‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 36 sur 485 · DANSE — D AN- YA AN · texte numérisé non relu

DANSE — D AN- YA AN

« Balmarkos maître des danses ». Corpus inscript, græc., n° 4536; Corpus inscript, lat., t. ni, n° 155; Pli. Le Bas et W. II. Waddington, Inscriptions grecques et latines recueillies en Grèce et en Asie Mineure, t. ni, Paris, 1870, nos 1855-1857; Clermont-Ganneau, Une nouvelle dédicace à Baal-Markod , dans le Recueil d’archéologie orientale, Paris, 1888, p. 94-96, 101-1 li; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., t. ni, p. 600-601.

III. Les danses profanes. — Elles ont lieu dans toutes les circonstances où la joie a besoin de se manifester avec plus d'éclat qu'à l'ordinaire. On danse donc : 1° à la suite d’une victoire, comme Marie après le passage de la mer Rouge, Exod., xv, 20; la fille de Jephté, après la victoire de son père sur les Ammonites, Jud., xi, 34; les femmes d'Israël, après la victoire de David sur Goliath,

I Reg., xvm,6, 7 ; xxi, 12 ;xxix,5 ; les Amalécites, après leur victoire sur les Philistins. I Reg., xxx, 16. Chez les Égyptiens, on trouve des représentations de danses guerrières avant la bataille (voir t. i, fig. 232). Rosellini, Monumenti civili, pi. cxvn, 2; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient, Paris, 1897, t. n, p. 220. La Bible ne fait aucune allusion à des danses de ce genre chez les Hébreux.

— 2° Dans les festins solennels. A la suite d'un festin, les Philistins font venir Samson pour qu'il danse devant eux. Jud., xvi, 25. Le fils de Sirach parle de la musique qui accompagnait les festins, et il recommande aux vieillards de ne pas l'empêcher. Eccli., xxxii, 5, 7; xl, 20; xux, 2. A cette musique se joignait habituellement la danse. — Quand le prodigue revient à la maison paternelle, on y fait un festin avec accompagnement de musique et de danse. Luc., xv, 25. — Au jour anniversaire de la naissance d'IIérode, la fille d'Hérodiade danse devant l'assistance à la suite du festin. Malth. , xiv, 6; Marc., vi, 21, 22. L’Évangile remarque qu’elle plut à Hérode et à l'assistance. Pour obtenir ce résultat, il fallait sans doute une de ces danses lascives, introduites avec les coutumes J grecques à la cour des Hérodes. Une danse simplement { gracieuse eût été peu goûtée de convives mis en un tel état par le festin, que le roi promettait inconsidérément à la danseuse tout ce qu’elle demanderait, même la moitié de son royaume. Marc., vi, 23. — 3° Après les vendanges.

A l’époque des Juges, les Sichimites « vont dans leurs champs, vendangent leur vigne, foulent [le raisin] et célèbrent les louanges », c’est-à-dire les chants joyeux accompagnés de danses. Vulgate : « et font des chœurs de chanteurs; » chaldéen : « font des danses. » Jud., ix, 27. Cf. Is., xvr, 10; Jer., xxv, 30. — 4° En général, en signe de joie et de prospérité. Les habitants des villes de Syrie accueillent en dansant les envoyés de Nabuchodonosor. Judith, iii, 10. Ici sans doute la joie n’a rien de spontané. Les danses cessent à Jérusalem pendant les jours de la captivité. Lam., v, 15. Mais les chœurs de danse reprendront dans Sion restaurée. Jer., xxx, 19; xxxi, 4, 13.

