FUMÉE
FUNÉRAILLES
dile, Job, xli, 12; les bêtes au moyen desquelles Dieu effrayait les Egyptiens idolâtres, Sap., xi , 19; les chevaux malfaisants de l'Apocalypse, ix, 17, 18. Cette vapeur que les animaux lancent ainsi, cf. Martial, vi, 21, 8, étant un signe de colère, la comparaison est étendue jusqu'à Dieu. La colère de Dieu « fume » contre ceux qui transgressent sa loi.'' Dent., xxix, 20. Quand Dieu irrité apparaît pour châtier les ennemis du juste,
La fumée s’élève dans ses narines
Et le feu dévorant sort de sa bouche.
Ps. xvii ( xvm ) , 9. De même, pour décrire la colère de Dieu contre son peuple, le Psalmiste dit encore : « Ton nez fume contre le troupeau de ton pâturage. » Ps. lxxiii (lxxiv), 1. — Sur le mot 'âsàn devenu nom propre, voir Asan, t. i, col. 1055. H. Lesètre.
FUMIER ( liébi ■eu : doméa, madmênâh, ’aspôt; chaldéen : nevâli; Septante : xoTipîa; Vulgate : stercus , sterquilinium) , amas de détritus principalement formés de paille pourrie et de déjections des animaux. — 1° Le fumier est étendu à la surface des champs pour les fertiliser. Le sel affadi ne serait pas même bon à être mêlé au fumier. Luc., xiv, 35. A côté du tas de fumier se trouvait quelquefois une mare à fumier ou fosse à purin, dans laquelle se déversait le liquide provenant du fumier. Parfois la paille trempait dans cette mare et y était macérée par les pieds des animaux qui y passaient et par l’action du liquide. Isaïe, xxv, 10, dit que Moab sera trituré comme dans une mare à fumier, dans laquelle il cherchera en vain à nager pour se sauver. Le fumier s’appelle ici madmênâh, mot qui n’est employé qu’en cet endroit, et que Symmaque et la paraphrase chaldaïque traduisent par « boue », nrpôz, tinâ'. Au lieu de namo, les Septante et la Vulgate ont lu rosia, mérkâbâh, agaÇa, plaustrum, lourd chariot à porter des fardeaux. Saint Jérôme, In Isaiam,\ui, 26, t. xxiv, col. 292, explique que le prophète fait ici allusion à un usage oriental. « A cause de la rareté des prairies et du foin, on fait subir une préparation à la paille pour la nourriture des animaux. On a des chariots ferrés qui font tourner des roues centrales armées de dents pour broyer le chaume et le réduire en menue paille. » Mais ce sens ne parait pas être celui du texte primitif. Tout d’abord, en hébreu le chariot se nomme 'âgdldh, voir Char, col. 590, et, dans les endroits où il est employé, le mot mérkâbâh ne désigne jamais le chariot, mais soit le char de parade, Gen., xli, 43; xlvi, 29; I Reg., vm, 11 ; Il Reg., xv, 1, etc., soit surtout le char de guerre. Exod., xv, 4; Joël, ii, 5; Mieh., v, 9, etc. Ensuite la traduction des Septante et de saint Jérôme laisse de côté le mot maïm, « eau, » qui se lit en hébreu avant madmênâh. Enfin, l’idée de natation, qui suit immédiatement, appelle beaucoup plus naturellement celle de mare que celle de chariot. — 2° Le roi de Babylone menace de réduire en fumier, nevâli, la maison de ceux qui résisteront à sa volonté. Dan., n, 5; ni, 29. Les maisons chaldéennes étaient ordinairement construites en briques crues, formées d’argile et de paille, dont les différentes assises étaient assez souvent séparées par un lit de paille ou de joncs. Voir t. i, col. 1930; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, Paris, 1895, t. I, p. 624, 625. Quand on renversait ces maisons, les décombres formaient un mélange que la pluie délayait, entraînant une partie de l’argile à l’état de boue, pourrissant la paille et les joncs, et ne laissant bientôt plus sur le sol qu’un tas de fumier. — 3° Les fumiers, accumulés auprès des endroits habités, ont donné leur nom à une porte de Jérusalem, Sa'ar hà-aspôt, porta stei'quilinii, Il Esdr., n, 13, et à différentes villes, Damna (dirnnâh), Jos., xxi, 35; Medemena (madmannâh) , Jos., xv, 31; (madmênâh), Is., x, 31, et Madmên, nommée seulement en hébreu. Jer., XLViii, 2. Voir ces mots. Sur le fumier de Job, il, 8, voir
Cendre, col. 407, 3°. — 4° Le fumier est une chose basse et vile. « Embrasser le fumier, » Lam., iv, 5, s’y attacher comme à son dernier refuge, cf. Job, xxiv, 8, c’est être réduit à la plus extrême misère. « Élever du fumier un pauvre, » I Reg., n, 8; Ps. cxm (cxiv), 7, c’est le tirer de la plus infime condition. — 5° On dit d’un cadavre abandonné sans sépulture qu’il est « comme un fumier à la surface du champ ». Ps. lxxxiii (lxxxii), 11 ; IV Reg., ix, 37; Jer., vm, 2; ix, 22; xvi, 4; xxv, 33.
