‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 72 sur 485 · DENYS L’ARÉOPAGITE (Aiov’jo-to; ô ’Apeorac · texte numérisé non relu

DENYS L’ARÉOPAGITE (Aiov’jo-to; ô ’Apeorac

yttriç), Athénien, membre du tribunal de l’Aréopage, qui fut converti par saint Paul, à Athènes. Act., xvm, 34. D’après une tradition, Damaris, qui se convertit en même temps que lui, aurait été sa femme; mais ce n’est qu’une supposition sans preuve. S. Jean Chrysostome, De sacerd., iv, 7, t. XLVin, col. 669. Une lettre de Denys de Corinthe aux Athéniens, écrite vers 170 (dans Eusèbe, H. E., ni, 4; iv, 23, t. xx, col. 221, 385), nous apprend que l’Aréopagite devint le premier évêque d’Athènes. Le Martyrologe et le Bréviaire romains (au 9 octobre) identifient aujourd’hui saint Denys l'Aréopagite avec le premier évêque de Paris. Cependant le Vêtus Romanum Martyrologium les distingue l’un de l’autre. On y lit au 3 octobre : « Athenis, Dionysii Areopagitæ, sub Adriano diversis tormentis passi, ut Aristides testis est in opéré quod de Christiana religione composuit. » Patr. lat., t. cxxm, col. 169. (Nous devons remarquer que la version syriaque de l’apologie d’Aristide récemment retrouvée ne parle pas de Denys. Voir J. R. Harris, The Apology of Aristides, dans les Texts and Studies, t. i, n° 1, in-8°, Cambridge, 1891, p. 18.) Plus loin, au 9 octobre, on lit: « Parisiis, Dionysii episcopi cum sociis suis a Fescennino cum gladio anirnadversi. » Patr. lat., t. cxxm, col. 171. La Chronique qui porte le nom de Lucius Dexter (f 444) identifie, il est vrai, saint Denys de Paris avec Denys l’Aréopagite ( Chron ., ann. 100, Patr. lat., t. xxxi, col. 270-271), mais on reconnaît communément que cet écrit n’est pas authentique. Le premier écrivain connu qui fait un seul personnage de saint Denys l'Aréopagite et du premier évêque de Paris, est Hilduin, abbé de Saint-Denys (f 840). Vita S. Dionysii, 3, Patr. lat., t. cvi, col. 15. Les Resta Dagoberti (Monum. German. Script. Merov., t. n, p. 399) qui racontent la fondation du monastère de Saint-Denys et ont été écrits sur les lieux vers l’an 800 au plus tôt, ignorent encore cette identification, quoique le rédacteur connaisse la Passio Dionysii et la vie de sainte Geneviève. — En faveur de l’aréopagitisme de saint Denys de Paris, on peut voir Freppel, Saint D'énée, in-8°, Paris, 1861, p. 62-81. Contre cette identification, Acta sanctorum, octobris t. iv, p. 696-767. — Quant aux ouvrages qui portent le nom de saint Denys, on s’accorde généralement aujourd’hui à reconnaître qu’ils ne sont pas du disciple de saint Paul. F. Vigouroux.

2. DENYS D’ALEXANDRIE , en Égypte, quatorzième évêque de cette ville, y vit le jour vers la fin du n° siècle. Né de parents païens, il fut converti à la foi chrétienne probablement par Origène, dont il devint l’un des plus illustres disciples. S. Jérôme, De vir. ill., c. r.xix, t. xxii, col. 678-682. En 247 ou 248, il succéda à Iiéraclas dans la direction de l’École des catéchistes et sur le siège d’Alexandrie, qu’il occupa pendant dix-sept ans. Après quelques

