‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 466 sur 485 · FOURMI — FOURNEAUX · texte numérisé non relu

FOURMI — FOURNEAUX

Sat., I, I, 35, dit que la fourmi est haud ignara ac non incauta futuri, « ni ignorante ni imprévoyante de l'avenir. » Virgile, Æneid., iv, 403, appelle ces insectes hiemis memores , « songeant à l’hiver, » et c’est en cette prévision que ingentem farris acervum populant tectoque reponunt, « elles pillent un grand tas de froment et le recueillent dans leur nid. » Saint Ambroise, Hexæmer., VI, IV, 16, t. xiv, col. 247, ajoute que « la fourmi toute petite ose entreprendre ce qui dépasse ses forces et, sans être astreinte au travail par aucune sujétion, obéit à une prévoyance spontanée et s’amasse des provisions de vivres ». Saint Jérôme, Vita Malchi monachi, 7, t. xxm, col. 46, décrit les travaux d’une colonie de fourmis en Syrie, qui venturæ hiemis memores,!.'. songeant à l’hiver qui va venir, » amassent des grains et les coupent avec leurs mandibules pour les empêcher de germer dans la terre humide de leur nid. Cf. Elien, De nat. anim., il, 25; vi, 43; Plaute, Tritium., n, 4. — La manière dont la Sainte Écriture parle des fourmis a été taxée d’erreur au nom des sciences naturelles. La fourmi est un animal hibernant, en sorte que chez elle la vie est suspendue par un profond engourdissement pendant tout l’hiver. L’insecte n’a donc pas besoin de nourriture durant ce temps, et c’est à tort que l’auteur sacré lui fait un mérite de préparer pendant l’été ses provisions d’hiver. — On pouvait répondre que le Sage parle de la fourmi selon les apparences : elle déploie une grande activité pour apporter à son nid toutes sortes de provisions, comme si elle avait à prendre ses garanties contre l'hiver. C’est cette activité qu’on propose en exemple au paresseux. Mais des observations plus attentives ont permis d’établir que le texte doit être entendu ici littéralement et que l’ignorance est attribuable non pas à l’auteur sacré, mais à ses contradicteurs. On compte cent quatre espèces de fourmis habitant l’Europe. Sur ces cent quatre espèces, il en est trois, Y Atta barbara, YAtta structor et le Pheidole megacephala, qui font des provisions pour l’hiver. Mais ces espèces ne sont connues que dans la région méditerranéenne et n’existent pas dans les climats plus septentrionaux. En Palestine, les deux espèces les plus communes sont justement Y Alla bcsrbara, qui est une fourmi noire, et YAtta structor, une fourmi brune. Ces fourmis sont à la lettre des mangeuses de grains ; n’étant pas hibernantes, elles font des provisions pendant l’été en vue des jours d’hiver où la pluie ou le froid les empêcheront de sortir. On sait que les grains renferment toujours de la fécule d’où provient du glucose dont les fourmis sont si friandes. Le naturaliste Tristram a observé par lui-même les fourmis de Palestine. Il les a vues activement occupées à transporter quantité de grains d’orge dans leurs galeries. Il a trouvé leurs nids pleins de grains mélangés avec de la paille, de l’herbe, des cosses de toute nature. En plein mois de janvier, il a pu constater que les fourmis étaient au travail, parmi les tamaris des bords de la mer Morte, passant et repassant en longues files, et recueillant les pucerons et les exsudations sucrées des végétaux. Ce que le naturaliste anglais a observé, l’auteur sacré le connaissait bien, et les anciens, Horace, Virgile, saint Ambroise, saint Jérôme, etc., qui vivaient dans la région méditerranéenne, l’avaient également constaté. De notre temps, on a trouvé d’autres espèces de fourmis qui amassent des grains pour l’hiver, aux Indes, dans l’Amérique méridionale, etc. On a même eu à déplorer, à Hyères, des ravages considérables exercés par ces sortes de fourmis sur les grains des récoltes. Cf. Tristram, The natural historg of the Bible, Londres, 1886, p. 319-321 , 496-498.

2° Au Psaume lxxvii (lxxviii), 47, on lit :

Il a fait périr leurs vignes par la grêle,

Et leurs sycomores par le hânâmal.

Comme ce mot hébreu ne se rencontre qu’en cet endroit, le sens en est discuté. Septante : Ttcr/vy; ; Vulgale : pruina;

Aquila : xpiisi; S. Jérôme : frigore, Targum : « des sauterelles; » Symmaque : « des vers, » etc. D’après J. D. Michaëlis et Gesenius, Thésaurus , p. 499, hânâmal aurait le même sens que nemdlàh et désignerait les fourmis. Cette étymologie n’est pas acceptable; car, dans tout ce passage du psaume, le parallélisme est très régulier. Le mot hânâmal désigne donc quelque chose de correspondant à la grêle, ainsi que l’ont pensé les plus anciens traducteurs. D’ailleurs l’histoire ne parle pas de ravages causés par les fourmis pendant les plaies d’Égypte. Frz. Delitzsch, Die Psalmen , Leipzig, 1874, t. ii, p. 46, pense que le mot en question désigne la grêle, comme bârâd du vers précédent. H. Lesètre.

FOURMONT Étienne, littérateur français, né à Ileberlay, près Saint-Denis, le 23 juin 1683, mort à Paris le 18 septembre 1745. Son éducation terminée au collège Mazarin, Étienne Fourmont se donna tout entier à l’étude des langues orientales. Il fut professeur au collège d’Harcourt et précepteur des fils du duc d’Antin. En 1713, il fut reçu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et deux ans plus tard devenait professeur d’arabe au collège de France. Un lettré chinois, Arcadio Iloang, venu à Paris en 1711, avec un missionnaire, lui apprit la langue de son pays, et Étienne Fourmont fut bientôt en mesure de publier des ouvrages sur cette langue presque entièrement inconnue, faisant graver les caractères qui lui étaient nécessaires. En 1721, le roi le chargea de faire faire des poinçons hébreux et d'inspecter tous les caractères orientaux de l’imprimerie royale. Étienne Fourmont publia lui-même, en 1731, le catalogue de ses ouvrages; mais il eut soin d’y faire entrer tous ceux qu’il avait formé le projet d'écrire. Parmi ceux qui ont été imprimés, nous devons mentionner : Lettres à M*** sur le commentaire du P. Calmet sur la Genèse : j

où l’on trouvera des dissertations critiques contre les notes de ce bénédictin , des explications nouvelles sur un grand nombre de passages, et la solution de plusieurs difficultés de V É critureSainte . Première lettre sur l'autorité du Pentateuque et l’autorité des rabbins ;

2e lettre sur la manière de prouver la création par la Genèse, in-12, Paris, 1709; Mouaacah, ceinture de douleurs , ou Réfutation du livre intitulé : Règles pour l’intelligence des Saintes Écritures, composées par Rabbi Ismaël ben Abraham, in-12, Paris, 1723; Réflexions critiques sur l’origine, l’histoire et la succession des anciens peuples chaldéens , hébreux, phéniciens, égyptiens, grecs , jusqu'au temps de Cyrus, 2 in -4°, Paris, 1742, ouvrage plein d’idées bizarres et paradoxales. Étienne Fourmont avait en outre composé une Critique sacrée, un Commentaire sur les Psaumes, et traduit en latin le Commentaire d’Aben-Esra sur l’Ecclésiastique; mais ces divers écrits sont restés manuscrits. Dans les Mémoires de l’Académie se rencontrent plusieurs dissertations de cet auteur : Sur l’art poétique et les vers des anciens Hébreux, t. IV, p. 467; Sur l'époque de la ponctuation hébraïque de la Massora, telle quelle est aujourd’hui, dont l’auteur jusqu’ici inconnu est désigné par un manuscrit de la Bibliothèque du roi, t. xm, p. 491; Que les Septante n’ont pu faire leur traduction que sur un texte hébreu ponctué , t. xiv, p. 179; Sur les manuscrits hébreux ponctués et les anciennes éditions de la Bible, t. xix , p. 229. — Voir Catalogue des ouvrages de M . Fourmont l’aîné, in-8°, Amsterdam, 1731 ; Guignes et Deshauterayes , Abrégé de la vie et des ouvrages de M. Fourmont , in -4°, Paris, 1746; Quérard, La France littéraire, t. m, p. 180. B. Heurtebize.

FOURNAISE. Voir Four, col. 2336.

FOURNEAUX ou des FOURS (TOUR DES)

(hébreu : migdal hat-Tannûrim ; Septante : itôpyo; rœv Ôavoupc'gt; Vulgate : turris furnorum), tour de l’enceinte i

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de Jérusalem, au nord-ouest, entre le Mur large, Il Esdr., ni, 8, et la porte de la Vallée. II Esdr., m, 13. Elle est mentionnée II Esdr., m, 11. Elle fut réparée du temps de Néhémie par Melchias, fils d’Hérem, et Hasub, fils de Phahat Moab. Elle pouvait tirer son nom de la rue des Boulangers, Jer., xxxvn, 21 (hébreu), qui était probablement dans le voisinage. Voir t. i, Boulangers (rue des) 2, col. 1893.

FOYER (hébreu: ’âh, Jer., xxxvi , 22, 23; kiyôr, Zach., xii, 6; mahetâh, Exod., xxvii, 3; xxxvm, 4; Septante : Ècr'/dtpa, Jer., xxxvi, 22, 23; 6aXoç, Zach., xn, 6; mspeïov, Éxod., xxvii, 3; xxxvm, 3, 4 [23, 24]; Vulgate : arula, Jer., xxxvi, 22, 23; fax, Zach., xii, 6; ignium receptacula, Exod., xxvii, 3; xxxvm, 3), vase destiné à contenir des charbons allumés. Les Septante, en parlant de l’autel, traduisent par âa-/dp a, et la Vulgate par arula, « foyer, » le mot hébreu tahat, la partie inférieure. Ritsch, Priscæ latinilatis monumenta epigrapldca, pl. exi, F, p. 80. Voir Autel, 1. 1, col. 1270, fig. 370; col. 1175, fig. 374; col. 1276, fig. 276 et 377, et Holocauste. — Les Hébreux n’avaient pas de cheminées dans les maisons pour se chauffer. Elles étaient inutiles sous un climat sec et généralement doux. Voir Cheminée, col. 650. Quand ils avaient froid, ils se réchauffaient autour d’un brasier établi en plein air ou, quand c’était dans une chambre, placé dans un bassin, comme le brasero des Italiens ou des Espagnols. C’est du reste encore aujourd’hui l’usage dans tout l’Orient. Il est question de foyers établis en plein air dans Marc., xiv, 54, 67; Joa., xxi, 9; xviii, 18, 25, Il n’est parlé qu’une seule fois dans la Bible d’un foyer destiné à chauffer quelqu’un à l’intérieur d'une maison. Le roi Joakim se chauffe ainsi. Jer., xxxvi, 22, 23. On se servait pour les sacrifices de foyers de ce genre. Exod., xxvii, 3; xxxvm, 3. Zacharie, xii, 6, compare les chefs d'Israël à un foyer placé au milieu du bois. — Les musées renferment des foyers portatifs grecs ou romains qui peuvent donner quelque idée de ceux dont se servaient les Hébreux, car aujourd’hui encore la forme est la même dans les pays où il en est fait usage. Museo Borbonico, t. vi, pl. xlv; Gazette archéologique, 1876, pl. xvii, p. 52; Museo Gregoriano , t. i, pl. xiv ; Conze, Jahrbuch der Kaiserl. deutsch, archâolog. Instit., t. v, 1890, p. 118. E. Beurlier.

FRACTION DU PAIN (y.Xd< riç toO apxou; Vulgate : fraclio partis). Les pains chez les Juifs étaient faits en forme de galette mince, ronde et plate, de sorte qu’on les rompait avec les doigts, au lieu de les couper avec un instrument tranchant. De là la locution : y.Àdiü t'ov ap-rov, frangere panem. Matth., xiv, 19, etc. Notre-Seigneur, quand il institua le sacrement de l’Eucharistie, « prit du pain, rendit grâces et sxXacE, fregit, le rompit. » Matth., xxvi, 26; Marc., xiv, 22; Luc., xxn, 19; I Cor., xi, 24. A cause de cet usage, les termes « fraction du pain » sont employés dans le Nouveau Testament pour désigner le grand sacrement de la loi nouvelle, Luc., ïxiv, 35; Act., n, 42, et vliaor. ap-ov, ad frangendum panem, « rompre le pain, » signifie consacrer le corps et le sang du Sauveur et communier. Act., xx, 7; I Cor., x, 16. Voir Cène, col. 416. Cf. J. Felten, Die Apostelgeschichte , in-8°, Fribourg-en-Brisgau , 1892,

FRANCKE Auguste Hermann , littérateur et philanthrope allemand, luthérien, né à Lubeck le 12 mars 1663, mort à Halle le 8 juin 1727. 11 étudia dans diverses villes d’Allemagne et se fit recevoir maître ès arts à Leipzig. Après divers voyages, il revint dans cette ville et y fit sur l’Écriture Sainte des conférences qui lui attirèrent de nombreux élèves. Pasteur à Erfurt, il fut accusé de piétrsrne ; obligé de quitter ce poste, il se retira à l’université de Halle, où il professa les langues grecque et

orientales. Il devint ministre à Glaucha, dans un faubourg de cette ville, puis à Saint- Ulrich de Halle. Ce fut alors qu’il fonda l’œuvre philanthropique connue sous le nom de Maison des orphelins de Halle. Nous citerons parmi ses nombreux ouvrages : Manuductio ad lectionem Scripturæ Sacræ , in -12, Halle, 1693, désigné assez souvent sous le titre : Commentatio de scopo librorum Veteris ac Novi Testamenti ; Observationes biblicæ , in-12, Halle, 1695): Franche indique les corrections qu’il faudrait apporter à la Bible de Luther; De emphasibus Sacræ Scripturæ, in -4°, Halle, 1698; Christus der Kern heiliger Schrift, in-12, Halle, 1702; Prælectiones hermeneuticæ, in-12, Halle, 1712; Introductio ad lectionem prophetarum, in -8°, Halle, 1724. De plus, Franche est l’auteur d’une préface à une édition grecque du Nouveau Testament : Novum Testamentum græce nunc denuo ad exemplar Oxonii impressum cum præfatione nova Augusti Ilermanni Franckii, in -8°, Francfort, 1697. Après sa mort furent publiés : Erklàrung der Psalmen Davids, 2 in-4°, Halle, 1730; Introductio in psalterium generalis et specialis, in-4°, Halle, 1734. — Voir J. G. Franche, Leichen-Predigt aaf A. IL Francke, in-f°, Halle, 1727; Biographie A. IL Francke’s , Slifters des Waisenhauses zu Halle, in-8°, Chemnitz, 1823; Guerike, Auguste Hermann Francke, eine Denkschrift zur Sàcularfeier seines Todes, in -8°, Halle, 1827; Walch, Bibliotheca theologica, t. iv, p. 204, 211, 497, 793.