IL Lesètre.
FUNERAILLES, ensemble des rites et cérémonies qui s’observent aux obsèques. Le terme latin funus, qui désigne la cérémonie des funérailles et, dans un sens large, l’ensemble des rites observés depuis le décès jusqu'à l’inhumation, ne se rencontre que deux fois dans la Vulgate, Gen., xxm, 3, et Num., vi, 7 (plus une fois res funebris, Deut., xxvi, 14), et encore répond-il au mot « mort » du texte hébreu. On se sert habituellement du terme sepelire et du grec Ôxuteiv, traduction de l’hébreu qâbar, pour exprimer d'une façon générale l’ensemble des cérémonies des funérailles. Gen., xxm, 4, 6, 8, 11, 13, 19; xxv, 9; xxxv, 8, 29, etc.
1. En Égypte. — Les jours de l’embaumement ont pris fin, et la momie est rentrée dans sa maison; durant tout ce temps et quelques jours encore, jusqu’au moment fixé pour les funérailles, la famille du défunt est demeurée dans le deuil. Voir Embaumement et Deuil. La momie est exposée sur le lit funèbre, sous lequel sont disposés les I vases canopes renfermant les entrailles; les parents et les amis convoqués se sont réunis tout autour; la famille par des lamentations et des scènes déchirantes semble vouloir retenir le défunt; mais l’heure est venue pour lui de quitter sa demeure terrestre, pour aller rejoindre « la demeure éternelle » qu'il s’est préparée avec tant de sollicitude durant sa vie mortelle. C’est « le matin d'aller cacher sa tète dans la vallée funéraire », comme s’expriment les textes (Papyrus de Boulaq, n° IV, pl. xvii, 13-15); le cortège se met en marche. En tête, une longue lile de serviteurs, simplement vêtus, portent le mobilier funéraire et les offrandes. Les peintures des hypogées nous représentent sous des formes variées le transport de ces objets, qui doivent meubler la dernière demeure et rester à l'usage du kha ou double qui y séjourne. Vient ensuite le cortège funèbre proprement dit. C’est d'abord un groupe de pleureuses donnant des signes apparents d’une violente douleur ou chantant les louanges du mort, comme les præ/icæ dans les convois des personnes riches, à Rome. Les peintures funèbres les représentent dans des costumes et des attitudes variés. Le catafalque, sorte de grand coffre ornementé cachant la momie aux regards et placé sur une barque, la barque d’Osiris aux deux pleureuses, Isis et Nephthys, s’avance lentement sur un traîneau tiré par des bœufs, aux côtés desquels marchent leurs conducteurs. En avant du catafalque, un esclave répand sur le sol des gouttes de lait, et un prêtre vêtu de la peau de panthère offre l’encens ou asperge la foule d’eau parfumée. Derrière le traîneau, on voit dans certaines peintures la femme du défunt dans l’attitude de la douleur; près d’elle s’avance un groupe de pleureuses, et le groupe des parents et amis en costume d’apparat ferme la marche.