années d’épiscopat, il dut fuir pendant la persécution do Dèce ; mais saisi par les soldats du préfet, qui le conduisirent à Taposiris, il fut délivré par les chrétiens. En 252, il assista au synode convoqué à Anlioche, pour condamner le schisme de Novatien. Sous le règne de Valérien, saint Denys confessa courageusement la foi devant le préfet Émilien, qui l’exila en Libye, d'où il se rendit dans la Maréotide. Vers la fin de l’année 261 , il rentra à Alexandrie, où il mourut, probablement en 264 ou 265. — 11 ne reste presque rien aujourd'hui des œuvres de saint Denys, et en particulier ses travaux exégétiques ont été peu respectés par le temps. Voici ce qui a surnagé,, au point de vue scripturaire. D’abord un fragment de. commentaire sur l'Ecclésiaste, chapitre i, 1 à iii, 41. Migne, Patr. gr., t. x, col. 4573-1587. Le cardinal Pitra , dur. eccl. gr., t. i, p. 545; Analecta sacra, t. iii, p. 597, a publié un court fragment du commentaire sur l’Ecclésiaste, viii, 5, et i, 4. Ensuite on possède un débris: d’exposition sur saint Luc, xxii, 42-48. Patr. gr., t. x, col. 4590-1596, 4598-4602. Dans les chaînes des Pères, le nom de Denys d’Alexandrie revient fréquemment, et plusieurs éditeurs ont extrait ces citations pour en enrichir le recueil des œuvres de saint Denys. Mais M. Harnack, Geschichte der altchristlichen Lilteratur bis Eusebius, 1893, t. i, p. 416-427, a fait justement remarquer que bon nombre de ces extraits sont douteux ou apocryphes. Denys a écrit contre Népos, évêque d’Arsinoé, qui défendait le chiliasme, deux lettres Ttepi èna yyckuôv. Il n’en reste que l'extrait cité par Eusèbe, II. E. , vii, 24-25, t. xx, col. 691-707. Le chapitre xxv est consacré tout entier à l’opinion de saint Denys sur l’auteur de l'Apocalypse. Il ne pense pas que ce soit saint Jean, fils de Zébédée, rédacteur du quatrième Évangile. On peut voir à ce sujet une dissertation de Mynster, De Dionysii Alexandrin i circa Apocalypsin Joannis sententia, Copenhague, 4826. Un des arguments que Denys donne de cetle opinion est tiré du style des deux écrits. C'est un des plus anciens exemples que l'on ait de critique interne de l’Écriture. Le cardinal Mai a publié, Script. Vet. nova. Collectio, t. vu, p. 99, 108, trois fragments, qu’il croit appartenir à l’ouvrage de Denys irepi £7iayY£).tùiv. Mais, comme le remarque justement M. Harnack, ouvr. cité, p. 412, n° 36, cette attribution est bien problématique. 11 serait peu prudent, eu égard à la mince partie qui nous est restée de l’œuvre exégétique de saint Denys,. d’émettre un jugement sur sa méthode et ses principes. Nous possédons pourtant sur ce point l’opinion de Procope de Gaza, Comment, in Genesim, c. m, t. l.xxxvn ,. col. 221. Procope cite Denys parmi les Pères qui ont rejeté l’explication allégorique des peaux de bêtes dont se vêtirent Adam et Eve après leur chute. 11 semble résulter de ce passage que saint Denys, dans son Commentaire sur l’Ecclésiaste, a fait aussi des remarques sur les premiers chapitres de la Genèse, et qu’il y a réfuté les principes de l’école allégorique d'Origène, bien qu’il eût été son disciple. Cf. Harnack, Geschichte, p. 418, n° 4. Toutefois dans un autre fragment, Pitra, Juris eccles. gr., t. i, p. 545, Denys sur le même point revient aux explications allégoriques. D’autre part, un troisième passage attribué à Denys, où il commente Genèse, n, 8, 9, est dit par Anastase le Sinaïte, dans sa 23e question, être tiré èx tù>v y.atà ’ûpiylvovç. Gretser, Opéra Anastasïi, p. 266. Un fragment tout à fait identique a été publié par Caspari,, Tidsshr. f. d. ev. luth. Kirke Ny, Raekke, t. v, p. 574. Dans ce texte, Denys combat l’opinion d’Origène, qui place le paradis terrestre en dehors de la terre. De tous ces textes, M. Harnack, ouvr. cité, p. 423, conclut que Denys a pu hésiter parfois sur l’adhésion à donner aux interprétations scripturaires d'Origène, mais qu’en somme il s’éloigne plus qu’il ne se rapproche de son maître. — Voir Eusèbe, II. E., m, 28; vi, 29, 35, 40, 42, 45; vu, 2, 5, 6, 7, 44, 20, 24, 25, 27, 28, 30, t. xx, col. 211-738; B^ens, dans les Acta Sanctorum, octob. t. u, p. 8-130;-

DENYS D’ALEXANDRIE - DERBÉ

J. Mason Neale, A History of the lioly Eastern Church , t. i, p. 39-83; H. Hagemann , Die rômische Kirche und ihr Einfluss auf Disciplin und Dogma in den ersten drei Jahrhunderten , Fribourg- en -Brisgau, 1861, p. 411-453; Th. Foerster, De doctrina et sententiis Dionysii magni episcopi Alexandrini , Berlin, 1865, et Zeitschrift fur die historiche Théologie, t. xli, 1871, p. 42-76; Dittrich, Dionysius der Grosse von Alexandrien, Fribourg -en -Brisgau, 1867.

