C. SOMMERVOGEL
DÉ. Petit objet de forme ordinairement cubique, portant marqué sur chacune de ses six faces un nombre différent de points, depuis un jusqu’à six. Dès une très haute antiquité ils servent à divers jeux de hasard ; on les employait aussi à consulter le sort.
1° L’Égypte a connu les dés : un certain nombre de spécimens ont été trouvés dans les tombeaux et figurent dans les divers musées. Celui du Louvre en possède un en ivoire, où les nombres sont représentés par des points
4S3. — Dés égyptiens. Musée du Louvre.
noirs (fig. 483). Sur un autre des trous remplacent les points, et la forme rappelle celle de deux pyramides réunies par la base. Plusieurs de ces dés n’ont pas toutes les faces planes; quatre d'entre elles sont bombées. La question est de savoir si ces spécimens sont vraiment antérieurs à l’époque grecque : cependant il parait difficile de nier l'existence de dés semblables à l’époque pharaonique. P. Pierret, Dictionnaire d’archéologie égyptienne, in-12, Paris, 1875, p. 183; Wilkinson, The Manners of ancien t Egyptians , t. ii, p. 62. — On sait que les Perses étaient passionnés pour les jeux de hasard. Hérodote, ni, 128. Rien d étonnant donc qu’on ait trouvé un dé dans les
ruines de 1 acropole de Suse. « Au nombre des objets découverts dans les fouilles profondes du Memnonium, dit M. Dieulafov, L’acropole de Suse, in -4°, 1892, p. 362, se trouve un prisme quadrangulaire ayant un centimètre de côté et quatre et demi de haut. Sur les faces rectangulaires, on a gravé au moyen de points des nombres
différents : un, — deux, — cinq, — six » (fig. 484). Il est conservé aujourd’hui au Musée du Louvre. — Les Phéniciens ont très probablement connu les dés. Dans une de leurs colonies, à Carthage, il en a été trouvé un dans une tombe punique, remontant au vie siècle avant notre ère (fig. 485). C’est un cube d’ivoire verdâtre, lisse et doux au toucher, ne mesurant que six millimètres de côté.
4S5. — Dés puniques. Musée Saint -Louis, îi Carthage.
Les arêtes et les angles sont fortement émoussés par l’usage qui en a été fait. Les nombres sont figurés par des points très petits, régulièrement pratiqués à l’aide d’un instrument très aigu. Le nombre deux est opposé à l’as, le nombre quatre au nombre trois, et enfin le nombre six au nombre cinq. — D’autres dés à jouer, mais beaucoup moins anciens que le précédent, ont été trouvés j à Carthage, dans une urne funéraire romaine , datant du 1er ou IIe siècle de notre ère. Ils sont en ivoire, deux et trois fois plus grands que le dé de l’époque punique. Leur dimension varie entre onze et seize millimètres de côté. Les nombres sont marqués par des cercles ou des doubles cercles concentriques avec point central, tracés en creux (fig. 486). Les dés romains diffèrent encore du dé punique en ce que le nombre six est toujours opposé à l’as, et le nombre cinq au nombre deux. On trouve aussi dans ces sépultures des dés en os, en corne et même en marbre. Ces derniers spécimens, trouvés à Carthage, nous montrent