‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 65 sur 485 · H6© I © O Y MA · texte numérisé non relu

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Invocation au démon malfaisant.

On a trouvé ù Carthage, dans une tombe romaine datant du rr ou du il» siècle de notre ère, une lamelle de plomb portant une invocation au <t démon », génie malfaisant. Un magicien a tracé, au stylet, sur cette feuille de métal une enceinte elliptique quadrillée, qui représente le cirque, puis de petits ronds séparés par des barres pour figurer les carceres d'où partaient les chars pour la course. Enfin on y voit une double liste de noms de chevaux accompagnés de lettres cabalistiques, ABPAX, etc., et on y lit cette invocation :

DEMON ■ QVI (HHC • CONTER SANS • TRADO ■ TIBI • (H)OS E Q V O S • V T DETENEAS IL LOS • ET • 1NPLICENTVR (N)EC SE MOVERE POSSINT

( Corpus Inscrlplionum Latinarum, t. vin, n0 12504).

rarement dans la Bible hébraïque pour désigner le démon. Job, i, 6, 9, 12; n, 3, 4, 6, 7 ; 1 Par., xxi, 1; Zach., in, 1, 2. — 2. Les deux noms belîga'al et 'châ'zël ne peuvent être considérés comme désignant le démon dans le texte hébreu. Voir t. i, col. 1561 , 1874.

2° Dans les versions. — 1. Savâv, Satan, pour traduire le sâlân hébreu. Il faut remarquer toutefois que les Septante n’emploient jamais Sa-àv pour traduire sâlân comme

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nom propre; ils se servent alors de Siâêoloc. S«tSv ne se trouve que pour rendre le mot hébreu en tant que nom commun. III Reg., xi, 14, 24. La Vulgate traduit alors par adversarius. — 2. Acu'fnav, dæmon, et 3oup.ôviov, deemoninm. Le mot Saigiov, qui vient probablement comme Sorqircov, « savant, » d’un radical Sdcoo, « enseigner, » et au passif « connaître », ou encore de 8at'o>, « diviser » et « allumer », désigne dans les auteurs grecs les dieux, le destin, les divinités inférieures, les âmes des morts et les génies, bons ou mauvais, attachés à un homme, à une cité, etc. Le mot 3oci[xriviov est donné par les mêmes auteurs quelquefois aux divinités, Act., xvn , 18; plus souvent aux êtres intermédiaires entre les dieux et les hommes et aux génies. Dans certains textes, « Démon » est réellement un génie malfaisant. Plutarque, Cæs., 69 (fig. 491). Les deux mots grecs ne prennent le sens précis de « démon » que dans les Septante et le Nouveau Testament. 11 y a donc là adaptation d'un mot ancien à une idée nouvelle. Cf. Bailly- Egger, Dictionnaire grecfrançais, Paris, 1895, p. 425, 434. Les versions traduisent par ce nom différents mots du texte hébreu dont le sens est moins déterminé : se'irîm , « boucs, » idoles ayant la forme de ces animaux, Lev., xvii, 7; II Par., xi, 15, et parfois boucs sauvages vivant au désert, Is., xm, 21 ; xxxiv, 14; voir t. i, col. 1871 ; — sêdim, « puissants, » idoles analogues aux be'âlhn, « seigneurs » ou dieux, Deut., xxxn, 17 ; Ps. cvi (cv), 37 ; — ëlilim, « des néants, » autre nom donné aux idoles, Ps. xcvi (xcv), 5; — siyyim, « bêtes sauvages» habitant le désert, Is., xxxiv, 14; — ycisûd, « ce qui dévaste, » dans ce texte du Ps. xcxi (xcx), 6 :

La peste qui se glisse dans les ténèbres,

La ruine qui dévaste en plein midi.