B. Heurtebize.

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

I. Premiers essais; versions partielles. — Quoique les versions françaises de la Bible ne soient pas les plus anciens monuments de notre langue, la Bible est cependant un des premiers livres qu’on ait essayé de traduire en français. Ces essais datent du commencement du xne siècle, et ils appartiennent ainsi à l’àge d’or de l’ancienne littérature française. Il n’y en a pas eu à une époque antérieure , et il est démontré que Charlemagne et Louis le Débonnaire n’ont pas ordonné de composer pour leurs sujets une version de la Bible en langue romane. Les glossaires ou vocabulaires bibliques en deux langues, latine et française, qui sont du vme et du IXe siècle, A. Brachet, Grammaire historique de la langue française, 12e édit., Introduction, p. 33-34, ne démontrent pas, comme on l’a prétendu, l’existence antécédente d’une version. Ils prouvent plutôt le contraire, puisqu’ils devaient servir à des lecteurs de la Vulgate latine, qui avaient besoin de ce secours pour comprendre certains mots difficiles. Or un vocabulaire de cette sorte leur eût été inutile, s’ils avaient eu à leur disposition une version de la Bible. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques relatifs à Vhistoire de la Bible française, dans la Revue de théologie et de philosophie chrétienne , Strasbourg, t. n, 1851, p. 5-21. — Nous ne parlerons que des essais de traduction biblique du xn° siècle qui ont été faits en prose, et encore en langue d’oïl seulement. Pour les versions rimées, voir J. Bonnard, Les traductions de la Bible envers français au moyen âge, in-8°, Paris, 1884, et pour les traductions en langue d'oc, voir Provençales (Versions) de la Bible.

1° Le Psautier normand. — Il existe une double traduction des Psaumes faite dans le dialecte normand aux environs de l’an 1100. Ces deux versions ne dérivent pas directement du texte hébreu ou du grec des Septante ; elles ont été faites sur deux textes latins du Psautier. La plus ancienne correspond au Psalterium hebraicum de saint Jérôme. Elle ne se trouve que dans deux manuscrits. Le premier, le seul complet, est à la bibliothèque de Trinity College, à Cambridge, et a été transcrit à l’abbaye de Christ Church, à Cantorbéry, vers 1120, par le moine Eadwin. Le second est à la Bibliothèque Nationale, à Paris, fonds latin, n° 8846. A en juger d’après l’écriture, il date du commencement du xme siècle; il ne contient que les Psaumes i-xcviii, 6 (Vulgate). Ces deux

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIRLE

manuscrits n’ont pas été copiés l’un sur l'autre. Leur original commun était un Psautier triple, dont on avait glosé en français le Psalterium hebraicum. Des comparaisons critiques ont permis à M. Samuel Berger, La Bible française au moyen âge, in-8°, Paris, 1884, p. 5-7, de déterminer la famille de ce texte latin. Il ressemble à celui qu’a édité Martianay, Opéra S. Hieronymi, Prolegomena, Patr. lat., t. xxvm, col. 90-102, et il contient des scolies provenant d’un chrétien instruit dans la langue hébraïque et contemporain de Raban Maur, ibid., col. 1127-1128, et introduites dans trois manuscrits de la recension de Théodulfe. On peut penser que cet original latin est le produit d'une correction du Psautier faite en Normandie, peut-être dans l’école de Lanfranc. Le texte français a été édité par F. Michel, Le livre des Psaumes, ancienne traduction française publiée d’après les manuscrits de Cambridge et de Paris, dans les Documents inédits sur l’histoire de France, in-4°, Paris, 1870. Voici comme spécimen le verset 1er du Psaume Ier : « Beoneuret li heom lu ne alat el cunseil de feluns, e en la veie des pécheurs ne stout e en la chaere des escharniseurs ne sist. »

La seconde version française des Psaumes a été faite vers le même temps sur le Psalterium gallicanum de saint Jérôme. Les manuscrits qui la contiennent (Psautier de Corbie, B. N. fonds latin, n° 708, du commencement du xnie siècle; Psautier de Munich, bibliothèque royale, n° 10, du xive siècle; mss. de la bibliothèque Cottonienne, Nero, C. IV, de la fin du XIIe ou du commencement du xme siècle, qui provient peut-être de l’abbaye de Shaftesbury; fragment de la même bibliothèque, Vitellius, E. IX, de la même époque que le précédent; Psautier Arundel 230, au British Muséum, du XIIe siècle; mss. Harléien 1770, du xive siècle, et Harléien 5102; Bible, B. N. fonds français, n° 5; Psautier du duc de Berry, B. N., fr. 13091; petit mss. fr. 2431; Psautier de Ludlow, Harl. 273; Psautier glosé de la Mazarine, et celui qu’accompagne la glose de Pierre Lombard, fr. 22892; ms. latin 1070 des nouvelles acquisitions de la Bibliothèque Nationale) se groupent autour du Psautier de Montebourg, conservé à Oxford, dans la bibliothèque Bodléienne, fonds Douce, n° 320, et écrit au plus tard aux environs de l'an 1200. Il a été publié avec les variantes de quelques autres par F. Michel, Libri Psalmorum versio antigua gallica e cod. ms. in bibl. Bodleiana asservato, etc., in-8°, Oxford, 1800. Citons encore comme exemple le verset 1er du Ps. Ier : « Beneurez li huem chi ne alat el conseil des feluns, et en la veie des peccheurs ne stout, et en la chaere de pestilence ne sist. » Cf. J. IL Meister, Die Flexion imOxforder Psalter, in-8°, Halle, 1877; L. Delisle, Notice sur un Psautier latinfrançais du xne siècle , dans les Notices et extraits des manuscrits , t. xxxiv, lre partie, 1891, p. 259-272.

En comparant ces deux traductions françaises du Psautier, M. S. Berger, op. cit., p. 30-34, a conclu que la langue est la même, qu’il n’y a aucune différence de vocabulaire ni de grammaire, et que les exceptions à cette identité de langage sont insignifiantes et ne portent que sur la prononciation et l’orthographe. La langue commune aux deux versions est le dialecte normand , plus récent que celui du Saint-Alexis et à peu près contemporain de la Chanson de Roland. Cette ressemblance de langage fait présumer à M. Berger que ces deux versions sont l’œuvre du même traducteur. Il est probable aussi que l’unique traducteur travaillait sur un Psautier latin à triple colonne, qui contenait les trois Psautiers hébraïque, gallican et romain de saint Jérôme. Enfin ce devait être un disciple de Lanfranc, qui vivait dans une abbaye, non pas de Normandie, mais de la Grande-Bretagne, et sans doute non loin de Cantorbéry. Une partie de son œuvre, la traduction du Psautier gallican, a eu une influence considérable; elle est devenue le Psautier français de tout le moyen âge. Elle fut si populaire, que

jusqu’au xvie siècle on ne fit pas de nouvelle version des Psaumes. Les manuscrits glosés, dont nous parlerons plus loin, et le Psautier lorrain lui -même, ne sont que des remaniements de l’ancienne version de l'an 1100.

Tous les Psautiers qui ont été précédemment énumérés contiennent aussi la traduction des cantiques qui font partie des offices de l’Église et qui sont pour la plupart tirés de l’Écriture, à savoir les cantiques d’Isaïe, xn; d'Ézéchias, Is.,xxxyiii, 10-20; d'Anne, I Reg., n ; de Moïse, Exod., xv; d'Habacuc, m, 2-19; de Moïse, Deut., xxxii, 1-43; des trois jeunes gens, Dan., iii, 57-90; de Zacharie, Luc., i, 68-79; de Marie, Luc., i, 46-55; de Siméon, Luc., il, 29-32, et l’oraison dominicale. Matth., vi, 9-13. La traduction des six premiers cantiques est identique dans les deux séries de manuscrits, sauf pour Isaïe, xn, dont les textes varient en français aussi bien qu’en latin ; elle est faite sur la traduction latine de saint Jérôme. Pour les autres cantiques, dont le texte n'existe pas en hébreu, la traduction est la même dans les manuscrits d'Eadwin et de Corbie ; le Psautier Cottonien en diffère à tous égards et contient la version d'un mauvais texte latin. Quant au Notre Père, il est traduit selon la formule traditionnelle, qui ne correspond exactement ni au texte de saint Matthieu ni au texte de saint Luc. Cette version normande du XIIe siècle était reproduite en Angleterre au xme siècle et en France au xive. Les variétés qu’on y remarque sont le fait de la transmission orale de l’oraison dominicale. Cf. G. Peignot, Quelques recherches sur d'anciennes traductions françaises de l’oraison dominicale, in-8°, Dijon, 1839, p. 22-31.

2° L’ Apocalypse. — Cinquante ans après le Psautier, dans la seconde moitié du xne siècle, l’Apocalypse fut traduite à son tour dans les États normands et dans le dialecte qu’on y parlait. On la trouve dans un groupe de manuscrits ornés avec soin qui forment famille pour la décoration aussi bien que pour le texte. L’original normand est reproduit dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale fr. 403, du commencement du XIIIe siècle qui a appartenu à Charles V, roi de France ; il a été publié par P. Mayer en 1900 Cette version a joui au moyen âge d’une grande faveur; elle est reproduite dans quatre-v ingts manuscrits et en différents dialectes, en français et en anglo - normand. Malgré ses imperfections, elle a été imprimée bien des fois aux xve et xvie siècles, soit à la fin de la Bible historiale, dont il sera question plus loin, soit à part, in -4°, Paris, chez Michel Lenoir, 1502. Deux versions de l’Apocalypse un peu divergentes, celle qui est contenue dans un manuscrit de 1313, fr. 13096, et celle du manuscrit fr. 1036, du xme siècle, se ramènent facilement à la source normande. La première reproduit a peu près exactement le texte original, et la seconde n’est qu’une paraphrase du même texte faite dans le dialecte de l'Ile-de-France. Un autre texte de l’Apocalypse qui est transcrit dans deux manuscrits, l'un à Cambridge, Trinity College, en dialecte anglo-normand assez corrompu, et l’autre à la Bibliothèque Nationale, fr. 1768, en dialecte wallon, présente, il est vrai, des divergences évidentes, mais une parenté plus évidente encore avec la version normande, de laquelle dérivent donc toutes les traductions françaises de l’Apocalypse.

3° Les livres des Rois.— Au même temps que paraissaitla version normande de l'Apocalypse, un homme de goût composait, dans l'Ile-de-France ou la Normandie, une traduction poétique des quatre livres des Rois, qui est un, des plus beaux monuments de notre ancienne langue.. On n’en a connu d’abord que deux manuscrits. Le plus important, dit des Cordeliers, est à la bibliothèque Mazarine, n° 70, et date du milieu du xne siècle. Le texte a été publié par Leroux de Lincy, Les quatre livres des Bois traduits en français du xire siècle, dans la Collection des documents inédits sur l’histoire de France, in -4°, Paris, 1841, p. 1-438. L’autre manuscrit est à la bibliothèque de 1 Arsenal, n’ 5211, à Paris; il est du milieu

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

du xiue siècle; le texte est en mauvais état et reproduit dans un langage inférieur à celui de l’original. « On en connaît maintenant trois autres copies, à savoir: Arsenal, 5211; Bibl. Nat., fr. 6447, et Nouv. acq., fr. 1404. Mais le manuscrit de la Mazarine l'emporte sur les trois autres en ancienneté et en correction, et les trois nouvelles copies ne fournissent qu'un nombre infiniment restreint de variantes acceptables. » P. Meyer, Notice du ms. Bibl. Nat. fr. 6447, dans les Notices et extraits des manuscrits, t. xxxv, 2e partie, Paris, 1896, p. 457. Cf. Romania, t. xvn, p. 126-128. La version est peu littérale, et elle est mélangée de gloses assez nombreuses et assez étendues. On a même cru y distinguer des morceaux de prose rimée. Barbazan , Fabliaux et contes des poètes français', 1756, in -18, t. i, p. vu; 3e édit., Méon, 1808, t. ni, p. îv. Les rimes ne se rencontrent que dans le récit, jamais dans la traduction des commentaires qui l’accompagnent. Le style est en général des plus élégants et aussi remarquable par la finesse du sentiment qu’il exprime que par la pureté du langage. Leroux de Lincy, op. cit., p. lvii, pensait que cette traduction a été composée dans le dialecte de l’Ile-de-France, tel qu'il se parlait dans la première moitié du xue siècle; mais Suchier, dans la Zeitschrift für romanische Philologie, t. iv, 1880, p. 568, a affirmé que le langage du traducteur, ou du moins du copiste, était le dialecte anglo- normand. On n’en peut conclure toutefois que ce texte ait été écrit pour la première fois en Angleterre, car les dialectes français et normand avaient alors si peu de différences, qu’il est difficile de les distinguer. Le texte latin traduit semble n’être pas très éloigné, sauf pour la division des chapitres, de la révision d’Alcuin.