H. Lesètre.

DANTINE Maur François, bénédictin, né le 1er avril 1688 à Gouriem, dans le diocèse de Liège, mort à Paris le 3 novembre 1746. Il fit profession dans l'ordre de Saint-Benoit le 14 août 1712, à l'abbaye de Saint-Julien de Beauvais, et enseigna la philosophie à Saint -Nicaise de Reims. Appelé à Saint-Germain-des-Prés, il travailla à la collection des lettres des papes et à une édition du Glossaire de Ducange. Son attachement aux doctrines du jansénisme le fit envoyer à Saint-Martin de Pontoise, où il s’appliqua avec un soin tout particulier à l’étude I de l’Écriture Sainte. Étant revenu à Paris, à l’abbaye des Blancs-Manteaux, il publia une traduction des Psaumes sous ce titre : Les Psaumes traduits sur l'hébreu avec des notes, par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, in-8°, Paris, 1739. La même année, il dut donner une seconde édition de ce travail. Une troisième, corrigée et augmentée des cantiques et de j diverses prières, parut l'année suivante, in-12, Paris, 1740. j - — \oir dom Tassin, Histoire littéraire de la congréga - |

tion de Saint-Maur (1770), p. 631 ; dom François, Bibliothèque générale de tous les écrivains de l’ordre de Saint- Benoit ( 1777), t. i, p. 235 ; Polain , Notice sur dom Maur Dantine, dans la Revue belge, t. i, p. 265.

B. IIeurtebize.

DAN-YAAN (hébreu : Dânâh (avec hé local) Ya'an; Septante : AocvtSkv xxt OùSâv ; Codex Vaticanus : Aiv E’tSàv xa'i OOôàv; Codex Alexandrinus : Aàv ’lapâv xa\ ’louSav ; Vulgate : Dan silvestria), ville de Palestine nommée une seule fois dans l’Écriture, II Reg., xxiv, 6, comme un des points visités par Joab et les chefs de l’armée qui firent le dénombrement du peuple ordonné par David. Est -ce une localité distincte, ou n’est-ce point plutôt la cité de Dan-Laïs, bien connue dans la Bible? Telle est la question. Le nom lui -même, on le voit d’après les versions, offre quelque confusion. La Vulgate et les Septante, au moins d’après le Codex Alexandrinus , ont lu iy> h, Dân ya'ar, « Dan de la forêt, » au lieu de ;y> p,

Dân Ya'an. Cependant Ivennicott et de Rossi ne donnent aucune variante pour le texte original, et la paraphrase chaldaïque maintient la leçon de l’hébreu.

Quoi qu’il en soit du nom, qui ne peut rien trancher pour la question d’emplacement, nous nous trouvons en présence de trois opinions. — 1° Plusieurs auteurs regardent Dan Yaan comme une ville inconnue de la Pérée septentrionale, située au sud-ouest de Damas, identique à celle qui est mentionnée Gen., xiv, 14, à propos de la victoire d’Abraham sur Chodorlahomor et ses alliés. Cf. Keil, Die Bûcher Samuels, Leipzig, 1875, p. 393. Cette opinion s’appuie, d’une part, sur les difficultés que nous avons signalées au sujet de la route et de la fuite des Élamites (voir Dan 3, col. 1244); de l’autre, sur ce que Dan est ici, comme Deut., xxxiv, 1, citée avec la terre de Galaad. Celte dernière raison ne nous paraît pas suffisante. L’auteur sacré trace à grandes lignes l'itinéraire des officiers de David. Commençant leur recensement par l’est du Jourdain, ils remontent du sud au nord ; après avoir traversé le pays de Galaad et la « terre inférieure d'Hodsi » (le pays des Héthéens, col. 369), ils viennent à « Dan la Sylvestre »; puis, « tournant du côté de Sidon, » ils passent près des murailles de Tyr, pour parcourir du nord au sud la région occidentale. Rien n’indique ici qu’il faille chercher notre ville du côté de Damas. Dan-Laïs, située au nord de Galaad, à la frontière septentrionale du royaume, sur la route de Tyr et de Sidon , nous parait fort bien rentrer dans la route suivie par les gens du roi. Pourquoi d’ailleurs donner comme point de repère dans ce jalonnement une ville mentionnée pour la première ou la seconde et dernière fois, alors que la vieille cité des Danites était proverbiale? Il serait même étonnant que celle-ci ne fût pas comprise dans la liste, du côté du nord, comme son opposé, Bersabée, l'est du côté du sud. II Reg., xxiv, 7. — 2° Depuis la découverte par le Dr Schultz, consul prussien à Jérusalem, des ruines appelées Khirbet Ddniân, à l’est et non loin du Râs en-Nàqourah, sur la côte méditerranéenne, quelques-uns ont voulu y retrouver Dan Yuan, que le nom moderne semble rappeler. Ct. Van de Velde, Memoir to accompany the Map ofthe Holy Land, Gotha, 1858, p. 306; Survey of Western Palestine, Memoirs , Londres, 1881, t. i, p. 152; Name Lisls, p. 47 ; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, Naines and places in the Old and New Testament , Londres, 1889, p. 48. Nous ferons remarquer que la ressemblance onomastique n'est pas tout dans les identifications, il faut de plus l’accord avec les indications du texte sacré. Or c’est ce qui manque ici. Nous voyons bien les envoyés de David tourner de l’est à l'ouest en passant de Galaad à Dan pour parcourir les environs de Sidon et de Tyr, et de là descendre vers le sud; mais nous ne comprenons pas du tout qu'ils soient venus de l'est directement à Khirbet Dùniàn, pour remonter vers Sidon et revenir