Les Septante mentionnent ici un « démon du midi », par suite du rapport qu’ils supposent entre yâsûd et sêdim,

« puissants, » et d’après eux « démons », les deux mots venant du même radical sûd, « être puissant » et « dévaster ». Les versions de Baruch, iv, 7, 35, emploient les mots oxifrovtx, dæmonia. — 3. Aiaëo).oç, diabolus , de ôtàoa),),(>> , « diviser, attaquer, calomnier. » Chez les auteurs grecs, SiàêoXo; est le nom de l’homme qui inspire la haine ou l’envie, Pindare, Fragm. 270; Aristophane, Equit., 45, et du calomniateur. Aristote, Topic. , 4, 5,

9, 11. L'Écriture se sert de ce nom pour désigner le démon. Les Septante rendent par ScâêoXo; le sâtdn hébreu dans les deux premiers chapitres de Job, I Par., xxi, 1, et Zach., ni, 1, 2, où la Vulgate traduit par Satan. — Au Ps. cix (cvm), 6, où David souhaite que l’accusateur ( sâtdn employé comme nom commun) se tienne à la droite du traître, on lit 6i xëoXoç, diabolus dans les versions. Voir Diable. — Dans le texte de III Reg., xxr, 13, des hommes de beliija'al, c’est-à-dire des vauriens, sont appelés par les Septante hommes de « transgressions » et d’« apostasie », et par la Vulgate filii diaboli et viri diabolici. Les versions du psaume lxxvii (lxxviii), 49, parlent d’ « anges mauvais », àyyéXot irov/)pot, anqeli mali. En hébreu, les mal’âkê râ'îni sont seulement des « anges de malheurs » , probablement de bons anges envoyés par Dieu, comme l’ange exterminateur, pour châtier les coupables.

3° Dans le Nouveau Testament. — 1. SavavSç, Satanas , et jamais l’indéclinable Satan. Ce mot désigne ordinairement le prince dés démons. — 2. AictêoXo;, diabolus, avec le même sens. — 3. Aaïuwv, Saip.iviov, dæmon, dæmonium, nom donné aux anges qui obéissent à Satan. — 4. Béelzébub. Voir t. i, col. 1547. — 5. Le « dragon » ou « serpent antique » du paradis terrestre. Apoc., xii, 3, 9; xm, 2; xvi, 13; xx, 2. — 6. Le « tentateur », h t rapâÇwv, tenlator. Mattb., iv, 3. — 7. Le « mauvais », ito-ci)pbz, malignus, nequam. Act., xix, 12; I Joa., n, 13. — 8. L’ « adversaire », 6 oèmoixo;, qualificatif du diable. I Pelr., v, 8. — 9. L’ « esprit immonde », to à-/.à- 1

Oxptov TTveùga, spiritus immundus. Malth., xn, 43, etc. Ce nom est donné à Satan et à tous les démons. — -

10. Dans saint Paul, Ephes., vi, 12, « princes et puissances, » « gouverneurs de ce monde de ténèbres, » v.oiryoxpixzopEs toO itxôtou; toutou, mundi redores tenebrarum harurn, cf. Luc., xxn, 53, « esprits de malice, » Ttveup.aTixà rïjç Trovqpia;, spiritualia nequitiæ. — 11. Déliai. Voir t. i, col. 1561. — On ne peut présenter comme des noms du démon, ainsi que quelques Pères l'ont fait, les mots Behemoth, qui désigne l’hippopotame, voir t. i, col. 1551, et Leviathan, qui désigne le crocodile, voir t. n, col. 1120. Le nom de «Lucifer» lui-même n’apparaît dans la Sainte Ecriture que pour signifier l'aurore ou une brillante étoile, âtoo-qpôpoç, hêijlêl. D ms le passage où Isaïe, xiv, 12, écrit: « Comment es -tu tombé du ciel, Lucifer! » il s’adresse à Babylone, dont il prédit la chute retentissante. Le nom de Lucifer, comme du reste tout le passage d’Isaïe, xiv, 12-15, ne peuvent donc s’appliquer à Satan que dans le sens figuré. Voir Petau, De angelis, III, il, 21.

