et avait donné àValladolid, en 1784, une traduction envers des PsauVnes graduels et dès Psaumes pénitentiaux. — - 2. Une seconde, traduction des Évangiles parut à Madrid, en 1843, illustrée de 40 grayures. Elle était l’œuvre collective de plusieurs membres de la Société littéraire de la ville.
7° Actes des Apôtres. — Un prêtre séculier, le docteur don Ignacio Guerea, en a donné une traduction espagnole d'après le latin de la Vulgate, Madrid, 1784. Sa traduction a eu plusieurs éditions.
8° Épîtres. — d. Les Épitres de saint Paul ont trouvé un traducteur estimé dans la personne de don Gabriel Quijano, in -8°, Madrid, 1785. Plusieurs fois réimprimé. — 2. Une traduction espagnole des sept Épîtres catholiques parut aussi en 1785, à Madrid. Elle avait pour auteur un bénédictin, dom Richard Valsalobre. — 3. En 1816, un prêtre séculier, don François Jiménès, traduisit de nouveau en espagnol les Épîtres de saint Paul et les Épitres catholiques et les publia en un seul volume.
9° Apocalypse. — Don José de Palacio y Vina publia une traduction espagnole de l’Apocalypse à Madrid , en 1789.
La période dont nous venons de nous occuper n’a vu paraître aucune nouvelle version protestante. L’Espagne a bien-été inondée, de 1800 à 1870 et surtout de 1833 à 1876, de bibles protestantes, distribuées par les émissaires des Sociétés bibliques d'Angleterre ; mais leurs éditions n’étaient que de simples réimpressions des versions de Cassiodore de Reina, de Cypriano de Vulera et de leurs émules, ou 'bien, en en retranchant les livres deutérocanoniques, de P. de Scio et de Torrès (Amat, cette dernière publiée par un prêtre apôstat. et marié, Laurent Lucena, vers 1850. Monerjdez Pelayo, t. m, p. 674.
Voir José Rodriguez de Castro, Biblioteca rabbinica de autores espafioles , 2 in-f°, Madrid, 1781, p. 346-350, 400-520; Joachim Villanueva, Calificador del Santo Oficio, De la leccion de la Sagrada Escritura en lenguas vulgares , in-f°, Valence, 1791; José Maria de Eguren, Memoria de los codices notables de Espana, in-4°, Madrid, 1859, p. 1-50; Francisco Caminero, Manuale isagogicum, in-8°, Lugo, 1868, p. 213-215; Menendez Pelayo, Historia dë los Heler'pdoxos espaiïoles , 3 in-8°, Madrid, 1880, t. ii, p. 185-186, 223-237,466-468; t. m , p. 217-219,
ESPAGNOLES (VERSIONS) DE LA BIBLE — ESPION
674, etc. ; G.Borrow, La Bible en Espagne, trad. franç.,
2 in-8°, Paris, 1845; M. Ivaiserling, Bibliotheca espahola judaica, in-8°, Strasbourg, 1890. F. Plaine.
ESPENCÆUS (Claude d'Espence), théologien catholique, né à Châlons-sur-Marne en 1511, mort à Paris le 5 octobre 1571. Il devint, encore jeune, recteur de l'Université de Paris. Il était le protégé du cardinal de Lorraine, qui l'emmena à Rome, en 1555, et où Paul IV songea un moment à le retenir pour l'élever au cardinalat. En 1561, il prit part au Colloque de Poissy et défendit habilement les vérités catholiques contre Théodore de Bèze. Parmi ses nombreux écrits, on remarque : Commentarii et digressiones in priorem et posteriorem D. Pauli ad Timotheum Epistolam, 2 in-f°, Paris, 1561 et 1564; Exposition du Psalme cent trentième: Domine, non est exaltatum cor meum, etc., par forme de sermon, in-8°, Paris, 1561; Commentarius in Epistolam D. Pauli ad Titum, cum aliquot digressionibus , seu totidem locis communibus , ex parte ad hodiernas in religione conlroversias pertinenlibus, in-8°, Paris, 1567. Tous les écrits de Claude d’Espence ont été réunis en un volume : Opéra omnia quibus accesserunt posthuma a Gilberto Genebrardo in lucem édita, in-f°, Paris, 1619. — Voir Richard Simon, Histoire critique du Nouveau Testament (1693), p. 591 ; Dupin, Histoire des auteurs ecclésiastiques de 1550 à la fin du siècle, p. 358-378; E. de Barthélemy, Étude biographique sur Claude d’Espence, in-8°, Châlons-sur-Marne, 1853. B. Heurtebize.