Le convoi, traversant les rues de la cité, arrivait au tombeau, ou bien comme à Thèbes descendait au bord du lleuve et le traversait sur une flottille de barques peintes. Cette traversée était le symbole du voyage vers Abydos, que certains avaient la dévotion de faire en réalité. Arrivé en face de la dernière demeure, on dressait la momie sur ses pieds. Un prêtre, un sam, la peau de panthère sur l'épaule, offre de l’encens, un autre des libations. Un troisième, armé de l’instrument symbolique appelé nou (fig. 647, col. 2207), commence la cérémonie mystique de l’ouverture de la bouche; le herheb, un rouleau à la main, récite plusieurs formules, qu’on peut lire
FUNÉRAILLES
dans le Rituel des funérailles. E. Sehiaparelli, SI libro dei funerali, Turin, 1882, p. 28-53. Pendant ce temps, la femme du défunt, comme dans la figure 702, embrasse une dernière fois la momie et témoigne son inconsolable douleur. Le groupe des pleureuses se tient derrière les prêtres et fait entendre des lamentations et des cris déchirants. Enfin, les cérémonies achevées, deux hommes saisissent la momie et la descendent dans le puits funéraire, avec les amulettes protectrices, les provisions destinées à la nourriture, les objets variés à l'usage du kha ou double dans sa vie souterraine , apportés par le cortège. Car le défunt continue une existence obscure, analogue à son existence antérieure, avec les mêmes besoins, les mêmes goûts et les mêmes plaisirs que sur la terre. La figure 705 reproduit en deux scènes : A, la procession funèbre; B , les adieux à la porte de la tombe. En même temps que les peintures nous décrivent les scènes des funérailles, les hiéroglyphes nous permettent d’entendre, pour ainsi dire, les lamentations des parents ou des pleureuses, comme celle-ci :
O louable, va en paix!
S’il plaît au dieu , quand viendra le jour de l'éternité ,
Nous te verrons ,
Car voici que tu vas vers la terre qui mêle les hommes.
Ou encore :
Plaintes! plaintes!
Faites, faites, faites,
Faites les lamentations sans cesse
Aussi haut que vous le pouvez !
O voyageur excellent, qui chemines vers la terre d’éternité,
Tu nous as été arraché ! Etc.
On trouve les formules les plus variées.
Les derniers rites accomplis et le mort enfermé dans son tombeau, les parents et les amis qui l’avaient accompagné à sa dernière demeure se réunissaient dans une des chambres supérieures ou sur l’esplanade de l’hypogée et prenaient un repas en l’honneur du mort, auquel du reste il était censé assister sur le siège d’honneur laissé vide. Des chants, de la musique et des danses étaient l’accomplissement de ce banquet funèbre : l’écriture et ia peinture qui décore les tombeaux nous ont conservé ces hymnes et ces scènes. Le repas achevé, chacun se dispersait, pour revenir aux anniversaires et à certains jours fixes.
Telles étaient les cérémonies des funérailles d’après les tombeaux de la xvm0 dynastie et des époques postérieures. Pour l’ancien empire, les tombes ne nous ont rien conservé de complet; il ne reste que des éléments épars, qui permettent cependant de reconstituer assez bien l’ensemble du cérémonial suivi. Un papyrus de Berlin, d'ailleurs, nous en donne une brève mais suffisante description : « Tu as songé au jour de l’ensevelissement. Te voilà arrivé à l’état de béatitude, tu as passé la nuit dans les huiles (de l’embaumement), on t’a donné les bandelettes par les mains de la déesse Tait. On a suivi ton convoi au jour de l’enterrement, gaine d’or, tête peinte en bleu, un baldaquin par-dessus toi, fait en bois de masgat. Des bœufs te traînent, des pleureuses sont devant toi, et on fait des plaintes; des femmes accroupies sont à la porte de ta syringe, et on t’adresse des appels... On tue (des victimes) à la bouche de ton puits funéraire, et tes stèles sont dressées en pierre blanche parmi celles des enfants royaux. Tout le monde frappe la terre et se lamente sur ton corps tandis que tu vas à la tombe. » Le Papyrus de Berlin n° 1, transcrit, traduit et commenté par G. Maspero, dans les Mélanges d’archéologie égyptienne et assyrienne , 1877, t. m, p. 157-158.