J. VAN DEN GlIEYN.

3. DENYS LE CHARTREUX, surnommé le Docteur extatique, né à Ryckel ( Belgique), de la famille de Leeuvis, en 1402, mort le 12 mars 1471. Après avoir pris ses grades à l'université de Cologne, il entra chez les chartreux de Ruremonde (1423), et ne tarda pas à se distinguer par ses vertus monastiques, son esprit d’oraison et son amour pour l'étude. Sa réputation de sainteté et de science franchit l'enceinte du cloître, et il fut considéré comme l’oracle de ses contemporains et la lumière de son siècle. On lui attribue plusieurs miracles. Son corps fut relevé en 1608 : le pouce et l’index de la main droite étaient sans corruption. — Les commentaires que Denys a écrits sur tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament sont remarquables par l’abondance et la profondeur des sentiments pieux, et par l’explication variée qu’il a su donner au sens littéral, mystique et moral, du texte sacré. On peut signaler entre autres ses interprétations des Psaumes, du Cantique des cantiques et de tout le Nouveau Testament. Pendant le xvie siècle ses ouvrages eurent une grande vogue, et furent souvent Téimprimés à Cologne, à Paris, à Venise et ailleurs. De nos jours, les amateurs des études sérieuses sur la Bible recherchent ses commentaires. L’ordre des Chartreux a résolu de faire imprimer ses œuvres complètes. Cette édition est en cours de publication à la chartreuse de Montreuil -sur- Mer. — Ses œuvres exêgétiques sont : 1° Enarrationes in quinque Mosaicæ legis libros, in-f°, Cologne, 1534, 1548 et 1566; — 2° Enarrationes in libros Josue, Judicum, Ruth, Regum, Paralipomenon , in-f°, Cologne, 1535, 1552, 1577; — 3° Enarrationes in libros Job, Tobise, Judith, Esther, Esdræ, Nehemiæ, Machabæorum, in-f°, Cologne, 1534, 1551, 1572; — 4° Commenlaria in Psabnos et Cantica, in-f°, Cologne, 1531, 1534, 1558; Paris, 1539, 1542, 1547, 1553, etc.; — 5° Super septern Psalmos pœnitentiales , in-f°, Cologne, 1530, 1532; — ’6° Enarrationes in quinque libros Sapientiales, in-f° et ln-8°, Cologne, 1533, 1536, 1539, 1555; Paris, 1541, 1548, 1549 ; — 7° Enarrationes in IV Prophetas majores, in-f°, Cologne, 1534, 1543, 1548, 1557; — 8° Enarrationes in XII Prophetas minores, in-f°, Cologne, 1533, 1539, 1549, 1568; — 9° ln IV Evangelia, in-f°, Cologne, 1532, 1533, 1538, 1543; in-f° ou in-8°, Paris, 1536, 1539, 1541, 1542, 1545, 1548, 1549, 1552, 1554, 1555; Venise, Lyon, etc. ; — 10° In Acta Apostolorum. In omnes utriusque Testamenti libros Epitome, in-8°, Cologne, 1532; — 11° ln Epistolas divi Pauli, in-f° ou in-8°, Paris, 1531, 1535, 1537, 1538, 1539, 1542, 1543, 1545, 1548, 1551, 1555; in-8«, Bologne, 1530; in-f°, 1532, 1533, 1538, 1545; in-8°, Venise, 1573; — 12° In Epistolas canonicas et in Apocalypsim, in -8°, Cologne, 1530. Le même avec le commentaire sur les Actes des Apôtres et les hymnes du bréviaire, in-f° ou in-8°, Paris, 1537, 1539, 1540, 1541, 1542, 1548, 1551, 1552, 1554, 1555; in-f°, Cologne, 1533, 1536, 1545, 1546, 1565. — 13° Les mêmes réunis avec l’explication des Épitres de saint Paul : deux tomes en un volume in-f°, Paris, 1537, 1539, 1540, 1543, 1548, 1551 ; in-4°, Cologne, 1565; Venise, 1573, — 14° Monopanton , id est unum ex omnibus Epistolis B. Pauli ad materias cerlas contractum opusculum, Cologne, 1531; Venise, 1534; Lyon, 1547, 1549, 1555; Paris, 1551, 1631, 1642; Anvers, s. a. Traduit en français : Concorde de saint Paxd avec les autres Apôtres, in-12, Paris, 1663; et en portugais, par le chartreux D. Victor Nabantino, in-12, Napoles, 1844.