ESPÉRANCE (hébreu : tiqvâh; Septante et Nouveau Testament : Uni;; Vulgate : spes), terme employé dans l'Écriture pour désigner d'une manière générale le désir et l'attente de quelque bien que ce soit, Prov., xm, 12;
I Cor., ix, 10; mais le plus souvent le désir et l'attente des biens spirituels, cf. Ps. cxviii, 50; surtout de la béatitude éternelle et des moyens de l’obtenir, par les mérites de Jésus-Christ. Act., xxin, 6; xxvi, 7; Rom., v, 4, etc.; Ephes., i, 12; I Joa., m, 2, 3, etc. L’espérance constitue, avec la foi et la charité, les bases essentielles de la vie du chrétien, I Cor., xm, 13; elle est opposée à la possession, car on n’espère plus ce qu'on tient. Rom., vm, 24. Elle tient le milieu entre la foi et la charité, s'appuyant sur la foi pour conduire l'àme à la charité. Dans l'Ancien Testament, ÈXmç, spes, n’a pas la même précision que dans le Nouveau. Outre le mot tiqvâh,
« espérance, » les Septante traduisent aussi par èXni’ç les mots hébreux bélah, mibtah, «confiance, » et niahséh,
« ce en quoi on se confie » ou « refuge ».
Considérée comme vertu théologale, l’espérance n’est pas seulement une conception vague de l’autre vie, accompagnée de la conviction jahilosophique que nous sommes destinés à une existence ultérieure. Elle n'est pas cette aspiration innée à toute créature de secouer le joug de la servitude pour arriver à la liberté. Rom., vm, 20-22. Elle est la certitude, fondée sur les promesses divines, que nous sommes appelés à une vie éternelle et que Dieu, si nous sommes fidèles, nous donnera dès ici -bas les moyens d'y parvenir. Cette certitude est un don de Dieu, que Jésus- Christ nous a mérité, que tout chrétien peut et doit obtenir, Rom., xv, 4, 13; Hebr., m, 6; VI, 11, 18, et que l'Esprit-Saint répand dans les âmes. Il Cor., v, 5; xv, 13; GaL, v, 5; I Petr., i, 3. C'est pourquoi l’espérance, et une espérance invincible, se manifeste dans les disciples de Jésus -Christ, dans lesquels le Saint- Esprit répandait en abondance les dons divins. Au contraire , l’espérance ne se trouve qu’irnparfaitement dans l’Ancien Testament. C’est dans ce sens que saint Paul dit que la loi nouvelle nous a introduits dans une meilleure espérance, Hebr., vu, 19, dont l’objet comprend les biens surnaturels les plus précieux : le salut, <ju>rr\pia; la filiation divine, ’jioOîtrta ; la justification, or/.aioc ôvr). Rom., viii, 23; Cal., v, 5; I Thess., v, 8; II Tim., iv, 8. j
L’espérance est un élément si essentiel de la vie chrétienne, que ce terme est quelquefois substitué à celui de foi, pour désigner la religion chrétienne tout entière. I Petr., m, 15; Hebr., x, 23. Et parce qu'elle est intimement liée à la vocation du chrétien à la foi , l'expression « l’espérance de la vocation » devient synonyme de la vocation elle-même. Ephes., I, 18; iv, 4. Elle est désignée, avec l’enseignement de la vérité révélée, comme l’objet de la prédication évangélique, Col., i, 5, 23; mais dans ces passages le mot « espérance » est employé pour les biens qui sont l’objet de l’espérance. C’est dans ce sens que saint Paul dit de lui- même qu'il est le prédicateur de l’espérance, dans le même sens qu’il se donne ailleurs comme prédicateur de