DAN YAAN — DAPHNÉ

« près des murailles de Tyr», f. 6, 7, c’est-à-dire faire double trajet dans celte visite du nord-ouest. — 3° Reste donc l'identité de Dan Yaan avec Dan -Lais. Elle ressort des arguments apportés contre les deux opinions précédentes, et est admise par un certain nombre d’auteurs, R. von Riess, Bibel- Atlas, 2” édit., Fribourg-en-Brisgau, 1887, p. 9; Mühlau, dans le Handwôrterbuch des Biblischen Altertums, de Rielnn, 2,: édit., Leipzig, 1893, t. i, p. 294, etc. Aux raisons déjà données s’ajoutent les suivantes. Si l’on accepte la leçon de la Vulgate, le nom de Bân Ya'ar, « Dan de la forêt, » peut très bien s’appliquer à Tell el-Qadi, avec ses magnifiques fourrés d’arbres, surtout par opposition au territoire de la tribu de Dan , qui se composait en grande partie de la plaine de Séphéla. Si l'on maintient l'hébreu Yu an, il s’explique par le nom phénicien de Ba'al Ya'an, « le seigneur joueur de 11 ù te, » donné au dieu Pan sur certaines monnaies de Panéas ( Banias ), où il était honoré. Dan Yaan aurait été ainsi la dénomination primitive de la célèbre cité voisine, appelée ensuite Lais ou Lésem , et à laquelle les conquérants danites n’auraient fait que restituer son ancien nom , en y rattachant une autre signification. Cf. Fürst, Hebrâisches Handwôrterbuch , Leipzig, 1876, t. i, p. 303; F. de Hummelauer, Comment, in libros Samuelis , Paris, 1886, p. 448.

A. Legendre.

DAPHCA (h ébreu ; Dofqàli; Septante : ’Paçaxâ, par suite de la confusion entre le i, daleth, et le t, resch ), une des stations des Israélites dans la péninsule du Sinaï, mentionnée seulement au livre des Nombres, xxxm, 12, 13. Elle forma, avec Alus, un des deux points d’arrêt entre le désert de Sin, Exod., xvi, 1; Num., xxxm, 11, c’est-à-dire la plaine d ’El-Markha , sur les bords du golfe de Suez, et Raphidim, Exod., xvn, 1 ; Num,, xxxm, 14, ou ïouadi Feiran. On n’a pu jusqu’ici déterminer d’une manière certaine la position de ce double campement, qui ne fut marqué par aucun événement de quelque importance, puisque l’Exode le passe sous silence. Nous avons cependant des probabilités en faveur de Daphca. Pour aller d’El-Markha à l’ouadi Feiran, les Hébreux avaient deux routes principales. Ils pouvaient longer la côte jusqu'à l’embouchure de l’ouadi, à quarante-six kilomètres de l’Ain Dhafary, la source d’eau douce qui les avait alimentés dans le désert de Sin, puis remonter la vallée jusqu'à llési el-Khattatin. C’est le chemin le plus facile, mais le plus long ; il n’a pas moins de soixante-dix-huit kilomètres. Une voie plus courte s’ouvrait par ïouadi Sidréh, à douze ou treize kilomètres au sud d’Ain Dhafary : suivant la vallée jusqu’aux mines de Magharah, elle tourne à droite dans ïouadi Mokatteb, la fameuse « Vallée écrite », remarquable par ses inscriptions, et franchit par une pente douce un large col pour retomber dans l'ouadi Feiran, à vingt-sept kilomètres au-dessus de son embouchure. La brièveté du chemin et d’autres motifs dont nous parlerons tout à l’heure portent à croire que Moïse choisit cette dernière roule, du moins pour la principale colonne qu’il conduisait. Il est probable, en effet, qu’il fit passer les bagages et les troupeaux par la première, plus facile, mieux garnie d’herbages. Une telle multitude, du reste, avait avantage à se diviser sur des routes' parallèles. Cf. F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. ir, p. 478.