— 15° Passio D. N. J. C. juxta textum IV Evangeli-

starum piissime enarrata. Publiée avec les sermons suivants ; — 16° Epistolarum ac Evangeliorum dominicalium (et de Sanctis) enarratio, adjunctis homiliis et sermonibus variis tam ad plebem quam ad religiosos , in-f°, Cologne, 1533, 1537, 1542; Paris, 1544. — Voir Dom Mougel, Denys le Chartreux, in-8°, Montreuil-sur- Mer, 1896. M. Autore.

DEPOT (hébreu : piqqâdôn , de pâqad , « confier, déposer; » Septante : îtapa0ï;xY| ; Vulgate : depositum), ce que l’on confie à la garde d’un autre. — 1° Dans l’Exode, xxn, 7-13, se trouve formulée la législation concernant les dépôts, et différents cas sont prévus. — 1. Le dépôt consiste en argent ou en objets meubles. Si le dépôt disparait, c’est par le fait d’un voleur ou du dépositaire luimême. Si on trouve le voleur, celui-ci est condamné à restituer le double. Si on ne le trouve pas, le dépositaire comparait devant les juges en même temps que le possesseur du dépôt. Les juges examinent l’affaire et, s’ils le décident ainsi , le dépositaire est condamné à restituer le double, ou bien c’est le réclamant injuste qui encourt la même peine. Il n’y avait sans doute aucune condamnation , quand le dépositaire pouvait prouver qu’il avait veillé consciencieusement sur le dépôt et qu’il n’était pour rien dans sa disparition. Les Septante et la Vulgate introduisent dans le ft. 8 les mots : « il jurera que... » Il y a seulement dans l’hébreu actuel : « Le maître de la maison se présentera devant les juges, (pour que ceux-ci examinent) s’il n’a pas mis la main sur la chose de son prochain. » La phrase est elliptique, et il faut suppléer les mots placés entre parenthèses ou d’autres analogues.

— 2. Le dépôt consiste en un animal mis en garde chez quelqu'un. Si l’animal est victime d’un accident ou bien est enlevé sans témoin, le dépositaire prête serment « par Jéhovah » qu’il n’est pour rien dans l'accident ou le lar cin, et l'affaire est terminée. Si l’animal a été enlevé, probablement grâce au défaut de surveillance du dépositaire, celui-ci doit réparer le dommage causé. Si l’animal a été dévoré par une bête féroce, le dépositaire en recueille les débris, pour servir de témoignage, et n’a rien à restituer. — 2° Dans le Lévitique, vi, 2, 4 (hébreu : v, 21, 23), se lit une disposition complémentaire concernant le dépôt. Celui qui trompe le prochain au sujet d’un dépôt, en se l’appropriant injustement d’une manière quelconque, doit rendre ce qu’il a gardé, avec une majoration d’un cinquième, avant de pouvoir offrir le sacrifice pour son péché. — 3° La Sainte Écriture parle une fois de dépôts. Dans le second Temple, les ressources destinées aux veuves et aux orphelins sont gardées en dépôt; et, quand Héliodore veut s’en emparer, le grand prêtre Simon et les autres prêtres en appellent à Dieu, qui a fait la loi sur les dépôts. II Mach., m, 10, 15. —

I Le serviteur de l’Évangile qui garde « enveloppée dans un linge » la mine que son maître lui a confiée, a le tort d’avoir regardé comme un simple dépôt la somme d’argent qu’il avait à faire valoir. Luc., xix, 20. — 4° Saint Paul donne le nom de « dépôt » au trésor doctrinal qu'il confie à la garde de Timothée, II Tirn., vi, 20; I Tim., i, 14, et à la tomme de mérites par lesquels il a cherché à acquérir la récompense que Dieu lui tient en réserve. II Tim., i, 12. H. Lesêtre.

DÉPOUILLES. Voir Butin.