IL La notion du démon dans l’Écriture. — 1° De Moïse à Salomon. — Ainsi que nous l'avons constaté à propos des noms du démon, l’idée de l’ange déchu semble avoir été à dessein laissée dans l'ombre à travers les plus anciens livres de l’Écriture. Dans le récit de la chute, il n’est question que d’un serpent; mais ce serpent cache une personnalité spirituelle et invisible qui n'est pas nommée. La tromperie dont la femme est victime est attribuée, non pas à l’esprit qui se dissimule dans le serpent, mais au serpent lui -même, et c’est ce dernier seul que semble frapper la sentence divine. Gen., ni, 13-15. L’intention formelle du narrateur sacré est donc de ne pas nommer Satan. Le motif de ce silence se comprend. Le but de Moïse était d’établir inébranlablement dans l’esprit de son peuple l'idée du Dieu invisible, mais unique, tout-puissant, maître absolu de toutes choses en ce monde, particulièrement du bien et du mal. S’il eût nommé dès la première page de la Genèse un être invisible, assez puissant pour contrecarrer par sa malice les volontés de Dieu et faire avorter ses plans, les Hébreux grossiers n’auraient sans doute pas manqué de faire de cet être une divinité du mal, analogue à la divinité du bien, et de détourner vers elle la plus grande partie de leurs hommages inspirés par la crainte. C’est ainsi que les Egyptiens honoraient à la fois Râ et les dieux du bien, Set et les dieux du mal. Chez les Chaldéens, la plupart des dieux étaient malfaisants, et le culte consistait principalement à conjurer leurs attaques. Cf. Maspero, Histoire ancienne de l'Orient classique, Paris, 1895, t. i, p. 157, 630-636. Il n’en pouvait être ainsi chez les Hébreux. Aussi le législateur inspiré et, à son exemple, les écrivains sacrés qui le suivent, n’attribuent -ils au génie du mal qu’un rôle tout subalterne.

2° Dans le livre de Job et après la captivité de Babylone. — Pour la première fois le nom de Satan apparait dans le livre de Job. Le démon s’y montre envieux, malfaisant, cruel envers l'homme vertueux, dont il semble se faire un ennemi personnel. Mais son action est étroitement subordonnée à la permission de Dieu. Job, i, 12;

11, 6. Cette subordination est même si accusée, qu’Herder a cru pouvoir ne reconnaître dans le Satan de Job qu’un « ange entièrement soumis à Dieu , dont il n’est que le messager...; fange justicier de Dieu, qui l’envoie pour découvrir et punir le mal ». Histoire de la poésie chez les Hébreux, trad. Carlowitz, Paris, 1851, p. 102. Cette idée n'est point juste, car Satan manifeste des sentiments de haine qui ne sauraient convenir à un ange fidèle. Job, I, 9-11; n, 5. Il ne serait pas exact non plus d’affirmer, comme l’ont fait quelques auteurs, que la notion distincte du démon n’est parvenue aux Hébreux qu’à la suite de leur contact avec les Perses, durant la captivité, et qu’en conséquence le Satan de Job ne désignerait qu’un « adversaire » indéterminé. Le silence de l'Écriture ne prouve

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pas que le nom et la personnalité de Satan lussent inconnus des Hébreux avant la captivité. Les fréquentes allusions que l'un des livres salomoniens fait à l'arbre de vie, Prov., iii, 18; xi, 30; xm, 12; xv, 4, et au chemin de vie, Prov., ii, 19; v, 6; x, 17; xii, 28, démontrent, au contraire, que l’histoire du paradis terrestre était alors familière à tous, et que le rôle joué par l'esprit du mal n’échappait à personne. Rosenrnüller, Iobus , Leipzig, 1806, t. i, p. 51; Fr. Delitzsch, Dcis Buch lob, Leipzig, 1876, p. 50. A l’époque où fut composé le livre de Job, le danger d'une déification de Satan était beaucoup moindre qu’au temps de Moïse. A plus forte raison en fut -il ainsi après la captivité de Babylone. Satan est nommé deux fois dans les livres postérieurs à cette époque. Tandis que le texte des Rois, II, xxiv, 1, dit simplement , à propos du dénombrement suggéré à David : « La fureur du Seigneur continua à s’irriter contre Israël, » le livre des Paralipomènes, I, xxi, 1, s’exprime ainsi ; « Satan s’éleva contre Israël. » Zacharie, ni, 1, 2, signale la présence de Satan debout devant le grand prêtre Jésus pour lui faire opposition. — On a prétendu à tort que les Juifs avaient emprunté aux Perses, à la fin de la captivité, la notion de Satan. Les documents cunéiformes établissent que, longtemps avant les Perses, les Chaldéens admettaient l'existence d’esprits méchants, et c’est là une des croyances primitives de l'humanité. Voir Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6° édit., t. I, p. 227.