4° Livres Saints traduits en roman par les Vaudois. — La légende de la Bible complète des Vaudois n’est plus à détruire. Dans la persuasion que Pierre Valdus, le chef de cette secte, avait composé ou fait composer une version française de l’Écriture, « la perle de grand prix, » que les colporteurs vaudois portaient en tous lieux, cachée sous leurs vêtements grossiers , beaucoup de critiques l’ont cherchée longtemps soit dans la grande version anonyme du moyen âge , à laquelle le souvenir des « pauvres de Lyon » avait fait donner le nom de Bible des Pauvres , soit dans les traductions provençales. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques relatifs à l’histoire de la Bible française , dans la Revue de théologie et de philosophie chrétienne , t. u, 1851, p. 1-23, a démontré que les preuves d'une version vaudoise, antérieure à l’an 1170, étaient purement imaginaires, et que les premières traces certaines d'une traduction partielle de la Bible faite par les Vaudois remontent au dernier quart du x!ie siècle. Quelques textes peu clairs et en partie incompréhensibles en attestent l’existence. Étienne de Bourbon ou de Belleville rapporte, peu après l’an 1250, dans son livre De septem donis Spiritus sancti, dans d'Argentré, Collectio judiciorum, Paris, 1728, t. i, p. 87 (cf. Lecoy de la Marche, Anecdotes d’Étienne de Bourbon, 1877, p. 291-293), que Pierre Valdus avait demandé au prêtre Étienne d’Anse de lui traduire en langue vulgaire les Évangiles, plusieurs livres de la Bible et de nombreuses citations des Saints réunies par titres et qu’ils appelaient Sentences. D’autre part, l'e frère Walter Map, De nugis Curialium , dist. I, c. xxxi, édit. Th. Wright, 1850, p. 64, raconte avoir vu au concile de Latran, en 1 179, des Vaudois présenter à Alexandre III un livre écrit en langue française, dans lequel étaient contenus le texte et la glose du Psautier et d'un grand nombre de livres des deux Testaments. Quelle que soit l’obscurité de ces renseignements, il est clair qu’il n’y est pas question d’une traduction complète de la Bible, ni même du Nouveau Testament, mais seulement de celle de livres isolés, le plus souvent accompagnée d’un commentaire ou d’une glose et faite vraisemblablement dans le dialecte de Lyon. On n’en a pas encore retrouvé de manuscrits.

Deux bulles d’innocent III, adressées le 12 juillet 1199 à l’évêque et au chapitre de Metz, Epist., 1. ii, ep. cxli et cxlii, Patr.lat., t. ccxiv, col. 695-699, nous apprennent que dans cette ville « une multitude nombreuse de laïques et de femmes, entraînée par une sorte de passion pour l’Écriture Sainte, s’est fait traduire en langue française les Évangiles, les Épitres de saint Paul, le Psautier, les Moralités sur Job et plusieurs autres livres ». Le 9 décembre suivant, le même pape chargeait les abbés de Citeaux, de Morimond et de la Crète, Epist., 1. II, ep. ccxxxv, t. ccxiv, col. 793-795, de s’enquérir de ces traductions bibliques en langue vulgaire, qui étaient en usage à Metz. Dans sa Chronique, Monumenta Germanise, Scriptores, t. xxmi, p. 878, Albéric des Trois -Fontaines relate que ces trois abbés cisterciens livrèrent aux ilammes les exemplaires de ces versions qu’ils trouvèrent entre les mains des Vaudois messins. Néanmoins une partie est parvenue jusqu’à nous. Les « Moralités sur Job », extraites du célèbre commentaire de saint Grégoire le Grand, avaient été publiées par Le Roux de Lincy, Les quatre livres des Rois, in-4°, Paris, 1841, p. 439-518, d’après le manuscrit fr. 24764, qui provient de Notre-Dame de Paris et qui est des dernières années du xn8 siècle. L’éditeur, op. cit., introduction, p. cxxm-cxxviu, avait cru y reconnaître les caractères du dialecte de la Bourgogne; mais P. Meyer, dans la Revue des sociétés savantes, 5e série, t. vi, 1874, p. 236, a rapproché la langue du dialecte liégeois. Les Évangiles et les Épitres de saint Paul n’étaient vraisemblablement pas une traduction des quatre Évangiles et des quatorze Épitres de l’Apôtre, mais seulement la version des Évangiles et des Épitres des dimanches et fêtes, accompagnée d'un commentaire étendu. Or un manuscrit de la bibliothèque du cardinal de Rohan, maintenant à l’Arsenal, n° 2083, du commencement du xme siècle et ayant appartenu à la famille messine d’Esch, contient les Évangiles de la quinzaine d’avant Pâques, avec quelques Épitres du même temps et la paraphrase attribuée à Haimon, moine de Savigny en Normandie. Cet évangéliaire en langue lorraine présente tous les traits de l’orthographe messine dans ses plus anciens monuments; son langage est plus archaïque que celui des chartes ducales. Quant au Psautier, il est certain qu'il est différent du Psautier messin du xive siècle ; il n’a pas encore été retrouvé au milieu des nombreux Psautiers, glosés et non glosés, de la fin du xne siècle.

D’après Gilles d'Orval, Chronic. epiisc. Leodens , 1. nr, § 43, dans les Monumenta Germanise, Scriptores, t. xxv, p. 112, et Albéric des Trois -Fontaines, Chronic., ibid., t. xxiii, p. 855, Lambert le Bègue, fondateur de la secte des Béghards, a traduit du latin en roman beaucoup de livres et particulièrement les Vies des Saints et les Actes des Apôtres. Ce renseignement dérive de la Vie, aujourd'hui inconnue, de sainte Odile, qui vivait à Liège dans les premières années du xme siècle. Des versions des Actes des Apôtres que nous possédons, aucune ne parait avoir été écrite primitivement en dialecte wallon. La traduction de Lambert de Liège serait donc perdue. Sur les versions vaudoises de la Bible composées plus tard dans le dialecte des vallées des Alpes, voir Provençales (Versions).

5° Psautiers glosés. — Le Psautier, nous l’avons dit plus haut, est le premier livre de la Bible qui ait été traduit en français. Bientôt une simple traduction des Psaumes ne suffit plus au peuple chrétien, et on joignit des commentaires au Psautier. M. S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 64-79 et 384, a collationné et classé ces Psautiers glosés. Ils appartiennent tous de près ou de loin à la même famille, et ils reproduisent plus ou moins fidèlement le vieux texte gallican du Psautier normand. On ne peut donc les distinguer que parla glose qui accompagne la version française. — 1. Un commentaire français des Psaumes, conservé dans trois manus- | crils anglais du commencement du xme siècle (biblio-

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

thèque du chapitre de Durham, A. II, 11, Bi itish Muséum, 19 C v, et bibliothèque de M. Lecaron de Troussures) et à peu près exactement traduit, ou du moins imité de saint

| du-isent le Psautier français, encadré dans la glose de Pierre Lombard, évêque de Paris. Le dialecte est celui | de l'Ile -de -France; c’est pourquoi le texte est un peu

£p commère k nooueau frîtanmît Cl premieremêt Icuuasigilc noûre ligueur ibüctift félon Camt niafiiou

G liure tse ta p neracio itjüaift fil? be tsaniti

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boam Roboam engentnaa bià ^bmsengôûia ata 3fa engêbîa iofapbat lofapbat eapntoîoiam ?oiaseng5 ba oîiam Ofias eagmbia ioatbam ^oalbaeengeutoa arbaa 3tf$as eupntsia e?e cb»e Glecbie eagêtoa maria!

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694. — Fac-similé de la première édition de la version française du xitr siècle du Nouveau Testament, imprimée à Lyon en 1477, feuillet I, recto (Matth., I, 1-15). Petit in-f°. Bibliothèque Nationale. A 539. Réserve.

Augustin, emprunte la traduction normande. — 2. Trois aulres manuscrits de la même époque, B. N., fr. 22892, fr. 963 et bibliothèque de M. Lecaron de Troussures, dont le premier est une œuvre française et parisienne, repro-

différent du Psautier de Montebourg. — 3. Le manuscrit 258 de la bibliothèque Mazarine, qui est du commencement du xiv* siècle, contient un texte français qui ressemble beaucoup à celui qu’accompagne le commentaire

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BILLE 2354

de Pierre Lombard. — 4. Le manuscrit fr. 1761, qui est de la même époque que le précédent, est le Psautier de Pierre de Paris. Ce traducteur, qui ne peut être l'évêque de Paris, Pierre de Nemours ( 1208-1219), a fait une paraphrase plutôt qu’une traduction du Psautier. Sa version, qui ressemble par intermittence au texte du manuscrit 258, est mêlée à des extraits peu intéressants de la glose ordinaire et interlinéaire. — 5. Les derniers manuscrits, qui appartiennent plus ou moins au même groupe, sont le Psautier du duc de Berry (fr. 13091) et le manuscrit 2131 du fonds français, qui n’est pas glosé. Leur texte n’est pas meilleur que celui du Psautier de Pierre de Paris.

6° Recueils de fragments distincts. — Nous connaissons trois manuscrits de cette sorte: le manuscrit 5211 de l’Arsenal , qui ne parait pas postérieur au milieu du xine siècle, S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 100-108; le manuscrit Nouv. acq. fr. 1401 de la Bibliothèque Nationale , qui date de la seconde moitié du xme siècle, H. Prutz, Entwicklung und Unteryang des Tempelherrenordens, Berlin, 1888, p. 110-125 et 317-323, et P. Meyer, dans la Romania, t. xvn, p. 126-129 et 132-135; le manuscrit fr. 6417 de la même bibliothèque, copié entre le xine et le xive siècle. P. Meyer, Notice du ms. Bibl. Nat. fr. G447, dans les Notices et extraits des manuscrits, t. xxxv, 2e partie, 1896, p. 435-467. Les textes copiés dans ces trois manuscrits sont inégalement anciens et diffèrent d’origine. La Genèse n’est pas une traduction complète du premier livre du Pentateuque; elle n’en comprend que des extraits tantôt abrégés , tantôt allongés et développés, avec une histoire de Moïse qui est le résumé des quatre autres livres du Pentateuque. On remarque dans la prose des phrases rythmées et souvent des rimes. Grâce à ces indices, M. P. Meyer y a découvert l’emploi successif de deux poèmes aussi différents par l’esprit que par la métrique. Le commencement dérive d’un poème en vers de huit syllabes, dont l’auteur appartient à la race de ces jongleurs qui cherchaient à provoquer le rire et qui, sans crainte de scandaliser leurs auditeurs, développaient en termes à la fois naïfs et grossiers les récits les moins réservés de la Bible. A partir de la naissance de Joseph, on trouve des emprunts faits au poème, en vers alexandrins, d’Herman deValenciennes, dont le ton est grave et tend à l'édification. Cf. J. Bonnard, Les traductions en vers français au moyen âge , Paris, 1884, p. 11-41. Cette traduction de la Genèse présente donc une choquante disparate. La version du livre des Juges a été faite par un chevalier d'un ordre militaire, templier ou hospitalier, sur la demande d’un dignitaire de son ordre, « maistre Richart, » et de « frère Othon ». Elle n’est pas littérale, et en plusieurs endroits elle est plutôt une adaptation qu’une traduction du texte; mais elle est claire et d'un tour bien français. Celle des quatre livres des Rois est le texte publié par Leroux de Lincy, mais déjà un peu déformé et altéré. Les histoires de Judith et d’Esther ne sont pas traduites littéralement, tandis que la traduction de Job est textuelle. Le livre de Tobie est suivi d'extraits des œuvres de Salomon. La version des Machabées, qui se trouve à la suite des livres des Rois dans le manuscrit des Cordeliers, est fort libre; elle semble être, dans une partie du moins, la mise en prose d’une chanson de geste en vers alexandrins. Les exemples de vertu proposés par Malhathias sont longuement paraphrasés d’après les autres parties de l’histoire sainte. Certains passages sont la traduction assez exacte du texte latin de la Vulgate ou l’imitation d'un poème | dont l’auteur a fait des emprunts à l 'Histoire des Juifs deJosèphe. Le langage de cette traduction des Machabées ne parait pas différer beaucoup de celui de l'Ile-de- France. H. Breymann, Introduction aux deux livres des '• Machabées , traduction française du xm e siccle, in -8°, Gœttingue, 1868, pensait y reconnaître le dialecte de Bourgogne et estimait que la version a été composée entre

1230 et 1250. E. Gœrlich, Die beiden Bûcher der Makkahàer. Ein altf ranzôsische Uebersetzung aus déni 13. Jahrhundert , dans lu Romanische Bibliothek de W. Fœrster, in-8°, Halle, 1888, en a édité le texte. L’éditeur pense qu’elle a été faite au xne siècle, dans le sudest du pays où l’on parlait le français, et qu’elle a été copiée au xme par un Anglo-Normand; mais le directeur de la publication, W. Fœrster, qui a changé plusieurs fois d’avis, la tient pour une traduction d’origine vaudoise, qu'un Français du sud-ouest aurait accommodée à son dialecte. Le manuscrit 5211 se termine par la traduction du livre de Ruth. Cette compilation d’éléments très divers n’a pas eu d’influence sur les versions françaises postérieures ; mais elle a été en partie traduite en provençal au xve siècle. S. Berger, Nouvelles recherches sur les Bibles provençales et catalanes , dans la Romania, t. xix, 1890, p. 548-557.