DERBÉ ( Aspê-q ), ville de Lycaonie. — Dans son premier voyage à travers la province romaine de Galatie, saint Paul , pour échapper aux persécutions dont il fut l’objet à Icône, puis à Lystre, se réfugia avec saint Barnabé à Derbé, qui était dans la même province de Lycaonie. Act., xiv, 6, 20. Tous deux évangélisèrent cette ville et y firent de nombreuses conversions, mais ils y

! restèrent peu de temps. Act., xiv, 21. Dans son second

DERBÉ — DÉSERT

voyage, saint Paul passa de nouveau par le même endroit pour affermir la foi des fidèles. Act., xvi, 1. — Le site de Derbé n’a pas été jusqu’ici déterminé d’une manière sûre. Strabon, XII, i, 4; vi, 3, la place aux confins de l’Isaurie et de la Cappadoce. Elle fit partie du royaume d’Amyntas, dernier roi de Galatie, qui s’en empara sur un célèbre chef de brigands nommé Antipater, dont elle était la principale forteresse. Strabon, ibid.; Dion Cassius, xlix, 32. Elle fit ensuite partie de la province de Galatie. Dion Cassius, lui, 26. Ptolémée, v, 6, la place avec Laranda dans un district qu’il appelle Antiochana, du nom d'Antioche de Pisidie, et qui comprenait la région située entre la Lycaonie et la Tyanitide. W. Leake, Journal of a tour in Asia Minor, in-8°, Londres, 1824, p. 101, conclut de là que cette ville était placée dans la grande plaine lycaonienne, non loin du Taurus de Cilicie, sur le versant cappadocien de Laranda, à un endroit où se trouve un monticule appelé « les mille et une églises ». Hamilton, Researches in Asia Minor, in-8°, Londres, 1842, t. il, p. 313, pense que Derbé occupait l'emplacement appelé aujourd’hui Divlé, au sud du lac Ak-Gieul. M. J. R. Stilington-Sterret, The Wolfe expédition in Asia Minor, în-8°, Boston, 1888, p. 23, place Derbé entre les villages de Bossola et de Zosta, distants l’un de l’autre de trois kilomètres environ. Les ruines de ces villages lui paraissent être celles d’une même cité ancienne. M. Ramsay, visitant la même région, en 1890, a reconnu que Bossola n’était qu'une station seljoucide, et que les ruines de Zosta sont des pierres transportées d’ailleurs. D’après lui, le seul site qui puisse correspondre à celui de l'ancienne Derbé est Gudelissin, situé à quatre kilomètres et demi à l’ouest-nord-ouest de Zosta. M. Sterret avait déjà remarqué ce monticule, qui ressemble aux tells assyriens, et où l’on trouve de nombreuses traces d'une ville ancienne; mais il avait cru à tort y voir des ruines chrétiennes. W. Ramsay, The Church and the Roman empire before HO, 3e édit., in-8°, Londres, 1894, p. 54-56.

E. Beurlier.

DERCON (hébreu : Darkôn; Septante : Aapxtâv), chef de Nathinéens, I Esdr., n, 56; le même personnage que la Vulgate appelle plus justement Darcon. II Esdr., vii, 58. Voir Darcon.

DESERT. Ce nom traduit dans la Vulgate quatre mots hébreux, qui, avec un sens général commun, offrent des particularités différentes, mais dont aucun ne répond à l’idée que nous représente ordinairement le terme français. Le « désert » évoque à nos yeux l’aspect de vastes plaines déroulant leurs champs arides de sables jaunes ou de pierres grisâtres, sans eau, sans verdure, sans arbres, sans l’ombre d’un être humain, sinon celle du voyageur qui les traverse rapidement. Tels le Sahara ou les déserts africains dont on aperçoit, du haut des Pyramides, les régions désolées. Ce sont des pays non seulement inhabités, mais encore inhabitables. L'Écriture ne connaît aucune de ces contrées, et la péninsule du Sinai ellemême, où le peuple de Dieu erra pendant quarante ans, est loin d’avoir cette physionomie. Dans sa généralité, le désert biblique est une terre plus ou moins inculte, peu ou point habitée, plus ou moins désolée, vaste ou peu étendue; c’est le « steppe » ou la « lande », plutôt que la région des sables ou des cailloux.

I. Les noms du désert dans la Bible. — Voici, avec leur signification propre, les quatre termes qui le désignent dans nos Saints Livres.

1° Midbâr, -om. C’est le mot usuel, le plus fréquemment employé pour désert. Les Septante le rendent toujours par à'p-qpLoç ; la Vulgate le traduit le plus souvent par desertum, plusieurs fois par solitudo, dans quelques passages seulement par eremus. Il vient de la racine dâbar, « mener » [paître], comme l’allemand Trift, « pacage, » vient de Lreiben,v. conduire » [le bétail]. Cf. Gese-