Dans ces conditions, où chercher Daphca? Plusieurs pensent que le nom s’est conservé dans celui d ’el-Tabbacclia, localité signalée par Seetzen à une heure et demie au nord-ouest de l’ouadi Mokatteb, dans l’étroite vallée de ïouadi Gné ou Kenèh. Cf. Riehm, Handwôrterbuch des Biblischen Altertums , Leipzig, 1884, t. i, p. 285. — Un savant égyptologue allemand, M. Ebers, Durch Gosen zum Sinai, in-8°, 2e édit., Leipzig, 1881, p. 149, a rapproché Daphca du nom égyptien Mafka, donné à la région des mines du Sinaï. Il y a, en effet, vers le point de jonction desouadis Sidréh , Gné ou Igné, et Mokatteb,

dans un endroit appelé Magharah, « la caverne, » des excavations dont les richesses métalliques furent exploitées par les pharaons, longtemps avant l’exode. Mafka désigne la matière précieuse qu'on extrayait de ces mines, c’est-à-dire la turquoise, d’après M. Birch; le cuivre, d'après MM. Lepsius et Ebers; la malachite, d’après M. Chabas. La contrée était nommée « le pays du mafk ». Cf. W. Max Mùller, Asien und Europa nach altcigijptischen Denkmalern , in -8°, Leipzig, 1893, p. 133. ür, dit M. Ebers, le mot, précédé de l’article féminin ta, se prononçait Tmafka, d'où serait venu Dafka par la chute de la consonne nasale, comme de Tmermut est venu Thermuthis , 0épp.ou0i;. « Cette similitude de nom, la situation du lieu sur la route de Raphidim, à une petite journée du désert de Sin, la vaste plaine qui fait suite à l'ouadi Sidr, la source située à une demi -heure au bord de la plaine, l'eau que d’anciennes inscriptions supposent voisine des mines : tout cela constitue en faveur de l'opinion qui place ici la station de Daphca un ensemble considérable de probabilités. » M. Jullien, Sinaï et Syrie, Lille, 1893, p. 75. Si l’on objecte contre cet itinéraire des Hébreux la crainte qu’ils auraient pu avoir des Égyptiens qui gardaient Magharah, nous répondrons que l'exploitation de ces mines paraît avoir cessé sous la XIIe dynastie, longtemps avant le passage des Israélites à travers la péninsule. — M. Léon de Laborde, Commentaire géographique sur l’Exode et les Nombres, in-f°, Paris, 1841, p. 98, place Daphca dans l’ouadi Feiran.