3° Dans les Septante. — Après la captivité, le nom de Satan fut regardé comme exécrable, et il fut interdit de le prononcer. Berachoth , f. 60, 1. Aussi ne se trouvet-il jamais comme nom propre sous la plume des Septante, qui étaient des traducteurs juifs. Par contre, ceuxci se croient le droit de substituer le nom des « démons » à d’autres noms moins précis usités dans les livres hébreux. Ainsi ils appellent formellement Saq/ama les idoles de différents noms : se'irîm, Lev., xvn, 7; II Par., xi, 15; sêdim, Deut., xxxn, 17; Ps. cvi (cv), 37; ëlïlîm, Ps. xcvi (xcv ), 6; d'autres idoles de nom inconnu, Bar., iv, 7, 35, et même des animaux du désert. Is., xxxiv, 14. Dans le livre de Tobie, iii, 8, il est question d'un 7iov7]pbv ôaip.bviov du nom d’Asmodée. Voir Assiodée. Dans la Sagesse, II, 24, le démon est appelé SiàëoXo:. « Cependant nulle part la littérature hébraïque ne confond Satan avec une divinité adorée dans les contrées voisines; nulle part il n’est dit que les hommages adressés à Baal ou à Moloch s’adressent en définitive à Satan. » Dbllinger, Paganisme et judaïsme, trad. J. de P., Bruxelles, 1858, t. iv, p. 232. Les Septante se contentent seulement d'identifier les idoles avec les démons en général. — Josèphe, Bell, jud., VII, vi, 3, donne le nom de Saigdvia aux âmes des méchants qui sont morts. Cette idée n’a rien de biblique.

4° Dans le Nouveau Testament. — L’Évangile et les écrits des Apôtres nomment fréquemment Satan et les démons. Le Sauveur dénonce formellement aux hommes leur ennemi acharné, « celui qui peut perdre en enfer le corps et l aine. » Matth., x, 28. Non seulement cette révélation ne court plus le risque de favoriser la démonolàtrie, mais elle est absolument nécessaire pour expliquer l’existence du mal moral au sein de l’humanité, faire comprendre la vie de Jésus -Christ venu « pour détruire les œuvres du démon », I Joa., in, 8, et justifier la lutte à laquelle il convie ses disciples.

111. L’action du démon d’après l’Écriture. — 1° Au paradis terrestre. — La Genèse ne parle que d'un serpent. Saint Jean, à la dernière page des Saints Livres, déclare que Satan, le diable, est le serpent antique dont il est question à la première page. Apoc., xii, 9; xx , 2. C'est par son envie, par sa jalousie contre l’homme, que la mort est entrée dans le monde à la suite du péché. Sap., ii, 24; Hebr., ii, 14. Il est ainsi homicide dès le commencement. Joa., vin, 44. Sa jalousie contre l'homme vient de ce qu il n'a pas su lui -même demeurer dans la

vérité, Joa., vin, 44, et qu'avec ses anges il a été précipité dans le feu éternel. Matth., xxv, 4L