nius, Thésaurus , p. 318. L’étymologie en indique donc bien le sens. 11 désigne une région non cultivée, mais apte à nourrir le menu bétail, brebis, chèvres, etc.; comme celle où nous voyons Moïse avec les troupeaux de Jéthro, son beau-père. Exod., ni, 1. Loin d’être un terrain absolument stérile, le midbâr revêt parfois, surtout après les pluies printanières, la brillante parure d’une végétation que les prophètes et les poètes sacrés appellent « les beautés », c’est-à-dire « les oasis du désert », speciosa deserti, hébreu : ne'ôt midbâr. Ps. lxiv (hébreu, lxv), 13; Jer., ix, 10 ; xxm, 10 ; Joël, I, 19 ; II, 22. Mais à côté des bruyères ou de maigres arbustes, Jer., xvii, 6; xlviii, 6, on y voit aussi les épines et les ronces, Jud., vm, 7, 16, ainsi que le bois desséché. Num., xv, 32; Eccli., vi, 3. Si les cours d’eau n’y fécondent pas le sol, Is. , xxxv, 1, 6; xliii, 20, on y rencontre de temps en temps des sources rafraîchissantes, Gen., xvi, 7, et les hommes ont eu soin d’y creuser des citernes pour y recevoir la pluie du ciel. Gen., xxxvii, 22; II Par., xxvi, 10. Tantôt il est inhabité, Job, xxxviii, 26; tantôt il n’est occupé que par l’Arabe nomade et pillard, Jer., m, 2; ix, 26, terreur du moissonneur paisible, Thren., v, 29; mais il possède aussi des villes, Is., xlii, 11, comme celles que Josué, xv, 61, mentionne dans le désert de Juda. C’est en même temps la demeure des bêles sauvages: lions, Eccli., xm, 23; onagres, Job, xxiv, 5; Jer., n, 24; Eccli., xm, 23; serpents et scorpions, Deut., vm, 15, ou de certains oiseaux, comme le pélican, Ps. ci (hébreu, en), 7, et l’autruche. Thren., IV, 3. C’est du désert enfin que vient le vent brûlant. Ose., xiii, 15. Tels sont les principaux traits qui, dans la Bible, caractérisent le désert. — Avec l’article, ham-midbâr désigne un désert particulier, déterminé par le contexte, ou le plus souvent le désert du Sinai, témoin de tant de merveilles, par exemple, Ps. xciv (hébreu, xcv), 9; cvi (cvn), 4, etc.

En somme, le midbâr biblique est opposé au terrain cultivé, aux jardins fertiles, par exemple, comme on le voit d’après Isaïe, xxxn, 15. C’est une région plus ou moins vaste, dont l’aspect, comparé à celui des champs ensemencés ou des plaines bien arrosées , est celui de la stérilité. Si ce n’est pas uniquement une nappe uniforme de sable, cependant tout ce qui constitue le charme des pays habités par l’homme, l’eau abondante, une luxuriante végétation, les cultures variées, les villes et leurs monuments, y fait défaut. Tantôt ce sont, comme dans la péninsule sinaïtique, des vallées plus ou moins arides, resserrées entre de hautes montagnes et des pics dénudés. Tantôt, comme vers Bersabée, à la limite du désert, le terrain se compose de blocs brisés d’un calcaire crétacé gris jaunâtre, entre lesquels poussent de maigres chênes épineux et des arbousiers. Les villages disparaissent peu à peu, et l’on ne voit plus que des plaines ondulées, des graviers et des rocailles, qui se continuent au sud par le Bddiet et-Tih (désert de l’Égarement). Tantôt enfin,, comme dans le désert de Juda, c’est une chaîne de collines, déchiquetée par des ouadis presque toujours desséchés, dont le lit est rempli de cailloux: ce ne sont que ravins et grottes sauvages qui servent d’asile aux chacals et aux pigeons, rochers escarpés escaladés par d’agiles bouquetins. Cependant, sur les parois de ces rochers, on trouve souvent de gracieuses gerbes de fleurs qui se cachent dans une anfractuosité, des arbustes où les oiseaux font leurs nids. Pendant la plus grande partie de l’année,, dans ces régions brûlées, le sol semble mort; mais, vienne la pluie, la vie apparaît soudain. Le fond des vallées surtout s’enrichit d’une végétation qui, bien qu’assez maigre,, nourrit néanmoins de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons, les chameaux et les ânes. Si l’eau est rare dans le désert par excellence, celui du Sinai, les sources sont cependant assez nombreuses dans la région granitique, et spécialement dans le voisinage du Djébel Mouça. La plus grande et plus belle oasis est celle de Feiran, qui s’étend, pepdant une heure et demie de marche environ.