A. Legendre.

DAPHNÉ (Aâqpvï)), lieu célèbre, près d’Antioche de Syrie , avec un temple d’Apollon et de Diane qui possédait le droit d'asile. Il Mach., iv, 33. C’est là que se réfugia le grand prêtre Onias III, quand il voulut dénoncer le vol sacrilège commis dans le Temple de Jérusalem par Ménélas. Celui-ci, pour se débarrasser de son accusateur, vint trouver Andronique, dont il avait d’avance payé la complicité avec une partie des vases dérobés, et le pria de le mettre à mort. Le Grec, qui ne pouvait rien refuser à son corrupteur, s’en alla à Daphné, et, tendant la main à Onias, lui affirma par serment qu’il n’avait rien à craindre et lui persuada de sortir du lieu de refuge. Malgré sa défiance, le grand prêtre se laissa prendre à cette promesse; mais à peine avait -il franchi les limites de l'asile, qu’il tomba percé de coups. Le meurtre d’un homme si vénérable souleva , non seulement parmi les Juifs, mais chez les Grecs eux -mêmes, une indignation générale. Aussi le roi, à son retour de Cilicie, reçut -il des deux côtés une accusation formelle contre celui qui était en même temps traître à sa parole et bourreau. Antiochus Épiphane , peu facile pourtant à émouvoir sur les malheurs des Juifs, ne put s’empêcher de pleurer la mort d’un pontife dont il connaissait la conduite digne et la modération. Plein de colère, il ordonna qu’on dépouillât Andronique de la pourpre, qu'on le menât à travers toute la ville, et que ce sacrilège fut tué au même lieu où il avait accompli son crime : c’était un juste retour de la justice divine. II Mach., iv, 32-38.

Au point de vue topographique comme au point de vue historique, Daphné et Antioche sont tellement unies, qu’on les désigne l’une par l’autre. On disait : « Daphné d’Antioche, » A rïjç ’Avriox^iaç , Josèphe, Ant. jud., XIV, xv, 11, ou « près d'Antioche », Josèphe, Bell, jud., I, xii, 5, et « Antioche près de Daphné de Syrie », âv ’Avtiox^ix tt; èm Aacpvrj TŸjç Euptaç. Josèphe, Ant. jud., XVII, il, 1. C’est ainsi que le Codex Alexandrinus , 11 Mach., IV, 33, porte: èiri Aicpvïiç Tri? 7tp'oç ’Avti oy^eioa; xetpivï)? , « Daphné qui est située près d'Antioche. » Cf. II. B. Svvete, The Old Testament in Greek, Cambridge, 1894, t. m, p. 673. La première était regardée comme un faubourg de la seconde, bien qu’elle en fut distante de quarante stades ou huit kilomètres. Cf. Ammien Marcellin, xix, 12, 19; Strabon, xvi, p. 750. Elle se trouvait au sud-ouest, près d'un cours d’eau qui descendait vers

DAPHNÉ — DARIQUE

l'Oronte. Un chemin pratiqué au flanc de la montagne y conduisait, bordé de gracieux édifices, maisons privées, jardins publics, sanctuaires, lieux de réjouissances. Ce site délicieux s'appelle aujourd’hui Beit el-Mâ, « la maison de l’eau. » 11 a, comme beaucoup de localités orientales, perdu de sa fraîcheur et de ses charmes d’autrefois; mais il en a assez gardé pour laisser entrevoir les ressources que la nature offrait là à la main et à l’imagination de l'homme. Le laurier, l’arbre sacré dont Phébus resta épris, y croit en vastes massifs, des bouquets de fleurs aux vives couleurs parfument l'air; çà et là quelques roses rappellent celles qui avaient lait donner à une partie de la route le nom de Rhodion. Quelques vieux cyprès représentent ceux qui entouraient jadis le téménos d’Apollon. Tels sont les vestiges de ces bosquets ou bois sacrés dans lesquels un culte immoral amollit et souilla tant de générations. Nulle trace de la ville elle -même, de ses thermes, de ses théâtres, des temples d’Isis, de Diane et de Vénus, du stade où se célébraient les jeux olympiques. Cf. E. Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, Paris, 1890, t. ni, p. G3-G6.