II. La. Bible complète du xme siècle. — Jusqu’alors on n’avait vu paraître en France que des traductions isolées et fragmentaires des livres bibliques, et il ne s’était pas produit d’œuvre d’ensemble. Sous le règne de saint Louis, il y eut enfin une Bible française complète, grâce à la centralisation que la royauté avait apportée dans l’administration et l’Université de Paris dans les études. Deux manuscrits seulement contiennent cette version dans son entier. L’un , fragmentaire et mutilé , est le meilleur pour le texte et pour le langage; il a appartenu au président de Tbou, et il porte à la Bibliothèque Nationale le n° 899 du fonds français. Comme il ressemble à la grande Bible des Jacobins, B. N., latin 16719-16722, on peut dire qu’il a été copié aux environs de 1250, dans l’Université de Paris. L’autre, complet, mais de basse époque, est le manuscrit français 6 et 7 de la Bibliothèque Nationale, de la fin du xive siècle. Trois ou quatre volumes nous ont conservé la première partie de cette version : le manuscrit 5056 de la bibliothèque de l’Arsenal, de la seconde moitié du xme siècle; le manuscrit Harléien 616, au British Muséum, qui est’ le frère jumeau du précédent; la Bible de Norvvich, écrite au xiv° siècle, en Angleterre, et gardée à Y University Library de Cambridge; enfin le manuscrit de Strasbourg, qui a été détruit par l’incendie de 1870, mais qui avait été heureusement décrit et étudié par E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Revue de théologie et de philosophie chrétienne, t. iv, 1852, p. 5-26. (Le Psaume cm de la Vulgate avait été reproduit par Fritz, Commenlatio in Psalmum civ, in-8°, Strasbourg, 1821, p. 79-83, et le Lxvue par Reuss, Der l xvi il Psalm, ein Denkmal exegetischer Noth und Kunst, dans ses Beitrâge zu den tlieologischen Wissenchaften, léna, 1851, p. 93. Reuss avait pris aussi une copie manuscrite de tout le Psautier.) Les manuscrits qui contiennent le second volume de celte traduction sont très nombreux. Les plus anciens sont le manuscrit 684 de la bibliothèque Mazarine, du xi i Ie siècle; le manuscrit fr. 398 de la Bibliothèque Nationale, de la même époque; le n° 26 de la Bibliothèque de la reine Christine, au Vatican, du règne de Philippe le Bel; le manuscrit 10516 de Bruxelles, de la fin du xme siècle; le manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, A 211, de la seconde moitié du xme siècle; enfin le manuscrit des Évangiles fr. 12581, daté de 1284.

La valeur de cette traduction est inégale dans les différents livres de la Bible; dans plusieurs, le texte français est accompagné de gloses plus ou moins nombreuses. Ainsi la version de la Genèse, qui est claire, brève, exacte et énergique, est suivie d’un commentaire emprunté à la Glose ordinaire et à la Glose interlinéaire. Les autres livres du Pentateuque ne sont pas glosés; mais le livre de Josué l'est, notamment d’après la Glose ordinaire. Le procédé de traduction est le même que dans la Genèse, et bien que les auteurs des gloses ne soient plus nommés, on peut y reconnaître la même main. La version des Juges a des gloses très longues et très nom-

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

breuses, mais toujours sans les noms des auteurs. Les Rois, les Paralipomènes , Esdras et Néhémie, le second (troisième) livre (apocryphe) d’Esdras, Tobie, Judith et Esther ne sont pas glosés; Job l’est brièvement. Le Psautier est la version gallicane normande du manuscrit de Montebourg; les gloses qui l’accompagnent sont l'œuvre, fort médiocre, du nouveau traducteur. Les livres de Salomon sont suivis de ceux des Machabées. La version des Prophètes, qui n'est pas glosée, est bien faite, et l’histoire de Susanne est particulièrement bien traduite. La traduction des Évangiles, qui est accompagnée de très courtes gloses, est excellente de précision et de brièveté. Celle des Épîtres de saint Paul, qui est brièvement glosée, est généralement d’autant meilleure qu'elle est plus libre. Elle est de valeur très inégale, et le traducteur n’a pas toujours compris l’original. Dans l'Épitre aux Romains, elle est excellente. Les Actes et les Épîtres catholiques sont rendus avec lourdeur. Le traducteur ne cherche pas à comprendre, et il emploie l’équivalent plus ou moins exact du mot latin, sans se demander s'il est à sa place et sans le choisir. L’Apocalyse est textuellement empruntée à l'ancienne version normande, que les copistes ont tellement défigurée, qu’elle est absolument inintelligible.

La Bible du xme siècle est donc une œuvre mêlée et inégale. Certaines parties, d’un fort bon style, proviennent d’un homme de talent ; d’autres ont été travaillées par un scribe sans mérite, par un vulgaire latinier, selon l'expression de la version elle -même. D’autre part, on remarque entre certains groupes de livres une sorte de parenté; les mots y sont traduits de la même façon. Ainsi on trouve un égal mérite dans la traduction des Prophètes et des Évangiles ; les Actes et les Épîtres catholiques sont au-dessous du médiocre. Ces remarques sont des indices de la diversité des traducteurs. Plusieurs manuscrits contiennent deux versions de l’Épitre à Tite, qui sont copiées bout à bout. On peut en conclure que l’entrepreneur de la traduction, mécontent de son lalinier, a fait recommencer la besogne par un meilleur traducteur. R est probable, en effet, que les traducteurs travaillaient sous une même direction et peut-être dans l’atelier d'un libraire, sur plusieurs manuscrits latins, dont le principal était un exemplaire de laVulgate éditée au début du xme siècle par les libraires de l’Université de Paris. Voir col. 1022. Cette Université n’a pas pris à cette traduction une part officielle; ses étudiants se sont contentés de recevoir, avant le milieu du xm° siècle, la version française exécutée, non parles Frères-Prêcheurs, voir col. 1468, mais par des libraires attitrés. Si on veut préciser la date de son exécution, on peut dire qu’elle a été faite après 1226, époque de la révision de la Bible latine sur laquelle elle a été opérée, et peut-être avant 1239, puisqu’il n’y est pas question de la sainte Couronne d’épines, transférée à Paris par saint Louis en cette année. La langue employée y est appelée « le françois » ; c’est en réalité un très beau français, tel sans doute qu’on le parlait à Paris et dans l'Ile-de-France. — Le Nouveau Testament de cette version est le premier texte français de la Bible qui ait été imprimé. Il le fut à Lyon, par Bartholomieu Buyer, sous la direction de deux religieux augustins, Julien Macho et Pierre Farget. Les rares exemplaires connus, qui n’ont pas de titre, sont d’éditions différentes, dont la première est rapportée par les bibliographes à l’année 1477 (tig. 694). Elle est informe, sans gravures et sans ponctuation. Elle est la reproduction servile d’un manuscrit contemporain, dont la famille n’est pas déterminée. L’Apocalypse n’a pas de gloses. Cf. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la llevue de théologie, t. xiv, Strasbourg, 1857, p. 129-141.

UT. La Bible historiai.e. — Elle se présente à nous en deux états différents, telle qu’elle sortit des mains de son auteur et telle qu’elle fut complétée par l'insertion de versions textuelles. — 1° La Bible historiaulx est la traduction libre de YHistoria scolastica de Pierre Comes-

tor, faite par Guyart Desmoulins, chanoine d’Aire en Artois. L 'Hystoire escolâtre du « Mangeur » était un résumé de toute l’histoire biblique avec quelques synchronismes de l'histoire profane. La phrase originale de la Bible y était librement traduite, et elle était souvent surchargée de notes ou d’explications exégétiques qui faisaient de YHistoria scolastica une compilation en ellemême assez indigeste , mais parfaitement appropriée au goût du temps. C’est cette œuvre, introduite dans les écoles, que Guyart entreprit de traduire en français, comme étant plus populaire que la Bible du xine siècle. Il commença son travail au mois de juin 1291, et il l'acheva en février 1294 (ancien style). Le traducteur ne s’était pas proposé de reproduire intégralement les « histoires escolâtres », et s’il a parfois abrégé son modèle, il l'a d’autres fois complété en insérant dans l’histoire la traduction du texte biblique. 11 choisit donc, il change et il ajoute. Ainsi enlre le quatrième livre des Rois et l'histoire de Tobie, il a placé « les Paraboles Salemon molt abregies et le commenchement et le fin de Job, qui molt est beaus ». L’histoire de Tobie est suivie d’un résumé de Jérémie ; celle d’Esther l’est de diverses histoires dont la première est celle du roi Ochus. Le premier livre des Machabées est une traduction libre de la Yulgate, dans laquelle sont insérées des gloses tirées du Maître en histoires. Le deuxième est suivi d’extraits de récits en partie empruntés à Josèphe et inexactement intitulés « Histoire évangélique ». L'Harmonie évangélique n’est pas la simple traduction de l’œuvre de Comeslor; Guyart a mêlé aux récits de son modèle la reproduction littérale de certains passages des Évangiles. La traduction des Actes est la version du xi i Ie siècle mise en dialecte picard. Elle est suivie de morceaux de l’Ancien et du Nouveau Testament pris dans la même version du xme siècle, et dont le langage est mélangé de français et de picard. Guyart écrivait dans le dialecte de sa province, et sa traduction n’est pas sans une certaine saveur originale et personnelle.

Cette traduction se trouve dans les manuscrits avec ou sans préfaces, parce qu’elle a eu deux éditions. La première, qui n'a pas les préfaces, date de 1295. On pense la reconnaître dans le manuscrit 532 de la bibliothèque Mazarine. Bien que l’écriture paraisse de la seconde moitié seulement du xive siècle, c'est le seul bon manuscrit picard de la Bible historiale. Le manuscrit fr. 152 et la Bible d’Iéna, qui contiennent des morceaux français et picards, ne sont peut-être que des débris altérés de cette première édition sans préfaces. La seconde édition avec préfaces est de 1297. Elle est représentée par trois manuscrits. Le manuscrit fr. 155, tout entier en langue française, contient cette seconde édition, refaite en français, mais conservée dans sa forme primitive. La Bible 19 D in du British Muséum est, au point de vue du texte, la perle des manuscrits de Guyart; elle est datée de 1411, et il n’y manque que quelques appendices insignifiants. La Bible d'Édouard IV ( 15 D i et 18 D ix et x au British Muséum) a été faite à Bruges, en 1470; mais, quoique récente, elle contient un texte ancien, l’œuvre de Guyart sans aucune addition. La valeur de ces trois manuscrits est considérable, parce qu’ils sont le type d'une famille innombrable, qui comprend toutes les Bibles historiales complétées.

2° La Bible historiale complétée est l’édition de l’œuvre de Guyart, augmentée de la traduction textuelle d’une partie de la Bible. Guyart avait déjà introduit à propos, dans Y Histoire escolâtre, le texte de quelques livres bibliques. Ce mélange ne fut pas jugé suffisant, et il fut diversement retouché et complété dès l'origine. Chaque lecteur voulait, semble-t-il, une part plus grande de version littérale, et nous ne possédons pas un seul manuscrit qui ne contienne quelque addition à l'ouvrage j primitif. Sans parler ici des essais partiels de dévelop- 1 pement de la Bible historiale, le premier complément

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important, qui l’augmenta du second volume tout entier de la Bible du xme siècle, eut lieu du vivant même du chanoine d’Aire, puisque le plus ancien manuscrit à date certaine de la Bible historicité complétée est de 1312. Ce manuscrit, conservé aujourd'hui au British Muséum, I A xx, a été écrit dans une prison de Paris. Mais cette Bible du prisonnier n'est qu’un deuxième volume , qui reproduit le même texte que la seconde Bible historiale, datée de 1317 et copiée à Paris, rue des Écrivains ( maintenant à la bibliothèque de l'Arsenal, n° 5059). Selon toute probabilité, le travail de fusion de la Bible historiale avec la Bible du xm» siècle a été exécuté à Paris; car tous les manuscrits de cette famille, à l’exception de trois du xve siècle, sont écrits dans la langue de l’Ile-de-France. De plus , l'étude des variantes montre qu’ils représentent un même texte. Enfin ils contiennent une litanie en vers évidemment parisienne. Ces manuscrits, qu’on peut appeler Petites Bibles historiales , n'ont pas la traduction textuelle des Paralipomènes, des livres d’Esdras et de Néhémie et du livre de Job.