DÉSERT

suivant les sinuosités d’un petit ruisseau, ombragé par un bosquet de palmiers. Les arbres les plus communs sont le palmier- dattier, l’acacia et le tamaris. Les mêmes caractères généraux se retrouvent dans l’immense région qui borne à l'est les pays transjordaniens, et qui s’appelle Bàdiet esch-Schdm, « le désert de Syrie » ou le Hamad. Une grande partie de la contrée n’est qu’un steppe où les Bédouins nomades nourrissent leurs troupeaux; mais il est aussi des parages qui sont entièrement couverts de pierres, cailloux semblables à ceux d'une grève, fragments de granit, de grès, de silex, calcaires unis comme par une espèce de mortier ; en d’autres endroits, des sables se déroulent en longues vagues, séparées par des lèdes de galets. Les déserts qui avoisinaient certaines villes , comme Jéricho, Gabaon, Maon, etc., en portaient le nom; on peut les comparer à nos landes de Bretagne. Les caractères particuliers à chacun des déserts que nous énumérons plus bas sont décrits dans les articles spéciaux qui les concernent.

2° 'Arâbâh, m~i7. Ce nom, suivant Gesenius, Thésaurus, p. 1066, dérive de la racine 'ârâb ou ’ârêb, « être stérile, aride. » La signification est au fond la même que celle de midbâr, avec cette différence que le dernier mot considère le désert par rapport à l’homme, dans l’usage que celui-ci peut en faire, tandis que le premier l’envisage dans ses conditions physiques. La communauté de sens fait que, dans les parties poétiques de la Bible, les deux expressions sont plus d’une lois mises en parallélisme. Cf. Is., xxxv, 1, 6; xli , 19; u, 3, etc. L'arabah cependant sert aussi à marquer l’opposition avec la plaine fertile ou « Saron », 1s. , xxxm, 9, et « le jardin délicieux». Is., li, 3. Dans les livres historiques, et avec l’article, hâ' Arâbâh a un sens local bien précis. C’est le nom de cette extraordinaire dépression qui s'étend des pentes méridionales de l’Hermon au golfe d’Akabah, par la vallée du Jourdain, la mer Morte et l’ouadi Arabah. Cette longue plaine, étroite et surtout aride dans sa partie inferieure, resserrée entre deux chaînes de hauteurs, sans ville et presque partout sans culture, mérite bien le nom de « désert». Cf. Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 487. Le pluriel 'Arbôt uni à Yerêliô, « Jéricho, » Jer., xxxix, 5, indique la partie déserte qui avoisine cette ville et n’est qu’un prolongement du désert de Juda. De même, 'Arbôt Mô’db désigne les contrées incultes de ce pays, par opposition au Sedôh Mô’âb, ou les hauts plateaux cultivés. Le mot 'arâbâh, traduit de plusieurs manières par les Septante, est rendu par la Vulgate tantôt par solitudo , Deut., m, 17 ; iv, 49; Jos., ni, 16; IV Reg., xiv, 25, etc.; tantôt par desertum, II Reg., iv, 7; Jer., xvii, 6, etc., en sorte que la mer Morte, qui porte si justement en hébreu le nom de ydm hâ-' Arâbâh , « mer de l’Arabah, » est appelée en latin mare soliludinis , Deut., iv, 49; IV Reg., xiv, 25, etc., et mare deserti. Deut., ni, 17; Jos., xn, 3, etc. Pour tous les détails, voir Arabah, t. i, col. 820-828.

3° Horbâh, “2in, pluriel, Horâbôt; état construit,

Horbôt. Cette expression, qui ne se rencontre dans aucun livre historique , est surtout employée par les prophètes. Elle dérive de IjLârab ou hârèb, « être desséché, dévasté. » Elle renferme donc aussi l’idée générale d’aridité, de désolation , avec celle plus particulière de « ruines ».

Il est facile de la rapprocher du khirbet arabe,

ou « lieu ruiné », qui caractérise actuellement tant de noms de la géographie palestinienne. Ainsi, tandis que midbâr représente le « désert » par rapport à l’homme, qu’ 'arâbâh le désigne par ses qualités physiques, horbâh nous le montre comme la conséquence de certains événements terribles. C’est ainsi que Dieu dit de Jérusalem : « Je ferai de toi un désert ( liorbâh ), » Ezech., v, 14, et qu’en disant, au contraire : « Je relèverai ses déserts ( horbôt ), » il promet de « relever ses ruines ». Is., xliv, 26.