Et pourtant quel lieu de plaisance, quel pèlerinage fréquenté fut longtemps Daphné ! Son origine, comme celle d’Antioche, remonte à Séleucus Nicator, qui y localisa, dans un but de vaine gloire, des traditions mythologiques écloses ailleurs, les fables d'Apollon et de Daphné métamorphosée en laurier. Il bâtit, au milieu d’un bois de lauriers et de cyprès, un magnifique temple à Apollon. La cella, entre deux portiques, était ornée de marbres précieux et de bois rares habilement sculptés; elle renfermait la statue colossale du dieu, chef-d’œuvre de Bryaxis d'Athènes. Plus tard, Antiochus Épiphane associa à ce culte celui de Jupiter, dont il plaça dans le sanctuaire la statue d'ivoire et d'or, également colossale, rappelant celle de Phidias à Olympie. Les cortèges sacrés, partant d’Antioche, se rendaient au temple, et la foule se répandait partout où bains, théâtres, jardins, fontaines, la conviaient à tous les plaisirs, à toutes les débauches. La célébrité de Daphné continua sous les Romains , de Pompée à Constantin, et les Daphnici mores passèrent en proverbe. Elle commença à décliner sous Julien l’Apostat, après la mort duquel autels et idoles furent jetés à terre, et des sanctuaires chrétiens, aujourd'hui également disparus, remplacèrent les temples païens.

Josèphe, qui ne donne pas sur la mort d'Onias le récit biblique, Ant.jud., XII, v, 1, a gardé le souvenir d’autres événements relatifs à l’histoire juive, qui se passèrent à Daphné. C'est là qu’ Antoine reçut la députation composée de. cent membres, choisis parmi les personnages les plus puissants et les plus éloquents de la nation, qui venait renouveler des accusations contre Hérode et ses partisans. Après avoir écouté les parties et demandé l’avis de Hyrcan, qui fut favorable aux fils d’Antipater, il donna à Phasaël et à Hérode le titre de tétrarques, et par un décret en forme leur confia l’administration de la Judée. Quant à leurs adversaires, il en jeta quinze en prison, et il s'apprêtait à les faire conduire au supplice, lorsque Hérode intercéda pour eux et obtint leur grâce. Anl. jud., XIV, xm, 1 ; Bell, jud., I, xii, 5, 6. C’est aussi à Daphné que ce dernier apprit la mort de son frère Joseph, qui s'était imprudemment lancé, avec six cohortes, sur Jéricho, dont il voulait enlever les moissons. Ant. jud., XIV, xv, 11 ; Bell, jud., I, xvii, 1, 3. Voir Antioche de Syrie, t. i, col. 676. A. Legendre.

DAPHNIS, nom qui ne se trouve que dans la Vulgate, Nurn., xxxiv, 11, et désigne une « fontaine » (hébreu : la âyin, avec la préposition et l’article; Septante : h t\ r. r p/i-, « aux sources ») près de laquelle était située Rébla, une des villes frontières de la Terre Sainte, du côté de l'orient. L’absence du mot dans le texte original et dans les versions anciennes montre qu il y a eu ici interpolation. Plusieurs manuscrits même de la Vulgate

omettent Daphnim. On croit généralement que c’est une glose empruntée aux commentaires de saint Jérôme, qui, identifiant Rébla avec Antioche de Syrie, en concluait naturellement que la fontaine en question était celle de Daphné, à quarante stades ou huit kilomètres delà grande cité. Comment, in Ezecli., t. xxv, col. 478. Voir Daphné. Un copiste aura plus tard introduit dans le texte ce qui n’était qu'une explication , et une explication erronée , car la Terre Sainte ne s'étendit jamais si loin. Cf. C.Vercellone, Variæ lectiones Vulgalæ latiaæ , Rome, 1860, t. i, p. 475. — Josèphe, Bell, jud., IV, i, 1, signale bien au-dessus du lac Semechonitis ou Mérom un lieu appelé Daphné, A âçv/), « endroit délicieux sous beaucoup de rapports et abondant en sources qui alimentent du tribut de leurs eaux ce que l’on appelle le petit Jourdain, audessous du temple de la génisse d’or, puis aboutissent au grand. » C’est aujourd’hui Tell Difnéh, situé à trois petits quarts d’heure de marche au sud de Tell el-Qadi, l'ancienne ville de Dan, où Jéroboam fit placer un veau d’or. Voir Dan 3. Cette dénomination, qui a bien une apparence grecque, peut dériver soit des lauriers-roses (en grec 6xçvr|) dont sont bordés, en beaucoup d'endroits, les divers bras du Nahr Leddan et les ruisseaux qui en découlent, soit d’un ancien culte en l’honneur d’Apollon et de la nymphe Daphné, culte qui aurait jadis fleuri dans la contrée. Cf. V. Guérin, Galilée, t. n, p. 342. Sans l’origine probable de l'interpolation et l'interprétation formelle de saint Jérôme qui s’applique à une autre Daphné, on pourrait croire que la Vulgate a voulu déterminer ici « la source » du Jourdain dont se rapprochait la frontière orientale de la Terre Promise. Voir Aïn 3, t. i, col. 316. Mais il y a dans le tracé de ces limites de nombreuses difficultés qui ne sont pas encore résolues. Cf. Van Kasteren, La frontière septentrionale de la Terre Promise, dans le Compte rendu du 3e congrès scientifique international des catholiques, 2e section, Bruxelles, 1895, p. 132-134, ou dans la Revue biblique, Paris, 1895, p. 31-34.