2° Dans le livre de Job. — Satan se présente avec les anges au conseil de Dieu, parle de ses allées et venues sur la terre et tient sur Job des propos ironiques. Job, I, 6, 8, 10. Cette description fait partie du prologue d'un livre poétique, et les anciens interprètes ne se sont pas crus obligés d’y voir autre chose qu'une allégorie, destinée à rendre sensible ce que l'intelligence humaine ne pourrait naturellement concevoir. Knabenbauer, In Job, Pans, 1885, p. 41-43. Le récit « renferme au moins un fonds de vérité historique, savoir: que Satan a été l’instrument dont Dieu s'est servi pour éprouver son serviteur, et qu’il n’a rien pu que ce que Dieu lui a permis. Mais ces communications de Dieu avec de purs esprits, comprenons -nous comment elles se passent, et pouvonsnous les exprimer d'une manière simple et vulgaire autrement que par des métaphores? Le langage figuré était donc ici nécessaire ». Le Hir, Le livre de Job, Paris, 1873, p. 234. — Satan fait le tour de la terre et la parcourt en tous sens. Job, i, 7. C’est « l’adversaire, le diable qui rôde partout comme un lion rugissant, à la recherche d une proie ». I Petr., v, 8. — Satan accuse Job de ne pratiquer la vertu que par intérêt. Job, i, 10, 11; n, 5. Saint Jean c^i t de lui : « Il est à bas l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait nuit et jour en présence de notre Dieu. » Apoc., xii, 10. — Satan frappe Job dans ses biens et dans son corps, de même qu'il frappera les sept premiers maris de Sara, fille de Raguel, Tob., m, 8, et beaucoup d’autres malheureux dont parle l’Évangile. Luc., xm, 16, etc. — Les afflictions que Satan inflige à Job ne triomphent pas de sa vertu. Donc, non seulement Dieu commande en maître à Satan et règle la mesure de ses attaques, I Cor., x, 13; mais l’homme lui -même peut résister au démon et lui disputer victorieusement son âme.

3° Dans le livre de Tobie. — Contre le démon homicide Asmodée, la prière adressée à Dieu obtient le secours du saint ange du Seigneur Raphaël. Tob., iii, 8, 24, 25. Les hommes ne sont donc pas abandonnés à la malice des démons ; les bons anges interviennent pour les défendre. — Ce qui fait que le démon peut violenter les hommes, c’est que ceux-ci s’abandonnent à leurs mauvaises passions. Tob., vi, 17. — Raphaël, après que, sur son ordre, le jeune Tobie a brûlé le foie du poisson, « se saisit du démon et le relègue dans le désert de la haute Égypte. » Tob., vm , 3. A partir de ce moment, le démon n'inquiète plus Sara. Le désert était regardé comme l’habitation du démon. Bar., iv, 35. Notre-Seigneur dit que, « quand l'esprit immonde est sorti d’un homme, il s’en va errer dans les lieux arides et y cherche le repos sans le trouver. » Matth., xii, 43. C'est pourquoi les Septante parlent de Scagbvca dans deux passages d'Isaïe, xm, 21; xxxiv, 14, où il n’est question que de bêtes du désert. Saint Jean fera aussi de Babylone ruinée et déserte l’habitation des démons et le repaire des esprits immondes. Apoc., xvm, 2. Ce séjour est assigné au démon parce qu'il n’y trouve point d’hommes auxquels il puisse nuire.

4° Dans les Évangiles et les Épîtres. — 1. La plupart des passages évangéliques qui parlent du démon se rapportent à des possessions. Voir Démoniaques. — 2. Le démon ne cherche pas seulement à nuire aux corps; il s'attaque surtout aux âmes. Il les tente pour les faire tomber dans le mal, Art., v, 3; I Cor., vu, 5; II Cor., ii,11; il leur dresse des embûches, Ephes., iv, 27 ; vi, 11, et cherche à les prendre dans ses liens. I Tim., iii, 6, 7; vi, 9; II Tim., ii, 26. Pécheur dès l’origine, il travaille à faire commettre le péché. I Joa., iii, 8. Pour mieux guetter sa proie, il se tient dans les régions aériennes voisines de la terre. Ephes., vi, 12. Il en veut surtout à ceux qui sont chargés de procurer le salut des âmes, i II Cor., xn, 7; il contrarie leurs projets, 1 Thess., il, 18,