la foi. Tit. , i, 2. Les infidèles sont expressément désignés, dans l’Écriture, par l’expression « ceux qui n’ont pas l’espérance », Ephes., il, 12; I Thess., iv, 13, parce qu’ils sont ici -bas sans le vrai Dieu, qui est le « Dieu de l’espérance ». Rom., xv, 13. Jésus-Christ est appelé l'espérance du chrétien, d'abord parce que le chrétien place en lui toute sa confiance et espère les biens éternels par ses mérites, et ensuite parce que dans son second avènement Jésus- Christ, devenu notre juge et notre rémunérateur, nous mettra lui-même en possession de l'objet de notre espérance. Col., I, 27; I Tim, i, 1 ; Tit., n, 13. — La patience est donnée comme l'un des fruits de l’espérance chrétienne, parce que la certitude de jouir d'un bonheur éternel nous aide à supporter avec courage les épreuves passagères de cette vie. Rom., vin, 25; I Thess., i, 3. Cette connexion entre la patience et l’espérance, dont elle est le fruit, est si grande, que dans l’énumération des vertus pastorales saint Paul inscrit la patience là où il semble que doive être mentionnée l’espérance, à côté de la foi et de la charité. I Tim., VI, 11; II Tim., m, 10; Tit., il, 2. Saint Paul voit d’autres fruits de l’espérance dans la joie spirituelle, Rom., xn, 12, et dans l’attachement inébranlable du chrétien à sa foi. Col., I, 23. — Voir O. Zôckler, De vi ac notione vocabuli êAm; in Novo Testamenlo , Giessen , 1856. P. Renard.
ESPHATHA (héb reu : 'Aspatâ [cf. azpala , « cavalier, » J. Oppert, Commentaire du livre d’Eslher, dans Annales de philosophie chrétienne , t. lxviii, 1864, p. 26]; Septante: d'acrYa), troisième fils d’Aman , que les Juifs firent périr avec ses frères après la chute de leur père. Esth., ix, 7. •
ESPION (héb reu : meraggêl; Septante : xaTcGxoïroç; Vulgate : explorator), celui qu'on envoie en avant d’une armée pour observer secrètement la configuration d’un pays, les forces et les mouvements de l’ennemi, et tout ce qui peut être utile pour l’attaque ou la défense. — Les espions sont de tous les temps, et on les signale chez tous les peuples. 1° Les Égyptiens les connaissaient. Quand Joseph reçoit ses frères, par lesquels il lient à n’être pas reconnu, il feint de les prendre pour des espions «venus dans le but d'observer les points faibles du pays ». Gen., xlii , 9. Sur un monument d’un temple de Thèbes, on voit deux espions héthéens saisis et bâtonnés par les soldats de Ramsès II (fig. 605). Champollion, Monuments de l’Égypte et de la Nubie, pi. x; Lepsius, Denkmâler, Abth. iii, Bl. 153. — 2° Chez les Hébreux, Moïse envoie des espions pour reconnaître la terre de Chanaan. Num., xm, 3, 17, 18, 22, 26, 33. Ceux-ci font un rapport très exagéré, qui excite les murmures du peuple. Josué et Caleb disent seuls la vérité. Num., xiv, 6,7, 24; Deut., i, 22-26. Moïse fait de même explorer Jazer. Num., xxi, 32. — 3° Josué envoie ses espions à Jéricho, Jos., n, 16, où ils sont sauvés par Rahab, qu'ils sauvent plus tard a leur tour. Jos., vi, 22. — 4° Les Danites font explorer la montagne d’Éphraïm par des espions, afin d’étendre leur domaine de ce côté. Jud., xvm, 2, 14, 17. — 5° David a des espions | qui surveillent la marche de Saül, I Reg., xxvi, 4; ses