ÉCOLES DE PROPHÈTES — ECONOME
tables monastères , où des moines s'exerçaient , sous l'autorité d'un supérieur, à toutes les pratiques de la vie religieuse. Cf. Haneberg, Histoire de la révélation biblique, trad. franc., Paris, 1856, t. I, p. 304-305. L'assimilation ne saurait être complète, car il ne parait pus que les fils de prophètes fussent liés par des vœux, et on pense ordinairement que ceux qui étaient mariés ne menaient pas la vie commune. — 2° Appuyé sur l'autorité d'Abarbanel et de David Kimchi, qui reconnaissaient dans les écoles de prophètes des « maisons d'interprétation », Vitringa, De Synagoga vetere, 1726, p. 349-361, a vu dans les fils de prophètes des jeunes gens qui s'adonnaient à l'étude de la philosophie et de la théologie et écoutaient les leçons d'un maître savant, et dans les écoles de prophètes, des académies, qui étaient bâties dans la solitude et où s'enseignaient les sciences religieuses. D'après le même principe, d'autres critiques ont pensé qu'on tonnait, dans ces écoles normales, des maîtres ou des catéchistes pour instruire le peuple. Les déistes anglais du siècle dernier se sont représenté ces écoles comme des collèges, dont ils ont dressé le programme d'études et où l'on enseignait l'histoire, la rhétorique, la poésie, les sciences naturelles et la philosophie. C'est à ce sentiment que l'on doit le nom d' « écoles de prophètes ». L'hypothèse d'écoles proprement dites n'est pas justifiée par le texte sacré, et elle est peu vraisemblable en elle-même. Ramenée à de justes bornes, elle peut signifier au plus que les prophètes expliquaient orale ment à leurs disciples la loi mosaïque et leur enseignaient la musique vocale et instrumentale, qui servait aux exercices religieux. — 3° Beaucoup de critiques modernes font de ces écoles de véritables séminaires de prophétisme, où des jeunes gens se préparaient à la mission prophétique par des exercices appropriés, sous la conduite d'un chef expérimenté. Mais tous n'ont pas du prophétisme et de la prophétie la même idée. Les uns conservent la véritable notion des prophètes, qu'ils regardent comme des hommes réellement inspirés de Dieu en vue d'une mission spéciale et pour annoncer l'avenir. Sans doute ils reconnaissent que Dieu appelle qui il veut au ministère prophétique; mais, conformément aux principes de saint Thomas, Summa theologica, 2a 2ai, q. 172, art. IV, ils pensent que cette vocation, toute miraculeuse qu'elle était, avait d'ordinaire sa providentielle préparation dans les écoles de prophètes. Tous les prophètes ne sont pas sortis de ces écoles; mais cette institution fut souvent le moyen dont Dieu se servit pour leur recrutement. Kranichfeld, De Us quse in Testamento Veteri commemorantur prophetarum societatibus , Berlin, 1800; J. Dauko, Historia revelationis divines Veteris Testament*, Vienne, 1802, p. 227-230; M9r Meignan, De Moïse à David , Paris, 1896, p. 480; Les prophètes d'Israël. Quatre siècles de lutte contre l'idolâtrie, Paris, 1892, p. 14-18. Mais les rationalistes ont une autre conception des écoles prophétiques. Pour eux, les prophètes sont seulement des orateurs inspirés, des interprètes officiels de la loi mosaïque et des avocats de la théocratie, et leurs collèges ont été un institut permanent, qui exerça une grande influence en Israël et représenta le véritable esprit de la Loi , en face des prêtres souvent trop attachés au culte matériel, en face du pouvoir dont il empêchait les empiétements. S. Munk, Palestine, Paris, 1881, p. 247 et 419; A. Réville, Les prophètes d'Israël au point de vue de la critique historique, dans la Revue des Deux Mondes, t. lxxix, 1867, p. 844; Michel Nicolas, Études critiques sur la Bible, Ancien Testament , Paris, 1862, p. 357-364. Quelques-uns même attribuent à ces groupements de prophètes des ivresses orgiastiques , des accès de fureur divine, E. Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. i, 1887, p. 378-380; t. il, 1889, p. 278-280, ou au moins les apparences de la névrose et une invasion épidéinique de la grande hystérie. Marcel Dieulafoy, Le roi David, Paris, 1897, p. 120-137. Ces explications si diverses ont un