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et s’acharne à les faire passer par le crible des persécutions. Luc., xxii, 31. — 3. Pour mieux séduire, Satan sait se transformer en ange de lumière. Il Cor., xi, 4. Il sème le mauvais grain dans le champ du Seigneur, Matth., xiii, 39, et en ôte le bon grain. Marc., iv, 15; Luc., viii, 12. Les démons ont leur doctrine, qui combat la foi et les mœurs. I Tim., IV, 1. Par le culte des idoles, ils se font rendre l’honneur qui n’est du qu’à Dieu. I Cor., x, 20, 21. — 4. Le pouvoir des démons est limité par Dieu, et ils ne peuvent l'exercer qu’avec sa permission. Ils sont habituellement enchaînés dans les prisons infernales, dans lesquelles ils ont été précipités sans que le pardon leur ait été offert, et ils attendent le jugement qui les réduira à l’impuissance absolue. Il JPetr., il, 4; Jud., G. « Les démons croient et tremblent. » Jacob., n , 19. Ils sont à la torture quand ils sentent la présence de Dieu. Matth., xi, 29; Marc., v, 7; Luc., viii, 28. Les bons anges luttent contre eux, mais respectent la liberté que Dieu leur laisse. « Quand l'archange Michel entra en contestation avec le diable pour lui disputer le corps de Moïse, il n’osa pas porter un jugement et le taxer de blasphème; mais il dit : Que le Seigneur te commande! » Jud., 9. Aussi Satan est-il appelé le « prince de ce monde », Joa., xn, 31; xiv, 30, et le « dieu de ce siècle». II Cor., iv, 4; Ephes., n, 2. — 5. Les disciples de Jésus -Christ doivent lutter contre les démons avec « une foi courageuse ». I Petr., v, 8; Ephes., vi, 12. Ils peuvent vaincre Satan avec la grâce de Dieu, II Cor., xn, 7, 9; I Joa., il, 13, 14, qui les aide à le fouler aux pieds. Rotn., xvi, 20. La résistance qu’on lui oppose le met en fuite. Jacob., iv, 6. Quand les disciples le chassaient, Jésus-Christ voyait « Satan tombant comme la foudre du haut du ciel », Luc., x, 18, c’est-à-dire précipité honteusement et en un clin d’œil des hauteurs où il s’établit pour persécuter les âmes. Un jour, les chrétiens fidèles seront les juges des mauvais anges. 1 Cor., vi, 3. — G. Tous ne savent pas résister victorieusement à Satan. Il en est même qui font cause commune avec lui. Notre-Seigneur reprochait aux scribes et aux pharisiens leur opposition à sa mission et leur disait : « Vous faites ce que vous avez vu auprès de votre père... Vous venez d’un père qui est le diable, et vous voulez mettre à exécution les désirs de votre père. » Joa., viii, 41, 44. Satan eut une action particulière sur l’apôtre Judas. Déjà un an avant la trahison, le Sauveur pouvait dire à propos du traître : « L’un de vous est un diable. » Joa., vi, 71. Satan inspira à Judas sa trahison, Joa., xiii, 2, et il finit par rentrer en lui pour l’aider à exécuter son forfait. Luc., xxii, 3; Joa., xiii, 27. Par l’excommunication, l’Église livrait à Satan ceux qui commettaient des crimes scandaleux. Cf. I Cor., v, 5;

I Tim., i, 20. Les hommes se trouvent donc divisés en deux camps, les enfants de Dieu et les enfants du diable. Act., xxvi, 18; Col. i, 13; IThess., v, 5; I Joa., ni, 10.

II ne peut exister aucun accord entre les deux camps, entre le Christ et Bélial. II Cor., vi, 14-17. Cf. Dollinger, Le christianisme et l'Eglise, trad. Bayle, Tournai, 1863, p. 229-231; Petau, De angelis, III, ii-vi; O. Everling, Die paulinische Angelolog ie ,in-8°, Gœttingue,1888.