On en a distingué deux autres familles dont les manuscrits reproduisent une litanie en prose d’origine normande. Leur contenu est différent. Les Bibles moyennes ajoutent le Grand Job, ou traduction littérale du livre de Job, au texte des premiers manuscrits. Les Grandes Bibles historiales contiennent en plus les Paralipomènes et les livres d’Esdras et de Néhémie d’après la version du xm” siècle. De ce qu’elles ont une litanie des Saints normands, on ne peut conclure que les additions ont été faites en Normandie; il en résulte simplement que le reviseur avait entre les mains un Psautier du diocèse de Rouen. Les Bibles de ces trois familles ont toutes, en effet, avec quelques diversités cependant, la version normande du Psautier gallican. Voir le chapitre : L’unité du Psautier, dans S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 200-209. Une centaine de Psautiers gallicans, isolés ou insérés dans les Bibles, ont au fond le même texte. Un anonyme (Madden) a publié: Les Psaupies de David et les Cantiques d’après un manuscrit du xve siècle , in -8°, Paris, 1872. Ce texte est identique à celui de la grande famille des Psautiers qui contiennent les Prologues de Jean de Blois. La dernière addition qui ait été faite à la Bible historiale est celle des Prologues de saint Jérome ; elle se rencontre dans des Grandes Bibles historiées. Les manuscrits de la Bible historiale complétée sous ses différentes formes sont innombrables , et il est très difficile de les classer rigoureusement, à cause des modifications de détails qu’ils présentent. On peut déjà cependant établir de petits groupes dans les trois grandes familles précédemment mentionnées. Cf. Trochon, Essai sur l’histoire de la Bible dans la France chrétienne au moyen âge, in-8°, Paris, 1878, passim; E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Revue de théologie, t. xiv, Strasbourg, 1857, p. 1-48 et 73-104; S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 157-199 et 210-220.

La Bible historiale complétée jouissait au xive siècle d’une popularité si grande, que son autorité s’imposait même dans les pays où le français n’était pas parlé. La version catalane de la Bible, faite au xive siècle, dépend, sinon uniquement, du moins d'une façon incontestable, de la traduction française, dont elle reproduit les gloses les plus caractéristiques. Une histoire sainte, conservée dans un manuscrit du xve siècle, est traduite mot à mot du français. La traduction catalane du xve siècle dépend de celle du siècle précédent et ainsi indirectement de la Bible française. Des trois versions catalanes du Psautier, qui sont différentes, l'une, qui est probablement la plus ancienne, a été traduite sur le français, et l’autre, attribuée à Sabruguera , semble avoir subi l'inlluence du Psautier français, que l’auteur avait sous les yeux ou dans la mémoire. S. Berger, Nouvelles recherches sur les Bibles provençales et catcdanes, dans la Romania,

t. xix, 1890, p. 505-523. Voir Catalanes (Versions), col. 345-346.

La Bible historiale complétée est la première version

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695. — Fac-similé du Premier volume de la Bible historiée, imprimée à Paris vers 1487, feuillet xxxin, verso, bas de la première colonne de gauche. In-f°. Bibliothèque Nationale. A 270. Réserve.

française de la Bible entière qui ait été imprimée. Elle le fut par les soins de Jean de Rély, chanoine de Notre- Dame de Paris et confesseur du roi Charles VIII, en 2 volumes in-folio, chez Antoine Vérard. Elle n’est pas datée; mais elle parut vers l’an 1187 (fig. 695). Comme le titre

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIRLE

des deux volumes l’indique, c’est une Bible historiée avec ses gloses, à laquelle on a joint le Psautier et le second volume de la Bible du xme siècle. Le texte est fort rapproché de celui des manuscrits du duc de Berry, et en particulier du manuscrit fr. 159. On peut admettre que ce manuscrit ou un autre semblable, appartenant à la bibliothèque du roi Charles VIII , a fourni pour la plus grande partie le modèle de cette édition. L’Apocalypse n’est glosée qu’à partir du chapitre xi. Jean de Rély semble avoir rédigé le Psautier d’après d’autres sources, qui le rapprochent du Psautier fr. 13091 et de la traduction de Raoul de Presles. Ce Psautier est contenu dans le Psautier dédié à Charles VIII , Le Psaultier avecques l’exposition sur de Lira en françoys , 2 in-4°, Paris, s. d. Cette édition imprimée est appelée la Grant Bible, pour la distinguer de la Bible pour les simples gens, qui n’était qu’une sorte d'histoire sommaire de l'Ancien Testament. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Bevue de théologie, t. xiv, Strasbourg, 1857, p. 141-160, en a signalé seize éditions faites à Paris ou à Lyon, de 1496 à 1545. Elles reproduisent le même texte, à part quelques différences accessoires; aucune n’a été l’objet d’une révision critique et complète du texte original. La bibliothèque du grand séminaire de Nancy possède un exemplaire in-folio d’une édition qui n’a pas encore été mentionnée. Elle n’est pas datée; mais elle porte la marque du libraire Guillaume Le Bret. Elle reproduit les prologues et compte 263 feuillets dans le premier volume et 237 dans le second, indépendamment des tables dont les feuillets ne sont pas numérotés. Le texte est imprimé en deux colonnes ayant 55 lignes, en caractères gothiques, avec quelques gravures. La même bibliothèque possède encore un exemplaire petit in-folio, non paginé , contenant « les epistres de saint Paul apostre » avec la glose, translatées de latin en français « nouvellement à Paris », par un docteur en théologie de l’ordre de Saint- Augustin , et achevées d’imprimer pour Anthoine Vérard, le 17 janvier 1507. Comme la version est celle de Jean de Rély, le religieux augustin n’a dù traduire « nouvellement » que la glose qui l’accompagne.

IV. Versions du xive et du xve siècde. — i. bibles complètes. — 1° La Bible anglo- normande nous a été conservée par trois manuscrits , dont un seul est à peu près complet. Celui-ci est le n° 1 du fonds français de la Bibliothèque Nationale, à Paris; il a été écrit pour une famille anglaise, avant 1361, et il s’arrête au milieu du chapitre xm de l’Épître aux Hébreux. Le manuscrit 1 C ni du British Muséum, qui est du xve siècle, va de la Genèse à Tobie; le texte est plus correct et d’un meilledr langage que celui du manuscrit précédent.. Le livre des Actes se lit avec quelques différences dans une Histoire de la Bible, manuscrit fr. 9562, de la seconde moitié du xive siècle. Le Psautier de la Bible anglo -normande paraît descendre du texte de Montebourg par l’intermédiaire de recensions telles que celles des manuscrits fr. 2431 et 22892. Les cantiques qui le suivent semblent également se rattacher de loin à la traduction usuelle. Mais le texte des autres livres n’est certainement pas, sinon pour la division des chapitres, et encore avec quelques légères divergences, le texte de la Bible du xme siècle; peutêtre se rapprocherait-il en quelques endroits de la Bible de Raoul de Presles, dont il va être question. Le manuscrit de Paris, tout incorrect qu’il soit, n’est guère éloigné de l’original ; les autres copistes ont pu corriger certaines fautes qui provenaient du traducteur lui-même. Cette traduction, faite en Angleterre, au xive siècle (le Psautier excepté), est déplorable tant pour la fidélité que pour la pureté du langage; elle rend le sens inexactement et dans un style qui, tout grossier qu’il soit, n’est pas dénué de force. Son influence ne s’est guère étendue en France, sinon peut-être sur la Bible suivante. — 2° La Bible du roi Jean, ainsi désignée parce qu’elle a été exécutée par l’ordre et sous les yeux de Jean le Bon, se

trouve fragmentairement dans le manuscrit fr. 15397 de la Bibliothèque Nationale, grand volume, dont les premiers feuillets sont décorés de très belles miniatures inachevées. Ce manuscrit contient le Pentateuque, du chapitre vm de la Genèse à la fin du Deutéronome. Le texte est encadré d’une glose très développée. Ce fragment est daté de 1355, et on peut le regarder à bon droit comme l’original dont l'ornementation a été interrompue par la captivité du roi Jean. Le traducteur est Jean de Sy, frère prêcheur, originaire du diocèse de Reims. Voir la Bomania, t. xxi, 1892, p. 612-615. En 1373, son œuvre s’étendait jusqu’au chapitre xvm de Jérémie. Elle fut continuée par une pléiade de traducteurs, d’écrivains et de peintres , au nombre desquels sont nommés les trois dominicains mentionnés col. 1468. Le Roux de Lincy, Les quatre livres des Bois, Introduction , p. xx-xxi. Bien qu’elle soit restée inachevée, elle est tout à fait remarquable; c’est une œuvre de science et de goût, dont le texte est indépendant de la célèbre version du xme siècle, mais pourrait bien être, au jugement de M. S. Berger, « une excellente révision de la Bible anglo-normande. » — 3° La Bible de Charles V fut traduite par Raoul de Presles, maître des requêtes. Elle est conservée dans les manuscrits suivants : Lansdowne 1 175 du British Muséum, qui s’arrête après lePsautier ; ms. 76 de Grenoble, de la fin du xive siècle, qui va jusqu’au Ps. cxvm; Bible de l’archevêque de Reims, B. N., fr. 153, du xve siècle, qui s’arrête aussi après le Psautier; ms. fr. 158, du xive siècle, qui contient tout l’Ancien Testament ; ms. fr. 22885 et 22886, qui s’arrête à la fin de l’Ecclésiastique; ms. fr. 20065 et 20066, de la fin du xve siècle, qui s’étend jusqu’à saint Matthieu, xix, 27. La version est donc incomplète. Presque tous les livres, à partir de l’Exode, sont précédés de prologues qui doivent leur servir d'introduction. Sauf quelques mots relatifs aux ordres qu'il a reçus de Charles V, le traducteur n’a mis dans ces prologues qu'un résumé des notes de Nicolas de Lyre. Le Psautier, qui est reproduit séparément dans plusieurs manuscrits, a été compilé d’après plusieurs textes, dont l’un était fort rapproché du texte de la version du xine siècle, et l’autre n’était pas éloigné du Psautier lorrain. Le reste de la traduction n’est pas absolument une œuvre nouvelle; elle a pour base la version du xme siècle, au moins dans certaines parties. C’est un ouvrage de seconde main , qui rentre dans la catégorie des textes révisés, retouchés et compilés.

ir. traductions partielles. — 1° Deux versions des Épitres et des Evangiles des dimanches et des fêtes. — La première a été exécutée par ordre de la reine de France, Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI de Valois. Elle a été faite selon l’ordonnance du missel de Paris, par Jean du Vignay, hospitalier de Saint-Jacques et traducteur de beaucoup d'ouvrages. Elle se lit dans deux manuscrits de la Bibliothèque Nationale, tous deux du xve siècle, fr. 22890 et 22936. Un troisième exemplaire forme aujourd’hui le n° 195 du fonds Barrois, à la bibliothèque d’Ashburnham- Place. La seconde suit l’ordre du missel de Cambrai et se trouve dans le beau manuscrit fr. 1765, du xive siècle. Ces deux versions se ressemblent entre elles, et elles ne diffèrent par endroits de la version du xme siècle que par l'orthographe ou la construction des phrases. Dans d’autres passages, il y a une différence absolue. Il semble donc que Jean du Vignay n’a été parfois qu'un modeste reviseur d'un texte antérieur. — 2° Fragments picards. — 1. Un tiers de la Bible seulement, des Paralipomènes à la fin de Daniel, se trouve dans le manuscrit 2035 de la bibliothèque de l’Arsenal, qui est de la fin du xive siècle ou des premières années du xve. Le titre, Partie de la Bible en wallon, est fautif, car la langue est le dialecte picard. La version est généralement textuelle ; elle est pourtant fort abrégée par endroits, par exemple dans le livre de Job, qui est simplement résumé, et quelquefois, au contraire, déve-

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA EIBLE

loppée et allongée. La copie est pleine de fautes grossières. Le Psautier, qui représente un texte très corrompu et plusieurs fois retouché, se place parmi les dérivés de la Bible du xme siècle. Le texte de la version est nouveau et indépendant de la tradition courante. 11 est impossible d’en déterminer l’âge et la provenance. — 2° Un autre fragment de Bible picarde existe dans le manuscrit n° 29 de la bibliothèque communale d’Amiens, qui est du xve siècle; il contient les Actes, les Épitres et l’Apocalypse. LeNouveau Testament tout entierse retrouve dans le petit manuscrit C 175 de Zurich ; mais le texte est moins pur. Il n’est peut-être pas antérieur au xve siècle. L’Apocalypse, dont toutes les notes sont empruntées à la Glose ordinaire et à la Glose interlinéaire, pourrait bien être en l'apport avec l’ancienne version normande telle qu’elle se trouve dans le manuscrit, de Trinity College. — 3° Le Psautier lorrain. — Il est représenté par quatre manuscrits : le premier, qui est incomplet, porte le n° 798 à la bibliothèque Mazarine; le deuxième, Harléien 4327, date de 1365 et présente quelques différences de langage; le troisième, fr. 9572, du xive siècle, contient un texte plus bref et sensiblement divergent; le quatrième, n° 189 de la bibliothèque d’Épinal, du xve siècle, n’a que les Psaumes de la pénitence, et son dialecte est beaucoup plus populaire et se rapproche davantage du patois lorrain. Même dans sa forme la plus simple, ce Psautier est une œuvre composite, qui se rattache tour à tour à un texte ou à un autre et souvent en juxtapose plusieurs sans choisir. En général, il ressemble fort au Psautier de Raoul de Presles, et, comme celui-ci, il se place à côté de la souche commune de la plus grande famille des Psautiers français. Aucun des manuscrits connus ne représente la forme primitive de cette compilation. Celle-ci, qui n’est pas déterminée, est à chercher en dehors de la Lorraine et semble n’avoir rien de commun avec le Psautier messin du xue siècle. La ressemblance frappante avec le Psautier de Raoul de Presles permet de chercher en France la source du Psautier lorrain , dont l’auteur n'aurait fait que changer le dialecte. Ce Psautier, avec les cantiques et les prières qui le suivent, a été édité deux fois, par F. Apfelstedt, Lothringischer Psaller, dans W. Fœrster, Altfranzôsische Bibliothek, t. iv, in-12, Heilbronn, 1881, et par F. Bonnardot, Le Psautier de Metz, t. i, in-12, Paris, 1885. — 4° Une version du Nouveau Testament, faite au xve siècle, nous a été conservée par un manuscrit de Louis de Bruges, fr. 907. C’est à peine un texte nouveau , car on constate à toutes les pages l’inlluence de la version du xme siècle, qui s’entrevoit, pour ainsi dire, par transparence à travers le style du rédacteur. — 5° Une traduction des Épitres de saint Paul, de la même époque, nous est parvenue dans un petit manuscrit de la fin du xve siècle, provenant de Mons et gardé à la bibliothèque royale de Bruxelles, n° 4619. Elle n’a rien de commun avec les anciens textes. — 6° Une dernière version picarde a peu d’intérêt; elle s’étend de la Genèse à la fin des livres des Rois et date de 1462. Elle existait en deux volumes à la bibliothèque du collège de Navarre, R. Simon, Critique de la Bibliothèque de Du Pin, t. i, 1730, p. 392-397, maintenant à la bibliothèque Mazarine, nos 630 et 631. Sur tout ce qui précède, voir S. Berger, La Bible française au moyen âge, in -8°, Paris, 1884.