Lorsque Jacob mourut, il reçut tous les honneurs qu’on rendait aux grands personnages en Egypte. Après les soixante-dix jours consacrés à l’embaumement et au deuil dans la maison du défunt, le corps du patriarche fut conduit à Hébron, dans la caverne de Macpélah, sé-
pulture d’Abraham et d’Isaac ses pères. Les serviteurs du pharaon et les principaux de la terre d’Égypte accompagnèrent Joseph et ses frères, dit le texte sacré. Gen., l, 7-8. Arrivés à l’aire d’Atad, située au delà du Jourdain, « ils se lamentèrent là, en se frappant, d’une lamentation très grande et très profonde; et il fit à son père un deuil de sept jours, » f. 10, si bien que les Chananéens témoins de ce spectacle se dirent : Voilà un grand deuil parmi les Égyptiens, f. 11. Ils avaient été frappés de la procession funèbre et des cérémonies du deuil et de la mise au tombeau, qui durent s’accomplir en grande partie d’après les rites de l'Égypte. F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes , 6e édit., 1896, t. n, p. 195; G. Maspero, Études égyptiennes, t. i, 2e fasc., Étude sur quelques peintures et sur quelques textes relatifs aux funérailles, in-8°, Paris, 1881; Lectures historiques, ch. vin, Les funérailles, in-12, Paris, 1892; Fr. Lenormant, Histoire ancienne de l’Orient, in-4°, t. m, 1883, p. 236 à 256; Feydeau, Usages funèbres des peuples anciens, t. I, p. 95-132; E. Sehiaparelli, Il libro dei funerali degli antichi Egiziani, in-4°, Turin, 1882. Voir les représentations des funérailles dans Rosellini, Monumenti civili, t. ii, pi. xxx, xxxv, xxxvi, texte p. 128-131.
IL En Assyrie et en Chaldée. — Nous sommes loin d’être aussi bien renseignés pour l’Assyrie et la Chaldée que pour l’Égypte au sujet du mode de sépulture et des cérémonies funèbres. Les sculpteurs de Ninive ou de Babylone n'en ont jamais reproduit les scènes dans leurs palais, tandis que les Égyptiens les ont peintes à profusion dans leurs hypogées. Chose singulière, aucune nécropole assyrienne même n’a été découverte malgré toutes les recherches : aussi c'est encore un problème de savoir ce que les Assyriens faisaient de leurs morts. D'autre part, la basse Chaldée est pleine de cimetières. « De Niffer à Mughéir, dit Loftus, Travels and researclies , p. 198-199, chaque monticule est une nécropole où les cadavres ont été ensevelis et amoncelés pendant de longs siècles. Ces amas de cercueils sont trop énormes pour les villes auprès desquelles on les trouve. » « Il est difficile de donner une idée juste de l’aspect de la nécropole de Warka, tant sont nombreux les lits de cercueils les uns sur les autres; eux -mêmes les caveaux de la Thèbes d'Égypte ne renferment point, réunis en un seul point, de telles multitudes de morts. Depuis la fondation par Urkam jusqu’au moment où les Parthes finirent par l’abandonner, Warka parait avoir été une sorte de cimetière sacré, un campo santo , » p. 199. Aussi ce voyageur émet- il l’hypothèse que les Assyriens, qui se savaient originaires de Chaldée, faisaient transporter leurs corps dans cette région, la patrie de leurs ancêtres, la terre sacrée où le repos était meilleur. On n’aurait enseveli dans le sol de l’Assyrie que les pauvres et les esclaves ; et pour eux il suffisait du premier trou venu , sans épitaphe ni mobilier funéraire. Tous ceux, au contraire, qui avaient le moyen de faire transporter leurs corps (et cela était facile en descendant le cours du Tigre ou de l’Euphrate) auraient voulu reposer dans la terre sainte de la basse Chaldée, comme les Persans aujourd hui encore, de quelque province éloignée qu’ils soient, se font transporter à Nedjef et à Kerbela, voyage plus difficile cependant que le transport par eau, peu dispendieux et rapide. Cette hypothèse a grande chance d’être vraie ; toutefois jusqu’ici les textes ne l’ont pas encore vérifiée.