5° Dans l’Apocalypse. — Saint Jean décrit dans ce livre les destinées de l’Église de Dieu, et, à cette occasion, donne d’importants détails sur la lutte entreprise contre elle par Satan. Il signale la présence à Smyrne de faux Juifs qui combattent l’Évangile et forment une « synagogue de Satan ». Le diable doit exciter la persécution dans cette ville et faire mettre en prison les disciples du Seigneur. Apoc., n, 9, 10. — A Pergame, il y a le « siège de Satan », les temples de Jupiter, de Minerve, de Bacchus, et surtout celui d’Esculape, qui était un puissant foyer d'idolâtrie. Apoc., il, 13. — A Philadelphie se trouve une autre « synagogue de Satan », composée de faux Juifs. Apoc., m, 9. — L’invasion de sauterelles, qui suit le signal donné par la trompette du cinquième ange, est

commandée par « l’ange de l’abîme, qui se nomme en hébreu Abaddon, en grec Apollyon, et en latin l’Exterminateur ». Apoc., ix, 11. Voir Abaddon. — Au chapitre xii, 1-17, saint Jean trace le tableau de la guerre entreprise par le Dragon contre la femme qui représente l’Église. Ce Dragon a sept tètes couronnées et dix cornes, et sa queue entraîne la chute du tiers des étoiles. Il s’apprête à dévorer l’enfant de la femme. « Alors un grand combat se livra dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le Dragon , le Dragon combattait avec ses anges. Mais ceux-ci ne l’emportèrent pas, et il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel. Et fut précipité ce grand Dragon, le serpent antique, appelé diable et Satan, qui séduit le monde entier; il fut précipité sur la terre, et ses anges furent chassés avec lui. » C’était l’accusateur de nos frères devant Dieu. Il cherche à assouvir sa fureur sur la terre, « sachant qu’il ne dispose pas d’un long temps. » Il persécute la femme, cherche à l’engloutir et, ne le pouvant pas, tourne sa rage contre ses enfants, les serviteurs de Dieu. Ce passage semble faire allusion à la lutte initiale qui eut lieu dans le ciel, au moment de la révolte du premier ange et de ses complices. Toutefois il ne s’y rapporte pas littéralement. Le combat dont parle ici saint Jean est postérieur à l’existence de la femme, qui est l'Église, et à la naissance de son enfant. D’ailleurs l’apôtre note expressément que ce Dragon, qui lutte dans le ciel avec Michel, n’est autre que le « serpent antique». La description de saint Jean a donc trait à une des phases de la guerre menée par Satan contre l'Église. — De la bouche du Dragon sortent des esprits immondes, des démons qui opèrent des prodiges. Apoc., xvi, 13, 14. — Un ange du ciel saisit le Dragon, le lie pour mille ans et l’enferme dans l’abime, d’ou Satan sortira, après cette période écoulée, pour recommencer la lutte. Apoc., xx, 2, 3, 7. — De tous ces passages de l’Apocalypse, il résulte que Satan est l’ennemi acharné de l’Église, qu’il met tout en œuvre pour perdre ses enfants ; mais que Dieu se sert de ses anges pour contenir la fureur des démons et assurer leur châtiment final. Cette révélation devient claire et complète à la fin des Livres Saints. Les actes et les paroles de Notre-Seigneur ont démasqué Satan, et le mystère de la rédemption a porté sa malice au comble. 11 convient donc qu'alors l’Église soit officiellement avertie de la guerre que va lui livrer l’ennemi, et qu’elle soit encouragée à la lutte par la certitude de la victoire finale.