V. Versions du xvie siècle. — 1° Traduction de Le Fèvre d’Étaples. — En 1523, l’imprimeur parisien Simon de Coünes publia, d’abord par parties, puis en un volume petit m-8°, une traduction anonyme du Nouveau Testament. Un ne peut douter que Jacques Le Fèvre d’Étaples n’en soit l’auteur. Il l’avait entreprise à l’instigation de deux princesses de France, Louise de Savoie et Marguerite d'Angoulême, et pour leur édification. Il ne s’était proposé que de revoir et de conférer avec le texte latin la Bible de Jean de Rély. De fait, il a traduit cependant quelques passages directement sur le texte grec. Néan-

moins il reste, en somme, fidèle à la Vulgate. La faculté de théologie de Paris avait censuré dès le 26 août 1523 la traduction des Évangiles, qui avait été imprimée le 8 juin précédent. Mais, grâce à la protection de François Ier, la version des autres livres du Nouveau Testament put être publiée avant la fin de la même année. Elle fut réimprimée souvent, et de 1524 à 1543 il en parut douze rééditions, tant à Bâle et à Anvers qu’à Paris même. En 1525 , Le Fèvre d’Étaples travaillait à traduire les Psaumes, et malgré bien des traverses il terminait en 1528 sa version de tout l’Ancien Testament. Elle parut à Anvers en sept parties successives, de 1528 à 1530, et en un volume in-folio, en 1530. Le Fèvre d’Étaples a traduit directement sur la Vulgate les livres historiques de l’Ancien Testament, qui n’avaient encore été imprimés que d’après la Bible historiée; mais pour le Psautier et les autres livres, il dépend dans une certaine mesure de la Bible de Jean de Rély, qu’il n’a fait que revoir. Ainsi donc Le Fèvre a fait disparaître le premier les gloses qui étaient restées jusqu’alors dans le texte des versions françaises de la Bible ; il a cherché à éclaircir le sens de beaucoup de passages, et à la fidélité de l’interprétation il a joint une certaine élégance de style. Une troisième et une quatrième éditions parurent en 1534 et en 1541, avec d’importantes corrections. Le texte y était révisé en plusieurs passages sur les originaux ; quelques phrases propres à la Vulgate étaient supprimées ou mises entre crochets. Comme certaines notes favorisaient le protestantisme, ces deux éditions furent mises à l’Index en 1546, et recherchées par ordre du duc d’Albe pour être détruites avec tant de soin, qu’il en reste à peine quelques exemplaires. Le Nouveau Testament fut plusieurs fois imprimé à part. R. Simon, Lettres choisies, 2e édit., in-12, Amsterdam, 1730, t. iv, p. 95-101 ; ld. , Histoire critique du Vieux Testament , Rotterdam, 1685, p. 332-333, et Histoire critique des versions du Nouveau Testament , Rotterdam, 1690, p. 325-329; Id., Critique delà Bibliothèque de Du Pin, Paris, 1730, t. i, p. 570-576, 726-729; E. Pétavel, La Bible en France, Paris, 1864, p. 66-83, 119-123; S. Berger, La Bible au .me siècle, Paris, 1879, p. 35-37; A. Laune, La traduction de l’Ancien Testament de Le Fèvre d’Élaples, Paris, 1895; P. Quiévreux, La traduction du Nouveau Testament de Le Fèvre d'Élaples, Paris, 1894; H. Graf, Jacobus Faber Stapulensis. Ein Beitrag fur Geschichte der Beformation in Frankreich , dans Niedner’s Zeitschrift fur hist. Théologie , t. xxn, 1852.

Deux théologiens de Louvain, Nicolas de Leuze et François van Larben, corrigèrent la version de Le Fèvre, la mirent d’accord avec la Vulgate et l’éditèrent in-folio, à Louvain, en 1550. Cependant quelques-unes de leurs corrections étaient empruntées à la Bible protestante d'Olivetan. La deuxième édition, faite en 1572, reproduit la première, sauf quelques améliorations de style et de nouveaux emprunts à Olivetan. Une troisième édition parut en 1578, avec une épître dédicatoire de Jacques de | Bay, dans laquelle il déclare avoir mis le plus grand soin i à donner une version fidèle de la Vulgate. La Bible de | Louvain fut réimprimée très souvent, à Anvers, à Lou- ! vain même, à Paris, à Rouen et à Lyon, et elle a eu de la vogue pendant plus d’un siècle dans tous les pays de langue française. Comme la Bible protestante de Genève, j dont nous allons parler, dépend de la version de Le Fèvre d’Étaples, on a cru longtemps que les docteurs de Louvain n'avaient fait que la reviser. On ne connaissait pas j alors les relations qui existent entre la Bible de Louvain ! et la version de Le Fèvre. La Bible éditée à Paris, en 1608,

| par Pierre de Besse (voir t. i, col. 1642), et dédiée à Henri IV; celle de Jean-Claude Deville, publiée en 1613,

| et celle de 1620, faite par Pierre Frizon, chanoine de j Reims, aussi bien que le Nouveau Testament, édité par I François Véron, Paris, 1647, ne sont que des révisions de ! la Bible de Louvain. R. Simon, Histoire critique des.

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

versions du N. T., p. 339 - 342 et 349-359; E. Pétavel, La Bible en France, p. 123-128 et 131-135.

2° Traduction d’Olivetan. — C’est la première version protestante en langue française. On l'appelle la Bible d’Olivetan du nom de son auleur, Pierre-Robert Olivetan, parent et compatriote de Calvin, ou Bible de Serrières , du nom de la localité où elle a été imprimée, en 1535, par Pierre de Wingle, dit Pirot Picard, aux frais des Yaudois du Piémont. Elle est intitulée : La Bible, qui est toute la Saincle escripture, en laquelle sont contenus le Vieil Testament et le Nouveau, translatez en Francoys; le Vieil, de Lébrieu, et le Nouveau, du Grec. Elle est accompagnée de nombreuses noies marginales, qui ont permis de se rendre un compte exact du travail du traducteur. Pour les livres protocanoniques de l’Ancien Testament, Olivetan a fait une œuvre nouvelle et indépendante. Il avait sans doute sous les yeux la version de Le Fèvre d’Étaples, dont on retrouve quelques traces; mais il n'y a pas trois versets consécutifs où il n’ait changé, contrôlé et corrigé quelque chose. Il se servait delà version latine de Santé Pagnino, imprimée à Lyon, en 1527; toutefois il ne la suit pas toujours et traduit lui -même directement l’hébreu avec une fidélité plus scrupuleuse encore que celle de son modèle. Les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament n’ont pas été traduits à nouveau. Olivetan s’est borné à reproduire, en la corrigeant très légèrement et très superficiellement, la version de Le Fèvre, d’après l’édition de 1530. Les différences sont peu nombreuses et peu importantes ; elles portent pour la plupart sur le choix de l’expression française et sur l'emploi des conjonctions ; un petit nombre de corrections critiques ont été faites d'après la Vulgate. De même, pour le Nouveau Testament, Olivetan n’a fait à la traduction de Le Fèvre que de rares corrections, non pas d’après le grec, mais seulement suivant la version latine d’Érasme. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Bevue de théologie, 3e série, t. ni, Strasbourg, 1805, p. 217-252; t. îv, 1866, p. 1-48 et 281-322; II. Grat, A qui l'Église réformée doit -elle sa première traduction française de la Bible ? dans Le Lien, n° du 15 juillet 1843.

On a prétendu longtemps que Calvin avait collaboré à la version d'Olivetan. Il parait démontré maintenant qu'il est seulement Fauteur des deux préfaces qui portent son nom, et que ce ne fut qu’après l’impression de la Bible qu’Olivetan pria Calvin, plus savant que lui en grec, de retoucher le Nouveau Testament. Calvin n’a donné suite à ce projet que plus tard. En attendant, Olivetan revit lui-même le Nouveau Testament, qui parut in-8°, en 1536; les Psaumes, publiés à Genève, in -8°, 1537, sous le pseudonyme hébraïque de Belisem de Belimakom, c’est-à-dire « anonyme d'utopie », et les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique, imprimés en 1538, par Jean Gérard. Une édition du Nouveau Testament parut encore à Genève, en 1538. Celle de l’année suivante, qu’on croit publiée à Zurich, et qui a pour marque l’épée flamboyante, est attribuée à des Gallards. Le Nouveau Testament et la Bible entière, dite de l’Épée, qui ont paru à Lyon, en 1540, ont été revus et corrigés par les prédicants de Genève. L’édition faite à Genève, en 1545, est la première à laquelle Calvin ait mis la main. On ne sait pas au juste la part qu'il a prise personnellement à cette œuvre de révision, qui en tout cas a été très rapide et peu approfondie. Voir col. 88. L’édition de 1553 contient une retouche plus foncière. Louis Budé avait révisé Job, les Psaumes et les ivres de Salomon; Théodore de Bèze, les deutérocanoniques de l’Ancien Testament, et Calvin, les autres livres de la Bible. Th. de Bèze et Calvin travaillèrent aussi au Nouveau Testament de 1560, dont on fit deux éditions ou tirages presque simultanés. Les Bibles de 1561 et de 1563 sont enrichies de notes plus ou moins abondantes, extraites des commentaires de Calvin par Nicolas des Gallards et Augustin Marlorat. La Bible française

I de Calvin a eu une édition critique dans les Opéra Calvini, t. lvi et lvii ( Corpus reformatorum, in-4°, Brunswick, 1897, t. lxxxiv et lxxxv), et à part.

Les pasteurs et les professeurs de Genève publièrent, en 1588, une révision delà Bible d'Olivetan, qu’ils avaient préparée en corps et à laquelle ils donnèrent une approbation officielle. Le principal reviseur était Bertram, voir t. i, col. 1636; ses collaborateurs se nommaient Th. de Bèze, Antoine de la Faye, Jacquemot, Rotan et Simon Goulart. Ils corrigèrent le texte d’Olivetan en beaucoup d'endroits, mais ils accordèrent trop de crédit aux interprétations rabbiniques. Us introduisirent le nom de « l’Éternel » partout où ils lisaient Jéhovah dans l'original. Ils firent quelques emprunts à la Bible de Castalion. L’œuvre de la « Vénérable Compagnie » de Genève eut une grande vogue parmi les protestants français, et elle fut souvent réimprimée à Lyon, à Caen, à Paris, à la Rochelle, à Saumur, à Sedan, à Charenton et à Niort. D'autres éditions, en plus grand nombre encore, parurent en Hollande et dans la Suisse française, notamment à Bàle. A noter celle d’Amsterdam, in-f° 1669, par les Des Marets, père et fils, à cause de sa beauté typographique et de ses notes nombreuses. Après la révocation de l’édit de Nantes, les réfugiés français publièrent la Bible de Genève dans plusieurs villes de l’Allemagne du Nord. R. Simon, Hist. critique du Vieux Test., p. 342-349; Id., Hist. critiq. des versions du N. T., p. 329-338 et 345-349; P. Coton, Genève plagiaire, ou vérification des dépravations de la parole de Dieu qui se trouvent es Bibles de Genève, in-f°, Paris, 1618; B. Turretin, Défense de la fidélité des traductions de la Bible faite à Genève, in-4°, Genève, 1619. La « Vénérable Compagnie » fit de nouvelles révisions de la Bible de Genève en 1693 et en 1712; mais les reviseurs se bornaient à remplacer quelques mots anciens par les mots nouveaux correspondants , et à remanier quelques phrases. Cédant aux instances du synode des Églises wallonnes, David Martin, pasteur à Utrecht, avait publié, en 1696, la traduction revisée du Nouveau Testament, et la Bible entière avec des notes et des préfaces, 2 in-f°, Amsterdam, 1707. Ses corrections portaient surtout sur le style. Cette révision fut adoptée par Charles Chaix dans son commentaire littéral, 1742-1777. Voir col. 503. Retouchée en 1736 par Pierre Roques, pasteur français à Bâle, elle est distribuée de nos jours encore sous le nom de Martin par les Sociétés bibliques, mais sans notes ni préfaces. En 1750, D. Durand, pasteur à Londres, revoyait encore le Nouveau Testament de Martin. Malgré ces retouches continuelles, la Bible d’Olivetan restait foncièrement la même et les divergences des éditions étaient purement extérieures. Son style demeurait toujours obscur, incorrect, terne et sans grâce. En 1721 , la « Vénérable Compagnie » chargeait une nouvelle fois une commission de revoir la Bible de Genève. La refonte du Nouveau Testament parut en 1726; les changements apportés au style sont assez notables pour que cette édition puisse passer pour une nouvelle version. Pendant tout le xvme siècle, le texte genevois fut le plus usuel et garda la prépondérance parmi les protestants français.