fondement commun; elles donnent au verbe nâbâ", « prophétiser «, I Sain. (I Reg.), x, 5 et 6, 13; xix, 20-21, le sens strict d'annoncer la volonté de Dieu et de présager l'avenir. Cf. Knabenbauer, Cammentarius in libros Satnuelis, Paris, 1886, p. 114 et 196-197. Or ce verbe, aux formes niphal et hilhpael, qui sont ici employées, a d'autres significations. Il signifie notamment louer Dieu par le chant des cantiques sacrés avec accompagnement d'instruments de musique. I Par., xxv, 1-3. Or, la première fois que l'assemblée des prophètes est mentionnée, elle comprend des instrumentistes. I Sam. (I Reg , x, 5. Nous pouvons en conclure légitimement que ces prophètes prophétisaient, non pas en prédisant l'avenir, mais en parlant et en chantant sous une impulsion surnaturelle et avec accompagnemenl musical. C'est à cet exercice de piété que Saùl prit part, en se mêlant à la troupe des prophètes. Quant aux manifestations extraordinaires, qui se produisaient au milieu des chants et des louanges divines, et sur la nature desquelles nous sommes peu renseignés, elles n'avaient rien de commun avec la manie des devins antiques ni avec la névrose; c'étaient des charismes, analogues à ceux dont l'Esprit- Saint favorisa les premiers chrétiens. D'ailleurs elles n'eurent lieu que du temps de Samuel , et rien n'indique qu'elles se soient reproduites sous Élie et Elisée. — 4° Pour caractériser autant que cela est possible les écoles de prophètes, nous dirons que i les prophètes y enseignaient simplement à bien croire et à bien vivre ». Le Ilir, Études bibliques, Paris, 1869, t. I, p. 4, note. Us se proposaient un but pratique, celui de former de véritables adorateurs de Dieu , des observateurs fidèles de la loi mosaïque, qui par leurs exemples agiraient sur la foule, arrêteraient les progrès de l'idolâtrie et ramèneraient leurs frères au culte du vrai Dieu. Ces écoles, en ellèt, fleurirent à des époques troublées, sous Samuel et plus tard exclusivement dans le royaume d'Israël, sous le règne désastreux d'Achab. Leur organisation n'a peut-être pas été identique aux deux périodes de leur histoire. A la première il n'y aurait eu, semble-t-il, que des réunions accidentelles, sous la présidence de Samuel. Les écoles des prophètes auraient donc été alors des associations libres, dont les membres se groupaient pour la prière et la louange de Dieu au son des instruments. Durant la seconde période, elles auraient eu un caractère plus stable et auraient ressemblé à des collèges, soumis à une discipline et régis par un supérieur. Cependant les habitations dressées sur les bords du Jourdain ne paraissent guère propres qu'à une destination passagère, et l'existence des fils de prophètes mariés rend douteuse la stabilité des communautés. Mais toute conclusion tirée de données historiques si insuffisantes reste nécessairement conjecturale. — Cf. Schwebel-Mieg, De prophelarum s,!,utis, Strasbourg, 1833 et 1835; Clair, Les livres de • , iris, 1884, t. i, p. 67-75; Trochon, Introduction générale aux prophètes, Paris, 1883, p. xxix-xxxn; F. Yigouroux, Manuel biblique, 9' édit., 1896, t. n, p. 103-104.
E. M.VNUENOT.
ÉCONOME ( Nouveau Testament : oîxov(S|iOç ; Vulgate: dispensalor, Luc, xii, 42; I Cor., IV, 1, 2, etc.; villicus, Luc, xvi, 1,3, 8; actor, Gai., iv, 2; arearius, Rom., xvi, 23), homme de confiance chargé de l'administration d'une maison, ce qui, dans le Nouveau Testament grec, est appelé otxovou.ia. Luc, xvi, 2, 3, 4. Cf. Septante, III Reg., iv, G (hébreu : 'al- hab-bàit , « celui qui est préposé à la maison »); I Par., xxix, 0; Esth., 1,8; vin, 9. — 1° L'économe a soin de tous les intérêts, fait valoir les biens, Luc, xn, 42; I Cor., IV, 2, vend, achète, règle les dépenses, etc. Son rôle est plus étendu que celui du villicus, chargé seulement de faire valoir un domaine. Cf. S. Jérôme, Epist. cxxi, ad A/gas., 6, t. XXII, col. 1018, 1019. — 2» Dans une de ses paraboles, Luc, XVI, 1-8, Notre-Seigneur met en scène un économe employé dans la maison d'un riche. Le maître, informé