Si les Assyro-Chaldéens avaient à transporter au loin les corps de leurs défunts, ils devaient veiller à ce qu’ils n’entrassent pas en décomposition. Aussi avaient -ils la pratique de l’embaumement, bien que leurs procédés ne fussent pas aussi parfaits qu’en Égypte. D’après Hérodote, i, 198, les Babyloniens « mettent les morts dans le miel, et leurs lamentations funèbres ressemblent beaucoup à celles des Égyptiens ». Nous n’en savons pas davantage sur la cérémonie des funérailles. Cependant une plaque de bronze ciselée, donnée dans la lievua archéologique ,
FUNÉRAILLES
1879, pl. 25, et reproduite dans Perrot, Histoire de l’art, t. il, p. 364 , nous représente dans le troisième registre un homme emmailloté dans un linceul et étendu sur un lit; de chaque côté se penchent deux personnages à carapace de poisson , comme l’Oannès de Bérose, et agitant une touffe d’herbe au-dessus de la tête et des pieds du mort (voir fig. 461, col. 1205). Nous voyons la façon dont les morts devaient être étendus sur le lit funèbre avant l’enterrement. Quant à la mise au tombeau, on a pu constater, en fouillant les nécropoles, que souvent le corps, habillé et parfumé, était couché sur une natte, la tête reposant sur un coussin, les membres et le buste enveloppés de bandelettes enduites de bitume. Auprès de la momie, d’après les mêmes idées qu’en Égypte, on plaçait des aliments et des boissons en nature ou figurés pour apaiser la faim et la soif de l’ombre , qui continuait dans la tombe une vie obscure dépendante de la conservation du cadavre; on déposait aussi, avec les amulettes et les figurines de divinités
ruine de Jérusalem par les Romains. Même encore de nos jours, les Juifs comme les Arabes indigènes de Palestine suivent les mêmes coutumes. Aussitôt après le décès, on fermait les yeux du défunt et on lui faisait sa toilette funèbre : les pieds et les mains ont été entourés de bandelettes, et le corps enveloppé d’un linceul dans lequel on disposait des parfums. II Par., xvi, 14. Voir Embaumement, col. 1728, et Ensevelissement, col. 1817. Le corps est étendu sur une bière ouverte par en haut, appelée lit, mittâh, II Reg., m, 31, de façon à laisser voir le visage, IV Reg., xm, 21; Luc., vu, 14, et placé au milieu de l’unique pièce de la maison ou dans la chambre haute. Act., ix, 37. Les parents et amis l’entourent dans les larmes et les gémissements. Act., îx, 39. La chaleur de ces climats ne permet pas de les garder ainsi longtemps dans la maison : actuellement l’enterrement se fait huit heures au plus après le décès. Il devait en être de même autrefois : Lazare parait avoir été enseveli le jour même
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706. — Convoi funèbre chez les Grecs. Plaque estampée en terre cuite.
D’après O. Rayet, Monuments de l’art antique, 2 in-f", Paris, 1880-1884, t. n, 1. i, pl. x, flg. 75.
tutélaires, les objets chers au défunt pendant sa vie, ses armes, son bâton et le cylindre qui lui servait de cachet. Hérodote, I, 195. Ézéchiel, xxii, 27, fait allusion à cette coutume de placer les armes des guerriers sous leur tète dans le tombeau. Pour une femme, c’étaient ses bijoux, ses ustensiles de toilette, ses boites à fard et à parfum. Mais ce mobilier funéraire était loin de la variété et de la richesse des objets qui décoraient les tombes égyptiennes. Quant à la forme du tombeau, voir Tombeau. Pour les Ghaldéens comme pour les Égyptiens, la privation des honneurs funèbres et de sépulture était le dernier des malheurs. Is., xiv, 19. Les patriarches, en venant de la Chaldée en Palestine, durent conserver au moins en partie les coutumes de leur pays d’origine pour les funérailles. Fr. Lenormant et Babelon, Histoire ancienne de l’Orient, 9e édit., 1887, t. v, p. 277-293; Perrot, Histoire de l’art, t. ii, p. 347-369; Taylor, Hôtes on the ruins of Muqeyer, dans Journal of the royal Asiatic Society, t. xv, 1855, p. 268, et Notes on Abu Sharein and Tellel- Lahm, ibid., p. 413; A. Layard, Discoveries in the ruins of Nineveh and Babylon, in-8°, Londres, 1853, p. 556-561.