La Bible d’Olivetan subit une révision plus complète que toutes les précédentes de la main d Ostervald , pasteur à Neufchàtel. En 1724, Ostervald avait publié à Amsterdam La sainte Bible , accompagnée A Arguments et de Bë/Iexions, avec quelques modifications apportées au texte de Genève, 2 in-f°. Mais vingt ans plus tard, en 1744, il fit paraître une correction plus profonde du même texte. D'un bout à l'autre le style est remanié, mais il a perdu de sa force première , sans gagner en élégance. Les retouches portèrent aussi sur le sens et elles trahissent assez fréquemment une étude préalable soit de l’original soit surtout des commentateurs. Ostervald a retranché de la Bible de Martin ce qu’elle avait de dur, d’obscur et d’erroné. En 1771, la révision d Ostervald était

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revisée à son tour, mais subrepticement. Pour concilier les suffrages du plus grand nombre, on imprima le texte d’Ostervald, qui était plus clair que celui de Martin, avec les sommaires de ce dernier qu’on tenait comme plus conformes à la stricte orthodoxie protestante.

Cependant les pasteurs et professeurs de Genève variaient d'opinion au sujet de la nature des traductions de la Bible. Continuant d’appliquer les principes suivis dans la révision du Nouveau Testament de 1726, ils voulurent avoir une Bible digne des esprits cultivés, et ils s’efforcèrent de changer « le patois de Chanaan », comme ils disaient, en un langage plus conforme au dictionnaire de l’Académie. La pureté du style et l’élégance de la forme devinrent pour eux l’essentiel, et ils corrigèrent sous ce rapport la Bible de Genève. Le Nouveau Testament parut en 1802 et l’Ancien en 1805. Mais la clarté du texte et l’élégance furent obtenues au détriment de l’exactitude et de la fidélité. Ces défauts nuisirent à la diffusion de cette nouvelle édition , et les protestants orthodoxes lui préférèrent constamment la Bible d’Ostervald. Le succès de celle-ci alla croissant au début du xixe siècle. Tandis qu’à Montauban on révisait Martin et Boques sans le dire, en 1819, les Sociétés bibliques de Lausanne et de Neufchâtel publiaient, en 1822, une édition d’Ostcrvald « revue avec soin ». Elles la répandirent dès lors aussi bien que la réédition faite en 1836. Bonnet et Baup revisaient encore, en 1846, le Nouveau Testament d’Ostervald. En 1834, il se forma à Paris, sous le patronage de l’évëque anglican Luscombe, un comité dirigé par Matter et chargé de faire une bonne traduction française de la Bible. Les membres, qui étaient Rodolphe Cuvier, Sardinoux, Munk, Kreiss, Bartholmess, Pichard, Gerock, etc., se proposèrent de combiner Martin avec Ostervald , gardant l’exactitude de l'un et la clarté de l’autre. Après avoir corrigé et recorrigé leur texte, ils firent paraître, en 1842, un Nouveau Testament gigantesque, en même temps qu'une édition plus portative. Les frais de la publication étaient supportés par la Society for promoting Christian Knowledge de Londres. L’Ancien Testament parut en 1849. Bien qu’elle présentât de notables améliorations sur les révisions précédentes, la Bible de Matter n’a pas eu de succès. Une nouvelle édition in-16 a cependant été imprimée à Londres en 1864. Les Sociétés bibliques de France gardaient la Bible d’Ostervald, revue par Tune d’elles en 1824, et tenaient pour suspect tout essai de correction. Quand, en 1863, la majorité des membres résolut de répandre d’autres Bibles, la minorité opposante forma une nouvelle société qui conserverait exclusivement l’édition de 1824, réunissant le texte d'Ostervald aux sommaires de Martin. Or celle-ci a changé d’avis et a publié, en 1881, une révision d'Ostervald, faite sous ses auspices. Le Nouveau Testament a été revu à part. On a fait pour l’Ancien de nombreux emprunts à la version de Segond. Les corrections sont fort inégales et varient d’un livre à l’autre. Bien des fautes de français, reprochées à Ostervald, ont été conservées. Une autre Société biblique française publiait en 1861 une édition revue par M. Mackensie. Charles Frossard publiait en 1869 d’abord une révision du Nouveau Testement, réimprimée avec quelques nouvelles corrections, in-4°, Paris, 1880. Enfin, un synode réformé, sous la direction de Bersier, a commencé une révision scientifique du texte traditionnel. Les Psaumes ont paru en 1893, et le Nouveau Testament en 1894. E. Pétavel, La Bible en France, 1864, passirn ; O. Douen, Coup d’œil sur l’histoire du texte de la Bible d’Olivetain, 1535-1560, dans la Bevue de théologie et de philosophie de Lausanne, 1889.

3° Traduction de Castalion. — Sébastien Castalion ou Chateillon, étant à Genève, travaillait dès 1544 à un Nouveau Testament français. En 1550, lorsqu'il eut terminé sa traduction latine de la Bible, il reprit sa version française intitulée : La Bible nouvellement translatée avec la suite de l’histoire depuis le teins d'Esdras jusqu'aux

Maccabées , et depuis les Maccabées jusqu’à Christ : item avec des Annotations sur les passages difficiles, in-f°, Bàle , 1555. Pour combler la lacune historique qui existe entre l’Ancien et le Nouveau Testament, Castalion a inséré dans sa version des extraits de Josèphe. La ve; sion française des livres bibliques n’est pas, comme il est dit, col. 341, une simple traduction de la version latine, publiée par Castalion en 1551; elle a été faite directement sur l’hébreu et sur le grec. Les deux versions diffèrent l’une de l’autre dans un certain nombre de passages. Castalion avait aussi sous les yeux la traduction d’Olivetan et sa révision de 1553; mais il en est à peu près complètement indépendant. Ayant principalement en vue les « idiots », c'est-à-dire les ignorants, il a usé « d’un langage commun et simple, et le plus entendible » qui lui a été possible. Il s’est donc attaché plus au sens qu'aux mots de l’original, et pour l’exprimer, il a choisi le terme populaire, usuel, employé alors par les gens du commun. Toutes les fois qu'il n’a pas trouvé de mot propre, il a recouru à des équivalents qu’il forgeait de toute pièce. Ainsi il a remplacé holocauste, qu'un « idiot» n’entend ni ne peut entendre, par brûlage, cène par soupper, etc. Ces néologismes sont groupés à la fin de sa Bible dans une Déclaration de certains mots, rangés alphabétiquement. Le souci de rendre exactement la pensée biblique dans un français intelligible donne à la phrase une tournure dégagée, claire et vive. Castalion construit des périodes entières, en liant les membres de phrase qui sont isolés dans le texte. Le style est bref, précis, nerveux et vibrant. Malheureusement l’auteur est tombé souvent dans un réalisme grotesque; il habille les vieux patriarches des costumes de son temps et altère ainsi la physionomie de l’original, et la langue ne vaut pas le style. Castalion a employé le patois de la Bresse et a mêlé le trivial au populaire, les mots hors d’usage à ceux du dialecte courant. Henri Estienne lui a reproché de parler le « jargon des gueux », et les éditeurs du Nouveau Testament de Genève de 1560 l’ont condamné comme un « instrument choisi de Satan pour amuser tous les esprits volages et indiscrets » et l'ont accusé d’ignorance et de témérité effrontée qui expose l'Écriture sainte en risée. La Bible de Castalion n'a pas exercé une grande influence, et les nombreux reviseurs de la Bible de Genève se sont contentés de lui faire quelques emprunts. Les protestants modernes l’apprécient davantage. Malgré ses lacunes, ses inégalités et ses hardiesses malheureuses, ils la proclament la première traduction vraiment française et vraiment moderne de l’Écriture Sainte. F. Buisson, Sébastien Castellion, Paris, 1892, t. i, p. 323-334 et 415-436.

4° Version de René Benoist. — Un docteur de Sorbonne, René Benoist, qui ne savait ni l’hébreu ni le grec, s'avisa de publier une version française de la Bible. 11 se borna à changer quelques mots à la Bible de Genève ; mais ses imprimeurs ne tinrent pas compte de toutes ses corrections et laissèrent des termes protestants, entre autres celui de Cène, qui trahirent l’origine de l’ouvrage. Imprimée en 1566, 3 in-P, cette Bible fut censurée par la Sorbonne l’année suivante. Elle fut cependant réimprimée à Paris en 1568, et à Anvers en 1571 , avec une Apologie, à laquelle Benoist déclara plus tard avoir été étranger. Il fut exclu de la Sorbonne, le 1er octobre 1572, et la censure de sa Bible fut approuvée par un bref apostolique de Grégoire XIII, le 3 octobre 1575. Benoist dut se soumettre en 1598 et signer sa rétractation, avant de commencer les fonctions de doyen, pour lesquelles il venait d’être désigné. Voir Benoist 3, t. i, col. 1602. Cf. C. Duplessis d’Argentré, Collectio judiciorum de novis erro- | ribus, Paris, 1728, t. n , la pars, p. 392-398, 404-411, 425-442 et 533-535.

VL Versions du xvii® siècle. — /. catholiques. — 1° Jacques Corbin, avocat au Parlement de Paris, publia une version française qu’il avait entreprise sur la Vulgate par ordre de Louis XIII, 8 in-16, Paris, 1643 et 1661.

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Les docteurs de la Faculté de Poitiers avaient concédé une approbation, refusée par ceux de Sorbonne. Ils déclarent la traduction « très élégante, très littérale et très conforme » à la Vulgate. R. Simon, Hist. critiq. des versions du N. T., p. 353, dit au contraire qu’elle est « rude et barbare dans les expressions ». — 2° Michel de Marolles, abbé de Villeloin , lit imprimer : Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ , Paris, 1640. Il avait fait sa traduction sur le grec, ou pour mieux dire sur la version latine d'Érasme. Il ne suit pas toujours son guide et se rapproche le plus qu’il peut de la Vulgate. Sa traduction a été rééditée en 1653 et en 1655 avec quelques corrections, et encore en 1660. L’abbé de Villeloin avait entrepris aussi une version de l’Ancien Testament et il était parvenu dans le travail de l’impression au chapitre xxm du Lévitique, en 1671, lorsque le chancelier Seguier retira le privilège donné par Matthieu Molé, son prédécesseur. On reprochait surtout à Michel de Marolles d’avoir joint à sa traduction des notes d’Isaac de la Peyrère, son secrétaire. — 3° Le père Denis Amelote, de l’Oratoire, traduisit le Nouveau Testament sur la Vulgate, et sa version parut pour la première fois, 3in-8°, Paris, 1666-1670. L’auteur, qui était bien préparé à ce travail par ses études critiques antérieures, recourut au texte grec afin de mieux rendre la Vulgate. Sa traduction est lidèle et assez élégante; les mots ajoutés pour éclaircir le sens sont imprimés entre crochets. Les éditeurs d’Arnauld prétendent « que sa traduction, du moins celle des quatre Évangiles, n’était autre que celle de Port- Royal , déguisée seulement par quelques légers changements, qui avaient peu coûté à leur auteur ». Œuvres, in-4°, Paris et Lausanne, 1776, t. vi, préface historique et critique, p. 5. Elle a été plusieurs fois réimprimée voir t. i, col. 474), et Félix NelT la trouvait, vers 1820, entre les mains des protestants des Hautes-Alpes. — 4° Antoine Godeau , évêque de Vence , joignit au texte latin de la Vulgate une Version expliquée du Nouveau Testament, 2 in-8°, Paris, 1668. Elle tient le milieu entre une traduction littérale et une paraphrase. Godeau a traduit purement et simplement les passages faciles à comprendre; mais il a ajouté quelques mots d’éclaircissement aux endroits obscurs, et il a ménagé les liaisons. Il suit d’ordinaire et d’assez près la Vulgate, quoique parfois il donne la préférence au texte grec. 11 a adopté le tutoiement en usage chez les protestants. Le texte français revu a paru dans une seconde édition, in-12, Paris, 1671. R. Simon. Ilist. critiq. des versions du N. T., p. 389-395. — 5° Le jésuite Dominique Rouhours, avec l’aide des PP. Besnier et le Tellier, a donné une traduction lidèle et élégante du Nouveau Testament, 2 in-12, Paris, 1097-1703. Voir t. i, col. 1891. D’autres éditions virent le jour à Paris en 1704, 1708 et 1709. Le P. Lallemant l’adopta dans ses Réflexions spirituelles sur le Nouveau Testament , 8 in-12, Paris, 1709-1712. Elle a été réimprimée avec les corrections de l’abbé Herbet, Paris, 1818, 1800 et 1806. L’abbé Rambouillet a revu et annoté la traduction des Saints Évangiles , in-12, Paris, 1888. — 6° Le Nouveau Testament de Mons et la Bible de Sacy. Les solitaires de Port -Royal voulurent donner au public une version de l’Écriture, plus exacte, plus claire et d'un meilleur style que celles qui existaient alors. Avant 1657, Antoine Le Maistre avait déjà traduit sur la Vulgate les Évangiles et l’Apocalypse. Son frère, Louis -lsaac Le Maistre, plus connu sous le nom de Sacy, et Antoine Arnauld avaient corrigé le manuscrit. Pour compléter ce travail , Arnauld traduisit sur le grec les autres livres du Nouveau Testament. lsaac revit d’après le texte original la traduction faite auparavant par son frère. Les autres solitaires, sous la direction d’Arnauld, confrontaient et revisaient le texte français sur l’original, les versions anciennes et les commentaires des Pères. Interrompue en 1660, cette version fut reprise eu 1065. Quand elle fut achevée, on demanda la permis-