Cf. Is., lii, 9; lviii , 12; lxi, 4. Du reste la Vulgate, en quelques endroits, a traduit ce mot par ruinæ, Is., lxiv, 10, et ruinosa. Ezech., xxxm, 24, 27; xxxvi, 10, 33. Ailleurs elle le rend par desertum, Is., v, 17; xliv, 26; xlix, 19; lu, 9; Ezech., v, 14; xm, 4; solitudo, Jer., xxii, 5; xxv, 9, 11, 18; Ezech., xxvi, 20; desolatio, Jer., vu, 34; xliv, 22, et une fois par domicilium, Ps. ci (hébreu, cii),6. Dans les Septante, on trouve : ëpvpioç, Is., v, 17 ; xliv, 20; XLVin, 21 ; xlix, 19; lii, 9; lviii, 12; lxi, 4; Ezech., v, 14; xm, 4; èpr|u,(j0(7t; , .1er., vii, 34; xliv, 22; YjprjptcoiJLÉvai , Ezech., xxxm, 24, 27; xxxvi, 10; ôveiSnrgoç, Jer., xxv, 9; àsavKTjjA; , Jer., xxv, 11, et oîxottéSov, Ps. ci, 6. Le désert « ruiné » est la demeure des chouettes, Ps. ci, 6, et des chacals. Ezech., xm, 4.

4<’ Yesîmôn, pn>vb. C’est le terme le moins usité. La

racine yâsam indique, comme la précédente, l’idée de « dévastation ». Les versions grecque et latine ont vu dans le Yesîmôn (plusieurs fois avec l’article, Num., xxi, 20; xxm, 28; I Reg., xxm, 19, 24; xxvi, 1, 3), une « vaste solitude », Deut., xxxii, 10; une « terre sans eau », yîj à/éôpoç, Deut., xxxii, 10; Ps. lxxvii (hébreu, lxxviii), 40; cv (cvi), 14; cvi (cvn), 4; Is., xliii, 19, 20; inaquosuni, Ps. lxxvii, 40; cv, 14; cvi, 4, et « sans chemins », invium, Is., xliii, 19, 20; c’est le « désert », epripioç. Num., xxi, 20; xxm, 28; Ps. lxvii (lxviii), 8. Elles en ont aussi fait un nom propre : 6 ’l£<T<7aip.ôç, I Reg., xxm, 19, 24; ô ’lenue.- I Reg., xxvi, 1,3; Jesimon. I Reg., xxm, 24. Et, en effet, si cette expression, principalement dans les passages poétiques, désigne le désert de l’Égarement, Deut., xxxii, 10; Ps. lxvii, 8; lxxvii, 40; cv, 14; cvi, 4, elle représente aussi une partie du désert de Juda, du côté de ceux de Ziph et de Maon, I Reg., xxm, 19, 24; xxvi, 1,3; mais elle détermine particulièrement la petite plaine du Ghôr el-Belqa, au nord-est de la mer Morte, non loin du Phasga, et dans laquelle se trouvait Bethjésimoth (hébreu : Bêthayesiniôt) , « la maison des déserts, » aujourd’hui Souéiméh. Num., xxi, 20; xxm, 28. Cependant, d’une façon générale, le Yesîmôn peut désigner les contrées désertes et plus ou moins désolées qui bordent à l’est et à l’ouest le lac Asphaltite.

IL Principaux déserts bibliques. — Les déserts mentionnés dans la Bible se trouvent au sud et à l’est de la Palestine. Nous ne faisons que les énumérer, renvoyant, pour la géographie et l’histoire, aux articles spéciaux.

i. déserts du sud. — Au sud, la zone désertique comprend d’abord toute la péninsule du Sinaï; puis, des limites de la Terre Sainte, elle élève une pointe vers le nord, sur le versant des montagnes qui bornent à l’ouest la mer Morte, et vient se terminer au-dessus de Jéricho. Elle se prolonge même plus haut par la vallée du Jourdain ; mais nous ne parlons pas ici de l’Arabah. Nous distinguons donc deux groupes dans cette première partie.

Ier groupe. — Presqu'île sinaïlique et limites méridionales de la Palestine. Déserts de :

1. Étham (hébreu : midbâr- Êtâm, Num., xxxm, 8), « à l’extrémité du désert, » Exod., xm, 20; Num., xxxm, 6, c’est-à-dire à la pointe nord-ouest de la péninsule, tout près de l’Égypte. C’est la partie du désert de Sur qui avoisinait la ville d’Étham.

2. Sur (hébreu : midbâr-Sûr ; Septante: ëpr) qoçSo’jp), Exod., xv, 22, également au côté nord-ouest du triangle.

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