III. En Palestine. — Les cérémonies des funérailles ne paraissent pas avoir varié sensiblement chez les Hébreux depuis les temps les plus reculés jusqu’à la
de sa mort. Joa., xi, 6, 11, 17. Il n’y avait pas de porteurs attitrés; mais des amis, Mischna, Berakhoth, ni, 1, ou ceux qui se trouvaient présents, comme dans le cas d’Ananie et de Saphire, Act., v, 6, 10, remplissaient cet office. Maintenant encore en Palestine ce sont les invités qui à tour de rôle rendent au défunt ce dernier devoir. « Un enfant qui meurt avant le trentième jour de son âge, dit le Talmud, Moed Katon, fol. 24 a, est porté dans les bras, et il est enseveli par une femme et deux hommes. Un enfant de trente jours est porté dans une bière, non une bière que l’on place sur les épaules, mais une bière que Ton porte dans les bras. Un enfant de trois ans est porté dans un lit, et il en est de même pour les autres âges. » On portait donc habituellement sur les épaules cette bière ou lit funèbre au moyen de deux bâtons placés au-dessous, dans le sens de la longueur. Parents et amis suivaient avec de grandes démonstrations de douleur, à la mode orientale: selon l'usage, c’étaient des cris et des lamentations; on déchirait ses vêlements, on se couvrait la tète de cendre et de poussière, on allait jusqu’à s’arracher les cheveux. Il Reg., ni, 32; lit lleg., xm, 30; .1er., xxii, 18; xxxiv, 5. Voir Deuil, col. 1396. Comme chez tous les peuples anciens, il fallait des pleureuses à gage, qui, selon l’expression de saint Jérôme, marchaient les cheveux épars, la poitrine dénudée, invitant par leurs
FUNÉRAILLES
chants les passants à se lamenter. Eccle., xn, 5; Jer., tx, 17; Am., v, 16; Matth., ix, 23; Marc., v, 38. De là aussi peut-être l'usage des lacrymatoires, qu'on a retrouvés en bon nombre dans la Palestine. Ps. lvi, 8. Des musiciens faisaient entendre sur la ilùte des airs lugubres. Jer., XL, vin, 3; Matth., ix, 23. D’après le Talrnud, Kelouboth, iv, halac. 6, et le Baba Metsiah, vi, halac. 1, le plus pauvre Israélite devait louer au moins deux joueurs de (lùte et une pleureuse. C’est par troupes qu'ils suivaient le cercueil des riches et des princes. Les lamentations funèbres faisaient d’ordinaire l’éloge du défunt. II Reg., m, 33, 34; Am.,v, 16. On accompagnait ainsi le mort en dehors de la ville jusqu'à son tombeau. Comme on le voit, aucun rite religieux proprement dit n’entrait dans le cérémonial funéraire : c’était un acte de la vie familiale, comme le mariage, et le sacerdoce en Israël n’y avait aucune part. Ed. Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, 3e édit., in-8°, Paris, 1885, p. 160-163; AV. M. Thomson, The Land and the Book, in-8°, Londres, 1885, p. 99, 102-105.