A. Legendre.

DARA (1 îébreu : Dârâ ; Septante: AaplS ; Codex Alexandrinus : Aapâ) , cinquième et dernier fils de Zura, de la tribu de Juda. I Par., n, 6. Plusieurs manuscrits hébreux ont Darda, et ainsi ont lu le Targurn, la Peschito et l’arabe : c’est vraisemblablement la bonne leçon.

DARCON ( hébreu : Darkôn ; Septante : Aapy.câv , Aopxtov), chef de Nathinéens qui revinrent de la captivité de Babylone avec Zorobabel. II Esdr. , vu, 58. La Vulgate l’appelle Dercon. I Esdr., n, 56.

DARDAR. Mot hébreu rendu dans la Vulgate par tribulus. Voir Centaurée.

DARIQUE. Hébreu: ’adarkemôn, darkemôn; Septante: y p'ji70\tç , vôgKTp.a ypôinov, vôpasp.a ypuiroü, p.vé. ; Vulgate : solidus , drachma.

I. Description. — La darique fut créée par Darius Ier, fils d’Hystaspe, après qu’il eut organisé son empire en satrapies, auxquelles il imposa un tribut en or et en argent, Hérodote, iii, 89; la monnaie nouvelle fut destinée à en faciliter le payement. Le nom complet de cette monnaie est <jTar^p Sapeixôç, statère darique, et par abréviation, darique ( fig. 476 ) . La darique était en or, Hérodote, iv, 166 ; Etymologicum magnum, au mot Aapsr/.ô;; le monnayage de l’or était, en effet, réservé au souverain. Cet usage fut conservé par Alexandre et par les empereurs romains. — L’or de la darique, dit Hérodote, iv, 106, était très pur. L’analyse chimique n’y trouve que 3 °/0 d’alliage. B. Head, The Coinage of Lydia and Persia, in-4°, Londres, 1877, p. 25. Ce fut évidemment là, avec la constance du poids, la cause de l’emploi universel de la darique dans le monde grec comme dans le royaume des Perses. Hérodote, vu, 28, 29; Thucydide, viii, 28; Aristophane, Ecclesiaz., 602;

I Corpus inscript, grsec., n° 1511; Lebas et Waddington,

Inscript. d’Asie Mineure, n° 40. Ce fut même surtout pour le payement des mercenaires grecs qu’ils avaient à leur solde, et pour le commerce qu’ils entretenaient avec les villes grecques, que les Perses se servirent des doriques. Presque toutes furent frappées dans des ateliers d’Asie Mineure, en Cilicie, en Syrie, et probablement aussi à Tyr. B. Head , Coinage, p. 33. Pour leur propre usage, ils continuèrent à peser les lingots, comme l’avaient fuit les Assyriens et les Babyloniens. Strabon, XV, m, 21; E. Babelon , Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque Nationale, Les Achéménides, in -8°, Paris, 1803, p. vu. Cela explique pourquoi on n'a trouvé aucune monnaie perse ni dans les fouilles de Persépolis ni dans

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