IV. Les démons en face de Jésus -Christ. — 1. Le démon se présente pour la première fois à Notre-Seigneur au désert, après le jeûne de quarante jours. Jésus-Christ est conduit dans ce désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Il ne pouvait être tenté à la manière des hommes, et surtout ne pouvait succomber à la tentation. 11 consent néanmoins à se prêter humblement aux recherches de Satan. Celui-ci pose deux fois la question significative : « Si tu es le Fils de Dieu, dis que ces pierres se changent en pain... ; jette-toi du haut en bas. » Il ressort nettement du texte qu'il veut savoir si l’homme auquel il s’adresse est le Fils de Dieu. Les deux premières réponses de Jésus ne lui apprennent rien. Alors, avec plus d'audace, Satan propose au Sauveur un acte abominable d’idolâtrie, qui sera récompensé par la possession de toutes les richesses de la terre. Le divin Maître le chasse avec indignation, sans rien dire qui puisse le renseigner dans un sens ou dans l’autre. Matth., IV, 1-11; Marc., I, 12, 13; Luc., IV, 1-13. Peu satisfait du résultat de son enquête, le tentateur « s’en va pour un temps », Luc., IV, 13, se promettant de renouveler l’expérience sous une autre forme. — 2. Peu après, Jésus trouve un possédé dans la synagogue de Capharnaüm, et l’esprit immonde lui crie : « Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu viens donc nous perdre? Je sais bien qui tu es, le Saint de Dieu. » Marc., I, 24; Luc., iv, 34. Le Sauveur ne répond pas à l’insinuation du démon et lui commande de se taire. Les démons persistaient à prétendre qu'ils le con-

DEMON — DEMONIAQUES

naissaient et qu'il était le Christ. Le divin Maître leur imposait silence et ne leur répondait ni oui ni non. Marc., r, 34; Luc., iv, 41. — Une autre fois, « les esprils immondes, en le voyant, se prosternaient devant lui et s’écriaient : C'est toi le Fils de Dieu. Et il les menaçait sévèrement pour qu'ils ne le découvrissent point. » Marc., ni, 12. Ils l'appelaient « Fils du Dieu Très -Haut », et le suppliaient de ne pas les torturer. Matth., vm, 29; Marc., v, 7; Luc., vm, 28. Notre -Seigneur prescrivait aux démons de se taire pour rejeter tout témoignage venu d'eux. Cf. Petau, De anijelis, I, vm, 13-15. D’ailleurs ce cri des démons ne pouvait être inspiré par aucun bon sentiment. Interpeller ainsi Notre -Seigneur, « c’est une manière de combattre le Prophète; en appelant Jésus : Saint de Dieu, Fils de David , Messie enfin , ils réveillent dans la foule les idées fausses qu’elle attache à ce titre, et nous savons que rien n’était plus propre à entraver l’action du vrai messianisme. » Didon, Jésus -Christ, Paris, 1891, t. i, p. 295. — 3. Jésus -Christ manifeste l’opposition que lui fait Satan au moyen des Juifs qui se laissent conduire par ses inspirations, et auxquels il reproche d’avoir le diable pour père. Joa., vm, 44. Satan trouve un auxiliaire dans Judas, dont il s’empare. Luc., xxn, 3; Joa., xm, 2, 27. — 4. Notre -Seigneur déclare formellement, peu avant sa passion, que « c'est maintenant le jugement du monde, maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors ». Joa., xii, 31. La rédemption va, en effet, le déposséder de l'empire qu’il possédait sur l’humanité. Après la dernière Cène, le Sauveur ajoute : « Voici venir le prince de ce monde, et il n’a rien contre moi. » Joa., xiv, 30. Il n’a, en effet, aucun droit de mort sur celui qui n’a point péché en Adam. « Le prince de ce monde est déjà jugé, »Joa., xvi, 11, dit encore Notre-Seigneur; sa sentence définitive a été portée dès sa révolte dans le ciel, et le nouvel attentat qu'il va commettre ne servira qu’à la faire ratifier. Au jardin de l’agonie, Jésus-Christ déclare qu’il pourrait recevoir du Père pour sa défense plus de douze légions d’anges, Matth., xxvi, 53, mais qu'il s'abandonne à ses ennemis parce que c’est leur heure et « la puissance des ténèbres », Luc., xxii, 53, c’est-à-dire l'heure où Satan, prince des ténèbres, Eph., vi, 12, pourra tout oser contre lui. — 5. Par sa mort, Jésus-Christ « détruit celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire le diable ». Hebr., n, 14. « Il a effacé le texte du décret qui nous était contraire, et l’a mis hors d'usage en le fixant à la croix. Dépouillant ainsi les principautés et les puissances, il les a données hardiment en spectacle et en a publiquement triomphé en sa propre

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