sion d’imprimer qui fut refusée par le chancelier Seguier. Avec l'autorisation de l’archevêque de Cambrai, la nouvelle version fut imprimée à Amsterdam, par les Elzévier pour le compte de Gaspard Migeot, libraire de Mons: Le Nouveau Testament de Nostre-Seigneur Jésus-Christ traduit en françois selon l’édition Vulgate, avec les différences du grec, 2 in -8°, 1667. Elle obtint un grand succès. A Paris, on en vendit cinq mille exemplaires en quelques mois. Il y en eut cinq éditions dans le cours de cette même année, et quatre l’année suivante. Elle fut violemment attaquée par plusieurs personnes, et Arnauld en prit plusieurs fois la défense. Voirt. i, col. 1018-1019. Elle fut condamnée, le 18 novembre 1667, par Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, et par les papes Clément IX en 1668, et Innocent XI en 1679. Ces condamnations étaient justifiées par la témérité de certaines interprétations et par les divergences d’avec la Vulgate. Néanmoins on continuait à l'imprimer et à la répandre. Le P. Quesnel y joignit ses Réflexions morales, qui furent condamnées par Clément XI, le 13 juillet 1708 et le 8 septembre 1713. Cf. Duplessis d’Argentré, Collectio judiciorum, Paris, 1736, t. ni, 2a pars, p. 461-476. Les Œuvres d’Arnauld, Paris et Lausanne, 1776, t. vi, ont reproduit la vingt- cinquième édition, revue et corrigée par Arnauld et imprimée à Mons, en 1684. Cf. R. Simon, Ilist. critiq. des versions du N. T., p. 396-483. Une édition, corrigée par C. Huré, a paru avec notes, 4 in-12, ou sans notes, in-12, Paris, 1703. lsaac Le Maistre, enfermé à la Bastille, le 13 mai 1666, eut l'idée d'entreprendre la traduction de l'Ancien Testament. Quand il fut rendu à la liberté, le 1er novembre 1668, son œuvre était achevée. Le privilège nécessaire à l’impression ne lui fut accordé qu’à la condition qu’il joindrait des notes à la traduction. Commencée en 1672 par le livre des Proverbes, l’impression ne fut achevée qu’en 1695, après la mort de Sacy. La première édition compte trente volumes in -8°. Les explications ne sont pas toutes de la main du traducteur, elles furent continuées par Du Fossé et achevées par Iluré et Thouret de Sainte -Catherine. Elles exposent le sens littéral et spirituel et sont tirées des saints Pères; mais elles sont sèches et froides comme tous les écrits des jansénistes. La traduction elle-même, qui est faite sur la Vulgate, n’est pas toujours assez littérale; elle vise plus à la clarté et à l’élégance qu’à la fidélité. De toutes les versions françaises, elle est la plus pure au point de vue du langage, et la mieux écrite. Pour le Nouveau Testament, ce n’est que la version de Mons, retouchée et corrigée dans la plupart des passages qui avaient été critiqués. La Bible de Sacy a été très souvent réimprimée avec ou sans notes, seule ou accompagnée du texte latin de la Vulgate. Dom Calmet l'a adoptée dans son Commentaire littéral (voir col. 73-74), et le P. de Carrières y a joint sa paraphrase reproduite dans la Bible d’Avignon et la Bible de Vence (voir col. 323-324) et dans les Bibles publiées au xixe siècle par les abbés Sionnet et Drioux. L’abbé de Beaubrun donna une bonne édition de la version de Sacy, 3 in-f°, Paris, 1717. Elle a été revue et retouchée par Nicolas Legros dans la Bible dite de Cologne, dont la première édition date de 1739 et n’a point de notes. Cette révision a été complétée plus tard de telle sorte que tous les livres ont été traduits sur les originaux avec les différences de la Vulgate, 5 in-18, Cologne, 1753. La première édition a été reproduite, in-8u, Paris, 1819. Au xixe siècle on a imprimé de belles éditions illustrées de la totalité ou d’une partie de la Bible de Sacy. Elle a été revue par l’abbé Jager, in-8°, Paris, 1840, par l’abbé Delaunay, 5 in-4°, Paris, 1860, par l'abbé Jacquet, 2 in-12, Paris, 1875, et pour les Évangiles par l’abbé L. Verret, in-12, Paris. Depuis 1816, les Sociétés bibliques elles- mêmes l'ont répandue dans des éditions de divers formats et de diverse étendue. Enfin M. Fillion l’a adoptée, en la retouchant, dans La Sainte Bible commentée, 6 in-8» pour l’Ancien Testament,

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Paris, 1888-1898, et dans !es Saints Evangiles, in-12, Paris, 1896. Voir Pozzy, La Bible et la version de Le Maistre de Sacy ; E. Pétavel, La Bible en France, p. 139-161. Cf. Analecta juris pontificii, Rome, 1857, col. 38-70.

u. protestantes. — 1. Jean Diodati traduisit la Sainte Bible en italien et en français. La version française, in-f°, Genè've, 1644, fut goûtée de quelques personnes, parce qu’elle était plus claire que la Bible de Genève; mais on lui reprocha de paraphraser le texte et d’ètre parfois incorrecte. Elle ne prévalut donc pas et ne fut qu’une tentative individuelle pour mieux interpréter l'Écriture. Voir col. 1438. — 2. Jean Daillé et Valentin Conrart publièrent, en 1669, une traduction française du Nouveau Testament, dans laquelle ils avaient mis à profit les versions de Mons et d’Amelote. Mais leur édition fut immédiatement censurée par le synode provincial tenu à Charenton au mois de mars 1669.

VII. Versions du xvme siècle. — /. catholiques. — 1° Richard Simon, qui, en 1676, avait communiqué à Claude, ministre de Charenton, un plan ou projet d’une nouvelle version de la Bible ( Histoire critique du Vieux Testament , Rotterdam, 1685, p. 352-371) et avait accepté de revoir sa traduction (Lettres choisies, 2e édit., Amsterdam, 1730, t. m, p. 267-291), publia à Trévoux, sous le voile de l’anonyme, en 1702, une traduction du Nouveau Testament. Le célèbre critique ne fut pas fidèle aux principes qu'il avait exposés et il ne rend pas toujours le texte avec exactitude. Sa version fut condamnée par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. Bossuet écrivit deux Instructions pastorales, dans lesquelles il accusait, non toutefois sans quelque exagération, Richard Simon de favoriser le socinianisme par ses interprétations et ses commentaires. Œuvres complètes, Besançon, 1836, t. vii, p. 90-187. Cf. R. Simon, Lettres choisies, t. m, p. 291-320; J. Denis, Critique et controverse , ou Richard Simon et Bossuet, Caen, 1870, p. 49-54. Le Nouveau Testament de Trévoux a été traduit en anglais par W. Webster, en 1730. — 2° Bossuet a été plus heureux que R. Simon dans ses essais de traductions bibliques, et il a mieux réussi à rendre exactement le texte sacré, L’Apocalypse avec une explication, in-8°, Paris, 1689, voir 1. 1, col. 1865, Le Cantique des cantiques de Salomon, 1695. H. Wallon a mis en ordre Les Saints Evangiles, traduction de Bossuet, in-8°, Paris, 1855, 2 in -8°, Paris, 1863; édit, illustrée, 2 in-f°, Paris, 1873. Sur Bossuet, traducteur de la Bible, voir R. de la Broise, Bossuet et la Bible, in-8°, Paris, 1891, p. 1-37, et t. i, col. 1865. — 3° Dom Jean Martianay, de la Congrégation de Saint-Maur , publia Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en français sur la Vulgate, avec des explications littérales, 2 in-12, Paris, 1712. — 4° Matthieu de Barneville publia sous le voile de l’anonyme : Le Nouveau Testament traduit en français sur la Vulgate, in-12, Paris, 1719. Il y en eut plusieurs éditions que l’auteur distribuait à bas prix ou gratuitement, au moyen d’avances faites par des personnes aisées. Voir t. i, col. 1467. — 5° De Mésenguy nous avons Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en français, avec des notes littérales pour en faciliter l'intelligence , in-12, Paris, 1752, et 1754. Cette version est peut-être la plus remarquable de toutes celles qui ont été faites sur la Vulgate; elle est plus simple, plus littérale et en même temps plus élégante que celle de Sacy. Les notes sont généralement plus instructives. Silvestre de Saci l'a fait entrer, mais sans les notes, dans sa Bibliothèque spirituelle. — 6° Signalons enfin la traduction du Nouveau Testament par l'abbé Valart, imprimée en 1760 et réimprimée en 1860.

u. protestantes. — 1° Jean Le Clerc fit paraître un Nouveau Testament en français, in-4°, Amsterdam, 1703. Cette traduction, qui favorisait les erreurs arminiennes dont son auteur était infecté, ne fut pas employée en France; elle se répandit uniquement parmi les Réfugiés français en Hollande et en Allemagne. — 2° Charles Le DICT. DE LA CIDLE.

Cène, publia un Projet d’une nouvelle version française de la Bible, in -8°, Rotterdam, 1696. Il y indiquait deux mille changements à faire à la Bible de Genève. La Sainte Bible, nouvelle version française , à laquelle il travailla toute sa vie, fut imprimée par son fils, libraire à Amsterdam, in-f°, 1741. Bizarre, inexacte et paraphrasée, cette traduction, qui n’avait pas même le mérite du style, favorisait les erreurs sociniennes et pélagiennes. L’auteur falsifiait les textes dans l’esprit de sa secte. Aussi sa Bible fut- elle condamnée dans un synode français de Hollande. O. Douen, dans Y Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtemberger, t. vm, Paris, 1880, p. 50-55. — 3° Isaac Beausobre et Jacques Lenfant collaborèrent au Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus - Christ, traduit en français sur l'original grec, avec des notes littérales pour éclaircir le texte, 2 in-4°, Amsterdam, 1718. Le premier volume, qui comprend les Évangiles et les Actes, est l'œuvre de Lenfant; le second, qui contient les autres livres , est l’œuvre de Beausobre, au moins pour les épîtres de saint Paul. La traduction est faite avec indépendance et une connaissance parfaite de la langue grecque; on lui a reproché de manquer de fraîcheur. Le texte sacré est divisé en paragraphes qui donnent un sens complet; les notes en expliquent toutes les difficultés. Cette version a été adoptée par les protestants français réfugiés à l’étranger; aussi a -t- elle été réimprimée en Allemagne et en Suisse, 1736, 1741, avec la traduction allemande de Luther, Bâle, 1746. Voir t. i, col. 1532.

VIII. Versions du xixe siècle. — i. catholiques. — 1° Versions complètes. — E. de Genoude, Sainte Bible traduite d’après les textes sacrés, avec la Vulgate, 20 in-8°, Paris, 1821-1822; 2“ édit., 1828; 3e édit., 3 in-8°, 1841, revue par l'abbé Juste; 4e édit., 5 in -4», 1858; édition diamant, in-12, Paris, sans date (n’a pas de notes). Cette traduction, qui est coulante et élégante, fourmille d'inexactitudes et de contresens. — J.- B. Glaire, après avoir traduit sur le texte hébreu la Genèse et l’Exode , Thorath Mosché, le Pentateuque, 2 in-8°, Paris, 1836-1837, a fait une version complète de la Bible sur la Vulgate. Le Nouveau Testament, qui a paru d’abord, a été approuvé le 22 janvier 1861 par la Congrégation de l’Index. La Bible entière a été imprimée pour la première fois, 4 in -18, Paris, 1871-1873. Les dernières éditions ont été enrichies de notes nouvelles par M. Vigouroux , qui reproduit aussi la version de Glaire dans La Sainte Bible polyglotte, commencée en 1898. On a publié à part Le Nouveau Testament et Le livre des Psaumes. Cette version est très exacte, mais trop littérale et par suite un peu lourde et obscure. — J. -J. Bourassé et P. Janvier, La Sainte Bible, traduction nouvelle selon la Vidgale, 2 in-f°, Tours, 1865; 5e édit., 1893. Les Saints Évangiles ont été imprimés à part, in-8°, Tours, 1868, et Le Nouveau Testament, 1885. Cette traduction se distingue par la clarté et la limpidité du style. Voir t. i, col. 1894- 1895. — L’abbé Bayle avait entrepris une traduction nouvelle qui est restée inachevée. La Sainte Bible avec commentaires, éditée par Lethielleux, reproduit la version de l’Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome, des autres livres historiques de l’Ancien Testament, de Josué aux Paralipomènes, d'Isaïe et de Jérémie et du Nouveau Testament tout entier. Voir t. i, col. 1526. — L’abbé Arnaud, curé d’Ollioules, La Sainte Bible, traduction française seule, avec commentaire, 4 in -8° Taris, 1881. Des livres ont été édités à part avec ou sans le texte latin. Cette version est simple et élégante. — F. P. Vivier, La Bible, Ancien et Nouveau Testament , texte de la Vidgale, avec traduction et commentaires, 6 in-8° Paris, 1892-1893 (jusqu’à Ézéchiel inclusivement). — L’abbé Crampon, qui avait publié une traduction nouvelle des Évangiles, en 1864, des Actes, en 1872, de tout le Nouveau Testament, en 1885, et des Psaumes, en 1889, d'après la Vulgate, avait achevé, avant de mourir, une

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