Les hommes suivaient et les joueurs de flûtes fermaient la marche (fig. 706). — 4° La mise au tombeau était différente suivant que le mort était inhumé ou incinéré. L’inhumation est la coutume la plus ancienne, puis les deux usages furent suivis simultanément; enfin, sous la domination romaine, l’incinération prévalut pour disparaître ensuite sous l'influence des idées chrétiennes. Dans le cas d’incinération , c’était souvent dans la tombe même que le mort était brûlé. Pour l'inhumation , il n’y avait pas de cercueil proprement dit; mais du lit funèbre on le déposait simplement dans la tombe sur un lit de branchage ou de sciure de bois parfumée, quelquefois cependant dans un sarcophage en pierre placé dans le tombeau. Au retour, on purifiait la maison et on célébrait le repas funèbre où se faisait l’éloge du mort.
V. Chez les Romains. — Les funérailles romaines ont emprunté un certain nombre de coutumes à la Grèce; mais sur d’autres points, elles s’en éloignent notablement pour se rapprocher des usages étrusques, lesquels rappellent l’Égypte ou l’Orient (fig. 707). — 1° Les
707. — Convoi funèbre chez les Romains. Pierre calcaire conservée à Aquila.
IV. Chez les Grecs. — Les cérémonies funèbres chez les Grecs ont subi des modifications selon les époques et aussi selon les régions. Quatre actes essentiels composaient le rite des funérailles : la toilette funèbre, l’exposition, le transport et la mise au tombeau. — 1° On ferme la bouche et les yeux du mort; on le lave et on frotte tout le corps de parfums et d'essences pour retarder la décomposition. Le corps est ensuite enveloppé dans des bandelettes, puis dans un linceul qui laisse le visage à découvert; le mort est paré de bijoux, colliers, bracelets; sa dernière toilette est souvent luxueuse. On voit que cette façon de procéder a beaucoup de rapports avec celle qu’on suivait en Palestine. — 2° Le lendemain du décès, quelquefois pendant la nuit, on exposait le mort sur un lit spécial placé dans la maison ou dans l’atrium, un coussin sous la tète et les pieds tournés vers la porte. Cette exposition était absolument nécessaire ; on voulait sans doute éviter par là les enterrements de gens tombés en léthargie. Les parents et amis, en costumes de deuil, entouraient le lit funèbre et faisaient entendre des gémissements et des chants. En plusieurs endroits , l’emploi de chanteurs étrangers était interdit. — 3° Le lendemain de l’exposition, à la fin de la nuit, avant le lever du soleil, avait lieu le transport. Après quelques libations, on portait le mort, le visage toujours découvert, sur le lit de l’exposition. C’est ou bien à bras, et alors par les parents, ou par des esclaves et plus tard par des porteurs à gages, ou bien sur un char traîné par des chevaux ou des mulets.
coutumes particulières à Rome et qu’on ne trouve pas en Grèce, sont celles, par exemple, de recevoir le dernier soupir du mourant en lui donnant le baiser suprême, d'appeler le défunt après lui avoir fermé les yeux, et de répéter ces appels en tendant les bras vers lui ; de dresser le corps sur ses genoux pour s’assurer que la vie l'a bien abandonné. On lave ensuite le cadavre et on le parfume avec divers unguenta; on le revêt de la toge, on lui met sur la tête une couronne de chêne, de laurier, de myrte ou d’olivier, et, dans la bouche, une pièce de monnaie destinée à payer le passage sur la barque de Charon. — 2° Comme chez les Grecs, le corps est exposé sur un lit de parade dans l’atrium, mais on l’entoure de torches allumées et de Heurs, symboles de la fragilité de la vie, et de cassolettes remplies de parfums qui se consument en exhalant une agréable odeur. Des pleureuses et des joueurs de liâtes témoignent bruyamment du la douleur de la famille par leurs lamentations, leurs gestes et leurs chants. — 3° Ordinairement le lendemain du décès, on invite les parents et les amis à suivre le convoi funèbre, d’où le nom d’exequiæ. Ce fut anciennement durant la nuit, à la lueur des torches; car dans la croyance des Romains la vue d’un cadavre était une souillure qui eût empêché les pontifes et les (lamines de remplir leurs fonctions. La nuit ils n’étaient pas exposés à les rencontrer sur leur route. Mais, vers la fin de la république, on plaça les obsèques pendant le jour tout en conservant les torches et les autres cérémonies adop-